Accueil Site Page 416

Le conte d’une cité

0

La montée du Rassemblement National et la fragmentation de la droite républicaine transforment discrètement mais inexorablement le paysage politique, présageant des changements significatifs aux prochaines élections locales et nationales.


Nous nous situons dans une grande ville, à l’épicentre de la guerre que se livrent les droites. Les conséquences de ce conflit se prolongeront pour les dix à quinze prochaines années. Elles participeront du résultat d’ensemble des prochaines élections nationales autant que locales. Pourtant, tout avait particulièrement bien commencé. L’élection, puis la réélection à la présidence de la République d’Emmanuel Macron semblait garantir une continuité triomphante. Malgré une poussée, chaque fois accentuée, du Rassemblement National, le résultat final ne faisait pas de doute : un bloc central – qui s’était dérobé sous les pas de Nicolas Sarkozy en 2012 – garantissait l’exercice du pouvoir.

La première alerte dans cette ville n’a pas retenu l’attention. Elle s’est manifestée en deux temps très rapprochés, au printemps 2022. La progression de Marine Le Pen à l’élection présidentielle prenait beaucoup d’épaisseur. Surtout, les neuf circonscriptions du département dont cette ville est chef-lieu offraient, un mois plus tard, un panorama où le basculement le disputait à la fragmentation. Basculement, parce que le Rassemblement National s’installait de manière prégnante dans le paysage parlementaire, hors Sénat, en imposant ses députés là où leur victoire paraissait possible (un jour lointain), mais improbable (sur le moment). Fragmentation, car la droite accolée à l’espace central majoritaire – composé par les élus de la défunte UMP ayant rejoint, d’une manière ou d’une autre, la Macronie, y compris à travers Edouard Philippe et François Bayrou – perdait de substantielles positions.

A lire aussi : Les Français face à l’absence de vergogne à gauche et de courage à droite

L’air de rien, tout se préparait au changement. Or, il vient un moment où la poussée d’une minorité grossissante et organisée finit par rencontrer la placidité ou l’inaction d’une majorité rendue débonnaire par la lassitude à l’égard d’une action publique perçue comme insatisfaisante, puis comme source de frustration. « C’est d’abord rumeur légère. Un petit vent rasant la Terre. Puis doucement, vous voyez calomnie Se dresser, s’enfler, s’enfler en grandissant. » Comme dans l' »Air de la calomnie » de Rossini, prenant appui sur l’exceptionnel orfèvre que fut Beaumarchais, le cheminement s’est fait à bas bruit mais de manière affirmée. Et voilà que tout à coup – Beaumarchais et Rossini en ont exprimé le texte et les notes avec génie – l’orage « éclate et tonne » en juin 2022, et les députés font mosaïque, à la (fausse) surprise légèrement ironique des citoyens-électeurs, partagés entre la bonhomie du laisser-faire, et la joie personnelle autant de fois dupliquée qu’il existe de votants décidés à participer au mouvement d’ensemble. « Mais enfin rien ne l’arrête, C’est la foudre, la tempête, Mais enfin rien ne l’arrête C’est la foudre, la tempête ». L’ancienne circonscription du maire tombe dans l’escarcelle de LR, dont le futur patron national est réélu dans la sienne, malgré les efforts déployés pour le battre.

A lire aussi : La France violentée

Le Chef de l’État mettant en œuvre l’expression de sa lassitude devant les rétifs de tout ordre, la séquence électorale législative devient périlleuse pour l’exécutif municipal, comme pour le pouvoir central. La transition osée, gaillarde et brusque – une révolution au sein du Gaullisme, en réalité – du rival déclaré et définitif du maire sous forme d’alliance avec le RN impose son application brute dans les circonscriptions de la ville. Nous saurons dans moins de trois semaines si cette transition politique prend corps. Si c’est le cas, l’agrégat Gaullisme-nationalisme aura réussi plusieurs tours de force : s’implanter localement pour constituer une majorité nationale de gouvernement, après un succès net aux élections européennes ; se débarrasser des oripeaux de l’extrémisme (tout en gardant un parfum de radicalité) pour entrer dans une nouvelle normalité majoritaire que beaucoup rejoindront par tacite ou expresse adhésion ; s’en aller quérir une victoire à l’élection présidentielle suivante, rompant la tradition des cohabitations fatales.

Dans cette ville, sachant que le poids des métropoles est lourd de conséquences pour le scrutin majeur désignant le Chef de l’État, il n’est plus impossible que la mairie change de main dans moins de deux ans. Un éventuel grand Chelem sur les trois circonscriptions qui la structurent marquerait le prélude de la suite qui se prépare, non plus dans le cheminement lent évoqué dans le début de l' »Air de la calomnie », mais dans le coup de canon final.

Le Nouveau Front populaire et la morale des intérêts

Qu’aurait pensé Chateaubriand du Nouveau Front populaire et des marchandages et compromissions sur lesquels ce dernier est fondé? Il n’aurait peut-être pas été très enthousiaste… Tribune.


Emmanuel Macron a reçu le score de 14,6 % obtenu par sa majorité et le succès de la liste RN à 31,37% à la manière d’un camouflet. Il a alors, il était temps, pris la mesure de la lassitude française vis-à-vis de sa politique et réalisé l’intérêt croissant du peuple pour « l’esstrême droite ». En ces traverses, notre Néron du XXIe siècle dont l’hubris n’a d’égale que l’impulsivité ou la tendance à sous-estimer l’ennemi ne nous a pas déçus. Il a réagi avec la fougue conjuguée au manque de discernement qu’on lui connaît, misant sur l’incapacité de la gauche dite républicaine à s’allier et ne l’imaginant pas oser se compromettre dans de turpides ententes ; c’était là mal la connaître. Voici l’Assemblée nationale dissoute ; la table renversée ; les dés pipés jetés. L’histoire se répète et la farce se poursuit : « Comme l’initié mithriaque, la race humaine a peut-être besoin du bain de sang et du passage périodique dans la fosse funèbre » réfléchit l’Hadrien de Yourcenar.

Tandis que les droites peinent à s’allier dans la douleur et qu’Emmanuel Macron tente de récupérer les opposants à la ligne Ciotti, la gauche fait front (de taureau, assurément), se fédère et se met en ordre de marche pour rafler la mise aux législatives. Coalition et compromission avec l’antisémitisme promues par nombreux sectateurs de LFI et autres affidés au NPA du funeste Philippe Poutou (dont s’exemptent cependant, il convient de le mentionner, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve et Jérôme Guedj), tous les coups sont permis. Voici les politiques de gauche, prêts à tous les estampages pour gameler. Délesté de son scooter vendu aux enchères, le croissant assurément entre les dents et bradant un honneur déjà bien démonétisé, François Hollande est lui-même de la fête ! Le Nouveau Front Populaire est né. On n’ose imaginer ce que Léon Blum aurait pensé.

A lire aussi : Pour qui voter?

Aux sièges, Députés ! Dénoncer le terrorisme du Hamas n’est plus de mise. Adoptez maintenant tous l’électoraliste attitude : promotion du multiculturalisme heureux, du wokisme repentant, de l’écologie punitive triomphante, éloge de l’égalitarisme. On ratisse large et on rase gratis : blocage des prix des biens de première nécessité dans l’alimentation, l’énergie et les carburants, appel à un cessez-le feu immédiat à Gaza, smic à 1600 euros net… On accepte sans barguiner la candidature des personnages les plus contestables : Raphaël Arnault, militant antifa et triple fiché S, Aly Dioura dont le compte X dégueule de propos antisémites et anti-blancs ; voilà même le sieur Poutou, qui n’a de cesse de déclarer à qui veut bien l’entendre : « La police tue » (et dont le parti est poursuivi pour apologie du terrorisme) parachuté dans la circonscription de Trèbes, là où a été tué le colonel Beltrame dans un attentat revendiqué par l’État islamiste. La parole du camp du Bien, celle des artistes (Marion Cotillard) et des sportifs (Marcus Thuram ou Kylian Mbappé) qu’on pensait muets depuis le 7 octobre s’élève enfin. Les voix d’autorités socialistes périmées (Lionel Jospin) ou de vieilles gloires d’un paysage audiovisuel défunt (Anne Sinclair), maladivement excitées à l’idée de faire un dernier tour de piste, chevrotent depuis leurs tombes, descellées pour l’occasion, une exhortation périmée à l’union contre le Rassemblement national et les héritiers de Pétain. L’Histoire se répète, comme à l’accoutumé, en une farce sordide. «Élevez les hommes politiques à ne penser qu’à ce qui les touche, et vous verrez comment ils arrangeront l’État ; vous n’aurez par là que des ministres corrompus et avides, semblables à ces esclaves mutilés qui gouvernaient le Bas-Empire et qui vendaient tout, se souvenant d’avoir été eux-mêmes vendus», mettait en garde Chateaubriand dans le Conservateur, en date du 5 décembre 1818. Il avait aussi préalablement déclaré : «Le ministère a inventé une morale nouvelle, celle des intérêts ; celle des devoirs est abandonnée aux imbéciles». Puissent tous les imbéciles maintenant sonner la fin de partie.

Quand la politique déchire les Bleus

Les joueurs de notre équipe nationale devraient-ils rester en dehors de la politique? Leur capitaine Kylian Mbappé exploite sa célébrité pour exprimer ses opinions personnelles: il n’aime pas le RN. En revanche, le milieu de terrain Adrien Rabiot fait preuve d’une meilleure compréhension de ce que c’est que la démocratie. A la fin, l’équipe de France est aussi polarisée que le pays qu’elle représente.


Alors que le championnat d’Europe des Nations vient de débuter, le positionnement politique des membres de l’équipe de France fait l’actualité. Tournant autour de l’hôtel de Bad Lippspringe où logent les Bleus, le journaliste Sébastien Tarrago avait très envie que les joueurs expriment leur point de vue à l’approche des législatives anticipées. Ce fut chose faite par l’intermédiaire de Marcus Thuram, puis du capitaine Kylian Mbappé, qui a déclaré le 16 juin dernier qu’il espérait « être encore fier de porter [l]e maillot [de l’équipe de France] » le 7 juillet prochain, court-circuitant quelque peu le communiqué de la Fédération française de football rappelant sa neutralité politique. Établissant une hiérarchie des priorités à venir, le désormais ex-attaquant du PSG situe l’Euro très en dessous des élections législatives ; un point de vue qui peut s’entendre à l’échelle de la nation mais qui ne rassure pas complètement quant à son implication sportive personnelle.

