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Les raisons d’un succès

Le succès dans les urnes du Rassemblement national, dimanche dernier, est l’illustration d’un puissant ras-le-bol populaire vis-à-vis des élites des métropoles, sourdes aux angoisses identitaires, ayant bazardé l’assimilation à la française dans la mondialisation. Ce n’est pas le grand retour de la « bête immonde » ou un vote majoritairement raciste.


La France raciste. L’extrême-droite de Zemmour et Le Pen voudrait chasser tous les musulmans de France. Quand ils ne sont pas victimes de discriminations en raison de leur religion ou de leur couleur de peau, on leur refuserait l’accès à une citoyenneté pleine et entière parce qu’ils sont noirs, arabes ou musulmans. Ils seraient les victimes, les boucs émissaires désignés d’une France malade de peur et de haine. Victimes, mon œil ! Maintenant, ça suffit cette plaisanterie. La France est un des pays les moins racistes du monde et déjà certainement moins que les pays du Maghreb. Parlez-en aux noirs qui vivent au Maroc, en Algérie, en Tunisie ! Quand ils ne sont pas expulsés manu militari dans le désert sans eau ni nourriture, ils sont harcelés, méprisés, réellement discriminés.

Les Français de branche sont toujours les bienvenus

Les Français veulent bien vivre avec des gens qui ont une autre couleur de peau et une autre origine. La France le fait depuis longtemps. Elle assimile. Mais elle ne veut pas qu’on importe des mœurs étrangères à sa civilisation. Elle ne veut pas de racistes, d’antisémites, de sexistes, d’homophobes, de fanatiques de la Charia, de criminels et d’assassins sans cœur. Elle ne veut pas être méprisée. Elle veut être aimée. Ceux qui l’aiment et la respectent, elle leur retourne son amour. Ils le savent bien ceux qui ont adopté la France sans nullement renier ce qu’ils étaient, ces Français de cœur et de branche et qui veulent faire souche comme d’autres l’ont fait avant eux. Ils sont heureux en France et ils savent qu’ils peuvent réussir une belle vie, à égalité avec leurs compatriotes, de même milieu social. Parfois, c’est sûr, il y a des frottements, des méprises, des malentendus mais il y en a aussi pour d’autres Français « de souche », manants d’un monde qui prétend qu’il n’a plus besoin d’eux : paysans, ouvriers, employés chassés des métropoles et des villes centres, sans accès véritable aux transports urbains, aux logements et aux emplois de ces métropoles.

A lire aussi, Paul Rafin: Le RN, plus gaulliste que Les Républicains?

Un monde s’annonce, et ils le pressentent bien, où ceux qui viennent d’ailleurs, le plus souvent de l’autre côté de la Méditerranée vont servir d’esclaves pour les nouveaux maîtres ou peu à peu les remplacer, eux, par la force de minorités revanchardes, délinquantes ou conquérantes qui veulent leur part d’un gâteau qui s’amenuise pour les plus défavorisés dans la compétition sociale. Il suffit de comprendre cela pour saisir sur le vif la peur du grand remplacement. Grand remplacement déjà présent ou prévisible.

Ne pas mépriser la peur, l’écouter et la comprendre

Il ne faut jamais mépriser la peur. Parfois la peur prévient du danger et elle est un signal d’alarme qu’il faut écouter. Et il faut écouter ceux qui ont peur. Ceux qui ont ce sentiment qu’on vole territoire, dignité et identité. Ces Français de toutes origines qui sont pillés, volés, agressés quotidiennement. Ces musulmans qui ont peur qu’on les chasse loin de cette France qui est leur nouvelle patrie, parfois depuis plusieurs générations, en les confondant avec les criminels et les fanatiques. Ces juifs qui sont harcelés et acculés à vivre dans l’insécurité. Qu’on ne me dise pas que je suis raciste. Mes amis le savent, tous ceux qui me connaissent, il n’y a pas de racisme en moi. Pas de mépris ou de haine en raison d’une couleur de peau ou une origine. Il n’y a qu’une sainte fureur contre les mensonges qui nous sont contés pour faire taire notre envie de vivre libres en compagnie de tous ceux qui veulent cette même liberté. Pour faire taire notre envie d’être nous-mêmes, de nous retrouver en guérissant le mieux possible nos déchirures, nos divisions, nos désespoirs, notre léthargie.

Vers les guerres civiles: Prévenir la haine

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Découvrir « Clair de femme », de Romain Gary

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Au jeu absurde de « mon Folio préféré », j’ai choisi, arbitraire en partie : Clair de femme, de Romain Gary, qui est – en fait – un de mes préférés (avec Drieu, Aragon, Fitzgerald, Stendhal, et quelques autres). Explication.


Pourquoi Clair de femme ?
Parce que c’est un des secrets les mieux gardés de l’œuvre polymorphe et géniale (je ne galvaude jamais ce qualificatif) de Romain Gary.
Parce que c’est un des plus beaux « romans-d’amour » que j’ai lus – un des plus éminemment romantiques.
Parce que la finesse psychologique de Gary y confine à la dentelle.
Parce que : « Il y a tant d’hommes et de femmes qui se ratent ! Qu’est-ce qu’ils deviennent ? »
Parce que : « Cette suprême lucidité qu’il faut pour continuer à lutter et qui s’appelle l’aveuglement ».
Parce que : « Est-ce que je suis envahissante ? / Terriblement, lorsque tu n’es pas là. »
Parce que : « Michel, le bouche à bouche peut ramener à la vie, mais ce n’est pas une façon de vivre. »
Parce que : « Elle était ‘’morte’’, comme on dit couramment chez ceux qui ne doutent de rien. »

Voilà pourquoi, Clair de femme.

NB Pour en finir avec la légende qui défigure Gary et qui entrave obstinément l’accession à son œuvre – je suis le cas archétypique de celui qui a été détourné de l’œuvre très longtemps par les images, les slogans, les p’tites idées à propos de Gary – pour en finir, donc, avec la caricature, et le découvrir, enfin, il faut lire Le sens de ma vie – autre pépite ignorée.

C’est un long entretien accordé peu de temps avant que Gary ne mette fin à ses jours (décembre 1980). Il y a dans les mots de ce géant (voir Kessel ou Druon), une telle charge d’humanité, une telle affirmation de vulnérabilité – manifestation sophistiquée, comme à rebours, de sa puissance, de son énergie – qu’on n’a qu’une envie, l’entretien achevé : relire Gary.

Réentendre sa voix, retrouver cette éthique impeccable, ce souci du monde comme il ne va pas, ce courage physique et moral, cette ardeur – cet amour de la France… et de la féminité, aussi.

Si peu de triche – de jeu – chez cet homme d’action et de réflexion. À part Malraux, Saint-Exupéry, et Drieu sans doute (en dépit des apparences), qui ? Combien sont-ils à enseigner lorsqu’ils se montrent ? Rares. Lisez. Édifiant. Sens strict.


Le sens de ma vie, de Romain Gary – Entretien, Folio, 108 pages.

Le sens de ma vie: Entretien

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Clair de femme, de Romain Gary, Folio.

Et toujours : Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés, de François Kasbi. Éditions de Paris-Max Chaleil, 596 pages.

«Vous êtes des drôles!»

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Hier, lors de sa conférence de presse, le président Macron semblait dire aux Français qu’il faut arrêter la déconne maintenant… « Vous êtes des drôles ! » a-t-il lancé aux journalistes qui lui demandaient s’il était susceptible de démissionner ou de nommer Jordan Bardella à Matignon. Le chef de l’Etat entend faire des élections législatives anticipées une grande « clarification ».


Décidemment, la parole présidentielle n’imprime plus. Au point que la journée d’hier a vite classé au rang d’évènement insignifiant, la prise de parole d’Emmanuel Macron. Il faut dire que l’homme n’apprend rien du réel et que cette intervention était, une fois de plus, déconnectée. Le président venait dire qu’il avait entendu le pays, mais comme il le fait en recyclant des éléments de langage mille fois ressassés, toute sa prestation contredit son discours. Il ne peut plus mettre en scène une quelconque prise de conscience sans qu’elle ne renvoie à un autre sketch où il dit plus ou moins la même chose pour éteindre des feux qu’il a lui-même allumés. Cette accumulation de postures et de discours, dépourvus de toute réalisation conséquente, a tellement dévalorisé la parole présidentielle, qu’aujourd’hui l’attention se tourne vers les alternatives et que tous les scénarios deviennent crédibles. Et la question qui est finalement posée est bien celle de la capacité du président à se maintenir à son poste.

Panique à l’Elysée

Les listes n’ont pas été déposées pour les législatives, que déjà la pression est sur l’Elysée. On aurait pu donc s’attendre à ce stade à ce que la conférence du président de la République soit marquante. Après tout, s’il faut combattre à nouveau les ventres féconds d’où sortent les bêtes immondes, cette élection revêt une dimension épique et devrait tous nous interpeller. Mais le costume du nazisme et du fascisme apparait bien trop grand pour le RN actuel, et personne n’y croit plus. D’autant que l’on a vu le 7 octobre un exemple atroce de ce que la haine antisémite pouvait provoquer. Là, la violence fasciste n’était pas virtuelle. Eh bien la gauche a choisi de se rassembler autour du parti qui qualifie les tortionnaires qui ont commis ces horreurs de « résistants ». Les Français sont sommés de combattre un péril qui ne parait exister que pour permettre à des personnalités politiques, incapables de répondre aux attentes du pays, de conserver leurs postes et leurs pouvoirs.

Il faut dire aussi que la concurrence, hier, était rude, et que les adversaires d’Emmanuel Macron ont su saturer le champ médiatique. L’actualité avait bien plus croustillant à offrir aux téléspectateurs que la énième intervention trop longue d’un homme qui aime beaucoup s’écouter parler, même quand il n’a rien à dire. Couteaux tirés, exécutions sommaires, trahisons et coups bas, rebondissements inattendus… Oui : la vie politique nationale avait bien mieux à offrir à l’amateur de telenovelas qu’un dirigeant qui croit qu’en braquant les caméras sur lui, il tisse un lien avec le peuple. Comment lutter, face au vaudeville des LR, avec un Éric Ciotti, abandonné de tous et retranché dans ses bureaux après avoir viré tous les employés du siège ? Comment lutter, face à l’exécution d’Éric Zemmour par Marion Maréchal ? Lequel se retrouve lui aussi esseulé et retranché dans son QG… Comment lutter, contre la gauche qui fait disparaitre Raphaël Glucksmann de l’équation, pour expliquer toute honte bue, qu’elle va lutter contre le fascisme en s’alliant avec LFI, un parti à la dérive ?

Pour autant, quelques enseignements essentiels sont à tirer de cette intervention. Première remarque : notre président a arrêté de jouer au chef de guerre impétueux. Il a compris que ses discours autour de l’envoi de troupes en Ukraine et de participation à la guerre au sol inquiétaient les Français. Il a donc latéralisé la question de l’Ukraine. Ce qui était existentiel, il y a encore quelques jours, ne l’est plus. Autre point marquant, la tentative de faire d’une lame de fond, un simple incident de parcours. On assiste d’un côté à la montée d’un vote qui réclame que le pays reprenne son destin en main et demande aux dirigeants de protéger son mode de vie et son organisation sociale, le vote RN ; et de l’autre à la montée d’un vote communautariste et séparatiste, à dimension religieuse parfois, qui veut détruire les institutions et pour qui l’identité de la France est un repoussoir, le vote LFI, devenu celui de la gauche rassemblée. Il y a deux propositions de société qui s’affrontent en France. La contre-société portée par les islamistes et LFI n’est jamais évoquée, car c’est un repoussoir. Le projet de société qu’il porte est islamique et donc massivement rejeté. Voilà pourquoi la gauche mise tout sur la diabolisation du RN, cela lui permet de ne pas dire de quelle société elle compte bien accoucher. De l’autre, c’est un vote conservateur qui s’exprime. Les Français veulent conserver leur mode de vie et préserver leur contrat social. C’est ce qu’ils ont demandé à tous leurs dirigeants. Se sentant trahis par leur élite, ils se sont tournés vers le RN après avoir essayé tour à tour la droite, la gauche et la fusion technocratique des deux. C’est à ceux-là qu’Emmanuel Macron ne sait toujours pas s’adresser. Ces votes RN sont structurés par le sentiment que le bloc centriste, actuellement au pouvoir, évite de se confronter à cette scission sociale et ne choisit pas sa voie, alors que les deux propositions sont incompatibles et que l’alliance de LFI et des islamistes est une menace réelle pour notre société. Ce qui aboutit à fragiliser le contrat social et donne d’énormes marges de déstabilisation à ceux qui veulent le piétiner et ont commencé à le faire dans les écoles, à l’université, à l’hôpital, dans le monde du travail en général, mais aussi au sein des syndicats, des partis, d’associations… L’entrisme gauchisme et islamiste se voit, ses conséquences aussi ; demandez-le aux étudiants juifs par exemple. Mais dans le monde d’Emmanuel Macron, cela n’existe pas.

