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Si tu veux faire la bise à ta copine, augmente le SMIC !

Bien sûr, c’est moins grave que les incessants massacres de civils en Syrie mais il faut savoir aussi que vivre et travailler en France, surtout dans les bureaux, l’air de rien, c’est sacrément dangereux. On apprend ainsi qu’une étude intitulée « Gestion du bien être et de la santé des salariés sur le lieu de travail » du groupe Kimberly-Clark Professional, spécialisé dans le conseil et les produits d’hygiène, trace un tableau apocalyptique des menaces qui pèsent sur l’employé du tertiaire.

Pas moins d’un sur cinq aurait été contaminé par une maladie infectieuse et plus de la moitié de ces derniers ont vu les médecins leur accorder des arrêts de travail pour ce motif. Bien sûr, Kimberly-Clark étant propriétaire de la marque Kleenex et autres savons pousse-mousse, on peut penser que les résultats de cette enquête anxiogène tombent opportunément pour écouler leurs produits.
Mais enfin, la Sécurité Sociale, qui n’a pas besoin de ça, tremble et se demande que faire. Il semblerait en effet que les bureaux soient devenus à peu près aussi dangereux que l’Europe du XIVème siècle au moment de la Peste Noire. Virus et bactéries se nichent absolument partout. Les boutons d’ascenseurs, les touches de la photocopieuse, les essuie-mains en tissu et comble de l’horreur, le partage d’un clavier d’ordinateur personnel avec des collègues, ce qui est pratiquement aussi suicidaire que de prévoir une partouze non protégée avec des prostituées toxicomanes. Quant aux cuvettes des toilettes, nous épargnerons la sensibilité de nos lecteurs, mais Tchernobyl à côté, c’est une station climatique en haute-montagne.

Bon, avec un peu de mauvais esprit, en regardant les chiffres-clés de cette enquête, on constaterait qu’ils culpabilisent les hommes : ils sont 22% à être contaminés contre 18% pour les femmes et, comme par hasard, ils sont plus du quart à ne pas se laver les mains après être allés aux toilettes.
Face à cette horreur bactériologique dans nos open space, dont l’enquête remarque au passage que cette nouvelle organisation (celle de la surveillance panoptique) est particulièrement favorable à la propagation de toutes les contaminations, il faut faire appel aux spécialistes de l’hygiène. Kimberly-Clark Professional donne des consignes de bon sens comme la pose d’affichettes informant des dangers qui nous menacent ou nous invitent à (re)prendre l’habitude de se laver les mains avant d’aller à la cantine, ce qui diminuerait de 30% les risques.

En même temps, doit-on suivre Frédéric Saldmann, cardiologue et nutritionniste, auteur d’On s’en lave les mains, ouvrage dans lequel il stigmatise une abominable pratique française : la bise !? Se faire la bise entre collègues est un cauchemar hygiéniste. Bon, bien sûr, c’est gentil, sympathique, humain, typiquement latin mais il faut savoir ce qu’on veut. Il nous recommande même de faire, dans la stupeur et le tremblement, « comme les japonais », c’est-à-dire de se saluer d’une inclination du buste. Il ne va pas jusqu’à recommander le port des gants et celui du masque mais ça ne devrait plus tarder. Alors, adieu, la joue veloutée de la stagiaire qui enchantait la matinée de travail à venir d’un peu de douceur. Hygiène d’abord !

En même temps, comment se fait-il que les bureaux soient devenus de tels bouillons de culture ? Le groupe Kimberly-Clark Professional, ce n’est pas son problème. Lui, il constate.

Pourtant, il est intéressant de savoir que parmi les salariés les plus exploités de France, il y a justement ceux qui s’occupent… du nettoyage des bureaux. Ce secteur compte 19 600 employés pour un chiffre d’affaires de 11 milliards d’euros qui a doublé depuis 1995. Le cas de figure type de l’employé de ce secteur, c’est six heures par jour pour 900 euros mensuels. On travaille comme un fou pendant deux heures le matin, entre 7 et 9, pour nettoyer 1000 mètres carrés en moyenne et on remet ça le soir. Sous-traitance, concurrence intense, baisse des effectifs, temps partiels imposés, horaires décalés et, évidemment, travailleurs non diplômés précarisés par des parcours professionnels chaotiques. Ce petit monde des soutiers de la crasse est, bien entendu, fortement féminisé, plutôt âgé (57% de plus de 40 ans). Ou encore issus de l’immigration, ce qui garantit une grande discrétion dans la revendication syndicale, on le comprendra aisément.

Alors oui, les bureaux, souvent, ne sont pas très propres. Et pour cause.

*Photo : https://dixhuitsecondes.files.wordpress.com


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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