On pensait que l’entrée en lice de la sélection contre l’Autriche permettrait aux esprits de passer à autre chose jusqu’à ce qu’un joueur vienne contredire en partie son propre capitaine. Adrien Rabiot, milieu de terrain de la Juventus, a déclaré mercredi 19 juin en conférence de presse : « Chacun a ses convictions. Nous, simplement, on veut dire aux gens d’aller voter. Il ne faut pas laisser les autres choisir pour soi. Mon avis est que chacun est libre de voter en fonction de ses convictions. Je ne vais pas vous donner mon vote mais on est dans une démocratie, il faut l’accepter. Celui qui obtiendra le plus de voix, le peuple l’aura choisi ». Un rappel du principe démocratique qui tombe sous le sens mais constitue presque déjà une audace.

A lire aussi : Emmanuel Macron a-t-il politisé Kylian Mbappé ?

Il y a entre l’équipe de France et le FN, devenu RN, une longue histoire. En 1978, le jeune parti encore peu connu encourageait la sélection à disputer le mondial en Argentine, alors qu’une partie de la gauche la poussait à boycotter la compétition organisée par la dictature des généraux. En 1996, lors de l’euro anglais, Jean-Marie Le Pen avait reproché aux joueurs de l’équipe de France de ne pas connaître la Marseillaise et d’avoir été pour la plupart naturalisé dans un seul but carriériste. A l’époque, Didier Deschamps, joueur et capitaine, était monté au filet pour défendre ses camarades. Face à la récente attitude de Mbappé, Deschamps a rappelé qu’il n’avait fait, lui, que réagir aux propos de Jean-Marie Le Pen. Six ans plus tard, c’est le psychodrame du 21 avril 2002. Les Bleus sont entretemps devenus champions du monde et les dieux de l’époque. Durant la quinzaine anti-Le Pen, ils sortent du bois. Marcel Desailly, fils adoptif d’un diplomate, avait alors qualifié le Front National de « parti fasciste ». Seul Christophe Dugarry s’était tenu à l’écart de cette unanimité. Ancêtre d’Adrien Rabiot en quelque sorte, mais dans une version plus je-m’en-foutiste, il avait estimé qu’entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, aucun des deux candidats ne lui avait donné envie de voter. Aujourd’hui chroniqueur sportif sur RMC, il a fustigé la politisation de l’équipe de France opérée par Kylian Mbappé.

Le clivage Mbappé/Rabiot, début d’un clivage ethnique ? En 1996, l’équipe des Pays-Bas avait volé en éclats en plein Euro. Un peu à cause de questions d’argent, non sans arrière-fond ethnique. Une photographie montrant les joueurs d’origine surinamienne disposés sur une table à l’écart des joueurs blancs, avaient fait couler beaucoup d’encre. Des tensions pas complètement redescendues deux ans plus tard, lors du mondial en France. En 2010, lors du fiasco français en Afrique du Sud, Sydney Govou avait admis que des clans ethniques s’étaient constitués au sein de l’équipe nationale : « Dans la vie de tous les jours, on cherche des affinités, alors en équipe de France aussi. Et quand on cherche des affinités, la couleur c’est la première chose qui vient à l’esprit ». Laurent Blanc, intronisé sélectionneur des Bleus au lendemain de la coupe du monde sud-africaine, prit comme première mesure de supprimer le buffet halal…

Choc des savoirs, extrême droite : ils ne passeront pas!

Les syndicats d’enseignants s’opposent au programme du « choc des savoirs » lancé par Gabriel Attal quand il était ministre de l’Education. De la même façon, ils prétendent s’opposer à l’élection des candidats du Rassemblement national. Et s’ils se consacraient plutôt à l’enseignement? Témoignage.


« « Choc des savoirs » : ni amendable, ni négociable! Exigeons son abrogation! » clame le Syndicat National Force Ouvrière des Lycées et Collèges. Fédération SGEN-CFDT, CGT Educ’action, SNES-FSU…, tous ont défilé le 25 mai, braillé leur colère, brandi l’étendard de la révolte: « Non au choc des savoirs, pour l’école publique! Pour la défense de l’école publique, contre le choc des savoirs! ¡No pasará! »

Les syndicats de l’Éducation nationale combattent le bon combat. Ce n’est plus à prouver. Mais pourquoi cette offensive printanière? L’école de la République, bienveillante, nivelante, bêtifiante, serait-elle en danger? Le savoir menacerait-il de faire son grand retour? Si la formule « choc » et la rhétorique guerrière de Gabriel Attal, alors ministre de l’Éducation – « bataille des savoirs », « mobilisation générale pour élever le niveau de l’école »… –  pouvaient nourrir les peurs, Belloubet s’est vite montrée rassurante : priorité donnée à « la lutte contre le harcèlement scolaire, afin que l’école soit pour chaque élève un lieu d’épanouissement et de bien-être ».  Et de substituer aux groupes de « niveau » en français et en mathématiques prévus au collège pour la rentrée 2024 des groupes de « besoins », histoire de parler pour ne rien dire et de réformer pour ne surtout rien changer.

Que les syndicats, donc, dorment sur leurs deux oreilles! Nous toucherons bien le fond des classements PISA et enverrons des cohortes d’analphabètes au bac dans les années qui viennent.

A lire aussi : Universités : l’explosion antijuive

Dans mon collège, on s’applique à ne pas appliquer la réforme. Les groupes de besoins? « « Besoins » ne signifie pas « niveau ». D’ailleurs les classes de niveau stigmatisent les élèves en difficulté. Nous ne ferons pas le tri des élèves ». C’est là qu’interviennent les inspecteurs, mandatés pour prêcher (mollement) le choc des savoirs, à coup d’« animations pédagogiques » : «Il n’y pas d’élèves en difficulté mais des élèves en situation de difficulté, il faut donc des groupes flexibles dans la stabilité, de l’hétérogénéité dans l’homogénéité, il s’agit de tenir les deux principes, en même temps…» Alors, après «avoir proposé et non pas imposé», puis «posé les jalons pour un travail harmonisé», avant le goudron et les plumes (parce que la réforme Attal-Belloubet met surtout un joyeux bazar dans les emplois du temps et que c’est un sujet sur lequel les profs ne plaisantent pas), ils se retirent précautionneusement. À la cheffe de finir le boulot et de faire non plus des classes hétérogènes, mais des groupes hétérogènes. Pour une révolution copernicienne, on repassera.

Nos petits élèves qui ont connu une scolarité sporadique au temps de la Covid-19 et dont les connaissances en français et en mathématiques tutoient les abîmes seront donc protégés du choc des savoirs. Ouf. Leurs professeurs aussi, d’ailleurs, si l’on en croit le niveau de recrutement, la barre d’admissibilité ayant été de 5,13/20 au CAPES de mathématiques en 2022.

Mais le seront-ils de l’extrême droite? L’intersyndicale veille et poursuit le combat. Après le 25 mai, le 15 juin. Puis le 23 juin. «Toutes et tous ensemble contre l’extrême droite!»

«L’extrême droite a toujours été, et demeure plus que jamais l’ennemie mortelle des travailleurs et des travailleuses, des étranger⋅ères, des personnes racisées, des LGBTQIA+ et de la démocratie. Son programme conduit à une accélération de la crise écologique. Au niveau de l’école, ses offensives se font déjà de plus en plus visibles : parents vigilants, pression sur les enseignant·es, « Redresser les corps, redresser les esprits, pour redresser la nation », le projet éducatif de l’extrême droite est à l’image de son idéologie et de ses valeurs : inégalitaire, autoritaire et identitaire».

Ça fait froid dans le dos. ¡No pasarán!

Cessons d’écouter la morale des déracinés

Que le peuple refuse de voter majoritairement pour la gauche, l’extrême-gauche ou le centre ne fait qu’accroître encore le mépris que ressentent les élites à son égard. Tribune de Philippe B. Grimbert.


« Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple » disait en son temps le facétieux Bertolt Brecht. C’était mal connaitre notre cher président, seigneur et maître du en même temps qui s’acharne, lui, avec l’agilité qu’on lui connait aux deux tâches : la dissolution de l’Assemblée contiguë à celle de cet « âne qui se cabre, cet éternel mineur » qu’est le peuple, le bon ou le mauvais selon qu’il est virtuel, romanesque ou bien qu’il vote (mal).

Cette chose qui grossit à vue d’œil ou du moins d’élection puisqu’il n’y a plus que ces dernières pour l’éprouver, cette moitié de France qui s’abstient ou cette autre presque moitié votante mais qui vote rance, hier ouvrière, puis paysanne, puis cadre, fonctionnaire, rang C, rang B, retraités, le temps est venu malgré l’ampleur de la tache et de la tâche sinon de pouvoir totalement les dissoudre, du moins de les néantiser. A tous les déclassés qui viennent en grossir les rangs, à tous ces ahuris qui peinent à en finir avec la réalité, comme d’autres avec des punaises de lits, qui comptent les centimes dans les allées des supermarchés, qui font le plein une fois par semaine dans les stations-services des Zones d’Aménagement Commercial, qui osent souffrir moins de la fonte du permafrost que de celle de leur pouvoir d’achat, qui rechignent encore à aimer l’Autre comme la chance de leur terne existence, ou leur descendance anémique, il est temps de s’adresser durant quatre semaines, de leur faire l’aumône d’une pédagogie que les écoles de la république hélas ne dispensent plus le reste du temps.

A lire aussi : La triple imposture dudit nouveau «Front populaire»

Les tenants vertueux ont pour cela ressorti leurs vieux oripeaux, ceux qui ont fait leur preuve et vous rhabille un Gilet Jaune égaré en soldat de la Wehrmacht. Habitant du peuple, (l’ancien), apprend-le, ta nostalgie est fasciste, ta précarité est nazie, tu t’extremedroitises sans le savoir comme Mr Jourdan faisait de la prose. Car il te manque depuis toujours cette chose qui ne s’apprend que dans les grands appartements et les grandes écoles de la nation : le sens du discernement, le bon goût en quelque sorte. Et cette chose-là ne s’apprend pas dans les zones pavillonnaires ou les territoires non pas perdus mais égarés de la France qui perd et, à vrai dire, qui nous fait un peu honte, ici et hors de nos frontières que nous souhaitons ouvertes pour qu’un autre peuple vienne laver les assiettes de nos bobuns, chercher nos enfants à la sortie de leur école privée et construire les logements sociaux où ils habiterons, près de chez nous, puisque nous somme ainsi faits, accueillants, cordicoles, partisans du (bien) vivre ensemble, que nous avons le sens de la décence, celle que contrairement à ce que pensait Orwell, le vieux peuple a depuis bien longtemps perdue. Ce même Orwell qui par ailleurs nous rappelait que si la gauche a toujours été anti-fasciste, elle n’a jamais été anti-totalitaire, toujours prompte à repérer le mal absolu sous ses couleurs brunes mais jamais chez Staline, Mao, Pol Pot et consorts, comme elle est aujourd’hui incapable de la repérer dans l’idéologie de La France Insoumise, préférant s’en tenir à ses bons vieux fétiches, ses anachronismes, recycler sa morale aux valeurs sûres du bien et du mal.

