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Une Vestale pour un Empire

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A l’Opéra Bastille, Lydia Steiler met en scène avec un éclectisme décoratif sombre et décadent La Vestale, opéra composé par Spontini pour l’impératrice quand Napoléon était au sommet de sa gloire.


Le spectre de Napoléon ne s’évanouit décidément jamais : dédié à Joséphine de Beauharnais, l’épouse de l’Empereur en premières noces, laquelle assista d’ailleurs à la première représentation, le 15 décembre 1807, à l’Académie impériale de Musique (son mari était alors en pleine campagne de Pologne), La Vestale fut un immense succès. L’œuvre devait ensuite triompher sur la scène lyrique européenne jusqu’au couchant du XIXème siècle, avant d’être progressivement mise au rancart. En 1954, l’année même où son film Senso sort sur les écrans, Luchino Visconti en ranimera la flamme, portant ce drame lyrique oublié à la Scala, en italien, avec la Callas dans le rôle-titre.

Pour nous, rétrospectivement, il est difficile d’imaginer ce qui fondait jadis la notoriété de cet opéra, la postérité lui préférant un Bellini, un Verdi, etc. Toujours est-il qu’à la charnière entre Gluck et Beethoven (Fidelio lui est quasiment contemporain), La vestale, annonçant déjà Berlioz, inaugure le grand opéra « à la française », c’est à dire chanté en français (et pas en italien), avec ballet, décor pharaonique, orchestre géant, chœur pléthorique, dont Meyerbeer sera la figure imposée…  Etienne de Jouy, le librettiste (1764-1846), était une célébrité très recherchée. Quant à Spontini, quoique transalpin d’origine, il est établi à Paris depuis 1803. Nommé « compositeur particulier de la chambre de Sa Majesté l’Impératrice », il écrira même en 1806 une cantate à la gloire de l’Empereur, et trois ans plus tard un Fernand Cortez, transparente célébration de l’épopée napoléonienne. Installé en Allemagne à partir de 1820, il voyagera pas mal avant de mourir en 1851, à 76 ans, fortuné et sans descendance, retiré en sa ville natale de Maiolati, qui en ce temps-là appartient aux Etats pontificaux.

Revenons à La Vestale. L’action se situe dans la Rome antique qui est aussi celle de l’invasion de la Gaule. Licinius, un général romain, retour de la guerre, avoue à son fidèle ami Cinna son projet d’enlever la vestale Julia. Car ayant fait vœu de chasteté, elle a trahi son amour : la voilà chargée par la Grande Vestale de veiller la flamme éternelle du temple. Si elle rompt sa promesse, la punition sera d’être enterrée vivante. La flamme s’éteint. L’amant dévasté implore le Souverain Pontife d’être supplicié à la place de Julia. Refus de l’intéressé. Mais si par miracle le voile de Julia prend feu, c’est que Vesta pardonne. L’orage éclate, un éclair embrase le voile…

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L’américaine Lydia Steiler, qui tout récemment signait dans cette même salle de l’Opéra Bastille une mise en scène controversée de Salomé, opte cette fois encore pour la transposition dystopique, dans une semblable magnificence décorative. Après un prélude orchestral où l’on voit les suppliciés, visage recouvert d’un sac, pendus par les pieds sur le mur d’enceinte, la paroi glisse latéralement pour nous découvrir un plateau où se reconnaît la somptueuse architecture ornementée de l’Amphithéâtre de la Sorbonne, avec sa coupole peinte par Puvis de Chavannes. Mais laissée ici dans un état décati :  les bibliothèques de bois sombre ont été vidées, les livres forment l’autodafé nourrissant l’âtre du temple de Vespa. Les caciques portent un uniforme noir, aux épaulettes à franges dorées de style Empire, le Pontife lui-même offre une mise plus martiale qu’ecclésiastique, les femmes du culte vont lourdement voilées de noir, le peuple nippé de vêtements aux couleurs passées paraît sortir tout droit d’un film néo-réaliste. La soldatesque – géants juvéniles et glabres, sanglés de noir, coiffés de casquettes façon SS, mitraillette en bandoulière – renvoie à l’imaginaire esthétique des totalitarismes du XXème siècle, tandis que sont convoquées les références aux pompes de l’Eglise catholique, aux tenues de l’Inquisition et au kitsch des processions idolâtres, dans un décorum associant encensoirs, bannières estampillées de symboles religieux, char de la vierge statufiée, chamarrée d’or, figurant le culte de Vespa, etc. Cet appareil décoratif fusionnel est la toile de fond sur laquelle se répand une débauche de crachats, de coups de fouets, de rafales, d’anatomies sanguinolentes…  

La Vestale, Opéra Bastille, 2024. © Guergana-Damianova/OnP

A la noirceur de l’intrigue, Lydia Seiler n’hésite pas à ajouter quelques éléments de son cru, telle la traîtrise finale du Cinna peroxydé envers Licinius, ou l’exécution par balles de la cynique Grande vestale, hors champ, au tomber de rideau… Pourquoi pas ? La touffeur, la rutilance morbide, le chromatisme à la fois luxuriant et subtil d’une régie se délectant à répandre à foison les insignes de la domination et du pouvoir (sans faire l’économie d’une vidéo exhumant quelques séquences issues du répertoire des actualités filmées) s’accorde bien, reconnaissons-le, avec l’intention qui préside au drame : un plaidoyer contre les fanatismes de tous bords.

Au service de cet éclectisme visuellement spectaculaire, une direction musicale hiératique et homogène de Bertrand de Billy, vieil habitué de l’orchestre de l’opéra de Paris, dont les chœurs revêtent ici une place tout à fait prépondérante. Dans le rôle-titre, on regrettera que le soir de la première la soprano Elza van den Heever, souffrante, ait dû céder la place à Elodie Hache, qui en particulier dans le troisième acte peinait à surmonter l’extrême difficulté d’une partition exigeant un souffle, une puissance vocale et un ambitus exceptionnels. Si défaillait de façon par moments agaçante la diction de la mezzo Eve-Maud Hubeaux, en méchante Grande vestale (la tradition lyrique veut que les r soient roulés), Michael Spyres et Julien Behr, les deux ténors campant respectivement Licinius et Cinna, ont recueilli, à raison, les suffrages du public : phrasé impeccable, timbre à la sonorité souveraine, présence scénique éblouissante.  Quant au Souverain Pontife, la basse française Jean Tieten en projette toute l’épaisseur funèbre, avec une aisance confondante.

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Tant et si bien qu’au salut final, les quelques huées émises des balcons, samedi dernier, ne s’adressaient certes pas à la distribution, mais à la metteuse en scène dès l’instant de son apparition. Celles-ci toutefois ne couvraient pas les applaudissements nourris portés à un spectacle qui, quoiqu’on puisse penser de sa facture tape-à l’œil, n’en reste pas moins cohérent avec lui-même : un grand Empire français vaut bien une Vestale hyperbolique.  

La Vestale. Opéra en trois actes de Gaspare Spontini (1807). Direction : Bertrand de Billy. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris. Avec : Michael Spryres, Julien Behr, Jean Tietgen, Elza van der Heever, Eve-Maud Hubeaux. Opéra Bastille les 19, 26, 29 juin, 2, 5, 8, 11 juillet à 19h. Le 23 juin à 14h. Durée : 3h40.

Abolissons les banques centrales !

Selon l’entrepreneur et essayiste Charles Gave, qui est aussi actionnaire de Causeur, il est urgent d’abolir les banques centrales, qui ne font qu’entretenir des Etats de plus en plus dépensiers et mauvais payeurs. Il prône leur fusion avec les ministères des Finances et l’adoption de lois bannissant tout déficit budgétaire.


La thèse que je vais défendre ici est que les banques centrales de nos pays n’ont fait que des dégâts depuis un siècle, ne servent plus à rien et devraient donc être fermées. Pour expliquer cette position, il me faut d’abord expliquer pourquoi elles ont été créées.

Revenons en arrière, au début du capitalisme et donc à mon schéma de base, où coexistent trois acteurs.

1. Le rentier, qui ne veut pas perdre d’argent et qui dépose cet argent à la banque.

2. Le banquier, qui reçoit ces dépôts et garantit leur remboursement en mettant en face son capital, investi en or.

3.  L’entrepreneur, qui a toujours besoin d’argent et dont tout le monde sait qu’il peut tout perdre.

Le rôle du banquier est d’intermédier le risque de la faillite de l’entrepreneur entre ce dernier et le rentier. Par exemple, le banquier prêterait à 6 % à l’entrepreneur, tout en versant 2 % au rentier. La différence sert à faire tourner sa boutique et couvrir les pertes des entrepreneurs qui ne pourraient pas le rembourser.

Le banquier est devenu un vil spéculateur !

Mais le banquier se rend compte assez vite que tous les déposants n’ont pas besoin de leur argent en même temps et que seulement 10 % d’entre eux réclament du cash à tout moment. Il va donc se transformer en vil spéculateur et prêter des sommes dix fois plus importantes que les dépôts. En ce faisant, il se met à créer de la monnaie, ce qui amène à ce qu’il est convenu d’appeler le cycle du crédit.

Cette monnaie nouvellement créée se transforme en dépôts chez lui ou chez ses concurrents, ce qui permet aux taux d’intérêt de baisser et donc à plus d’entrepreneurs d’emprunter, ce qui crée plus de dépôts et ainsi de suite, et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

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Mais, à chaque cycle arrive un moment où des affaires font faillite, ce qui conduit à une baisse des fonds propres du banquier, qui demande aux autres entrepreneurs de le rembourser, ce qu’ils ne peuvent pas tous faire, ce qui amène à de nouvelles faillites. La masse monétaire se met à baisser, les taux montent brutalement, ce qui entraîne de nouveaux dépôts de bilan. Les banques elles-mêmes commencent à sauter, les épargnants retirent leur argent de la banque, des affaires parfaitement saines disparaissent brutalement et une déflation-dépression se met en place, qui d’habitude dure une dizaine d’années.

Et c’est à cause de ce cycle du crédit que les banques centrales ont été créées pour remplir deux rôles.

1.  Vérifier que les fonds propres des banques sont au minimum à 10 % des prêts consentis à tout moment.

2.  En cas de crise de liquidité, fournir des liquidités aux banques commerciales en escomptant les créances qu’elles détiennent sur les entrepreneurs, ce qui permet aux banques de rembourser (ou rassurer) les déposants et ne pas sauter.

Le plus souvent, ces banques centrales étaient de droit privé et n’avaient rien à voir avec l’État.

Depuis la création de la Fed, en novembre 1913, le dollar en tant que réserve de valeur a perdu 99 % par rapport à l’or

Arrive le xxe siècle, siècle des totalitarismes, des guerres mondiales et du social-clientélisme. Les besoins financiers des États explosent, et bien entendu, le contrôle de la monnaie, et donc des banques commerciales et des banques centrales, passe à l’État. Et ce qui devait arriver arriva. La monnaie n’est plus créée pour financer des investissements, mais pour servir les besoins de l’État, et ces prêts ne sont jamais remboursés à la différence des prêts au secteur privé. La masse monétaire explose et la hausse des prix suit.

Bientôt, il faut couper le lien entre la valeur de la monnaie et l’or, les monnaies deviennent des monnaies « FIAT » n’ayant de valeur que les unes par rapport aux autres. Le cours de l’or, quant à lui, passe au travers du toit.

Et comme augmenter les impôts est trop impopulaire, si le politicien cherche à se faire réélire, la solution est de fabriquer de la monnaie en créant de la dette qui sera achetée par la banque centrale.

Et du coup, les monnaies FIAT qui devraient servir de moyen d’échange, étalon de valeur et réserve de valeur, perdent d’abord leur fonction de réserve, avant de perdre celle d’étalon de valeur, et cela se termine en général avec le refus d’utiliser la monnaie dans les transactions, et donc la perte de la troisième fonction.

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Imaginons que mon grand-père ait mis dans son coffre, il y a cent dix ans, 100 dollars en billets de banque et la contre-valeur de 100 dollars en pièces d’or. Si je déflate la valeur des deux aujourd’hui par l’indice des prix de détail américain, mes 100 dollars en billets ont aujourd’hui un pouvoir d’achat de 3,2 dollars, tandis que mes pièces d’or valent 345,6 dollars.

Si je fais l’hypothèse qu’un gramme d’or vaut toujours un gramme d’or, alors cela veut dire que depuis la création de la Fed, en novembre 1913, le dollar en tant que réserve de valeur a perdu 99 % par rapport à l’or. Le dollar n’a pas été une réserve de valeur. Du coup, les pays exportateurs de pétrole demandent à être payés en autre chose que du dollar, ce qui veut dire que le dollar cesse d’être un étalon de valeur. L’étape finale est bien entendu que le dollar cesse d’être un moyen d’échange, ce qui se traduira par une fuite devant la monnaie et une hyperinflation galopante.

Que faire ? Le plus simple est de fusionner les BC avec les ministères des Finances, pour en finir une fois pour toutes avec la fiction de la compétence des banques centrales, et de bannir dans la foulée tout déficit budgétaire par des lois constitutionnelles, tout en interdisant aux banques commerciales d’acheter des obligations d’État.

La monnaie est une chose trop sérieuse pour en laisser le contrôle à des banquiers centraux. Les essais par les Brics de créer une monnaie alternative et l’émergence du Bitcoin sont la preuve que de nouvelles forces sont en train d’entrer en jeu.

En attendant, ne conservez rien dans vos portefeuilles qui dépende de la garantie d’un État de l’OCDE, rien.

Le vert dans le fruit

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Aux élections législatives fédérales du 9 juin en Belgique, les Ecolos – selon la désignation officielle du parti – ont essuyé un camouflet. Mais grâce aux règles électorales belges, leur doctrine a encore de beaux jours devant elle. L’analyse de Sophie Flamand.


Tandis que la France fait ce qu’elle fait le mieux, c’est-à-dire parler politique, que la NUPES se reconstitue en un étrange mariage polygame de raison et que Bardella se tâte pour savoir s’il va tirer la langue ou pas à Zemmour, de l’autre côté de la frontière, ça boit le champagne ! Et pour cause, les Belges sont enfin parvenus à envoyer les Ecolos sur les roses. Ça devrait, pensent-ils, rendre l’air plus respirable et soulager les porte-monnaie. Ce en quoi ils se trompent, pour deux raisons.

D’abord, il existe toujours l’éternel cailloux dans la chaussure : Bruxelles. Région à part entière, elle a souffert plus que tout le reste de la Belgique des délires bobos, piétonniers, rues cyclables, interdiction du diesel, paupérisation, insécurité normalisée, services publics indigents, immigration massive, potagers urbains, et autres singeries. On y trouve même une rue où le trafic automobile est limité à 10km/heure ! Qui dit mieux ? Bien entendu cette gestion de la ville fait fuir les habitants, les commerces et les entreprises mais les autorités brandissent le taux de fécondité des immigrés pour masquer cet exode, pourtant bien réel. Or donc à Bruxelles, région bilingue, les Ecolos ont eux aussi plongé mais pas leur alter égo néerlandophone, Groen. Certes, selon l’administration fiscale, seul indicateur fiable puisque le recensement linguistique a été interdit, les Flamands représentent à peu près 8% de la population, ça ne devrait pas donc peser lourd. Mais l’imagination débridée du législateur belge a prévu une représentation garantie des Flamands au législatif et à l’exécutif de la Région Bruxelloise. Autrement dit, que l’électeur le veuille ou pas, il devra composer avec le parti Groen et celui-ci n’a pas l’intention d’en démordre. La Ministre sortante de la mobilité, Elke Van den Brandt, à l’origine du « Plan Good Move » qui paralyse la ville, rend les riverains cinglés, enlaidit l’espace public et a été désavoué par ses partenaires, Elke Van den Brandt, donc, entend bien persévérer dans sa folie. Autrement dit, côté bruxellois, c’est pas gagné ! Ils n’ont visiblement pas fini de se prendre des « quartiers apaisés » et des mosquées salafistes à tous les coins de rue.

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Mais il n’y a pas que Bruxelles. Et le problème dépasse d’ailleurs largement les frontières belges. Depuis que Dieu est mort, à la charnière des dix-neuvième et vingtième siècles, l’homo occidentalis en mal de mea culpa se cherche de nouvelles idoles. Comme il a déjà beaucoup donné pour la complexité, trinitaire et autre, du christianisme, il les souhaite simples, lisibles et sans malices.

Et c’est là qu’apparait l’écologie politique, nimbée de coton bio et parfumée au patchouli. Avec ses rituels, ses processions, ses archidiacres, ses coûteuses indulgences, sa parole sacrée et ses grenouilles de bénitier, cette nouvelle doxa fait regretter l’ancienne et l’on attend toujours qu’elle produise à son tour la cathédrale de Reims, les œuvres de Bach, les théories de Copernic ou les toiles du Caravage.

