On pourrait être, de prime abord, surpris par le titre du dernier livre de Frédéric Rouvillois, Dictionnaire nostalgique de la politesse. Et pourtant, à se promener dans cet ouvrage élégant, érudit, discrètement ironique et joliment illustré, on comprend vite le pourquoi de l’adjectif. De fait, à une époque qui ne cesse de faire l’éloge du naturel, de la spontanéité, de la bonne franquette, la politesse ne peut être qu’une nostalgie, c’est-à-dire une vertu que notre temps, si impunément épris de lui-même et de son absence de manières jusque dans la langue, trouve forcément haïssable. La politesse appartient au paraître et le paraître contrarie le naturel qui est lui-même confondu avec la sincérité et l’égalité mal comprise. C’est le cas, par exemple, dans « l’antipolitesse » états-unienne, dont l’auteur nous dit qu’elle recherche une simplicité tellement affectée qu’elle confine vite à la vulgarité et tient pour une insupportable hypocrisie les bonnes manières du vieux monde, pour se concentrer uniquement sur le plan civique, au point d’en devenir agressivement chauvine : on est poli, là-bas, seulement avec la Constitution.

Ce contresens qui ouvre la voie à une barbarie douce, Frédéric Rouvillois n’a de cesse de le dissiper. Les entrées de son ouvrage vont des « asperges », que le comte de Paris nous autorise à manger avec les doigts surtout dans les dîners entre hommes au « silence aux toilettes », où l’usage veut qu’on se taise car « la chose est trop sérieuse, la situation trop

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Jérôme Leroy
Ecrivain et rédacteur en chef culture de Causeur.Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)