Qui sème le vent

Price: ---

0 used & new available from

Pour qui voter?

Donner sa voix à un candidat du Nouveau Front populaire n’est pas une option pour un Français juif, car l’« antisionisme » affiché par les membres de cette alliance de gauche et de l’extrême gauche cache mal une judéophobie fondée sur l’opportunisme électoral. Pourtant, dans les élections législatives, tous les extrêmes sont à éviter. L’analyse de Richard Prasquier, ancien président du Crif.


Les élections européennes ont réveillé des spectres divers, dont plusieurs parcourent l’Europe et dont d’autres sont spécifiques à la France. Dans une impression globale de déclassement régalien, économique, politique, éducatif, scientifique, culturel et social contre laquelle les affirmations volontaristes et martiales ressemblent à autant de coups d’épée dans l’eau, s’insinue l’idée d’un conflit de civilisation pouvant conduire à la guerre civile que certains dépeignent et beaucoup redoutent, dont d’aucuns exploitent la menace et que la plupart escamotent de leur esprit.

La minuscule communauté juive française (0,5% peut-être de la population), qui est pourtant la plus importante et probablement la mieux structurée d’Europe, ne compte électoralement que dans un nombre minime de circonscriptions. Alors que notre pays affiche la laïcité, aujourd’hui trop souvent brocardée, comme une de ses valeurs fondamentales, on doit constater que dans d’autres démocraties, le choix du multiculturalisme a finalement rendu la situation des Juifs plus difficile. Par ailleurs, si la communauté juive française n’est pas monolithique, elle est, contrairement à d’autres pays, comme les États-Unis, presque exclusivement sioniste. C’est dire si la situation en Israël influe sur les choix électoraux.

Sur les Juifs de France, l’impact du 7 octobre 2023 a été massif. Ils ont été choqués de constater que la manipulation de l’information a rendu certains de leurs amis imperméables à la profondeur de cette blessure. A notre époque d’information au bout du clic, la vérité est devenue d’autant moins précieuse qu’elle est plus facile à obtenir. Mais encore plus stupéfiant a été le fait qu’un parti, la France Insoumise, a pris la guerre de Gaza comme thème électoral majeur d’élections européennes où bien d’autres sujets eussent été plus pertinents.

Cette dérive a été amplement commentée. La lutte contre le racisme a été dévoyée en un chantage à l’islamophobie lui-même gangrené par un antisémitisme qui n’ose pas dire son nom et qui a fini par aboutir là d’où tous les Frères Musulmans (dont le Hamas, faut-il le rappeler, est la filiale palestinienne) sont partis : il n’y a plus de mot pour Israélien, on ne connait plus que le Juif, pardon, le « sioniste », condensé de toutes les vilenies.

A lire aussi: La droite la plus lâche du monde ?

Parti d’une judéophobie très courante au XIXe siècle dans la gauche révolutionnaire, Jean Jaurès avait su corriger ses opinions à l’occasion de l’affaire Dreyfus. Jean-Luc Mélenchon a suivi le chemin inverse. Aujourd’hui, ses remarques relèvent d’un antisémitisme de plus en plus débridé, où il imite son idole, le vénézuélien Hugo Chavez.

Le philosophe Jean-Claude Milner distingue un antisémitisme de passion et un antisémitisme de calcul. Dans ce second cas, on est antisémite parce qu’on y trouve des avantages : parcours de carrière, adhésion à un groupe ou plus souvent encore désir de ne pas avoir d’ennuis. Mais pour qu’un individu garde une cohérence psychologique interne, moteur de son estime de soi, passion et calcul finissent par s’alimenter l’un l’autre. C’est pourquoi le démontage de ce que Mélenchon pense au fond de lui-même est sans intérêt. Le discours de haine d’Israël, produit d’appel électoral destiné à aspirer les votes des « quartiers difficiles » s’est mué, et c’était inévitable, en discours antisémite. 

Cette stratégie a malheureusement été plutôt efficace. Le score européen de LFI a augmenté de 55% par rapport à 2019. Il est générationnel et communautariste, dépendant de facteurs interconnectés, le pourcentage de musulmans dans la population, la jeunesse des électeurs et le degré de leur ressentiment face à un présent et un avenir difficiles.

A moyen terme, plus inquiétante encore est l’influence d’un parti dont les méthodes prennent peu à peu un caractère stalinien. La jeunesse est le terrain d’action privilégié des dictatures auxquelles les inclusives aberrations du wokisme offrent un réservoir inépuisable de militants décervelés. Tous risquent d’être les idiots utiles de l’islamisme, qui, s’il parvient au pouvoir, se débarrassera, comme Khomeini l’avait fait, de ces alliés du début et de leurs oripeaux idéologiques qui ne pèse guère devant ce qu’on prétend être des injonctions divines.

Dans le court terme de l’élection législative, un parti dans une dérive morale aussi évidente que la LFI ne devrait que susciter le rejet. Il n’empêche : le Parti socialiste qui a pourtant obtenu bien plus de voix aux européennes, non seulement accepte des candidatures uniques dans chaque circonscription dès le premier tour des législatives, mais laisse aux candidats LFI un nombre plus élevé de circonscriptions. Le Mélenchon nouveau est arrivé, qui ne « s’élimine pas, mais ne s’impose pas » et qui endosse le costume de rempart de la démocratie après avoir pris jusque-là celui de chef de file du chaos. Mathilde Panot s’érige en défenseur des Juifs et même Rima Hassan n’écrit plus ses tweets incendiaires sur les Israéliens. La ficelle est grosse. En choisissant de faire alliance avec LFI et même avec un parti NPA qui s’est révélé dès le 8 octobre comme un admirateur du Hamas, Olivier Faure proclame que l’antisémitisme n’a pas beaucoup d’importance. 

Les Juifs ont souvent servi dans le passé de variable d’ajustement. C’est entre autres pour ne plus être les objets d’une histoire qui les passait jusque-là par profits et pertes qu’ils ont créé l’État d’Israël. Olivier Faure, quelles que soient ses opinions personnelles, agit en antisémite de calcul.

A lire aussi: Le débarquement allié et les juifs

A Raphael Glucksmann qui avait rejeté l’alliance avec LFI et qui n’avait pourtant pas épargné Israël pendant sa campagne, les manifestants de la Place de la République ont réservé un de ces qualificatifs tout en nuances dont ils ont le secret : « Israël assassin, Glucksmann complice ». A son corps défendant, ce dernier est finalement venu à résipiscence…

C’est un avant-goût de la liberté d’opinion telle que la conçoit LFI. Honneur à ceux parmi les socialistes qui ont refusé de vendre leurs principes contre un plat de lentilles électoral…

L’irruption d’Emmanuel Macron dans le jeu politique a conduit à une tripolarisation. Un centre « enmêmetempiste » taillait des croupières aux partis de gauche et de droite en aspirant leurs électeurs modérés mais déportait mécaniquement les opposants vers les extrêmes. Le bon score du candidat socialiste aux européennes provient d’un espace électoral momentanément élargi par la déception des électeurs de gauche modérée qui avaient voté pour Emmanuel Macron et qui ont constaté que sa politique économique et sociale était de droite. A cela s’est ajoutée l’impéritie d’un parti écologiste incarné par de ternes dirigeants, dont certains(-es) sombrent dans le gaucho-wokisme. Ce relatif succès rend l’accord de premier tour avec LFI d’autant plus scandaleux.

Du côté droit de l’échiquier politique, la déroute des LR traduit la perte d’espace politique entre un gouvernement dont ils sont proches sur le plan économique et un Rassemblement National qui peut se targuer d’une ancienneté supérieure à tirer la sonnette d’alarme sécuritaire. La réaction d’Éric Ciotti témoigne de cette asphyxie d’un parti qui a été depuis plus de soixante ans, sous des noms divers, le pivot de la droite et du gaullisme. Nul ne peut dire aujourd’hui si sa décision historique de briser, contre l’avis de la majorité des cadres du parti, le cordon sanitaire autour du RN aura des incidences électorales, mais il est probable que beaucoup d’électeurs LR, les jeunes surtout, le suivront, malgré les grandes différences programmatiques entre le LR et le RN (on rappelle que Marine Le Pen se veut « ni-ni », ni droite-ni gauche).

Le contraste est cuisant entre ce parti LR en crise et le succès de la droite modérée qui va dominer le Parlement européen. C’est le résultat de la stratégie macronienne de tripolarisation électorale. Chacun y trouve une carte à jouer :  LFI redorant à bas prix son blason sous le slogan éculé du  Front populaire contre l’extrême droite, le RN se présentant comme le défenseur d’une France en insécurité et Emmanuel Macron comme le parti de la République de raison contre les extrêmes.

Mais cette initiative est lourde de risques car la dévalorisation actuelle de la parole présidentielle, qui a beaucoup perdu de son aura de 2017, risque d’amener les extrêmes au pouvoir et plus probablement encore de rendre l’Assemblée Nationale ingouvernable. Le succès du RN, en particulier, est possible mais son échec économique, probable, disent de plus compétents que moi dans ce domaine, donnerait un tremplin à l’extrême gauche. La pyromanie dissolutive, celle du 21 avril 1997 par Jacques Chirac, ou, il y a bien plus longtemps, celle du 25 juin 1877, par le Président Mac Mahon (Mac Macron, diront évidemment les humoristes), a parfois carbonisé ses auteurs.

A lire aussi : Le Front populaire sans le peuple

Dans cette élection législative, où ira le vote des Français juifs ? Très rarement, c’est certain, en faveur d’un candidat adoubé par Jean-Luc Mélenchon. En revanche, la possibilité d’un vote sanction en faveur du RN (je ne parle pas d’un Éric Zemmour en perdition électorale…) se pose pour un nombre significatif d’entre eux. Ils observent qu’on n’a jamais pu relever contre Marine Le Pen de paroles antisémites et que, depuis le début de la guerre de Gaza, son discours sur Israël a été d’une clarté parfaite. Traumatisés par les horreurs du 7 octobre, ils ne comprennent pas la complaisance au sujet du Hamas et des dangers de l’islamisme, les valses hésitations moralisatrices de la diplomatie française, le parti pris anti-israélien et les accusations pseudo-génocidaires d’une grande part de l’intelligentsia, des médias et des leaders d’opinion, l’euphémisation de l’antisémitisme qui provient de la gauche et, enfin, pour ceux qui y sont géographiquement exposés, l’impression d’être abandonnés dans des territoires perdus de la République, du nom de ce livre écrit il y a plus de vingt ans et soigneusement ignoré par tous les gouvernements de l’époque.

