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Stéphane Hessel, Philip Roth, l’affaire Bettencourt

alain finkielkraut pape

Elisabeth Lévy : Stéphane Hessel s’est éteint à l’âge de 95 ans. Que vous inspire l’encensement quasi général auquel sa mort a donné lieu ?
Alain Finkielkraut : Paul Ricoeur avait un souhait : être vivant jusqu’à la mort. « Les dangers du grand âge, disait-il, sont la tristesse et l’ennui. La tristesse n’est pas maîtrisable, mais ce qui peut être maîtrisé, c’est le consentement à la tristesse. Ce que les Pères de l’Église appelaient l’acédie. Il ne faut pas céder là-dessus. La réplique contre l’ennui, c’est être attentif et ouvert à tout ce qui arrive de nouveau. » Stéphane Hessel n’a connu ni la tristesse ni l’ennui. Je l’ai vu, il y a quelques années, aux Rencontres de Pétrarque, à Montpellier : il récitait fougueusement  des vers d’Apollinaire car il était doué, et il est resté doué jusqu’à la fin, d’une mémoire phénoménale. L’ostentation de cette mémoire faisait de lui, si j’ose dire, un cabotin magnifique. J’en serais resté à cet hommage en demi-teinte et j’aurais respecté le délai de décence avant d’exercer mon droit d’inventaire sur Stéphane Hessel, sa vie, son oeuvre, s’il n’avait pas fait, dans la presse, l’objet d’un éloge délirant. C’est le « Santo subito ! » de Stéphane Hessel qui m’oblige à réagir. Et réagir,  c’est relire tranquillement Indignez-vous !, le petit livre beige du nouveau siècle. Stéphane Hessel dit : « Le motif de la résistance, c’est l’indignation. » En d’autres termes : « Indignez-vous et vous serez résistants ! » Mais la résistance, ce n’est pas cela. La résistance, c’est le courage. La résistance, c’est ce qu’écrit René Char dans Les Feuillets d’Hypnos : « Nous avons recensé toute la douleur qu’éventuellement le bourreau pouvait prélever sur chaque pouce de notre corps ; puis le coeur serré, nous sommes allés et avons fait face. » Toute ma génération s’est demandé si elle aurait eu ce courage. Elle l’a espéré, elle l’a mimé, jusque dans les analogies les plus folles comme « CRS-SS ! ».
Stéphane Hessel dispense les jeunes de cette question. L’indignation suffit, dit-il. En même temps, différence essentielle avec le nazisme, il faut chercher pour trouver de quoi nourrir cette émotion fondamentale. « Regardez autour de vous », demande Stéphane Hessel. Il invente ainsi le tourisme de l’indignation. Aux jeunes qui, comme Primo Levi le dit dans Les Naufragés et les Rescapés, n’aiment pas l’ambiguïté car leur expérience du monde est pauvre, Stéphane Hessel parle le langage manichéen qu’ils ont envie d’entendre. Alors que la morale est faite de dilemmes et de conflits de devoirs, il leur enjoint de ne pas se casser la tête. Autrement dit, la phrase  de Ricoeur n’est pas vraiment adaptée à son cas. Il n’est pas resté vivant, il est resté adolescent jusqu’à sa mort et c’est ce qui explique son succès dans une France désemparée par la crise mais qui aime d’autant moins réfléchir que l’éducation y est devenue, depuis quarante ans, une arme de déculturation massive. Qu’est-ce, de surcroît, qu’un kamikaze sinon un homme (ou une femme) qui explose d’indignation ? Il faut être aveugle et sourd pour célébrer, en notre époque de fanatismes, l’indignation comme telle, l’indignation sans complément d’objet. C’est peut-être la raison pour laquelle Stéphane Hessel propose in fine un objet à l’indignation générale : Israël.[access capability=”lire_inedits”] Pas un mot sur les dictatures dans le monde arabo-musulman, un an avant que n’éclate le « Printemps arabe ». Pas un mot sur l’écrasement des libertés à Gaza. Seulement Israël. Ce qui animait Stéphane Hessel, ce n’était pas la solidarité avec les Palestiniens, ce n’était pas même l’indignation, c’était la haine. L’homme était suave, mais il y avait du fiel dans son miel.
J’ai été consolé, pourtant, en découvrant une petite note dissonante et très inattendue dans la déclaration d’amour de 32 pages adressée par le journal Libération à l’indigné de la crèche. Rony Brauman, que nul ne soupçonnera d’indulgence à l’égard d’Israël, s’étonne et même s’indigne de la priorité donnée à ce conflit : « Il y a bien d’autres lieux où les droits des peuples sont piétinés, et parfois plus violemment encore. Pour moi, cela relevait d’une erreur de méthode qui affaiblissait le discours. » La vérité sort parfois de la bouche des adversaires.

