Pour certains, la vie est un long fleuve tranquille. Pour d’autres – et Christiane Taubira en témoigne avec l’éloquence emphatique qui est sa marque – c’est une vallée de larmes. Pleure, ô mon pays bien-aimé… Pleurez, martyrs de la vérité… Et vous tous qui avez le cœur sec, écoutez la triste complainte de la pauvre Taubira.

Elle a certainement souffert en Guyane des abominations de la colonisation française. Elle a certainement vécu dans sa chair émue les horreurs que nous avons infligées à l’Afrique noire. Mais depuis un certain temps, elle fait preuve d’une louable retenue sur ces douloureuses questions. C’est d’elle-même, de sa souffrance personnelle qu’elle a voulu parler en s’affranchissant de sa timidité et de sa modestie naturelles.

Chez l’ancienne garde des Sceaux, tout sonne faux

Elle était interviewée dans Le Monde où on l’interrogeait sur les propos d’Emmanuel Macron, selon lesquels, lors du débat sur le mariage pour tous, les opposants à cette loi avaient été « humiliés ». Et là, la lionne blessée a rugi. Son cri de colère mérite d’être cité en entier tant il atteint les cimes de la perfection lyrique :

« Qui a été humilié ? Celle qu’on traitait de guenon tous les matins ? Celle qui recevait des menaces de mort ? Celle sur qui on lançait des œufs ? A l’inverse, qu’on trouve un quart de virgule où j’aurais tenu un propos humiliant. Ce n’est pas faute d’en avoir entendu et d’avoir quatre enfants qui, en se levant le matin, les entendaient.

Mais je ne compte pas, je fais rempart parce que, derrière moi, il y a des gens. Les agressions physiques homophobes, c’est la Manif pour tous qui les a supportées ? Les insultes homophobes, la disqualification de toute famille en dehors de celle avec un papa, une maman, un petit garçon et une petite fille… Ces gamins qui ont entendu qu’on les traitait d’“enfants Playmobil”. Elle était dans quel camp, l’humiliation ? »

On aimerait faire crédit à Christiane Taubira et lui accorder, le temps d’un article, une présomption de sincérité. Mais on ne peut tant l’outrance est grande, renforcée de surcroît par une grandiloquence dégoulinante. « Guenon » tous les matins ? Une – oui, seulement une – imbécile frontiste l’a caricaturée en singe. Et c’est déjà trop. On lui a lancé des œufs ? Oui, deux ou trois crétins racistes, et tout crétin raciste doit être dénoncé pour ce qu’il est. Des agressions physiques homophobes ? Oui, mais elles sont le fait – et Christiane Taubira ne peut l’ignorer – des jeunes de banlieue qu’elle aime tant.

Chez l’ancienne garde des Sceaux, tout sonne faux. Elle fait sonner les cloches du désespoir et on entend un bruit de mensonge. Elle affecte de pleurer et on a aussitôt le sentiment qu’elle ricane en douce. Elle s’adresse à notre cœur et on ne peut s’empêcher de penser qu’elle nous prend pour des cons. Christiane Taubira n’est pas candidate à la présidence de la République. C’est dommage : on aurait su pour qui ne pas voter !