Mais en bonne religion, elle s’est déjà émancipée de toute réalité, surtout scientifique, et, distillant tout à la fois la peur et l’espérance, elle irrigue le monde politique. Peu importe finalement que les Verts soient élus, qu’ils siègent ou pas dans les hémicycles. En Belgique comme ailleurs, il n’y a pas un seul programme politique, de gauche, du centre, de droite ou d’ailleurs, qui n’ait son chapitre « Défense de l’environnement ». Malgré 150 députés fédéraux, 78 sénateurs, 398 députés provinciaux, 89 députés régionaux à Bruxelles, 75 en Wallonie et 124 en Flandre, on n’en a toujours pas entendu un seul pour oser questionner le dogme du « réchauffement climatique ». Avec ou sans élus verts, la Belgique et plus généralement l’Europe n’a pas fini de boire le bouillon végan, de payer des écotaxes à tout propos, de financer des éoliennes, de restreindre son train de vie, de se prendre des bouchons de bouteille en plastique dans l’œil, de grelotter en hiver et de faire sa génuflexion devant Greta… Carbo !

Antifascisme, une vertu illusoire ?

L’extrême-gauche a besoin du fantasme fasciste pour justifier son existence. En réalité, c’est elle – et pas du tout la droite – qui pratique la violence de manière parfaitement décomplexée. Tribune de Corinne Berger.


Comme le dit si bien Élisabeth Lévy (et on verra qu’elle n’est pas la seule à filer la métaphore commerciale), la quinzaine antifasciste est ouverte. Se draper dans le courage et la vertu est quand même bien pratique lorsque l’ennemi n’existe pas (ou alors à la marge de la marge) et qu’il ne représente aucun danger réel. On comprend depuis déjà pas mal de temps qu’une bonne partie de la gauche a besoin de ce fantasme pour exister.

Et si l’on cherche le fascisme aujourd’hui en France, on pourrait bien le trouver du côté de ceux qui prétendent le combattre. Les exemples abondent de manifestations violentes contre l’État et sa police, d’exactions contre des personnes, des partis, des associations qui n’ont pas l’heur de complaire à ces parangons de vertu démocratique prompts à intimider, interdire, voire saccager et recourir à la violence physique.

Les collages politiques sauvages que le « fascisme » aux portes du pouvoir suscite depuis quelques jours sont éloquents : ils révèlent un inconscient proprement terrifiant, ou plus sûrement une conscience cynique et manipulatrice qui joue sur toutes les ambiguïtés.

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On peut lire sur un de ces collages : « Fachistes Capitalistes Racistes Ultras (sic) riches Tout doit disparaître LIQUIDATION TOTALE ». Passons sur l’énumération initiale, qui amalgame sans surprise (et sans vergogne) l’argent avec le racisme et le fascisme (vocable dont l’orthographe francisée a dû échapper à ces fervents patriotes… à moins que ce choix ne rappelle sciemment l’aimable diminutif « facho » distribué à l’envi à tous ceux qui ont le mauvais goût d’aimer leur pays et de s’inquiéter des effets de la submersion migratoire).

L’essentiel de ce placard repose bien sûr sur le double sens des termes « disparaître » et « liquidation ». On peut ne voir dans ces formules qu’un innocent jeu de mots usant du lexique commercial pour exprimer une opposition politique, mais le sous-texte est clair : la table rase que ces gens appellent de leurs vœux est à prendre au sens propre… et au sérieux. Il s’agit de faire « disparaître » des adversaires perçus comme des ennemis à abattre, et on sait ce que signifie le verbe liquider lorsqu’il a pour objet une personne. Cette prose antifa est purement et simplement un appel subliminal au meurtre politique.

Où sont les vrais fachos ?

Le lifting de Turandot

Le théâtre royal de La Monnaie, à Bruxelles, offre une belle production de Turandot, l’opéra inachevé de Puccini, campée dans la Chine contemporaine. Sous la houlette du metteur en scène Christophe Coppens, chanteurs et musiciens sont au diapason.


Il leur a paru invraisemblable, sinon parfaitement indécent, que Calaf, aussitôt que Liu se soit suicidée afin de le sauver, se jetât dans les bras de la sanglante Turandot pour roucouler avec elle. Elle, la psychotique délirante qui a contraint l’héroïque Liu à se tuer ; lui, cet imbécile aveuglé par un désir forcené de conquête et qui n’a pas été capable de préserver la jeune servante, laquelle a pourtant protégé son père, Timour, le vieux roi aveugle et fugitif. Alors, d’un commun accord, le metteur en scène Christophe Coppens, le dramaturge Reinder Pols et le directeur du Théâtre royal de La Monnaie Peter de Caluwe, avec l’accord du chef d’orchestre Ouri Bronchti, sont convenus d’interrompre l’ouvrage dès la mort de Liu, comme le fit d’ailleurs Toscanini le soir de la création de Turandot en 1926. Là même où Puccini malade avait dû interrompre sa composition, avant qu’elle ne soit achevée, après sa propre mort, par l’un de ses disciples.

Hautaine et solitaire

Certes, il aurait été surprenant, s’il avait pu achever lui-même son opéra, que celui qui sut mieux que quiconque traduire les tourments d’une âme amoureuse comme celle de Mimi, de Floria Tosca ou de Cio-Cio-San, ait pu passer aussi abruptement du chant de mort d’une innocente au chant d’amour de ceux qui en sont la cause.

Mais en suspendant cette fin immorale qui n’est jamais que celle d’un antique conte persan ne s’embarrassant guère de vraisemblance et de considération pour les classes laborieuses, on n’a pas su ici la remplacer par une issue satisfaisante. Calaf s’éclipsant avec son vieux père et plantant là cette folle de Turandot, celle-ci n’a ici d’autre ressource que de contempler rageusement l’improbable fin de l’opéra sur un écran invisible au public et de s’enfermer dans ses appartements où elle finira assurément vieille fille, alors que l’impératrice de Chine, sa mère, se retrouve hautaine et solitaire dans un univers dévasté.

Un penthouse au sommet d’un building

L’idée était très séduisante : pour avoir séjourné à Hong Kong et côtoyé ces nouveaux riches chinois qui ne connaissent aucune limite à leur fortune et à leur mauvais goût, Christophe Coppens a trouvé savoureux de situer sa mise-en-scène non dans le palais impérial d’une Chine fantasmée, mais dans un penthouse au décor tapageur juché au sommet d’un building, chose qui permettra d’ailleurs à Liù de se jeter dans le vide plutôt que de se poignarder.

Séduisante, mais pas bien convaincante. Toute référence chinoise ayant disparu, plus de cour, plus de peuple versatile, plus rien de cette solennité étouffante et de cette terreur qui écrase la nuit de Pékin. Mais des femmes occidentales en robes du soir, des hommes en smokings, un personnel de maison en livrée stricte et le vieux Timour en redingote grise.

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Plus d’empereur accablé par la fureur de sa fille, mais une impératrice, la seule Asiatique de la distribution (Hing Liang), ressemblant à un executive woman sanglée dans un qipao crépusculaire, lunettes extravagantes et visage fermé, dure et inflexible comme peuvent l’être ces cheffes d’entreprise chinoises, plus redoutables encore que leurs homologues masculins.

Point non plus de Turandot hiératique et glaciale, mais une femme belle et vénéneuse, une Louise Brooks à la coiffure rousse, superbement incarnée par la soprano Ewa Vesin, excellente comédienne, cantatrice à la voix ample et sonore, presque tranchante ; une Turandot arrachée à cette figure figée de vierge inaccessible dont on pare généralement la princesse rebelle, mais pas moins hystérique dans son ivresse de vengeance d’une lointaine aïeule, dans sa haine des hommes qui prétendent la conquérir et dans ce goût immodéré à les voir décapités.

« Turandot », l’opéra de Giacomo Puccini © Matthias Baus

Des bourreaux hip hop

Avec son air aimable de coiffeur pour dames, le Calaf de Stefano La Colla n’a rien de bien ravageur, ni de bien intrépide, même si sa prestation vocale est des plus honorables. Ping, Pang, Pong (Leon Kosavic surtout, Alexander Marev, Valentin Thill), les trois ministres pervers, mais souples comme des anguilles, sont d’excellents comédiens et forment un trio parfait de complicité. Le rôle en or de Liu est servi admirablement par la voix de Venera Gimadieva, même si rien ne l’aide à arracher des larmes. Et d’une certaine façon le héros le plus sensible de ce conte funeste est peut-être bien le chœur du Théâtre royal de La Monnaie qui affiche dès la première scène une homogénéité vocale et une assurance remarquables.

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Des bourreaux vus sous l’apparence d’une troupe satanique de hip hop, des touches de comédie musicale colorant le jeu de scène très chorégraphique des ministres, une belle fluidité dans les déplacements des choristes, un décor minutieux un peu trop encombré, mais un escalier très hollywoodien, une direction d’acteurs fouillée : metteur en scène et scénographe de Turandot, Christophe Coppens n’atteint pas cependant le niveau de son éblouissante réalisation du Château de Barbe Bleue et du Mandarin merveilleux de Bartók qu’il conçut naguère sur cette même scène de Bruxelles. Ouri Bronchti, lui, dirige l’Orchestre et les Chœurs du Théâtre royal de la Monnaie avec un parfait savoir-faire, les conduisant parfois à des moments d’une grande intensité.


À voir :

Turandot, opéra de Giacomo Puccini. Théâtre royal de la Monnaie, Bruxelles. Jusqu’au 30 juin. Location : 00 32 2 229 12 11 ou tickets@lamonnaie.be

Le film qui a bon cœur

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Nouveau monde de Vincent Cappello se veut un film politique qui prend position en faveur des migrants. Mais le portrait, très réaliste, de deux frères afghans qui, arrivés en France, essaient chacun à sa manière de surmonter le traumatisme qu’ils ont subi, frappe surtout par sa dimension humaine.


Premier long métrage de Vincent Cappello (également scénariste et producteur), Nouveau monde ne renvoie pas à la geste des conquistadors. Mais à la conquête de l’intégration, dans le Paris actuel, par deux frères afghans, Rohid et Mujib, qui à la chute de Kaboul ont réussi à fuir l’enfer taliban où, enfants de la bourgeoisie (leur mère est procureur) ils étaient évidemment menacés. Le film ne dira rien de leur calvaire, mais s’il faut en croire le cinéaste dans le dossier de presse, Rohid et Mujid Rahim ont gagné l’Europe via la Bulgarie où ils ont été emprisonnés pendant trois mois, ont rejoint la Slovénie. Là, tabassés par des Afghans d’une autre ethnie, laissés pour morts, ils ont commencé par passer sept mois à l’hôpital avant de parvenir à atteindre l’Italie, puis la France. Restée au pays avec leurs deux jeunes frères et sœur, leur mère, harcelée par les Talibans, survit désormais en se cachant.  

Le cinéaste a connu Rohid et Mujib il y a cinq ans, dans le cadre d’un atelier de théâtre qu’il animait à France Terre d’asile. Ce film de fiction comme pétri dans le documentaire conserve leurs prénoms aux personnages qu’ils incarnent, jouant peu ou prou leur propre rôle. Le comédien « qui monte » (cf. Dheeepan, K contraire, Rue des dames, Suprêmes, et bientôt Stranger et Brûle le sang) Sandor Funtek, 34 ans –  mais comment fait-il pour en paraître dix de moins ? – garde également son prénom à l’état civil dans l’emploi que lui donne Vincent Cappello, celui de l’ami aidant qui fournit à Rohid des petits jobs ponctuels sur les locations RBNB dont il s’occupe. Le pudique Rohid, poète à ses heures, aura aussi posé (sans enlever pantalon et teeshirt) pour une femme peintre, contre quelques billets bienvenus…

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On n’est pas obligé de partager les positions politiques de Vincent Cappello. Mais ce qui rend son film intéressant, c’est qu’évitant la posture lacrymale, il n’esquive pas pour autant le tragique de la situation : incertitude quant au sort de la famille abandonnée à la férule d’un Etat islamique rançonnant la mère, à qui Rohid tente d’envoyer le peu d’argent qu’il gagne au noir ; malaise entre les deux frères, le cadet, Mujib, scotché à son smartphone pour s’y livrer à des jeux stupides et incapable de surmonter le traumatisme de l’exil, tandis que l’aîné, concentré sur l’apprentissage du français, fait tout pour satisfaire aux conditions légitimement exigées par les services sociaux afin d’obtenir l’intégration légale à laquelle il aspire…

Dans sa simplicité, sa douceur, Nouveau monde a bon cœur.      

Nouveau monde. Film de Vincent Cappello. Avec Rohid Rahim, Sandor Funtek. France, 2023. Durée: 1h15. En salles le 19 juin 2024.

Bande-annonce de Nouveau monde, de Vincent Cappello.

Violée à 12 ans parce que Juive et pour venger la Palestine : la triste moisson de la haine antisémite

Qui aurait pu croire que les méthodes utilisées par le Hamas le 7 octobre finiraient par être pratiquées en France – et par des jeunes de 12 et de 13 ans? Dans cette banalisation effroyable de l’antisémitisme, l’islamise a bien entendu sa part de responsabilité, mais aussi la gauche française. Tribune de Céline Pina.


La moisson de la haine anti-juive semée au nom de la Palestine continue à être abondante. Le crime contre l’humanité commis le 7 octobre en Israël avait déjà abouti à ce que les agressions commises contre les Juifs se multiplient, au lieu de déclencher une vague de solidarité. Mais curieusement, si on connait les victimes comme les raisons de ces agressions (antisémitisme culturel arabo-musulman excité par l’importation en France du conflit israélo-palestinien), l’origine et les motivations des agresseurs, elles, sont dissimulées. Il faut dire que le discours extrêmement violent de LFI sur le conflit à Gaza a des effets délétères très inquiétants sur notre sol. On vient d’en avoir l’illustration d’une façon particulièrement choquante : une enfant de 12 ans a été violée sauvagement par 3 garçons de son âge à Courbevoie. Les raisons invoquées de ce qui apparait comme une sorte d’expédition punitive ? La victime était juive et il faut venger la Palestine.

Le rôle de LFI dans l’explosion de l’antisémitisme

Difficile de croire qu’à 12 ans, ce genre de stupidités politiques a germé naturellement dans le cerveau de ces jeunes. Difficile de ne pas interroger la violence des discours entendus dans le milieu familial, le quartier, mais aussi la logorrhée anti-juive déversée devant les universités, sur les grands médias, difficile de ne pas interroger la starification de Rima Hassan, dont les discours incendiaires activent la violence antisémite. Difficile de ne pas repenser aux horreurs déversées à longueur de meetings par les ténors de LFI sur Israël et les « Sionistes », façon pratique de qualifier les Juifs et de dire toutes les horreurs possibles sans avoir à en répondre devant la loi. Dimension antisémite dans le choix de la victime, référence à la Palestine pour justifier les horreurs commises, les jeunes agresseurs mis en cause à Courbevoie feraient de bons combattants du Hamas. Ils en maitrisent les codes de communication en tout cas. Mais silence ! il faut évacuer au plus vite la dimension politique de l’usage du viol dans ce cadre, comme sa dimension religieuse.

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Dans cette campagne électorale où les pires mensonges peuvent être déversées sur le RN, l’accusant de ne pas se soucier de la cause des femmes ou d’être un danger pour les homosexuels (ce qui équivaudrait à sacrifier un nombre conséquent de leurs propres cadres au passage), la gauche, elle, n’a à répondre d’aucune de ses forfaitures : il ne faudrait pas désespérer Billancourt en lui montrant à quel point celle-ci se moque des difficultés sociales des travailleurs et se consacre uniquement à faire avancer l’agenda des islamistes. Or ce qui est arrivé à cette enfant de 12 ans témoigne de la pénétration des représentations islamistes dans la tête de gamins qui ont grandi en France et ont été scolarisés à l’école de la République. La gauche LFI et ses alliés, en qualifiant de « résistants » des tortionnaires, ont rendu leurs actes légitimes. Les horreurs du 7 octobre ont donc été reçues acceptables et justifiables dans le cadre d’un combat contre un soi-disant colonialisme et contre le racisme que supporteraient les Palestiniens (accusation d’apartheid et de génocide). Or ces accusations justifient toutes les exactions commises à l’égard de la population juive. Toutes. Les femmes violées jusqu’à en mourir, les enfants brûlés vifs, les parents torturés devant leurs enfants et vice-versa avant d’être abattus, les femmes enceintes éventrées, les hommes émasculés retrouvés le sexe dans la bouche, les femmes abattues d’une balle tirée dans le vagin… C’est atroce ? Oui ! Mais c’est cette haine qu’il faut regarder en face car elle n’est pas circonscrite à Gaza. C’est la même haine qui est semée dans le discours exalté de la résistance et de la martyrologie que diffusent les islamistes, dans le discours qu’a répandu Rima Hassan durant toute la campagne des Européennes et dont LFI fait le cœur de sa stratégie. Une fois cette haine semée, vient le deuxième acte de la montée de la haine : l’installation du mensonge islamophobe.

