Une primaire « unitaire » de la gauche est annoncée pour le 11 octobre afin de désigner une candidature commune, malgré des modalités encore floues et de fortes tensions, notamment chez les socialistes. On sait que le processus était déjà fragilisé par le refus de participation de deux figures majeures (MM. Mélenchon et Glucksmann), mais les joyeux organisateurs assurent qu’ils vont mobiliser massivement.
La photo publiée par le Parisien Dimanche[1] est des plus charmantes. Il se raconte qu’elle a été prise à Tours, à la sortie de la cabine téléphonique où ce clan de la gauche façon puzzle s’est réuni pour causer primaire. Ils sont tout joyeux pour la photo, ils applaudissent. Du moins quatre d’entre eux, François Ruffin faisant smartphone à part. De la dissidence, déjà ? Ça promet. Les quatre autres, qu’on ne qualifiera pas de mousquetaires par respect pour l’œuvre du grand Dumas et ses personnages, en fait, n’applaudissent pas. Non, ils s’applaudissent. Ils ont raison de le faire maintenant car plus tard cela risque de ne pas être de saison.
Il y a là Olivier Faure, l’ambitieux frénétique qui ne sourit qu’intérieurement et reste bouche close, de peur sans doute qu’on ne voie que trop ses crocs si enclins à rayer le parquet, Lucie Castets, qui semble, elle, crier Matignon-Matignon-Matignon, son rêve éveillé, Marine Tondelier, la Torquemada de l’écologie expiatoire, Clémentine Autain, l’austère et froide prêtresse du dogme gauchiste qui, elle non plus ne sourit pas vraiment, ne s’y laissant aller probablement que lorsqu’elle se brûle sévère.
C’est qu’ils ont de quoi être ravis, fiers d’eux. La démocratie leur doit beaucoup en ce samedi 24 janvier 2026. Sans conteste, leur rencontre, les accords qui ont suivi, sont appelés à tenir une place de choix dans l’histoire de la gauche française, dans l’histoire tout court, ne lésinons pas. Dans les siècles à venir, nous retrouverons cette journée juste au-dessus – ou à côté- du fameux congrès de Tours de 1920 qui a abouti à la scission entre socialistes et communistes. Depuis lors, quand on entend marquer l’histoire, le choix de cette ville – Tours- s’impose. Les faiseurs de rillettes l’ont bien compris.
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Donc, ils nous promettent une primaire. Sans LFI et Mélenchon qui n’en veut pas, non plus que Raphaël Glucksmann qui se sent une vocation de chevalier blanc solitaire, non plus que François Hollande qui, lui, se voit assez rebondir (pardonnez-moi, je n’y peux rien, rebondir est le mot qui me vient spontanément dès que j’évoque le personnage. Son côté bonhomme Michelin, peut-être ?), rebondir, disais-je, au sein d’une cacophonique « gauche raisonnable » élargie, comptant dans ses rangs les Cazeneuve, les Glucksmann, les Jadot, des nostalgiques de son fabuleux règne aussi, probablement. Une bonne bande de potes, voyez.
De plus, pour la primaire concoctée ce week-end à Tours l’affaire est même appelée à se faire sans une partie du PS résiduel que nous connaissons, celle qui conteste la légitimité de son Premier secrétaire à traiter de ces choses-là… En tête des boudeurs, Boris Vallaud, le patron du groupe parlementaire et le rival déclaré de M. Faure, Nicolas Mayer-Rossignol. Comme quoi, il ne suffit pas de s’appeler Faure pour l’être. (Là aussi, pardon, je n’ai pas pu résister).
Bref, la quintuplette tourangelle donne rendez-vous pour le grand choix le 11 octobre. Elle espère la participation de quelque deux millions de votants qui se seront exprimés soit en ligne, soit dans l’un des 4000 bureaux de votes mis en place, un par canton. Chaque candidat aura dû réunir préalablement 500 parrainages d’élus sur son nom. On veut du sérieux, comprenez-vous.
Monsieur Faure en salive déjà : « Quand vous aurez un candidat désigné par deux millions de personnes, ça va entraîner grave ! » (Oui, Monsieur le Premier secrétaire aime faire jeune dans son mode d’expression.) Et d’ajouter aussitôt : « Quand deux millions de personnes vont entrer dans les wagons, ceux qui vont rester à quai vont se retrouver très bêtes. » Rappelons à M. Faure qu’on emploie le terme wagon pour les marchandises et les bestiaux. Voiture pour les passagers, les humains. Mais prendre les électeurs pour des veaux est un travers politicien dont, nul ne l’ignore, l’intéressé n’est ni l’inventeur ni le détenteur exclusif. Nous passerons donc avec indulgence sur ce lapsus révélateur. D’autant que ce convoi supposé bondé n’est nullement assuré de parvenir au 11 octobre. Comme on l’a vu – hélas ! – les trains ça déraille grave ces temps-ci !
[1] https://www.leparisien.fr/politique/il-faut-montrer-que-ca-avance-la-primaire-de-la-gauche-fixe-une-date-au-11-octobre-pour-dissiper-les-doutes-24-01-2026-VJ4S7LZZFBHFHA6RQ36B6OJHQE.php
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