Sans doute le rappellera-t-on, lors des commémorations répétitives de la Grande Guerre qui nous sont promises : le premier Français tué au combat s’appelait Peugeot. Le caporal Peugeot, tombé le 3 août 1914 sur le territoire de Belfort, en compagnie du soldat allemand Mayer, a donné son nom, à  son corps défendant, à une rue parisienne.

Il portait un nom franc-comtois, comme ses homonymes qui, depuis plus de deux siècles, illustrent le capital industriel français[1. La première entreprise Peugeot, créée en 1810, fabriquait des tables.]. Au moment où le caporal Peugeot tombe sur le champ de bataille, la société automobile Peugeot produit la moitié des 20 000 véhicules réalisés en France, Renault le quart et Panhard le dixième. Et pourtant, c’est Renault qui entrera dans l’histoire de la Grande Guerre avec les « taxis de la Marne » puis, surtout, avec les chars qui, à partir du 18 juillet 2018, contribueront à refouler, jour après jour, les forces allemandes installées sur notre territoire.

Un siècle plus tard, les descendants des Peugeot, encore détenteurs d’une fraction du capital de l’entreprise, en abandonnent  le contrôle effectif à l’État français et à Dongfeng, société chinoise, sans renom et sans savoir-faire, mais aux mains de l’État chinois. Les vicissitudes du groupe Peugeot ont conduit à ce paradoxe de la globalisation néolibérale : la survie d’une entreprise française familiale, représentée par deux marques illustres, Peugeot et Citroën, dépend de la contribution de deux États.

*Photo: Soleil.