Scène galante, miniature tirée d'"Yvain ou le chevalier au lion", Chrétien de Troyes, XIVe siècle

On pourrait être, de prime abord, surpris par le titre du dernier livre de Frédéric Rouvillois, Dictionnaire nostalgique de la politesse. Et pourtant, à se promener dans cet ouvrage élégant, érudit, discrètement ironique et joliment illustré, on comprend vite le pourquoi de l’adjectif. De fait, à une époque qui ne cesse de faire l’éloge du naturel, de la spontanéité, de la bonne franquette, la politesse ne peut être qu’une nostalgie, c’est-à-dire une vertu que notre temps, si impunément épris de lui-même et de son absence de manières jusque dans la langue, trouve forcément haïssable. La politesse appartient au paraître et le paraître contrarie le naturel qui est lui-même confondu avec la sincérité et l’égalité mal comprise. C’est le cas, par exemple, dans « l’antipolitesse » états-unienne, dont l’auteur nous dit qu’elle recherche une simplicité tellement affectée qu’elle confine vite à la vulgarité et tient pour une insupportable hypocrisie les bonnes manières du vieux monde, pour se concentrer uniquement sur le plan civique, au point d’en devenir agressivement chauvine : on est poli, là-bas, seulement avec la Constitution.

Ce contresens qui ouvre la voie à une barbarie douce, Frédéric Rouvillois n’a de cesse de le dissiper. Les entrées de son ouvrage vont des « asperges », que le comte de Paris nous autorise à manger avec les doigts surtout dans les dîners entre hommes au « silence aux toilettes », où l’usage veut qu’on se taise car « la chose est trop sérieuse, la situation trop

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