Démangeaison passagère ?

Ainsi le cœur du discours du président va s’organiser autour de cette assertion expliquant qu’il ne fallait pas confondre « l’expression d’une colère et la réponse aux problèmes du quotidien ». Comme si l’insécurité culturelle et sociale n’était qu’une démangeaison passagère. Avec Emmanuel Macron, on constate souvent ce curieux mélange de dramatisation et de recherche d’un ton complice en mode « il faut arrêter la déconne maintenant ». C’est un style de mépris assez original, puisqu’il consiste à considérer que le vote aux Européennes serait de l’ordre de l’enfantillage et pourrait être balayé d’un revers de main. Le peuple se serait donc défoulé, trouvant un exutoire dans ces élections, mais maintenant il faut redevenir sérieux. On est sur une élection nationale, un scrutin uninominal à deux tours, il faut rentrer à la maison et revoter Macron sinon ce sera le chaos. Le problème c’est que c’est la promesse qui est faite à chaque élection et à chaque crise. Or personne ne comprend encore comment Emmanuel Macron va répondre à des problématiques régaliennes et existentielles alors qu’il apparait de plus en plus comme un technocrate hors sol, incapable de donner consistance à un projet et à un horizon pour le pays.

Comme la gauche, il n’a pour seul viatique et seul discours politique, que la diabolisation de l’adversaire. Le pari est risqué. Mais il est jouable. D’abord parce que faute de programme et de projet, la gauche, le parti du président et LR n’ont d’autres choix que d’investir le champ de la lutte antifasciste et de « nazifier » le RN. Ils bénéficieront donc de l’amplification de cette logique par sa reprise sur différents terrains et par des bouches différentes. D’autant que chez LR, certains sont allés tellement loin dans la dénonciation de la démarche d’Éric Ciotti, qu’ils ne peuvent décemment abandonner le terrain de la lutte antifasciste. Le problème est que la posture devient de plus en plus ridicule et résiste mal aux faits. Elle est surtout remise en cause par un certain nombre d’électeurs.

Ceci étant dit, le chaos politique, au terme de ce qui est déjà un jeu de dupes et non un exercice de clarification, est une des hypothèses probables. Si le pari présidentiel de se constituer une forme de majorité élargie échoue, les autres hypothèses représentent un sacré saut dans l’inconnu. D’abord parce que si le RN arrive en tête, on ne voit pas comment, après avoir expliqué que c’était l’horreur absolue, le président accepterait de gouverner avec les rejetons du démon. D’autant que lorsque l’on dit « moi ou le chaos » et que les électeurs répondent : « OK pour le chaos », il est difficile de rester tant le désaveu est profond. Si on ressort avec une chambre ingouvernable, divisée en trois tiers, un tiers LFI et ses supplétifs, un tiers RN et un tiers « bloc centriste », le président sera à la fois impuissant, empêché et désavoué ; et la crise, patente. La pression sera alors maximale sur l’Elysée. La dernière hypothèse est la pire, c’est la victoire de LFI. Ce sera une victoire de LFI et non de la gauche car dans une coalition, c’est toujours le plus radical qui impose ses thèmes et ses manières. Le croupion PS et EELV n’est venu que pour sauver ses postes. Ils les auront et se tairont. Une victoire de LFI pourrait annoncer les débuts d’affrontements sociétaux importants. En effet, alors que la France a massivement basculé à droite sur des thèmes qui sont exactement à l’opposé des revendications de LFI, la division de la droite et l’affaiblissement du camp présidentiel amèneraient à une victoire en trompe-l’œil au parlement. Une victoire qui leur donnerait le pouvoir… mais aucune légitimité pour l’exercer et qui effraierait une bonne partie du pays. Sans compter une probable décompensation des quartiers islamisés. Car cette gauche-là n’a rien de populaire et lorsqu’elle parle des « quartiers populaires », elle fait référence aux banlieues islamisées, biberonnées à l’islam politique, à la haine du Blanc et qui accusent la France d’être complice d’un « génocide ».

La conférence de presse du président n’a pu que renforcer toutes ces inquiétudes. L’homme n’a pris aucune hauteur et a développé des propositions pour lesquelles il a démontré son incapacité à agir depuis sept ans. Sa sortie mal calibrée sur la laïcité en témoignait. Le tout en étant souvent dans l’outrance et le manichéisme concernant ses opposants. Il n’est même pas conscient qu’il fait partie du problème et que plus il parle, plus il exaspère. Le problème, c’est que le président a choisi de précipiter la crise alors qu’il n’y a quasiment aucune chance d’en sortir par le haut. Personne ne lui a donc dit que pisser sur une fourmilière n’est pas la meilleure manière de réguler l’activité de la structure et d’envoyer un message de protection à ses habitants ?


Elisabeth Lévy : « Emmanuel Macron est incapable de reconnaître ses responsabilités »

Il a poussé le bouchon un peu loin, Meurice

Mauvaise blague du jour: son premier avertissement aurait dû lui mettre le prépuce à l’oreille… Viré de France inter après avoir répété à l’antenne sa blague à connotation antisémite sur le Premier ministre israélien, le comique gauchiste Guillaume Meurice se victimise et affirme que « l’extrême droite » a remporté une « victoire idéologique » dans cette terrible affaire. En réalité, la radio l’a renvoyé pour « déloyauté répétée ». Depuis, LFI lui prédit un destin politique


Ainsi, Madame France Inter a tranché. Le comique lève-tôt Guillaume Meurice, viré! Notez bien, je vous prie, que j’emploie le mot « comique » et non « humoriste ». Je tiens à marquer par-là que ce n’est pas la même chose, mais alors pas du tout.

Pourvu qu’on ait l’ivresse…

Selon moi, ça marche dans ce domaine comme pour le vin. Il y a le grand cru – l’humoriste vrai, style Devos par exemple – il y a ce que le regretté Jean Carmet appelait le vin de soif (et Dieu sait qu’il s’y connaissait !), et il y a le gros qui tâche. Meurice est à chercher plutôt dans le dernier flacon.

À lire aussi: Bonnamy/Vermeren: Islamo-gauchisme, bilan d’étape

D’ailleurs, étant assez peu familier des usages en vigueur à France Inter, j’ai d’abord pensé que l’intéressé s’était fait éjecter pour manquement ou faute professionnelle grave. Du genre: vous n’êtes pas drôle alors que votre fonction est de l’être. Viré pour incompétence, en vérité. Il faut dire à sa décharge que, à France Inter, dans la catégorie pitres qui s’ignorent, la concurrence est plutôt rude. Tous plus tordants les uns que les autres, sauf ceux qui ont mission de l’être, justement.

C’est du brutal!

Je me trompais. Ce n’est pas pour ne pas avoir été capable de rivaliser sur ce chapitre avec les tauliers de la matinale, les prédicateurs et porteurs de la bonne parole qu’il est saqué, mais pour avoir balancé à l’antenne une saloperie un peu gluante, un peu glauque, qualifiant sans vergogne le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou de « nazi sans prépuce », ceci à la suite de la riposte de l’État hébreu contre les terroristes du Hamas.

À lire aussi, Didier Desrimais: Du pluralisme dans les médias? Oui, mais pas n’importe comment…

Enfin victime !

Du très lourdingue, du brutal, comme dirait Blier dans Audiard. Mais non, pour l’impayable Meurice, le brutal est à dénicher ailleurs, dans la décision de son employeur. Son licenciement. Car il ose à présent venir chouiner sur son sort, bien sûr. Il n’allait tout de même pas rater une si belle occasion de se poser en victime, voyons. Victime, enfin victime ! Fort heureusement, du côté de LFI on se précipite pour voler à son secours. François Ruffin, se voyant déjà en commissaire politique en charge de l’audiovisuel, affirme qu’il le réembaucherait dès son entrée en fonction. Quant à Manon Aubry, elle estime que ce désopilant garçon ferait… un excellent député. Rien que cela ! Comme si à LFI, on était en pénurie de bouffons !

Dans l'oreille du cyclone

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Adresse à toutes les honnêtes gens contre l’ultragauche!

En vue des élections législatives anticipées, les futures alliances se négocient avec intensité par les différents partis. Qui aura la plus grosse part du gâteau dans ce climat démocratique tendu ?


Qu’on se rassure : il ne s’agit pas de l’injonction christique « aimez-vous les uns les autres » qu’au demeurant je ne cultive pas assez. Toutefois il me semble que, si la vie politique est passionnante en même temps que problématique depuis la déroute du camp présidentiel au soir du 9 juin et la décision (concoctée de longue date) d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée nationale, le climat démocratique, lui, est très angoissant. Le président de la République a surpris tout le monde, jouant le destin de la France à pile ou face, espérant, contre toute attente, faire triompher sa cause le 7 juillet avec un enthousiasme, paraît-il, roboratif. S’agit-il, chez lui, d’un sentiment sincère ou d’une volonté de donner le change ? Après avoir placé sa majorité relative dans un extrême péril, cherche-t-il à la persuader que rien n’est perdu, que tout reste ouvert ?
Ce qui se déroule depuis le 9 juin, les bouleversements, les alliances, les trahisons et les controverses, les unions étranges et les revirements inattendus, compose un paysage infiniment plus révélateur que celui que le prétendu dépassement de la gauche et de la droite, en 2017, a semblé créer. Aujourd’hui, c’est comme si une politique de non-dits avait volé en éclats, à droite comme à gauche, et dans les extrémités de ces deux équilibres contrastés.

Bipolarisation de la vie politique aux extrêmes, et quelques compromis…

Comme citoyen qui aspirais, de l’autre côté de ses convictions, à la résurrection d’un gauche authentiquement social-démocrate grâce à la campagne courageuse et digne de Raphaël Glucksmann, j’ai été déçu, malgré sa résistance, par la nouvelle alliance, qu’on la baptise Nupes ou Front populaire, avec LFI qui avait été jugée indigne à cause de sa propension à un antisémitisme assumé, jamais questionné. Je crains fort que croyant faire sortir la personnalité écrasante de Jean-Luc Mélenchon du jeu, on ne lui permette tôt ou tard d’y revenir parce qu’il y a peu de talents tempétueux comme le sien et que François Ruffin est l’un de ces audacieux intermittents qui ont le verbe haut seulement à l’extérieur de leur parti. Ainsi, à gauche et à l’extrême gauche, sauver les sièges ou en gagner d’autres est dominant par rapport au fait d’avoir de l’allure, de se tenir bien, de faire prévaloir ses principes sur ses intérêts.
Je n’oublie pas le séisme qui, selon certains, s’est produit à la suite de la déclaration nullement concertée d’Eric Ciotti, le président de LR, le 11 juin sur TF1. Celui-ci, prenant acte d’une tripolarisation de l’Assemblée nationale a, pour tenter de sauver et d’augmenter le nombre de députés de la droite républicaine, entre le macronisme et la gauche, proposé une alliance avec le RN en estimant que rien de fondamental ne les séparait.

A lire aussi : Pour l’union des droites!

Il a été très largement désavoué tant au Sénat que par les députés LR et ses conseillers proches. Sur un mode, de la part de certains, grossier, avec une virulence qui sans doute cherchait à masquer des tentations latentes. On peut reprocher à Eric Ciotti son intervention à la fois solitaire et en contradiction avec ce qu’il avait toujours affirmé, mais il n’empêche que son pavé dans la mare politique a révélé la nécessité d’un débat sur lequel il serait urgent de faire se prononcer les militants LR, comme l’a demandé très justement Xavier Bertrand.
Cela fait des années que l’on tourne autour de cette question dont la solution aurait pu se trouver du côté de François Mitterrand qui n’a pas eu tant de scrupules quand il s’est agi d’organiser l’union de la gauche avec le parti communiste. À cette interrogation, la droite a donné des réponses soit pragmatiques (personne n’en veut et surtout pas Marine Le Pen) soit éthiques (le rapprochement serait indigne, assimilable à Munich comme l’a affirmé avec tant de nuance Gérald Darmanin !).

