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Présidence de l’UWW : la procédure électorale reste dans l’incertitude

Les enjeux d'un scrutin historique pour la lutte


Présidence de l’UWW : la procédure électorale reste dans l’incertitude
Yevsieiev (UKR) bat Amirreza Ghasem Mehritalarposhti (IRI) dans le Championnats du monde de lutte gréco-romaine, le 28 juillet 2026, à Baku, Azerbaijan © IMAGO/United World Wrestling / Amirrez/SIPA

Bientôt un mois après la réunion du Bureau de l’UWW, la Commission des nominations chargée de vérifier les candidatures n’a toujours pas été officiellement constituée et aucun calendrier n’a été communiqué. Cette situation intervient à trois mois d’une élection qui pourrait être la première véritablement disputée depuis l’arrivée de Nenad Lalović à la tête de la fédération.


Plus de trois semaines se sont écoulées depuis la réunion du Bureau de United World Wrestling (UWW), l’organe exécutif de la fédération internationale chargé d’administrer l’organisation entre les congrès, tenue le 3 juillet 2026. L’élection du président et le renouvellement du Bureau de la Fédération doivent avoir lieu le 23 octobre prochain à Astana (Kazakhstan), à l’occasion du Congrès ordinaire de l’UWW. Selon nos informations, il avait été indiqué lors de cette réunion que la conformité des candidatures serait examinée dans un délai de dix jours.

Ce premier délai a expiré le 13 juillet. Même en retenant une autre date de départ – le 9 juillet, à laquelle les dossiers auraient été transmis pour examen selon une correspondance adressée aux candidats –, ce second délai aurait lui aussi pris fin le 19 juillet.

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Or, au 28 juillet, plusieurs éléments essentiels de la procédure demeurent inconnus. La Commission des nominations, chargée de vérifier la recevabilité des candidatures avant le Congrès, n’a toujours pas été officiellement annoncée. Sa composition n’a donc pas été rendue publique et aucun calendrier d’examen n’a été communiqué. Les modalités de traitement des dossiers, la date à laquelle les candidatures seront définitivement validées ainsi que celle à partir de laquelle les candidats pourront mener officiellement campagne restent également inconnues. Enfin, à notre connaissance, le procès-verbal de la réunion du Bureau du 3 juillet n’a toujours pas été communiqué aux membres du Bureau ni aux candidats qui en ont demandé communication.

Qui examine les candidatures ?

Cette absence d’information s’accompagne d’une communication parfois difficile à comprendre. Une information communiquée aux candidats indique que les dossiers ont été transmis pour examen dès le 9 juillet. Une autre précise que la Commission des nominations est encore en cours de constitution et que la suite de la procédure dépendra de la date à laquelle elle commencera effectivement ses travaux.

Cette succession de réponses suscite plusieurs interrogations. Si la commission n’était pas encore constituée, à qui les dossiers ont-ils été transmis le 9 juillet ? Qui en assure la conservation ? Qui en garantit la confidentialité ? Qui procède effectivement à leur examen ? À ce stade, aucune réponse publique n’a été apportée à ces questions.

Pourtant, les textes de l’UWW décrivent une procédure précise. L’article 9 du Règlement de procédure du Congrès prévoit que la conformité des candidatures doit être examinée par une Commission des nominations composée de membres de la Commission juridique dont la nationalité est différente de celle de chacun des candidats. Cette exigence vise à garantir l’indépendance de l’examen et à prévenir les conflits d’intérêts.

Il ne s’agit donc pas d’une simple formalité administrative. Cette commission constitue une étape obligatoire du processus électoral. Pourtant, au 28 juillet, les candidats comme les fédérations nationales ignorent toujours qui en fait partie. Ils ne sont donc pas en mesure de vérifier si ses membres satisfont aux critères prévus par les textes ni, le cas échéant, de demander la récusation d’un membre qui présenterait un conflit d’intérêts. Cette absence de transparence ne permet évidemment pas, à elle seule, de conclure à une irrégularité. En revanche, elle prive les parties prenantes des informations nécessaires pour apprécier le déroulement d’une étape essentielle de la procédure électorale.

Le temps de campagne se réduit

Les délais prévus pour le dépôt et l’examen des candidatures ont une logique précise car ils ont été conçus pour permettre l’organisation d’une véritable campagne électorale. La Constitution de l’UWW impose que les candidatures à la présidence, comme celles au Bureau, soient déposées au moins trois mois avant le Congrès électif. Ce délai n’a de sens que si les dossiers sont examinés suffisamment tôt pour permettre aux candidats déclarés recevables de présenter leur projet aux fédérations nationales.

L’enjeu est considérable. L’UWW regroupe 188 fédérations nationales réparties sur tous les continents. Une campagne internationale ne se résume pas à l’annonce d’une candidature. Elle suppose de rencontrer les fédérations, de présenter un programme, de répondre aux interrogations des dirigeants et de confronter des visions parfois différentes de l’avenir de la discipline.

