Les Français, paraît-il, sont dégoûtés de la politique. On se demande bien pourquoi. Admettez que nos gouvernants ne ménagent pas leur peine pour nous divertir. Péripéties, rebondissements, coups de théâtre, cabales et intrigues : ces jours-ci, le journal de 20 heures vaut toutes les séries télé.

En tout cas, ça pulse. En quinze jours, on a eu l’affaire Copé, l’affaire Buisson, deux ou trois affaires Sarkozy, l’affaire Taubira, plus quelques intrigues secondaires. Je résume : Un grand parti déchiré par les guerres entre clans rivaux ; un conseiller qui espionne le Prince se fait voler ses enregistrements qui se baladent dans la nature ; un ancien président placé sur écoute ; un magistrat qui tente de se suicider ; une Garde des sceaux qui ment face caméra avec une assurance de fer. Et pour finir, un ancien Premier ministre, en l’occurrence Dominique de Villepin qui, à en croire un journal anglais, aurait amélioré sa petite retraite de 100.000 euros en revenant travailler une journée au Quai d’Orsay. Une opération légale grâce, paraît-il, à un coup de pouce de Laurent Fabius, il faut bien s’entraider. D’accord, 100.000 euros d’argent public pour une journée de boulot, peut-être qu’on le ferait tous si on pouvait, mais justement si on a élu les meilleurs d’entre nous, c’est pour qu’ils prennent en charge l’intérêt général. D’ailleurs, ils le disent tout le temps, la seule chose qui les intéresse, qui les obsède même, c’est de régler nos problèmes. Seulement, ils n’ont pas le temps les pauvres avec toutes ces cabales à monter et ces complots à déjouer. Pour un peu, il faudrait les consoler de leur propre impuissance. Parce que nous, on a fini par s’y habituer.

Cependant, l’impuissance ne suppose pas forcément la déliquescence. Si le festival de mauvais coups auxquels nous sommes quotidiennement conviés se déroulait dans une série-télé, elle pourrait s’appeler « Pouvoir, corruption et trahison » ou « La loi du mensonge ». Ou peut-être « Le bal des Tartuffes ». Les spécialistes feraient la moue, jugeant le scénario trop loufoque ou trop tordu pour être crédible. N’empêche, on serait scotchés devant nos écrans.

Il faut croire que nous manquons d’humour, ou de distance, parce que nous sommes nombreux à trouver le spectacle lassant. Le plus grave n’est pas qu’on nous mente, comme l’ont martelé les ténors de la droite avec des airs de mère supérieure pinçant une nonne devant un film porno – il est vrai qu’eux ne mentent pas. Gouverner c’est mentir. Aimer, travailler, parler aussi. Vivre, c’est mentir.

Le plus énervant, c’est d’être pris pour des crétins. Quand Christiane Taubira prétend n’avoir jamais entendu parler des écoutes de Sarkozy, ce n’est pas un mensonge, c’est du foutage de gueule. Du reste, si elle n’avait pas été informée des écoutes de Nicolas Sarkozy, c’est sur le champ qu’il aurait fallu la virer, parce que cela aurait prouvé que la République est encore plus mal tenue que ce que nous croyons. Mais quand, prise la main dans le sac à bobards, elle s’enlise dans ses dénégations, l’histoire vire à la grosse farce ou à la cour de récré. On ne s’étonnera pas qu’elle risque le Conseil de discipline, voire l’exclusion définitive.

Quoi qu’il en soit, quand les affaires prennent le pas sur les affaires communes, selon une formule d’Alain Finkielkraut, et que la réalité ressemble à la télé, le citoyen a quelques raisons d’être grincheux. D’autant que, sur le plan esthétique, on est plus proche de la cour du roi Pétaud que de la Florence des Médicis.  En deux semaines, nous sommes passés de Shakespeare aux « Pieds nickelés font de la politique ». Trop forts les scénaristes. Non, vraiment, on ne voit pas pourquoi tant de gens veulent en changer. Les ingrats.

 *Photo : Jacques Brinon/AP/SIPA. AP21539638_000001.

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.