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Au-dessous de l’emmêlé

Le président Macron a confié au Figaro Magazine peaufiner actuellement « une synthèse dans le sens d’une radicalité ambitieuse ». Le regard d’Henri Beaumont. 


« Débâcle : Changement fâcheux qui emporte la fortune d’un particulier, la prospérité d’un gouvernement, les opinions, les mœurs, comme la débâcle emporte les glaces de la rivière » (Littré)

Billard à quinze bandes ? Harakiri ? Blitzkrach ? La Débâcle, c’est le pénultième opus du cycle des Rougon-Macquart: le 2 décembre se termine à Sedan. L’infortune d’Emmanuel Macron et sa dissolution… Le saut à l’élastique sans élastique, c’est risqué. En flagrant déni, le cambrioleur qui a raté son casse cherche une issue de secours, prend Marianne de vitesse, en otage. Plus un seul lapin dans le chapeau, petit morceau de mouche de majorité, vermisseau d’électeur croyant au projet présidentiel. Emmanuel Macron sacrifie ses fantassins, cherche des mercenaires, emmerde tout le monde. Sois sage Omaha douleur et tiens-toi plus tranquille !

Grandes manœuvres et verbigérations

Les politologues, les Gaulois réfractaires, peinent à comprendre le cap, le génie manœuvrier du Protée élyséen. Dans l’avion de retour d’Oradour-sur-Glane, Jupiter Gamelin peaufine « une synthèse dans le sens d’une radicalité ambitieuse ». Narcissique, cornérisé, angoissé par la déroute annoncée, Emmanuel Néron verbigère, contemple les incendies, guerres civiles, camarillas politicardes, le mercato des traitres dénonçant les reîtres vendus aux collabos, les zizanies qu’il a instrumentalisées, qui fragilisent l’ordre public, abîment la politique, ravagent le pays à six semaines des JO.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Journée de dupes!

Le mal nommé Front populaire aimerait tirer les Macron du feu. Sur France Culture, rue des Martyrs, dans les mines, les collines, l’empyrée pourtousiste, c’est l’alarme. La gauche « Mennen stick large 1001 nuits debout » chasse le nauséabond, cherche la recette du cake d’amour, met les morts à table. Missak et Mélinée pétitionnent, tissent le linceul du vieux mode, des turbulettes organiques, chèches en blanc. L’affront populiste et le suffrage universel menacent la démocratie : ça devient compliqué. La chienlit, les Tartufferies du camp du bien, stimulent et dynamisent l’axe du mal. « Monsieur de Camper racontait qu’un missionnaire peignit l’enfer de si ardente façon à une communauté de Groenlandais, et tant parla de sa chaleur, que ceux-ci commencèrent d’éprouver le désir d’y aller » (Lichtenberg).

Sans carte, boussole, ni ligne d’horizon…

La communauté est réduite aux aguets. Le gouvernail ne peut agir qu’à la condition que le navire soit encore en mouvement. Encalminé, en proie aux mutineries, piloté par des pachas d’opérette, sans carte, boussole, ni ligne d’horizon, comment arriver à bon port ? Une certitude : pas de salut dans la démagogie, les postures, prélatures, poutures, forfaitures. Pas de rebond sans un audit approfondi des maux qui gangrènent le pays : l’insécurité, les déclassements, les écroulements éducatif, culturel, économique, diplomatique.

« Durant des siècles, la France n’a fait que croire et, quand elle doutait, elle le faisait au sein de ses croyances. Elle a cru, tour à tour, au Classicisme, aux Lumières, à la Révolution, à l’Empire, à la République. Elle a eu les idéaux de l’aristocratie, de l’Eglise, de la bourgeoisie, du prolétariat ; et a souffert pour chacun. Ses efforts, transformés en formules, elle les a proposés à l’Europe et au monde, qui les ont imités, perfectionnés, compromis. Mais leur croissance et leur délitement, c’est elle qui les a vécus en premier lieu, et avec plus d’intensité ; elle a créé des idéaux, et les a usés, les a expérimentés jusqu’au bout, jusqu’au dégoût. Cependant, une nation ne peut être indéfiniment génératrice de foi, d’idéologies, de formes étatiques et de vie intérieure. Elle finit par trébucher. Les fontaines de l’esprit se tarissent et elle se réveille devant son désert, les bras croisés, effrayée par l’avenir » (Cioran).

Les défaites sont rarement étranges. La débâcle vient de loin.

La Débâcle

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Marianne au pays des merveilles

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Eric Ciotti coupe le cordon sanitaire: la droite sens dessus dessous

Eric Ciotti a proposé une alliance de LR avec le RN ce midi à la télévision. Si nombre de ténors du parti appellent à sa démission, le député et président des Républicains assure que les militants le soutiennent dans cette démarche.


Autant l’avouer, nous y avons cru. Ce matin, quand plusieurs sources « bien informées » nous ont assuré qu’Eric Ciotti allait, lors d’une interview prévue à 13 heures sur TF1, « mettre fin au cordon sanitaire » entre son mouvement et Marine Le Pen, nous avons imaginé qu’une coalition inédite, pour ne pas dire historique, allait voir le jour entre les deux principales formations conservatrices françaises.

Il faut dire qu’au siège de LR, on nous donnait déjà des détails très tangibles sur l’accord qui se profilait. On nous indiquait notamment que le RN s’engageait à ne pas présenter de candidats face au parti gaulliste dans pas moins de 120 circonscriptions. Il faut dire aussi que Jordan Bardella avait, de son côté, fait savoir la veille qu’il avait engagé des pourparlers constructifs avec divers leaders de droite. On allait donc voir ce qu’on allait voir. Et on a vu… pour l’heure pas grand chose !

Sur TF1, Eric Ciotti a certes annoncé son soutien au parti à la flamme, suivi en cela assez vite par le président des jeunes LR, Guilhem Carayon, puis par la députée européenne Céline Imart et la députée des Alpes maritimes Christelle d’Intorni. Mais on a surtout constaté que tous les chapeaux à plume du parti, eux, refusent de leur emboîter le pas.

La liste est longue. On la limitera aux principaux dirigeants. Cet après-midi, Gérard Larcher a appelé Ciotti à « se démettre de son mandat de président des Républicains », Bruno Retailleau a déclaré que « les Républicains ne feront jamais d’alliance avec le RN », François-Xavier Bellamy a fustigé « un choix inutile pour le pays », Laurent Wauquiez a parlé de « saut dans l’inconnu du RN », Valérie Pécresse a demandé aux Républicains de « dénoncer immédiatement l’accord proposé par Ciotti avec le RN », Olivier Marleix a jugé qu’« Eric Ciotti n’engage que lui », François Barnier a regretté que Ciotti ait perdu sa « légitimité ». Etc.

Quant à Jean-François Copé et Xavier Bertrand, ils avaient fait savoir avant même la sortie de Ciotti leur refus de tout accord avec le RN. « Le FN, jamais. Ni aujourd’hui, ni demain, ni après-demain », a ainsi lancé le premier ce matin sur France Info. « Le RN est contraire à toutes les valeurs que nous défendons » avait déclaré le second la veille sur BFMTV.

C’est donc assez seul que le président des LR a franchi le Rubicon. Enfin, pas si seul. Car Ciotti affirme que la majorité des militants de son parti, qui d’ailleurs l’ont élu à leur tête dès le premier tour en 2022, sont derrière lui. « Il y a un immense écart entre ce qu’on entend à Paris et les discussions d’états-majors assez déconnectés de la réalité, et la base », a-t-il expliqué en sortant des locaux de TF1 cet après-midi.

La politique, en démocratie, est aussi une question d’alliance. Alors que le paysage politique explose, LR n’est pas dans la meilleure des postures : pas d’incarnation évidente, peu de fiefs, et cette très embarrassante étiquette UMPS… La question des alliances est d’autant plus importante que le parti a du mal à se démarquer de son image de parti gestionnaire de la mondialisation destructrice. Sans doute même a-t-il perdu sa crédibilité en matière de sécurité et d’immigration.

Pas étonnant donc qu’Eric Ciotti ait vu dans la dissolution une excellente occasion pour enfin desserrer l’étau qui contraint son mouvement à être un parti jumeau de Renaissance. Celui qui a longtemps rendu un tel scénario impossible s’appelle Jean-Marie Le Pen, qui portait certains stigmates du fascisme (racisme, antisémitisme, culte du chef, révisionnisme historique…). Le refus de toute alliance avec lui était légitime et témoignait d’une vision saine du champ républicain. Mais Jean-Marie Le Pen est à la retraite depuis des années…

A lire aussi, Paul Rafin: Pour l’union des droites!

Qu’en est-il aujourd’hui du RN ? Force est de constater qu’il a beaucoup évolué et qu’il correspond plutôt aujourd’hui à un parti conservateur. Il incarne une droite bonapartiste et s’est beaucoup recentré. Il a fait le chemin inverse de la NUPES qui, elle, a sombré dans une dérive qui coche toutes les cases du fascisme : antisémitisme, appel à la violence politique et à la sédition, déshumanisation de l’adversaire, soutien des tortionnaires du Hamas, falsification historique…

A ce titre l’ostracisation devient d’autant compliquée que les électeurs, eux, ne partagent plus les préventions de leurs dirigeants. Faute de trouver des réponses auprès de LR, ils se sont mis à voter RN. Le vote RN n’est donc pas un vote révolutionnaire qui ambitionnerait de mettre le pays cul par-dessus tête pour changer la vie. Les Français veulent que l’on sauve leur modèle social, leur mode de vie, leurs mœurs et culture, ils cherchent à être protégés. Or leurs demandes ont été moquées et qualifiées d’extrême-droite quand, eux, pensaient n’exiger que le minimum.

Si les Français se tournent vers le RN, c’est qu’ils ont non seulement le sentiment que les élites les ont trahis, mais qu’elles instrumentalisent le RN pour ne jamais rendre compte et échapper à ses responsabilités. Et ils commencent à en avoir marre. D’autant plus marre que la rhétorique des ventres féconds, des bêtes immondes et des heures sombres, pour avoir été mise à toutes les sauces est vue comme une manœuvre dilatoire qui ne correspond pas à la réalité.

La décision d’Eric Ciotti provoque des remous dans le landerneau politique, mais il n’est pas sûr qu’elle choque autant l’électeur de base de LR. Il est même quasi certain qu’elle va dans son sens. En revanche elle pose à l’évidence plus de problèmes aux dirigeants. Aucun d’entre eux pourtant ne croit sérieusement que le RN est un parti fasciste. Mais tous ont peur de payer le prix du changement de doctrine par la perte de leur fief ou de leur place dans les dîners en ville.

Tous ces caciques se demandent si le seuil d’acceptabilité est atteint ou s’ils devront subir une reductio ad hitlerum dont ils ne se remettraient pas. Ils craignent aussi la puissance de la gauche culturelle et pensent que pour sauver ses postes et son avenir elle va pilonner massivement sur le thème du “ils préfèrent Hitler à Blum”, histoire de rentabiliser la référence au Front populaire. Ce qui est d’autant plus cocasse que les derniers à s’être comportés comme Hitler sont les combattants du Hamas, ceux-là mêmes que certains, chez LFI, qualifient de “résistants”.

Le problème, c’est que si LR reste dans l’entre-deux, il va être vite dépecé d’un côté par Renaissance, de l’autre par le RN, car on ne voit pas trop quel chemin il pourrait incarner. Sans image, sans leader charismatique, sans doctrine et sans politique d’annonce, LR devient le supplétif des victoires qui seront gagnées par d’autres généraux. En choisissant une politique d’alliance avec le RN , Eric Ciotti a ouvert le jeu, mais il est difficile de faire ce type de choix, quand on est un leader par défaut, chargé d’expédier les affaires courantes.

Aujourd’hui RN et Renaissance doivent faire chauffer le téléphone pour récupérer leur part. Et les caciques LR vont rester dans leur fief pour jauger la réaction des Français. Au terme de tout ce bazar, le pays devrait se retrouver encore plus abimé. Une partie des gens qui souffrent, qui se sentent abandonnés, trahis et qui ont des raisons objectives de le penser, vont se faire insulter à longueur d’antenne par des petits bourgeois et fils à papa nantis qui vont leur faire la leçon et leur expliquer qu’ils sont les soutiers d’un nouvel Hitler en jupon.

Une autre partie de la population, pas dupe, va subir un feu roulant de culpabilisation pour la contraindre à faire barrage. Quant aux révolutionnaires de bac à sable, relais du Hamas, ils vont pouvoir traiter de nazis tout ce qui est à la droite de LFI, ce qui promet d’alimenter les tensions politiques. Au terme de ce jeu de dupes, la France sera un peu plus fracturée et on peut, sans trop prendre de risque, penser que personne n’aura montré assez de courage pour incarner un espoir.

Si on ne peut refuser la politique d’alliance en renvoyant le RN au fascisme, la question de sa capacité à diriger le pays reste quant à elle ouverte, mais ce n’est pas ce point-là qui est mis en avant dans le refus de nombre de dirigeants de la droite mais plutôt la question du cordon sanitaire. Finalement hurler au fascisme a un avantage qui fonctionne pour tout le monde : cela exonère à la fois de réfléchir et de travailler. Le problème c’est qu’à un moment, la martingale ne fonctionne plus. Nous y sommes peut-être arrivé.


La déception de Marion Maréchal
Dans un communiqué diffusé cet après-midi, Marion Maréchal a rappelé l’espoir suscité, au sein de la droite nationale, par les résultats des élections européennes et la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par le président Macron. Avant de faire part… de son désarroi. 
Pour rappel, dimanche, la liste du RN a obtenu 31.4% des suffrages, et Reconquête 5,5%. 
Depuis deux jours, Marion Maréchal s’efforçait de contribuer à la formation d’une grande coalition des droites et des patriotes pour « défaire le macronisme » et affronter « la menace de la gauche et de l’extrême gauche », nous explique-t-elle. Dans ce cadre, elle a rencontré Marine Le Pen et Jordan Bardella hier, puis Nicolas Dupont-Aignan aujourd’hui. Mais, la nouvelle élue au parlement européen de Strasbourg voit donc ses espoirs douchés. Marion Maréchal explique que RN et Reconquête étaient pourtant sur le point de finaliser un accord, lequel prévoyait la représentation des 1,4 million d’électeurs de Reconquête aux élections européennes dans une coalition législative. Cependant, Jordan Bardella l’a informée d’un changement de position et du refus du RN du principe même d’un accord. Le principal argument avancé pour ce refus serait que le RN ne souhaite aucune association directe ou indirecte avec Éric Zemmour. C’est une « grande déception pour la France », regrette Marion Maréchal. Elle qualifie dans son communiqué cette décision de « soudaine et contradictoire avec [les] nombreux échanges et travaux préparatoires », affirmant qu’elle n’est « pas à la hauteur des événements et de l’espoir suscité parmi les Français. » Une foule de journalistes étaient présents devant le siège du RN, hier soir à 17 heures, où Marion Maréchal était attendue pour une réunion avec les vainqueurs du scrutin de dimanche, laquelle avait été ébruitée par Le Figaro. Madame Maréchal exprime ce mardi après-midi sa grande déception, et espère que ce refus de former une véritable coalition n’aboutira pas à une nouvelle victoire du président Macron ou, pire encore selon elle… à la victoire de la coalition de gauche, baptisée nouveau « Front Populaire » depuis 48 heures. « Les adhérents, les militants, les cadres et les électeurs de Reconquête peuvent compter sur moi pour continuer à défendre nos idées et porter nos combats. Dès demain, je m’y emploierai au Parlement européen aux côtés de nos alliés conservateurs » conclue-t-elle, signant sa déclaration en tant que Députée française au Parlement européen. Eric Zemmour, le président de Reconquête, que la presse soupçonne d’entretenir de mauvais rapports avec Mme Maréchal, devait s’exprimer de son côté sur CNews à 19 heures • MP

Lale Gül, libre, vraiment?