Le Président du Crif, soutenu par son exécutif, s’est exprimé clairement contre un vote pour les partis extrémistes. Comme on s’en doute, cela lui a valu des critiques. Je soutiens sa position.

L’indifférence à l’histoire est aujourd’hui à la mode, mais je ne peux pas voter pour un parti qui, tout en ayant changé son nom et son discours, et apparemment rejeté le parrainage de son fondateur, est l’héritier direct du Front National. Quoi qu’en dise Jordan Bardella, Jean Marie Le Pen, à sa grande époque, bien qu’il maniât avec brio l’imparfait du subjonctif, était une brute antisémite dont les multiples plaisanteries sur fond de Shoah et l’admiration pour les Waffen SS et leurs viriles chansons, révélait le fond de ses passions.

A lire aussi: Universités : l’explosion antijuive

Je me félicite, comme Serge Klarsfeld, de l’évolution du RN, je n’ai pas d’argument pour accuser Marine Le Pen d’arrière-pensées et je pense que l’antisémitisme est le cadet des soucis de la plupart de ses électeurs. Mais pas de tous ! De très anciens amis de la présidente du RN, tels Frédéric Chatillon et Axel Loustau, toujours actifs autour d’elle, ont un palmarès édifiant d’accointances avec le nazi Degrelle, Bachar el Assad, Soral, Dieudonné et consorts. En 2012 à Vienne, le 27 janvier (jour de la libération d’Auschwitz) Marine le Pen avait fait la fête avec ce qu’il y avait de pire dans l’extrême droite locale. Certes, elle a aussi organisé récemment l’exclusion du groupe européen « Identité et Démocratie » de l’AfD allemande, mais cela signifie qu’elle avait accepté jusque-là de coopérer avec ce parti rempli de néo-nazis. Ce qu’on dit de certaines soirées intimes du RN et des plaisanteries qui y ont lieu banalement sur le thème des races, des Juifs ou de la Shoah confirme que la prudence doit rester de mise.

En France, chacun exprime ses préférences dans son bulletin de vote. Certains Juifs voteront pour le RN parce qu’ils pensent que sur les sujets qui leur importent, pouvoir d’achat, sécurité, lutte contre l’islamisme ou défense d’Israël, il représente leur meilleur choix. Le Crif n’a pas pour vocation d’être un calque de ces options politiques, mais de défendre les valeurs pour lesquelles il a été créé, la lutte contre l’antisémitisme, à laquelle j’adjoins la lutte contre tous les racismes, la défense d’Israël et la mémoire de la Shoah. Ce n’est que dans la certitude que ces objectifs sont communs que des relations avec un parti politique peuvent être fructueuses. 

Compréhensible est l’exaspération de certains Français juifs face à la politique d’aller-retour de la France à l’égard d’Israël, ses ambiguïtés, ses silences et parfois ses hypocrisies (l’exclusion d’Israël lors du récent salon de la défense…) mais, sur un simple plan pragmatique et non pas moral, un vote sanction au profit du RN serait une mauvaise réponse à une véritable angoisse : c’est à l’ensemble des citoyens de notre pays qu’il faut faire comprendre que le combat d’Israël contre l’islamisme les  concerne tous. Ce combat ne doit pas être adossé à un seul parti, dont l’éventuelle victoire risquerait de toute façon d’être éphémère et dont le programme et les antécédents sont si problématiques. Une telle orientation par ailleurs ne rend pas justice aux nombreux Français non-juifs qui témoignent, souvent malgré les menaces et les insultes, de leur rejet du terrorisme islamique et de leur amitié envers Israël, mais qui ne se résolvent pas au compagnonnage de l’extrême droite. Nous ne devons pas en même temps fustiger les socialistes qui signent une alliance honteuse avec LFI pour le mirage de profits électoraux et faire fi de nos inquiétudes quant aux idiosyncrasies du RN : ce sont des valeurs qui font la fierté du judaïsme que nous risquerions pour le coup de brader pour un plat de lentilles…

Les territoires perdus de la République

Price: ---

0 used & new available from

Conseil constitutionnel, attention danger…

Par une décision du 28 mai, le Conseil constitutionnel, contredisant la loi du 10 juillet 1991, a permis aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier de l’aide juridictionnelle. Le Conseil des Sages, auquel on peut être nommé sans aucune compétence juridique particulière, se comporte comme une institution politique plutôt que constitutionnelle. L’analyse de l’universitaire Raphaël Piastra.


Dans l’un de ses tous derniers ouvrages, Jean-Éric Schoettl mettait en garde sur La démocratie au péril des prétoires (Gallimard, 2022). Selon l’auteur, haut fonctionnaire et ancien secrétaire général du Conseil Constitutionnel, un hiatus s’est fait jour depuis quelques années, entre juge et démocratie représentative. La montée en puissance du premier porte atteinte à la seconde. L’emprise du juge sur la démocratie revêt deux aspects distincts : le droit se construit désormais en dehors de la loi, voire contre elle ; la pénalisation de la vie publique est croissante. Un exemple ? Au nom de la protection, légitime, des femmes, on surmultiplie les actions judiciaires pénales en tous genres. Ces deux aspects sont liés car ils conduisent tous deux à quelque chose de grave : la dégradation de la figure du Représentant. Le premier en restreignant toujours davantage son champ d’action ; le second en en faisant un perpétuel suspect. Le mal qui ronge aujourd’hui la démocratie paraît se situer beaucoup plus là – c’est-à-dire dans l’abaissement du Représentant, dans le rétrécissement de la souveraineté du peuple, dans la rétraction de l’autorité publique – que dans les réactions allergiques que provoque cet affaiblissement de l’État : abstention, populisme, remise en cause du libéralisme. Cet ascendant croissant du pouvoir juridictionnel sur les autres a-t-il amené davantage de rigueur et de transparence dans le fonctionnement démocratique ? Nullement. Il se découvre chaque jour un peu plus qu’il n’a fait que remplacer le caprice du prince par le caprice du juge. D’où la question suprême : quid de la séparation des pouvoirs ?

Un Conseil des sages ?

Alors qu’en est-il de la décision du Conseil constitutionnel du 28 mai 2024 ? La loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique exclut (sauf dans quelques cas) du bénéfice de l’aide juridictionnelle les étrangers – autres que les ressortissants de l’Union européenne – en situation irrégulière. Statuant sur trois « questions prioritaires de constitutionnalité » que lui avait transmises la Cour de cassation, le Conseil constitutionnel censure, le 28 mai, cette condition relative à la régularité du séjour. L’aide juridictionnelle devra désormais bénéficier aux étrangers en situation irrégulière comme aux Français et aux étrangers en situation régulière. Le lecteur a bien lu ! Le CC, guidé par l’infernal duo Fabius/Juppé, a donc décidé de charger la barque coulante de notre déficit social. Le déficit de la Sécurité sociale a été plus important que prévu en 2023. Attendu à 8,7 milliards d’euros, il a terminé l’année dernière proche de 11 milliards d’euros. Les pseudos sages ont donc décidé aussi d’un appel d’air incalculable pour notre pays déjà si attirant socialement. Et puis, par cette décision inique, le Conseil va aussi permettre d’établir une corrélation supplémentaire (que des esprits idiots refusent) entre immigration et délinquance. Et pourtant elle existe. De plus en plus irréfutable, inexorable même. Plus de 60% des délinquants dans nos prisons sont d’origine, directe ou indirecte, étrangère (Institut pour la Justice).  Mesurons bien comme le dit encore Jean-Eric Schoettl que cette censure prenant effet, par la volonté du Conseil, dès la publication de sa décision, sont concernées toutes les procédures juridictionnelles dans lesquelles les étrangers en situation irrégulière sont parties, qu’il s’agisse des instances relatives au séjour ou des autres contentieux, civils ou pénaux. L’impact pratique est considérable dans l’immédiat. Il l’est aussi sur la longue durée, tant par l’effet incitatif du bénéfice de l’aide juridictionnelle que par le coût budgétaire de la décision et par ses conséquences sur la charge des cours et tribunaux. Rappelons donc que si vous êtes français, que vous gagnez à peine plus que le SMIC, vous n’avez pas d’aide juridictionnelle. Dorénavant un étranger sans papiers, si.. Et s’il commet un délit, comme ce sera le cas à un moment ou à un autre (ne serait-ce que pour survivre), il sera défendu aux frais de la princesse. Notamment contre une très hypothétique OQTF (qui ne sera de toute façon pas exécutée…).

A lire aussi : Impayable et surtout dangereux François Hollande

Comment a argumenté le Conseil ? Il a mis en exergue l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, en vertu duquel la loi « doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse ». Si, considère-t-il, le législateur peut prendre des dispositions spécifiques à l’égard des étrangers, en tenant compte notamment de la régularité de leur séjour, c’est à la condition de respecter les droits et libertés garantis par la Constitution et, en particulier, pour se conformer au principe d’égalité devant la justice, d’assurer des garanties égales à tous les justiciables. Le Conseil en déduit que, en privant (dans la plupart des cas et ce qui est légitime) les étrangers ne résidant pas régulièrement en France du bénéfice de l’aide juridictionnelle, les dispositions contestées n’assurent pas à ces derniers des garanties égales à celles dont disposent les autres justiciables et qu’elles méconnaissent donc le principe d’égalité devant la justice. Précisons que l’aide juridictionnelle, comme son nom l’indique, est une aide. Elle ne touche pas aux règles de fond et ne touche qu’extérieurement aux règles de procédure. Il s’agit en fait d’une aide sociale que le législateur devrait être libre de déterminer s’agissant non de citoyens français, mais d’étrangers sans titre. Le délit de défaut de titre pour un étranger (supprimé en 2012 et rétabli en 2023) ne parviendra pas à endiguer les choses. D’autant que les contrevenants ne sont en général pas en mesure de payer la seule sanction qui soit, une amende.

Humanisme ou pragmatisme, quel rôle pour le juge ?