Un discours sur persécution des musulmans chargé de créer une contre-société islamique

Ainsi, après avoir justifié l’antisémitisme en effaçant le crime du 7 octobre pour le remplacer par un faux génocide commis par les Juifs sur les Palestiniens, encore faut-il faire en sorte qu’une majorité de musulmans et la totalité de la gauche dévoyée épousent cette lecture-là du conflit. Or rien de mieux pour faire d’une logique communautaire, une organisation communautariste politique violente que la victimisation. L’organisation clanique devient ainsi un mode de défense pour lutter contre une persécution. Voilà à quoi sert le concept d’islamophobie : à rétablir le blasphème et à faire de l’islam une religion impossible à critiquer certes, mais surtout à créer une société séparée de la société française. Une contre-société qui se vit comme menacée et agressée et auquel l’organisation communautaire donne une identité et des moyens d’attaque et de défense. Dans ce cadre, le fait d’avoir des papiers français ne présage en rien de la façon d’envisager le rapport à la France. La jeunesse arabo-musulmane en France est sensible à ces représentations, de nombreux sondages et de nombreuses études l’ont mesuré. Or elle n’a pas de raison à être plus portée qu’une autre à la haine de la France, mais celle-ci est semée, cultivée, encouragée que ce soit par les pays d’origine (l’Algérie en est l’exemple le plus criant) ou que ce soit par les islamistes (les frères musulmans dominent aujourd’hui l’islam en France et tiennent la mosquée de Courbevoie entre autres).

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Vous serez donc heureux d’apprendre que pour Rima Hassan, Jean-Luc Mélenchon et LFI dans sa majorité, la France pratique le racisme systémique, le colonialisme et soutient un génocide (inventé pour les besoins de leur cause). Donc que les Français ne valent pas mieux que les Israéliens. Cela explique pourquoi, ces derniers jours, des crans sont franchis dans l’horreur. Violer une gamine de 12 ans parce qu’elle est juive est dans l’ordre des choses pour ses agresseurs. C’est rendre justice à la Palestine. Le Hamas doit être fier du travail réalisé en France par LFI pour rendre son idéologie aussi féconde.

Quand violer une jeune fille juive, c’est venger la Palestine

Et oui, pour certains, les horreurs commises le 7/10 sont sources d’inspiration et sont parfaitement reproductibles en Europe. Pour des esprits jeunes, influençables, le fait d’être travaillés par le discours des islamistes et celui de leurs relais, LFI, a fait tomber bien des inhibitions. La légitimation du pogrom du 7/10, aussi. Or, quelles images étaient parmi les plus marquantes et ont le plus circulé : celles de ces filles au pantalon maculé de sang à force de subir des viols. Cela a excité une partie de cette jeunesse de voir qu’il n’y avait plus de limite infranchissable et que l’on pouvait ergoter sur un crime contre l’humanité. Mais pour cette jeunesse-là, dont le fond d’écran est un mélange d’idéologie islamiste et gauchiste, l’excitation ressentie a encore augmenté quand ils ont vu que beaucoup de féministes, notamment les intersectionnelles, cautionnaient ces viols au point de chasser les associations des femmes israéliennes de manifestations sur les violences faites aux femmes.

L’antisémitisme relégitimé par la gauche

Le fait que l’antisémitisme soit aujourd’hui porté par la gauche le rend acceptable et décomplexé. Se greffent là-dessus les dégâts que font les fausses accusations de génocide sur la jeunesse communautarisée des quartiers. Ceux-ci n’ont aucun recul ni aucune culture. Ils vivent ce mensonge comme une eschatologie, dont ils sont les héros ; une lutte du bien contre le mal dans laquelle ils veulent faire leur part. C’est ce qui explique que ces violences doivent être combattues au plus haut niveau et implique que l’Etat arrête de créditer le discours de LFI en ne dénonçant pas les mensonges de la propagande du Hamas, en interdisant que les universités deviennent les lieux où la propagande du Hamas se déploie, en arrêtant d’être ambigu dans la lutte contre l’antisémitisme : interdiction des associations pro-palestiniennes qui diffusent des mots d’ordre antisémites, expulsion des étudiants ayant organisé ce type de manifestations, suppression des chaires anti-discrimination et diversité, chevaux de Troie de l’entrisme islamiste et gauchiste à la faculté…

En attendant, qui, parmi les politiciens indignes dont les paroles fausses et enflammées ont créé les représentations et conditions qui ont abouti au viol de cette jeune fille lui demandera pardon? Personne. Qui modérera son discours? Personne. Qui chez LFI regardera en face les conséquences d’une dérive antisémite consentie par les militants et les électeurs de leur parti ? Qui à gauche baissera les yeux sur cette alliance du Nouveau Front populaire qui cautionne ces dérapages ? Personne.

Semer la haine : une activité électoralement rentable pour la gauche

Pourquoi ? Parce que cette haine qu’ils sèment est rentable électoralement. Elle leur permet de faire un carton plein dans les banlieues islamisées sans détourner d’eux le vote bobo et élitaire de gauche (journalistes, artistes, hauts fonctionnaires…). Et puis, puisque la gauche peut rassembler 25% à 28% des électeurs, qui continuent à se croire dans le camp du bien, même quand leur camp en arrive à discuter pendant deux jours pour savoir si l’antisémitisme est un problème. Elle continue à se croire dans le camp du bien, même quand elle explique que les tortionnaires du Hamas sont des « résistants ». Puisque les électeurs suivent et sont prêts à valider n’importe quelle ligne, du moment qu’on leur dit « Union de la gauche » avec des trémolos dans la voix, pourquoi se gêner? Et pourquoi travailler sur ces questions alors que socialistes et écologistes sont prêts à signer des accords, où la question de l’antisémitisme est évacuée en deux lignes au bénéfice de la dénonciation du blasphème contre l’islam (islamophobie)?

La gauche peut donc sans danger sacrifier certains de ses compatriotes, juste pour sa gamelle. C’est déjà choquant en soi, mais que ses électeurs continuent à la suivre aveuglément et ferment ainsi les yeux sur les conséquences de l’irresponsabilité de leurs élus, l’est encore plus. Une gamine de 12 ans a payé le prix de cette lâcheté. Ce qu’elle a subi est indigne et injuste. Cela personne ne peut le réparer. Mais le pire est que surtout cette gauche s’en moque. Elle considère dans le fond que nous sommes des œufs dont on fait les omelettes et que cette enfant est un dégât collatéral. C’est à la fois indigne et dangereux.

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Cartel des gauches : la nuit des seconds couteaux

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La grande alliance construite par les différents partis de gauche est plus que fragile. Dès la fin des élections, les partenaires – surtout Mélenchon et Hollande – seront à couteaux tirés. Pour sa part, Emmanuel Macron fait le grand écart afin de reconstituer son bloc centriste. L’analyse de Gabriel Robin.


La vie politique de la gauche ne fut pas un long fleuve tranquille ces dernières années. Arrivée miraculeusement au pouvoir en 2012, alors que Nicolas Sarkozy avait toutes les cartes en main pour s’installer durablement durant son quinquennat, la « gauche plurielle » a depuis lors beaucoup perdu dans le cadre de la grande recomposition politique que nous traversons depuis les élections européennes de 2014 où le Front National d’alors était arrivé en tête pour la première fois de son histoire avec 24,86 % des voix.

L’atomisation de la gauche s’est construite en deux étapes principales qui ont détruit l’hégémonie socialiste qui avait été le socle de toutes ses victoires depuis 1981. Elle a d’abord été rendue possible par l’impopularité croisée de François Hollande qui a été rejeté par les siens en mettant en chantier les lois dites « travail » ou El-Khomri, et, évidemment par la droite, dans le contexte post « Manif pour tous ». En outre, la série d’attentats islamistes qui ont ensanglanté la France tout au long des années 2015 à 2017 a alimenté le discours anti-immigration et sécuritaire porté par un Front National alors en pleine mue.

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Il faut savoir que le Parti socialiste qui est arrivé au pouvoir en 1981 sur la base d’un « programme commun » avec le Parti communiste est issu de la synthèse du Congrès d’Epinay de juin 1971. C’est à cette occasion que François Mitterrand devint premier secrétaire du parti, remplaçant Alain Savary et installant l’idée de l’union de la gauche. Des figures célèbres furent à la manœuvre, à l’image de Jean-Pierre Chevènement et Pierre Mauroy qui représentaient notamment l’aile gauche et le CERES. Ce compromis autour du « parti socialiste » s’est effondré sous François Hollande.

D’abord, le 10 février 2016, date de la création de La France Insoumise par Jean-Luc Mélenchon, lui-même ancien de l’aile gauche socialiste qui a pu ainsi renouer avec ses premiers amours lambertistes et former une jeune garde de cadres entièrement dévouée à sa personne. Ensuite, par la formation de La République En Marche par le ministre de l’économie du gouvernement Valls II, un certain Emmanuel Macron. Par cette transgression initiale que Gérald Darmanin avait très justement qualifiée de « bobopopulisme », Emmanuel Macron a acté les contradictions d’Epinay qui ont culminé lors de la primaire du Parti socialiste qui a vu s’opposer lors d’un duel violent Manuel Valls à Benoit Hamon. La gauche était alors irréconciliable, atomisée façon puzzle sur à peu près tous les items politiques fondamentaux : sécurité, laïcité, immigration, économie ou encore éducation.

La France Insoumise : le parrain du cartel ?

En 2022, Jean-Luc Mélenchon a mis temporairement la main sur la gauche. Terminant bon troisième et pas loin d’accéder au second tour juste derrière une Marine Le Pen devancée par le président Macron – avec tout de même 1,6 millions de voix de plus -, Jean-Luc Mélenchon n’était qu’à 400.000 voix de Le Pen. Il s’en est fallu de peu, de très peu… Un meilleur score d’Eric Zemmour l’aurait ainsi porté au second tour ce qui aurait changé toute la dynamique de ce quinquennat. Las, il n’en fut pas ainsi pour l’éternel troisième Mélenchon. Il a, en outre, pâti depuis deux ans des divisions de la gauche et du comportement absolument sidérant de ses députés à l’Assemblée nationale comme en dehors, sans cesse provocateurs et plus qu’ambigus vis-à-vis de l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre. La radicalisation mélenchonienne s’est notamment incarnée au travers de plusieurs figures polémiques mises en avant au cours des derniers mois, dont la plus célèbre est désormais Rima Hassan.

Embrassant non pas simplement l’idéal de la « diversité et du progressisme » cher à Terra Nova, Jean-Luc Mélenchon a tout simplement abandonné le prolétariat classique de la gauche qu’il avait en partie su regagner entre 2016 et 2022 avec l’émergence de personnages plus consensuels et enracinés comme François Ruffin. Il a tout misé sur deux électorats : les très jeunes urbains et la « banlieue » au sens large qu’il a encore plus draguée avec l’antisionisme assumé depuis le 7 octobre. Il n’hésite plus à investir des lambertistes ou des radicaux tels que Philippe Poutou dans l’Aude ou le meneur antifa et fiché ‘S’ Raphaël Arnault dans le Vaucluse, ou encore à maintenir une grande ambiguïté avec un certain conspirationnisme d’extrême gauche qui le voit flirter avec la rhétorique d’un Poutine qu’il n’ose plus condamner que du bout des lèvres, même au plus fort de la guerre.

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Cette rupture avec la France populaire a d’ailleurs été observable lors des élections législatives de 2022, à telle enseigne que certains analystes de le carte électorale pour le Rassemblement National ont constaté une migration directe des voix LFI à la présidentielle qui s’est traduit par l’élection de nombreux députés RN dans le Nord-Est. Là où Mélenchon perdait 5 points, Le Pen gagnait mécaniquement 5 points. Hors quelques endroits bien ciblés, comme la circonscription de François Ruffin dans la Somme, LFI était dépassée dans les endroits en déshérence sociale mais marqués par une sociologie plus « franchouillarde » où la demande d’autorité et de sécurité était importante.

La purge du vendredi 14 juin au soir aura sûrement achevé de les convaincre que Jean-Luc Mélenchon a tout du « tyran ». Pour un geste et un mot de trop, il a éliminé des lieutenants qui le suivaient fidèlement, détruisant politiquement et humainement ceux qui n’étaient pas des « lignards ». De manière amusante, on a d’ailleurs pu voir sur Twitter des commentaires de proches et de militants pro Mélenchon écrire que des gens comme Corbières, Garrido ou Simonnet devaient « tout au parti » qui en retour ne leur « devait rien ». La référence au PPF de Doriot leur échappe sûrement, la culture politique n’étant plus ce qu’elle était autrefois, mais le parallèle est tout de même saisissant. Les exécutés, qui sous Staline auraient fini avec une balle dans la nuque ou affamés au Goulag, ont la chance de ne pas vivre dans le modèle de société que défend leur formation politique : ils seront tous candidats opposés au candidat LFI soutenu par le Nouveau Front Populaire. De quoi promettre quelques moments sportifs sur le terrain.

Au-delà de la politique, il y a l’éthique élémentaire. Celle dont sont dépourvus les appareils claniques et les machines militantes idéologiques, pour qui l’homme ou la femme qui s’engagent sont corvéables à merci et jetables au premier désaccord. Cela inspire-t-il confiance en leur projet ? Non. Et c’est peut-être aussi inquiétant que les outrances gauchistes, islamo-compatibles et racistes anti-blancs des « Insoumis », sans même évoquer le programme économique qui nous mettrait sous le feu du FMI comme le Venezuela de Maduro.

Et pour le « cartel » : one-shot habile ou amour durable ?

Les « cartels » sont un grand classique de la gauche française. « Séparés, ils frappaient ensemble », dit un jour Léon Trotski. C’est le principe du « cartel » électoral. De la fin du XIXème siècle à 1936 avec le Front Populaire, c’est ainsi que la gauche a procédé pour gagner le pouvoir. Hier sur BFM TV, Jean-Christophe Cambadélis qui représente l’éternel lieutenant tenant du « parti » a expliqué de la sorte l’inclusion surprise de François Hollande au Nouveau Front Populaire : « Hollande est dans la course pour ne pas laisser la gauche à Jean-Luc Mélenchon et la France à Marine Le Pen ». Tout est dit. Il trace d’ailleurs ici une forme d’équivalence. La référence au poème d’Aragon appelé « La Rose et le Réséda », aussi aimé des socialistes que des communistes, dévoile la logique du procédé.

On peut le résumer ainsi : les socialistes pensent faire aux Insoumis le coup de Blum, les Insoumis espèrent faire celui des Bolchéviques aux socialistes. Le tout justifié par la peur des Blancs – sans mauvais jeu de mots -, aujourd’hui comme hier. Le pari est moins risqué pour les Insoumis, puisque Jean-Luc Mélenchon a totalement intériorisé le changement démographique et sait tenir la rue. Investir Arnault et Poutou est aussi miser sur le fameux « troisième tour ». L’histoire bégaye et la gauche s’abandonne à ses instincts grégaires et purgeurs.

De son côté, François Hollande doit fourbir ses armes et préparer la future « nuit des seconds couteaux ». Il pourrait même se révéler un faiseur de roi en cas de blocage, quittant le Front Populaire pour former une majorité non pas avec Mélenchon, ce qui est totalement improbable, mais avec un certain… Emmanuel Macron. De fait, ce dernier cherche à reconstituer le bloc central en divisant ses forces sur deux fronts opposés. Un d’opposition ouverte à la gauche qu’il va tenter d’assimiler intégralement aux Insoumis à raison, l’autre à la logique unioniste bonapartiste du Rassemblement National qu’il veut disqualifier mais qui prospère sur ses manques (autorité, identité, sécurité comme l’a rappelé Nicolas Sarkozy au JDD). Pour accomplir ce très périlleux grand écart et empêcher les deux autres blocs de gagner, il doit diaboliser la gauche pour fracturer son électorat et montrer à une partie de la droite qu’il a entendu la leçon sur le régalien et que leur patrimoine financier est en danger. Complexe…

Stuart White versus Charlotte Lewis

Ancien correspondant d’un tabloïd anglais aux États-Unis, Stuart White est venu à Paris témoigner pour Roman Polanski, attaqué en diffamation par Charlotte Lewis. Cette ancienne comédienne, qui accuse le réalisateur de l’avoir violée en 1983, prétend que White a trafiqué un entretien de 1999 où elle encensait Polanski. Rencontre avec un journaliste qui tient à son honneur.


Faut-il se fier à la parole d’une femme ? Oui, répond Stuart White – quand elle dit la vérité. On doit donc apprécier la cohérence et la sincérité de son récit. C’est à Paris que j’ai rencontré cet ancien journaliste qui, après quarante ans dans la profession, a pris sa retraite en 2003 pour devenir scénariste. Début mars, il a pris l’Eurostar afin de témoigner au procès pour diffamation intenté à Roman Polanski par l’actrice britannique, Charlotte Lewis.

En 2010, lors d’une conférence de presse, cette dernière accuse le cinéaste d’avoir abusé d’elle sexuellement en 1983 « de la pire manière possible »– sans ajouter d’autres détails.

