Jean-Mathieu Pernin raconte dans Jeux de massacres cinquante ans de campagnes municipales à Paris. Qu’ils soient de gauche ou de droite, les candidats ne s’interdisent rien pour s’emparer de l’Hôtel de Ville.
Rien de mieux qu’un enfant de la balle pour nous faire la visite guidée. L’auteur du récent Jeux de massacres. Le Roman des campagnes municipales à Paris est fils et petit-fils de conseillers municipaux à Paris, époque Jacques Chirac, puis Jean Tiberi. Ayant grandi au milieu des dorures de la République, le journaliste d’Arte connaît bien les tiroirs et les placards de l’Hôtel de Ville, ainsi que les cadavres politiques qu’on y trouve.
Tout débute par une incongruité historique. Durant une bonne partie du xxe siècle, Paris s’est contentée d’élire un conseil municipal qui devait partager le pouvoir avec le préfet de la Seine. Un reliquat de la vieille méfiance du pouvoir central à l’égard d’une capitale frondeuse et de ses faubourgs turbulents.
Candidats maudits de l’Elysée
En 1974, soucieux de donner un coup de jeune aux institutions, le candidat Giscard promet aux Parisiens qu’ils pourront choisir leur maire comme des grands. La réforme est fin prête pour l’élection de 1977. Le président a son candidat : Michel d’Ornano. C’était sans compter l’irruption de Jacques Chirac, désormais dissident à droite.
Pourtant poussé par ses mentors Pierre Juillet et Marie-France Garaud, l’ancien Premier ministre de VGE entre à reculons dans la course. Il faut dire que, trois ans plus tôt, il a déclaré que « le caractère très spécifique de la Ville de Paris ne permet en aucun cas d’envisager un maire élu ».
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Durant la campagne, Chirac ne s’interdit pas de se moquer du style « un peu aristocratique » de son adversaire qui, de son côté, inaugure la malédiction des candidats de l’Élysée à la Mairie de Paris, de Pierre Joxe à Françoise de Panafieu en passant par Benjamin Griveaux pris, si l’on ose dire, la main dans le sac en 2020.
Emplois fictifs
Le règne de Chirac, marqué par les fameuses motocrottes, prend fin en 1995 quand le Corrézien devient président. Seulement, en adoubant Jean Tiberi, qui se fait élire dans la foulée, il suscite l’amertume dans ses troupes. En 1998, Jacques Toubon crée un groupe gaulliste municipal dissident. Si Tiberi arrive à déjouer l’opération, il ne parvient pas, en revanche, à endiguer le flot de révélations sur le système RPR à Paris, généreux en emplois fictifs.
En 2001, Philippe Séguin est désigné par le parti, mais Tiberi maintient ses listes. Une configuration idéale pour le candidat PS Bertrand Delanoë. Au soir du premier tour, le naufrage Séguin (cruellement moqué par les Guignols de l’info en masochiste sponsorisé par 3615 code Domina) se précise. Les listes Tiberi, elles, résistent mieux que prévu. Refusant de s’allier à un homme compromis dans des scandales politico-financiers, Séguin écarte toute fusion de listes.
Forteresse socialiste
Paris devient une forteresse de gauche. De ses deux mandats à Paris, Delanoë gardera une double déception : l’incapacité à prendre le PS lors du congrès de Reims en 2008, et l’échec à décrocher l’organisation des JO. C’est son héritière Anne Hidalgo qui récupérera sans enthousiasme le hochet olympique, pour 2024, faute de villes concurrentes. Cruelle ironie que d’obtenir quelque chose que l’on ne désire plus.
Paris, marchepied pour l’Élysée ? L’expérience de Chirac l’avait laissé penser, la tentative infructueuse d’Anne Hidalgo a nettement nuancé cette idée. Reste que la liste des ténors politiques qui ont rêvé de la capitale avant de vite renoncer est encore plus longue : Borloo, Douste-Blazy, Strauss-Kahn, Lang… Si elle n’est pas automatiquement faiseuse de roi, Paris est surtout une ville farouche qui ne se donne pas au premier séducteur venu.
Jean-Mathieu Pernin, Jeux de massacres. Le Roman des campagnes municipales à Paris de 1977 à 2026, Le Cherche-Midi, 2026. 336 pages
Jeux de massacres. Le roman des campagnes municipales à Paris de 1977 à 2026
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