En matière d’aides, le législateur peut certes faire bénéficier les étrangers, y compris les étrangers sans titre, de la solidarité nationale, mais c’est parce qu’il l’estime équitable. Et chacun sait que la France est le pays d’Europe qui est le plus généreux. D’ailleurs est-ce un hasard si toute la misère du monde veut s’y réfugier ?… Un proverbe de notre Bourbonnais natal dit que « les malheureux, le bon Dieu ne les fait pas tous »

Cette aide généreuse que prodigue la France à ceux qui viennent sur son sol, relève uniquement de l’humanité, de l’équité voire de la fraternité. Il s’agit là d’une appréciation souveraine, éminemment politique, non d’une obligation inscrite dans un texte constitutionnel. Et donc en aucun cas juridique. Il s’avère que la souveraineté nationale commande essentiellement le contrôle des flux migratoires, son premier attribut étant la pérennité de la Nation par la maîtrise de ses frontières. On pourrait se dire ne doit venir chez nous l’étranger que nous choisissons en vertu de nos lois et non celui qu’introduit le passeur par lucre ou que fait entrer le militant pour satisfaire sa conscience. Le délit d’assistance à étranger sans papier, s’il est parfois relevé, est très peu sanctionné par le juge droitdel’hommiste. Rappelons que c’est le traité de Schengen, adopté en 1985 et 1990, qui consacre le principe de la liberté de circulation des personnes (art. 3 du traité sur l’Union européenne – TUE) et implique que tout individu (ressortissant de l’UE ou d’un pays tiers), une fois entré sur le territoire de l’un des pays membres, peut franchir les frontières des autres pays sans subir de contrôles. Dès lors qu’un immigré en situation irrégulière pénètre sur le sol européen, il va partout où il veut. Et c’est alors la vague porteuse notamment de la délinquance. Et, dorénavant, il a par la grâce du CC, droit à une aide juridictionnelle. Aide d’Etat donc financée par le contribuable…  Ah ce contribuable que l’Etat aime tant à saigner telle une bête d’abattoir avec l’aval du juge en plus !

A lire aussi : À la soupe !

La tendance jurisprudentielle à faire bénéficier également Français et étrangers de la solidarité nationale, au nom d’un devoir de fraternité universelle, satisfait certes notre conscience humanitaire. Il est des gens dont nous sommes qui deviennent de plus en plus indifférents à çà et qui préfèrent se soucier de combien cela va encore nous coûter…  A ce titre un récent rapport de la Cour des Comptes a souligné que le budget de l’aide juridictionnelle a fortement augmenté, les dépenses passant de 342 millions d’euros en 2017 à 630 millions en 2022 (soit +13% l’an).

« Le Conseil s’est comporté en ennemi de l’intérieur »

L’humanitaire n’a selon nous rien à faire à ce niveau. Trop d’impératifs sont en effet en cause qui appellent l’arbitrage du législateur et devraient inspirer au juge de la loi un comportement moins prétorien : le consentement à l’impôt, la maîtrise des finances publiques, la régulation des flux migratoires, la confiance de nos concitoyens dans la capacité des pouvoirs publics à régler les problèmes qui les préoccupent. La solidarité ou la fraternité automatiques que le CC impose à la Nation va indisposer nos compatriotes contre nos politiques d’accueil, voire contre l’Etat providence.

Il y a quelques années déjà, David Kessler conseiller d’Etat, avait appelé ses pairs à un « nécessaire réalisme » notamment sur des décisions régaliennes. On doit noter que le Conseil d’Etat en fait preuve assez souvent (ex : fermeture de mosquées salafistes, expulsions d’imams); le CC, jamais. Cette décision sur l’aide juridictionnelle le prouve. Il n’a aucune idée de l’impact de ses décisions. Rappelons ici la loi de 2021 imposant une « surveillance » des terroristes sortis de prison. Le Conseil censura ce texte attentatoire aux droits de ces individus. Comme si ces individus n’avaient pas fait assez de mal, comme s’il n’y avait pas un risque de récidive énorme… Comme s’ils étaient des individus voire même des êtres normaux, ordinaires. Ils sont des criminels à vie programmés pour imposer leur jihad et vaincre les mécréants que nous sommes. Le CC n’a rien compris sur ce point. Alors oui, personne ne contestera qu’il y a nos droits et libertés gravés dans le marbre de 1789 et 1946. Mais, nous le redisons ici, les réalités de ces époques n’ont strictement plus rien à voir avec celles de 2024. Deux mots devraient habiter celles et ceux qui siègent au CC : le réalisme et l’adaptation.

A lire aussi : Conseil constitutionnel: la planète des Sages

Donc voilà, une fois encore le Conseil s’est comporté en ennemi de l’intérieur. Il commet de plus en plus d’appels d’air à HPN (haut potentiel nuisible). Il faut en ce sens poser tout de même une question sur le mode nomination. Il est exclusivement politique puisque réalisé par le chef de l’Etat et les présidents du Parlement. Présentement, si l’on excepte A. Juppé (tout de même rallié au macronisme en vue de sa nomination), tous les autres sont gauchistes, centre gauchistes ou macronistes. En toute certitude, ils sont aussi toutes et tous droitdelhommistes. Sauf incident, les prochaines nominations se feront en 2025. On est en droit d’espérer que le président du Sénat pourra envisager quelqu’un qui soit d’inspiration libérale ?! Mme Braun-Pivet et M. Macron, de leur côté, feront certainement encore droit à des fidèles !

Précisons encore qu’aucune condition de compétence en matière juridique n’est exigée par la Constitution pour pouvoir être nommé, ce qui distingue le Conseil constitutionnel de toutes les autres cours constitutionnelles des grandes démocraties libérales. A ce titre depuis le départ de Mme Belloubet (2017), il n’y a plus aucun professeur de droit dans ce cénacle. Certes il y a des juristes (anciens hauts magistrats en recyclage, avocats sans cause). Rappelons quand même qu’y ont siégé le doyen Georges Vedel et Robert Badinter. Les décisions y étaient d’une toute autre tenue. Dans la majorité des pays de l’UE qui ont un contrôle de constitutionnalité, il y a des professeurs de droit notamment public qui siègent. Incontestablement, ça ne nuit pas ! 

Lorsqu’il présenta la Constitution en 1958 M. Debré précisa qu’« il n’est ni dans l’esprit du régime parlementaire, ni dans la tradition française de donner à chaque justiciable le droit d’examiner la valeur de la loi ». Donnez une question de priorité constitutionnelle (2008 N. Sarkozy) à un CC politisé et voilà le résultat….

Crime d’indifférence

Le crime de Courbevoie devrait nous choquer tous au plus profond de nous-mêmes. Mais au lieu de répondre à cette horreur par une journée de deuil nationale, la République poursuit son chemin dans une relative indifférence. Tribune de Dominique Labarrière.


Très franchement, je devrais avoir mieux à faire que d’écrire ces lignes. Je devrais être en train de rejoindre les centaines de milliers, les millions de Français rassemblés partout à travers le pays pour crier leur dégoût, leur colère, leur révolte devant l’ignoble barbarie dont, à Courbevoie, Ville de France, de nos jours en 2024, une petite fille de douze ans a été victime. Enfant martyre – innocente, forcément innocente – sacrifiée parce que coupable d’être juive. Quoi de plus abject ! Je pose la question ! Quoi de plus abominable ?

Où sommes-nous, qui devrions avoir envahi les places, les rues, les cités pour dire non. Non pour aujourd’hui, pour demain. Non à jamais !

Lors de sa visite apostolique à Marseille, le Pape François, non sans raison, a fustigé le « fanatisme de l’indifférence ». Il évoquait alors le sort des migrants noyés en Méditerranée. Aujourd’hui, tout se passe comme si « le fanatisme du silence » devait, tout tranquillement, prendre le relais.

A lire aussi: Violée à 12 ans parce que Juive et pour venger la Palestine : la triste moisson de la haine antisémite

Où sont les femmes et hommes de bonne volonté de la communauté musulmane de France ?

Où sont les bataillons féministes si prompts à dresser tant et tant de bûchers en sorcellerie à la moindre broutille exploitable ?

Où est le verbe d’imprécation de celui qui, pourtant, parle tout le temps de tout et de rien, à tort et à travers ?

Où est la journée de deuil nationale qui aurait dû être décrétée dans l’heure ? Mobilisation solennelle, officielle afin que le Pays, le Pays tout entier, dans sa diversité, soit enfin sommé de prendre conscience de la pourriture mentale, morale, culturelle, intellectuelle, politique qu’est l’antisémitisme.

Combien faudra-t-il encore de vies bousillées dès l’enfance par de furieux monstres instrumentalisés, eux aussi, dès l’enfance pour que les consciences se réveillent ? Pour que les actes supplantent enfin les belles paroles, les bougies, les mines attristées juste le temps de la photo ?

Enfin, quand serons-nous à la hauteur de ce que nous sommes ? Ou tout au moins de ce que nous devrions être ?

Marie Stuart - Reine tragique

Price: ---

0 used & new available from

Un cinéma dans la circulation des temps

0

Avec Hors du temps, Olivier Assayas revisite l’expérience du confinement qu’il a passé dans sa maison d’enfance. Une rétrospective à la Cinémathèque permet de redécouvrir l’intégralité de son oeuvre jusqu’à présent.


Hors du temps, vraiment ? C’est là le titre du dernier film d’Olivier Assayas. Il se replonge dans le temps suspendu qu’a constitué pour presque tous le confinement : dans l’attente d’un vaccin, les autorités ont tenu captif un peuple entier, dans l’incertitude des modes de contagion d’une maladie somme toute bénigne dans la plupart des cas… Assayas a ce privilège de posséder une  maison dans la vallée de Chevreuse, celle de feu ses parents, isolée par le grand parc du château attenant, qui toute son enfance était ouvert à ses jeux et à sa rêverie. La voix off du cinéaste aujourd’hui âgé de 69 ans décrit ce paradis perdu et retrouvé, commentaire d’un film qui semble emprunter de prime abord au documentaire. Car c’est bien dans cet ermitage intact qu’il a pu trouver refuge en ce printemps 2021 tellement ensoleillé, où chacun, par force, vivait cloîtré.