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À l’époque, en 1983, elle avait 16 ans et cherchait un rôle dans Pirates, le film de Polanski qui sortira en 1986. Après son annonce tonitruante, les médias déterrent une interview de 1999 qu’elle avait accordée à White, alors correspondant américain du journal britannique News of the World. Elle y donne une image si différente d’elle-même et de ses relations passées avec Polanski (qu’elle encense) que sa crédibilité est compromise. En 2018, elle revient à la charge en substituant à l’accusation d’abus sexuel celle de viol. En même temps, elle proclame que l’entretien de 1999 ne reflétait pas ce qu’elle avait dit, était truffé de mensonges et avait été publié sans son plein accord. Se confiant à Paris Match en 2019, Polanski réfute les allégations de Lewisen citant de nouveau l’interview de 1999. Quelques mois plus tard, l’actrice assigne le réalisateur en justice pour avoir porté atteinte à son honneur. C’est ainsi que Stuart White, alerte retraité de 77 ans, a été amené à traverser la Manche pour défendre son propre honneur et rétablir les faits.

L’âge d’or du tabloïd

À l’audience du 5 mars, l’avocat de Lewis a tenté de disqualifier News of the World en taxant ce tabloïd de journalisme bas de gamme. Certes, le titre a cessé de paraître en 2011 à la suite d’un scandale de piratage téléphonique mais, selon White, ce jugement hâtif trahit une incompréhension profonde du monde des tabloïds avant 2000. Si ces derniers payaient souvent les gens qui leur apportaient des révélations, ce n’était pas pour récompenser l’invention de faux récits, mais pour se réserver l’exclusivité de l’histoire. La publication par un journal d’affabulations mensongères l’aurait exposé (et l’exposerait encore) à des poursuites pour diffamation souvent très coûteuses. Un reporter comme White était formé non seulement pour dénicher des scoops, mais aussi pour trier le vrai du faux.

Après un apprentissage dans la presse locale, White rejoint la presse nationale en 1969. Généraliste, il a couvert les événements en Bosnie, en Croatie et au Rwanda. À cette époque, les journalistes ne restaient pas beaucoup derrière un écran d’ordinateur. L’activité principale s’appelait « knocking on doors » (« frapper aux portes ») car, avant l’e-mail et Zoom, on devait repérer ses interlocuteurs et insister pour les voir.

En 1994, White devient rédacteur principal de News of the World aux États-Unis. C’est là qu’il couvre le scandale Clinton-Lewinsky et le 11-Septembre. C’est là que, à Los Angeles, il rencontre Charlotte Lewis.

1999, l’interview fatidique

Après Pirates et le succès de Golden Child, de 1986, où elle partage la vedette avec Eddie Murphy, la carrière de l’actrice a du mal à décoller. Panier percé ayant des problèmes d’addiction, la gloire la fuit. En 1996, White a la preuve que Lewis a fait une cure de désintoxication. Ils’apprête à publier l’histoire quand il reçoit un fax comminatoire d’un cabinet d’avocats, suivi d’un appel téléphonique de la part de Lewis, en pleurs. Elle le supplie de ne pas publier cette nouvelle qui est fausse et ruinerait sa carrière. Il obtempère, sachant qu’il ne pourra pas produire sa preuve devant un tribunal. Mais quand un jour il croise Lewis, elle lui annonce que l’histoire était vraie et ses sanglots, du cinéma, ajoutant : « Je suis une bonne actrice, n’est-ce pas ? » White savait déjà qu’elle lui avait menti, mais le fait qu’elle s’en vante dévoile tout un pan de sa personnalité. Néanmoins quand, en 1999, elle veut vendre son histoire, car elle est fauchée, il est prêt à l’écouter. L’interview se déroule sur plusieurs séances. Après la production d’un premier texte, White est informé par sa direction que le récit des amours de Lewis ne vaut pas le cachet de 30 000 livres qu’elle a perçu, mais que l’agent de cette dernière propose d’autres révélations de sa cliente. Dans un nouvel entretien, Lewis raconte comment, en faisant l’école buissonnière dans les boîtes de nuit londoniennes au cours de l’été 1981, elle est tombée dans la prostitution à l’âge de 14 ans.

Charlotte Lewis et Roman Polanski lors de la présentation du film Pirates au 39e Festival de Cannes, 9 mai 1986. ©Benaroch/guilloteau/sipa

Dans son nouveau texte, White la présente avec délicatesse comme une victime. Il ne fait aucune référence à un article publié par son journal en 1988 qui corrobore ces révélations : un jeune entrepreneur y dévoile ses frasques et ébats sexuels avec la future actrice au cours de l’été 1981. Lewis explique ensuite comment elle est passée de cette phase malheureuse de sa vie à la gloire. Devenue mannequin à 15 ans, elle rencontre Polanski à Paris à 16 ans par l’intermédiaire d’une amie, Karen Smith. Il fait d’elle une actrice et lui permet de partir pour Hollywood. Lewis affirme alors que c’est elle qui a séduit le cinéaste à 17 ans, ajoutant :« J’avais probablement plus envie de lui que lui de moi. » Ils seraient restés amants pendant six mois. White la consulte plusieurs fois pour vérifier des détails. Il le sait, car il a tenu un journal qu’il possède toujours et qu’il a soumis au tribunal parisien. Lewis ne pouvait pas ignorer les révélations du texte final et si elle n’avait pas été d’accord, elle aurait pu réclamer des dommages et intérêts au journal. Mais elle ne l’a pas fait. Elle a empoché les 30 000 livres et, après deux derniers films en 2003, elle est rentrée à Londres. Sa carrière apparemment finie, elle a donné naissance à un garçon.

La machine s’emballe

Son retour fracassant sur la scène médiatique a donc lieu en 2010. Polanski est alors en résidence surveillée en Suisse, dans l’attente d’une éventuelle extradition vers les États-Unis dans le cadre de l’affaire Samantha Geimer. Lewis crée une société de production destinée à tourner un documentaire sur ses aventures hollywoodiennes et prend contact avec White en lui demandant d’admettre que son texte de 1999 ne correspond pas à ce qu’elle avait dit. Il refuse. Lewis se présente quand même devant les caméras à Los Angeles le 14 mai 2010, à côté de son avocate, Gloria Allred, pour dénoncer celui qui avait lancé sa carrière. Les accusations restent pourtant vagues. Dans une courte déclaration, Allred décrit sa cliente comme ayant été « victimisée » et reproche à Polanski un comportement de « prédateur sexuel ». Bien que la prescription en Californie pour des crimes sexuels soit de dix ans, elle estime que les déclarations de Lewis pourraient s’avérer utiles dans un éventuel procès si Polanski est extradé. Si jamais un juge trouvait que le mode opératoire était le même dans le cas de Lewis que dans celui de Geimer, la condamnation de Polanski pourrait être encore plus sévère. Quand un journaliste lui demande si le cinéaste a drogué et violé Lewis, Allred, gênée, refuse d’employer d’autres termes que ceux, très imprécis, qu’elle a déjà utilisés. Deux jours plus tard, Libération parle de l’interview de 1999 et, le 25 mai, le texte est republié sur le site de BHL. Lewis retombe dans l’obscurité médiatique. Jusqu’à ce que l’affaire Weinstein et un entrepreneur israélien lui offrent une nouvelle occasion.

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Se proclamant féministe, Matan Uziel lance la chaîne YouTube Real Women/Real Stories en mars 2016. Dans les vidéos postées, des femmes témoignent des méfaits du sexisme. Certains témoignages semblent fiables, d’autres, consacrés à la pédophilie, frôlent le complotisme. Entre août et novembre 2017, trois nouvelles accusatrices dénoncent Polanski pour des agressions sexuelles. En octobre, l’affaire Weinstein éclate. Flairant une opportunité, Uziel crée le site imetpolanski.com qui invite des femmes à témoigner contre le cinéaste. Sur Twitter, il promet une récompense de 20 000 dollars, mais avouera par la suite qu’il ne disposait pas d’une telle somme. Il prétend avoir reçu cinq témoignages de femmes dont ni l’identité ni le récit ne seront jamais divulgués. Une sixième rend publiques ses accusations à travers le tabloïd anglais The Sun. Dans cette atmosphère, Lewis peut-elle faire un come-back ? Dans le contexte d’une tentative pour récupérer la garde de son fils qu’elle aurait perdue, elle a déjà une nouvelle approche. En 2016, elle contacte son ancienne amie, Karen Smith, pour lui demander une déclaration écrite confirmant que Polanksi l’a violée à Paris en 1983, ce que Smith accepte. Restant consciente du danger que représente l’entretien de 1999, elle contacte Bernard-Henri Lévy, début 2017, pour lui demander de l’effacer de son site. En vain. La seule solution désormais sera de nier la véracité de cette interview.

La MadonneMeToo aux pieds d’argile

C’est ainsi qu’elle enregistre une vidéo pour la chaîne d’Uziel en 2018, dont une version courte sera postée en décembre et une version longue (avec 158 000 vues), en septembre 2020. Pour la première fois, elle parle de « rape », « viol », et laisse entendre qu’elle avait déjà prononcé le mot en 2010, ce qui est faux. Elle fournit enfin des détails sur l’agression : invitée avec Smith à passer la nuit dans un appartement attenant à celui de Polanski, elle se serait trouvée seule chez le cinéaste à la fin d’une soirée arrosée. Il l’aurait droguée avant de la contraindre par la force physique à avoir des rapports sexuels.

Pourtant, l’ombre de 1999 n’a pas disparu. En janvier 2019, elle échange des e-mails avec White pour le convaincre – toujours en vain – d’admettre que la fameuse interview était mensongère. Cela ne l’empêche pas d’accorder une interview filmée à L’Obs en décembre (795 000 vues) où elle prétend que le journaliste lui aurait avoué que son texte ne correspondait pas à ce qu’elle avait dit. En décembre 2021, Catherine Balle, qui a rencontré Lewis à Londres, révèle dans Le Parisien l’existence de l’attestation de Smith. Seulement, un an plus tard, Le Point apprend à ses lecteurs que Karine Smith est revenue sous serment sur son témoignage de 2016 : elle dit n’avoir confirmé le récit de Lewis que pour l’aider à récupérer son fils. En réalité, elle n’avait jamais entendu parler d’un viol ou d’une quelconque agression par Polanksi.

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La naïveté de nos médias « sérieux », si dévoués à la cause de la vérité, est démontrée par la manière dont ils ont repris en chœur la version selon laquelle Lewis, en 2010, avait déjà parlé de viol.  Pour savoir ce qu’elle avait en tête à cette époque, il suffit de lire l’interview qu’elle a accordée au Mail on Sunday deux jours après l’annonce de Los Angeles. Là elle livre une version complètement différente de l’interaction avec Polanski en 1983. Toujours chez lui, il aurait expliqué qu’il avait besoin de coucher avec elle pour la former en tant qu’actrice. Refusant, elle serait retournée dans l’autre appartement pour discuter avec Smith mais, consciente qu’elle avait besoin d’argent, elle aurait décidé d’aller céder au cinéaste. Une contrainte psychologique et économique, certes, mais pas de contrainte physique, pas de drogue, pas de viol.

Depuis 1999, Lewis nous a donné trois versions très différentes de son histoire, peut-être toutes fausses. Pourquoi, avec le temps, son récit se rapproche-t-il du mode opératoire de l’affaire Geimer ? Opportunisme ? Pourquoi se déplacer à LA et à Paris pour accuser, quand la prescription pour viol n’existe pas au Royaume-Uni ? Peur de confronter son histoire avec les faits ? Aujourd’hui, le travail de scénariste de Stuart White lui permet de s’adonner à sa passion des histoires vraies, comme celle d’Eugène-Jacques Bullard, le premier as de l’aviation afro-américain, ou celle de Marie Reille, une des premières personnes à alerter sur les horreurs d’Auschwitz. L’historien romain Tite-Live nous enjoint à étudier l’histoire afin d’imiter les bons exemples et d’éviter les mauvais. Qui dans cette histoire nous donne le meilleur exemple de fidélité à la vérité ?

Lola, t’en va pas !

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Femme du monde chez Fellini, entraîneuse chez Demy, script-girl chez Lelouch, l’actrice Anouk Aimée à la carrière internationale vient de s’éteindre à l’âge de 92 ans. Elle incarnait la grâce et la beauté renversante des mondes disparus.


La dernière fois que je l’ai vue, elle lisait sur scène des lettres avec Philippe Noiret au Théâtre de la Madeleine. Presque vingt ans déjà, et ce soir-là, ces deux monstres nous surplombaient d’une élégance peu commune. Nous étions émus et impressionnés. Ils existaient donc vraiment, ce n’étaient pas des créatures imaginaires. Les spectateurs avaient l’intime conviction que deux géants les visitaient et, que plus jamais, ils ne reverraient une telle féérie. Deux voix de cinéma, deux appels dans la nuit. Anouk, c’est un mirage des années 1950-1960, le contre-pouvoir fantasmatique aux starlettes carrossées comme des Estafettes, aucune courbe superflue sur sa silhouette d’ascète, aucune outrageante attitude, seulement un érotisme corseté, presque militaire, fortement explosif, d’une sécheresse qui inonda le cœur des solitaires à travers toute la planète.

Dire qu’elle était belle, est un euphémisme. Je la vois sur papier glacé, dans son économie de mots et de gestes, statuaire et ensorcelante. Parce qu’elle était mesurée, sur la retenue, à la limite de l’implosion, parfois même étrangère à la marche du monde et donc totalement inaccessible, nous la vénérions. Les Hommes modernes qui ne croient ni aux dieux, ni au progrès, ont quelques compensations dans leur athéisme, ils avaient Anouk rien que pour eux, dans les salles obscures. Tout peut s’effondrer, la démocratie et les idéaux, Anouk nous reliait à l’essence même du désir et de l’émoi, dans l’arrière-cour de nos sentiments inavoués. Comment s’approcher de l’une des dernières déesses du 7ème art sans l’importuner, sans la trahir, sans la revêtir d’une fausse fourrure, elle qui s’engagea pour la défense des animaux et de la nature ? Peut-être qu’il ne faudrait rien proclamer, ne rien dire, annoncer son décès simplement et se recueillir. Se soumettre encore une fois à sa distance. Ne pas s’aveugler d’extraits et d’exégètes sur les plateaux. Accepter notre tristesse et ne pas en faire commerce. Conserver pieusement son image comme un talisman précieux, la trace d’un monde où une jeune fille née Dreyfus qui avait échappé aux charriots de feu projeta son incandescence courtoise sur les murs d’Hollywood, de Rome ou de Paris.

Cette brune longiligne à l’intonation paresseuse et aristocratique nous plongeait dans la perplexité. Les autres, les girondes, les enflammées, les rocailleuses, les tempétueuses, on peut émettre un avis sur leur carrière, mais elle, avec cette réserve malaisante qui terrassait les durs à cuire, nous manquons de vocabulaire. Elle nous déroute, contredit nos schémas de pensée, dérègle notre masculinité farouche. Nous n’avons pas attendu certaines féministes pour se déconstruire, Anouk avait engagé notre reformatage, voilà soixante-dix ans ! Son jeu à l’os qui prenait le pouvoir sur les lumières et les outrances du spectacle, est toujours aussi actuel. Elle imposait aux réalisateurs son propre rythme, d’abord ce débit lent et ses silences, son décalage naturel s’insinuait dans le moindre interstice, en une réplique, une main se recoiffant, une cigarette à sa bouche, elle désarçonnait la mécanique huilée de ses partenaires. Comment donc la qualifier sans la réduire ? Chez elle, il y a un air de samba brésilienne derrière le masque de fille sage. Pour les cinéphiles, ce sont des pans entiers de la tapisserie qui se détachent aujourd’hui. Anouk en lunettes noires et robe de soirée, nus pieds, qui parle à Marcello par l’entremise d’une fontaine. Anouck était ce palais plein de mystères et cette autoroute de l’Ouest, un dimanche soir pluvieux, quand le train de Deauville est parti sans nous. Jean-Louis conduit sa Mustang, les enfants passent la semaine dans des pensions, on marche sur les planches et on mange des crevettes, on s’envoie des télégrammes et l’amour naît au hasard des rencontres. On a envie de l’entendre une dernière fois, si on appelait Montmartre 15 – 40 !

Monsieur Nostalgie

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Une Vestale pour un Empire

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La Vestale, Opéra Bastille, 2024. © Guergana-Damianova/OnP

A l’Opéra Bastille, Lydia Steiler met en scène avec un éclectisme décoratif sombre et décadent La Vestale, opéra composé par Spontini pour l’impératrice quand Napoléon était au sommet de sa gloire.


