Il ne veut pas être le second ministre casté au feuilleton helvétique de la presse parisienne : Laurent Fabius a  formellement contesté tout fondement réel à ce qu’il qualifie de «rumeur relayée par Libération» lui « attribuant un compte en Suisse ». Dans un communiqué publié hier dimanche, le ministre des Affaires étrangères a déclaré : «Je démens formellement la rumeur, relayée par Libération dans son édition du lundi 8 avril, m’attribuant un compte en Suisse. Elle ne repose sur aucun élément matériel et est dénuée de tout fondement. »
Dans la foulée, le ministre a annoncé avoir mandaté son avocat « pour qu’il engage les procédures juridiques permettant de le démontrer et de faire cesser la diffusion de ces informations fausses et calomnieuses ».
Dans son édition de ce lundi, Libération affirme en effet que « depuis trois jours, ce n’est pas l’affaire Cahuzac qui mobilise l’exécutif dans le plus grand des secrets, mais une possible affaire Fabius ».  Libération précise cependant que Laurent Fabius dément l’existence de ce compte, ce qui doit sans doute être considéré comme le top du top de la déontologie chez l’ami Demorand.
Au nom du doute souverain et de notre peu d’appétence pour le revival des procès populaires de la Gauche Prolétarienne que fait semblant de rejouer Libé, admettons avec Laurent Fabius que tout cela n’est que rumeur. Reste à savoir d’où elle vient, cette saleté de rumeur.
Ce n’est un secret (bancaire) pour personne : comme son ex-collègue Cahuzac, Laurent Fabius est riche. Et dans notre République irréprochable, ce ne peut être une qualité. Qui donc, d’après vous, a déclaré le 22 janvier 2012, au Bourget « Je vais vous dire un secret : j’aime les gens, quand d’autres sont fascinés par l’argent« . Cherchez bien, c’était dans la deuxième partie d’un spectacle ouvert par un concert du chanteur franco-suisse Yannick Noah…
Oublions un instant Jérôme et Laurent, et déroulons ensemble la logique implacable du discours « fondateur » du Bourget : m’est avis que si X ou Y, supposés riches,  ne font pas cadeau de tous leurs biens aux Restos du Cœur ou au Secours Pop dans les jours qui suivent leurs nominations à des postes de responsabilité gouvernementale, alors X ou Y persistent – si on valide la logique du Bourget – à aimer plus l’argent que le peuple français. Or il faut choisir, nous a-t-on dit : ou on aime les gens, ou on aime l’argent.
Si Lolo veut vraiment savoir d’où vient la rumeur qu’il condamne, il devrait commencer par chercher à la lettre H du répertoire de son iPhone. N’a-t-il pas dans ses relations quelqu’un qui « n’aime pas les riches » ? Et si oui, pourquoi tant de haine ? On imagine bien que cette détestation doit être politiquement étayée. Et d’ailleurs, soyons honnêtes, ce « Je n’aime pas les riches » a été explicité au Bourget. « Mon véritable adversaire, il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature. Il ne sera jamais élu et pourtant il gouverne : cet adversaire, c’est le monde de la finance.»
Après ça, la messe était dite. En matière de soupçons de fraude fiscale, hé, hé, on ne prête qu’aux riches.

*Photo : Parti socialiste.

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