Le président de la République ne démissionnera pas, il restera jusqu’au bout

Sur le plan des programmes, une similitude presque absolue existe pour la sphère régalienne, contre le macronisme mou, dans les domaines de la sécurité, de la justice, de l’immigration et des frontières. En revanche, pour tout le reste qui peut apparaître essentiel même si le RN a gagné surtout sur le plan annoncé de l’autorité et de la rigueur, les différences sont en effet considérables. Eric Ciotti peut être vigoureusement contredit mais les nombreux transfuges qui l’ont invectivé sont plus comiques que convaincants1. Ces ministres de droite ayant rejoint le macronisme se rendent-ils compte que c’est leur camp qui sous l’égide d’un président fluctuant, a directement suscité le triomphe du 9 juin pour le RN ? Ces chefs à plumes LR sont-ils si persuadés d’avoir donné de la droite une superbe image ces dernières années, pour se permettre ces leçons de morale à Eric Ciotti dont par ailleurs je n’ai jamais surestimé la réussite à la présidence ?

A lire aussi : Antifascisme, c’est reparti !

J’ai opposé l’effervescence politique au climat démocratique lamentable depuis les résultats incontestables du 9 juin. Il était déjà largement dégradé lors de la campagne des européennes et depuis, en fait, la majorité relative à l’Assemblée nationale. La représentation nationale, une honte quasiment quotidienne.

Tous les soirs, des manifestations où l’ultragauche est dominante créent du désordre, de la violence, s’en prennent aux forces de l’ordre pour subvertir encore davantage une atmosphère déjà lourde. Elles prétendent combattre le RN alors qu’en réalité elles ne supportent pas la démocratie qui, scandale absolu pour leur idéologie et leur prurit révolutionnaire, a pratiquement donné la majorité à Jordan Bardella partout en France, ce qui ne s’est jamais vu.

J’éprouve une véritable angoisse à l’idée du 8 juillet quand les élections législatives auront livré leur verdict. En criant de manière délirante au fascisme, on attise les haines. En refusant les enseignements éclatants de la démocratie, on mettra la France à feu et à sang. En confondant la vie politique intense et les disputes républicaines avec la vulgarité du langage, le mépris de ceux qui pensent autrement et la passion de la violence, on abîme notre France. Le président de la République ne démissionnera pas, il restera jusqu’au bout. Je songe à Raphaël Glucksmann qui réclamait « une éthique démocratique ». Vaste et belle entreprise ! Avant, que tous les honnêtes gens, tous les citoyens de bonne volonté se réunissent pour favoriser, face à la légitime et contradictoire dispute politique, la paix de la démocratie.

Le Mur des cons

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La France en miettes (Documents)

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Le RN, plus gaulliste que Les Républicains?

S’adressant aux militants de son parti, Éric Ciotti écrit : « En ouvrant la voie à une alliance capable de rassembler tous les Français qui partagent de vraies valeurs de droite, je sais que j’ai porté la voix d’une majorité d’entre vous ». Ce matin, il avait fait fermer les portes du siège des LR et donné ordre aux permanents de quitter les lieux à 12 heures. Parmi les LR les plus outragés, on trouve en réalité des citoyens français dont le gaullisme est tout relatif… Analyse.


À quelques jours du 18 juin, en plein séisme politique, et alors qu’Éric Ciotti appelle à une alliance du Rassemblement national avec son propre parti, il est de bon ton, semble-t-il, de se réclamer du gaullisme, — mot magique en France ! —, principalement pour se donner bonne conscience et justifier toutes les outrances, les injures même, proférées contre le plus courageux, le plus honnête et le plus intelligent des Républicains.

« Le gaullisme, c’est d’abord un homme »

Conséquence immédiate de la chute du niveau scolaire ? — nul ne paraît vraiment connaître De Gaulle précisément, et chacun se réclame de sa pensée comme si elle était la bonne, la juste, la vraie, celle qui insuffla l’esprit de résistance, contre l’autre aux relents totalitaires. Mais au fait, parmi ceux de nos politiques se prévalant de l’esprit gaulliste, pour rejeter par principe (et sans autre argument) tout accord avec le RN, combien seraient capables de justifier les liens troubles du général avec l’Action Française ?… Surtout, combien ont lu ses Mémoires, et la passion de la France qui s’y déploie, par-dessus tous sentiments, tous partis, et parfois toute morale ?… s’il vivait aujourd’hui, ceux-là mêmes qui pensent assumer son héritage élèveraient contre lui le cordon sanitaire, afin de s’en protéger !

De Gaulle en vérité, tel Bonaparte avec qui on l’associe parfois, caractère d’une époque plutôt qu’intemporel théoricien, est principalement réductible aux circonstances particulières qui le firent agir. « Le gaullisme, c’est d’abord un homme », affirmait à la radio l’historien Arthur Chevallier le 20 mars dernier, avant de rappeler les dangers d’un élargissement de sa pensée trop systématique.

A lire aussi: Causeur #124: Contre le maccarthysme MeToo. Fanny Ardant: «Pour l’honneur de Roman Polanski»

S’il fallait pourtant définir le gaullisme absolument, il tiendrait en trois mots, qui constituent également la matrice de l’incipit fameux de L’Appel, premier tome des Mémoires : ce serait donc, d’abord et avant tout, « une certaine idée de la France. » Cette idée, plus précisément, c’est la France ne pouvant s’épanouir qu’au premier rang ; c’est la France devant demeurer grande sous peine de danger de mort, car « seules de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même ». De Gaulle, dans la lignée de nos rois de France, de Richelieu ou de Bonaparte, avait parfaitement assimilé l’histoire de son pays, histoire d’un peuple divisé fier au-delà de tout, qui se délite avec le déclassement de ses élites, et que seule une centralisation égalisatrice permet de contenir ; c’est pourquoi le premier président de la Cinquième République ne dissociait pas la grandeur de notre patrie, de son unité.

Des LR outragés dont le gaullisme est tout relatif

Pour la grandeur de la France et pour son unité, De Gaulle était prêt à tout : témoin ce qu’il fit pendant la guerre ! Plusieurs fois, il refusa de céder aux conditions que ses alliés espéraient lui imposer, au risque de les perdre irrémédiablement — parce que ces conditions touchaient à l’indépendance même de son pays. Et lorsqu’il fallut s’allier avec la Russie de Staline, pour sauvegarder les intérêts de la nation, il n’hésita pas.

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Or, qui porte aujourd’hui un discours vraiment patriotique ? Qui ose encore se proclamer nationaliste, et préfère sans ambiguïté à l’Europe fédérale l’Europe des Nations ? Qui s’inquiète de la disparition de l’identité française, et de la submersion migratoire ? Qui s’émeut d’une division civilisationnelle sur notre propre sol ? Qui désire le plus ardemment que la France retrouve la place qui devrait être la sienne, au premier rang ?

Jadis Marie-France Garaud, décédée récemment, ou Philippe Séguin ; aujourd’hui, force est de le constater, les partis du Rassemblement national, de Reconquête, et maintenant Éric Ciotti avec ceux qui le suivront, plutôt que ces Républicains outragés dont le gaullisme est tout relatif, parce qu’ils associent le nationalisme à la guerre, et préfèrent, aux alliances stratégiques, des déclarations de principe héritées des élucubrations de la gauche mitterrandienne.

Messieurs les Républicains, lisez donc, ou relisez les Mémoires du général De Gaulle ; et si, comme Emmanuel Macron, vous pensez toujours que Nicolas Sarkozy est l’héritier de De Gaulle, et que le RN, d’extrême-droite, n’est pas la droite républicaine, rejoignez les rangs de Renaissance, ce parti atlantiste, anti-national et multiculturaliste : promis, on vous y accueillera les bras grands ouverts !

Charles de Gaulle : Mémoires

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Journée de dupes!

La gauche s’unit malgré ses désaccords abyssaux. Il semble que pour Olivier Faure et tous les autres, l’antisémitisme soit un point de détail. Et la droite, en dépit de ses accords, est incapable de se rassembler. Les chapeaux à plume LR roulent des biscotos, mais se soucient plus de ce qu’on dit sur France Inter que des attentes de leurs électeurs et de l’avenir du pays. « La droite la plus bête du monde », s’agace Elisabeth Lévy.


Visiblement, je n’ai pas été entendue : le cordon sanitaire existe toujours ! Nous avons vécu hier une journée de dupes. La gauche se rassemble malgré ses divergences abyssales. Et la droite se désunit malgré ses convergences évidentes.

Depuis le 7 octobre, on sait que l’antisémitisme (marqueur historique de l’extrême droite) ou la complaisance avec l’antisémitisme voire le terrorisme n’est plus au Rassemblement national mais chez LFI – du moins, chez certains LFI. Mais comme l’a dit hier un auditeur de Sud Radio, pour Olivier Faure, Carole Delga et les autres, c’est un point de détail ! Même Jérôme Guedj se tait prudemment. Soutiendra-t-il demain David Guiraud ou Danielle Obono ?

D’après Le Monde[1], dans les réunions de crise de la gauche, les objections de Raphaël Glucksmann ont été balayées comme des postures morales. Et la morale, c’est bon pour les autres… 

Antifascisme de carnaval

Le pire, c’est qu’ils remportent la mise. Les partis de gauche parviennent à mobiliser les plus nigauds de leurs électeurs, heureux de retrouver leurs vieux réflexes anti-RN. Les lycéens braillards se prennent pour Jean Moulin. Des milliers de manifestants prétendent sauver la démocratie en saccageant, en arrachant un drapeau français à Nantes, en cassant, en brulant, et personne ne moufte. Il y a même fort peu d’informations sur ces sujets dans les journaux.

À lire aussi, Ivan Rioufol: Dissolution: les parias d’hier appelés à écrire l’histoire?

De plus, les stupéfiantes leçons de maintien de la gauche intimident encore une grande partie de la droite. Dès qu’Éric Ciotti a annoncé vouloir conclure un accord avec le RN, les éléments de langage des années 80 ont été ressortis. Comme si nous étions encore du temps de Jean-Marie Le Pen, comme si rien n’avait changé. Accord de la honte, heures les plus sombres… Plus l’usage l’obsessionnel du signifiant « extrême droite », qui ne veut plus rien dire mais effarouche le bourgeois.

Le retour de la bête immonde? Non: le retour de la droite la plus bête du monde!

Et on a entendu exactement les mêmes choses à droite. On se souvient que le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin trouvait Marine Le Pen trop molle lors d’un débat ; il ose aujourd’hui parler de « Munich ». Traduction : Jordan Bardella, c’est Hitler. Tout en nuance ! Et les LR cèdent au chantage. Cette droite indécrottable veut être aimée de la gauche et des médias qui délivrent les brevets de respectabilité. Si on peut évidemment être en désaccord avec les propositions du RN, il n’y a en réalité aucun dérapage à reprocher à Marine Le Pen, mais l’étalage de vertu continue malgré tout. « Regardez comme je suis héroïque, puisque je suis anti-RN ». C’est tellement agréable !

À lire aussi, Céline Pina et Jean-Baptiste Roques: Eric Ciotti coupe le cordon sanitaire: la droite sens dessus dessous

Si quelques députés de droite, soucieux de leur réélection et/ou des attentes des électeurs plutôt unionistes, suivent M. Ciotti, tous les chefs à plume, qui, à court terme, ne risquent rien au Sénat ou dans leur région, s’indignent avec fracas. C’est oublier que les électeurs (et beaucoup des leurs, sans aucun doute) ont placé Jordan Bardella en tête. Bref, les caciques LR regardent l’histoire passer. Avec cette logique suicidaire, leur parti finira par mourir et pas dans la dignité.

Bilan de la journée d’hier : le RN ne veut pas de « Reconquête ! ». LR ne veut pas du RN. Alors que la droite souverainiste est pratiquement majoritaire, Emmanuel Macron pourrait gagner son pari. Ou pire, cette gauche qui est, elle, réellement déshonorée, pourrait gagner. Alors, oui, il flotte un parfum des années 80 au-dessus de la politique française. Et nous avons vraiment la droite la plus bête du monde.


Retrouvez Elisabeth Lévy du lundi au jeudi dans la matinale de Sud Radio


[1] https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/06/11/la-gauche-se-met-d-accord-sur-un-nouveau-front-populaire-pour-les-elections-legislatives_6238588_823448.html

Françafrique: un trône qui gêne?

