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Il y a trois ans, le 29 août 2008, le site internet Bloomberg.com publiait la nécrologie de Steve Jobs.

Contrairement à la croyance populaire, annoncer la mort de quelqu’un par erreur n’allonge pas sa durée de vie, le patron d’Apple nous ayant quittés hier avant de pouvoir fêter son 57e anniversaire.
Cette notice posthume prématurée a cependant le mérite de poser une question intéressante sur l’héritage symbolique de Jobs. Selon Arik Hesseldahl, l’auteur de la nécrologie anticipée, Apple en général et Jobs en particulier ne se sont pas distingués – et c’est un euphémisme – par leur action philanthropique.

Contrairement aux légendes passées- Carnegie ou Rockefeller- ou présentes- Bill Gates, Warren Buffet et Mark Zuckerberg- du capitalisme américain, les noms de Steve Jobs et son épouse Laurence ne sont pas associés à une quelconque œuvre, bourse d’étude, bâtiment hospitalier ou universitaire. Pourtant, l’annonce de la mort de Jobs a soulevé une vague mondiale d’émotion et de sympathie digne de la disparition d’une légende du cinéma. Difficile d’imaginer que le décès – que nous ne souhaitons pas – de Bill Gates, Mark Zuckerberg, Larry Page ou Sergey Brin (fondateurs de Google et de son bras philanthropique Google.org), triste événement qui serait sans aucun doute largement médiatisé et commenté, suscite un tel émoi planétaire. Comment donc expliquer que la popularité d’un homme qui n’a jamais rien fait pour se faire aimer par les non-actionnaires d’Apple dépasse si largement celle de bienfaiteurs qui ont légué une bonne partie de leur patrimoine, soit des dizaines de milliards de dollars, à des œuvres caritatives ?

C’est sans doute que pour les quelques dizaines de millions d’humains qui ont été saisis d’émotion à l’annonce de ce décès, Steve Jobs a légué à l’humanité bien plus que quelques milliards de dollars. Des produits extraordinaires, tout d’abord, dont les plus extraordinaires ne sont sans doute pas l’i-Chose ou l’i-Truc, mais le système d’exploitation Mac, le cœur de la bête, sans qui rien n’était possible. Viennent avec les premiers OS, la souris, le bureau, et toutes autres choses dont personne n’aurait osé rêver il y a 30 ans. Personne sauf Steve Jobs, qui à défaut de les avoir inventées (il a par exemple racheté le brevet de la souris chez Xerox, où on l’avait enterré au rayon « utopies »), a cru en leur avenir industriel et à leur destinée de masse immédiate.

Bien sûr, dans ces années-là, Microsoft, à l’instar de Samsung aujourd’hui avec les Smartphones, vendra plus de machines et gagnera beaucoup plus d’argent en plagiant Apple jusqu’à l’extrême limite du plaidable. Mais sans jamais créer ce lien inimitable avec le public, ou disons, sans vouloir vexer personne, la frange la plus prescriptive et la plus dynamique du public. Voilà comment tout en restant minoritaire, différent, souvent non compatible avec le reste du parc de machines, détesté par les comptables, abandonné par les architectes, puis les profs puis les médecins, boycotté par les ados gamers, méprisé par la plupart des geeks, des informaticiens et des militants du logiciel libre Apple a fini par dépasser en taille tous ses concurrents.

Steve Jobs, n’était sûrement pas notre Gutenberg, ni notre Franklin ni même notre Edison. Mais c’était l’image même d’un capitalisme rock n’roll, innovateur, pêchu. Celui que ni les milliardaires de Dubaï, ni les PDG de Shanghai ne pourront jamais égaler. On n’imite pas l’innovation : pour notre occidental way of life, c’est une lueur d’espoir.

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