Le spectre de Napoléon ne s’évanouit décidément jamais : dédié à Joséphine de Beauharnais, l’épouse de l’Empereur en premières noces, laquelle assista d’ailleurs à la première représentation, le 15 décembre 1807, à l’Académie impériale de Musique (son mari était alors en pleine campagne de Pologne), La Vestale fut un immense succès. L’œuvre devait ensuite triompher sur la scène lyrique européenne jusqu’au couchant du XIXème siècle, avant d’être progressivement mise au rancart. En 1954, l’année même où son film Senso sort sur les écrans, Luchino Visconti en ranimera la flamme, portant ce drame lyrique oublié à la Scala, en italien, avec la Callas dans le rôle-titre.

Pour nous, rétrospectivement, il est difficile d’imaginer ce qui fondait jadis la notoriété de cet opéra, la postérité lui préférant un Bellini, un Verdi, etc. Toujours est-il qu’à la charnière entre Gluck et Beethoven (Fidelio lui est quasiment contemporain), La vestale, annonçant déjà Berlioz, inaugure le grand opéra « à la française », c’est à dire chanté en français (et pas en italien), avec ballet, décor pharaonique, orchestre géant, chœur pléthorique, dont Meyerbeer sera la figure imposée…  Etienne de Jouy, le librettiste (1764-1846), était une célébrité très recherchée. Quant à Spontini, quoique transalpin d’origine, il est établi à Paris depuis 1803. Nommé « compositeur particulier de la chambre de Sa Majesté l’Impératrice », il écrira même en 1806 une cantate à la gloire de l’Empereur, et trois ans plus tard un Fernand Cortez, transparente célébration de l’épopée napoléonienne. Installé en Allemagne à partir de 1820, il voyagera pas mal avant de mourir en 1851, à 76 ans, fortuné et sans descendance, retiré en sa ville natale de Maiolati, qui en ce temps-là appartient aux Etats pontificaux.

Revenons à La Vestale. L’action se situe dans la Rome antique qui est aussi celle de l’invasion de la Gaule. Licinius, un général romain, retour de la guerre, avoue à son fidèle ami Cinna son projet d’enlever la vestale Julia. Car ayant fait vœu de chasteté, elle a trahi son amour : la voilà chargée par la Grande Vestale de veiller la flamme éternelle du temple. Si elle rompt sa promesse, la punition sera d’être enterrée vivante. La flamme s’éteint. L’amant dévasté implore le Souverain Pontife d’être supplicié à la place de Julia. Refus de l’intéressé. Mais si par miracle le voile de Julia prend feu, c’est que Vesta pardonne. L’orage éclate, un éclair embrase le voile…

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L’américaine Lydia Steiler, qui tout récemment signait dans cette même salle de l’Opéra Bastille une mise en scène controversée de Salomé, opte cette fois encore pour la transposition dystopique, dans une semblable magnificence décorative. Après un prélude orchestral où l’on voit les suppliciés, visage recouvert d’un sac, pendus par les pieds sur le mur d’enceinte, la paroi glisse latéralement pour nous découvrir un plateau où se reconnaît la somptueuse architecture ornementée de l’Amphithéâtre de la Sorbonne, avec sa coupole peinte par Puvis de Chavannes. Mais laissée ici dans un état décati :  les bibliothèques de bois sombre ont été vidées, les livres forment l’autodafé nourrissant l’âtre du temple de Vespa. Les caciques portent un uniforme noir, aux épaulettes à franges dorées de style Empire, le Pontife lui-même offre une mise plus martiale qu’ecclésiastique, les femmes du culte vont lourdement voilées de noir, le peuple nippé de vêtements aux couleurs passées paraît sortir tout droit d’un film néo-réaliste. La soldatesque – géants juvéniles et glabres, sanglés de noir, coiffés de casquettes façon SS, mitraillette en bandoulière – renvoie à l’imaginaire esthétique des totalitarismes du XXème siècle, tandis que sont convoquées les références aux pompes de l’Eglise catholique, aux tenues de l’Inquisition et au kitsch des processions idolâtres, dans un décorum associant encensoirs, bannières estampillées de symboles religieux, char de la vierge statufiée, chamarrée d’or, figurant le culte de Vespa, etc. Cet appareil décoratif fusionnel est la toile de fond sur laquelle se répand une débauche de crachats, de coups de fouets, de rafales, d’anatomies sanguinolentes…  

La Vestale, Opéra Bastille, 2024. © Guergana-Damianova/OnP

A la noirceur de l’intrigue, Lydia Seiler n’hésite pas à ajouter quelques éléments de son cru, telle la traîtrise finale du Cinna peroxydé envers Licinius, ou l’exécution par balles de la cynique Grande vestale, hors champ, au tomber de rideau… Pourquoi pas ? La touffeur, la rutilance morbide, le chromatisme à la fois luxuriant et subtil d’une régie se délectant à répandre à foison les insignes de la domination et du pouvoir (sans faire l’économie d’une vidéo exhumant quelques séquences issues du répertoire des actualités filmées) s’accorde bien, reconnaissons-le, avec l’intention qui préside au drame : un plaidoyer contre les fanatismes de tous bords.

Au service de cet éclectisme visuellement spectaculaire, une direction musicale hiératique et homogène de Bertrand de Billy, vieil habitué de l’orchestre de l’opéra de Paris, dont les chœurs revêtent ici une place tout à fait prépondérante. Dans le rôle-titre, on regrettera que le soir de la première la soprano Elza van den Heever, souffrante, ait dû céder la place à Elodie Hache, qui en particulier dans le troisième acte peinait à surmonter l’extrême difficulté d’une partition exigeant un souffle, une puissance vocale et un ambitus exceptionnels. Si défaillait de façon par moments agaçante la diction de la mezzo Eve-Maud Hubeaux, en méchante Grande vestale (la tradition lyrique veut que les r soient roulés), Michael Spyres et Julien Behr, les deux ténors campant respectivement Licinius et Cinna, ont recueilli, à raison, les suffrages du public : phrasé impeccable, timbre à la sonorité souveraine, présence scénique éblouissante.  Quant au Souverain Pontife, la basse française Jean Tieten en projette toute l’épaisseur funèbre, avec une aisance confondante.

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Tant et si bien qu’au salut final, les quelques huées émises des balcons, samedi dernier, ne s’adressaient certes pas à la distribution, mais à la metteuse en scène dès l’instant de son apparition. Celles-ci toutefois ne couvraient pas les applaudissements nourris portés à un spectacle qui, quoiqu’on puisse penser de sa facture tape-à l’œil, n’en reste pas moins cohérent avec lui-même : un grand Empire français vaut bien une Vestale hyperbolique.  

La Vestale. Opéra en trois actes de Gaspare Spontini (1807). Direction : Bertrand de Billy. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris. Avec : Michael Spryres, Julien Behr, Jean Tietgen, Elza van der Heever, Eve-Maud Hubeaux. Opéra Bastille les 19, 26, 29 juin, 2, 5, 8, 11 juillet à 19h. Le 23 juin à 14h. Durée : 3h40.

Abolissons les banques centrales !

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Charles Gave. © Hannah Assouline

Selon l’entrepreneur et essayiste Charles Gave, qui est aussi actionnaire de Causeur, il est urgent d’abolir les banques centrales, qui ne font qu’entretenir des Etats de plus en plus dépensiers et mauvais payeurs. Il prône leur fusion avec les ministères des Finances et l’adoption de lois bannissant tout déficit budgétaire.


La thèse que je vais défendre ici est que les banques centrales de nos pays n’ont fait que des dégâts depuis un siècle, ne servent plus à rien et devraient donc être fermées. Pour expliquer cette position, il me faut d’abord expliquer pourquoi elles ont été créées.

Revenons en arrière, au début du capitalisme et donc à mon schéma de base, où coexistent trois acteurs.

1. Le rentier, qui ne veut pas perdre d’argent et qui dépose cet argent à la banque.

2. Le banquier, qui reçoit ces dépôts et garantit leur remboursement en mettant en face son capital, investi en or.

3.  L’entrepreneur, qui a toujours besoin d’argent et dont tout le monde sait qu’il peut tout perdre.

Le rôle du banquier est d’intermédier le risque de la faillite de l’entrepreneur entre ce dernier et le rentier. Par exemple, le banquier prêterait à 6 % à l’entrepreneur, tout en versant 2 % au rentier. La différence sert à faire tourner sa boutique et couvrir les pertes des entrepreneurs qui ne pourraient pas le rembourser.

Le banquier est devenu un vil spéculateur !

Mais le banquier se rend compte assez vite que tous les déposants n’ont pas besoin de leur argent en même temps et que seulement 10 % d’entre eux réclament du cash à tout moment. Il va donc se transformer en vil spéculateur et prêter des sommes dix fois plus importantes que les dépôts. En ce faisant, il se met à créer de la monnaie, ce qui amène à ce qu’il est convenu d’appeler le cycle du crédit.

Cette monnaie nouvellement créée se transforme en dépôts chez lui ou chez ses concurrents, ce qui permet aux taux d’intérêt de baisser et donc à plus d’entrepreneurs d’emprunter, ce qui crée plus de dépôts et ainsi de suite, et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

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Mais, à chaque cycle arrive un moment où des affaires font faillite, ce qui conduit à une baisse des fonds propres du banquier, qui demande aux autres entrepreneurs de le rembourser, ce qu’ils ne peuvent pas tous faire, ce qui amène à de nouvelles faillites. La masse monétaire se met à baisser, les taux montent brutalement, ce qui entraîne de nouveaux dépôts de bilan. Les banques elles-mêmes commencent à sauter, les épargnants retirent leur argent de la banque, des affaires parfaitement saines disparaissent brutalement et une déflation-dépression se met en place, qui d’habitude dure une dizaine d’années.

Et c’est à cause de ce cycle du crédit que les banques centrales ont été créées pour remplir deux rôles.

1.  Vérifier que les fonds propres des banques sont au minimum à 10 % des prêts consentis à tout moment.

2.  En cas de crise de liquidité, fournir des liquidités aux banques commerciales en escomptant les créances qu’elles détiennent sur les entrepreneurs, ce qui permet aux banques de rembourser (ou rassurer) les déposants et ne pas sauter.

Le plus souvent, ces banques centrales étaient de droit privé et n’avaient rien à voir avec l’État.

Depuis la création de la Fed, en novembre 1913, le dollar en tant que réserve de valeur a perdu 99 % par rapport à l’or

Arrive le xxe siècle, siècle des totalitarismes, des guerres mondiales et du social-clientélisme. Les besoins financiers des États explosent, et bien entendu, le contrôle de la monnaie, et donc des banques commerciales et des banques centrales, passe à l’État. Et ce qui devait arriver arriva. La monnaie n’est plus créée pour financer des investissements, mais pour servir les besoins de l’État, et ces prêts ne sont jamais remboursés à la différence des prêts au secteur privé. La masse monétaire explose et la hausse des prix suit.

Bientôt, il faut couper le lien entre la valeur de la monnaie et l’or, les monnaies deviennent des monnaies « FIAT » n’ayant de valeur que les unes par rapport aux autres. Le cours de l’or, quant à lui, passe au travers du toit.

Et comme augmenter les impôts est trop impopulaire, si le politicien cherche à se faire réélire, la solution est de fabriquer de la monnaie en créant de la dette qui sera achetée par la banque centrale.

Et du coup, les monnaies FIAT qui devraient servir de moyen d’échange, étalon de valeur et réserve de valeur, perdent d’abord leur fonction de réserve, avant de perdre celle d’étalon de valeur, et cela se termine en général avec le refus d’utiliser la monnaie dans les transactions, et donc la perte de la troisième fonction.

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Imaginons que mon grand-père ait mis dans son coffre, il y a cent dix ans, 100 dollars en billets de banque et la contre-valeur de 100 dollars en pièces d’or. Si je déflate la valeur des deux aujourd’hui par l’indice des prix de détail américain, mes 100 dollars en billets ont aujourd’hui un pouvoir d’achat de 3,2 dollars, tandis que mes pièces d’or valent 345,6 dollars.

Si je fais l’hypothèse qu’un gramme d’or vaut toujours un gramme d’or, alors cela veut dire que depuis la création de la Fed, en novembre 1913, le dollar en tant que réserve de valeur a perdu 99 % par rapport à l’or. Le dollar n’a pas été une réserve de valeur. Du coup, les pays exportateurs de pétrole demandent à être payés en autre chose que du dollar, ce qui veut dire que le dollar cesse d’être un étalon de valeur. L’étape finale est bien entendu que le dollar cesse d’être un moyen d’échange, ce qui se traduira par une fuite devant la monnaie et une hyperinflation galopante.

Que faire ? Le plus simple est de fusionner les BC avec les ministères des Finances, pour en finir une fois pour toutes avec la fiction de la compétence des banques centrales, et de bannir dans la foulée tout déficit budgétaire par des lois constitutionnelles, tout en interdisant aux banques commerciales d’acheter des obligations d’État.

La monnaie est une chose trop sérieuse pour en laisser le contrôle à des banquiers centraux. Les essais par les Brics de créer une monnaie alternative et l’émergence du Bitcoin sont la preuve que de nouvelles forces sont en train d’entrer en jeu.

En attendant, ne conservez rien dans vos portefeuilles qui dépende de la garantie d’un État de l’OCDE, rien.

Le vert dans le fruit

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La coprésidente de Groen, Nadia Naji, et Elke Van den Brandt d'Ecolo-Groen, lors d'un meeting post-électoral à Bruxelles, le 9 juin 2024. Shutterstock/SIPA

Aux élections législatives fédérales du 9 juin en Belgique, les Ecolos – selon la désignation officielle du parti – ont essuyé un camouflet. Mais grâce aux règles électorales belges, leur doctrine a encore de beaux jours devant elle. L’analyse de Sophie Flamand.


Tandis que la France fait ce qu’elle fait le mieux, c’est-à-dire parler politique, que la NUPES se reconstitue en un étrange mariage polygame de raison et que Bardella se tâte pour savoir s’il va tirer la langue ou pas à Zemmour, de l’autre côté de la frontière, ça boit le champagne ! Et pour cause, les Belges sont enfin parvenus à envoyer les Ecolos sur les roses. Ça devrait, pensent-ils, rendre l’air plus respirable et soulager les porte-monnaie. Ce en quoi ils se trompent, pour deux raisons.

D’abord, il existe toujours l’éternel cailloux dans la chaussure : Bruxelles. Région à part entière, elle a souffert plus que tout le reste de la Belgique des délires bobos, piétonniers, rues cyclables, interdiction du diesel, paupérisation, insécurité normalisée, services publics indigents, immigration massive, potagers urbains, et autres singeries. On y trouve même une rue où le trafic automobile est limité à 10km/heure ! Qui dit mieux ? Bien entendu cette gestion de la ville fait fuir les habitants, les commerces et les entreprises mais les autorités brandissent le taux de fécondité des immigrés pour masquer cet exode, pourtant bien réel. Or donc à Bruxelles, région bilingue, les Ecolos ont eux aussi plongé mais pas leur alter égo néerlandophone, Groen. Certes, selon l’administration fiscale, seul indicateur fiable puisque le recensement linguistique a été interdit, les Flamands représentent à peu près 8% de la population, ça ne devrait pas donc peser lourd. Mais l’imagination débridée du législateur belge a prévu une représentation garantie des Flamands au législatif et à l’exécutif de la Région Bruxelloise. Autrement dit, que l’électeur le veuille ou pas, il devra composer avec le parti Groen et celui-ci n’a pas l’intention d’en démordre. La Ministre sortante de la mobilité, Elke Van den Brandt, à l’origine du « Plan Good Move » qui paralyse la ville, rend les riverains cinglés, enlaidit l’espace public et a été désavoué par ses partenaires, Elke Van den Brandt, donc, entend bien persévérer dans sa folie. Autrement dit, côté bruxellois, c’est pas gagné ! Ils n’ont visiblement pas fini de se prendre des « quartiers apaisés » et des mosquées salafistes à tous les coins de rue.

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Mais il n’y a pas que Bruxelles. Et le problème dépasse d’ailleurs largement les frontières belges. Depuis que Dieu est mort, à la charnière des dix-neuvième et vingtième siècles, l’homo occidentalis en mal de mea culpa se cherche de nouvelles idoles. Comme il a déjà beaucoup donné pour la complexité, trinitaire et autre, du christianisme, il les souhaite simples, lisibles et sans malices.

Et c’est là qu’apparait l’écologie politique, nimbée de coton bio et parfumée au patchouli. Avec ses rituels, ses processions, ses archidiacres, ses coûteuses indulgences, sa parole sacrée et ses grenouilles de bénitier, cette nouvelle doxa fait regretter l’ancienne et l’on attend toujours qu’elle produise à son tour la cathédrale de Reims, les œuvres de Bach, les théories de Copernic ou les toiles du Caravage.