Les remous médiatiques, provoqués par la vente aux enchères de la réplique du trône de Jean-Bedel Bokassa au château d’Artigny, font remonter à la surface des souvenirs que la République tentait désespérément d’oublier. De l’opération Caban à l’affaire des diamants, la cession de l’objet fait ressurgir un sujet qui fâche dans les hautes sphères: le passé colonial de la France.


Le 26 mai a eu lieu une vente aux enchères qui évoque le « temps béni des colonies », pour paraphraser la chanson de Michel Sardou.

Organisée par la Maison Rouillac au château d’Artigny, en Indre-et-Loire, elle a mis en vente la réplique d’un trône françafricain : celui de Jean-Bedel Bokassa, dont le sacre néo-napoléonien avait coûté des millions d’euros à Paris en 1977. Sculpté dans de l’acajou massif et doré à la feuille, cette copie, représentant un aigle aux ailes déployées, mesure trois mètres de haut et 3,5 mètres de large. Le trône a été réalisé dans les ateliers de Rémi Le Forestier, spécialiste de ce type d’objets, qu’il expose dans des lieux prestigieux.

Fils de l’Empereur, ancien ministre et député, Jean-Serge Bokassa estime que ce trône devrait être exposé dans un musée consacré à l’histoire du Centrafrique qui fera la part belle à son père, dont le règne a été réhabilité. Face à l’anarchie qui règne dans l’ancienne colonie française d’Oubangui-Chari, l’opinion centrafricaine préfère désormais voiler les aspects dictatoriaux de l’ancien régime et se souvenir d’une présidence symbole de paix et de prospérité. Si de son côté, il feint d’ignorer la vente, il est peu probable que le gouvernement français apprécie l’engouement médiatique généré autour de cette réplique, qui lui rappelle un passé que la France s’efforce de gommer, surtout dans le contexte actuel de rivalité avec la Russie, désormais influente dans le pays.

A lire aussi : Emmanuel Macron: c’est sa faute, sa très grande faute…

Installé dans les ruines de Berengo, l’ancien palais de celui qui avait été surnommé « l’Ogre centrafricain », le groupe paramilitaire Wagner affirme, selon le site d’informations Corbeau News, qui suit attentivement les activités des « vurú » (Blancs) de Moscou dans le pays, que cette réplique serait en réalité l’original dérobé par Paris. Une référence évidente à l’opération Barracuda lancée par l’Élysée, qui a mis fin au règne de Papa Bok’ deux ans après son somptueux couronnement afin de le remplacer par son cousin David Dacko. L’abus de vodka et les pannes de climatiseurs faisant oublier à Wagner que le vrai trône rouille pourtant dans une cour du ministère centrafricain de la Culture.

La vente a été curieusement associée à une autre pièce emblématique des frasques de la République : le scooter utilisé par le président François Hollande pour ses relations extra-conjugales. De quoi démontrer que l’histoire française n’a pas toujours su mêler majesté et discrétion politique !

Gaza: le Hamas est-il «antifa»?

La convergence des luttes entre mouvements antifas et propalestiniens est ancienne. La nouveauté, c’est que même dans ces groupuscules le niveau baisse. Dépourvus de connaissances politiques et culturelles, ces hérauts de la bonne cause considèrent le pogrom du 7 octobre comme une glorieuse action antifasciste.


L’immeuble se trouve – ça ne s’invente pas – rue Voltaire, à Paris. Sous le nom de « Centre international de culture populaire », il sert de quartier général à plusieurs groupuscules politiques radicaux de la capitale. C’est là, sous le même toit, que les antifas du réseau Scalp-Reflexes cohabitèrent jadis avec les militants, pour certains proches des islamistes, de l’association Génération Palestine (qui occupe toujours les lieux). L’endroit symbolise de façon éclatante la vieille connivence entre les antifas et les milieux propalestiniens en France, qui se traduit à présent par un soutien commun au Hamas.

Ainsi l’Action antifasciste Paris-Banlieue, le plus célèbre des groupes antifas français (dont les membres ont aussi fréquenté la rue Voltaire), a-t-il applaudi au 7 octobre, en tweetant notamment, le jour même : « Il ne faudra pas rentrer dans des inversions accusatoires : les responsables ce sont les colons qui tuent et pillent. »

« On va vous faire comme à Ilan Halimi »

Génération Palestine n’est pas davantage un mouvement modéré. Il faut dire qu’il s’est fait connaître il y a une quinzaine d’années en organisant des rassemblements antisionistes devant le Bataclan. Dès 2007, il appelait au boycott de l’établissement, accusant ses propriétaires de se rendre « complices de la politique israélienne » au motif qu’ils avaient accueilli dans leurs murs des galas de soutien aux œuvres sociales de Tsahal.

A lire aussi : L’antisémitisme en Belgique à son plus haut niveau

En 2015, le Bataclan est ciblé par la pire attaque terroriste jamais commise sur le sol français. Une enquête de la DCRI, révélée par Le Canard enchaîné, montrera que « le choix s’est porté sur ce lieu en raison de manifestations de soutien et de collectes de fonds réalisées au profit de la communauté juive ». Bien sûr, il serait diffamatoire de tenir Génération Palestine pour responsable des actions barbares d’un groupe djihadiste. Reste un certain malaise face à cette singulière convergence des luttes.

En 2012, Génération Palestine défraie la chronique quand l’un de ses militants, armé d’un nunchaku, agresse deux jeunes juifs en train de coller des affiches boulevard Voltaire à Paris pour commémorer la mort d’Ilan Halimi. Les deux victimes, mineures à l’époque, trouvent alors refuge dans une agence de voyages. Ce qui donne le temps à d’autres militants, des deux camps opposés, de venir en renfort. S’ensuit une bataille de chaises devant un restaurant cacher. Au cours de la bagarre, un des jeunes « propalestiniens » laisse échapper : « On va vous faire comme à Ilan Halimi. » Un autre lance au propriétaire du restaurant : « Sur la vie de ma mère, on va descendre pour casser tous les magasins feujs. » Les propos incriminés seront cités lors du procès et reconnus par leurs auteurs.

Conférence au Centre international de culture populaire, rue Voltaire à Paris. D.R.

Comment la gauche accepte-t-elle de telles compromissions ?

Mais revenons dans les locaux de la rue Voltaire. Certes, tout le monde là-bas n’est pas d’accord pour tendre la main aux barbus. On l’a vu notamment le jour où Abdelhakim Sefrioui, un islamiste appartenant au collectif Cheikh Yassine (depuis mis en examen dans le cadre de l’assassinat de Samuel Paty), s’est présenté devant les locaux, entouré de deux acolytes (dont le garde du corps de Dieudonné) et s’y est vu interdire l’accès par plusieurs antifas sincèrement révulsés par son antisémitisme affiché.

Mais cet incident n’empêche pas d’autres compagnons de route de l’islam politique, comme Omar Somi, jadis dirigeant de Génération Palestine, et aujourd’hui à la tête du collectif Urgence Palestine, d’avoir toujours leurs habitudes dans l’immeuble, comme le confirme une récente enquête de Livre noir. Preuve des liens féconds qui continuent de se tisser sur place, Urgence Palestine s’est d’ailleurs récemment joint à l’appel lancé par l’Action antifasciste Paris-Banlieue contre une (groupusculaire) manifestation néofasciste organisée à Paris le 11 mai. Un appel également cosigné par La France insoumise.

A lire aussi : L’antisémitisme, est-ce normal? Non, c’est Normalien!

Comment l’extrême gauche accepte-t-elle de telles compromissions ? La première explication tient au clientélisme électoral de La France insoumise. Mais il faut aussi souligner la dramatique baisse de niveau au sein de la mouvance antifa. Des journaux tels que Ras l’Front ou la revue Reflexes, dotés chacun d’une vraie colonne vertébrale politique, n’existent plus. Une nouvelle génération, parfois issue du monde des supporters de football, est apparue. Parce qu’incultes, ses militants sont plus facilement enclins à fantasmer le Hamas comme le porte-étendard de la « résistance antifasciste ».

La Jeune Garde, animée par Raphaël Arnault, est la parfaite caricature de ce déclin intellectuel

Un groupe comme la Jeune Garde, animée par Raphaël Arnault, un antifa parfois vu au côté de Jean-Luc Mélenchon dans les cortèges, est la parfaite caricature de ce déclin intellectuel. Rien à voir avec leurs alliés islamistes, à l’esprit autrement plus subtil. Par exemple Houria Bouteldja, qui, dans un essai en 2016 (Les Blancs, les Juifs et nous, La Fabrique) dit toute sa reconnaissance envers de véritables penseurs comme René Monzat, figure tutélaire des antifas, ou Jean Genet, qu’elle apprécie, dit-elle, car « il s’en fout d’Hitler ». Le même Genet dont le député LFI David Guiraud recommandait chaudement, sur Twitter, le 11 novembre dernier, la lecture de « Quatre heures à Chatila » (1983)…

A lire aussi : Défendre Israël, est-ce le devoir de l’ « homme blanc »?

Guiraud a raison. Il faut lire « Quatre heures à Chatila ». Dans ce texte, l’auteur s’en prend sans détour au peuple juif et à son « pouvoir temporel exécrable, colonisateur comme on ne l’ose plus guère, devenu l’Instance Définitive qu’il doit à sa longue malédiction autant qu’à son élection. Dans ce pouvoir exécrable il s’enfonce tellement loin qu’on peut se demander, une fois de plus dans son histoire, s’il ne veut pas, méritant l’unanime condamnation, retrouver son destin de peuple errant, humilié, au pouvoir souterrain.[1] »

Rédigées il y a quarante ans, ces lignes résument parfaitement l’idée faussement progressiste et vraiment criminelle selon laquelle chaque juif serait coupable par essence. On touche ici au cœur du nouvel antisémitisme de gauche, qui considère le pogrom du 7 octobre comme une glorieuse action « antifasciste ».


[1]« Quatre heures à Chatila », in Jean Genet, L’Ennemi déclaré : textes et entretiens choisis 1970-1983 (éd. Albert Dichy), « x Folio », Gallimard, 2010, p. 287.

Elle est partie quand même

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Comment lui dire adieu…


« Comment te dire adieu ». En ce soir de juin 2024, je ne savais pas (on ne sait jamais rien), qu’il faudrait que je vous dise adieu. A mon grand étonnement, mes larmes ne cessent de couler. Oh non. Pas parce que les années 60 ne seront plus bientôt qu’un lointain souvenir, mais simplement parce que nous ne nous rendions pas compte à quel point vous avez fait partie de nos vies. De ma vie, et mes souvenirs me font de la peine, car je ne sais pas où la vie me mène… On pourrait écrire une chronique entière rien qu’avec les paroles de vos chansons. Celles écrites par les plus grands (Gainsbourg, Berger), et celles écrites par vous, sur le tard. Comme Barbara, vous saviez que l’amour ne dure pas, et qu’il vaut mieux partir au plus beau : « Partir quand même, pendant qu’il dort, pendant qu’il rêve, et qu’il est temps encore »… En faisant le tour des réseaux sociaux, où chacun fait part de sa peine, on redécouvre que vous aviez écrit aussi pour d’autres chanteuses, comme Diane Tell (« Faire à nouveau connaissance »). Car les mots, ceux des autres, les vôtres, étaient votre pays, votre refuge lorsque la vie était méchante avec vous, pour paraphraser Romy dans Sissi. Et ils vous le rendaient bien. Vous aviez fait connaître au grand public, cet immense poète qu’était Aragon. Comme vous, il pensait qu’il n’y « a pas d’amour heureux » : Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard/ Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l’unisson/ Ce qu’il faut de regrets pour payer un frisson/ Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson/ Ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare… Vos amours furent, à votre image, longues et connues de tous ; on dit que Mick Jagger et Bob Dylan étaient dingues de vous, mais vous aviez l’air de vous en foutre. Vous n’aviez d’yeux que pour l’autre grand Jacques… Pourtant, il vous en a fait voir, vous ne vous en cachiez pas. Mais vous l’aimiez, même si vous saviez, plus que nous tous, qu’il n’y a pas d’amour heureux. Le public pense ce soir, bien sûr, à lui et à votre fils Thomas, qui a annoncé votre mort, à 80 ans, car vous aimiez faire les choses bien. Et nous, en cette nuit, nous avons envie de vous laisser sur un peu de gaieté, car on n’y pense pas assez, vous concernant : « C’est le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure. Car le temps de l’amour, c’est long et c’est court, ça dure toujours, on s’en souvient. »


Les raisons d’un succès

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Jordan Bardella prend des photos avec ses militants, Perpignan, 1er mai 2024 © Alain ROBERT/SIPA

Le succès dans les urnes du Rassemblement national, dimanche dernier, est l’illustration d’un puissant ras-le-bol populaire vis-à-vis des élites des métropoles, sourdes aux angoisses identitaires, ayant bazardé l’assimilation à la française dans la mondialisation. Ce n’est pas le grand retour de la « bête immonde » ou un vote majoritairement raciste.