Aux Pays-Bas, la jeune essayiste Lale Gül (une sorte de Zineb El Rhazoui locale) raconte dans son nouveau livre comment elle a fui sa famille et son quartier islamisés. Elle assure actuellement la promotion à haut risque de son ouvrage.


L’essayiste turco-néerlandaise Lale Gül accepte d’assurer elle-même la promotion de son second livre, mais elle pose ses conditions, synonymes de mesures de sécurité drastiques. Merci donc aux journalistes de ne pas divulguer où elle habite; une « ville de province » suffira dans les articles. C’est qu’après des torrents de menaces, la jeune femme de 26 ans a jugé plus prudent de quitter sa ville natale, Amsterdam. 

Je vais vivre de Lale Gül, son premier livre © Fayard

Coiffée d’une casquette cachant son visage, portant des lunettes noires, elle décline aussi l’invitation d’une journaliste du journal Het Parool à s’attabler sur une terrasse ensoleillée, qu’elle juge trop exposée à ceux qui lui voudraient du mal. Tant pis pour ses fans, bien plus nombreux, qui réclament des selfies quand ils la reconnaissent. Elle préfère s’installer à l’intérieur de l’établissement pour répondre aux questions. « C’est bon, il n’y a que des gens blancs », constate, rassurée, celle qui demeure hantée par le sort du cinéaste Theo van Gogh, assassiné en 2004 par un islamiste.

La trajectoire très compliquée d’une apostate de l’islam

Depuis 2021, année de parution de son premier livre, Ik ga Leven (Je vais Vivre, Fayard, 20221), l’écrivaine ne se sent plus en sécurité. À raison, puisqu’elle y racontait déjà sa lutte acharnée et non sans sacrifices contre l’islam rigoriste que lui a imposé sa famille jusqu’à ses 17 ans. La libération a un prix : en rejetant le voile et en abjurant cette religion, la jeune femme a rencontré de nombreux obstacles, qu’elle expose dans son deuxième livre Ik ben Vrij (Je suis Libre), sorti à la mi-mai. Elle y parle également de sa dépression, et de son surpoids causé par une consommation exagérée d’alcool cumulée aux effets néfastes que provoquent sur le long terme les plateformes de streaming comme Netflix sur sa psychologie… Du reste, elle raconte qu’elle ne s’aventure plus dehors qu’après d’innombrables précautions, comme celle de vérifier l’identité des chauffeurs de taxi dont elle est dépendante depuis qu’elle n’ose plus utiliser ni les transports publics ni le vélo à cause de rencontres éprouvantes expérimentées contre son gré avec des jeunes « issus de l’immigration », comme elle. N’ayant pas de permis de conduire, la malheureuse se plaint de devoir dépenser une fortune pour ce moyen de locomotion, utilisé seulement après avoir systématiquement tenté de vérifier en ligne si le chauffeur était turc ou arabe. Quand c’est le cas, ce qui est chose commune dans les villes néerlandaises, pas question de faire appel à lui !

A lire aussi : Agir pour ne pas subir

Je suis libre continue là où s’était arrêté Je vais vivre. Dans son premier livre, Lale Gül se cachait derrière le pseudo Büsra. Dans le second, elle retire le masque de l’anonymat et entraîne son lecteur dans le récit de ses échanges avec son psychologue ; ils constituent le noyau dur du livre. Car si le premier livre l’a rendue riche et célèbre, la liberté tant convoitée lui a valu de nombreux problèmes. Entre autres, la séparation, ou plutôt l’expulsion violente, de sa famille, ce qui lui pèse toujours. Sa petite sœur adorée de 13 ans, Defne, notamment, lui manque terriblement. Devant son psychologue, consulté initialement pour analyser ses échecs amoureux, Lale dévoile ses doutes et ses craintes. A-t-elle bien fait, finalement, d’écrire ce fichu premier livre qui a valu à Defne de connaitre le harcèlement scolaire ? N’aurait-elle pas dû supprimer ces passages dans lesquels elle racontait ses ébats avec son premier amour, un garçon hollandais de souche, et donc impie pour les siens, et dont le père, admirateur du politicien anti-musulman Geert Wilders, exigea et obtint que chez lui, elle retire son voile ? 

Oui : trois ans après son premier succès littéraire, Lale Gül se sent libre ; mais également déboussolée, en proie à des crises de panique ou de haine-de-soi, cultivant un jour sa solitude, la maudissant le lendemain. Les menaces, quant à elles, ne se tarissent pas. Lale ne digère pas les « accusations » provenant des cercles communautaristes, selon lesquels elle cherche à se faire passer pour « une femme blanche néerlandaise ». Un dilemme la taraude : doit-elle répondre aux supplications de sa sœur, porter de nouveau le voile, demander pardon à sa famille et revenir à l’islam, pour aller mieux ? Doit-elle céder au chantage au suicide de sa mère, qui estime qu’elle est « morte » à ses yeux « depuis qu’elle ne se prosterne plus devant Allah »? Tous ces combats et dilemmes constituent les moments forts du livre, lesté inutilement selon moi par le récit de frasques dans un club échangiste en Espagne. 

Récupérée par Geert Wilders

Si, dans son premier livre, Lale Gül avait parlé avec une certaine pudeur de sa situation familiale, elle révèle à présent le détail effrayant du fameux soir de la rupture : sa mère l’a battue avec un soulier et lui a donné des coups de pieds, tandis que ses oncles et tantes y allaient carrément de leurs poings, sans la moindre retenue. Son frère aîné, bien que lui étant hostile, est le seul à avoir tenté de la protéger tant bien que mal ce soir-là. Quelques heures auparavant, Lale Gül avait assuré la publicité de son premier livre dans un programme de télévision à large audience. Puisque ses parents ne regardaient que la télé turque, leur fille se croyait à l’abri. Grave erreur, puisque des gens du quartier l’ont reconnue et ont entendu ce que la petite Lale disait d’eux… De retour chez elle, après l’émission en direct, un comité d’accueil hystérique et violent l’attendait. Elle réussit heureusement à s’enfuir de cet enfer familial le soir même. Errant dans la nuit dans une ville déserte, elle trouve de l’aide avec le peu de batterie qu’il reste sur son portable auprès de la mairie, qui lui procure un lieu sûr.

A lire aussi : Laïcité mon amour

Les parents de Lale Gül avaient émigré aux Pays-Bas depuis les fins fonds de l’Anatolie dans les années 90. Ils se sont établis dans un quartier de l’ouest de la capitale, où environ 60% de la population est issue de l’immigration. Paradoxalement, la « conversion » de Lale Gül à la civilisation occidentale commence à l’époque où elle fréquente l’école coranique. Ses parents l’y envoyaient chaque samedi ; c’est sa petite sœur qui s’y rend à présent. « À l’école néerlandaise, on m’encourageait à poser des questions, à l’école coranique à obéir », se souvient-elle. Le livre-évènement paraît aux Pays-Bas alors que M. Geert Wilders, grand vainqueur des élections législatives de novembre 2023, pèse de tout son poids dans la constitution d’une future coalition gouvernementale de droite. S’il n’a pas obtenu l’interdiction des écoles coraniques et du port du voile islamique dans l’espace public, la coalition promet que l’immigration non-européenne sera restreinte au maximum, tout comme le regroupement familial dont ont tant profité de nombreux « Gül ». Geste hautement symbolique: les mosquées seront également tenues de baisser le volume des appels à la prière… Il y a quelques années, Lale Gül semblait attirée par la droite radicale néerlandaise. Dernièrement, elle se fait plus discrète sur le plan politique. Si M. Wilders utilise régulièrement l’exemple de ses livres pour vilipender les méfaits de l’immigration auprès des électeurs, « c’est son affaire » affirmait-elle dernièrement. Dans Je suis Libre, elle le remercie néanmoins de son soutien. Gratitude dont bénéficie également une ferme opposante au tribun anti-islam, la maire réputée « woke » d’Amsterdam, Femke Halsema, laquelle avait offert un gîte à l’écrivaine perdue, chaussée de charentaises, dans les rues sombres d’une nuit d’hiver.


Je vais vivre

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Sombre avenir pour les juifs de France

Selon l’historien Georges Bensoussan, l’islamisation d’une jeune génération issue d’une immigration maghrébine ancienne et l’immigration massive en provenance du monde arabo-musulman alimentent un antisémitisme « français » inédit qui associe les juifs à la domination des Blancs, et donc au colonialisme.


Causeur. En tant qu’historien qui a beaucoup travaillé sur le sujet, comment comprenez-vous la vague d’antisémitisme qui a déferlé dans le monde depuis les massacres du 7 octobre ?

Georges Bensoussan. Il y a un paradoxe qui est constitutif du mécanisme de l’antisémitisme dans les pays chrétiens et musulmans : quand les malheurs s’acharnent sur le Juif, beaucoup y voient le signe de sa faute, la preuve de sa culpabilité. Alors, dans certaines populations, au lieu de susciter la compassion, il déchaîne la haine. Déroutant à l’évidence, ce mécanisme se répète depuis des siècles dans les univers culturels nés du monothéisme juif. Les messages chrétien et musulman entendent se substituer au message juif en matière d’élection. Ils prétendent que c’est désormais sur eux que se porte le choix de Dieu. Si bien que le Juif, par sa seule présence, rappelle sans fin cette captation originelle, cet effacement fondateur.

Pourtant, les antisémites déguisés en antisionistes qui sévissent sur les campus américains et britanniques ne s’inscrivent pas vraiment dans la tradition de l’antisémitisme chrétien ?

Non, en effet. Mais un système de croyances ne s’efface pas, il mute. Dans nos sociétés sécularisées où la pratique religieuse s’effondre, le cadre mental reste forgé par des siècles de christianisme et d’islam. D’Occident et d’Orient, cet édifice psychique continue de modeler les réactions à l’endroit des Juifs érigés en peuple-paria. Mais après Auschwitz, il est devenu difficile à exprimer dans les mêmes termes. C’est pourquoi il s’est mué en diabolisation de l’État-paria. Nous en sommes là aujourd’hui.

On pourrait parler d’« antisémitisme zombie » pour reprendre la formule d’Emmanuel Todd…

En quelque sorte. Mais à cela il faut ajouter une migration massive du monde musulman vers l’Europe et l’Amérique du Nord. À Londres, comme dans les universités américaines, la présence des étudiants arabes ou musulmans est importante, et ce phénomène est nouveau par rapport aux années 1970.

Traditionnellement, les musulmans en Grande-Bretagne sont majoritairement issus de la péninsule indienne (Inde, Bangladesh et Pakistan).

C’est vrai, mais pas seulement. Depuis plus de vingt ans, l’immigration arabe venue du Moyen-Orient (Égypte, Syrie, Irak…) est importante au Royaume-Uni et a probablement contribué à la radicalisation de l’islam britannique. Or, la réislamisation récente (trois décennies à peine) de ces communautés va de pair avec l’antisémitisme. C’est aussi ce que l’on voit en France, où de jeunes générations issues d’une très ancienne immigration maghrébine se montrent souvent plus antijuives que leurs aînées quand elles reviennent à une pratique rigoriste de l’islam.

Cependant, si on compare la France au Royaume-Uni, n’est-ce pas surprenant de constater que les manifestations y ont été́ moins nombreuses ? Quand je me regarde je me désole, quand je me compare je me console ?

La France ignore jusqu’à présent le modèle communautaire qui favorise ces bouffées de violence. Par ailleurs, l’opinion française, en dépit des médias de service public et après huit mois de conflit, demeure aux côtés d’Israël dans cette guerre. Elle n’a pas oublié les attentats de Charlie, du Bataclan en 2015, de Nice en 2016, les morts atroces de Samuel Paty en 2020 et de Dominique Bernard en 2023, voire d’autres encore. Résultat, le mouvement étudiant est restreint. Le regard médiatique crée davantage l’événement qu’il n’en rend compte. Ces mobilisations sont marginales, y compris à Sciences-Po Paris, 300 ou 400 personnes sur un campus de plusieurs milliers d’étudiants.

Des sondages montrent quand même que les populations d’origine musulmane sont plus perméables à l’antisémitisme…

Ce phénomène est bien éclairé par la récente enquête sur l’antisémitisme (AJC/Fondapol) qui, dans la perception des juifs, montre le fossé qui sépare les Français musulmans des autres Français. Les Français musulmans adhèrent deux à trois fois plus que leurs concitoyens aux clichés antisémites. Ce n’est pas l’isolement des juifs que ces chiffres mettent en lumière, mais la sécession d’une partie des musulmans. Cette enquête nous apprend aussi que les moins de 30 ans sont plus nombreux que les autres Français à juger les juifs de France « co-responsables de ce qui se passe en Israël ». Ce chiffre, étonnant, est à croiser avec celui d’une population d’origine musulmane beaucoup plus jeune que l’ensemble de la population nationale.

Est-ce plus grave ou moins grave ?

Plus grave parce que, même s’ils ne se traduisent pas par des violences dans les rues, ces chiffres en dévoilent le potentiel.

Les juifs ont-ils un avenir en France ?

Très compromis. Non parce que l’appareil d’État ne fait pas son travail. Il le fait et le fera, mais jusqu’au moment où la défense des juifs lui fera perdre le soutien d’une part importante de la population. Or, le changement démographique est là, sous quelque nom qu’on lui donne. La France de 2024 n’est démographiquement pas celle de 1975. Au lieu de se quereller à propos de l’expression « grand remplacement », il est plus utile de voir la France telle qu’elle est, comme les enquêtes de Jérôme Fourquet nous la donnent à voir. Dans cette « France nouvelle », le signe juif, confondu à l’État d’Israël, sera assimilé au monde « riche, dominant et blanc », coupable par surcroît du péché majeur de « colonialisme ». La communauté juive risque de cocher bientôt toutes les cases de la négativité. Dans une France où les codes culturels importés de l’islam gagneront du terrain, le signe identitaire juif aura peu d’avenir. Enfin dans une nation qui a renoncé à l’être, la persistance du fait national israélien en indisposera plus d’un. Israël sonnera comme le rappel permanent de leur défaite. Les éléments sont réunis pour que les juifs de France glissent vers une progressive invisibilisation dans l’espace public. Voire jusqu’au départ pour une partie d’entre eux.