Mais en bonne religion, elle s’est déjà émancipée de toute réalité, surtout scientifique, et, distillant tout à la fois la peur et l’espérance, elle irrigue le monde politique. Peu importe finalement que les Verts soient élus, qu’ils siègent ou pas dans les hémicycles. En Belgique comme ailleurs, il n’y a pas un seul programme politique, de gauche, du centre, de droite ou d’ailleurs, qui n’ait son chapitre « Défense de l’environnement ». Malgré 150 députés fédéraux, 78 sénateurs, 398 députés provinciaux, 89 députés régionaux à Bruxelles, 75 en Wallonie et 124 en Flandre, on n’en a toujours pas entendu un seul pour oser questionner le dogme du « réchauffement climatique ». Avec ou sans élus verts, la Belgique et plus généralement l’Europe n’a pas fini de boire le bouillon végan, de payer des écotaxes à tout propos, de financer des éoliennes, de restreindre son train de vie, de se prendre des bouchons de bouteille en plastique dans l’œil, de grelotter en hiver et de faire sa génuflexion devant Greta… Carbo !

Antifascisme, une vertu illusoire ?

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Marche contre le RN, à Paris, le 1er juin 2024. © Gabrielle CEZARD/SIPA

L’extrême-gauche a besoin du fantasme fasciste pour justifier son existence. En réalité, c’est elle – et pas du tout la droite – qui pratique la violence de manière parfaitement décomplexée. Tribune de Corinne Berger.


Comme le dit si bien Élisabeth Lévy (et on verra qu’elle n’est pas la seule à filer la métaphore commerciale), la quinzaine antifasciste est ouverte. Se draper dans le courage et la vertu est quand même bien pratique lorsque l’ennemi n’existe pas (ou alors à la marge de la marge) et qu’il ne représente aucun danger réel. On comprend depuis déjà pas mal de temps qu’une bonne partie de la gauche a besoin de ce fantasme pour exister.

Et si l’on cherche le fascisme aujourd’hui en France, on pourrait bien le trouver du côté de ceux qui prétendent le combattre. Les exemples abondent de manifestations violentes contre l’État et sa police, d’exactions contre des personnes, des partis, des associations qui n’ont pas l’heur de complaire à ces parangons de vertu démocratique prompts à intimider, interdire, voire saccager et recourir à la violence physique.

Les collages politiques sauvages que le « fascisme » aux portes du pouvoir suscite depuis quelques jours sont éloquents : ils révèlent un inconscient proprement terrifiant, ou plus sûrement une conscience cynique et manipulatrice qui joue sur toutes les ambiguïtés.

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On peut lire sur un de ces collages : « Fachistes Capitalistes Racistes Ultras (sic) riches Tout doit disparaître LIQUIDATION TOTALE ». Passons sur l’énumération initiale, qui amalgame sans surprise (et sans vergogne) l’argent avec le racisme et le fascisme (vocable dont l’orthographe francisée a dû échapper à ces fervents patriotes… à moins que ce choix ne rappelle sciemment l’aimable diminutif « facho » distribué à l’envi à tous ceux qui ont le mauvais goût d’aimer leur pays et de s’inquiéter des effets de la submersion migratoire).

L’essentiel de ce placard repose bien sûr sur le double sens des termes « disparaître » et « liquidation ». On peut ne voir dans ces formules qu’un innocent jeu de mots usant du lexique commercial pour exprimer une opposition politique, mais le sous-texte est clair : la table rase que ces gens appellent de leurs vœux est à prendre au sens propre… et au sérieux. Il s’agit de faire « disparaître » des adversaires perçus comme des ennemis à abattre, et on sait ce que signifie le verbe liquider lorsqu’il a pour objet une personne. Cette prose antifa est purement et simplement un appel subliminal au meurtre politique.

Où sont les vrais fachos ?

Le lifting de Turandot

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« Turandot », opéra de Giacomo Puccini. © Matthias Baus

Le théâtre royal de La Monnaie, à Bruxelles, offre une belle production de Turandot, l’opéra inachevé de Puccini, campée dans la Chine contemporaine. Sous la houlette du metteur en scène Christophe Coppens, chanteurs et musiciens sont au diapason.


Il leur a paru invraisemblable, sinon parfaitement indécent, que Calaf, aussitôt que Liu se soit suicidée afin de le sauver, se jetât dans les bras de la sanglante Turandot pour roucouler avec elle. Elle, la psychotique délirante qui a contraint l’héroïque Liu à se tuer ; lui, cet imbécile aveuglé par un désir forcené de conquête et qui n’a pas été capable de préserver la jeune servante, laquelle a pourtant protégé son père, Timour, le vieux roi aveugle et fugitif. Alors, d’un commun accord, le metteur en scène Christophe Coppens, le dramaturge Reinder Pols et le directeur du Théâtre royal de La Monnaie Peter de Caluwe, avec l’accord du chef d’orchestre Ouri Bronchti, sont convenus d’interrompre l’ouvrage dès la mort de Liu, comme le fit d’ailleurs Toscanini le soir de la création de Turandot en 1926. Là même où Puccini malade avait dû interrompre sa composition, avant qu’elle ne soit achevée, après sa propre mort, par l’un de ses disciples.

Hautaine et solitaire

Certes, il aurait été surprenant, s’il avait pu achever lui-même son opéra, que celui qui sut mieux que quiconque traduire les tourments d’une âme amoureuse comme celle de Mimi, de Floria Tosca ou de Cio-Cio-San, ait pu passer aussi abruptement du chant de mort d’une innocente au chant d’amour de ceux qui en sont la cause.

Mais en suspendant cette fin immorale qui n’est jamais que celle d’un antique conte persan ne s’embarrassant guère de vraisemblance et de considération pour les classes laborieuses, on n’a pas su ici la remplacer par une issue satisfaisante. Calaf s’éclipsant avec son vieux père et plantant là cette folle de Turandot, celle-ci n’a ici d’autre ressource que de contempler rageusement l’improbable fin de l’opéra sur un écran invisible au public et de s’enfermer dans ses appartements où elle finira assurément vieille fille, alors que l’impératrice de Chine, sa mère, se retrouve hautaine et solitaire dans un univers dévasté.

Un penthouse au sommet d’un building

L’idée était très séduisante : pour avoir séjourné à Hong Kong et côtoyé ces nouveaux riches chinois qui ne connaissent aucune limite à leur fortune et à leur mauvais goût, Christophe Coppens a trouvé savoureux de situer sa mise-en-scène non dans le palais impérial d’une Chine fantasmée, mais dans un penthouse au décor tapageur juché au sommet d’un building, chose qui permettra d’ailleurs à Liù de se jeter dans le vide plutôt que de se poignarder.

Séduisante, mais pas bien convaincante. Toute référence chinoise ayant disparu, plus de cour, plus de peuple versatile, plus rien de cette solennité étouffante et de cette terreur qui écrase la nuit de Pékin. Mais des femmes occidentales en robes du soir, des hommes en smokings, un personnel de maison en livrée stricte et le vieux Timour en redingote grise.

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Plus d’empereur accablé par la fureur de sa fille, mais une impératrice, la seule Asiatique de la distribution (Hing Liang), ressemblant à un executive woman sanglée dans un qipao crépusculaire, lunettes extravagantes et visage fermé, dure et inflexible comme peuvent l’être ces cheffes d’entreprise chinoises, plus redoutables encore que leurs homologues masculins.

Point non plus de Turandot hiératique et glaciale, mais une femme belle et vénéneuse, une Louise Brooks à la coiffure rousse, superbement incarnée par la soprano Ewa Vesin, excellente comédienne, cantatrice à la voix ample et sonore, presque tranchante ; une Turandot arrachée à cette figure figée de vierge inaccessible dont on pare généralement la princesse rebelle, mais pas moins hystérique dans son ivresse de vengeance d’une lointaine aïeule, dans sa haine des hommes qui prétendent la conquérir et dans ce goût immodéré à les voir décapités.

« Turandot », l’opéra de Giacomo Puccini © Matthias Baus

Des bourreaux hip hop

Avec son air aimable de coiffeur pour dames, le Calaf de Stefano La Colla n’a rien de bien ravageur, ni de bien intrépide, même si sa prestation vocale est des plus honorables. Ping, Pang, Pong (Leon Kosavic surtout, Alexander Marev, Valentin Thill), les trois ministres pervers, mais souples comme des anguilles, sont d’excellents comédiens et forment un trio parfait de complicité. Le rôle en or de Liu est servi admirablement par la voix de Venera Gimadieva, même si rien ne l’aide à arracher des larmes. Et d’une certaine façon le héros le plus sensible de ce conte funeste est peut-être bien le chœur du Théâtre royal de La Monnaie qui affiche dès la première scène une homogénéité vocale et une assurance remarquables.

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Des bourreaux vus sous l’apparence d’une troupe satanique de hip hop, des touches de comédie musicale colorant le jeu de scène très chorégraphique des ministres, une belle fluidité dans les déplacements des choristes, un décor minutieux un peu trop encombré, mais un escalier très hollywoodien, une direction d’acteurs fouillée : metteur en scène et scénographe de Turandot, Christophe Coppens n’atteint pas cependant le niveau de son éblouissante réalisation du Château de Barbe Bleue et du Mandarin merveilleux de Bartók qu’il conçut naguère sur cette même scène de Bruxelles. Ouri Bronchti, lui, dirige l’Orchestre et les Chœurs du Théâtre royal de la Monnaie avec un parfait savoir-faire, les conduisant parfois à des moments d’une grande intensité.


À voir :

Turandot, opéra de Giacomo Puccini. Théâtre royal de la Monnaie, Bruxelles. Jusqu’au 30 juin. Location : 00 32 2 229 12 11 ou tickets@lamonnaie.be

Le film qui a bon cœur

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Rohid Rahimi et Sandor Funtek dans Nouveau monde (2024) de Vincent Cappello. © 120 Prods

Nouveau monde de Vincent Cappello se veut un film politique qui prend position en faveur des migrants. Mais le portrait, très réaliste, de deux frères afghans qui, arrivés en France, essaient chacun à sa manière de surmonter le traumatisme qu’ils ont subi, frappe surtout par sa dimension humaine.


Premier long métrage de Vincent Cappello (également scénariste et producteur), Nouveau monde ne renvoie pas à la geste des conquistadors. Mais à la conquête de l’intégration, dans le Paris actuel, par deux frères afghans, Rohid et Mujib, qui à la chute de Kaboul ont réussi à fuir l’enfer taliban où, enfants de la bourgeoisie (leur mère est procureur) ils étaient évidemment menacés. Le film ne dira rien de leur calvaire, mais s’il faut en croire le cinéaste dans le dossier de presse, Rohid et Mujid Rahim ont gagné l’Europe via la Bulgarie où ils ont été emprisonnés pendant trois mois, ont rejoint la Slovénie. Là, tabassés par des Afghans d’une autre ethnie, laissés pour morts, ils ont commencé par passer sept mois à l’hôpital avant de parvenir à atteindre l’Italie, puis la France. Restée au pays avec leurs deux jeunes frères et sœur, leur mère, harcelée par les Talibans, survit désormais en se cachant.  

Le cinéaste a connu Rohid et Mujib il y a cinq ans, dans le cadre d’un atelier de théâtre qu’il animait à France Terre d’asile. Ce film de fiction comme pétri dans le documentaire conserve leurs prénoms aux personnages qu’ils incarnent, jouant peu ou prou leur propre rôle. Le comédien « qui monte » (cf. Dheeepan, K contraire, Rue des dames, Suprêmes, et bientôt Stranger et Brûle le sang) Sandor Funtek, 34 ans –  mais comment fait-il pour en paraître dix de moins ? – garde également son prénom à l’état civil dans l’emploi que lui donne Vincent Cappello, celui de l’ami aidant qui fournit à Rohid des petits jobs ponctuels sur les locations RBNB dont il s’occupe. Le pudique Rohid, poète à ses heures, aura aussi posé (sans enlever pantalon et teeshirt) pour une femme peintre, contre quelques billets bienvenus…

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On n’est pas obligé de partager les positions politiques de Vincent Cappello. Mais ce qui rend son film intéressant, c’est qu’évitant la posture lacrymale, il n’esquive pas pour autant le tragique de la situation : incertitude quant au sort de la famille abandonnée à la férule d’un Etat islamique rançonnant la mère, à qui Rohid tente d’envoyer le peu d’argent qu’il gagne au noir ; malaise entre les deux frères, le cadet, Mujib, scotché à son smartphone pour s’y livrer à des jeux stupides et incapable de surmonter le traumatisme de l’exil, tandis que l’aîné, concentré sur l’apprentissage du français, fait tout pour satisfaire aux conditions légitimement exigées par les services sociaux afin d’obtenir l’intégration légale à laquelle il aspire…

Dans sa simplicité, sa douceur, Nouveau monde a bon cœur.      

Nouveau monde. Film de Vincent Cappello. Avec Rohid Rahim, Sandor Funtek. France, 2023. Durée: 1h15. En salles le 19 juin 2024.

Bande-annonce de Nouveau monde, de Vincent Cappello.

Violée à 12 ans parce que Juive et pour venger la Palestine : la triste moisson de la haine antisémite

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Pancarte tenue lors de la manifestation contre l'antisémitisme, place de la République, Paris, le 19 février 2019. LEWIS JOLY/SIPA

Qui aurait pu croire que les méthodes utilisées par le Hamas le 7 octobre finiraient par être pratiquées en France – et par des jeunes de 12 et de 13 ans? Dans cette banalisation effroyable de l’antisémitisme, l’islamise a bien entendu sa part de responsabilité, mais aussi la gauche française. Tribune de Céline Pina.


La moisson de la haine anti-juive semée au nom de la Palestine continue à être abondante. Le crime contre l’humanité commis le 7 octobre en Israël avait déjà abouti à ce que les agressions commises contre les Juifs se multiplient, au lieu de déclencher une vague de solidarité. Mais curieusement, si on connait les victimes comme les raisons de ces agressions (antisémitisme culturel arabo-musulman excité par l’importation en France du conflit israélo-palestinien), l’origine et les motivations des agresseurs, elles, sont dissimulées. Il faut dire que le discours extrêmement violent de LFI sur le conflit à Gaza a des effets délétères très inquiétants sur notre sol. On vient d’en avoir l’illustration d’une façon particulièrement choquante : une enfant de 12 ans a été violée sauvagement par 3 garçons de son âge à Courbevoie. Les raisons invoquées de ce qui apparait comme une sorte d’expédition punitive ? La victime était juive et il faut venger la Palestine.

Le rôle de LFI dans l’explosion de l’antisémitisme

Difficile de croire qu’à 12 ans, ce genre de stupidités politiques a germé naturellement dans le cerveau de ces jeunes. Difficile de ne pas interroger la violence des discours entendus dans le milieu familial, le quartier, mais aussi la logorrhée anti-juive déversée devant les universités, sur les grands médias, difficile de ne pas interroger la starification de Rima Hassan, dont les discours incendiaires activent la violence antisémite. Difficile de ne pas repenser aux horreurs déversées à longueur de meetings par les ténors de LFI sur Israël et les « Sionistes », façon pratique de qualifier les Juifs et de dire toutes les horreurs possibles sans avoir à en répondre devant la loi. Dimension antisémite dans le choix de la victime, référence à la Palestine pour justifier les horreurs commises, les jeunes agresseurs mis en cause à Courbevoie feraient de bons combattants du Hamas. Ils en maitrisent les codes de communication en tout cas. Mais silence ! il faut évacuer au plus vite la dimension politique de l’usage du viol dans ce cadre, comme sa dimension religieuse.

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Dans cette campagne électorale où les pires mensonges peuvent être déversées sur le RN, l’accusant de ne pas se soucier de la cause des femmes ou d’être un danger pour les homosexuels (ce qui équivaudrait à sacrifier un nombre conséquent de leurs propres cadres au passage), la gauche, elle, n’a à répondre d’aucune de ses forfaitures : il ne faudrait pas désespérer Billancourt en lui montrant à quel point celle-ci se moque des difficultés sociales des travailleurs et se consacre uniquement à faire avancer l’agenda des islamistes. Or ce qui est arrivé à cette enfant de 12 ans témoigne de la pénétration des représentations islamistes dans la tête de gamins qui ont grandi en France et ont été scolarisés à l’école de la République. La gauche LFI et ses alliés, en qualifiant de « résistants » des tortionnaires, ont rendu leurs actes légitimes. Les horreurs du 7 octobre ont donc été reçues acceptables et justifiables dans le cadre d’un combat contre un soi-disant colonialisme et contre le racisme que supporteraient les Palestiniens (accusation d’apartheid et de génocide). Or ces accusations justifient toutes les exactions commises à l’égard de la population juive. Toutes. Les femmes violées jusqu’à en mourir, les enfants brûlés vifs, les parents torturés devant leurs enfants et vice-versa avant d’être abattus, les femmes enceintes éventrées, les hommes émasculés retrouvés le sexe dans la bouche, les femmes abattues d’une balle tirée dans le vagin… C’est atroce ? Oui ! Mais c’est cette haine qu’il faut regarder en face car elle n’est pas circonscrite à Gaza. C’est la même haine qui est semée dans le discours exalté de la résistance et de la martyrologie que diffusent les islamistes, dans le discours qu’a répandu Rima Hassan durant toute la campagne des Européennes et dont LFI fait le cœur de sa stratégie. Une fois cette haine semée, vient le deuxième acte de la montée de la haine : l’installation du mensonge islamophobe.