Un an après les assassinats et la propre mort de Mohamed Merah, on a assisté à une semaine de célébrations, d’émotion et de polémiques. Ainsi, « Le Grand Journal » de Canal+ a confronté le ministre de l’Intérieur à la douleur et à la colère de mères de victimes. Que dire à une mère qui a perdu son fils ?
Il faut affirmer, comme cela a été fait, la solidarité de la nation. Mais cela ne suffit pas. Dans votre livre, La Gauche contre le réel, vous avez vous-même relevé l’empressement de la classe médiatico-politique à pointer du doigt l’extrême droite, et même le pouvoir en place, trois jours après la fusillade de Toulouse. François Bayrou dénonçait le degré de violence et de stigmatisation qui montait dangereusement en France. Et François Hollande ne se montrait pas moins sévère : « Il y a des mots qui influencent ,qui pénètrent, qui libèrent. Et donc ceux qui ont une responsabilité doivent maîtriser leur vocabulaire. Au sommet de l’État, rien ne peut être toléré. » Après ce moment de divagation, on s’est aperçu que l’assassin ne ressemblait pas à son portrait-robot. Reste à savoir si on en a tiré toutes les conséquences.
Je n’en suis pas sûr. Regardons-nous la réalité en face ? La réalité, c’est-à-dire la haine de l’Autre, la haine que l’Autre, ou que certains autres expriment en hurlant d’un même souffle : « Sale juif ! » et « Sale Français ! ». Oui ou non, Mohamed Merah est-il populaire dans les « quartiers » ? La presse n’est pas pressée de le savoir. La mère de l’une des victimes, pourtant, nous a alertés. Elle a dit qu’elle était allée parler à Toulouse avec un certain nombre de jeunes qui lui ont fait l’éloge de Merah. Quand elle a décliné son identité, ils ont changé d’attitude.
Mais c’était une femme voilée ! Si une mère juive était allée tenir le même discours dans la même cité, que se serait-il passé ? Le CRIF l’a dit, les actes antisémites ont augmenté en France dans les semaines qui ont suivi les tueries de Montauban et de Toulouse. Voilà une réalité qui n’intéresse pas le journalisme d’investigation. Cette réticence est une énigme que trois livres récents − La Fin de la modernité juive, d’Enzo Traverso, Comment j’ai cessé d’être juif, de Shlomo Sand, et Parting Ways, de Judith Butler − nous permettront d’élucider.
Enzo Traverso explique que les juifs, au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe, ont incarné la conscience critique de l’Occident. Aujourd’hui, ils sont du côté du manche, ils sont les défenseurs de l’ordre occidental. L’antisémitisme faisait d’eux des parias, la mémoire de l’Holocauste, devenue aujourd’hui la religion civile des démocraties libérales, les transforme en chouchous. Et cette minorité devenue respectable ne cesse de monter en épingle un antisémitisme résiduel alors que, selon Traverso, le vrai fléau de notre temps est l’islamophobie, et que les nouveaux juifs, ce sont les immigrés. Les juifs, eux, ne sont plus juifs : en se mobilisant pour Israël, ils ont trahi l’éthique pour l’ethnique, la diaspora pour l’État national et la critique pour la domination. Tirant les conséquences de cette triple trahison, Shlomo Sand démissionne : il n’est plus juif. Il vit, dit-il, dans une des sociétés les plus racistes du monde occidental et qui renoue, sans le savoir, avec la tradition et sa morale exclusivement communautaire. On voit renaître, sous la plume de Shlomo Sand, la vieille condamnation chrétienne du juif charnel, incapable d’accéder à l’universel.
Cette malédiction se retrouve, pour finir, dans le livre de Judith Butler. Dans un entretien avec moi et qu’animait Shlomo Malka, Levinas aurait dit, selon Butler, que les Palestiniens sont « faceless », qu’ils n’ont pas de visage et que l’interdit du meurtre ne jouait donc pas pour eux. Or, Levinas n’a jamais proféré une insanité pareille. Au lendemain de Sabra et Chatila, il a dit que la mémoire de l’Holocauste « ne justifie nullement qu’on se ferme à la voix des hommes où peut aussi résonner la voix de Dieu. Se réclamer de “l’Holocauste” pour dire que Dieu est avec nous en toutes circonstances est aussi odieux que le “Gott mit uns” qui figurait sur les ceinturons des bourreaux. » Le contraire, donc, de ce que lui fait dire Butler. Ainsi, ce n’est plus la police du tsar qui fabrique des faux, c’est l’Université américaine. Il n’y a pas de place, dans ce climat surchauffé, pour une réflexion sur le nouvel antisémitisme. On fait donc la sourde oreille.
Shlomo Sand remet en cause l’idée d’une définition « ethnique » du peuple juif. Il dit : « Les juifs ne sont pas un peuple-race. » Quand certains se mettent en tête de repérer un « gène juif », c’est un débat que l’on peut avoir !
Depuis la « divine surprise » de la guerre des Six Jours, il y en a effet des juifs en proie au délire, notamment dans les implantations de Cisjordanie. Et ces colons effraient les différents gouvernements israéliens, quelle que soit leur couleur politique. L’immobilisme désolant d’Israël s’explique au moins autant par la peur d’une guerre civile que par la peur de l’islamisme. Je m’en inquiète, je le dénonce inlassablement comme les directeurs du Shin Beth qu’on a vus récemment dans un documentaire diffusé sur Arte : The Gatekeepers. Mais la démission de Shlomo Sand est une posture odieuse, car elle dit à tous ceux qui haïssent les juifs en tant que juifs qu’ils ont raison.