La France raciste. L’extrême-droite de Zemmour et Le Pen voudrait chasser tous les musulmans de France. Quand ils ne sont pas victimes de discriminations en raison de leur religion ou de leur couleur de peau, on leur refuserait l’accès à une citoyenneté pleine et entière parce qu’ils sont noirs, arabes ou musulmans. Ils seraient les victimes, les boucs émissaires désignés d’une France malade de peur et de haine. Victimes, mon œil ! Maintenant, ça suffit cette plaisanterie. La France est un des pays les moins racistes du monde et déjà certainement moins que les pays du Maghreb. Parlez-en aux noirs qui vivent au Maroc, en Algérie, en Tunisie ! Quand ils ne sont pas expulsés manu militari dans le désert sans eau ni nourriture, ils sont harcelés, méprisés, réellement discriminés.

Les Français de branche sont toujours les bienvenus

Les Français veulent bien vivre avec des gens qui ont une autre couleur de peau et une autre origine. La France le fait depuis longtemps. Elle assimile. Mais elle ne veut pas qu’on importe des mœurs étrangères à sa civilisation. Elle ne veut pas de racistes, d’antisémites, de sexistes, d’homophobes, de fanatiques de la Charia, de criminels et d’assassins sans cœur. Elle ne veut pas être méprisée. Elle veut être aimée. Ceux qui l’aiment et la respectent, elle leur retourne son amour. Ils le savent bien ceux qui ont adopté la France sans nullement renier ce qu’ils étaient, ces Français de cœur et de branche et qui veulent faire souche comme d’autres l’ont fait avant eux. Ils sont heureux en France et ils savent qu’ils peuvent réussir une belle vie, à égalité avec leurs compatriotes, de même milieu social. Parfois, c’est sûr, il y a des frottements, des méprises, des malentendus mais il y en a aussi pour d’autres Français « de souche », manants d’un monde qui prétend qu’il n’a plus besoin d’eux : paysans, ouvriers, employés chassés des métropoles et des villes centres, sans accès véritable aux transports urbains, aux logements et aux emplois de ces métropoles.

A lire aussi, Paul Rafin: Le RN, plus gaulliste que Les Républicains?

Un monde s’annonce, et ils le pressentent bien, où ceux qui viennent d’ailleurs, le plus souvent de l’autre côté de la Méditerranée vont servir d’esclaves pour les nouveaux maîtres ou peu à peu les remplacer, eux, par la force de minorités revanchardes, délinquantes ou conquérantes qui veulent leur part d’un gâteau qui s’amenuise pour les plus défavorisés dans la compétition sociale. Il suffit de comprendre cela pour saisir sur le vif la peur du grand remplacement. Grand remplacement déjà présent ou prévisible.

Ne pas mépriser la peur, l’écouter et la comprendre

Il ne faut jamais mépriser la peur. Parfois la peur prévient du danger et elle est un signal d’alarme qu’il faut écouter. Et il faut écouter ceux qui ont peur. Ceux qui ont ce sentiment qu’on vole territoire, dignité et identité. Ces Français de toutes origines qui sont pillés, volés, agressés quotidiennement. Ces musulmans qui ont peur qu’on les chasse loin de cette France qui est leur nouvelle patrie, parfois depuis plusieurs générations, en les confondant avec les criminels et les fanatiques. Ces juifs qui sont harcelés et acculés à vivre dans l’insécurité. Qu’on ne me dise pas que je suis raciste. Mes amis le savent, tous ceux qui me connaissent, il n’y a pas de racisme en moi. Pas de mépris ou de haine en raison d’une couleur de peau ou une origine. Il n’y a qu’une sainte fureur contre les mensonges qui nous sont contés pour faire taire notre envie de vivre libres en compagnie de tous ceux qui veulent cette même liberté. Pour faire taire notre envie d’être nous-mêmes, de nous retrouver en guérissant le mieux possible nos déchirures, nos divisions, nos désespoirs, notre léthargie.

Vers les guerres civiles: Prévenir la haine

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Découvrir « Clair de femme », de Romain Gary

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Romain Gary, Rome, 1961. DR.

Au jeu absurde de « mon Folio préféré », j’ai choisi, arbitraire en partie : Clair de femme, de Romain Gary, qui est – en fait – un de mes préférés (avec Drieu, Aragon, Fitzgerald, Stendhal, et quelques autres). Explication.


Pourquoi Clair de femme ?
Parce que c’est un des secrets les mieux gardés de l’œuvre polymorphe et géniale (je ne galvaude jamais ce qualificatif) de Romain Gary.
Parce que c’est un des plus beaux « romans-d’amour » que j’ai lus – un des plus éminemment romantiques.
Parce que la finesse psychologique de Gary y confine à la dentelle.
Parce que : « Il y a tant d’hommes et de femmes qui se ratent ! Qu’est-ce qu’ils deviennent ? »
Parce que : « Cette suprême lucidité qu’il faut pour continuer à lutter et qui s’appelle l’aveuglement ».
Parce que : « Est-ce que je suis envahissante ? / Terriblement, lorsque tu n’es pas là. »
Parce que : « Michel, le bouche à bouche peut ramener à la vie, mais ce n’est pas une façon de vivre. »
Parce que : « Elle était ‘’morte’’, comme on dit couramment chez ceux qui ne doutent de rien. »

Voilà pourquoi, Clair de femme.

NB Pour en finir avec la légende qui défigure Gary et qui entrave obstinément l’accession à son œuvre – je suis le cas archétypique de celui qui a été détourné de l’œuvre très longtemps par les images, les slogans, les p’tites idées à propos de Gary – pour en finir, donc, avec la caricature, et le découvrir, enfin, il faut lire Le sens de ma vie – autre pépite ignorée.

C’est un long entretien accordé peu de temps avant que Gary ne mette fin à ses jours (décembre 1980). Il y a dans les mots de ce géant (voir Kessel ou Druon), une telle charge d’humanité, une telle affirmation de vulnérabilité – manifestation sophistiquée, comme à rebours, de sa puissance, de son énergie – qu’on n’a qu’une envie, l’entretien achevé : relire Gary.

Réentendre sa voix, retrouver cette éthique impeccable, ce souci du monde comme il ne va pas, ce courage physique et moral, cette ardeur – cet amour de la France… et de la féminité, aussi.

Si peu de triche – de jeu – chez cet homme d’action et de réflexion. À part Malraux, Saint-Exupéry, et Drieu sans doute (en dépit des apparences), qui ? Combien sont-ils à enseigner lorsqu’ils se montrent ? Rares. Lisez. Édifiant. Sens strict.


Le sens de ma vie, de Romain Gary – Entretien, Folio, 108 pages.

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Clair de femme, de Romain Gary, Folio.

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Et toujours : Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés, de François Kasbi. Éditions de Paris-Max Chaleil, 596 pages.

«Vous êtes des drôles!»

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Emmanuel Macron, hier © Jacques Witt/SIPA

Hier, lors de sa conférence de presse, le président Macron semblait dire aux Français qu’il faut arrêter la déconne maintenant… « Vous êtes des drôles ! » a-t-il lancé aux journalistes qui lui demandaient s’il était susceptible de démissionner ou de nommer Jordan Bardella à Matignon. Le chef de l’Etat entend faire des élections législatives anticipées une grande « clarification ».


Décidemment, la parole présidentielle n’imprime plus. Au point que la journée d’hier a vite classé au rang d’évènement insignifiant, la prise de parole d’Emmanuel Macron. Il faut dire que l’homme n’apprend rien du réel et que cette intervention était, une fois de plus, déconnectée. Le président venait dire qu’il avait entendu le pays, mais comme il le fait en recyclant des éléments de langage mille fois ressassés, toute sa prestation contredit son discours. Il ne peut plus mettre en scène une quelconque prise de conscience sans qu’elle ne renvoie à un autre sketch où il dit plus ou moins la même chose pour éteindre des feux qu’il a lui-même allumés. Cette accumulation de postures et de discours, dépourvus de toute réalisation conséquente, a tellement dévalorisé la parole présidentielle, qu’aujourd’hui l’attention se tourne vers les alternatives et que tous les scénarios deviennent crédibles. Et la question qui est finalement posée est bien celle de la capacité du président à se maintenir à son poste.

Panique à l’Elysée

Les listes n’ont pas été déposées pour les législatives, que déjà la pression est sur l’Elysée. On aurait pu donc s’attendre à ce stade à ce que la conférence du président de la République soit marquante. Après tout, s’il faut combattre à nouveau les ventres féconds d’où sortent les bêtes immondes, cette élection revêt une dimension épique et devrait tous nous interpeller. Mais le costume du nazisme et du fascisme apparait bien trop grand pour le RN actuel, et personne n’y croit plus. D’autant que l’on a vu le 7 octobre un exemple atroce de ce que la haine antisémite pouvait provoquer. Là, la violence fasciste n’était pas virtuelle. Eh bien la gauche a choisi de se rassembler autour du parti qui qualifie les tortionnaires qui ont commis ces horreurs de « résistants ». Les Français sont sommés de combattre un péril qui ne parait exister que pour permettre à des personnalités politiques, incapables de répondre aux attentes du pays, de conserver leurs postes et leurs pouvoirs.

Il faut dire aussi que la concurrence, hier, était rude, et que les adversaires d’Emmanuel Macron ont su saturer le champ médiatique. L’actualité avait bien plus croustillant à offrir aux téléspectateurs que la énième intervention trop longue d’un homme qui aime beaucoup s’écouter parler, même quand il n’a rien à dire. Couteaux tirés, exécutions sommaires, trahisons et coups bas, rebondissements inattendus… Oui : la vie politique nationale avait bien mieux à offrir à l’amateur de telenovelas qu’un dirigeant qui croit qu’en braquant les caméras sur lui, il tisse un lien avec le peuple. Comment lutter, face au vaudeville des LR, avec un Éric Ciotti, abandonné de tous et retranché dans ses bureaux après avoir viré tous les employés du siège ? Comment lutter, face à l’exécution d’Éric Zemmour par Marion Maréchal ? Lequel se retrouve lui aussi esseulé et retranché dans son QG… Comment lutter, contre la gauche qui fait disparaitre Raphaël Glucksmann de l’équation, pour expliquer toute honte bue, qu’elle va lutter contre le fascisme en s’alliant avec LFI, un parti à la dérive ?

Pour autant, quelques enseignements essentiels sont à tirer de cette intervention. Première remarque : notre président a arrêté de jouer au chef de guerre impétueux. Il a compris que ses discours autour de l’envoi de troupes en Ukraine et de participation à la guerre au sol inquiétaient les Français. Il a donc latéralisé la question de l’Ukraine. Ce qui était existentiel, il y a encore quelques jours, ne l’est plus. Autre point marquant, la tentative de faire d’une lame de fond, un simple incident de parcours. On assiste d’un côté à la montée d’un vote qui réclame que le pays reprenne son destin en main et demande aux dirigeants de protéger son mode de vie et son organisation sociale, le vote RN ; et de l’autre à la montée d’un vote communautariste et séparatiste, à dimension religieuse parfois, qui veut détruire les institutions et pour qui l’identité de la France est un repoussoir, le vote LFI, devenu celui de la gauche rassemblée. Il y a deux propositions de société qui s’affrontent en France. La contre-société portée par les islamistes et LFI n’est jamais évoquée, car c’est un repoussoir. Le projet de société qu’il porte est islamique et donc massivement rejeté. Voilà pourquoi la gauche mise tout sur la diabolisation du RN, cela lui permet de ne pas dire de quelle société elle compte bien accoucher. De l’autre, c’est un vote conservateur qui s’exprime. Les Français veulent conserver leur mode de vie et préserver leur contrat social. C’est ce qu’ils ont demandé à tous leurs dirigeants. Se sentant trahis par leur élite, ils se sont tournés vers le RN après avoir essayé tour à tour la droite, la gauche et la fusion technocratique des deux. C’est à ceux-là qu’Emmanuel Macron ne sait toujours pas s’adresser. Ces votes RN sont structurés par le sentiment que le bloc centriste, actuellement au pouvoir, évite de se confronter à cette scission sociale et ne choisit pas sa voie, alors que les deux propositions sont incompatibles et que l’alliance de LFI et des islamistes est une menace réelle pour notre société. Ce qui aboutit à fragiliser le contrat social et donne d’énormes marges de déstabilisation à ceux qui veulent le piétiner et ont commencé à le faire dans les écoles, à l’université, à l’hôpital, dans le monde du travail en général, mais aussi au sein des syndicats, des partis, d’associations… L’entrisme gauchisme et islamiste se voit, ses conséquences aussi ; demandez-le aux étudiants juifs par exemple. Mais dans le monde d’Emmanuel Macron, cela n’existe pas.