Pétrie de nostalgie et de facture toute classique, cette approche se redouble, en alternance, d’un film de fiction dans lequel Assayas emprunte avec esprit les traits forts différents, au physique, du comédien Vincent Macaigne (lequel a déjà joué dans trois de ses longs métrages), et Michel Lescot ceux de son frère musicien, Micka : ici prénommés Paul et Etienne. S’y greffent leurs compagnes respectives, Morgane (Nina d’Urso) et Carole (Nora Hamzawi)…  Hors du temps navigue ainsi, avec une certaine fantaisie qui touche parfois au burlesque (cf. le sketch désopilant du récurage sans fin de la casserole), dans ce microcosme qui ranime, sous la contrainte de la distanciation, des fameux gestes barrière et de ces protocoles prophylactiques (rétrospectivement insensés !), les vieilles rancœurs entre frangins mal assortis, les névroses affleurantes (l’excellente comédienne Dominique Reymond, qu’on regrette de ne pas voir assez à l’écran, mais qui n’a pas eu que des seconds rôles dans plusieurs films d’Assayas, campe ici la psy en télé-séances minutées avec Paul). Tout en déployant les rituels propres aux familles dites recomposées – la fille adolescente de Paul, en garde partagée, sur d’éducation de laquelle veille tour à tour chaque parent…

A lire aussi : Fin de régime sur le canal du Nivernais

Le vaudeville familial se combine adroitement, mais de façon insolite, au regard contemplatif de l’artiste Assayas, sur la Nature dont il déplore, avec David Hockney, son peintre contemporain favori, qu’elle déserte aujourd’hui la pensée poétique – l’écologie relevant d’un autre champ de réflexion. Nourri dès son plus jeune âge d’une belle culture plastique (son père n’était-il pas collectionneur, et ne fut-il pas lui-même graphiste à ses débuts ?), le cinéaste reste autant esthète que politique : chez lui, tout circule.

L’intéressant, chez Assayas, c’est précisément cet éclectisme qui, de film en film, et de façon à chaque fois singulière, authentique et très personnelle, lui fait regarder le monde sous toutes les coutures. De Demonlover (2002) à la série Carlos (2010), d’Irma Vep (1996) à Sils Maria (2014), son cinéma touche à tous les genres, du thriller à l’anticipation, en passant par la saga historique. Mais ce qui frappe, toujours, c’est ce don d’observation qui lui fait voir les choses attentivement, telles qu’elles sont, sans faux-semblants et sans le moindre anachronisme, jamais.

Dans cette optique, Hors du temps mérite d’être remis en perspective, comme nous y invite à présent la Cinémathèque française, avec cette rétrospective intégrale de la filmographie d’Olivier Assayas : il faut revoir absolument Les destinées sentimentales (2000), par exemple – film magnifique, sur la réussite industrielle d’une famille bourgeoise au tournant du XIXème siècle. Ou encore L’heure d’été (2008), qui interroge avec une grande subtilité la question de l’héritage patrimonial.

Assayas est un moderne qui sait regarder le passé. C’est une promesse d’avenir : on attend de voir en 2025 Le Mage du Kremlin, son prochain film, adaptation du roman de Giuliano da Empoli, sur un scénario signé Emmanuel Carrère, avec Jude Law au casting…


Hors du temps. Film d’Olivier Assayas. Avec Vincent Macaigne, Micha Lescot, Nino d’Urso, Nora Hamzawi. France, couleur, 2024. Durée : 1h45.
En salles le 19 juin
Rétrospective intégrale des films d’Olivier Assayas. Cinémathèque française.
Jusqu’au 4 juillet

Les Français face à l’absence de vergogne à gauche et de courage à droite

La grande faiblesse des sociétés tolérantes, c’est qu’elles laissent exploiter cette tolérance par des fanatiques sans scrupules. C’est ce qui est arrivé et continue à arriver en France, face aux violences et menaces des islamistes. La même faiblesse se révèle aujourd’hui dans le discours idéologique du Nouveau Front populaire. Tribune de Jérôme Serri.


Que dit-on quand on dit que les Français souhaitent le retour de la droite ? Laissons de côté un instant les catégories politiques qui, pour commodes qu’elles soient, servent aux partis de gauche et aux médias à minimiser le sérieux des attentes d’une grande majorité de nos concitoyens. Droite, gauche, peu importe ! C’est le retour d’une conscience nationale et républicaine avec tout ce que cela exige de courage et d’honnêteté dans les orientations et les décisions que les Français espèrent depuis des années. Or, il y a longtemps que nos responsables politiques ne savent plus ce que signifie une telle conscience et encore moins ce qu’elle implique. Même si la classe politique s’obstine à fermer les yeux, la vulgarité sans précédent du chef de l’Etat dans l’exercice de la magistrature suprême annonçait, presque plus sûrement que la violence à l’égard des Français durant les crises des gilets jaunes, du covid-19 et des agriculteurs, que tout cela finirait mal.

Cette conscience – c’est bien là le drame – a même déserté le parti des héritiers du gaullisme tant est efficace le chantage électoral de leurs alliés centristes dont l’idéologie n’a rien à envier à celle des socialistes avec lesquels ils se retrouvent pour dénoncer l’idée de nation et croire pouvoir adapter les principes républicains à sa disparition. Comment la restauration du couple Nation/République, comme cadre pertinent de l’exercice de la démocratie, pourrait-il ne pas apparaître aux yeux des Français comme un projet d’une extrême urgence face à l’ignominie du Nouveau Front populaire ? Ne faut-il pas que le Parti socialiste soit devenu d’une extrême inconsistance pour qu’il se compromette avec l’antisémitisme islamo-gauchiste de La France Insoumise (LFI) et du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) ?

On s’indigne à juste raison des récentes investitures d’un fiché S ou d’un ancien dealer par le Nouveau Front populaire. Mais il y a pire. En passant honteusement l’éponge sur le soutien apporté par LFI au Hamas, le Nouveau Front populaire passe également l’éponge sur la responsabilité d’un certain mouvement pro-Hamas impliqué dans l’assassinat de Samuel Paty.

A lire aussi: «La journée de la jupe»… c’était il y a 15 ans

Le 19 octobre 2020, le journal La Dépêche apprenait par une source proche du Gouvernement qu’un nommé Abdelhakim Sefrioui, le fondateur du Collectif Cheikh Yassine (du nom du fondateur du Hamas), avait accompagné au collège de Conflans-Sainte-Honorine le père d’une élève pour demander le renvoi de Samuel Paty qui avait montré des caricatures du prophète. Se présentant comme « membre du Conseil des imams de France », il avait aussi diffusé sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle il dénonçait le professeur en le qualifiant de « voyou ». C’est également lui qui avait interrogé, dans une autre vidéo, la fille du parent d’élève et appelé à la mobilisation. Si le procureur national antiterroriste Jean-François Ricard n’avait fait devant la presse aucune connexion entre cet homme et le tueur, le préfet de Police de Paris, Laurent Nunez, considérait toutefois qu’il existait sans aucun doute « un lien indirect ». Fin juin 2021, Abdelhakim Sefrioui, détenu depuis octobre 2020, sera finalement poursuivi pour « complicité d’assassinat terroriste » et accusé d’avoir ciblé publiquement la victime et d’avoir « facilité la définition du projet criminel par le tueur ». Il sera jugé, avec sept autres adultes, devant la cour d’assises spéciale de Paris dans quelques mois, fin 2024.

L’actualité quotidienne chassant jour après jour celle qui la précède, la mise en perspective des événements qui seule permet d’en mesurer la gravité, est d’autant plus difficile que nos responsables politiques sont aujourd’hui peu pressés de dire la vérité aux Français tant ils savent qu’à force de petites lâchetés ils se sont mis dans l’incapacité de faire face à l’aggravation de la situation.

Le mouvement d’Abdelhakim Sefrioui que les services surveillent depuis les années 1980 a géré « le site de l’association cultuelle Ansar-al Haqq, une plateforme de recrutement pour partir faire le jihad ». Avec ce Franco-Marocain nous sommes en présence d’un activiste musulman fanatique devant lequel, comme devant d’autres, on a eu tort de ne pas se souvenir d’une mise en garde de Thomas Mann datant de 1935 mais toujours d’actualité : « Tout humanisme comporte un élément de faiblesse, qui tient à son mépris du fanatisme, à sa tolérance et à son penchant pour le doute, bref, à sa bonté naturelle et peut, dans certains cas, lui être fatal. Ce qu’il faudrait aujourd’hui, c’est un humanisme militant, un humanisme qui découvrirait sa virilité et se convaincrait que le principe de liberté, de tolérance et de doute ne doit pas se laisser exploiter et renverser par un fanatisme dépourvu de vergogne et de scepticisme ».

En brandissant par deux fois le drapeau palestinien dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale les 28 mai et 4 juin derniers, c’est l’emblème sous lequel eut lieu le pogrom islamiste dans le sud d’Israël que brandissaient les parlementaires de La France Insoumise. C’est sous cette bannière que s’était rangé Abdelhakim Sefrioui, responsable avec d’autres, même indirectement, de la décapitation de Samuel Paty. On comprend mieux que Philippe Poutou, malgré sa déclaration sur « la police qui tue », ait reçu l’investiture du Nouveau Front populaire pour se présenter à Trèbes, la ville où le colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, qui avait pris la place d’un otage, avait été assassiné par un terroriste islamiste.

Toujours le 19 octobre 2020, dans une interview accordée à Europe 1, Gérald Darmanin désignant le CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France) comme « ennemi de la République », déclara : « le père qui a lancé une ‘fatwa’ contre ce professeur fait référence clairement à cette association, c’est une association qui touche des subventions d’État, des déductions fiscales et qui dénonce l’islamophobie d’État ». Aussi la dissolution du CCIF sera-t-elle prononcée le 2 décembre 2020 en Conseil des ministres.

Sans marcher bien sûr sur les pas de La France Insoumise, le Sénat s’est toutefois déshonoré en acceptant, sans rien dire, un camouflet de ce CCIF. Celui-ci en effet ne s’était pas présenté – les Français le savent-ils ? – à l’audition à laquelle il avait été convoqué par la commission d’enquête sénatoriale sur « la radicalisation islamiste ». A l’un des sénateurs qui demanda à la présidente de cette commission : « N’est-ce pas obligatoire de se présenter devant la commission d’enquête ? », celle-ci répondit : « Oui, c’est une obligation à laquelle on ne peut se soustraire. Nous nous réservons le droit d’envisager des suites ». Le rapport fut remis au président Gérard Larcher début juillet 2020, quelques semaines avant l’assassinat de Samuel Paty. Il n’y eut bien entendu, manque de courage oblige, aucune suite.

A lire aussi: Antifascisme, une vertu illusoire ?

