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Villeneuve-sur-Lot, une Bérézina journalistique

C’est fait : le jeunot du FN n’a pas ramassé le gros lot à Villeneuve-sur-Lot, et le coq du village UMP l’a largement emporté au deuxième tour de l’élection législative partielle de cette circonscription du Lot-et-Garonne.
Cette élection, provoquée par la chute ignominieuse du député sortant PS Jérôme Cahuzac, avait provoqué une descente massive dans le Sud-Ouest des cadors du journalisme politique parisien, venus tendre leurs grandes oreilles dans les estaminets locaux. Pour eux, à l’issue d’un premier tour, qui avait vu l’élimination du candidat socialiste, l’affaire était quasiment dans le sac : forts de quelques bribes de conversation entendue à l’heure de l’apéro, il ne faisait guère de doute,  pour eux, que le FN Etienne Bousquet-Cassagne allait terrasser Jean-Louis Costes en dépit des appels à « faire barrage au Front national » lancés par les dirigeants du PS. « Le Front Républicain en lambeaux » titrait ainsi Le Monde.fr quelques heures avant le scrutin, donnant le signal à toute la corporation parlante et écrivant de préparer les commentaires adéquats. On avait tellement joué à se faire peur, et on s’était préparé si intensément à son quart d’heure warholien de célébrité sur les chaînes tout infos que l’on se trouva fort dépourvu quand le résultat fut connu. Costes l’a emporté avec une confortable avance, plus grande en tous cas que celle de Jean-François Mancel dans l’élection partielle de l’Oise, avec la même configuration au second tour. Le Front républicain n’est pas mort, ne leur déplaise, et il bande encore suffisamment pour renvoyer un post-adolescent du FN à ses chères études de BTS commerce. Le plantage des augures n’a pas incité ces commentateurs à la modestie et à l’autocritique : leurs analyses étant prêtes d’avance, il fallait les fourguer, quel que soit le verdict des urnes.  On a donc continué à jouer à se faire peur et à gloser sur le tremblement de terre politique issu d’un scrutin local dans la France profonde.
On n’avait rien vu venir, mais on pouvait se consoler en se disant que les collègues du service étranger sont logés à la même enseigne : les envoyés spéciaux à Téhéran, prétendument experts en iranologie ayatollesque, n’ont pas vu venir la vague pro-Rohani lors de l’élection présidentielle, malgré des notes de frais maousses justifiées par la difficulté du terrain. Ils avaient l’excuse de ne pas maîtriser suffisamment le farsi pour sentir le vent politique. Il faut donc croire que le franco-occitan,  qui sert d’outil de communication à  la population de Villeneuve-sur-Lot est aussi indéchiffrable pour nos Rouletabille de la politique intérieure que la langue d’Omar Khayyam pour les aspirants au prix Albert-Londres du reportage exotique.


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