Démangeaison passagère ?

Ainsi le cœur du discours du président va s’organiser autour de cette assertion expliquant qu’il ne fallait pas confondre « l’expression d’une colère et la réponse aux problèmes du quotidien ». Comme si l’insécurité culturelle et sociale n’était qu’une démangeaison passagère. Avec Emmanuel Macron, on constate souvent ce curieux mélange de dramatisation et de recherche d’un ton complice en mode « il faut arrêter la déconne maintenant ». C’est un style de mépris assez original, puisqu’il consiste à considérer que le vote aux Européennes serait de l’ordre de l’enfantillage et pourrait être balayé d’un revers de main. Le peuple se serait donc défoulé, trouvant un exutoire dans ces élections, mais maintenant il faut redevenir sérieux. On est sur une élection nationale, un scrutin uninominal à deux tours, il faut rentrer à la maison et revoter Macron sinon ce sera le chaos. Le problème c’est que c’est la promesse qui est faite à chaque élection et à chaque crise. Or personne ne comprend encore comment Emmanuel Macron va répondre à des problématiques régaliennes et existentielles alors qu’il apparait de plus en plus comme un technocrate hors sol, incapable de donner consistance à un projet et à un horizon pour le pays.

Comme la gauche, il n’a pour seul viatique et seul discours politique, que la diabolisation de l’adversaire. Le pari est risqué. Mais il est jouable. D’abord parce que faute de programme et de projet, la gauche, le parti du président et LR n’ont d’autres choix que d’investir le champ de la lutte antifasciste et de « nazifier » le RN. Ils bénéficieront donc de l’amplification de cette logique par sa reprise sur différents terrains et par des bouches différentes. D’autant que chez LR, certains sont allés tellement loin dans la dénonciation de la démarche d’Éric Ciotti, qu’ils ne peuvent décemment abandonner le terrain de la lutte antifasciste. Le problème est que la posture devient de plus en plus ridicule et résiste mal aux faits. Elle est surtout remise en cause par un certain nombre d’électeurs.

Ceci étant dit, le chaos politique, au terme de ce qui est déjà un jeu de dupes et non un exercice de clarification, est une des hypothèses probables. Si le pari présidentiel de se constituer une forme de majorité élargie échoue, les autres hypothèses représentent un sacré saut dans l’inconnu. D’abord parce que si le RN arrive en tête, on ne voit pas comment, après avoir expliqué que c’était l’horreur absolue, le président accepterait de gouverner avec les rejetons du démon. D’autant que lorsque l’on dit « moi ou le chaos » et que les électeurs répondent : « OK pour le chaos », il est difficile de rester tant le désaveu est profond. Si on ressort avec une chambre ingouvernable, divisée en trois tiers, un tiers LFI et ses supplétifs, un tiers RN et un tiers « bloc centriste », le président sera à la fois impuissant, empêché et désavoué ; et la crise, patente. La pression sera alors maximale sur l’Elysée. La dernière hypothèse est la pire, c’est la victoire de LFI. Ce sera une victoire de LFI et non de la gauche car dans une coalition, c’est toujours le plus radical qui impose ses thèmes et ses manières. Le croupion PS et EELV n’est venu que pour sauver ses postes. Ils les auront et se tairont. Une victoire de LFI pourrait annoncer les débuts d’affrontements sociétaux importants. En effet, alors que la France a massivement basculé à droite sur des thèmes qui sont exactement à l’opposé des revendications de LFI, la division de la droite et l’affaiblissement du camp présidentiel amèneraient à une victoire en trompe-l’œil au parlement. Une victoire qui leur donnerait le pouvoir… mais aucune légitimité pour l’exercer et qui effraierait une bonne partie du pays. Sans compter une probable décompensation des quartiers islamisés. Car cette gauche-là n’a rien de populaire et lorsqu’elle parle des « quartiers populaires », elle fait référence aux banlieues islamisées, biberonnées à l’islam politique, à la haine du Blanc et qui accusent la France d’être complice d’un « génocide ».

La conférence de presse du président n’a pu que renforcer toutes ces inquiétudes. L’homme n’a pris aucune hauteur et a développé des propositions pour lesquelles il a démontré son incapacité à agir depuis sept ans. Sa sortie mal calibrée sur la laïcité en témoignait. Le tout en étant souvent dans l’outrance et le manichéisme concernant ses opposants. Il n’est même pas conscient qu’il fait partie du problème et que plus il parle, plus il exaspère. Le problème, c’est que le président a choisi de précipiter la crise alors qu’il n’y a quasiment aucune chance d’en sortir par le haut. Personne ne lui a donc dit que pisser sur une fourmilière n’est pas la meilleure manière de réguler l’activité de la structure et d’envoyer un message de protection à ses habitants ?


Elisabeth Lévy : « Emmanuel Macron est incapable de reconnaître ses responsabilités »

Il a poussé le bouchon un peu loin, Meurice

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Guillaume Meurice, Festival du livre, Paris 12 avril 2024 © LAURENT BENHAMOU/SIPA

Mauvaise blague du jour: son premier avertissement aurait dû lui mettre le prépuce à l’oreille… Viré de France inter après avoir répété à l’antenne sa blague à connotation antisémite sur le Premier ministre israélien, le comique gauchiste Guillaume Meurice se victimise et affirme que « l’extrême droite » a remporté une « victoire idéologique » dans cette terrible affaire. En réalité, la radio l’a renvoyé pour « déloyauté répétée ». Depuis, LFI lui prédit un destin politique


Ainsi, Madame France Inter a tranché. Le comique lève-tôt Guillaume Meurice, viré! Notez bien, je vous prie, que j’emploie le mot « comique » et non « humoriste ». Je tiens à marquer par-là que ce n’est pas la même chose, mais alors pas du tout.

Pourvu qu’on ait l’ivresse…

Selon moi, ça marche dans ce domaine comme pour le vin. Il y a le grand cru – l’humoriste vrai, style Devos par exemple – il y a ce que le regretté Jean Carmet appelait le vin de soif (et Dieu sait qu’il s’y connaissait !), et il y a le gros qui tâche. Meurice est à chercher plutôt dans le dernier flacon.

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D’ailleurs, étant assez peu familier des usages en vigueur à France Inter, j’ai d’abord pensé que l’intéressé s’était fait éjecter pour manquement ou faute professionnelle grave. Du genre: vous n’êtes pas drôle alors que votre fonction est de l’être. Viré pour incompétence, en vérité. Il faut dire à sa décharge que, à France Inter, dans la catégorie pitres qui s’ignorent, la concurrence est plutôt rude. Tous plus tordants les uns que les autres, sauf ceux qui ont mission de l’être, justement.

C’est du brutal!

Je me trompais. Ce n’est pas pour ne pas avoir été capable de rivaliser sur ce chapitre avec les tauliers de la matinale, les prédicateurs et porteurs de la bonne parole qu’il est saqué, mais pour avoir balancé à l’antenne une saloperie un peu gluante, un peu glauque, qualifiant sans vergogne le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou de « nazi sans prépuce », ceci à la suite de la riposte de l’État hébreu contre les terroristes du Hamas.

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Enfin victime !

Du très lourdingue, du brutal, comme dirait Blier dans Audiard. Mais non, pour l’impayable Meurice, le brutal est à dénicher ailleurs, dans la décision de son employeur. Son licenciement. Car il ose à présent venir chouiner sur son sort, bien sûr. Il n’allait tout de même pas rater une si belle occasion de se poser en victime, voyons. Victime, enfin victime ! Fort heureusement, du côté de LFI on se précipite pour voler à son secours. François Ruffin, se voyant déjà en commissaire politique en charge de l’audiovisuel, affirme qu’il le réembaucherait dès son entrée en fonction. Quant à Manon Aubry, elle estime que ce désopilant garçon ferait… un excellent député. Rien que cela ! Comme si à LFI, on était en pénurie de bouffons !

Dans l'oreille du cyclone

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Adresse à toutes les honnêtes gens contre l’ultragauche!

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L'extrême gauche mobilisée contre le RN après les élections européennes à Paris, Place de la République, le 11 juin 2024 © ISA HARSIN/SIPA

En vue des élections législatives anticipées, les futures alliances se négocient avec intensité par les différents partis. Qui aura la plus grosse part du gâteau dans ce climat démocratique tendu ?


Qu’on se rassure : il ne s’agit pas de l’injonction christique « aimez-vous les uns les autres » qu’au demeurant je ne cultive pas assez. Toutefois il me semble que, si la vie politique est passionnante en même temps que problématique depuis la déroute du camp présidentiel au soir du 9 juin et la décision (concoctée de longue date) d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée nationale, le climat démocratique, lui, est très angoissant. Le président de la République a surpris tout le monde, jouant le destin de la France à pile ou face, espérant, contre toute attente, faire triompher sa cause le 7 juillet avec un enthousiasme, paraît-il, roboratif. S’agit-il, chez lui, d’un sentiment sincère ou d’une volonté de donner le change ? Après avoir placé sa majorité relative dans un extrême péril, cherche-t-il à la persuader que rien n’est perdu, que tout reste ouvert ?
Ce qui se déroule depuis le 9 juin, les bouleversements, les alliances, les trahisons et les controverses, les unions étranges et les revirements inattendus, compose un paysage infiniment plus révélateur que celui que le prétendu dépassement de la gauche et de la droite, en 2017, a semblé créer. Aujourd’hui, c’est comme si une politique de non-dits avait volé en éclats, à droite comme à gauche, et dans les extrémités de ces deux équilibres contrastés.

Bipolarisation de la vie politique aux extrêmes, et quelques compromis…

Comme citoyen qui aspirais, de l’autre côté de ses convictions, à la résurrection d’un gauche authentiquement social-démocrate grâce à la campagne courageuse et digne de Raphaël Glucksmann, j’ai été déçu, malgré sa résistance, par la nouvelle alliance, qu’on la baptise Nupes ou Front populaire, avec LFI qui avait été jugée indigne à cause de sa propension à un antisémitisme assumé, jamais questionné. Je crains fort que croyant faire sortir la personnalité écrasante de Jean-Luc Mélenchon du jeu, on ne lui permette tôt ou tard d’y revenir parce qu’il y a peu de talents tempétueux comme le sien et que François Ruffin est l’un de ces audacieux intermittents qui ont le verbe haut seulement à l’extérieur de leur parti. Ainsi, à gauche et à l’extrême gauche, sauver les sièges ou en gagner d’autres est dominant par rapport au fait d’avoir de l’allure, de se tenir bien, de faire prévaloir ses principes sur ses intérêts.
Je n’oublie pas le séisme qui, selon certains, s’est produit à la suite de la déclaration nullement concertée d’Eric Ciotti, le président de LR, le 11 juin sur TF1. Celui-ci, prenant acte d’une tripolarisation de l’Assemblée nationale a, pour tenter de sauver et d’augmenter le nombre de députés de la droite républicaine, entre le macronisme et la gauche, proposé une alliance avec le RN en estimant que rien de fondamental ne les séparait.

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Il a été très largement désavoué tant au Sénat que par les députés LR et ses conseillers proches. Sur un mode, de la part de certains, grossier, avec une virulence qui sans doute cherchait à masquer des tentations latentes. On peut reprocher à Eric Ciotti son intervention à la fois solitaire et en contradiction avec ce qu’il avait toujours affirmé, mais il n’empêche que son pavé dans la mare politique a révélé la nécessité d’un débat sur lequel il serait urgent de faire se prononcer les militants LR, comme l’a demandé très justement Xavier Bertrand.
Cela fait des années que l’on tourne autour de cette question dont la solution aurait pu se trouver du côté de François Mitterrand qui n’a pas eu tant de scrupules quand il s’est agi d’organiser l’union de la gauche avec le parti communiste. À cette interrogation, la droite a donné des réponses soit pragmatiques (personne n’en veut et surtout pas Marine Le Pen) soit éthiques (le rapprochement serait indigne, assimilable à Munich comme l’a affirmé avec tant de nuance Gérald Darmanin !).