De cette lâcheté qui eut lieu dans le huis clos de la Chambre-haute du Parlement, les Français n’ont pas été au courant. Comme ils ne l’ont pas été non plus du refus de l’ancien président du Sénat Christian Poncelet (ancien RPR, puis UMP) d’installer le drapeau de la Nation dans l’hémicycle. Parce que le bureau du Sénat, consulté, n’avait pas été unanime. On imagine que les voix qui s’y opposèrent n’étaient pas les moins intéressées par le projet de faire de l’Europe une fédération dont la souveraineté annulerait celle de la France. Cette installation du drapeau tricolore dans l’hémicycle fut repoussée jusqu’à ce que Gérard Larcher, à son tour sollicité, finisse par le faire installer à contre-cœur, et comme en catimini, en usant d’un stratagème qui lui permettait de ne pas être considéré comme l’auteur de cette décision par ses amis centristes dont les voix lui sont nécessaires pour se faire réélire à la Présidence du Sénat.

Le manque de courage devant l’islamisme radical qui ne cesse de s’en prendre gravement à la République et recrute ses collaborateurs à gauche, allié à une incessante abdication devant un extrême centre qu’indispose l’idée d’une Europe des nations, cette double soumission assortie de trahisons a annihilé à droite toute conscience nationale et républicaine, et amené le pays au chaos politique, social, économique, culturel et peut-être demain institutionnel.

Les couleurs de la France

Price: ---

0 used & new available from

Le conte d’une cité

0
Un bureau de vote, au second tour des législatives de 2022. © SYSPEO/SIPA

La montée du Rassemblement National et la fragmentation de la droite républicaine transforment discrètement mais inexorablement le paysage politique, présageant des changements significatifs aux prochaines élections locales et nationales.


Nous nous situons dans une grande ville, à l’épicentre de la guerre que se livrent les droites. Les conséquences de ce conflit se prolongeront pour les dix à quinze prochaines années. Elles participeront du résultat d’ensemble des prochaines élections nationales autant que locales. Pourtant, tout avait particulièrement bien commencé. L’élection, puis la réélection à la présidence de la République d’Emmanuel Macron semblait garantir une continuité triomphante. Malgré une poussée, chaque fois accentuée, du Rassemblement National, le résultat final ne faisait pas de doute : un bloc central – qui s’était dérobé sous les pas de Nicolas Sarkozy en 2012 – garantissait l’exercice du pouvoir.

La première alerte dans cette ville n’a pas retenu l’attention. Elle s’est manifestée en deux temps très rapprochés, au printemps 2022. La progression de Marine Le Pen à l’élection présidentielle prenait beaucoup d’épaisseur. Surtout, les neuf circonscriptions du département dont cette ville est chef-lieu offraient, un mois plus tard, un panorama où le basculement le disputait à la fragmentation. Basculement, parce que le Rassemblement National s’installait de manière prégnante dans le paysage parlementaire, hors Sénat, en imposant ses députés là où leur victoire paraissait possible (un jour lointain), mais improbable (sur le moment). Fragmentation, car la droite accolée à l’espace central majoritaire – composé par les élus de la défunte UMP ayant rejoint, d’une manière ou d’une autre, la Macronie, y compris à travers Edouard Philippe et François Bayrou – perdait de substantielles positions.

A lire aussi : Les Français face à l’absence de vergogne à gauche et de courage à droite

L’air de rien, tout se préparait au changement. Or, il vient un moment où la poussée d’une minorité grossissante et organisée finit par rencontrer la placidité ou l’inaction d’une majorité rendue débonnaire par la lassitude à l’égard d’une action publique perçue comme insatisfaisante, puis comme source de frustration. « C’est d’abord rumeur légère. Un petit vent rasant la Terre. Puis doucement, vous voyez calomnie Se dresser, s’enfler, s’enfler en grandissant. » Comme dans l' »Air de la calomnie » de Rossini, prenant appui sur l’exceptionnel orfèvre que fut Beaumarchais, le cheminement s’est fait à bas bruit mais de manière affirmée. Et voilà que tout à coup – Beaumarchais et Rossini en ont exprimé le texte et les notes avec génie – l’orage « éclate et tonne » en juin 2022, et les députés font mosaïque, à la (fausse) surprise légèrement ironique des citoyens-électeurs, partagés entre la bonhomie du laisser-faire, et la joie personnelle autant de fois dupliquée qu’il existe de votants décidés à participer au mouvement d’ensemble. « Mais enfin rien ne l’arrête, C’est la foudre, la tempête, Mais enfin rien ne l’arrête C’est la foudre, la tempête ». L’ancienne circonscription du maire tombe dans l’escarcelle de LR, dont le futur patron national est réélu dans la sienne, malgré les efforts déployés pour le battre.

A lire aussi : La France violentée

Le Chef de l’État mettant en œuvre l’expression de sa lassitude devant les rétifs de tout ordre, la séquence électorale législative devient périlleuse pour l’exécutif municipal, comme pour le pouvoir central. La transition osée, gaillarde et brusque – une révolution au sein du Gaullisme, en réalité – du rival déclaré et définitif du maire sous forme d’alliance avec le RN impose son application brute dans les circonscriptions de la ville. Nous saurons dans moins de trois semaines si cette transition politique prend corps. Si c’est le cas, l’agrégat Gaullisme-nationalisme aura réussi plusieurs tours de force : s’implanter localement pour constituer une majorité nationale de gouvernement, après un succès net aux élections européennes ; se débarrasser des oripeaux de l’extrémisme (tout en gardant un parfum de radicalité) pour entrer dans une nouvelle normalité majoritaire que beaucoup rejoindront par tacite ou expresse adhésion ; s’en aller quérir une victoire à l’élection présidentielle suivante, rompant la tradition des cohabitations fatales.

Dans cette ville, sachant que le poids des métropoles est lourd de conséquences pour le scrutin majeur désignant le Chef de l’État, il n’est plus impossible que la mairie change de main dans moins de deux ans. Un éventuel grand Chelem sur les trois circonscriptions qui la structurent marquerait le prélude de la suite qui se prépare, non plus dans le cheminement lent évoqué dans le début de l' »Air de la calomnie », mais dans le coup de canon final.

Le Nouveau Front populaire et la morale des intérêts

0
Chateaubriand par Girodet-Trioson. Musee de Versailles. 24/05/2001 NAMUR-LALANCE/SIPA

Qu’aurait pensé Chateaubriand du Nouveau Front populaire et des marchandages et compromissions sur lesquels ce dernier est fondé? Il n’aurait peut-être pas été très enthousiaste… Tribune.


Emmanuel Macron a reçu le score de 14,6 % obtenu par sa majorité et le succès de la liste RN à 31,37% à la manière d’un camouflet. Il a alors, il était temps, pris la mesure de la lassitude française vis-à-vis de sa politique et réalisé l’intérêt croissant du peuple pour « l’esstrême droite ». En ces traverses, notre Néron du XXIe siècle dont l’hubris n’a d’égale que l’impulsivité ou la tendance à sous-estimer l’ennemi ne nous a pas déçus. Il a réagi avec la fougue conjuguée au manque de discernement qu’on lui connaît, misant sur l’incapacité de la gauche dite républicaine à s’allier et ne l’imaginant pas oser se compromettre dans de turpides ententes ; c’était là mal la connaître. Voici l’Assemblée nationale dissoute ; la table renversée ; les dés pipés jetés. L’histoire se répète et la farce se poursuit : « Comme l’initié mithriaque, la race humaine a peut-être besoin du bain de sang et du passage périodique dans la fosse funèbre » réfléchit l’Hadrien de Yourcenar.

Tandis que les droites peinent à s’allier dans la douleur et qu’Emmanuel Macron tente de récupérer les opposants à la ligne Ciotti, la gauche fait front (de taureau, assurément), se fédère et se met en ordre de marche pour rafler la mise aux législatives. Coalition et compromission avec l’antisémitisme promues par nombreux sectateurs de LFI et autres affidés au NPA du funeste Philippe Poutou (dont s’exemptent cependant, il convient de le mentionner, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve et Jérôme Guedj), tous les coups sont permis. Voici les politiques de gauche, prêts à tous les estampages pour gameler. Délesté de son scooter vendu aux enchères, le croissant assurément entre les dents et bradant un honneur déjà bien démonétisé, François Hollande est lui-même de la fête ! Le Nouveau Front Populaire est né. On n’ose imaginer ce que Léon Blum aurait pensé.

A lire aussi : Pour qui voter?

Aux sièges, Députés ! Dénoncer le terrorisme du Hamas n’est plus de mise. Adoptez maintenant tous l’électoraliste attitude : promotion du multiculturalisme heureux, du wokisme repentant, de l’écologie punitive triomphante, éloge de l’égalitarisme. On ratisse large et on rase gratis : blocage des prix des biens de première nécessité dans l’alimentation, l’énergie et les carburants, appel à un cessez-le feu immédiat à Gaza, smic à 1600 euros net… On accepte sans barguiner la candidature des personnages les plus contestables : Raphaël Arnault, militant antifa et triple fiché S, Aly Dioura dont le compte X dégueule de propos antisémites et anti-blancs ; voilà même le sieur Poutou, qui n’a de cesse de déclarer à qui veut bien l’entendre : « La police tue » (et dont le parti est poursuivi pour apologie du terrorisme) parachuté dans la circonscription de Trèbes, là où a été tué le colonel Beltrame dans un attentat revendiqué par l’État islamiste. La parole du camp du Bien, celle des artistes (Marion Cotillard) et des sportifs (Marcus Thuram ou Kylian Mbappé) qu’on pensait muets depuis le 7 octobre s’élève enfin. Les voix d’autorités socialistes périmées (Lionel Jospin) ou de vieilles gloires d’un paysage audiovisuel défunt (Anne Sinclair), maladivement excitées à l’idée de faire un dernier tour de piste, chevrotent depuis leurs tombes, descellées pour l’occasion, une exhortation périmée à l’union contre le Rassemblement national et les héritiers de Pétain. L’Histoire se répète, comme à l’accoutumé, en une farce sordide. «Élevez les hommes politiques à ne penser qu’à ce qui les touche, et vous verrez comment ils arrangeront l’État ; vous n’aurez par là que des ministres corrompus et avides, semblables à ces esclaves mutilés qui gouvernaient le Bas-Empire et qui vendaient tout, se souvenant d’avoir été eux-mêmes vendus», mettait en garde Chateaubriand dans le Conservateur, en date du 5 décembre 1818. Il avait aussi préalablement déclaré : «Le ministère a inventé une morale nouvelle, celle des intérêts ; celle des devoirs est abandonnée aux imbéciles». Puissent tous les imbéciles maintenant sonner la fin de partie.

