Tandis qu’au Caire, à Suez et à Alexandrie c’est l’insurrection, dans la péninsule du Sinaï c’est carrément la guerre. Les Bédouins du Sinaï sont entrés dans la danse avec des armes à feu qu’ils n’hésitent pas à utiliser contre la police et la gendarmerie (depuis les accords de paix de 1979 avec Israël, les Egyptiens n’ont pas le droit d’y déployer de troupes régulières). Laissant les pierres et autres cocktails Molotov aux « femmelettes » des grandes villes, les braves des tribus Tarabine, Rashaida et Sawarqa préfèrent exprimer leur mécontentement avec des AK-47 et des RPG-7.

La majeure partie du Sinaï est depuis une trentaine d’années une sorte de no man’s land, Le Caire ne se préoccupant que des zones littorales touristiques et des frontières avec Israël et l’Emirat de Gaza. Les plaines et surtout la haute montagne sont contrôlées par les tribus. Sans sentiment d’appartenance nationale – ce qui est très compréhensible vu leur histoire et leur statut de citoyens de seconde zone – ils profitent du chaos géostratégique pour trafiquer tout azimut: prostituées est-européennes, refugiés soudanais et drogues vers Israël, divers produits de consommation vers Gaza.

Or, depuis quelques années les réseaux bédouins sont infiltrés par Al-Qaïda et travaillent avec l’Iran et le Hezbollah. Passer une jeune fille ukrainienne ou un spécialiste libanais en voitures piégées requiert grosso modo les mêmes compétences. Nulle part ailleurs l’échec du régime et la désintégration de l’Etat n’est plus clair que dans cette zone qui, depuis une semaine, ne fait plus réellement partie de l’Egypte.

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