Le président de la République ne démissionnera pas, il restera jusqu’au bout

Sur le plan des programmes, une similitude presque absolue existe pour la sphère régalienne, contre le macronisme mou, dans les domaines de la sécurité, de la justice, de l’immigration et des frontières. En revanche, pour tout le reste qui peut apparaître essentiel même si le RN a gagné surtout sur le plan annoncé de l’autorité et de la rigueur, les différences sont en effet considérables. Eric Ciotti peut être vigoureusement contredit mais les nombreux transfuges qui l’ont invectivé sont plus comiques que convaincants1. Ces ministres de droite ayant rejoint le macronisme se rendent-ils compte que c’est leur camp qui sous l’égide d’un président fluctuant, a directement suscité le triomphe du 9 juin pour le RN ? Ces chefs à plumes LR sont-ils si persuadés d’avoir donné de la droite une superbe image ces dernières années, pour se permettre ces leçons de morale à Eric Ciotti dont par ailleurs je n’ai jamais surestimé la réussite à la présidence ?

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J’ai opposé l’effervescence politique au climat démocratique lamentable depuis les résultats incontestables du 9 juin. Il était déjà largement dégradé lors de la campagne des européennes et depuis, en fait, la majorité relative à l’Assemblée nationale. La représentation nationale, une honte quasiment quotidienne.

Tous les soirs, des manifestations où l’ultragauche est dominante créent du désordre, de la violence, s’en prennent aux forces de l’ordre pour subvertir encore davantage une atmosphère déjà lourde. Elles prétendent combattre le RN alors qu’en réalité elles ne supportent pas la démocratie qui, scandale absolu pour leur idéologie et leur prurit révolutionnaire, a pratiquement donné la majorité à Jordan Bardella partout en France, ce qui ne s’est jamais vu.

J’éprouve une véritable angoisse à l’idée du 8 juillet quand les élections législatives auront livré leur verdict. En criant de manière délirante au fascisme, on attise les haines. En refusant les enseignements éclatants de la démocratie, on mettra la France à feu et à sang. En confondant la vie politique intense et les disputes républicaines avec la vulgarité du langage, le mépris de ceux qui pensent autrement et la passion de la violence, on abîme notre France. Le président de la République ne démissionnera pas, il restera jusqu’au bout. Je songe à Raphaël Glucksmann qui réclamait « une éthique démocratique ». Vaste et belle entreprise ! Avant, que tous les honnêtes gens, tous les citoyens de bonne volonté se réunissent pour favoriser, face à la légitime et contradictoire dispute politique, la paix de la démocratie.

Le Mur des cons

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La France en miettes (Documents)

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Le RN, plus gaulliste que Les Républicains?

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Eric Ciotti, Paris, 11 juin 2024 © Jacques Witt/SIPA

S’adressant aux militants de son parti, Éric Ciotti écrit : « En ouvrant la voie à une alliance capable de rassembler tous les Français qui partagent de vraies valeurs de droite, je sais que j’ai porté la voix d’une majorité d’entre vous ». Ce matin, il avait fait fermer les portes du siège des LR et donné ordre aux permanents de quitter les lieux à 12 heures. Parmi les LR les plus outragés, on trouve en réalité des citoyens français dont le gaullisme est tout relatif… Analyse.


À quelques jours du 18 juin, en plein séisme politique, et alors qu’Éric Ciotti appelle à une alliance du Rassemblement national avec son propre parti, il est de bon ton, semble-t-il, de se réclamer du gaullisme, — mot magique en France ! —, principalement pour se donner bonne conscience et justifier toutes les outrances, les injures même, proférées contre le plus courageux, le plus honnête et le plus intelligent des Républicains.

« Le gaullisme, c’est d’abord un homme »

Conséquence immédiate de la chute du niveau scolaire ? — nul ne paraît vraiment connaître De Gaulle précisément, et chacun se réclame de sa pensée comme si elle était la bonne, la juste, la vraie, celle qui insuffla l’esprit de résistance, contre l’autre aux relents totalitaires. Mais au fait, parmi ceux de nos politiques se prévalant de l’esprit gaulliste, pour rejeter par principe (et sans autre argument) tout accord avec le RN, combien seraient capables de justifier les liens troubles du général avec l’Action Française ?… Surtout, combien ont lu ses Mémoires, et la passion de la France qui s’y déploie, par-dessus tous sentiments, tous partis, et parfois toute morale ?… s’il vivait aujourd’hui, ceux-là mêmes qui pensent assumer son héritage élèveraient contre lui le cordon sanitaire, afin de s’en protéger !

De Gaulle en vérité, tel Bonaparte avec qui on l’associe parfois, caractère d’une époque plutôt qu’intemporel théoricien, est principalement réductible aux circonstances particulières qui le firent agir. « Le gaullisme, c’est d’abord un homme », affirmait à la radio l’historien Arthur Chevallier le 20 mars dernier, avant de rappeler les dangers d’un élargissement de sa pensée trop systématique.

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S’il fallait pourtant définir le gaullisme absolument, il tiendrait en trois mots, qui constituent également la matrice de l’incipit fameux de L’Appel, premier tome des Mémoires : ce serait donc, d’abord et avant tout, « une certaine idée de la France. » Cette idée, plus précisément, c’est la France ne pouvant s’épanouir qu’au premier rang ; c’est la France devant demeurer grande sous peine de danger de mort, car « seules de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même ». De Gaulle, dans la lignée de nos rois de France, de Richelieu ou de Bonaparte, avait parfaitement assimilé l’histoire de son pays, histoire d’un peuple divisé fier au-delà de tout, qui se délite avec le déclassement de ses élites, et que seule une centralisation égalisatrice permet de contenir ; c’est pourquoi le premier président de la Cinquième République ne dissociait pas la grandeur de notre patrie, de son unité.

Des LR outragés dont le gaullisme est tout relatif

Pour la grandeur de la France et pour son unité, De Gaulle était prêt à tout : témoin ce qu’il fit pendant la guerre ! Plusieurs fois, il refusa de céder aux conditions que ses alliés espéraient lui imposer, au risque de les perdre irrémédiablement — parce que ces conditions touchaient à l’indépendance même de son pays. Et lorsqu’il fallut s’allier avec la Russie de Staline, pour sauvegarder les intérêts de la nation, il n’hésita pas.

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Or, qui porte aujourd’hui un discours vraiment patriotique ? Qui ose encore se proclamer nationaliste, et préfère sans ambiguïté à l’Europe fédérale l’Europe des Nations ? Qui s’inquiète de la disparition de l’identité française, et de la submersion migratoire ? Qui s’émeut d’une division civilisationnelle sur notre propre sol ? Qui désire le plus ardemment que la France retrouve la place qui devrait être la sienne, au premier rang ?

Jadis Marie-France Garaud, décédée récemment, ou Philippe Séguin ; aujourd’hui, force est de le constater, les partis du Rassemblement national, de Reconquête, et maintenant Éric Ciotti avec ceux qui le suivront, plutôt que ces Républicains outragés dont le gaullisme est tout relatif, parce qu’ils associent le nationalisme à la guerre, et préfèrent, aux alliances stratégiques, des déclarations de principe héritées des élucubrations de la gauche mitterrandienne.

Messieurs les Républicains, lisez donc, ou relisez les Mémoires du général De Gaulle ; et si, comme Emmanuel Macron, vous pensez toujours que Nicolas Sarkozy est l’héritier de De Gaulle, et que le RN, d’extrême-droite, n’est pas la droite républicaine, rejoignez les rangs de Renaissance, ce parti atlantiste, anti-national et multiculturaliste : promis, on vous y accueillera les bras grands ouverts !

Charles de Gaulle : Mémoires

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Journée de dupes!

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La journaliste Elisabeth Lévy © Eric Fougère

La gauche s’unit malgré ses désaccords abyssaux. Il semble que pour Olivier Faure et tous les autres, l’antisémitisme soit un point de détail. Et la droite, en dépit de ses accords, est incapable de se rassembler. Les chapeaux à plume LR roulent des biscotos, mais se soucient plus de ce qu’on dit sur France Inter que des attentes de leurs électeurs et de l’avenir du pays. « La droite la plus bête du monde », s’agace Elisabeth Lévy.


Visiblement, je n’ai pas été entendue : le cordon sanitaire existe toujours ! Nous avons vécu hier une journée de dupes. La gauche se rassemble malgré ses divergences abyssales. Et la droite se désunit malgré ses convergences évidentes.

Depuis le 7 octobre, on sait que l’antisémitisme (marqueur historique de l’extrême droite) ou la complaisance avec l’antisémitisme voire le terrorisme n’est plus au Rassemblement national mais chez LFI – du moins, chez certains LFI. Mais comme l’a dit hier un auditeur de Sud Radio, pour Olivier Faure, Carole Delga et les autres, c’est un point de détail ! Même Jérôme Guedj se tait prudemment. Soutiendra-t-il demain David Guiraud ou Danielle Obono ?

D’après Le Monde[1], dans les réunions de crise de la gauche, les objections de Raphaël Glucksmann ont été balayées comme des postures morales. Et la morale, c’est bon pour les autres… 

Antifascisme de carnaval

Le pire, c’est qu’ils remportent la mise. Les partis de gauche parviennent à mobiliser les plus nigauds de leurs électeurs, heureux de retrouver leurs vieux réflexes anti-RN. Les lycéens braillards se prennent pour Jean Moulin. Des milliers de manifestants prétendent sauver la démocratie en saccageant, en arrachant un drapeau français à Nantes, en cassant, en brulant, et personne ne moufte. Il y a même fort peu d’informations sur ces sujets dans les journaux.

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De plus, les stupéfiantes leçons de maintien de la gauche intimident encore une grande partie de la droite. Dès qu’Éric Ciotti a annoncé vouloir conclure un accord avec le RN, les éléments de langage des années 80 ont été ressortis. Comme si nous étions encore du temps de Jean-Marie Le Pen, comme si rien n’avait changé. Accord de la honte, heures les plus sombres… Plus l’usage l’obsessionnel du signifiant « extrême droite », qui ne veut plus rien dire mais effarouche le bourgeois.

Le retour de la bête immonde? Non: le retour de la droite la plus bête du monde!

Et on a entendu exactement les mêmes choses à droite. On se souvient que le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin trouvait Marine Le Pen trop molle lors d’un débat ; il ose aujourd’hui parler de « Munich ». Traduction : Jordan Bardella, c’est Hitler. Tout en nuance ! Et les LR cèdent au chantage. Cette droite indécrottable veut être aimée de la gauche et des médias qui délivrent les brevets de respectabilité. Si on peut évidemment être en désaccord avec les propositions du RN, il n’y a en réalité aucun dérapage à reprocher à Marine Le Pen, mais l’étalage de vertu continue malgré tout. « Regardez comme je suis héroïque, puisque je suis anti-RN ». C’est tellement agréable !

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Si quelques députés de droite, soucieux de leur réélection et/ou des attentes des électeurs plutôt unionistes, suivent M. Ciotti, tous les chefs à plume, qui, à court terme, ne risquent rien au Sénat ou dans leur région, s’indignent avec fracas. C’est oublier que les électeurs (et beaucoup des leurs, sans aucun doute) ont placé Jordan Bardella en tête. Bref, les caciques LR regardent l’histoire passer. Avec cette logique suicidaire, leur parti finira par mourir et pas dans la dignité.

Bilan de la journée d’hier : le RN ne veut pas de « Reconquête ! ». LR ne veut pas du RN. Alors que la droite souverainiste est pratiquement majoritaire, Emmanuel Macron pourrait gagner son pari. Ou pire, cette gauche qui est, elle, réellement déshonorée, pourrait gagner. Alors, oui, il flotte un parfum des années 80 au-dessus de la politique française. Et nous avons vraiment la droite la plus bête du monde.


Retrouvez Elisabeth Lévy du lundi au jeudi dans la matinale de Sud Radio


[1] https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/06/11/la-gauche-se-met-d-accord-sur-un-nouveau-front-populaire-pour-les-elections-legislatives_6238588_823448.html

Françafrique: un trône qui gêne?