Un discours sur persécution des musulmans chargé de créer une contre-société islamique

Ainsi, après avoir justifié l’antisémitisme en effaçant le crime du 7 octobre pour le remplacer par un faux génocide commis par les Juifs sur les Palestiniens, encore faut-il faire en sorte qu’une majorité de musulmans et la totalité de la gauche dévoyée épousent cette lecture-là du conflit. Or rien de mieux pour faire d’une logique communautaire, une organisation communautariste politique violente que la victimisation. L’organisation clanique devient ainsi un mode de défense pour lutter contre une persécution. Voilà à quoi sert le concept d’islamophobie : à rétablir le blasphème et à faire de l’islam une religion impossible à critiquer certes, mais surtout à créer une société séparée de la société française. Une contre-société qui se vit comme menacée et agressée et auquel l’organisation communautaire donne une identité et des moyens d’attaque et de défense. Dans ce cadre, le fait d’avoir des papiers français ne présage en rien de la façon d’envisager le rapport à la France. La jeunesse arabo-musulmane en France est sensible à ces représentations, de nombreux sondages et de nombreuses études l’ont mesuré. Or elle n’a pas de raison à être plus portée qu’une autre à la haine de la France, mais celle-ci est semée, cultivée, encouragée que ce soit par les pays d’origine (l’Algérie en est l’exemple le plus criant) ou que ce soit par les islamistes (les frères musulmans dominent aujourd’hui l’islam en France et tiennent la mosquée de Courbevoie entre autres).

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Vous serez donc heureux d’apprendre que pour Rima Hassan, Jean-Luc Mélenchon et LFI dans sa majorité, la France pratique le racisme systémique, le colonialisme et soutient un génocide (inventé pour les besoins de leur cause). Donc que les Français ne valent pas mieux que les Israéliens. Cela explique pourquoi, ces derniers jours, des crans sont franchis dans l’horreur. Violer une gamine de 12 ans parce qu’elle est juive est dans l’ordre des choses pour ses agresseurs. C’est rendre justice à la Palestine. Le Hamas doit être fier du travail réalisé en France par LFI pour rendre son idéologie aussi féconde.

Quand violer une jeune fille juive, c’est venger la Palestine

Et oui, pour certains, les horreurs commises le 7/10 sont sources d’inspiration et sont parfaitement reproductibles en Europe. Pour des esprits jeunes, influençables, le fait d’être travaillés par le discours des islamistes et celui de leurs relais, LFI, a fait tomber bien des inhibitions. La légitimation du pogrom du 7/10, aussi. Or, quelles images étaient parmi les plus marquantes et ont le plus circulé : celles de ces filles au pantalon maculé de sang à force de subir des viols. Cela a excité une partie de cette jeunesse de voir qu’il n’y avait plus de limite infranchissable et que l’on pouvait ergoter sur un crime contre l’humanité. Mais pour cette jeunesse-là, dont le fond d’écran est un mélange d’idéologie islamiste et gauchiste, l’excitation ressentie a encore augmenté quand ils ont vu que beaucoup de féministes, notamment les intersectionnelles, cautionnaient ces viols au point de chasser les associations des femmes israéliennes de manifestations sur les violences faites aux femmes.

L’antisémitisme relégitimé par la gauche

Le fait que l’antisémitisme soit aujourd’hui porté par la gauche le rend acceptable et décomplexé. Se greffent là-dessus les dégâts que font les fausses accusations de génocide sur la jeunesse communautarisée des quartiers. Ceux-ci n’ont aucun recul ni aucune culture. Ils vivent ce mensonge comme une eschatologie, dont ils sont les héros ; une lutte du bien contre le mal dans laquelle ils veulent faire leur part. C’est ce qui explique que ces violences doivent être combattues au plus haut niveau et implique que l’Etat arrête de créditer le discours de LFI en ne dénonçant pas les mensonges de la propagande du Hamas, en interdisant que les universités deviennent les lieux où la propagande du Hamas se déploie, en arrêtant d’être ambigu dans la lutte contre l’antisémitisme : interdiction des associations pro-palestiniennes qui diffusent des mots d’ordre antisémites, expulsion des étudiants ayant organisé ce type de manifestations, suppression des chaires anti-discrimination et diversité, chevaux de Troie de l’entrisme islamiste et gauchiste à la faculté…

En attendant, qui, parmi les politiciens indignes dont les paroles fausses et enflammées ont créé les représentations et conditions qui ont abouti au viol de cette jeune fille lui demandera pardon? Personne. Qui modérera son discours? Personne. Qui chez LFI regardera en face les conséquences d’une dérive antisémite consentie par les militants et les électeurs de leur parti ? Qui à gauche baissera les yeux sur cette alliance du Nouveau Front populaire qui cautionne ces dérapages ? Personne.

Semer la haine : une activité électoralement rentable pour la gauche

Pourquoi ? Parce que cette haine qu’ils sèment est rentable électoralement. Elle leur permet de faire un carton plein dans les banlieues islamisées sans détourner d’eux le vote bobo et élitaire de gauche (journalistes, artistes, hauts fonctionnaires…). Et puis, puisque la gauche peut rassembler 25% à 28% des électeurs, qui continuent à se croire dans le camp du bien, même quand leur camp en arrive à discuter pendant deux jours pour savoir si l’antisémitisme est un problème. Elle continue à se croire dans le camp du bien, même quand elle explique que les tortionnaires du Hamas sont des « résistants ». Puisque les électeurs suivent et sont prêts à valider n’importe quelle ligne, du moment qu’on leur dit « Union de la gauche » avec des trémolos dans la voix, pourquoi se gêner? Et pourquoi travailler sur ces questions alors que socialistes et écologistes sont prêts à signer des accords, où la question de l’antisémitisme est évacuée en deux lignes au bénéfice de la dénonciation du blasphème contre l’islam (islamophobie)?

La gauche peut donc sans danger sacrifier certains de ses compatriotes, juste pour sa gamelle. C’est déjà choquant en soi, mais que ses électeurs continuent à la suivre aveuglément et ferment ainsi les yeux sur les conséquences de l’irresponsabilité de leurs élus, l’est encore plus. Une gamine de 12 ans a payé le prix de cette lâcheté. Ce qu’elle a subi est indigne et injuste. Cela personne ne peut le réparer. Mais le pire est que surtout cette gauche s’en moque. Elle considère dans le fond que nous sommes des œufs dont on fait les omelettes et que cette enfant est un dégât collatéral. C’est à la fois indigne et dangereux.

Ces biens essentiels

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Cartel des gauches : la nuit des seconds couteaux

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Manifestation contre l'extrême droite sur la place de la République, à Paris, le 15 juin 2024. © OLIVIER JUSZCZAK/SIPA

La grande alliance construite par les différents partis de gauche est plus que fragile. Dès la fin des élections, les partenaires – surtout Mélenchon et Hollande – seront à couteaux tirés. Pour sa part, Emmanuel Macron fait le grand écart afin de reconstituer son bloc centriste. L’analyse de Gabriel Robin.


La vie politique de la gauche ne fut pas un long fleuve tranquille ces dernières années. Arrivée miraculeusement au pouvoir en 2012, alors que Nicolas Sarkozy avait toutes les cartes en main pour s’installer durablement durant son quinquennat, la « gauche plurielle » a depuis lors beaucoup perdu dans le cadre de la grande recomposition politique que nous traversons depuis les élections européennes de 2014 où le Front National d’alors était arrivé en tête pour la première fois de son histoire avec 24,86 % des voix.

L’atomisation de la gauche s’est construite en deux étapes principales qui ont détruit l’hégémonie socialiste qui avait été le socle de toutes ses victoires depuis 1981. Elle a d’abord été rendue possible par l’impopularité croisée de François Hollande qui a été rejeté par les siens en mettant en chantier les lois dites « travail » ou El-Khomri, et, évidemment par la droite, dans le contexte post « Manif pour tous ». En outre, la série d’attentats islamistes qui ont ensanglanté la France tout au long des années 2015 à 2017 a alimenté le discours anti-immigration et sécuritaire porté par un Front National alors en pleine mue.

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Il faut savoir que le Parti socialiste qui est arrivé au pouvoir en 1981 sur la base d’un « programme commun » avec le Parti communiste est issu de la synthèse du Congrès d’Epinay de juin 1971. C’est à cette occasion que François Mitterrand devint premier secrétaire du parti, remplaçant Alain Savary et installant l’idée de l’union de la gauche. Des figures célèbres furent à la manœuvre, à l’image de Jean-Pierre Chevènement et Pierre Mauroy qui représentaient notamment l’aile gauche et le CERES. Ce compromis autour du « parti socialiste » s’est effondré sous François Hollande.

D’abord, le 10 février 2016, date de la création de La France Insoumise par Jean-Luc Mélenchon, lui-même ancien de l’aile gauche socialiste qui a pu ainsi renouer avec ses premiers amours lambertistes et former une jeune garde de cadres entièrement dévouée à sa personne. Ensuite, par la formation de La République En Marche par le ministre de l’économie du gouvernement Valls II, un certain Emmanuel Macron. Par cette transgression initiale que Gérald Darmanin avait très justement qualifiée de « bobopopulisme », Emmanuel Macron a acté les contradictions d’Epinay qui ont culminé lors de la primaire du Parti socialiste qui a vu s’opposer lors d’un duel violent Manuel Valls à Benoit Hamon. La gauche était alors irréconciliable, atomisée façon puzzle sur à peu près tous les items politiques fondamentaux : sécurité, laïcité, immigration, économie ou encore éducation.

La France Insoumise : le parrain du cartel ?

En 2022, Jean-Luc Mélenchon a mis temporairement la main sur la gauche. Terminant bon troisième et pas loin d’accéder au second tour juste derrière une Marine Le Pen devancée par le président Macron – avec tout de même 1,6 millions de voix de plus -, Jean-Luc Mélenchon n’était qu’à 400.000 voix de Le Pen. Il s’en est fallu de peu, de très peu… Un meilleur score d’Eric Zemmour l’aurait ainsi porté au second tour ce qui aurait changé toute la dynamique de ce quinquennat. Las, il n’en fut pas ainsi pour l’éternel troisième Mélenchon. Il a, en outre, pâti depuis deux ans des divisions de la gauche et du comportement absolument sidérant de ses députés à l’Assemblée nationale comme en dehors, sans cesse provocateurs et plus qu’ambigus vis-à-vis de l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre. La radicalisation mélenchonienne s’est notamment incarnée au travers de plusieurs figures polémiques mises en avant au cours des derniers mois, dont la plus célèbre est désormais Rima Hassan.

Embrassant non pas simplement l’idéal de la « diversité et du progressisme » cher à Terra Nova, Jean-Luc Mélenchon a tout simplement abandonné le prolétariat classique de la gauche qu’il avait en partie su regagner entre 2016 et 2022 avec l’émergence de personnages plus consensuels et enracinés comme François Ruffin. Il a tout misé sur deux électorats : les très jeunes urbains et la « banlieue » au sens large qu’il a encore plus draguée avec l’antisionisme assumé depuis le 7 octobre. Il n’hésite plus à investir des lambertistes ou des radicaux tels que Philippe Poutou dans l’Aude ou le meneur antifa et fiché ‘S’ Raphaël Arnault dans le Vaucluse, ou encore à maintenir une grande ambiguïté avec un certain conspirationnisme d’extrême gauche qui le voit flirter avec la rhétorique d’un Poutine qu’il n’ose plus condamner que du bout des lèvres, même au plus fort de la guerre.

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Cette rupture avec la France populaire a d’ailleurs été observable lors des élections législatives de 2022, à telle enseigne que certains analystes de le carte électorale pour le Rassemblement National ont constaté une migration directe des voix LFI à la présidentielle qui s’est traduit par l’élection de nombreux députés RN dans le Nord-Est. Là où Mélenchon perdait 5 points, Le Pen gagnait mécaniquement 5 points. Hors quelques endroits bien ciblés, comme la circonscription de François Ruffin dans la Somme, LFI était dépassée dans les endroits en déshérence sociale mais marqués par une sociologie plus « franchouillarde » où la demande d’autorité et de sécurité était importante.

La purge du vendredi 14 juin au soir aura sûrement achevé de les convaincre que Jean-Luc Mélenchon a tout du « tyran ». Pour un geste et un mot de trop, il a éliminé des lieutenants qui le suivaient fidèlement, détruisant politiquement et humainement ceux qui n’étaient pas des « lignards ». De manière amusante, on a d’ailleurs pu voir sur Twitter des commentaires de proches et de militants pro Mélenchon écrire que des gens comme Corbières, Garrido ou Simonnet devaient « tout au parti » qui en retour ne leur « devait rien ». La référence au PPF de Doriot leur échappe sûrement, la culture politique n’étant plus ce qu’elle était autrefois, mais le parallèle est tout de même saisissant. Les exécutés, qui sous Staline auraient fini avec une balle dans la nuque ou affamés au Goulag, ont la chance de ne pas vivre dans le modèle de société que défend leur formation politique : ils seront tous candidats opposés au candidat LFI soutenu par le Nouveau Front Populaire. De quoi promettre quelques moments sportifs sur le terrain.

Au-delà de la politique, il y a l’éthique élémentaire. Celle dont sont dépourvus les appareils claniques et les machines militantes idéologiques, pour qui l’homme ou la femme qui s’engagent sont corvéables à merci et jetables au premier désaccord. Cela inspire-t-il confiance en leur projet ? Non. Et c’est peut-être aussi inquiétant que les outrances gauchistes, islamo-compatibles et racistes anti-blancs des « Insoumis », sans même évoquer le programme économique qui nous mettrait sous le feu du FMI comme le Venezuela de Maduro.

Et pour le « cartel » : one-shot habile ou amour durable ?

Les « cartels » sont un grand classique de la gauche française. « Séparés, ils frappaient ensemble », dit un jour Léon Trotski. C’est le principe du « cartel » électoral. De la fin du XIXème siècle à 1936 avec le Front Populaire, c’est ainsi que la gauche a procédé pour gagner le pouvoir. Hier sur BFM TV, Jean-Christophe Cambadélis qui représente l’éternel lieutenant tenant du « parti » a expliqué de la sorte l’inclusion surprise de François Hollande au Nouveau Front Populaire : « Hollande est dans la course pour ne pas laisser la gauche à Jean-Luc Mélenchon et la France à Marine Le Pen ». Tout est dit. Il trace d’ailleurs ici une forme d’équivalence. La référence au poème d’Aragon appelé « La Rose et le Réséda », aussi aimé des socialistes que des communistes, dévoile la logique du procédé.

On peut le résumer ainsi : les socialistes pensent faire aux Insoumis le coup de Blum, les Insoumis espèrent faire celui des Bolchéviques aux socialistes. Le tout justifié par la peur des Blancs – sans mauvais jeu de mots -, aujourd’hui comme hier. Le pari est moins risqué pour les Insoumis, puisque Jean-Luc Mélenchon a totalement intériorisé le changement démographique et sait tenir la rue. Investir Arnault et Poutou est aussi miser sur le fameux « troisième tour ». L’histoire bégaye et la gauche s’abandonne à ses instincts grégaires et purgeurs.

De son côté, François Hollande doit fourbir ses armes et préparer la future « nuit des seconds couteaux ». Il pourrait même se révéler un faiseur de roi en cas de blocage, quittant le Front Populaire pour former une majorité non pas avec Mélenchon, ce qui est totalement improbable, mais avec un certain… Emmanuel Macron. De fait, ce dernier cherche à reconstituer le bloc central en divisant ses forces sur deux fronts opposés. Un d’opposition ouverte à la gauche qu’il va tenter d’assimiler intégralement aux Insoumis à raison, l’autre à la logique unioniste bonapartiste du Rassemblement National qu’il veut disqualifier mais qui prospère sur ses manques (autorité, identité, sécurité comme l’a rappelé Nicolas Sarkozy au JDD). Pour accomplir ce très périlleux grand écart et empêcher les deux autres blocs de gagner, il doit diaboliser la gauche pour fracturer son électorat et montrer à une partie de la droite qu’il a entendu la leçon sur le régalien et que leur patrimoine financier est en danger. Complexe…

Stuart White versus Charlotte Lewis

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Stuart White, mars 2024. © D.R

Ancien correspondant d’un tabloïd anglais aux États-Unis, Stuart White est venu à Paris témoigner pour Roman Polanski, attaqué en diffamation par Charlotte Lewis. Cette ancienne comédienne, qui accuse le réalisateur de l’avoir violée en 1983, prétend que White a trafiqué un entretien de 1999 où elle encensait Polanski. Rencontre avec un journaliste qui tient à son honneur.