Un exil français: Un historien face à la Justice

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Les Origines du conflit israélo-arabe (1870-1950)

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Européennes: comment nos voisins belges ont-ils voté?

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Le Premier ministre Alexander De Croo démissionne après les mauvais résultats de son mouvement.


Russie, Etats-Unis, U.E. : la moitié de l’humanité vote en 2024 et la Belgique n’échappe pas au mouvement. Mais non content d’envoyer ses représentants à l’Union européenne, le Belge a également renouvelé dimanche tous ses parlements. Le fédéral, bien sûr mais aussi les trois parlements régionaux et les trois parlements communautaires. Ajoutons à cela le vote « à la proportionnelle » et nous comprendrons aisément pourquoi il est si difficile de dégager une majorité dans ce petit Royaume coincé entre les Hauts-de-France (qui sont en bas) et les Pays-Bas (qui sont en haut).

Flamands et Wallons

Certes, du nord au sud, la gauche boit le bouillon, victime du matraquage fiscal qu’elle impose au citoyen et de sa complaisante négligence face à une immigration de plus en plus incontrôlée et de plus en plus vindicative.
C’est plus vrai encore pour les partis verts qui, de part et d’autre de la frontière linguistique, paient le prix de leur écologie punitive.
Mais il existe cependant toujours un net clivage entre la Flandre et la Wallonie.

En Flandre, c’est la droite qualifiée d’extrême par la RTBF qui caracole en tête, à commencer par la NV-A, talonnée de près par le très nationaliste Vlaams Belang. La droite molle et traditionnelle, l’Open-VLD, à laquelle appartient l’actuel Premier ministre Alexander De Croo, s’effondre, à tel point que les journalistes ont été priés de quitter leur QG de campagne. On ne pleure pas devant les caméras ! L’Open-VLD pourrait cependant, de même que le CD&V (centre gauche flamand, voire flamingant, encore vaguement catho), servir d’appoint pour former une coalition au gouvernement de la Région flamande. Nous noterons au passage que tous les partis cités contiennent la lette « V » dans leur nom. V comme « vlaams » (flamand). Les partis flamands tiennent à ce qu’on sache qu’ils sont flamands, un observateur étourdi pouvant sans doute imaginer qu’ils sont Sri-Lankais.

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En Wallonie, les choses diffèrent. Un « cordon sanitaire » étendu à l’ensemble des médias empêche l’expression ou même la révélation de l’existence de tout ce qui n’est pas politiquement correct, social, environnemental, diversitaire et LGBTtruc. Dès lors, et malgré les efforts d’un Drieu Godefridi tentant d’implanter la NV-A en Wallonie ou du petit parti « Chez nous » se déchaînant sur les réseaux, ce sont les partis traditionnels qui ont raflé la mise. Eux aussi ont renvoyé la gauche, rouge ou verte, à ses chères études, même si le PS demeure le second parti. C’est surtout le MR, parti centriste autrefois libéral et « Les Engagés », centre tournant selon le sens du vent, qui voient leurs résultats fortement augmentés. La Wallonie peut donc, après tant de décennies, se défaire du PS qui la considère comme son fief de droit divin. Le fera-t-elle ?

En Belgique aussi, l’heure des grandes manœuvres politiciennes

Reste à savoir quelles coalitions seront possibles pour créer un gouvernement fédéral. Confits dans la doxa, les Wallons s’effarouchent d’une alliance avec le Vlaams Belang. Car si la Belgique, championne du compromis, est souvent qualifiée de « ventre mou de l’Europe », le Vlaams Belang en est lui « le ventre toujours fécond de la bête immonde », etc. Du moins d’après la presse stipendiée, très écoutée au sud du royaume. Ces dissensions entre les droites flamandes et wallonnes permettront-elles à une gauche, grande perdante, de se hisser au pouvoir, par le jeu des alliances entre perdants ? Revivra-t-on les 541 jours de 2010-2011 où la Belgique, hilare, était restée sans gouvernement ? Ou la droite parviendra-t-elle à dépasser ses clivages internes et à présenter un gouvernement libéral ?

Dissolution: les parias d’hier appelés à écrire l’histoire?

La décision qu’a prise le président de la République pour dissoudre l’Assemblée nationale est certes justifiée sur le plan démocratique, mais en cherchant à tout prix à convaincre l’électorat que le pays est menacé, Emmanuel Macron fait preuve à la fois d’opportunisme et de narcissisme. L’analyse d’Ivan Rioufol.


La fabrique de la peur est en rade. L’intimidation intellectuelle n’opère plus. Emmanuel Macron est, en France, le perdant des européennes. Tout indique qu’il sera, dans la foulée, le perdant des législatives des 30 juin et 7 juillet. Ses alertes répétées sur la montée de « l’extrême droite », « la démocratie menacée », « le danger énorme » que représenterait un vote en faveur du RN ou de Reconquête ne sont plus prises au sérieux.

Le « nouveau monde » a la gueule de bois

Le réel bouscule les idéologies. Le mur du politiquement correct, ce totalitarisme de la bonne conscience, s’est effondré dimanche 9 juin 2024 à 20 heures, sous le poids de ses mensonges et de ses dénis. Pour avoir cherché à diaboliser la colère des Français, le chef de l’État en a accentué l’expression. Le vieux monde prend fin : celui des démocrates mondialistes détestant le peuple et la nation. Les sottises propagandistes auront été tenues par Macron lui-même, comme celle du 6 juin : « Si demain l’extrême droite a une minorité de blocage en Europe vous n’aurez plus une Europe des vaccins. Ce sont des gens qui vous donneront la chloroquine ou le vaccin Spoutnik ». Faut-il rappeler que derrière l’Europe des vaccins il y a eu, outre un ordre sanitaire effrayant, la distribution de produits expérimentaux à l’efficacité très relative et aux effets secondaires importants ? Faut-il rappeler qu’une plainte contre Ursula von der Leyen a été déposée pour ses contrats opaques (36 milliards d’euros !) avec Pfizer ? D’ici au 7 juillet, le manichéisme macronien promet bien d’autres désinformations.

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La décision de Macron, hier à 21h, de dissoudre l’Assemblée et d’appeler à des élections législatives avant les vacances d’été est néanmoins démocratiquement irréprochable. La motion de censure du peuple s’est substituée à celle, toujours repoussée, des députés pusillanimes.

Manon Aubry parle d’Hitler

Sans doute le président espère-t-il encore convaincre, d’ici là, de l’incompétence de Marine Le Pen et de l’imminence d’un déferlement fasciste. Manon Aubry (LFI) a donné le ton de la prévisible hystérie en résumant ainsi l’alternative : « Plutôt Hitler que le Front populaire ». Il faut s’attendre, de la part du pouvoir et de la gauche, à un débordement d’indignations sur le « retour des années trente » et l’impréparation du RN à gouverner. Mais les lucides ne tomberont plus dans ce piège à gogos. Macron, aveuglé par son narcissisme, sous-estime le rejet de sa propre personne et la défiance qu’il suscite auprès des gens ordinaires. Ces législatives précipitées s’annoncent comme un référendum pour ou contre le chef de l’État et le monde fictif qu’il défend. Dans l’hypothèse d’une vague RN à l’Assemblée se poserait d’ailleurs la question d’une démission du président de la République désavoué. Quant à l’hypothèse aujourd’hui probable d’une cohabitation, elle pourrait offrir au RN trop novice un utile apprentissage, et à la droite une occasion de se rassembler au cœur de la machine gouvernementale.

Reste cette nouvelle donne politique : les parias d’hier sont appelés désormais, un peu partout, à écrire l’histoire. Le vent de la révolution se lève… à droite.

Quand les Vikings assiégeaient Paris

Alors qu’en ce XXIe siècle le gentil peuple de Paris s’apprête à déferler sur la Province, chassé par les hordes de touristes et les amateurs d’embouteillages, les éditions Anacharsis publient un petit bijou du Moyen Âge, cette époque troublée où les Northmen pillaient l’Île-de-France et engrossaient la bonne fermière de la Neustrie: Le Siège de Paris par les Vikings ! Alors ? De quoi se cloîtrer sur l’Île de la Cité pour une petite heure de lecture et d’épopée!


Qui a dit que les moines et les diacres n’écrivaient que des psaumes et des versets barbants ? Abbon de Saint-Germain composa en 897 pas loin de 1400 vers relatant le siège de Paris par les Normands, entre 885 et 887. 

Plongeon dans la Seine

Et comme tout témoin oculaire marseillais qu’il n’était pas, il a tendance à en rajouter des tonnes. La traduction par Enimie Rouquette des deux premiers livres de son De Bellis parisiacae urbis donne envie, si ce n’est de sauter dans la Seine, au moins d’y naviguer pour combattre quelque barbare qui traînerait dans le coin. 

Car cette « épopée grammaticale » comme le dit la clergesse moderne, ressuscite des noms de héros et d’ennemis oubliés : les Rorgonides, et Èbles qui « réussit à en transpercer sept d’un coup d’une seule flèche, et demanda en riant aux autres d’apporter cette brochette en cuisine ». Ou encore Adalhem « qui vainquit ces impies et les trucida ». 

Les phrases retentissent comme les cors et les olifants sur les tours de Notre-Dame —quoi, elle n’existait pas encore ? C’est de l’épopée surréaliste avant l’heure ! Et on la lit comme on veut, d’abord ! « Car les barbares traînent à la Seine les corps sans vie de ceux dont l’éloge et le nom sans cesse voleront sur les bouches des hommes, de même que leurs morts et leurs guerres insignes, jusqu’à ce que le soleil apprenne à parer de ses rayons les ténèbres de la nuit ».

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Plus qu’une source sur les événements d’alors, ces quelques pages sont un manuel scolaire à destination de tous les « épopéïstes » amateurs : de Virgile à Homère en passant par Isidore de Séville, le texte d’Abbon est une agape de rhétorique, de clins d’œil et d’emprunts à tel ou tel que le jeune clerc devait imiter. D’une page l’autre, syllepse, épizeuxe et épisynalèphe rivalisent à coups de paragraphes ! Et ce syncrétisme du style donne naissance à des trouvailles miraculeuses, jouissives comme cet anathème dont on devine qu’il vaut mieux ne pas se le voir adressé : « Peuple hostile à Dieu qui sera cuit pour servir de repas dans la marmite de Pluton ! » 

Une ville imprenable

Et c’est Paris lui-même, la Francie, qui se dresse contre ces Vikings pour la plupart déjà convertis dans leurs congères du nord : « Mes fleuves résonnaient du bêlement des agneaux, mes riantes prairies et mes vallées de Tempé du dense mugissement des bœufs, mes bois retentissaient de la clameur rauque des cerfs, et le grondement des sangliers déchirait mes forêts. Voilà ce que ces hommes m’ont sauvagement arraché ! » 

Car, comme dans toute bonne œuvre médiévale, l’auteur laisse poindre une critique, une allusion à la décadence d’alors : « Abbon reprend cette idée dans ses vers de conclusion : les Francs auraient notamment cédé au luxe vestimentaire et à la licence sexuelle… » Paris est enfumé, éventré, défiguré mais Paris a résisté ! Paris résistera ! Car c’est un mythe et son nom fait rêver : « Ton nom actuel, un nom hybride, une sorte de métaplasme l’a forgé… et sous ce nouveau nom de Paris, le monde t’appelle en quelque sorte « paire d’Hysia »  — ou pas…

Abbon, Le Siège de Paris par les Vikings, traduit du latin et annoté par Enimie Rouquette, Anacharsis, mai 2024, 125 p.

Le siège de Paris par les Vikings

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Double bind et win-win sont en bateau…

Notre chroniqueur est au fond un grand admirateur des stratégies macroniennes. Il y décèle l’influence d’une formation élitiste — celle des prépas aux grandes écoles — et d’une structure psychique perverse. Mais que va-t-il chercher là !


Sans doute connaissez-vous le double bind (ou double contrainte) théorisé vers 1956 par Gregory Bateson au sein de l’école de Palo Alto — mais bien antérieure dans les faits. Il s’agit d’une double injonction telle que l’obéissance à l’un des termes implique une désobéissance au second : obéis aux principes religieux et enterre ton frère, susurrent les dieux à Antigone, mais obéis au roi, qui interdit d’accomplir pour lui les rites funéraires. L’exemple littéraire le plus connu a été exploité par William Styron dans Le Choix de Sophie (1979), où une mère juive arrivant dans un camp d’extermination doit choisir celui de ses deux enfants qui sera gazé — sinon, les deux le seront. Ça ne finit pas bien.

Vers un raz-de-marine le 30 juin ?

La dissolution de l’Assemblée nationale décidée par Macron obéit à ce schéma schizoïde (qui s’en étonnera ?). Soit, par un miracle peu probable, l’actuelle majorité, en s’alliant aux éléments éparts de la droite non solubles dans le RN sauve les meubles — et alors l’extrême-droite, frustrée, descendra dans la rue. Soit une marée bleu marine déferle et fait entrer un grand nombre d’incapables revanchards au gouvernement, ce qui mettra l’extrême-gauche, avec l’appui de nazislamistes, dans la rue, le fantasme de Mélenchon étant la démission de Macron lui-même, et son remplacement par un Comité de Salut public dont le Lider minimo serait le manitou, Robespierre recollé et Saint-Just ressuscité…

C’est une stratégie win-win (ou gagnant-gagnant, pour parler français). Dans les deux cas, la France est déstabilisée, la guerre civile affleure, et avec l’article 16, Macron suspend les libertés publiques — y compris celle d’organiser des élections présidentielles en 2027.

A lire aussi, Philippe Bilger: Emmanuel Macron: c’est sa faute, sa très grande faute…

Avec un peu de chance, les rodomontades présidentielles en Ukraine amèneront les services russes à en rajouter une louche dans la déstabilisation — sans compter les agents infiltrés de Daesh et les partisans des Frères musulmans : du désordre pourrait naître la charia, pensent-ils.

Gueule de bois

Nous frôlerons alors l’état de guerre, qui suspendra pareillement tout le processus démocratique à venir, et permettra au roitelet de l’Elysée d’exercer les pouvoirs législatifs et exécutifs. Macron sans ministres, décidant de tout — un rêve d’autiste aspirant à la dictature.

Voilà ce qui arrive lorsqu’on élit un homme trop jeune dans une fonction suprême. Il ne peut se résoudre à l’abandonner, au moment même où il se sent enfin prêt à l’exercer pleinement. Les gogos qui se sont laissé influencer en 2017 et 2022 par le réflexe anti-RN et ont porté au pouvoir un homme que pourtant ils n’aimaient guère ont bonne mine.

