Oui, le mystère… Mystère de chambre close, où l’on a retrouvé la victime sans vie, sans qu’on puisse déceler aucune trace d’infraction.

Que s’est-il passé pour que Jean-Louis Borloo appelle en catastrophe TF1 hier après-midi, pour ensuite y annoncer en direct sa non-candidature? Eh bien quitte à vous décevoir, m’est avis qu’on sait déjà qu’on ne le saura sûrement jamais, ou alors dans très très longtemps…

Ce qu’on sait déjà, en revanche, c’est que les arguments avancés par l’intéressé pour annoncer son retrait surprise ne sont guère recevables.

Premier argument (en substance) : « Le Centre est trop divisé, je n’ai pas réussi à le fédérer sur mon nom ». Fadaises ! Certes, Bayrou n’avait pas annoncé son renoncement, ni Hervé Morin son ralliement. Mais l’un comme l’autre avaient été considérablement affaiblis par la dynamique que Borloo s’était donné énormément de mal à créer, notamment en débauchant quelques uns des chevau-légers du sarkozysme façon 2007 (Rama Yade, Fadela Amara, Yves Jégo, Dominique Paillé, Jean-Christophe Lagarde…)

Pour ses partisans, l’hypothèse Borloo 2012 a toujours pris en compte, dès sa mise en orbite, le maintien dans la course d’un Bayrou très décrédibilisé. Quant à Hervé Morin, qu’il reste ou qu’il parte, qu’il se rapproche finalement de l’ancien ministre de l’Ecologie ou du Président en place, qui s’en souciait, compte tenu de sa capacité de nuisance infinitésimale ?

Deuxième argument (en substance toujours): « Si je reste candidat, je prends le risque de favoriser un 21 avril à l’envers, et un duel PS-FN au second tour ». Et c’est vrai que chaque électeur modéré abandonnant le candidat « naturel » de la droite pour celui du centre favorisait cette hypothèse. Le raisonnement de Borloo chez Chazal est donc mathématiquement imparable. Politiquement, il l’est beaucoup moins : en effet, c’est quand Marine le Pen était au plus haut dans les sondages, au printemps dernier, donc, que fut lancée l’opération Borloo. Et c’est alors que les sondages (qui valent ce qu’ils valent, mais qui nous intéressent ici comme argumentaires de Jean-Louis Borloo) donnent tous la candidate frontiste bonne troisième, cinq à sept points en dessous de ses scores putatifs de mars-avril. Marine Le Pen n’est donc pas une raison, c’est une excuse.

Suite logique de l’énigme, si ni le Centre, ni le Front ne sont coupables, alors qui ? À ce stade du récit les regards se tournent illico vers l’UMP ou plus exactement vers le Président. Lequel est automatiquement soupçonné d’avoir exercé les pires pressions -traduisez menaces, chantage, et autres boules puantes. Une culpabilité automatique à laquelle les spectateurs de René l’énervé ou les lecteurs de Joffrin ou Demorand vont adhérer spontanément. Mais nous, nous laisserons la spontanéité aux enfants et l’automatisme aux robots. Nous n’excluons pas que pression il y ait pu avoir, d’ailleurs le Président ne s’en est même pas caché, ne loupant depuis six mois aucune occasion de demander publiquement à Borloo de ne pas jouer avec les allumettes. C’est aussi très publiquement que l’UMP a coupé les vivres au Parti radical, le privant plus ou moins indûment d’un million d’euros annuels auquel il pouvait assez légitimement prétendre. Mais qui dit pressions ne dit pas forcément coups tordus ou cadavres qu’un quelconque cabinet noir s’apprêterait à sortir du placard centriste. Pour la simple raison que là encore, une telle supposée menace était évidente à anticiper par Borloo au moment du lancement de sa campagne. On n’y croira donc pas.

Tous les suspects évidents ayant été éliminés, reste une hypothèse. Celle d’un Borloo qui tel Delors, ou plus près de nous Besancenot, refuserait à la dernière minute de sauter le pas. Parce qu’il a mesuré ce qu’était vraiment une campagne présidentielle, et ce qu’allait être celle-là en particulier.

Dans la vie réelle, quand on est confronté à un mystère de chambre close, l’hypothèse la plus plausible, c’est toujours celle du suicide.

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