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Jean-Bedel Bokassa sur son trône, à Bangui, le 4 décembre 1977. © BOCCON-GIBOD/SIPA

Les remous médiatiques, provoqués par la vente aux enchères de la réplique du trône de Jean-Bedel Bokassa au château d’Artigny, font remonter à la surface des souvenirs que la République tentait désespérément d’oublier. De l’opération Caban à l’affaire des diamants, la cession de l’objet fait ressurgir un sujet qui fâche dans les hautes sphères: le passé colonial de la France.


Le 26 mai a eu lieu une vente aux enchères qui évoque le « temps béni des colonies », pour paraphraser la chanson de Michel Sardou.

Organisée par la Maison Rouillac au château d’Artigny, en Indre-et-Loire, elle a mis en vente la réplique d’un trône françafricain : celui de Jean-Bedel Bokassa, dont le sacre néo-napoléonien avait coûté des millions d’euros à Paris en 1977. Sculpté dans de l’acajou massif et doré à la feuille, cette copie, représentant un aigle aux ailes déployées, mesure trois mètres de haut et 3,5 mètres de large. Le trône a été réalisé dans les ateliers de Rémi Le Forestier, spécialiste de ce type d’objets, qu’il expose dans des lieux prestigieux.

Fils de l’Empereur, ancien ministre et député, Jean-Serge Bokassa estime que ce trône devrait être exposé dans un musée consacré à l’histoire du Centrafrique qui fera la part belle à son père, dont le règne a été réhabilité. Face à l’anarchie qui règne dans l’ancienne colonie française d’Oubangui-Chari, l’opinion centrafricaine préfère désormais voiler les aspects dictatoriaux de l’ancien régime et se souvenir d’une présidence symbole de paix et de prospérité. Si de son côté, il feint d’ignorer la vente, il est peu probable que le gouvernement français apprécie l’engouement médiatique généré autour de cette réplique, qui lui rappelle un passé que la France s’efforce de gommer, surtout dans le contexte actuel de rivalité avec la Russie, désormais influente dans le pays.

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Installé dans les ruines de Berengo, l’ancien palais de celui qui avait été surnommé « l’Ogre centrafricain », le groupe paramilitaire Wagner affirme, selon le site d’informations Corbeau News, qui suit attentivement les activités des « vurú » (Blancs) de Moscou dans le pays, que cette réplique serait en réalité l’original dérobé par Paris. Une référence évidente à l’opération Barracuda lancée par l’Élysée, qui a mis fin au règne de Papa Bok’ deux ans après son somptueux couronnement afin de le remplacer par son cousin David Dacko. L’abus de vodka et les pannes de climatiseurs faisant oublier à Wagner que le vrai trône rouille pourtant dans une cour du ministère centrafricain de la Culture.

La vente a été curieusement associée à une autre pièce emblématique des frasques de la République : le scooter utilisé par le président François Hollande pour ses relations extra-conjugales. De quoi démontrer que l’histoire française n’a pas toujours su mêler majesté et discrétion politique !

Gaza: le Hamas est-il «antifa»?

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Manifestation de l'organisation Jeune Garde antifasciste, Lyon, 26 mai 2018. D.R.

La convergence des luttes entre mouvements antifas et propalestiniens est ancienne. La nouveauté, c’est que même dans ces groupuscules le niveau baisse. Dépourvus de connaissances politiques et culturelles, ces hérauts de la bonne cause considèrent le pogrom du 7 octobre comme une glorieuse action antifasciste.


L’immeuble se trouve – ça ne s’invente pas – rue Voltaire, à Paris. Sous le nom de « Centre international de culture populaire », il sert de quartier général à plusieurs groupuscules politiques radicaux de la capitale. C’est là, sous le même toit, que les antifas du réseau Scalp-Reflexes cohabitèrent jadis avec les militants, pour certains proches des islamistes, de l’association Génération Palestine (qui occupe toujours les lieux). L’endroit symbolise de façon éclatante la vieille connivence entre les antifas et les milieux propalestiniens en France, qui se traduit à présent par un soutien commun au Hamas.

Ainsi l’Action antifasciste Paris-Banlieue, le plus célèbre des groupes antifas français (dont les membres ont aussi fréquenté la rue Voltaire), a-t-il applaudi au 7 octobre, en tweetant notamment, le jour même : « Il ne faudra pas rentrer dans des inversions accusatoires : les responsables ce sont les colons qui tuent et pillent. »

« On va vous faire comme à Ilan Halimi »

Génération Palestine n’est pas davantage un mouvement modéré. Il faut dire qu’il s’est fait connaître il y a une quinzaine d’années en organisant des rassemblements antisionistes devant le Bataclan. Dès 2007, il appelait au boycott de l’établissement, accusant ses propriétaires de se rendre « complices de la politique israélienne » au motif qu’ils avaient accueilli dans leurs murs des galas de soutien aux œuvres sociales de Tsahal.

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En 2015, le Bataclan est ciblé par la pire attaque terroriste jamais commise sur le sol français. Une enquête de la DCRI, révélée par Le Canard enchaîné, montrera que « le choix s’est porté sur ce lieu en raison de manifestations de soutien et de collectes de fonds réalisées au profit de la communauté juive ». Bien sûr, il serait diffamatoire de tenir Génération Palestine pour responsable des actions barbares d’un groupe djihadiste. Reste un certain malaise face à cette singulière convergence des luttes.

En 2012, Génération Palestine défraie la chronique quand l’un de ses militants, armé d’un nunchaku, agresse deux jeunes juifs en train de coller des affiches boulevard Voltaire à Paris pour commémorer la mort d’Ilan Halimi. Les deux victimes, mineures à l’époque, trouvent alors refuge dans une agence de voyages. Ce qui donne le temps à d’autres militants, des deux camps opposés, de venir en renfort. S’ensuit une bataille de chaises devant un restaurant cacher. Au cours de la bagarre, un des jeunes « propalestiniens » laisse échapper : « On va vous faire comme à Ilan Halimi. » Un autre lance au propriétaire du restaurant : « Sur la vie de ma mère, on va descendre pour casser tous les magasins feujs. » Les propos incriminés seront cités lors du procès et reconnus par leurs auteurs.

Conférence au Centre international de culture populaire, rue Voltaire à Paris. D.R.

Comment la gauche accepte-t-elle de telles compromissions ?

Mais revenons dans les locaux de la rue Voltaire. Certes, tout le monde là-bas n’est pas d’accord pour tendre la main aux barbus. On l’a vu notamment le jour où Abdelhakim Sefrioui, un islamiste appartenant au collectif Cheikh Yassine (depuis mis en examen dans le cadre de l’assassinat de Samuel Paty), s’est présenté devant les locaux, entouré de deux acolytes (dont le garde du corps de Dieudonné) et s’y est vu interdire l’accès par plusieurs antifas sincèrement révulsés par son antisémitisme affiché.

Mais cet incident n’empêche pas d’autres compagnons de route de l’islam politique, comme Omar Somi, jadis dirigeant de Génération Palestine, et aujourd’hui à la tête du collectif Urgence Palestine, d’avoir toujours leurs habitudes dans l’immeuble, comme le confirme une récente enquête de Livre noir. Preuve des liens féconds qui continuent de se tisser sur place, Urgence Palestine s’est d’ailleurs récemment joint à l’appel lancé par l’Action antifasciste Paris-Banlieue contre une (groupusculaire) manifestation néofasciste organisée à Paris le 11 mai. Un appel également cosigné par La France insoumise.

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Comment l’extrême gauche accepte-t-elle de telles compromissions ? La première explication tient au clientélisme électoral de La France insoumise. Mais il faut aussi souligner la dramatique baisse de niveau au sein de la mouvance antifa. Des journaux tels que Ras l’Front ou la revue Reflexes, dotés chacun d’une vraie colonne vertébrale politique, n’existent plus. Une nouvelle génération, parfois issue du monde des supporters de football, est apparue. Parce qu’incultes, ses militants sont plus facilement enclins à fantasmer le Hamas comme le porte-étendard de la « résistance antifasciste ».

La Jeune Garde, animée par Raphaël Arnault, est la parfaite caricature de ce déclin intellectuel

Un groupe comme la Jeune Garde, animée par Raphaël Arnault, un antifa parfois vu au côté de Jean-Luc Mélenchon dans les cortèges, est la parfaite caricature de ce déclin intellectuel. Rien à voir avec leurs alliés islamistes, à l’esprit autrement plus subtil. Par exemple Houria Bouteldja, qui, dans un essai en 2016 (Les Blancs, les Juifs et nous, La Fabrique) dit toute sa reconnaissance envers de véritables penseurs comme René Monzat, figure tutélaire des antifas, ou Jean Genet, qu’elle apprécie, dit-elle, car « il s’en fout d’Hitler ». Le même Genet dont le député LFI David Guiraud recommandait chaudement, sur Twitter, le 11 novembre dernier, la lecture de « Quatre heures à Chatila » (1983)…

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Guiraud a raison. Il faut lire « Quatre heures à Chatila ». Dans ce texte, l’auteur s’en prend sans détour au peuple juif et à son « pouvoir temporel exécrable, colonisateur comme on ne l’ose plus guère, devenu l’Instance Définitive qu’il doit à sa longue malédiction autant qu’à son élection. Dans ce pouvoir exécrable il s’enfonce tellement loin qu’on peut se demander, une fois de plus dans son histoire, s’il ne veut pas, méritant l’unanime condamnation, retrouver son destin de peuple errant, humilié, au pouvoir souterrain.[1] »

Rédigées il y a quarante ans, ces lignes résument parfaitement l’idée faussement progressiste et vraiment criminelle selon laquelle chaque juif serait coupable par essence. On touche ici au cœur du nouvel antisémitisme de gauche, qui considère le pogrom du 7 octobre comme une glorieuse action « antifasciste ».


[1]« Quatre heures à Chatila », in Jean Genet, L’Ennemi déclaré : textes et entretiens choisis 1970-1983 (éd. Albert Dichy), « x Folio », Gallimard, 2010, p. 287.

Elle est partie quand même

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Françoise Hardy photographiée à Cannes en 1963 © DALMAS/SIPA

Comment lui dire adieu…


« Comment te dire adieu ». En ce soir de juin 2024, je ne savais pas (on ne sait jamais rien), qu’il faudrait que je vous dise adieu. A mon grand étonnement, mes larmes ne cessent de couler. Oh non. Pas parce que les années 60 ne seront plus bientôt qu’un lointain souvenir, mais simplement parce que nous ne nous rendions pas compte à quel point vous avez fait partie de nos vies. De ma vie, et mes souvenirs me font de la peine, car je ne sais pas où la vie me mène… On pourrait écrire une chronique entière rien qu’avec les paroles de vos chansons. Celles écrites par les plus grands (Gainsbourg, Berger), et celles écrites par vous, sur le tard. Comme Barbara, vous saviez que l’amour ne dure pas, et qu’il vaut mieux partir au plus beau : « Partir quand même, pendant qu’il dort, pendant qu’il rêve, et qu’il est temps encore »… En faisant le tour des réseaux sociaux, où chacun fait part de sa peine, on redécouvre que vous aviez écrit aussi pour d’autres chanteuses, comme Diane Tell (« Faire à nouveau connaissance »). Car les mots, ceux des autres, les vôtres, étaient votre pays, votre refuge lorsque la vie était méchante avec vous, pour paraphraser Romy dans Sissi. Et ils vous le rendaient bien. Vous aviez fait connaître au grand public, cet immense poète qu’était Aragon. Comme vous, il pensait qu’il n’y « a pas d’amour heureux » : Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard/ Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l’unisson/ Ce qu’il faut de regrets pour payer un frisson/ Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson/ Ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare… Vos amours furent, à votre image, longues et connues de tous ; on dit que Mick Jagger et Bob Dylan étaient dingues de vous, mais vous aviez l’air de vous en foutre. Vous n’aviez d’yeux que pour l’autre grand Jacques… Pourtant, il vous en a fait voir, vous ne vous en cachiez pas. Mais vous l’aimiez, même si vous saviez, plus que nous tous, qu’il n’y a pas d’amour heureux. Le public pense ce soir, bien sûr, à lui et à votre fils Thomas, qui a annoncé votre mort, à 80 ans, car vous aimiez faire les choses bien. Et nous, en cette nuit, nous avons envie de vous laisser sur un peu de gaieté, car on n’y pense pas assez, vous concernant : « C’est le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure. Car le temps de l’amour, c’est long et c’est court, ça dure toujours, on s’en souvient. »