Vous avez donné une conférence lors des célébrations organisées à l’occasion du 80e anniversaire de Philip Roth. Mais parlez-nous, pour commencer, de votre amitié avec cet écrivain.
Un jeudi de 1979, j’ai découvert dans le supplément littéraire du journal Le Monde un article de Milan Kundera sur Professeur de désir, de Philip Roth, qui venait de paraître. Ce fut pour moi un choc : les deux écrivains contemporains que j’admirais le plus se trouvaient soudain côte à côte, il y avait entre eux un trait d’union. Je venais de faire la connaissance de Milan Kundera, je lui ai parlé de mon éblouissement et il m’a dit que Philip Roth et lui étaient amis, qu’ils s’étaient connus à Prague où Roth se rendait régulièrement. Un soir de 1980, j’ai été invité à dîner chez Milan Kundera avec Philip Roth et sa compagne de l’époque, Claire Bloom. Depuis lors, j’ai revu Philip Roth à Paris, à Londres − où il a vécu longtemps −, et dans sa maison du Connecticut − où il réside la moitié de l’année. Un jour, il m’a dit que lorsqu’il ne travaillait pas, il se sentait « pointless », sans but, sans justification.
C’est pour cela qu’il ne s’éloignait jamais de son bureau plus d’une semaine. Or voici que, en même temps que Benoît XVI (il a lui-même relevé, en riant, cette coïncidence), Philip Roth a renoncé. Il n’écrit plus et il ne se sent pas « pointless ». Il a le sentiment d’avoir accompli sa mission. Cet écrivain passionné par la turbulence était aussi un homme de devoir, un grand puritain de l’écriture. « Tu dois ! », lui disait tous les jours sa conscience. Maintenant, elle le laisse en paix. Et puis, si son esprit, j’en témoigne, est plus vif que jamais, sa mémoire lui joue des tours. Lorsqu’il a des choses importantes à faire, il les note dans ce qu’il a appelé lui-même son « livre du rire et de l’oubli ». Il m’a dit qu’il lui était maintenant trop pénible de reprendre l’écriture d’un livre alors même qu’il n’était plus habité par ce qu’il avait écrit la veille, et qu’il lui fallait faire un effort pour s’y replonger. Il n’a plus besoin de justifier son existence par l’écriture, et s’il lit surtout des livres sur l’histoire du XXe siècle, il fait, m’a-t-il dit, une exception pour Mario et le Magicien de Thomas Mann, qu’il relit tous les ans. C’est cela, l’ancrage de Philip Roth dans la grande histoire du roman européen. Deux photographies sont accrochées dans son bureau : l’une de Primo Levi, et l’autre de Saul Bellow. Souhaitant naïvement fédérer toutes mes admirations, je lui ai demandé si, comme je l’avais entendu dire, il avait correspondu avec Hannah Arendt. Il m’a répondu qu’il ne l’avait rencontrée qu’une seule fois, dans une soirée, qu’elle fumait « à l’allemande », c’est-à-dire, si j’ai bien compris, la cigarette à l’horizontale, à l’opposé de ces grandes actrices américaines qui, avant les campagnes antitabac, fumaient dans les