Comme ont bonne mine ceux qui, ce matin, se désespèrent du score des droites extrêmes (le sont-elles réellement ? Ils devraient aller voir dans de vrais pays fascistes). Mais enfin, ce sont les mêmes qui ont voté jadis pour ce faux-cul de Mitterrand, ont encensé Lionel Jospin, ont récidivé en élisant Hollande, se sont félicités de l’arrivée au pouvoir de Vallaud-Belkacem et de Christiane Taubira, ont nié les malversations islamistes, et autres merveilles de la société socialoccultiste, comme disait Philippe Muray.

Soleil noir

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Dissolution: Macron appuie sur le bouton rouge

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Européennes 2024 et dissolution: le tonnerre et la foudre. Les premières leçons du scrutin européen en France.


La foudre tombe puis on entend le coup de tonnerre. Dans la vie politique française, le résultat historique du Rassemblement national aux élections européennes de juin 2024 aura été la foudre avant que le coup de tonnerre de la dissolution ne rugisse dans le ciel. Ce fut une soirée majeure aux conséquences potentiellement énormes pour la suite de la vie politique de notre pays, à court, moyen et long termes.

Le RN solidement installé dans la vie politique du pays

Il n’y a plus qu’un seul parti de masse en France, c’est le Rassemblement national. Avec un score de 31,5%, la liste menée par Jordan Bardella a tout simplement écrasé la concurrence. Songeons que sa première poursuivante n’est qu’à 14,5% des suffrages exprimés, soit moins de la moitié des voix qui ont été accordées à un Rassemblement national désormais très solidement installé comme la première force politique du pays. Un véritable camouflet pour la majorité présidentielle, laquelle comptait pourtant il y a quelques mois de cela sur un effet Gabriel Attal avec le remaniement du gouvernement. Emmanuel Macron l’a d’ailleurs poussé à débattre face à Jordan Bardella : rien n’y a fait. Las, le plus jeune Premier ministre de l’histoire de la Vème République est déjà sacrifié par Emmanuel Macron. Jupiter est désormais Saturne, Dieu dévorant ses enfants et jetant par-dessus bord des députés qui ne peuvent que pleurer sur leur sort… Ce qui était encore jusqu’il y a peu un duel entre la majorité présidentielle et le Rassemblement national est maintenant un cavalier seul pour la formation de Marine Le Pen.

Emmanuel Macron a une psychologie particulière et une lecture de l’opinion publique française qui ne l’est pas moins. Face à la catastrophe industrielle électorale, il s’est senti coincé et a décidé de dissoudre l’Assemblée nationale. Il a ainsi pris au mot et même devancé Jordan Bardella qui avait annoncé qu’il demanderait une dissolution en cas de large victoire. Le premier effet positif pour le président est qu’il a substitué un débat à un autre. Il n’a plus à expliquer le très mauvais score de sa brave mais incompétente candidate Valérie Hayer, puisque Renaissance est déjà reparti en campagne. Une campagne électorale qui sera particulièrement brève, à peine trois semaines avec un second tour qui tombera au mois de juillet… On peut imaginer les immenses problèmes logistiques que des délais aussi brefs poseront aux différentes formations politiques. A n’en point douter, les partis au fort ancrage local et les sortants seront très avantagés par une configuration qui fera la part belle aux « professionnels » de la politique.

La deuxième analyse à donner est plus spéculative. On peut imaginer qu’Emmanuel Macron prend le pari que les enjeux de l’élection européenne et de ces législatives seront différents, de même que les candidats. Il doit aussi espérer que la coupe n’aille pas à la lèvre. Face au fantasme, certains finissent par s’arrêter au dernier moment. Il en va d’ailleurs des masses comme des individus. Alors que les Français peuvent porter le Rassemblement national pour la première fois à Matignon, vont-ils finalement franchir le pas ou reculer devant le dernier obstacle ? C’est là un pari très risqué que prend Emmanuel Macron. Un pari qu’il peut perdre. A-t-il bien pris la mesure de la lassitude et de la profonde colère des Français ? Ces derniers ne demandent pas des châteaux en Espagne et des folies. Ils se moquent bien des Jeux Olympiques ou des réceptions avec Kylian M’Bappé. Ce qui les intéresse est plus simple et plus essentiel. Si simple d’ailleurs que personne dans la classe politique ne semble le réaliser. Les Français en ont assez du désordre, de la perte de repères, de la fiscalité étouffante et des attaques aux couteaux. Ils veulent que les OQTF soient appliquées, que leurs enfants puissent acheter une maison et que leurs petits-enfants puissent faire la fête sans jouer leur existence.

Tant que la classe politique ne le comprendra pas, le Rassemblement national progressera. A force de jouer au petit théâtre antifasciste que même Lionel Jospin a qualifié a posteriori de ridicule, nos responsables politiques se sont sortis de la réalité quotidienne du peuple qu’ils sont censés représenter. Le Rassemblement national domine tout parce que la classe politique n’a cessé d’affirmer qu’elle voulait « le faire reculer » sans jamais s’attaquer sérieusement aux problèmes qui le font progresser. Nouvellement élu à Strasbourg avec le RN, l’ancien commissaire de police Matthieu Valet en a fait la parfaite démonstration sur BFMTV lors du débat suivant la révélation des résultats. Alors que ses adversaires s’embourbaient dans des considérations idéologiques et des débats politiciens, il a déclaré que les législatives seraient pour son parti l’occasion de parler d’ « immigration, de sécurité, de comment se déplacer et de comment se nourrir ». Simple, concret et efficace. Ses adversaires pourront toujours l’accuser d’être « démagogue » ou « d’extrême droite », ça ne servira à rien. La seule chose qui pourrait leur servir pour gagner durablement n’est pas de dire que le Rassemblement national est « incompétent » mais de faire enfin la démonstration de leur savoir-faire.

Et ce d’autant plus qu’une législative n’est pas une élection présidentielle. De fait, la perspective d’une « simple » cohabitation pourrait justement rassurer les Français et leur servir de sas de décompression. L’aveuglement du centre et de la gauche est tout de même sidérant. Il en devient, à dire vrai, dangereux pour la France. Toutes ces belles âmes qui se rejettent la responsabilité de la « montée de l’extrême droite » sur les chaînes d’information en continu se rendent-ils compte de la froide colère de Français qui se sentent totalement dépossédés de leur pays, de sa substance et de son futur ? Ils ont pourtant prévenu à plusieurs reprises, ont appelé à l’aide, ont manifesté. Ils n’ont jamais été pleinement entendus.

Une reconfiguration politique totale

La Vème République est dysfonctionnelle depuis plusieurs années déjà. Elle ne peut vivre sainement qu’avec le bipartisme strict induit par le clivage droite / gauche qui l’a vue naître, surtout dans le cadre du quinquennat. La dissolution pourrait donc confirmer ce que tout le monde a déjà compris : notre vie politico-sociale est bloquée. Cette maladie chronique était atténuée par le fait majoritaire qui permettait à notre vie législative de fonctionner à peu près normalement, mais il est fort possible que la dissolution accouche d’une Assemblée nationale sans véritable majorité. De facto, nous basculerions dans un régime à l’italienne sans aucun des avantages qui va avec ni la culture politique du compromis qui lui est appropriée. Il faudrait alors bricoler des majorités présentant des alliances de contraintes et de contraires. Renaissance a déjà annoncé par la voix de Stéphane Séjourné que le parti ne présenterait pas de candidats face aux députés sortants appartenant au « champ républicain ». Il faut vraisemblablement entendre par là certains députés des Républicains, du Parti socialiste, des Verts et de LIOT.

Emmanuel Macron n’est pas idiot. Il a déjà dû faire le calcul que parmi les 61 députés des Républicains sortants, nombreux seront ceux qui ne voudront pas gouverner avec une majorité en difficulté mais qu’en même temps nombreux sont ceux qui pourraient ne pas prendre le risque de l’absorption / digestion au sein d’une majorité du Rassemblement national. Au fond, il faut bien entendre la dissolution comme la prise de conscience d’une mise en échec. Emmanuel Macron a donc tenté « all in ». Emmanuel Macron avalise le fait que les Français veulent un changement profond et les met au défi : « Vous voulez le Rassemblement national, allez au bout de vos intentions ». C’est osé. Il suffisait d’ailleurs de voir la tête de Jean-Luc Mélenchon pour mesurer la stupeur d’une bonne partie de la gauche. Raphaël Glucksmann, bon troisième qui a pris des voix à la majorité, était lui aussi en état de sidération. Même Marine Le Pen semblait passablement surprise. Car, c’est l’inconnu qui attend au bout du chemin.

Soit le Rassemblement national gagne, soit il perd et personne ne gagne. Les choses sont claires. Si le parti de Marine Le Pen emporte une majorité, Jordan Bardella battra le record nouvellement acquis de Gabriel Attal, Marine Le Pen ayant déjà décliné l’offre pour se préserver en vue de l’Elysée – un pari étonnant qui tranche avec l’habitude de la Vème et pourrait s’avérer perdant, mais nous n’en sommes pas là. Dans le cas où le Rassemblement national ne progresserait pas suffisamment, il faudra imaginer une nouvelle majorité. Emmanuel Macron pourrait d’ailleurs dans cette optique s’appuyer sur la dynamique socialiste impulsée par M. Glucksmann qui, s’il ne part pas avec la Nupes dès le premier tour, sera sûrement Macron-compatible, ce qui permettrait au président de marginaliser La France Insoumise.  Toutes ces hypothèses hautement spéculatives ne sont que l’écume du tsunami politique hexagonal que nous venons de vivre. Ce dernier est au fond salutaire. Les non-dits ne sont pas plus sains au sein d’une famille qu’ils ne le sont au sein d’une nation : il était temps d’entendre les Français. Mais il sera bien plus important d’entendre les raisons profondes de leur désarroi. Les citoyens français n’ont voté que pour leur quotidien ; ils ont relégué au second plan les grandes questions internationales et même le fonctionnement de l’Union. Ils ne demandent qu’une chose très concrète ; enrayer la spirale du déclin. Les leçons de morale et le chantage n’ont absolument plus aucun effet. Le Rassemblement national n’est plus un vote de classe ou régional. Il est majoritaire dans 96 départements, à tous les âges et dans quasiment toutes les classes sociales. Un fait inédit sous la Vème République. La foudre frappera-t-elle encore le 5 juillet ?

Antifascisme, c’est reparti !

La France est-elle devenue majoritairement « populiste » ? La stratégie islamo-gauchiste de LFI aura-t-elle définitivement dégouté à gauche les alliés d’hier ? Alors que sondeurs et éditorialistes rivalisent de talent ce matin pour analyser les nouveaux rapports de forces politiques, Elisabeth Lévy nous promet déjà trois semaines formidables de « République en danger » ! Décidément, Emmanuel Macron a bel et bien raté sa « révolution ».


Que penser du coup de théâtre d’Emmanuel Macron hier soir ? La décision de dissoudre l’Assemblée nationale est en tout cas conforme à l’esprit des institutions, institutions mises à mal par l’omniprésence du président de la République à deux jours du scrutin – on fait plus républicain. Face au désaveu, il est légitime de revenir au peuple, même si Emmanuel Macron fait un pari avec le siège des autres. Beaucoup estiment ce matin qu’il joue l’avenir du pays sur un coup de dé : « Après moi le déluge ». Nicolas Beytout le compare carrément à Néron, qui regardait bruler Rome…

Dissolution : le coup de poker d’un président très affaibli

Quoi qu’il en soit, Emmanuel Macron dressait hier l’acte de décès du macronisme. Il s’agit d’un échec magistral. Il promettait une révolution, titre de son livre, une nouvelle façon de faire de la politique. Patatras, le clivage droite/gauche qu’il pensait avoir dynamité est toujours là, sinon les électeurs de Raphaël Glucksmann auraient voté Macron, au moins pour l’Ukraine et les questions internationales. Le « en même temps » consistait à dire à chacun ce qu’il voulait entendre ; plus personne n’est dupe.

A lire aussi: Bardella: le triomphe tranquille

Surtout, le président Macron devait être celui qui arrêterait ce qu’il appelle « l’extrême droite ». Il a joué et rejoué l’air de « moi ou le nazisme » pendant des années. Sauf que ce prêchi-prêcha tourne à vide. Aujourd’hui, le président Macron semble encore espérer que les Français vont l’écouter. Macron veut changer le peuple, comme le recommandait ironiquement Brecht ; il ne comprend pas que pour combattre le RN, il faut répondre aux attentes et aux inquiétudes de ses électeurs: moins d’Europe, moins d’immigration, moins d’islamisme et plus de France. Mais voilà que le pouvoir recommence la moraline en prétendant séparer les fréquentables des infréquentables. On disait ainsi hier soir qu’il n’y aurait pas de candidat « Renaissance » face aux sortants « républicains ». Est-ce toujours d’actualité ? Bref, on va avoir trois semaines de République en danger. Et si la seule révolution macroniste avait été d’amener aux marches du pouvoir le parti fondé par Jean-Marie Le Pen ?

Ça, on ne le saura que dans un mois, se rassurent certains…

Aux marches du pouvoir, les RN y sont déjà. Et l’espoir de créer une majorité antifasciste me semble totalement hors-sol, et traduit l’ignorance ou le mépris de l’humeur du pays. Certains murmurent que le président de la République espère une assemblée encore plus ingouvernable. Je ne peux croire qu’il joue cyniquement une crise de régime. 

A lire aussi: Jordan Bardella: «Je suis l’enfant de la génération 2005-2015»

En attendant, dans l’immédiat, un autre enjeu se dessine pour l’avenir du pays. C’est l’avenir de la gauche. Après l’expérience calamiteuse de la Nupes où l’on a vu le PS, le PCF et les écologistes compromis par la stratégie de bordélisation et de flirt avec l’islam radical des Insoumis, on pensait que c’était fini… Du moins, on l’espérait. Mais dès hier soir, Olivier Faure (PS), toute honte bue, courtisait Mathilde Panot (LFI) qui lui battait froid. Et on entendait une petite musique parmi les militants de « Place Publique » : il faut s’unir contre le fascisme. Tout est pardonné : la haine des flics, l’encouragement des émeutiers, le déni de l’antisémitisme… Certes, sans union, la gauche raisonnable perdrait moult plumes. Mais au moins elle sauverait son honneur.

J’ai tout de même une excellente nouvelle pour conclure. Nous allons profiter de trois semaines sans J.O. dans les journaux !


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio (99.9 FM Paris).

Retrouvez notre directrice de la rédaction dans la matinale de Patrick Roger.

Au-dessous de l’emmêlé

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Conférence de presse du président Macron, Paris, 12 juin 2024 © Michel Euler/AP/SIPA

Le président Macron a confié au Figaro Magazine peaufiner actuellement « une synthèse dans le sens d’une radicalité ambitieuse ». Le regard d’Henri Beaumont. 