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Les débats portent notamment sur la place de la lutte au sein du mouvement olympique, alors que la concurrence entre les fédérations internationales s’est intensifiée et que chacune doit démontrer sa capacité à développer sa pratique, son audience et son attractivité. Ils concernent également la situation financière de l’UWW, la diversification de ses ressources afin de réduire sa dépendance aux revenus issus du Comité international olympique, ainsi que les réformes nécessaires pour consolider son modèle économique. Les candidats sont également appelés à présenter leurs propositions sur le développement des différentes disciplines, l’organisation des compétitions, l’arbitrage, la formation des entraîneurs, le calendrier international, les relations avec les confédérations continentales et la gouvernance de la fédération. Une telle campagne ne s’improvise pas en quelques semaines. Chaque retard dans la validation des candidatures réduit mécaniquement le temps disponible pour présenter ces propositions et les discuter avec les fédérations nationales.

Des candidats pas tout à fait à égalité

Cette réduction du temps de campagne n’affecte pas tous les candidats de la même manière. Le président en exercice continue naturellement d’exercer les responsabilités attachées à sa fonction. Il participe aux événements officiels de la fédération, bénéficie du soutien de l’administration permanente et demeure au centre de la communication institutionnelle de l’UWW. Les autres candidats, en revanche, ignorent encore si leur candidature sera définitivement validée et à partir de quel moment ils pourront conduire une campagne officielle.

Ce constat ne permet pas, à lui seul, de conclure à une rupture de l’égalité entre les candidats. Il conduit en revanche à s’interroger sur les conditions dans lesquelles chacun pourra effectivement présenter son programme avant le Congrès. Cette incertitude concerne également les candidats au Bureau, dont la capacité à rencontrer les fédérations et à défendre leur projet dépend elle aussi de la validation préalable de leur candidature.

Les conséquences de ces retards ne concernent pas uniquement les candidats. Elles touchent également les 188 fédérations nationales appelées à voter lors du Congrès. Pour exercer leur choix en connaissance de cause, celles-ci doivent pouvoir connaître suffisamment tôt la liste définitive des candidats, comparer leurs programmes, les interroger et apprécier leurs propositions. Si la validation intervient tardivement, cette période d’échange se trouve inévitablement réduite.

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Les interrogations sur le déroulement de la procédure prennent une dimension particulière en raison d’un différend juridique qui concerne directement la candidature du président en exercice, Nenad Lalović. Comme Causeur l’a déjà exposé dans plusieurs articles, la Constitution de l’UWW limite le mandat présidentiel à deux périodes de six ans. La possibilité pour M. Lalović de briguer un nouveau mandat fait toutefois l’objet d’interprétations divergentes. Certains juristes estiment qu’un troisième mandat n’est pas compatible avec les statuts actuels, tandis que d’autres considèrent au contraire que sa candidature demeure recevable. Cette question devra être tranchée conformément aux procédures prévues par les textes de l’organisation.

Treize ans sans opposition

Mais le contexte politique est tout aussi important. Depuis son accession à la présidence de l’UWW, Nenad Lalović n’a jamais eu à affronter un concurrent lors d’une élection. En 2014, quelques mois après avoir pris la tête de la fédération à la suite de la démission de Raphaël Martinetti, il était le seul candidat présenté au Congrès. Sept ans plus tard, en 2021, il a de nouveau été réélu sans opposition pour un deuxième mandat. Les fédérations nationales n’ont donc pas eu à départager plusieurs projets concurrents pour l’avenir de l’organisation.

L’élection d’octobre 2026 pourrait, au contraire, constituer la première véritable élection présidentielle disputée depuis treize ans. Pour la première fois depuis l’arrivée de M. Lalović à la tête de l’UWW, les fédérations pourraient être amenées à choisir entre plusieurs candidats et plusieurs orientations stratégiques.

Et c’est loin d’être anodin. Lorsqu’un président sortant est seul candidat, la procédure de validation des candidatures constitue essentiellement une formalité préalable au Congrès. En revanche, lorsqu’une véritable compétition électorale s’engage, chaque étape de cette procédure prend une importance particulière. La composition des organes chargés du contrôle, le respect des délais, la transparence des décisions et l’égalité de traitement entre les candidats deviennent des garanties essentielles de la crédibilité du scrutin.

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C’est précisément dans cette perspective que les textes de l’UWW confient à la Commission des nominations la vérification de la conformité des candidatures. Cette mission n’a pas seulement une portée administrative. Elle vise à assurer que tous les candidats soient examinés selon les mêmes critères, par un organe dont l’indépendance puisse être vérifiée. Aucun de ces éléments ne démontre, à lui seul, une irrégularité de la procédure. En revanche, leur accumulation nourrit des interrogations auxquelles l’UWW aurait tout intérêt à répondre rapidement. Plus l’organisation tarde à préciser les règles du jeu, plus les doutes deviennent difficiles à dissiper sur le déroulement d’une élection qui pourrait être, pour la première fois depuis douze ans, une véritable confrontation entre plusieurs projets pour l’avenir de la lutte mondiale.



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est historien et directeur de la publication de Causeur.

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