Faut-il se fier à la parole d’une femme ? Oui, répond Stuart White – quand elle dit la vérité. On doit donc apprécier la cohérence et la sincérité de son récit. C’est à Paris que j’ai rencontré cet ancien journaliste qui, après quarante ans dans la profession, a pris sa retraite en 2003 pour devenir scénariste. Début mars, il a pris l’Eurostar afin de témoigner au procès pour diffamation intenté à Roman Polanski par l’actrice britannique, Charlotte Lewis.

En 2010, lors d’une conférence de presse, cette dernière accuse le cinéaste d’avoir abusé d’elle sexuellement en 1983 « de la pire manière possible »– sans ajouter d’autres détails.

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À l’époque, en 1983, elle avait 16 ans et cherchait un rôle dans Pirates, le film de Polanski qui sortira en 1986. Après son annonce tonitruante, les médias déterrent une interview de 1999 qu’elle avait accordée à White, alors correspondant américain du journal britannique News of the World. Elle y donne une image si différente d’elle-même et de ses relations passées avec Polanski (qu’elle encense) que sa crédibilité est compromise. En 2018, elle revient à la charge en substituant à l’accusation d’abus sexuel celle de viol. En même temps, elle proclame que l’entretien de 1999 ne reflétait pas ce qu’elle avait dit, était truffé de mensonges et avait été publié sans son plein accord. Se confiant à Paris Match en 2019, Polanski réfute les allégations de Lewisen citant de nouveau l’interview de 1999. Quelques mois plus tard, l’actrice assigne le réalisateur en justice pour avoir porté atteinte à son honneur. C’est ainsi que Stuart White, alerte retraité de 77 ans, a été amené à traverser la Manche pour défendre son propre honneur et rétablir les faits.

L’âge d’or du tabloïd

À l’audience du 5 mars, l’avocat de Lewis a tenté de disqualifier News of the World en taxant ce tabloïd de journalisme bas de gamme. Certes, le titre a cessé de paraître en 2011 à la suite d’un scandale de piratage téléphonique mais, selon White, ce jugement hâtif trahit une incompréhension profonde du monde des tabloïds avant 2000. Si ces derniers payaient souvent les gens qui leur apportaient des révélations, ce n’était pas pour récompenser l’invention de faux récits, mais pour se réserver l’exclusivité de l’histoire. La publication par un journal d’affabulations mensongères l’aurait exposé (et l’exposerait encore) à des poursuites pour diffamation souvent très coûteuses. Un reporter comme White était formé non seulement pour dénicher des scoops, mais aussi pour trier le vrai du faux.

Après un apprentissage dans la presse locale, White rejoint la presse nationale en 1969. Généraliste, il a couvert les événements en Bosnie, en Croatie et au Rwanda. À cette époque, les journalistes ne restaient pas beaucoup derrière un écran d’ordinateur. L’activité principale s’appelait « knocking on doors » (« frapper aux portes ») car, avant l’e-mail et Zoom, on devait repérer ses interlocuteurs et insister pour les voir.

En 1994, White devient rédacteur principal de News of the World aux États-Unis. C’est là qu’il couvre le scandale Clinton-Lewinsky et le 11-Septembre. C’est là que, à Los Angeles, il rencontre Charlotte Lewis.

1999, l’interview fatidique

Après Pirates et le succès de Golden Child, de 1986, où elle partage la vedette avec Eddie Murphy, la carrière de l’actrice a du mal à décoller. Panier percé ayant des problèmes d’addiction, la gloire la fuit. En 1996, White a la preuve que Lewis a fait une cure de désintoxication. Ils’apprête à publier l’histoire quand il reçoit un fax comminatoire d’un cabinet d’avocats, suivi d’un appel téléphonique de la part de Lewis, en pleurs. Elle le supplie de ne pas publier cette nouvelle qui est fausse et ruinerait sa carrière. Il obtempère, sachant qu’il ne pourra pas produire sa preuve devant un tribunal. Mais quand un jour il croise Lewis, elle lui annonce que l’histoire était vraie et ses sanglots, du cinéma, ajoutant : « Je suis une bonne actrice, n’est-ce pas ? » White savait déjà qu’elle lui avait menti, mais le fait qu’elle s’en vante dévoile tout un pan de sa personnalité. Néanmoins quand, en 1999, elle veut vendre son histoire, car elle est fauchée, il est prêt à l’écouter. L’interview se déroule sur plusieurs séances. Après la production d’un premier texte, White est informé par sa direction que le récit des amours de Lewis ne vaut pas le cachet de 30 000 livres qu’elle a perçu, mais que l’agent de cette dernière propose d’autres révélations de sa cliente. Dans un nouvel entretien, Lewis raconte comment, en faisant l’école buissonnière dans les boîtes de nuit londoniennes au cours de l’été 1981, elle est tombée dans la prostitution à l’âge de 14 ans.

Charlotte Lewis et Roman Polanski lors de la présentation du film Pirates au 39e Festival de Cannes, 9 mai 1986. ©Benaroch/guilloteau/sipa

Dans son nouveau texte, White la présente avec délicatesse comme une victime. Il ne fait aucune référence à un article publié par son journal en 1988 qui corrobore ces révélations : un jeune entrepreneur y dévoile ses frasques et ébats sexuels avec la future actrice au cours de l’été 1981. Lewis explique ensuite comment elle est passée de cette phase malheureuse de sa vie à la gloire. Devenue mannequin à 15 ans, elle rencontre Polanski à Paris à 16 ans par l’intermédiaire d’une amie, Karen Smith. Il fait d’elle une actrice et lui permet de partir pour Hollywood. Lewis affirme alors que c’est elle qui a séduit le cinéaste à 17 ans, ajoutant :« J’avais probablement plus envie de lui que lui de moi. » Ils seraient restés amants pendant six mois. White la consulte plusieurs fois pour vérifier des détails. Il le sait, car il a tenu un journal qu’il possède toujours et qu’il a soumis au tribunal parisien. Lewis ne pouvait pas ignorer les révélations du texte final et si elle n’avait pas été d’accord, elle aurait pu réclamer des dommages et intérêts au journal. Mais elle ne l’a pas fait. Elle a empoché les 30 000 livres et, après deux derniers films en 2003, elle est rentrée à Londres. Sa carrière apparemment finie, elle a donné naissance à un garçon.

La machine s’emballe

Son retour fracassant sur la scène médiatique a donc lieu en 2010. Polanski est alors en résidence surveillée en Suisse, dans l’attente d’une éventuelle extradition vers les États-Unis dans le cadre de l’affaire Samantha Geimer. Lewis crée une société de production destinée à tourner un documentaire sur ses aventures hollywoodiennes et prend contact avec White en lui demandant d’admettre que son texte de 1999 ne correspond pas à ce qu’elle avait dit. Il refuse. Lewis se présente quand même devant les caméras à Los Angeles le 14 mai 2010, à côté de son avocate, Gloria Allred, pour dénoncer celui qui avait lancé sa carrière. Les accusations restent pourtant vagues. Dans une courte déclaration, Allred décrit sa cliente comme ayant été « victimisée » et reproche à Polanski un comportement de « prédateur sexuel ». Bien que la prescription en Californie pour des crimes sexuels soit de dix ans, elle estime que les déclarations de Lewis pourraient s’avérer utiles dans un éventuel procès si Polanski est extradé. Si jamais un juge trouvait que le mode opératoire était le même dans le cas de Lewis que dans celui de Geimer, la condamnation de Polanski pourrait être encore plus sévère. Quand un journaliste lui demande si le cinéaste a drogué et violé Lewis, Allred, gênée, refuse d’employer d’autres termes que ceux, très imprécis, qu’elle a déjà utilisés. Deux jours plus tard, Libération parle de l’interview de 1999 et, le 25 mai, le texte est republié sur le site de BHL. Lewis retombe dans l’obscurité médiatique. Jusqu’à ce que l’affaire Weinstein et un entrepreneur israélien lui offrent une nouvelle occasion.

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Se proclamant féministe, Matan Uziel lance la chaîne YouTube Real Women/Real Stories en mars 2016. Dans les vidéos postées, des femmes témoignent des méfaits du sexisme. Certains témoignages semblent fiables, d’autres, consacrés à la pédophilie, frôlent le complotisme. Entre août et novembre 2017, trois nouvelles accusatrices dénoncent Polanski pour des agressions sexuelles. En octobre, l’affaire Weinstein éclate. Flairant une opportunité, Uziel crée le site imetpolanski.com qui invite des femmes à témoigner contre le cinéaste. Sur Twitter, il promet une récompense de 20 000 dollars, mais avouera par la suite qu’il ne disposait pas d’une telle somme. Il prétend avoir reçu cinq témoignages de femmes dont ni l’identité ni le récit ne seront jamais divulgués. Une sixième rend publiques ses accusations à travers le tabloïd anglais The Sun. Dans cette atmosphère, Lewis peut-elle faire un come-back ? Dans le contexte d’une tentative pour récupérer la garde de son fils qu’elle aurait perdue, elle a déjà une nouvelle approche. En 2016, elle contacte son ancienne amie, Karen Smith, pour lui demander une déclaration écrite confirmant que Polanksi l’a violée à Paris en 1983, ce que Smith accepte. Restant consciente du danger que représente l’entretien de 1999, elle contacte Bernard-Henri Lévy, début 2017, pour lui demander de l’effacer de son site. En vain. La seule solution désormais sera de nier la véracité de cette interview.

La MadonneMeToo aux pieds d’argile

C’est ainsi qu’elle enregistre une vidéo pour la chaîne d’Uziel en 2018, dont une version courte sera postée en décembre et une version longue (avec 158 000 vues), en septembre 2020. Pour la première fois, elle parle de « rape », « viol », et laisse entendre qu’elle avait déjà prononcé le mot en 2010, ce qui est faux. Elle fournit enfin des détails sur l’agression : invitée avec Smith à passer la nuit dans un appartement attenant à celui de Polanski, elle se serait trouvée seule chez le cinéaste à la fin d’une soirée arrosée. Il l’aurait droguée avant de la contraindre par la force physique à avoir des rapports sexuels.

Pourtant, l’ombre de 1999 n’a pas disparu. En janvier 2019, elle échange des e-mails avec White pour le convaincre – toujours en vain – d’admettre que la fameuse interview était mensongère. Cela ne l’empêche pas d’accorder une interview filmée à L’Obs en décembre (795 000 vues) où elle prétend que le journaliste lui aurait avoué que son texte ne correspondait pas à ce qu’elle avait dit. En décembre 2021, Catherine Balle, qui a rencontré Lewis à Londres, révèle dans Le Parisien l’existence de l’attestation de Smith. Seulement, un an plus tard, Le Point apprend à ses lecteurs que Karine Smith est revenue sous serment sur son témoignage de 2016 : elle dit n’avoir confirmé le récit de Lewis que pour l’aider à récupérer son fils. En réalité, elle n’avait jamais entendu parler d’un viol ou d’une quelconque agression par Polanksi.

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La naïveté de nos médias « sérieux », si dévoués à la cause de la vérité, est démontrée par la manière dont ils ont repris en chœur la version selon laquelle Lewis, en 2010, avait déjà parlé de viol.  Pour savoir ce qu’elle avait en tête à cette époque, il suffit de lire l’interview qu’elle a accordée au Mail on Sunday deux jours après l’annonce de Los Angeles. Là elle livre une version complètement différente de l’interaction avec Polanski en 1983. Toujours chez lui, il aurait expliqué qu’il avait besoin de coucher avec elle pour la former en tant qu’actrice. Refusant, elle serait retournée dans l’autre appartement pour discuter avec Smith mais, consciente qu’elle avait besoin d’argent, elle aurait décidé d’aller céder au cinéaste. Une contrainte psychologique et économique, certes, mais pas de contrainte physique, pas de drogue, pas de viol.

Depuis 1999, Lewis nous a donné trois versions très différentes de son histoire, peut-être toutes fausses. Pourquoi, avec le temps, son récit se rapproche-t-il du mode opératoire de l’affaire Geimer ? Opportunisme ? Pourquoi se déplacer à LA et à Paris pour accuser, quand la prescription pour viol n’existe pas au Royaume-Uni ? Peur de confronter son histoire avec les faits ? Aujourd’hui, le travail de scénariste de Stuart White lui permet de s’adonner à sa passion des histoires vraies, comme celle d’Eugène-Jacques Bullard, le premier as de l’aviation afro-américain, ou celle de Marie Reille, une des premières personnes à alerter sur les horreurs d’Auschwitz. L’historien romain Tite-Live nous enjoint à étudier l’histoire afin d’imiter les bons exemples et d’éviter les mauvais. Qui dans cette histoire nous donne le meilleur exemple de fidélité à la vérité ?

Lola, t’en va pas !

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Anouk Aimée au 59e festival de Cannes, le 27 mai 2006. AP Photo/Laurent Emmanuel)

Femme du monde chez Fellini, entraîneuse chez Demy, script-girl chez Lelouch, l’actrice Anouk Aimée à la carrière internationale vient de s’éteindre à l’âge de 92 ans. Elle incarnait la grâce et la beauté renversante des mondes disparus.


La dernière fois que je l’ai vue, elle lisait sur scène des lettres avec Philippe Noiret au Théâtre de la Madeleine. Presque vingt ans déjà, et ce soir-là, ces deux monstres nous surplombaient d’une élégance peu commune. Nous étions émus et impressionnés. Ils existaient donc vraiment, ce n’étaient pas des créatures imaginaires. Les spectateurs avaient l’intime conviction que deux géants les visitaient et, que plus jamais, ils ne reverraient une telle féérie. Deux voix de cinéma, deux appels dans la nuit. Anouk, c’est un mirage des années 1950-1960, le contre-pouvoir fantasmatique aux starlettes carrossées comme des Estafettes, aucune courbe superflue sur sa silhouette d’ascète, aucune outrageante attitude, seulement un érotisme corseté, presque militaire, fortement explosif, d’une sécheresse qui inonda le cœur des solitaires à travers toute la planète.

Dire qu’elle était belle, est un euphémisme. Je la vois sur papier glacé, dans son économie de mots et de gestes, statuaire et ensorcelante. Parce qu’elle était mesurée, sur la retenue, à la limite de l’implosion, parfois même étrangère à la marche du monde et donc totalement inaccessible, nous la vénérions. Les Hommes modernes qui ne croient ni aux dieux, ni au progrès, ont quelques compensations dans leur athéisme, ils avaient Anouk rien que pour eux, dans les salles obscures. Tout peut s’effondrer, la démocratie et les idéaux, Anouk nous reliait à l’essence même du désir et de l’émoi, dans l’arrière-cour de nos sentiments inavoués. Comment s’approcher de l’une des dernières déesses du 7ème art sans l’importuner, sans la trahir, sans la revêtir d’une fausse fourrure, elle qui s’engagea pour la défense des animaux et de la nature ? Peut-être qu’il ne faudrait rien proclamer, ne rien dire, annoncer son décès simplement et se recueillir. Se soumettre encore une fois à sa distance. Ne pas s’aveugler d’extraits et d’exégètes sur les plateaux. Accepter notre tristesse et ne pas en faire commerce. Conserver pieusement son image comme un talisman précieux, la trace d’un monde où une jeune fille née Dreyfus qui avait échappé aux charriots de feu projeta son incandescence courtoise sur les murs d’Hollywood, de Rome ou de Paris.

Cette brune longiligne à l’intonation paresseuse et aristocratique nous plongeait dans la perplexité. Les autres, les girondes, les enflammées, les rocailleuses, les tempétueuses, on peut émettre un avis sur leur carrière, mais elle, avec cette réserve malaisante qui terrassait les durs à cuire, nous manquons de vocabulaire. Elle nous déroute, contredit nos schémas de pensée, dérègle notre masculinité farouche. Nous n’avons pas attendu certaines féministes pour se déconstruire, Anouk avait engagé notre reformatage, voilà soixante-dix ans ! Son jeu à l’os qui prenait le pouvoir sur les lumières et les outrances du spectacle, est toujours aussi actuel. Elle imposait aux réalisateurs son propre rythme, d’abord ce débit lent et ses silences, son décalage naturel s’insinuait dans le moindre interstice, en une réplique, une main se recoiffant, une cigarette à sa bouche, elle désarçonnait la mécanique huilée de ses partenaires. Comment donc la qualifier sans la réduire ? Chez elle, il y a un air de samba brésilienne derrière le masque de fille sage. Pour les cinéphiles, ce sont des pans entiers de la tapisserie qui se détachent aujourd’hui. Anouk en lunettes noires et robe de soirée, nus pieds, qui parle à Marcello par l’entremise d’une fontaine. Anouck était ce palais plein de mystères et cette autoroute de l’Ouest, un dimanche soir pluvieux, quand le train de Deauville est parti sans nous. Jean-Louis conduit sa Mustang, les enfants passent la semaine dans des pensions, on marche sur les planches et on mange des crevettes, on s’envoie des télégrammes et l’amour naît au hasard des rencontres. On a envie de l’entendre une dernière fois, si on appelait Montmartre 15 – 40 !

Monsieur Nostalgie

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Les Bouquinistes

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