Évidemment, quand Raphaël Enthoven cite La Rochefoucauld − « L’homme croit se conduire plus souvent qu’il n’est conduit » − en exergue d’une chronique sur le GPS, on se dit que Matière première ne va pas manquer d’humour. L’humour est cette vertu dont philosophes médiatiques et experts cathodiques ont tendance à abuser pour « faire sympa », sans toujours y exceller. Mais Raphaël Enthoven en connaît les limites. Matière première s’ouvre sur une réflexion à propos de cette mode envahissante de la « philo pour tous » : « Prise en tenailles entre un engouement collectif et une désaffection universitaire, la philosophie enjambe les difficultés, cherche des réponses aux questions, écrit gros, tutoie son lecteur, parle de tout, réduit un problème à ses solutions, fait des bulles en pensant le trivial et dilue le chatoiement des phénomènes dans l’ambition minimale d’y voir seulement des objets à (mé)connaître. »
Bref, la philo est devenue un rayon du développement personnel, ce qui ne laisse pas d’inquiéter Enthoven, surtout quand il se souvient, dans un bel hommage à son maître, le grand Lucien Jerphagnon, disparu en 2011, que pour celui-ci : « L’important n’était pas tant, à ses yeux, de sortir de la caverne que de savoir où on irait après avoir mis le nez dehors. »

Matière première, Raphaël Enthoven, Gallimard, 2013.

*Photo : GothPhil (Aérogare d’Orly Ouest).

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