« Débâcle : Changement fâcheux qui emporte la fortune d’un particulier, la prospérité d’un gouvernement, les opinions, les mœurs, comme la débâcle emporte les glaces de la rivière » (Littré)

Billard à quinze bandes ? Harakiri ? Blitzkrach ? La Débâcle, c’est le pénultième opus du cycle des Rougon-Macquart: le 2 décembre se termine à Sedan. L’infortune d’Emmanuel Macron et sa dissolution… Le saut à l’élastique sans élastique, c’est risqué. En flagrant déni, le cambrioleur qui a raté son casse cherche une issue de secours, prend Marianne de vitesse, en otage. Plus un seul lapin dans le chapeau, petit morceau de mouche de majorité, vermisseau d’électeur croyant au projet présidentiel. Emmanuel Macron sacrifie ses fantassins, cherche des mercenaires, emmerde tout le monde. Sois sage Omaha douleur et tiens-toi plus tranquille !

Grandes manœuvres et verbigérations

Les politologues, les Gaulois réfractaires, peinent à comprendre le cap, le génie manœuvrier du Protée élyséen. Dans l’avion de retour d’Oradour-sur-Glane, Jupiter Gamelin peaufine « une synthèse dans le sens d’une radicalité ambitieuse ». Narcissique, cornérisé, angoissé par la déroute annoncée, Emmanuel Néron verbigère, contemple les incendies, guerres civiles, camarillas politicardes, le mercato des traitres dénonçant les reîtres vendus aux collabos, les zizanies qu’il a instrumentalisées, qui fragilisent l’ordre public, abîment la politique, ravagent le pays à six semaines des JO.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Journée de dupes!

Le mal nommé Front populaire aimerait tirer les Macron du feu. Sur France Culture, rue des Martyrs, dans les mines, les collines, l’empyrée pourtousiste, c’est l’alarme. La gauche « Mennen stick large 1001 nuits debout » chasse le nauséabond, cherche la recette du cake d’amour, met les morts à table. Missak et Mélinée pétitionnent, tissent le linceul du vieux mode, des turbulettes organiques, chèches en blanc. L’affront populiste et le suffrage universel menacent la démocratie : ça devient compliqué. La chienlit, les Tartufferies du camp du bien, stimulent et dynamisent l’axe du mal. « Monsieur de Camper racontait qu’un missionnaire peignit l’enfer de si ardente façon à une communauté de Groenlandais, et tant parla de sa chaleur, que ceux-ci commencèrent d’éprouver le désir d’y aller » (Lichtenberg).

Sans carte, boussole, ni ligne d’horizon…

La communauté est réduite aux aguets. Le gouvernail ne peut agir qu’à la condition que le navire soit encore en mouvement. Encalminé, en proie aux mutineries, piloté par des pachas d’opérette, sans carte, boussole, ni ligne d’horizon, comment arriver à bon port ? Une certitude : pas de salut dans la démagogie, les postures, prélatures, poutures, forfaitures. Pas de rebond sans un audit approfondi des maux qui gangrènent le pays : l’insécurité, les déclassements, les écroulements éducatif, culturel, économique, diplomatique.

« Durant des siècles, la France n’a fait que croire et, quand elle doutait, elle le faisait au sein de ses croyances. Elle a cru, tour à tour, au Classicisme, aux Lumières, à la Révolution, à l’Empire, à la République. Elle a eu les idéaux de l’aristocratie, de l’Eglise, de la bourgeoisie, du prolétariat ; et a souffert pour chacun. Ses efforts, transformés en formules, elle les a proposés à l’Europe et au monde, qui les ont imités, perfectionnés, compromis. Mais leur croissance et leur délitement, c’est elle qui les a vécus en premier lieu, et avec plus d’intensité ; elle a créé des idéaux, et les a usés, les a expérimentés jusqu’au bout, jusqu’au dégoût. Cependant, une nation ne peut être indéfiniment génératrice de foi, d’idéologies, de formes étatiques et de vie intérieure. Elle finit par trébucher. Les fontaines de l’esprit se tarissent et elle se réveille devant son désert, les bras croisés, effrayée par l’avenir » (Cioran).

Les défaites sont rarement étranges. La débâcle vient de loin.

La Débâcle

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Marianne au pays des merveilles

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Eric Ciotti coupe le cordon sanitaire: la droite sens dessus dessous

Sur TF1 au journal de 13 heures, le chef de LR Eric Ciotti annonce que son parti doit conclure une alliance avec le RN de Marine Le Pen et Jordan Bardella, 11 juin 2024 © ISA HARSIN/SIPA

Eric Ciotti a proposé une alliance de LR avec le RN ce midi à la télévision. Si nombre de ténors du parti appellent à sa démission, le député et président des Républicains assure que les militants le soutiennent dans cette démarche.


Autant l’avouer, nous y avons cru. Ce matin, quand plusieurs sources « bien informées » nous ont assuré qu’Eric Ciotti allait, lors d’une interview prévue à 13 heures sur TF1, « mettre fin au cordon sanitaire » entre son mouvement et Marine Le Pen, nous avons imaginé qu’une coalition inédite, pour ne pas dire historique, allait voir le jour entre les deux principales formations conservatrices françaises.

Il faut dire qu’au siège de LR, on nous donnait déjà des détails très tangibles sur l’accord qui se profilait. On nous indiquait notamment que le RN s’engageait à ne pas présenter de candidats face au parti gaulliste dans pas moins de 120 circonscriptions. Il faut dire aussi que Jordan Bardella avait, de son côté, fait savoir la veille qu’il avait engagé des pourparlers constructifs avec divers leaders de droite. On allait donc voir ce qu’on allait voir. Et on a vu… pour l’heure pas grand chose !

Sur TF1, Eric Ciotti a certes annoncé son soutien au parti à la flamme, suivi en cela assez vite par le président des jeunes LR, Guilhem Carayon, puis par la députée européenne Céline Imart et la députée des Alpes maritimes Christelle d’Intorni. Mais on a surtout constaté que tous les chapeaux à plume du parti, eux, refusent de leur emboîter le pas.

La liste est longue. On la limitera aux principaux dirigeants. Cet après-midi, Gérard Larcher a appelé Ciotti à « se démettre de son mandat de président des Républicains », Bruno Retailleau a déclaré que « les Républicains ne feront jamais d’alliance avec le RN », François-Xavier Bellamy a fustigé « un choix inutile pour le pays », Laurent Wauquiez a parlé de « saut dans l’inconnu du RN », Valérie Pécresse a demandé aux Républicains de « dénoncer immédiatement l’accord proposé par Ciotti avec le RN », Olivier Marleix a jugé qu’« Eric Ciotti n’engage que lui », François Barnier a regretté que Ciotti ait perdu sa « légitimité ». Etc.

Quant à Jean-François Copé et Xavier Bertrand, ils avaient fait savoir avant même la sortie de Ciotti leur refus de tout accord avec le RN. « Le FN, jamais. Ni aujourd’hui, ni demain, ni après-demain », a ainsi lancé le premier ce matin sur France Info. « Le RN est contraire à toutes les valeurs que nous défendons » avait déclaré le second la veille sur BFMTV.

C’est donc assez seul que le président des LR a franchi le Rubicon. Enfin, pas si seul. Car Ciotti affirme que la majorité des militants de son parti, qui d’ailleurs l’ont élu à leur tête dès le premier tour en 2022, sont derrière lui. « Il y a un immense écart entre ce qu’on entend à Paris et les discussions d’états-majors assez déconnectés de la réalité, et la base », a-t-il expliqué en sortant des locaux de TF1 cet après-midi.

La politique, en démocratie, est aussi une question d’alliance. Alors que le paysage politique explose, LR n’est pas dans la meilleure des postures : pas d’incarnation évidente, peu de fiefs, et cette très embarrassante étiquette UMPS… La question des alliances est d’autant plus importante que le parti a du mal à se démarquer de son image de parti gestionnaire de la mondialisation destructrice. Sans doute même a-t-il perdu sa crédibilité en matière de sécurité et d’immigration.

Pas étonnant donc qu’Eric Ciotti ait vu dans la dissolution une excellente occasion pour enfin desserrer l’étau qui contraint son mouvement à être un parti jumeau de Renaissance. Celui qui a longtemps rendu un tel scénario impossible s’appelle Jean-Marie Le Pen, qui portait certains stigmates du fascisme (racisme, antisémitisme, culte du chef, révisionnisme historique…). Le refus de toute alliance avec lui était légitime et témoignait d’une vision saine du champ républicain. Mais Jean-Marie Le Pen est à la retraite depuis des années…

A lire aussi, Paul Rafin: Pour l’union des droites!

Qu’en est-il aujourd’hui du RN ? Force est de constater qu’il a beaucoup évolué et qu’il correspond plutôt aujourd’hui à un parti conservateur. Il incarne une droite bonapartiste et s’est beaucoup recentré. Il a fait le chemin inverse de la NUPES qui, elle, a sombré dans une dérive qui coche toutes les cases du fascisme : antisémitisme, appel à la violence politique et à la sédition, déshumanisation de l’adversaire, soutien des tortionnaires du Hamas, falsification historique…

A ce titre l’ostracisation devient d’autant compliquée que les électeurs, eux, ne partagent plus les préventions de leurs dirigeants. Faute de trouver des réponses auprès de LR, ils se sont mis à voter RN. Le vote RN n’est donc pas un vote révolutionnaire qui ambitionnerait de mettre le pays cul par-dessus tête pour changer la vie. Les Français veulent que l’on sauve leur modèle social, leur mode de vie, leurs mœurs et culture, ils cherchent à être protégés. Or leurs demandes ont été moquées et qualifiées d’extrême-droite quand, eux, pensaient n’exiger que le minimum.

Si les Français se tournent vers le RN, c’est qu’ils ont non seulement le sentiment que les élites les ont trahis, mais qu’elles instrumentalisent le RN pour ne jamais rendre compte et échapper à ses responsabilités. Et ils commencent à en avoir marre. D’autant plus marre que la rhétorique des ventres féconds, des bêtes immondes et des heures sombres, pour avoir été mise à toutes les sauces est vue comme une manœuvre dilatoire qui ne correspond pas à la réalité.

La décision d’Eric Ciotti provoque des remous dans le landerneau politique, mais il n’est pas sûr qu’elle choque autant l’électeur de base de LR. Il est même quasi certain qu’elle va dans son sens. En revanche elle pose à l’évidence plus de problèmes aux dirigeants. Aucun d’entre eux pourtant ne croit sérieusement que le RN est un parti fasciste. Mais tous ont peur de payer le prix du changement de doctrine par la perte de leur fief ou de leur place dans les dîners en ville.

Tous ces caciques se demandent si le seuil d’acceptabilité est atteint ou s’ils devront subir une reductio ad hitlerum dont ils ne se remettraient pas. Ils craignent aussi la puissance de la gauche culturelle et pensent que pour sauver ses postes et son avenir elle va pilonner massivement sur le thème du “ils préfèrent Hitler à Blum”, histoire de rentabiliser la référence au Front populaire. Ce qui est d’autant plus cocasse que les derniers à s’être comportés comme Hitler sont les combattants du Hamas, ceux-là mêmes que certains, chez LFI, qualifient de “résistants”.

Le problème, c’est que si LR reste dans l’entre-deux, il va être vite dépecé d’un côté par Renaissance, de l’autre par le RN, car on ne voit pas trop quel chemin il pourrait incarner. Sans image, sans leader charismatique, sans doctrine et sans politique d’annonce, LR devient le supplétif des victoires qui seront gagnées par d’autres généraux. En choisissant une politique d’alliance avec le RN , Eric Ciotti a ouvert le jeu, mais il est difficile de faire ce type de choix, quand on est un leader par défaut, chargé d’expédier les affaires courantes.

Aujourd’hui RN et Renaissance doivent faire chauffer le téléphone pour récupérer leur part. Et les caciques LR vont rester dans leur fief pour jauger la réaction des Français. Au terme de tout ce bazar, le pays devrait se retrouver encore plus abimé. Une partie des gens qui souffrent, qui se sentent abandonnés, trahis et qui ont des raisons objectives de le penser, vont se faire insulter à longueur d’antenne par des petits bourgeois et fils à papa nantis qui vont leur faire la leçon et leur expliquer qu’ils sont les soutiers d’un nouvel Hitler en jupon.

Une autre partie de la population, pas dupe, va subir un feu roulant de culpabilisation pour la contraindre à faire barrage. Quant aux révolutionnaires de bac à sable, relais du Hamas, ils vont pouvoir traiter de nazis tout ce qui est à la droite de LFI, ce qui promet d’alimenter les tensions politiques. Au terme de ce jeu de dupes, la France sera un peu plus fracturée et on peut, sans trop prendre de risque, penser que personne n’aura montré assez de courage pour incarner un espoir.

Si on ne peut refuser la politique d’alliance en renvoyant le RN au fascisme, la question de sa capacité à diriger le pays reste quant à elle ouverte, mais ce n’est pas ce point-là qui est mis en avant dans le refus de nombre de dirigeants de la droite mais plutôt la question du cordon sanitaire. Finalement hurler au fascisme a un avantage qui fonctionne pour tout le monde : cela exonère à la fois de réfléchir et de travailler. Le problème c’est qu’à un moment, la martingale ne fonctionne plus. Nous y sommes peut-être arrivé.


La déception de Marion Maréchal
Dans un communiqué diffusé cet après-midi, Marion Maréchal a rappelé l’espoir suscité, au sein de la droite nationale, par les résultats des élections européennes et la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par le président Macron. Avant de faire part… de son désarroi. 
Pour rappel, dimanche, la liste du RN a obtenu 31.4% des suffrages, et Reconquête 5,5%. 
Depuis deux jours, Marion Maréchal s’efforçait de contribuer à la formation d’une grande coalition des droites et des patriotes pour « défaire le macronisme » et affronter « la menace de la gauche et de l’extrême gauche », nous explique-t-elle. Dans ce cadre, elle a rencontré Marine Le Pen et Jordan Bardella hier, puis Nicolas Dupont-Aignan aujourd’hui. Mais, la nouvelle élue au parlement européen de Strasbourg voit donc ses espoirs douchés. Marion Maréchal explique que RN et Reconquête étaient pourtant sur le point de finaliser un accord, lequel prévoyait la représentation des 1,4 million d’électeurs de Reconquête aux élections européennes dans une coalition législative. Cependant, Jordan Bardella l’a informée d’un changement de position et du refus du RN du principe même d’un accord. Le principal argument avancé pour ce refus serait que le RN ne souhaite aucune association directe ou indirecte avec Éric Zemmour. C’est une « grande déception pour la France », regrette Marion Maréchal. Elle qualifie dans son communiqué cette décision de « soudaine et contradictoire avec [les] nombreux échanges et travaux préparatoires », affirmant qu’elle n’est « pas à la hauteur des événements et de l’espoir suscité parmi les Français. » Une foule de journalistes étaient présents devant le siège du RN, hier soir à 17 heures, où Marion Maréchal était attendue pour une réunion avec les vainqueurs du scrutin de dimanche, laquelle avait été ébruitée par Le Figaro. Madame Maréchal exprime ce mardi après-midi sa grande déception, et espère que ce refus de former une véritable coalition n’aboutira pas à une nouvelle victoire du président Macron ou, pire encore selon elle… à la victoire de la coalition de gauche, baptisée nouveau « Front Populaire » depuis 48 heures. « Les adhérents, les militants, les cadres et les électeurs de Reconquête peuvent compter sur moi pour continuer à défendre nos idées et porter nos combats. Dès demain, je m’y emploierai au Parlement européen aux côtés de nos alliés conservateurs » conclue-t-elle, signant sa déclaration en tant que Députée française au Parlement européen. Eric Zemmour, le président de Reconquête, que la presse soupçonne d’entretenir de mauvais rapports avec Mme Maréchal, devait s’exprimer de son côté sur CNews à 19 heures • MP

Lale Gül, libre, vraiment?

