En découvrant l’affiche invitant tous les lycéens de l’Académie de Nantes à porter une jupe vendredi 16 mai, les plus bêlants zélateurs de « l’égalité » n’en ont pas cru leurs yeux. Décidément, ces « anti-mariage gay » ne reculaient devant rien pour tenter de discréditer le gouvernement ! Cette fois, la rumeur risquait d’enflammer les banlieues pour de bon. Après l’abstention électorale, les familles musulmanes de région parisienne et d’ailleurs pourraient bien provoquer de véritables émeutes. Bien que le canular soit grossier, imaginez un peu : et s’ils y croyaient ? Sans parler bien sûr de toutes les familles cathos de gauche de l’ouest de la France, qui avaient également refusé de se déplacer pour confirmer leur vote Hollande aux municipales. Ces imbéciles aussi seraient peut-être capables de gober un truc pareil.

Pour contrer cette stupide désinformation réactionnaire, il fallait remonter à la source au plus vite. Trouver la nouvelle Farida Belghoul, démontrer que Christine Boutin était dans le coup. Forcément. Vu la qualité pitoyable de l’affiche, les graphistes avaient dû être missionnés par l’Opus Dei. Même La Manif Pour Tous aurait fait mieux, du moins à l’époque de Barjot, c’est dire.  Ces ordures qui avaient réussi à faire croire que le gouvernement employait couramment le mot « genre » et comptait même l’enseigner à l’école étaient capables de tout. Surtout après la victoire à l’Eurovision d’un courageux artiste portant à la fois une robe et la barbe… Ils voulaient taper fort, pour en finir définitivement avec l’égalité républicaine. C’était tellement gros.

Problème : même après plusieurs heures de recherche acharnée, impossible de désamorcer la bombe. L’Académie de Nantes n’avait toujours pas démenti, ni le ministère de l’Education Nationale, ni Najat Vallaud-Belkacem. Pas la moindre trace du mot « rumeur » sur Twitter. On commençait à transpirer sévère. Quand soudain, plusieurs médias ont fini par se rendre à l’évidence, et révéler l’impensable : quoique lancée par une association d’élèves, l’affiche était authentique, comme l’opération elle-même. En France, en 2014, on croit intelligent d’appeler les élèves nantais, garçons et filles, à porter une jupe pour venir en cours. Et ce, afin de « lutter contre le sexisme ». Le visuel qui indiquait : « Portons l’égalité ! » n’était donc pas un faux. Cette fois c’était vrai.

Brisant le silence, Ségolène Royal a fini par parler, et déclarer que même ses collègues du gouvernement étaient « des machos sûrs de leur bon droit ». Rien que ça. Apparemment, l’antisexisme était soudain devenu la grande cause nationale de l’exécutif. Ça ne pouvait plus attendre, quitte à verser dans la caricature la plus ridicule, en prohibant le décolleté au ministère. Les Français avaient le droit de savoir, et « le mépris » subi par la ministre de l’Ecologie comme toutes les femmes devait cesser. Demain, il n’est pas impossible que certains de ses collègues la rejoignent pour inviter le gouvernement à se réunir en jupe dès le prochain Conseil des ministres. Ensuite, il sera sans doute compliqué d’accuser encore ceux qui dénoncent cette dérive grotesque de diffuser des rumeurs visant à alimenter des fantasmes.

*Photo : Jacques Brinon/AP/SIPA. AP21559424_000002.

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Pascal Bories
est journaliste.
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