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Que ma joie demeure

Giono ou Pelicot, même combat ?


Que ma joie demeure
Le livre de Gisèle Pelicot exposé à la Fnac à Paris, 18 février 2026 © Michel Euler/AP/SIPA

Gisèle Pelicot publie chez Flammarion son histoire. Le procès des viols de Mazan avait sidéré l’opinion. La sortie du livre se fait en 22 langues, bénéficie d’une couverture médiatique démesurée et a de quoi rendre jalouse une Michele Obama… En Grande Bretagne, Kate Winslet, Kristin Scott Thomas et Emma Thompson proposeront des lectures de l’ouvrage aux plus chanceux.


Les gens sont décidément moroses, désespérés et désespérants. Brainwashed par des médias sulfureux, les Français passent leur temps à se lamenter sur la déchéance d’un pays qui s’effondre, déplorent une société en faillite, dénoncent une insécurité exponentielle. À les entendre la France serait cul par-dessus-tête. Franchement, c’est un peu abuser… Carabistouilles. Foin de ce pessimisme hivernal ! Je vais vous donner, moi, une bonne raison de vous réjouir. Une hirondelle a fait le printemps. Elle vous avait manqué, mais la voilà. Notre icône nationale est de retour et porte un message d’espoir qu’elle délivre dans un récit paru le 17 février. La presse a annoncé à grands sons de trompe l’évènement dans le monde entier. En France, des articles bouleversants et élogieux ont paru simultanément dans Télérama, Le Nouvel Obs, Gala, Elle et j’en passe. À la radio comme sur les plateaux de télévision, on s’est arraché la dame et Augustin Trapenard lui a déroulé, comme il se doit, le tapis rouge de sa Grande Librairie. À l’étranger, même engouement dans La Vangardia en Espagne, le Financial Times, en Grande-Bretagne, USA TODAY ou The New York Times aux États-Unis. L’affaire est planétaire.

Infiniment remuant

Notre héroïne, c’est Gisèle Pelicot. La septuagénaire révélée par la sordide affaire des viols de Mazan et devenue, à son corps défendant, la figure emblématique que tout le monde nous envie, symbole suprême de « la lutte contre les violences sexuelles et la soumission chimique », vient de faire paraître Et la joie de vivre, récit à la première personne, « intimiste, infiniment remuant et vivant », selon Télérama. Co-écrit avec la journaliste Judith Perrignon, et traduit… en 22 langues, le voici enfin et pour notre plus grande joie, en librairie. Celle qui a déclaré au magazine Elle, tout comme Voltaire l’aurait fait en son temps « J’ai décidé d’être heureuse » (parce que c’est bon pour la santé) se livre enfin. Elle expose sa vision du procès intenté à son mari et aux cinquante autres hommes accusés de l’avoir violée, et raconte l’histoire de sa vie avec Dominique Pelicot avant qu’elle ne découvre que celui-ci, pendant des années, l’avait droguée et livrée à des hommes qui abusaient d’elle alors qu’elle était inconsciente. On y apprend enfin que la dame a retrouvé l’amour dans les bras de Jean-Loup, et on ne peut s’empêcher de verser une larme attendrie : « Je n’avais pas peur de mes rides, ni de mon corps. J’aimais Jean-Loup et il m’aimait. » Oui, on aime les téléfilms de Noël, on est fleur bleue et on l’avoue.

Que faire de toute cette boue ?

Celle que sa co-autrice qualifie de « mélancolique rieuse » (on échappe à la mouette rieuse) ne s’était jamais exprimée ailleurs que dans les salles d’audience d’Avignon puis de Nîmes, lors des procès. Silence après l’horreur. Pourquoi Gisèle Pelicot, qui refuse d’être qualifiée d’icône – « Le terme est trop fort pour moi » – prend-elle alors publiquement la parole ? C’est qu’elle a, paraît-il, pris conscience de sa responsabilité pour les générations futures et accepté d’être « une boussole, un repère » pour la nouvelle génération des féministes, engagées dans le combat sans merci contre la fameuse société patriarcale et machiste. Résignée à l’idée d’avoir un destin, elle s’est fait violence pour sortir de son mutisme et a déclaré à Télérama : « Je suis heureuse d’offrir mon histoire en exemple et mon prénom en étendard. » Comme elle l’explique sur France Culture, « c’est un message d’espoir que j’ai voulu transmettre. » Vive la joie ! À Télérama, encore, elle affirme : « l’écriture m’a aussi permis de faire une introspection, un état des lieux de ma vie. Que faire de toute cette boue ? Ce travail m’a permis de continuer à me réparer, d’apprendre à me reconstruire sur un champ de ruines. » Et la littérature devint thérapie…

Révoltée par la tragédie sordide vécue par Madame Pelicot, on s’étonne toutefois un peu de l’engouement pour les mémoires de la dame, trouvant qu’il confine un tantinet au voyeurisme. Que dire d’une époque où Germaine Tillion et Gisèle Pelicot se valent ? Que s’est-il donc passé pour que la victime soit célébrée à l’instar de l’héroïne ? Mais après tout, cessons de grincher, comme les tristounets qu’on raille.  C’est Confucius qui a certainement raison : « La joie est en tout ; il faut savoir l’extraire. »

320 pages

Et la joie de vivre

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est professeur de Lettres modernes

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