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Lale Gül à Middelburg, lors de la cérémonie des Four Freedoms Awards, le 21/04/2022 © Patrick van Katwijk/MPE/SIPA

Aux Pays-Bas, la jeune essayiste Lale Gül (une sorte de Zineb El Rhazoui locale) raconte dans son nouveau livre comment elle a fui sa famille et son quartier islamisés. Elle assure actuellement la promotion à haut risque de son ouvrage.


L’essayiste turco-néerlandaise Lale Gül accepte d’assurer elle-même la promotion de son second livre, mais elle pose ses conditions, synonymes de mesures de sécurité drastiques. Merci donc aux journalistes de ne pas divulguer où elle habite; une « ville de province » suffira dans les articles. C’est qu’après des torrents de menaces, la jeune femme de 26 ans a jugé plus prudent de quitter sa ville natale, Amsterdam. 

Je vais vivre de Lale Gül, son premier livre © Fayard

Coiffée d’une casquette cachant son visage, portant des lunettes noires, elle décline aussi l’invitation d’une journaliste du journal Het Parool à s’attabler sur une terrasse ensoleillée, qu’elle juge trop exposée à ceux qui lui voudraient du mal. Tant pis pour ses fans, bien plus nombreux, qui réclament des selfies quand ils la reconnaissent. Elle préfère s’installer à l’intérieur de l’établissement pour répondre aux questions. « C’est bon, il n’y a que des gens blancs », constate, rassurée, celle qui demeure hantée par le sort du cinéaste Theo van Gogh, assassiné en 2004 par un islamiste.

La trajectoire très compliquée d’une apostate de l’islam

Depuis 2021, année de parution de son premier livre, Ik ga Leven (Je vais Vivre, Fayard, 20221), l’écrivaine ne se sent plus en sécurité. À raison, puisqu’elle y racontait déjà sa lutte acharnée et non sans sacrifices contre l’islam rigoriste que lui a imposé sa famille jusqu’à ses 17 ans. La libération a un prix : en rejetant le voile et en abjurant cette religion, la jeune femme a rencontré de nombreux obstacles, qu’elle expose dans son deuxième livre Ik ben Vrij (Je suis Libre), sorti à la mi-mai. Elle y parle également de sa dépression, et de son surpoids causé par une consommation exagérée d’alcool cumulée aux effets néfastes que provoquent sur le long terme les plateformes de streaming comme Netflix sur sa psychologie… Du reste, elle raconte qu’elle ne s’aventure plus dehors qu’après d’innombrables précautions, comme celle de vérifier l’identité des chauffeurs de taxi dont elle est dépendante depuis qu’elle n’ose plus utiliser ni les transports publics ni le vélo à cause de rencontres éprouvantes expérimentées contre son gré avec des jeunes « issus de l’immigration », comme elle. N’ayant pas de permis de conduire, la malheureuse se plaint de devoir dépenser une fortune pour ce moyen de locomotion, utilisé seulement après avoir systématiquement tenté de vérifier en ligne si le chauffeur était turc ou arabe. Quand c’est le cas, ce qui est chose commune dans les villes néerlandaises, pas question de faire appel à lui !

A lire aussi : Agir pour ne pas subir

Je suis libre continue là où s’était arrêté Je vais vivre. Dans son premier livre, Lale Gül se cachait derrière le pseudo Büsra. Dans le second, elle retire le masque de l’anonymat et entraîne son lecteur dans le récit de ses échanges avec son psychologue ; ils constituent le noyau dur du livre. Car si le premier livre l’a rendue riche et célèbre, la liberté tant convoitée lui a valu de nombreux problèmes. Entre autres, la séparation, ou plutôt l’expulsion violente, de sa famille, ce qui lui pèse toujours. Sa petite sœur adorée de 13 ans, Defne, notamment, lui manque terriblement. Devant son psychologue, consulté initialement pour analyser ses échecs amoureux, Lale dévoile ses doutes et ses craintes. A-t-elle bien fait, finalement, d’écrire ce fichu premier livre qui a valu à Defne de connaitre le harcèlement scolaire ? N’aurait-elle pas dû supprimer ces passages dans lesquels elle racontait ses ébats avec son premier amour, un garçon hollandais de souche, et donc impie pour les siens, et dont le père, admirateur du politicien anti-musulman Geert Wilders, exigea et obtint que chez lui, elle retire son voile ? 

Oui : trois ans après son premier succès littéraire, Lale Gül se sent libre ; mais également déboussolée, en proie à des crises de panique ou de haine-de-soi, cultivant un jour sa solitude, la maudissant le lendemain. Les menaces, quant à elles, ne se tarissent pas. Lale ne digère pas les « accusations » provenant des cercles communautaristes, selon lesquels elle cherche à se faire passer pour « une femme blanche néerlandaise ». Un dilemme la taraude : doit-elle répondre aux supplications de sa sœur, porter de nouveau le voile, demander pardon à sa famille et revenir à l’islam, pour aller mieux ? Doit-elle céder au chantage au suicide de sa mère, qui estime qu’elle est « morte » à ses yeux « depuis qu’elle ne se prosterne plus devant Allah »? Tous ces combats et dilemmes constituent les moments forts du livre, lesté inutilement selon moi par le récit de frasques dans un club échangiste en Espagne. 

Récupérée par Geert Wilders

Si, dans son premier livre, Lale Gül avait parlé avec une certaine pudeur de sa situation familiale, elle révèle à présent le détail effrayant du fameux soir de la rupture : sa mère l’a battue avec un soulier et lui a donné des coups de pieds, tandis que ses oncles et tantes y allaient carrément de leurs poings, sans la moindre retenue. Son frère aîné, bien que lui étant hostile, est le seul à avoir tenté de la protéger tant bien que mal ce soir-là. Quelques heures auparavant, Lale Gül avait assuré la publicité de son premier livre dans un programme de télévision à large audience. Puisque ses parents ne regardaient que la télé turque, leur fille se croyait à l’abri. Grave erreur, puisque des gens du quartier l’ont reconnue et ont entendu ce que la petite Lale disait d’eux… De retour chez elle, après l’émission en direct, un comité d’accueil hystérique et violent l’attendait. Elle réussit heureusement à s’enfuir de cet enfer familial le soir même. Errant dans la nuit dans une ville déserte, elle trouve de l’aide avec le peu de batterie qu’il reste sur son portable auprès de la mairie, qui lui procure un lieu sûr.

A lire aussi : Laïcité mon amour

Les parents de Lale Gül avaient émigré aux Pays-Bas depuis les fins fonds de l’Anatolie dans les années 90. Ils se sont établis dans un quartier de l’ouest de la capitale, où environ 60% de la population est issue de l’immigration. Paradoxalement, la « conversion » de Lale Gül à la civilisation occidentale commence à l’époque où elle fréquente l’école coranique. Ses parents l’y envoyaient chaque samedi ; c’est sa petite sœur qui s’y rend à présent. « À l’école néerlandaise, on m’encourageait à poser des questions, à l’école coranique à obéir », se souvient-elle. Le livre-évènement paraît aux Pays-Bas alors que M. Geert Wilders, grand vainqueur des élections législatives de novembre 2023, pèse de tout son poids dans la constitution d’une future coalition gouvernementale de droite. S’il n’a pas obtenu l’interdiction des écoles coraniques et du port du voile islamique dans l’espace public, la coalition promet que l’immigration non-européenne sera restreinte au maximum, tout comme le regroupement familial dont ont tant profité de nombreux « Gül ». Geste hautement symbolique: les mosquées seront également tenues de baisser le volume des appels à la prière… Il y a quelques années, Lale Gül semblait attirée par la droite radicale néerlandaise. Dernièrement, elle se fait plus discrète sur le plan politique. Si M. Wilders utilise régulièrement l’exemple de ses livres pour vilipender les méfaits de l’immigration auprès des électeurs, « c’est son affaire » affirmait-elle dernièrement. Dans Je suis Libre, elle le remercie néanmoins de son soutien. Gratitude dont bénéficie également une ferme opposante au tribun anti-islam, la maire réputée « woke » d’Amsterdam, Femke Halsema, laquelle avait offert un gîte à l’écrivaine perdue, chaussée de charentaises, dans les rues sombres d’une nuit d’hiver.


Je vais vivre

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  1. ↩︎

Sombre avenir pour les juifs de France

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Georges Bensoussan © Hannah Assouline

Selon l’historien Georges Bensoussan, l’islamisation d’une jeune génération issue d’une immigration maghrébine ancienne et l’immigration massive en provenance du monde arabo-musulman alimentent un antisémitisme « français » inédit qui associe les juifs à la domination des Blancs, et donc au colonialisme.


Causeur. En tant qu’historien qui a beaucoup travaillé sur le sujet, comment comprenez-vous la vague d’antisémitisme qui a déferlé dans le monde depuis les massacres du 7 octobre ?

Georges Bensoussan. Il y a un paradoxe qui est constitutif du mécanisme de l’antisémitisme dans les pays chrétiens et musulmans : quand les malheurs s’acharnent sur le Juif, beaucoup y voient le signe de sa faute, la preuve de sa culpabilité. Alors, dans certaines populations, au lieu de susciter la compassion, il déchaîne la haine. Déroutant à l’évidence, ce mécanisme se répète depuis des siècles dans les univers culturels nés du monothéisme juif. Les messages chrétien et musulman entendent se substituer au message juif en matière d’élection. Ils prétendent que c’est désormais sur eux que se porte le choix de Dieu. Si bien que le Juif, par sa seule présence, rappelle sans fin cette captation originelle, cet effacement fondateur.

Pourtant, les antisémites déguisés en antisionistes qui sévissent sur les campus américains et britanniques ne s’inscrivent pas vraiment dans la tradition de l’antisémitisme chrétien ?

Non, en effet. Mais un système de croyances ne s’efface pas, il mute. Dans nos sociétés sécularisées où la pratique religieuse s’effondre, le cadre mental reste forgé par des siècles de christianisme et d’islam. D’Occident et d’Orient, cet édifice psychique continue de modeler les réactions à l’endroit des Juifs érigés en peuple-paria. Mais après Auschwitz, il est devenu difficile à exprimer dans les mêmes termes. C’est pourquoi il s’est mué en diabolisation de l’État-paria. Nous en sommes là aujourd’hui.

On pourrait parler d’« antisémitisme zombie » pour reprendre la formule d’Emmanuel Todd…

En quelque sorte. Mais à cela il faut ajouter une migration massive du monde musulman vers l’Europe et l’Amérique du Nord. À Londres, comme dans les universités américaines, la présence des étudiants arabes ou musulmans est importante, et ce phénomène est nouveau par rapport aux années 1970.

Traditionnellement, les musulmans en Grande-Bretagne sont majoritairement issus de la péninsule indienne (Inde, Bangladesh et Pakistan).

C’est vrai, mais pas seulement. Depuis plus de vingt ans, l’immigration arabe venue du Moyen-Orient (Égypte, Syrie, Irak…) est importante au Royaume-Uni et a probablement contribué à la radicalisation de l’islam britannique. Or, la réislamisation récente (trois décennies à peine) de ces communautés va de pair avec l’antisémitisme. C’est aussi ce que l’on voit en France, où de jeunes générations issues d’une très ancienne immigration maghrébine se montrent souvent plus antijuives que leurs aînées quand elles reviennent à une pratique rigoriste de l’islam.

Cependant, si on compare la France au Royaume-Uni, n’est-ce pas surprenant de constater que les manifestations y ont été́ moins nombreuses ? Quand je me regarde je me désole, quand je me compare je me console ?

La France ignore jusqu’à présent le modèle communautaire qui favorise ces bouffées de violence. Par ailleurs, l’opinion française, en dépit des médias de service public et après huit mois de conflit, demeure aux côtés d’Israël dans cette guerre. Elle n’a pas oublié les attentats de Charlie, du Bataclan en 2015, de Nice en 2016, les morts atroces de Samuel Paty en 2020 et de Dominique Bernard en 2023, voire d’autres encore. Résultat, le mouvement étudiant est restreint. Le regard médiatique crée davantage l’événement qu’il n’en rend compte. Ces mobilisations sont marginales, y compris à Sciences-Po Paris, 300 ou 400 personnes sur un campus de plusieurs milliers d’étudiants.

Des sondages montrent quand même que les populations d’origine musulmane sont plus perméables à l’antisémitisme…

Ce phénomène est bien éclairé par la récente enquête sur l’antisémitisme (AJC/Fondapol) qui, dans la perception des juifs, montre le fossé qui sépare les Français musulmans des autres Français. Les Français musulmans adhèrent deux à trois fois plus que leurs concitoyens aux clichés antisémites. Ce n’est pas l’isolement des juifs que ces chiffres mettent en lumière, mais la sécession d’une partie des musulmans. Cette enquête nous apprend aussi que les moins de 30 ans sont plus nombreux que les autres Français à juger les juifs de France « co-responsables de ce qui se passe en Israël ». Ce chiffre, étonnant, est à croiser avec celui d’une population d’origine musulmane beaucoup plus jeune que l’ensemble de la population nationale.

Est-ce plus grave ou moins grave ?

Plus grave parce que, même s’ils ne se traduisent pas par des violences dans les rues, ces chiffres en dévoilent le potentiel.

Les juifs ont-ils un avenir en France ?

Très compromis. Non parce que l’appareil d’État ne fait pas son travail. Il le fait et le fera, mais jusqu’au moment où la défense des juifs lui fera perdre le soutien d’une part importante de la population. Or, le changement démographique est là, sous quelque nom qu’on lui donne. La France de 2024 n’est démographiquement pas celle de 1975. Au lieu de se quereller à propos de l’expression « grand remplacement », il est plus utile de voir la France telle qu’elle est, comme les enquêtes de Jérôme Fourquet nous la donnent à voir. Dans cette « France nouvelle », le signe juif, confondu à l’État d’Israël, sera assimilé au monde « riche, dominant et blanc », coupable par surcroît du péché majeur de « colonialisme ». La communauté juive risque de cocher bientôt toutes les cases de la négativité. Dans une France où les codes culturels importés de l’islam gagneront du terrain, le signe identitaire juif aura peu d’avenir. Enfin dans une nation qui a renoncé à l’être, la persistance du fait national israélien en indisposera plus d’un. Israël sonnera comme le rappel permanent de leur défaite. Les éléments sont réunis pour que les juifs de France glissent vers une progressive invisibilisation dans l’espace public. Voire jusqu’au départ pour une partie d’entre eux.

