Contrairement à la bien-aimée patronne, je dois bien reconnaître que le débat des primaires de la droite et de la droite m’a passionné. Désolé, je me trompe. C’est de la droite et du centre : Juppé a été obligé lui-même de le préciser aux speakers et à la speakerine qui présentaient ce débat aussi rigide et ritualisé qu’un spectacle de kabuki. Mais reconnaissons à ces speakers et cette speakerine qu’ils ont bien tenu la classe. J’ai du mal à appeler « journalistes » ce soir-là, Elizabeth Martichoux, Alexis Brézet et Gilles Bouleau puisque de leur propre aveu, ils ont surtout été là pour tenir la classe et éviter les débordements.

Primaire de la droite et de la droite

Quand on est de gauche, le spectacle est encore plus intéressant. Il y a presque quelque chose d’étrangement exotique et de légèrement cauchemardesque, mais à gauche on est de grands enfants et on aime avoir peur dans les films d’épouvante, à voir sept personnes de droite discuter de problèmes de couleur sur un nuancier qui va de la droit extrême dure de Le Maire, étonnamment plus méchant que Sarkozy, à la droite cool et préraphaélite de NKM décidément très en beauté.

Cette dernière remarque n’a rien de machiste. Certes, je suis affligé d’hétérosexualité, mais objectivement elle était la seule note de couleur dans ce qui ressemblait pour le reste à un congrès d’éloquence pour VRP dans un séminaire de motivation sur le thème : « Revends-moi du néolibéralisme vieux de quarante piges à la sauce Thatcher/Reagan, en me faisant croire que ça vient de sortir. » Si la baisse des charges[1. Des charges qui sont en fait du salaire différé en cas de pépin pour les salariés.], unanimement saluée par les candidats et mise en œuvre depuis trois décennies avait donné quelque chose, ça se saurait.

Ils ont apparemment tous fait le deuil du vote des fonctionnaires, sauf Sarkozy qui, plus malin, a quand même mis un peu de baume sur la saignée sur le thème « Vous serez moins, mais au moins vous serez mieux payés », ce qui fera une très belle jambe à l’infirmière déjà épuisée qui sait qu’elle ne pourra jamais prendre ses congés accumulés ou au prof de REP qui verra ses effectifs doubler dans les quartiers où on lui demande déjà de servir d’ultime rempart. J’ai entendu le chiffre de 600 000 suppressions de la part de Bruno Le Maire, qui compte, ce qui est très révélateur de son inconscient, les emplois aidés comme des fonctionnaires.

Bref, on a eu une droite bien de droite, voire plus sur le plan social et économique. Là encore, la lumineuse NKM, comme Macron dans son genre, a l’air d’avoir compris un truc et pas les autres : on en est arrivé à une nouvelle forme du travail où ces questions de durée sont un peu obsolètes. Quand on est de gauche, on le déplorera, cela renvoie au statut du prolétaire isolé avant la révolution industrielle, « autoentrepreneur » décrit déjà par Marx dans l’industrie textile par exemple, qui ne pourra obtenir des acquis (et une conscience de classe) que lorsque le capitalisme trouvera plus rationnel de le concentrer avec d’autres dans des usines. Bref, de manière assez juste et désespérante, NKM (et Macron) ont compris la même chose. L’économie numérique, c’est retour vers le futur en matière de social. Alors autant s’y faire nous disent-ils.

Poisson et NKM surnagent

Sinon, j’ai trouvé Sarkozy presque bon. Il a réussi entre la haine de Copé et la sauvagerie de Le Maire a paraître presque modéré, notamment sur la question des 35 heures « Je ne serai pas le Martine Aubry de la droite, je n’en ferai pas une obsession. »

Les deux qui ont eu un ton vraiment différent, c’est Jean-François Poisson et NKM. C’est normal, c’est un chrétien social, les gens ont un peu oublié d’ailleurs que c’est un pléonasme. Il est réac comme pas deux sur les questions sociétales mais au moins quand il parle de sécurité ou de social, on sent qu’il n’est pas devenu fou furieux. Et puis NKM, parce qu’elle m’a bien fait rire en annonçant qu’elle était pour la dépénalisation du cannabis. Son côté rockeuse, sans doute et comme elle est intelligente, elle a compris qu’une loi en retard sur la réalité de la société, c’est pas bon et que la prohibition, en règle générale (demandez à Al Capone), ça favorise la délinquance et le crime. On peut même penser, et c’est ce qu’elle a dit à demi-mots, que plutôt de construire des prisons, on pourrait les vider puisqu’elles sont pleines de petits dealers qui n’auraient plus de raison d’être là étant donné que leur came serait autorisée. Et, soyons fou comme en Uruguay où la drogue douce est devenue monopole d’Etat pour en contrôler la qualité et la vendre chez les buralistes qui ont bien du mal avec les paquets neutres.

J’ai aussi appris que le débat entre assimilation et intégration, c’était un peu l’histoire du sexe des anges. Monsieur Poisson et madame NKM l’ont bien montré. Ainsi qu’Alain Juppé : je n’ai pas parlé de lui jusque-là parce que de toute façon, il est déjà vainqueur. Il est déjà dans l’étape suivante.

Qu’il sache que les électeurs de gauche qui l’auront aidé ne sont pas dupes. Ils veulent juste une droite présentable puisque c’est fichu pour la gauche. Ils auraient bien choisi NKM parce qu’une femme, ça changerait et qu’en plus il y a quelque chose de profondément sexy chez elle : hier soir, elle avait l’intonation et le débit de Delphine Seyrig, pour ceux qui voient. Mais bon, ce ne serait pas un vote utile. Mais après, qu’il sache, Alain Juppé, que c’est terminé puisqu’on a vu hier soir que sur le plan économique, il était exactement sur la même ligne que les autres.

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Jérôme Leroy
Ecrivain et rédacteur en chef culture de Causeur.Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)