Revenant dans L’Express sur sa tentative avortée de rendre hommage au Pétain de Verdun, Emmanuel Macron se prend à nouveau les pieds dans le tapis du en même temps.


Pour faire simple, notre Président regrette que la juste condamnation du Pétain de la collaboration l’ait empêché de reconnaître les mérites du Pétain de Verdun. Admettons que les deux soient également avérés, et que Pétain ait été admirable en un temps et abominable en un autre temps. Pour un historien, ou pour un prof d’histoire, cette dualité chronologique ne pose aucun problème. Dans la connaissance du passé historique, on ne choisit pas, on ne retranche pas. On rend à chacun son dû. On ne peut d’ailleurs pas expliquer l’extraordinaire popularité de Pétain dans l’opinion publique en France durant la période de sa collaboration avec l’Allemagne nazie si on ne rappelle pas l’image glorieuse du vainqueur de Verdun dans la mémoire de cette même opinion publique.

L’hommage national est un geste qui permet à un peuple de s’identifier à ceux qu’il honore, comme il s’identifie dans la condamnation de ceux qu’il rejette.

Une difficulté se présente seulement quand on passe du domaine de la connaissance à celui de l’hommage. S’agissant de l’hommage d’une nation à ses grands hommes, une once de simple bon sens aurait dû suffire à trancher sans états d’âme : un Président de la République française ne pouvait décemment pas demander aux descendants des victimes du Pétain chef de l’État français de Vichy, aux proches et aux descendants des juifs qui furent livrés aux nazis par sa police pour être exterminés, et aux proches et aux descendants des résistants fusillés par ce même État français, de communier dans un hommage rendu au nom de la France entière au Pétain de 1917. Dans la connaissance du passé historique, on ne choisit pas. Dans l’hommage, on choisit. Car l’hommage national est un geste qui permet à un peuple de s’identifier à ceux qu’il honore, comme il s’identifie dans la condamnation de ceux qu’il rejette. On ne peut pas faire entrer Jean Moulin et Simone Veil au Panthéon et rendre en même temps un hommage national à Pétain qui fut le premier responsable de leur martyre.

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