Un exil français: Un historien face à la Justice

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Européennes: comment nos voisins belges ont-ils voté?

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Le Premier ministre belge ému Alexander De Croo (du mouvement libéral Open VLD) après sa défaite aux élections, Bruxelles, 9 juin 2024 © Shutterstock/SIPA

Le Premier ministre Alexander De Croo démissionne après les mauvais résultats de son mouvement.


Russie, Etats-Unis, U.E. : la moitié de l’humanité vote en 2024 et la Belgique n’échappe pas au mouvement. Mais non content d’envoyer ses représentants à l’Union européenne, le Belge a également renouvelé dimanche tous ses parlements. Le fédéral, bien sûr mais aussi les trois parlements régionaux et les trois parlements communautaires. Ajoutons à cela le vote « à la proportionnelle » et nous comprendrons aisément pourquoi il est si difficile de dégager une majorité dans ce petit Royaume coincé entre les Hauts-de-France (qui sont en bas) et les Pays-Bas (qui sont en haut).

Flamands et Wallons

Certes, du nord au sud, la gauche boit le bouillon, victime du matraquage fiscal qu’elle impose au citoyen et de sa complaisante négligence face à une immigration de plus en plus incontrôlée et de plus en plus vindicative.
C’est plus vrai encore pour les partis verts qui, de part et d’autre de la frontière linguistique, paient le prix de leur écologie punitive.
Mais il existe cependant toujours un net clivage entre la Flandre et la Wallonie.

En Flandre, c’est la droite qualifiée d’extrême par la RTBF qui caracole en tête, à commencer par la NV-A, talonnée de près par le très nationaliste Vlaams Belang. La droite molle et traditionnelle, l’Open-VLD, à laquelle appartient l’actuel Premier ministre Alexander De Croo, s’effondre, à tel point que les journalistes ont été priés de quitter leur QG de campagne. On ne pleure pas devant les caméras ! L’Open-VLD pourrait cependant, de même que le CD&V (centre gauche flamand, voire flamingant, encore vaguement catho), servir d’appoint pour former une coalition au gouvernement de la Région flamande. Nous noterons au passage que tous les partis cités contiennent la lette « V » dans leur nom. V comme « vlaams » (flamand). Les partis flamands tiennent à ce qu’on sache qu’ils sont flamands, un observateur étourdi pouvant sans doute imaginer qu’ils sont Sri-Lankais.

A lire aussi: L’antisémitisme en Belgique à son plus haut niveau

En Wallonie, les choses diffèrent. Un « cordon sanitaire » étendu à l’ensemble des médias empêche l’expression ou même la révélation de l’existence de tout ce qui n’est pas politiquement correct, social, environnemental, diversitaire et LGBTtruc. Dès lors, et malgré les efforts d’un Drieu Godefridi tentant d’implanter la NV-A en Wallonie ou du petit parti « Chez nous » se déchaînant sur les réseaux, ce sont les partis traditionnels qui ont raflé la mise. Eux aussi ont renvoyé la gauche, rouge ou verte, à ses chères études, même si le PS demeure le second parti. C’est surtout le MR, parti centriste autrefois libéral et « Les Engagés », centre tournant selon le sens du vent, qui voient leurs résultats fortement augmentés. La Wallonie peut donc, après tant de décennies, se défaire du PS qui la considère comme son fief de droit divin. Le fera-t-elle ?

En Belgique aussi, l’heure des grandes manœuvres politiciennes

Reste à savoir quelles coalitions seront possibles pour créer un gouvernement fédéral. Confits dans la doxa, les Wallons s’effarouchent d’une alliance avec le Vlaams Belang. Car si la Belgique, championne du compromis, est souvent qualifiée de « ventre mou de l’Europe », le Vlaams Belang en est lui « le ventre toujours fécond de la bête immonde », etc. Du moins d’après la presse stipendiée, très écoutée au sud du royaume. Ces dissensions entre les droites flamandes et wallonnes permettront-elles à une gauche, grande perdante, de se hisser au pouvoir, par le jeu des alliances entre perdants ? Revivra-t-on les 541 jours de 2010-2011 où la Belgique, hilare, était restée sans gouvernement ? Ou la droite parviendra-t-elle à dépasser ses clivages internes et à présenter un gouvernement libéral ?

Dissolution: les parias d’hier appelés à écrire l’histoire?

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Jordan Bardella et Marine Le Pen lors des journées parlementaires à Avignon le 15/09/2023 © Alain ROBERT/SIPA

La décision qu’a prise le président de la République pour dissoudre l’Assemblée nationale est certes justifiée sur le plan démocratique, mais en cherchant à tout prix à convaincre l’électorat que le pays est menacé, Emmanuel Macron fait preuve à la fois d’opportunisme et de narcissisme. L’analyse d’Ivan Rioufol.


La fabrique de la peur est en rade. L’intimidation intellectuelle n’opère plus. Emmanuel Macron est, en France, le perdant des européennes. Tout indique qu’il sera, dans la foulée, le perdant des législatives des 30 juin et 7 juillet. Ses alertes répétées sur la montée de « l’extrême droite », « la démocratie menacée », « le danger énorme » que représenterait un vote en faveur du RN ou de Reconquête ne sont plus prises au sérieux.

Le « nouveau monde » a la gueule de bois

Le réel bouscule les idéologies. Le mur du politiquement correct, ce totalitarisme de la bonne conscience, s’est effondré dimanche 9 juin 2024 à 20 heures, sous le poids de ses mensonges et de ses dénis. Pour avoir cherché à diaboliser la colère des Français, le chef de l’État en a accentué l’expression. Le vieux monde prend fin : celui des démocrates mondialistes détestant le peuple et la nation. Les sottises propagandistes auront été tenues par Macron lui-même, comme celle du 6 juin : « Si demain l’extrême droite a une minorité de blocage en Europe vous n’aurez plus une Europe des vaccins. Ce sont des gens qui vous donneront la chloroquine ou le vaccin Spoutnik ». Faut-il rappeler que derrière l’Europe des vaccins il y a eu, outre un ordre sanitaire effrayant, la distribution de produits expérimentaux à l’efficacité très relative et aux effets secondaires importants ? Faut-il rappeler qu’une plainte contre Ursula von der Leyen a été déposée pour ses contrats opaques (36 milliards d’euros !) avec Pfizer ? D’ici au 7 juillet, le manichéisme macronien promet bien d’autres désinformations.

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La décision de Macron, hier à 21h, de dissoudre l’Assemblée et d’appeler à des élections législatives avant les vacances d’été est néanmoins démocratiquement irréprochable. La motion de censure du peuple s’est substituée à celle, toujours repoussée, des députés pusillanimes.

Manon Aubry parle d’Hitler

Sans doute le président espère-t-il encore convaincre, d’ici là, de l’incompétence de Marine Le Pen et de l’imminence d’un déferlement fasciste. Manon Aubry (LFI) a donné le ton de la prévisible hystérie en résumant ainsi l’alternative : « Plutôt Hitler que le Front populaire ». Il faut s’attendre, de la part du pouvoir et de la gauche, à un débordement d’indignations sur le « retour des années trente » et l’impréparation du RN à gouverner. Mais les lucides ne tomberont plus dans ce piège à gogos. Macron, aveuglé par son narcissisme, sous-estime le rejet de sa propre personne et la défiance qu’il suscite auprès des gens ordinaires. Ces législatives précipitées s’annoncent comme un référendum pour ou contre le chef de l’État et le monde fictif qu’il défend. Dans l’hypothèse d’une vague RN à l’Assemblée se poserait d’ailleurs la question d’une démission du président de la République désavoué. Quant à l’hypothèse aujourd’hui probable d’une cohabitation, elle pourrait offrir au RN trop novice un utile apprentissage, et à la droite une occasion de se rassembler au cœur de la machine gouvernementale.

Reste cette nouvelle donne politique : les parias d’hier sont appelés désormais, un peu partout, à écrire l’histoire. Le vent de la révolution se lève… à droite.

Quand les Vikings assiégeaient Paris

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Le comte Eudes défend Paris contre les Normands, toile de Jean-Victor Schnetz, 1837. D.R.

Alors qu’en ce XXIe siècle le gentil peuple de Paris s’apprête à déferler sur la Province, chassé par les hordes de touristes et les amateurs d’embouteillages, les éditions Anacharsis publient un petit bijou du Moyen Âge, cette époque troublée où les Northmen pillaient l’Île-de-France et engrossaient la bonne fermière de la Neustrie: Le Siège de Paris par les Vikings ! Alors ? De quoi se cloîtrer sur l’Île de la Cité pour une petite heure de lecture et d’épopée!


Qui a dit que les moines et les diacres n’écrivaient que des psaumes et des versets barbants ? Abbon de Saint-Germain composa en 897 pas loin de 1400 vers relatant le siège de Paris par les Normands, entre 885 et 887. 

Plongeon dans la Seine

Et comme tout témoin oculaire marseillais qu’il n’était pas, il a tendance à en rajouter des tonnes. La traduction par Enimie Rouquette des deux premiers livres de son De Bellis parisiacae urbis donne envie, si ce n’est de sauter dans la Seine, au moins d’y naviguer pour combattre quelque barbare qui traînerait dans le coin. 

Car cette « épopée grammaticale » comme le dit la clergesse moderne, ressuscite des noms de héros et d’ennemis oubliés : les Rorgonides, et Èbles qui « réussit à en transpercer sept d’un coup d’une seule flèche, et demanda en riant aux autres d’apporter cette brochette en cuisine ». Ou encore Adalhem « qui vainquit ces impies et les trucida ». 

Les phrases retentissent comme les cors et les olifants sur les tours de Notre-Dame —quoi, elle n’existait pas encore ? C’est de l’épopée surréaliste avant l’heure ! Et on la lit comme on veut, d’abord ! « Car les barbares traînent à la Seine les corps sans vie de ceux dont l’éloge et le nom sans cesse voleront sur les bouches des hommes, de même que leurs morts et leurs guerres insignes, jusqu’à ce que le soleil apprenne à parer de ses rayons les ténèbres de la nuit ».

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Plus qu’une source sur les événements d’alors, ces quelques pages sont un manuel scolaire à destination de tous les « épopéïstes » amateurs : de Virgile à Homère en passant par Isidore de Séville, le texte d’Abbon est une agape de rhétorique, de clins d’œil et d’emprunts à tel ou tel que le jeune clerc devait imiter. D’une page l’autre, syllepse, épizeuxe et épisynalèphe rivalisent à coups de paragraphes ! Et ce syncrétisme du style donne naissance à des trouvailles miraculeuses, jouissives comme cet anathème dont on devine qu’il vaut mieux ne pas se le voir adressé : « Peuple hostile à Dieu qui sera cuit pour servir de repas dans la marmite de Pluton ! » 

Une ville imprenable

Et c’est Paris lui-même, la Francie, qui se dresse contre ces Vikings pour la plupart déjà convertis dans leurs congères du nord : « Mes fleuves résonnaient du bêlement des agneaux, mes riantes prairies et mes vallées de Tempé du dense mugissement des bœufs, mes bois retentissaient de la clameur rauque des cerfs, et le grondement des sangliers déchirait mes forêts. Voilà ce que ces hommes m’ont sauvagement arraché ! » 

Car, comme dans toute bonne œuvre médiévale, l’auteur laisse poindre une critique, une allusion à la décadence d’alors : « Abbon reprend cette idée dans ses vers de conclusion : les Francs auraient notamment cédé au luxe vestimentaire et à la licence sexuelle… » Paris est enfumé, éventré, défiguré mais Paris a résisté ! Paris résistera ! Car c’est un mythe et son nom fait rêver : « Ton nom actuel, un nom hybride, une sorte de métaplasme l’a forgé… et sous ce nouveau nom de Paris, le monde t’appelle en quelque sorte « paire d’Hysia »  — ou pas…

Abbon, Le Siège de Paris par les Vikings, traduit du latin et annoté par Enimie Rouquette, Anacharsis, mai 2024, 125 p.

Le siège de Paris par les Vikings

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Double bind et win-win sont en bateau…

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Jean-Paul Brighelli en 2009

Notre chroniqueur est au fond un grand admirateur des stratégies macroniennes. Il y décèle l’influence d’une formation élitiste — celle des prépas aux grandes écoles — et d’une structure psychique perverse. Mais que va-t-il chercher là !


Sans doute connaissez-vous le double bind (ou double contrainte) théorisé vers 1956 par Gregory Bateson au sein de l’école de Palo Alto — mais bien antérieure dans les faits. Il s’agit d’une double injonction telle que l’obéissance à l’un des termes implique une désobéissance au second : obéis aux principes religieux et enterre ton frère, susurrent les dieux à Antigone, mais obéis au roi, qui interdit d’accomplir pour lui les rites funéraires. L’exemple littéraire le plus connu a été exploité par William Styron dans Le Choix de Sophie (1979), où une mère juive arrivant dans un camp d’extermination doit choisir celui de ses deux enfants qui sera gazé — sinon, les deux le seront. Ça ne finit pas bien.

Vers un raz-de-marine le 30 juin ?

La dissolution de l’Assemblée nationale décidée par Macron obéit à ce schéma schizoïde (qui s’en étonnera ?). Soit, par un miracle peu probable, l’actuelle majorité, en s’alliant aux éléments éparts de la droite non solubles dans le RN sauve les meubles — et alors l’extrême-droite, frustrée, descendra dans la rue. Soit une marée bleu marine déferle et fait entrer un grand nombre d’incapables revanchards au gouvernement, ce qui mettra l’extrême-gauche, avec l’appui de nazislamistes, dans la rue, le fantasme de Mélenchon étant la démission de Macron lui-même, et son remplacement par un Comité de Salut public dont le Lider minimo serait le manitou, Robespierre recollé et Saint-Just ressuscité…

C’est une stratégie win-win (ou gagnant-gagnant, pour parler français). Dans les deux cas, la France est déstabilisée, la guerre civile affleure, et avec l’article 16, Macron suspend les libertés publiques — y compris celle d’organiser des élections présidentielles en 2027.

A lire aussi, Philippe Bilger: Emmanuel Macron: c’est sa faute, sa très grande faute…

Avec un peu de chance, les rodomontades présidentielles en Ukraine amèneront les services russes à en rajouter une louche dans la déstabilisation — sans compter les agents infiltrés de Daesh et les partisans des Frères musulmans : du désordre pourrait naître la charia, pensent-ils.

Gueule de bois

Nous frôlerons alors l’état de guerre, qui suspendra pareillement tout le processus démocratique à venir, et permettra au roitelet de l’Elysée d’exercer les pouvoirs législatifs et exécutifs. Macron sans ministres, décidant de tout — un rêve d’autiste aspirant à la dictature.

Voilà ce qui arrive lorsqu’on élit un homme trop jeune dans une fonction suprême. Il ne peut se résoudre à l’abandonner, au moment même où il se sent enfin prêt à l’exercer pleinement. Les gogos qui se sont laissé influencer en 2017 et 2022 par le réflexe anti-RN et ont porté au pouvoir un homme que pourtant ils n’aimaient guère ont bonne mine.