films le menton levé et la cigarette dirigée vers le ciel. Roth a confié alors à Hannah Arendt son admiration pour un film de Bergman qu’il venait de voir, et celle-ci, entre deux bouffées, lui a dit : « Scandinavian kitsch. » « Kitsch scandinave. » Ce verdict a mis fin à leur conversation. Roth a ajouté qu’il n’en avait pas tout à fait fini avec Arendt, car il allait être enterré à Bard College, comme elle. Mais, a-t-il ajouté, pas à côté d’elle. Il ne veut pas subir sa conversation ni la fumée de sa cigarette. Aussi reposera-t-il dans la section non-fumeurs du cimetière. J’aime toujours autant Hannah Arendt, mais je ne réconcilierai pas mes admirations.
Le 19 mars, a donc eu lieu la célébration de l’anniversaire de Philip Roth à Newark. Ce fut un très grand moment. Il y avait quatre orateurs dont la romancière irlandaise Edna O’Brien. Tous ont fait assaut d’humour, de subtilité et d’élégance. Quand mon tour est venu, j’étais très intimidé. J’avais l’impression de faire ma bar-mitsvah devant un rabbin exigeant et une assemblée difficile. J’ai parlé de Nemesis, sans le moindre trait d’esprit mais en espérant communiquer l’émotion suscitée en moi par le personnage de Bucky Cantor. Enfin, Philip Roth a pris la parole. Il a été souverain. Il a d’abord défini son art comme l’art de la spécificité. J’ai pensé, en l’écoutant, à ces phrases magnifiques de J’ai épousé un communiste, quand l’un des personnages dit : « La littérature perturbe l’organisation. Non pas qu’elle soit de manière flagrante ni même subtile pour ou contre quelque chose. Elle perturbe l’organisation parce qu’elle n’est pas générale. La nature intrinsèque du particulier, c’est d’être particulier, et la nature intrinsèque de la particularité, c’est de ne pas pouvoir être conforme. Quand on généralise la souffrance, on a le communisme. Quand on particularise la souffrance, on a la littérature. Maintenir le particulier en vie dans un monde qui simplifie et généralise, c’est la bataille dans laquelle il faut s’engager. »
Et cette bataille n’est pas terminée, l’idéologie peut avoir d’autres visages que celui du communisme : sous la guise féministe, elle règne en Scandinavie et fait de Philip Roth le non-lauréat annuel du prix Nobel de littérature. Roth a lu ensuite quelques extraits du Théâtre de Sabbath. Et nous avions tous dans la salle le sentiment exaltant d’être les contemporains d’un classique. J’ajoute qu’à la bibliothèque de Newark, se tenait une exposition de photos de Philip Roth, de ses parents, de ses proches… et aussi d’un voyage en Israël où on le voit avec quelques autres écrivains américains dans le bureau de Ben Gourion. La légende nous apprend que Ben Gourion était en train d’exhorter ces écrivains à faire leur aliyah. Philip Roth n’a pas suivi cette injonction et il a écrit sur Israël deux romans extraordinaires : La Contrevie et Opération Shylock.

