jack lang jouyet

La droite française vient de faire une découverte dont elle ne se remet pas vraiment et qui semble traumatiser certains de ses membres : la gauche, au pouvoir depuis l’élection de François Hollande, envisagerait de nommer prioritairement des hommes de gauche aux postes-clés du pouvoir !

L’insubmersible Jack Lang, que Nicolas Sarkozy avait pourtant envoyé comme « émissaire spécial du Président de la République » à Cuba et en Corée du Nord, et soutenu pour sa nomination comme « conseiller spécial pour les questions liées à la piraterie au large de la Somalie auprès du secrétaire général de l’ONU » va ainsi prendre la présidence de l’Institut du Monde Arabe. Anne Lauvergeon, ex sherpa de François Mitterrand, nommée à la tête du groupe COGEMA devenu AREVA par Dominique Strauss-Kahn, avait dit-on refusé le poste de ministre des Finances proposé par Sarkozy, se contentant de siéger dans la Commission Attali. Débarquée par le même Sarkozy en 2011, les relations s’étant tendues entre temps avec l’Elysée, elle obtiendra finalement EADS. Olivier Schrameck, ancien directeur de cabinet de Lionel Jospin, s’installe à la tête d’un CSA qui devrait nommer les présidents de l’audiovisuel public. Jean-Pierre Jouyet, l’ami de trente ans de François Hollande, dirigera la Banque Publique d’Investissement.

Mais l’offensive ne s’arrête pas là : 30 % des préfets auraient été changés, 50 % des recteurs d’académie remerciés. Certains hauts fonctionnaires ont été purement et simplement limogés, quand les nouvelles recrues de certains corps, recasées in extremis avant la défaite électorale, n’étaient carrément pas titularisées.

La politique de nomination actuelle va bel et bien à rebours de ce que l’on a pu connaître de manière caricaturale lors du dernier quinquennat, tout particulièrement à ses débuts. C’était la fameuse politique d’ouverture, avec les ministres de gauche qui clamaient haut et fort qu’ils voteraient Hollande. C’était les nominations au Conseil d’État de personnes dont on apprenait les compétences en même temps que la nomination. C’était aussi, bien souvent, le choix de personnalités neutres, dont les nominations ne pouvaient pas entraîner de critiques de la gauche. Et en ce sens, ce qui est révélateur, ce n’est pas que la gauche ait écarté 50% des recteurs nommés par la droite… c’est que 50% lui conviennent encore. Cette politique n’a non seulement pas rapporté une voix à Nicolas Sarkozy en 2012, mais, parce qu’elle avait laissé un sentiment profond de trahison au sein de son électorat, et malgré les louables efforts de Patrick Buisson dans la dernière ligne droite, elle lui en a certainement fait perdre.

Un jour peut-être la droite française comprendra-t-elle qu’elle ne gagne rien en s’alignant sur la gauche, et que la gauche ne renverra jamais l’ascenseur. Si la politique d’ouverture est censée avoir débuté par certaines nominations mitterrandiennes, elle concernait alors quelques individus isolés situés dans le meilleur des cas au centre, et s’arrêtait à ces rares individualités. On comprend certes la déception de ceux qui, année après année, ont tendu la main, cherchant à complaire à leurs opposants politiques, en se disant qu’un jour il en seraient récompensés. Mais il est rassurant de constater que la gauche, elle, cherche à mettre en oeuvre sa politique avec des gens de gauche. Elle fait ainsi preuve d’une cohérence qui, au niveau national comme au niveau local, dans les recrutements des hauts fonctionnaires comme dans ceux de la fonction publique territoriale, finit nécessairement par payer.

On ne peut pas reprocher à l’autre d’être lui-même, et encore moins lui reprocher sa propre incohérence.

*Photo : Alain Bachellier.

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