Comme ont bonne mine ceux qui, ce matin, se désespèrent du score des droites extrêmes (le sont-elles réellement ? Ils devraient aller voir dans de vrais pays fascistes). Mais enfin, ce sont les mêmes qui ont voté jadis pour ce faux-cul de Mitterrand, ont encensé Lionel Jospin, ont récidivé en élisant Hollande, se sont félicités de l’arrivée au pouvoir de Vallaud-Belkacem et de Christiane Taubira, ont nié les malversations islamistes, et autres merveilles de la société socialoccultiste, comme disait Philippe Muray.

Soleil noir

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Dissolution: Macron appuie sur le bouton rouge

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Emmanuel Macron: "J'ai décidé de vous redonner le choix de notre avenir parlementaire par le vote. Je dissous donc ce soir l'Assemblée nationale". Le président Macron sur les écrans à la soirée électorale des élections européennes avec Francois-Xavier Bellamy au siège de Les Republicains, Paris, 9 juin 2024 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Européennes 2024 et dissolution: le tonnerre et la foudre. Les premières leçons du scrutin européen en France.


La foudre tombe puis on entend le coup de tonnerre. Dans la vie politique française, le résultat historique du Rassemblement national aux élections européennes de juin 2024 aura été la foudre avant que le coup de tonnerre de la dissolution ne rugisse dans le ciel. Ce fut une soirée majeure aux conséquences potentiellement énormes pour la suite de la vie politique de notre pays, à court, moyen et long termes.

Le RN solidement installé dans la vie politique du pays

Il n’y a plus qu’un seul parti de masse en France, c’est le Rassemblement national. Avec un score de 31,5%, la liste menée par Jordan Bardella a tout simplement écrasé la concurrence. Songeons que sa première poursuivante n’est qu’à 14,5% des suffrages exprimés, soit moins de la moitié des voix qui ont été accordées à un Rassemblement national désormais très solidement installé comme la première force politique du pays. Un véritable camouflet pour la majorité présidentielle, laquelle comptait pourtant il y a quelques mois de cela sur un effet Gabriel Attal avec le remaniement du gouvernement. Emmanuel Macron l’a d’ailleurs poussé à débattre face à Jordan Bardella : rien n’y a fait. Las, le plus jeune Premier ministre de l’histoire de la Vème République est déjà sacrifié par Emmanuel Macron. Jupiter est désormais Saturne, Dieu dévorant ses enfants et jetant par-dessus bord des députés qui ne peuvent que pleurer sur leur sort… Ce qui était encore jusqu’il y a peu un duel entre la majorité présidentielle et le Rassemblement national est maintenant un cavalier seul pour la formation de Marine Le Pen.

Emmanuel Macron a une psychologie particulière et une lecture de l’opinion publique française qui ne l’est pas moins. Face à la catastrophe industrielle électorale, il s’est senti coincé et a décidé de dissoudre l’Assemblée nationale. Il a ainsi pris au mot et même devancé Jordan Bardella qui avait annoncé qu’il demanderait une dissolution en cas de large victoire. Le premier effet positif pour le président est qu’il a substitué un débat à un autre. Il n’a plus à expliquer le très mauvais score de sa brave mais incompétente candidate Valérie Hayer, puisque Renaissance est déjà reparti en campagne. Une campagne électorale qui sera particulièrement brève, à peine trois semaines avec un second tour qui tombera au mois de juillet… On peut imaginer les immenses problèmes logistiques que des délais aussi brefs poseront aux différentes formations politiques. A n’en point douter, les partis au fort ancrage local et les sortants seront très avantagés par une configuration qui fera la part belle aux « professionnels » de la politique.

La deuxième analyse à donner est plus spéculative. On peut imaginer qu’Emmanuel Macron prend le pari que les enjeux de l’élection européenne et de ces législatives seront différents, de même que les candidats. Il doit aussi espérer que la coupe n’aille pas à la lèvre. Face au fantasme, certains finissent par s’arrêter au dernier moment. Il en va d’ailleurs des masses comme des individus. Alors que les Français peuvent porter le Rassemblement national pour la première fois à Matignon, vont-ils finalement franchir le pas ou reculer devant le dernier obstacle ? C’est là un pari très risqué que prend Emmanuel Macron. Un pari qu’il peut perdre. A-t-il bien pris la mesure de la lassitude et de la profonde colère des Français ? Ces derniers ne demandent pas des châteaux en Espagne et des folies. Ils se moquent bien des Jeux Olympiques ou des réceptions avec Kylian M’Bappé. Ce qui les intéresse est plus simple et plus essentiel. Si simple d’ailleurs que personne dans la classe politique ne semble le réaliser. Les Français en ont assez du désordre, de la perte de repères, de la fiscalité étouffante et des attaques aux couteaux. Ils veulent que les OQTF soient appliquées, que leurs enfants puissent acheter une maison et que leurs petits-enfants puissent faire la fête sans jouer leur existence.

Tant que la classe politique ne le comprendra pas, le Rassemblement national progressera. A force de jouer au petit théâtre antifasciste que même Lionel Jospin a qualifié a posteriori de ridicule, nos responsables politiques se sont sortis de la réalité quotidienne du peuple qu’ils sont censés représenter. Le Rassemblement national domine tout parce que la classe politique n’a cessé d’affirmer qu’elle voulait « le faire reculer » sans jamais s’attaquer sérieusement aux problèmes qui le font progresser. Nouvellement élu à Strasbourg avec le RN, l’ancien commissaire de police Matthieu Valet en a fait la parfaite démonstration sur BFMTV lors du débat suivant la révélation des résultats. Alors que ses adversaires s’embourbaient dans des considérations idéologiques et des débats politiciens, il a déclaré que les législatives seraient pour son parti l’occasion de parler d’ « immigration, de sécurité, de comment se déplacer et de comment se nourrir ». Simple, concret et efficace. Ses adversaires pourront toujours l’accuser d’être « démagogue » ou « d’extrême droite », ça ne servira à rien. La seule chose qui pourrait leur servir pour gagner durablement n’est pas de dire que le Rassemblement national est « incompétent » mais de faire enfin la démonstration de leur savoir-faire.

Et ce d’autant plus qu’une législative n’est pas une élection présidentielle. De fait, la perspective d’une « simple » cohabitation pourrait justement rassurer les Français et leur servir de sas de décompression. L’aveuglement du centre et de la gauche est tout de même sidérant. Il en devient, à dire vrai, dangereux pour la France. Toutes ces belles âmes qui se rejettent la responsabilité de la « montée de l’extrême droite » sur les chaînes d’information en continu se rendent-ils compte de la froide colère de Français qui se sentent totalement dépossédés de leur pays, de sa substance et de son futur ? Ils ont pourtant prévenu à plusieurs reprises, ont appelé à l’aide, ont manifesté. Ils n’ont jamais été pleinement entendus.

Une reconfiguration politique totale

La Vème République est dysfonctionnelle depuis plusieurs années déjà. Elle ne peut vivre sainement qu’avec le bipartisme strict induit par le clivage droite / gauche qui l’a vue naître, surtout dans le cadre du quinquennat. La dissolution pourrait donc confirmer ce que tout le monde a déjà compris : notre vie politico-sociale est bloquée. Cette maladie chronique était atténuée par le fait majoritaire qui permettait à notre vie législative de fonctionner à peu près normalement, mais il est fort possible que la dissolution accouche d’une Assemblée nationale sans véritable majorité. De facto, nous basculerions dans un régime à l’italienne sans aucun des avantages qui va avec ni la culture politique du compromis qui lui est appropriée. Il faudrait alors bricoler des majorités présentant des alliances de contraintes et de contraires. Renaissance a déjà annoncé par la voix de Stéphane Séjourné que le parti ne présenterait pas de candidats face aux députés sortants appartenant au « champ républicain ». Il faut vraisemblablement entendre par là certains députés des Républicains, du Parti socialiste, des Verts et de LIOT.

Emmanuel Macron n’est pas idiot. Il a déjà dû faire le calcul que parmi les 61 députés des Républicains sortants, nombreux seront ceux qui ne voudront pas gouverner avec une majorité en difficulté mais qu’en même temps nombreux sont ceux qui pourraient ne pas prendre le risque de l’absorption / digestion au sein d’une majorité du Rassemblement national. Au fond, il faut bien entendre la dissolution comme la prise de conscience d’une mise en échec. Emmanuel Macron a donc tenté « all in ». Emmanuel Macron avalise le fait que les Français veulent un changement profond et les met au défi : « Vous voulez le Rassemblement national, allez au bout de vos intentions ». C’est osé. Il suffisait d’ailleurs de voir la tête de Jean-Luc Mélenchon pour mesurer la stupeur d’une bonne partie de la gauche. Raphaël Glucksmann, bon troisième qui a pris des voix à la majorité, était lui aussi en état de sidération. Même Marine Le Pen semblait passablement surprise. Car, c’est l’inconnu qui attend au bout du chemin.

Soit le Rassemblement national gagne, soit il perd et personne ne gagne. Les choses sont claires. Si le parti de Marine Le Pen emporte une majorité, Jordan Bardella battra le record nouvellement acquis de Gabriel Attal, Marine Le Pen ayant déjà décliné l’offre pour se préserver en vue de l’Elysée – un pari étonnant qui tranche avec l’habitude de la Vème et pourrait s’avérer perdant, mais nous n’en sommes pas là. Dans le cas où le Rassemblement national ne progresserait pas suffisamment, il faudra imaginer une nouvelle majorité. Emmanuel Macron pourrait d’ailleurs dans cette optique s’appuyer sur la dynamique socialiste impulsée par M. Glucksmann qui, s’il ne part pas avec la Nupes dès le premier tour, sera sûrement Macron-compatible, ce qui permettrait au président de marginaliser La France Insoumise.  Toutes ces hypothèses hautement spéculatives ne sont que l’écume du tsunami politique hexagonal que nous venons de vivre. Ce dernier est au fond salutaire. Les non-dits ne sont pas plus sains au sein d’une famille qu’ils ne le sont au sein d’une nation : il était temps d’entendre les Français. Mais il sera bien plus important d’entendre les raisons profondes de leur désarroi. Les citoyens français n’ont voté que pour leur quotidien ; ils ont relégué au second plan les grandes questions internationales et même le fonctionnement de l’Union. Ils ne demandent qu’une chose très concrète ; enrayer la spirale du déclin. Les leçons de morale et le chantage n’ont absolument plus aucun effet. Le Rassemblement national n’est plus un vote de classe ou régional. Il est majoritaire dans 96 départements, à tous les âges et dans quasiment toutes les classes sociales. Un fait inédit sous la Vème République. La foudre frappera-t-elle encore le 5 juillet ?

Antifascisme, c’est reparti !

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Mathilde Panot (LFI) et Olivier Faure (Parti Socialiste), 14 avril 2023 © ACCORSINI JEANNE/SIPA

La France est-elle devenue majoritairement « populiste » ? La stratégie islamo-gauchiste de LFI aura-t-elle définitivement dégouté à gauche les alliés d’hier ? Alors que sondeurs et éditorialistes rivalisent de talent ce matin pour analyser les nouveaux rapports de forces politiques, Elisabeth Lévy nous promet déjà trois semaines formidables de « République en danger » ! Décidément, Emmanuel Macron a bel et bien raté sa « révolution ».


Que penser du coup de théâtre d’Emmanuel Macron hier soir ? La décision de dissoudre l’Assemblée nationale est en tout cas conforme à l’esprit des institutions, institutions mises à mal par l’omniprésence du président de la République à deux jours du scrutin – on fait plus républicain. Face au désaveu, il est légitime de revenir au peuple, même si Emmanuel Macron fait un pari avec le siège des autres. Beaucoup estiment ce matin qu’il joue l’avenir du pays sur un coup de dé : « Après moi le déluge ». Nicolas Beytout le compare carrément à Néron, qui regardait bruler Rome…

Dissolution : le coup de poker d’un président très affaibli

Quoi qu’il en soit, Emmanuel Macron dressait hier l’acte de décès du macronisme. Il s’agit d’un échec magistral. Il promettait une révolution, titre de son livre, une nouvelle façon de faire de la politique. Patatras, le clivage droite/gauche qu’il pensait avoir dynamité est toujours là, sinon les électeurs de Raphaël Glucksmann auraient voté Macron, au moins pour l’Ukraine et les questions internationales. Le « en même temps » consistait à dire à chacun ce qu’il voulait entendre ; plus personne n’est dupe.

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Surtout, le président Macron devait être celui qui arrêterait ce qu’il appelle « l’extrême droite ». Il a joué et rejoué l’air de « moi ou le nazisme » pendant des années. Sauf que ce prêchi-prêcha tourne à vide. Aujourd’hui, le président Macron semble encore espérer que les Français vont l’écouter. Macron veut changer le peuple, comme le recommandait ironiquement Brecht ; il ne comprend pas que pour combattre le RN, il faut répondre aux attentes et aux inquiétudes de ses électeurs: moins d’Europe, moins d’immigration, moins d’islamisme et plus de France. Mais voilà que le pouvoir recommence la moraline en prétendant séparer les fréquentables des infréquentables. On disait ainsi hier soir qu’il n’y aurait pas de candidat « Renaissance » face aux sortants « républicains ». Est-ce toujours d’actualité ? Bref, on va avoir trois semaines de République en danger. Et si la seule révolution macroniste avait été d’amener aux marches du pouvoir le parti fondé par Jean-Marie Le Pen ?

Ça, on ne le saura que dans un mois, se rassurent certains…

Aux marches du pouvoir, les RN y sont déjà. Et l’espoir de créer une majorité antifasciste me semble totalement hors-sol, et traduit l’ignorance ou le mépris de l’humeur du pays. Certains murmurent que le président de la République espère une assemblée encore plus ingouvernable. Je ne peux croire qu’il joue cyniquement une crise de régime. 

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En attendant, dans l’immédiat, un autre enjeu se dessine pour l’avenir du pays. C’est l’avenir de la gauche. Après l’expérience calamiteuse de la Nupes où l’on a vu le PS, le PCF et les écologistes compromis par la stratégie de bordélisation et de flirt avec l’islam radical des Insoumis, on pensait que c’était fini… Du moins, on l’espérait. Mais dès hier soir, Olivier Faure (PS), toute honte bue, courtisait Mathilde Panot (LFI) qui lui battait froid. Et on entendait une petite musique parmi les militants de « Place Publique » : il faut s’unir contre le fascisme. Tout est pardonné : la haine des flics, l’encouragement des émeutiers, le déni de l’antisémitisme… Certes, sans union, la gauche raisonnable perdrait moult plumes. Mais au moins elle sauverait son honneur.

J’ai tout de même une excellente nouvelle pour conclure. Nous allons profiter de trois semaines sans J.O. dans les journaux !


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio (99.9 FM Paris).

Retrouvez notre directrice de la rédaction dans la matinale de Patrick Roger.