Avec Didier Idjadi, intellectuel franco-iranien, et Jeremy Stubbs.
Nous savons que, en Iran, des manifestations anti-régime se multiplient à travers le territoire et se poursuivront cette nuit et au cours des jours à venir. Qu’est ce qui est en train de se passer au juste ? Didier Idjadi, sociologue, universitaire, intellectuel franco-iranien, réfugié politique, nous donne son analyse d’expert.
Il y a déjà eu des mouvements de contestation contre le régime des mollahs. Qu’est-ce qui est différent cette fois? Nous savons que la révolte couve depuis longtemps chez beaucoup de femmes et de jeunes qui acceptent très mal le joug du régime islamique totalitaire. Aujourd’hui, une partie des bazaris, cette classe qui est au coeur de l’activité économique en Iran et qui était jusqu’ici favorable à l’ordre établi, a rejoint le mouvement politique qui défie le pouvoir en place. Car la crise politique se double – et se trouve aggravée par – une crise économique. Le système à la fois étatique et corrompu est arrivé à un tel point d’épuisement que le nombre des insatisfaits du régime se multiplie dans ce pays de plus de 87 millions d’habitants.
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Les trois piliers institutionnels du régime – le Corps des gardiens de la révolution islamique, le Bassidj ou police paramilitaire, et l’armée – commencent à donner des signes de faiblesse. Les pays étrangers qui soutiennent le régime – la Chine (uniquement intéressée par des questions commerciales), la Russie (incapable d’intervenir directement), la Corée du Nord, et Cuba – sont détestés par le peuple iranien. Deux autres alliés, MM. Assad et Maduro, ne sont plus au pouvoir. Deux puissances encouragent la révolte, les Etats-Unis et Israël, représentés par le régime comme le Grand Satan et le Petit Satan. Bien que les manifestants iraniens ne soient pas favorables à une ingérence étrangère dans leur pays, les menaces de Donald Trump en cas d’actes de violence par les autorités sont appréciées, et le peuple ne partage pas la haine d’Israël que les mollahs veulent lui imposer.
En cas de chute du régime, qui est-ce qui pourrait remplir le vide qu’il laisserait? Il y a des opposants internes en Iran, mais ils ont été brutalement réprimés par le pouvoir. Beaucoup languissent actuellement en prison et, d’une manière générale, l’opposition n’est pas du tout organisée. Il y a des groupes à l’étranger qui sont organisés, mais on en dénombre pas moins d’une cinquantaine et ils ne sont pas unis. Pourtant, une dynamique se dessine pour former une coalition. Quelqu’un qui pourrait jouer un rôle dans une transition vers un régime plus démocratique est le descendant du dernier Chah d’Iran, le prince Reza Pahlavi.
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Si la révolution aboutit cette fois, elle fera la joie du peuple iranien et sera accueillie très favorablement par les gouvernements occidentaux. Seuls les mollahs seront déconfits, ainsi que nos propres islamo-gauchistes.
A suivre !
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