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Un duc encombrant

Antoine Michelland publie "Opération duc de Windsor" (Le Rocher, 2026)


Un duc encombrant
Le journaliste Antoine Michelland publie "Opération duc de Windsor" (Le Rocher) © David Atlan / Point de Vue

Contrairement à la légende un peu fleur bleue, Édouard VIII n’a pas seulement abdiqué par amour pour l’Américaine Wallis Simpson, mais aussi parce que son comportement jugé irresponsable et ses compromissions avec l’Allemagne nazie faisaient de lui une menace pour la monarchie et les intérêts du Royaume-Uni.


Edward (1894-1972), l’éphémère roi d’Angleterre redevenu duc de Windsor, fils aîné du roi George V, avait tout pour lui, le nom, le titre, la fortune. À 42 ans, en janvier 1936, il succède à son père sur le trône du royaume, sous le nom d’Edouard VIII.

Secrets royaux

Très vite, rien ne va plus. La raison ? Son obstination à vouloir épouser Wallis Simpson, une Américaine divorcée, qui va sur ses 40 ans, sa maîtresse depuis plus de cinq ans. Or son divorce rend, aux yeux de l’Église anglicane, ce mariage impossible. Mis en demeure de renoncer à Wallis ou d’abdiquer, il choisit le bonheur de l’amour… et abdique le 6 décembre 1936. Son frère George VI lui succède, le père de la future Elizabeth II.

Las… Cette version, si romantique soit-elle, est à mille coudées de la réalité. Au vrai, son père George V est effondré par le comportement de son fils aîné, à telle enseigne qu’il est le premier à demander qu’il soit espionné. L’intérêt même du Royaume-Uni est en jeu. « Il devait partir », raconte Antoine Michelland dans son passionnant Opération duc de Windsor. Un véritable roman d’espionnage qui complète l’excellent ouvrage d’Éric Branca (L’aigle et le Léopard, Perrin, 2023). Une réalité connue aujourd’hui grâce à la déclassification de nombreux documents.

Édouard VIII et Wallis Simpson en vacances en Yougoslavie, 1936. DR.

Panier percé

Les inquiétudes sont légitimes. Il y a bien sûr les dépenses pharamineuses d’Edward et de Wallis (les deux ont un rapport quasi-pathologique à l’argent), leurs « caprices de star », le comportement imprévisible du futur roi… et surtout sa sympathie à l’égard de l’Allemagne nazie (à l’instar, d’ailleurs, d’une partie des élites britanniques) qu’il partage avec Wallis, fragilisant le gouvernement et l’institution monarchique. Georges V est hors de lui face à ce sabotage « de tout ce qu’il a entrepris pour faire oublier aux Britanniques les ascendances allemandes de la couronne ».

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Visite au Berghof d’Hitler

Michelland montre comment Wallis et le duc n’ont jamais cessé d’être surveillés. Très vite, le couple qui ne va que de « futilités en mondanités » devient un pion du IIIe Reich et ne cesse de prôner un rapprochement avec l’Allemagne. Leur voyage à Berlin en 1937, où ils sont reçus avec tous les honneurs, est la sinistre apothéose de cette relation. Ils sont notamment au mieux avec Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères, et sont les invités personnels d’Hitler au Berghof.

Plus encore, dans le but d’obtenir la neutralité des Anglais dans le conflit, le maître de l’Allemagne cherche non seulement à manipuler le duc mais à l’enlever pour obtenir « une paix séparée avec l’Angleterre » (et pour le faire patienter, une importante somme d’argent lui est mise à disposition sur un compte numéroté en Suisse !) : c’est « l’opération Willi » – nom proposé par le Führer lui-même – qui échouera. Envoyé loin d’Europe, nommé gouverneur des Bahamas (1940-1945), le roi déchu est espionné par les Anglais, bien sûr, mais aussi par les Américains. Les Alliés sont au courant de tous ses faits et gestes et le lui feront savoir, après la guerre…

Le IIIe Reich écrasé, le couple Windsor reprend sa vie mondaine de princes errants. Qui était donc ce roi éphémère ? Un éternel adolescent, égotique, inconscient, qui n’a pas compris qu’il n’a jamais été une personne privée.

Opération duc de Windsor, Antoine Michelland, Éditions du Rocher, 2026. 480 pages.

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