Jeudi, à l’issue d’une confrontation d’une journée avec le personnel de Liliane Bettencourt, le juge Jean-Michel Gentil a mis en examen Nicolas Sarkozy pour « abus de
faiblesse » sur la personne de Mme Bettencourt. Henri Guaino a estimé que la justice s’était « déshonorée ». Que pensez-vous de cette inculpation ?
Le journal de France Culture, vendredi matin, s’est ouvert sur ces mots : « Coup double pour Mediapart ! » Après Cahuzac, Sarkozy. Il s’agit donc d’une chasse à l’homme et on félicite le chasseur, on lui remet son trophée, on le regarde comme un champion, on s’extasie et on s’incline devant sa puissance. Car le puissant c’est lui, lui associé au juge. « C’est le jeu ordinaire des journalistes, écrivait déjà Péguy en 1900, que d’ameuter toutes les libertés, toutes les licences, toutes les révoltes et toutes les autorités contre les autorités gouvernementales officielles. Nous, simples citoyens, vont-ils répétant. Ils veulent ainsi cumuler tous les privilèges de l’autorité avec tous les droits de la liberté. Dans les grandes batailles des puissances de ce monde, ajoute-t-il, le journaliste ne peut pas porter des coups redoutables au nom de sa puissance et, quand les puissances contraires lui rendent ses coups, dans le même temps il ne peut pas se réclamer du simple citoyen. » Or c’est précisément ce qu’il fait. De même, les juges. Ils veulent se payer les politiques et ils brandissent le Code pénal quand on se permet de critiquer leurs décisions. Ils parent leur ressentiment et leur démesure des oripeaux de la liberté. Ils se réclament de la séparation des pouvoirs alors qu’ils veulent exercer un pouvoir sans contre-pouvoir. Henri Guaino va être poursuivi pour des phrases peut-être stratégiquement maladroites, mais parfaitement légitimes. Souvenons-nous, si son indignation doit lui valoir d’être traduit devant un tribunal, que la Cour européenne des droits de l’homme a décrété que s’adresser au président de la République en lui criant « Casse-toi, pauvre con ! », cela fait partie de la satire[1. Le 14 mars 2013, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France pour avoir jugé coupable d’offense au chef de l’État un citoyen qui avait brandi une banderole « Casse-toi, pov’ con » lors d’un déplacement de Nicolas Sarkozy.]. On peut donc piétiner le chef de l’État, mais on doit se prosterner silencieusement devant les aberrations du juge Burgaud ou les méthodes d’Eva Joly, qui faisait extraire Le Floch-Prigent de sa cellule à 7 heures du matin et le laissait mijoter, menottes aux poignets, des heures durant, alors qu’il souffrait d’un psoriasis, avant de le recevoir. Venons-en aux faits : je n’ai aucun intérêt à défendre Nicolas Sarkozy dans cette affaire. Je constate simplement qu’il est venu voir une fois ou peut-être deux Mme Bettencourt en 2007 et que, quelques mois après, comme l’écrit Georges Kiejman, un grand neurologue a remis un rapport disant qu’elle ne souffrait d’aucun trouble de mémoire. En décembre 2010, elle a conclu un protocole d’accord avec sa fille, au terme duquel elle lui abandonnait 20 % de ses revenus et elle versait 12 millions d’euros d’honoraires à ses avocats. En 2010, elle est valide ; en 2007, elle est débile.
J’ai peur de cette hubris des juges qui se croient tout permis et qui exercent leur vengeance sur celui qui, au vu de leurs excès, a voulu en finir avec le système inquisitoire. J’ai peur aussi de ces journalistes qui s’enorgueillissent de dénoncer les turpitudes de la gauche et de la droite mais n’ont jamais mené la moindre enquête sur celles de Dominique de Villepin, car c’est un copain à eux. J’ai peur de ce pouvoir discrétionnaire et de ces mains propres antifascistes et antiracistes qui font le bonheur de Marine Le Pen en déroulant le tapis rouge à son populisme poisseux.[/access]

 

Avril 2013 #1

Article extrait du Magazine Causeur


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Alain Finkielkraut est philosophe et écrivain. Dernier livre paru : "A la première personne" (Gallimard).

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