À droite comme à gauche, on s’est inspiré des thèses du géographe Christophe Guilluy sur les « fractures françaises ». Il revient sur une campagne qui a vu s’affronter deux discours symétriques.

Causeur : Après la défaite de Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle, beaucoup ont glosé sur l’échec de la « stratégie Buisson » visant à siphonner l’électorat frontiste en axant la campagne sur des thématiques identitaires − lien entre insécurité et immigration, défense du « mode de vie français ». Souscrivez-vous à cette analyse ?

Christophe Guilluy : Cette thèse est absurde, même si elle rassure les défenseurs autoproclamés des « valeurs ». S’il n’avait pas choisi cette stratégie, Nicolas Sarkozy n’aurait pas dépassé 20 à 25 % des voix au premier tour et 46% au second. Compte tenu de l’état économique et social du pays, s’il avait mené une campagne au centre, axée seulement sur le « social » ou le « pouvoir d’achat », il aurait nécessairement été conduit à critiquer son propre bilan. Cette stratégie suicidaire aurait amené Marine Le Pen au second tour. Bref, tout cela n’a pas de sens. Sarkozy a mené la seule campagne possible.

 

*Photo : Antony Drugeon

Lire la suite