Quand la politique déchire les Bleus

0
Le capitaine de l'équipe de France, Kylian Mbappé, en conférence de presse le 22 mars 2024 © MOURAD ALLILI/SIPA

Les joueurs de notre équipe nationale devraient-ils rester en dehors de la politique? Leur capitaine Kylian Mbappé exploite sa célébrité pour exprimer ses opinions personnelles: il n’aime pas le RN. En revanche, le milieu de terrain Adrien Rabiot fait preuve d’une meilleure compréhension de ce que c’est que la démocratie. A la fin, l’équipe de France est aussi polarisée que le pays qu’elle représente.


Alors que le championnat d’Europe des Nations vient de débuter, le positionnement politique des membres de l’équipe de France fait l’actualité. Tournant autour de l’hôtel de Bad Lippspringe où logent les Bleus, le journaliste Sébastien Tarrago avait très envie que les joueurs expriment leur point de vue à l’approche des législatives anticipées. Ce fut chose faite par l’intermédiaire de Marcus Thuram, puis du capitaine Kylian Mbappé, qui a déclaré le 16 juin dernier qu’il espérait « être encore fier de porter [l]e maillot [de l’équipe de France] » le 7 juillet prochain, court-circuitant quelque peu le communiqué de la Fédération française de football rappelant sa neutralité politique. Établissant une hiérarchie des priorités à venir, le désormais ex-attaquant du PSG situe l’Euro très en dessous des élections législatives ; un point de vue qui peut s’entendre à l’échelle de la nation mais qui ne rassure pas complètement quant à son implication sportive personnelle.

On pensait que l’entrée en lice de la sélection contre l’Autriche permettrait aux esprits de passer à autre chose jusqu’à ce qu’un joueur vienne contredire en partie son propre capitaine. Adrien Rabiot, milieu de terrain de la Juventus, a déclaré mercredi 19 juin en conférence de presse : « Chacun a ses convictions. Nous, simplement, on veut dire aux gens d’aller voter. Il ne faut pas laisser les autres choisir pour soi. Mon avis est que chacun est libre de voter en fonction de ses convictions. Je ne vais pas vous donner mon vote mais on est dans une démocratie, il faut l’accepter. Celui qui obtiendra le plus de voix, le peuple l’aura choisi ». Un rappel du principe démocratique qui tombe sous le sens mais constitue presque déjà une audace.

A lire aussi : Emmanuel Macron a-t-il politisé Kylian Mbappé ?

Il y a entre l’équipe de France et le FN, devenu RN, une longue histoire. En 1978, le jeune parti encore peu connu encourageait la sélection à disputer le mondial en Argentine, alors qu’une partie de la gauche la poussait à boycotter la compétition organisée par la dictature des généraux. En 1996, lors de l’euro anglais, Jean-Marie Le Pen avait reproché aux joueurs de l’équipe de France de ne pas connaître la Marseillaise et d’avoir été pour la plupart naturalisé dans un seul but carriériste. A l’époque, Didier Deschamps, joueur et capitaine, était monté au filet pour défendre ses camarades. Face à la récente attitude de Mbappé, Deschamps a rappelé qu’il n’avait fait, lui, que réagir aux propos de Jean-Marie Le Pen. Six ans plus tard, c’est le psychodrame du 21 avril 2002. Les Bleus sont entretemps devenus champions du monde et les dieux de l’époque. Durant la quinzaine anti-Le Pen, ils sortent du bois. Marcel Desailly, fils adoptif d’un diplomate, avait alors qualifié le Front National de « parti fasciste ». Seul Christophe Dugarry s’était tenu à l’écart de cette unanimité. Ancêtre d’Adrien Rabiot en quelque sorte, mais dans une version plus je-m’en-foutiste, il avait estimé qu’entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, aucun des deux candidats ne lui avait donné envie de voter. Aujourd’hui chroniqueur sportif sur RMC, il a fustigé la politisation de l’équipe de France opérée par Kylian Mbappé.

Le clivage Mbappé/Rabiot, début d’un clivage ethnique ? En 1996, l’équipe des Pays-Bas avait volé en éclats en plein Euro. Un peu à cause de questions d’argent, non sans arrière-fond ethnique. Une photographie montrant les joueurs d’origine surinamienne disposés sur une table à l’écart des joueurs blancs, avaient fait couler beaucoup d’encre. Des tensions pas complètement redescendues deux ans plus tard, lors du mondial en France. En 2010, lors du fiasco français en Afrique du Sud, Sydney Govou avait admis que des clans ethniques s’étaient constitués au sein de l’équipe nationale : « Dans la vie de tous les jours, on cherche des affinités, alors en équipe de France aussi. Et quand on cherche des affinités, la couleur c’est la première chose qui vient à l’esprit ». Laurent Blanc, intronisé sélectionneur des Bleus au lendemain de la coupe du monde sud-africaine, prit comme première mesure de supprimer le buffet halal…

Choc des savoirs, extrême droite : ils ne passeront pas!

0
Les enseignants en grève manifestent le 6 fevrier 2024 à Paris. ISA HARSIN/SIPA

Les syndicats d’enseignants s’opposent au programme du « choc des savoirs » lancé par Gabriel Attal quand il était ministre de l’Education. De la même façon, ils prétendent s’opposer à l’élection des candidats du Rassemblement national. Et s’ils se consacraient plutôt à l’enseignement? Témoignage.


« « Choc des savoirs » : ni amendable, ni négociable! Exigeons son abrogation! » clame le Syndicat National Force Ouvrière des Lycées et Collèges. Fédération SGEN-CFDT, CGT Educ’action, SNES-FSU…, tous ont défilé le 25 mai, braillé leur colère, brandi l’étendard de la révolte: « Non au choc des savoirs, pour l’école publique! Pour la défense de l’école publique, contre le choc des savoirs! ¡No pasará! »

Les syndicats de l’Éducation nationale combattent le bon combat. Ce n’est plus à prouver. Mais pourquoi cette offensive printanière? L’école de la République, bienveillante, nivelante, bêtifiante, serait-elle en danger? Le savoir menacerait-il de faire son grand retour? Si la formule « choc » et la rhétorique guerrière de Gabriel Attal, alors ministre de l’Éducation – « bataille des savoirs », « mobilisation générale pour élever le niveau de l’école »… –  pouvaient nourrir les peurs, Belloubet s’est vite montrée rassurante : priorité donnée à « la lutte contre le harcèlement scolaire, afin que l’école soit pour chaque élève un lieu d’épanouissement et de bien-être ».  Et de substituer aux groupes de « niveau » en français et en mathématiques prévus au collège pour la rentrée 2024 des groupes de « besoins », histoire de parler pour ne rien dire et de réformer pour ne surtout rien changer.

Que les syndicats, donc, dorment sur leurs deux oreilles! Nous toucherons bien le fond des classements PISA et enverrons des cohortes d’analphabètes au bac dans les années qui viennent.

A lire aussi : Universités : l’explosion antijuive

Dans mon collège, on s’applique à ne pas appliquer la réforme. Les groupes de besoins? « « Besoins » ne signifie pas « niveau ». D’ailleurs les classes de niveau stigmatisent les élèves en difficulté. Nous ne ferons pas le tri des élèves ». C’est là qu’interviennent les inspecteurs, mandatés pour prêcher (mollement) le choc des savoirs, à coup d’« animations pédagogiques » : «Il n’y pas d’élèves en difficulté mais des élèves en situation de difficulté, il faut donc des groupes flexibles dans la stabilité, de l’hétérogénéité dans l’homogénéité, il s’agit de tenir les deux principes, en même temps…» Alors, après «avoir proposé et non pas imposé», puis «posé les jalons pour un travail harmonisé», avant le goudron et les plumes (parce que la réforme Attal-Belloubet met surtout un joyeux bazar dans les emplois du temps et que c’est un sujet sur lequel les profs ne plaisantent pas), ils se retirent précautionneusement. À la cheffe de finir le boulot et de faire non plus des classes hétérogènes, mais des groupes hétérogènes. Pour une révolution copernicienne, on repassera.

Nos petits élèves qui ont connu une scolarité sporadique au temps de la Covid-19 et dont les connaissances en français et en mathématiques tutoient les abîmes seront donc protégés du choc des savoirs. Ouf. Leurs professeurs aussi, d’ailleurs, si l’on en croit le niveau de recrutement, la barre d’admissibilité ayant été de 5,13/20 au CAPES de mathématiques en 2022.

Mais le seront-ils de l’extrême droite? L’intersyndicale veille et poursuit le combat. Après le 25 mai, le 15 juin. Puis le 23 juin. «Toutes et tous ensemble contre l’extrême droite!»

«L’extrême droite a toujours été, et demeure plus que jamais l’ennemie mortelle des travailleurs et des travailleuses, des étranger⋅ères, des personnes racisées, des LGBTQIA+ et de la démocratie. Son programme conduit à une accélération de la crise écologique. Au niveau de l’école, ses offensives se font déjà de plus en plus visibles : parents vigilants, pression sur les enseignant·es, « Redresser les corps, redresser les esprits, pour redresser la nation », le projet éducatif de l’extrême droite est à l’image de son idéologie et de ses valeurs : inégalitaire, autoritaire et identitaire».

Ça fait froid dans le dos. ¡No pasarán!

Cessons d’écouter la morale des déracinés

0
Rassemblement contre l'extrême droite à Paris, le 11 juin 2024. © SEVGI/SIPA

Que le peuple refuse de voter majoritairement pour la gauche, l’extrême-gauche ou le centre ne fait qu’accroître encore le mépris que ressentent les élites à son égard. Tribune de Philippe B. Grimbert.


« Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple » disait en son temps le facétieux Bertolt Brecht. C’était mal connaitre notre cher président, seigneur et maître du en même temps qui s’acharne, lui, avec l’agilité qu’on lui connait aux deux tâches : la dissolution de l’Assemblée contiguë à celle de cet « âne qui se cabre, cet éternel mineur » qu’est le peuple, le bon ou le mauvais selon qu’il est virtuel, romanesque ou bien qu’il vote (mal).

Cette chose qui grossit à vue d’œil ou du moins d’élection puisqu’il n’y a plus que ces dernières pour l’éprouver, cette moitié de France qui s’abstient ou cette autre presque moitié votante mais qui vote rance, hier ouvrière, puis paysanne, puis cadre, fonctionnaire, rang C, rang B, retraités, le temps est venu malgré l’ampleur de la tache et de la tâche sinon de pouvoir totalement les dissoudre, du moins de les néantiser. A tous les déclassés qui viennent en grossir les rangs, à tous ces ahuris qui peinent à en finir avec la réalité, comme d’autres avec des punaises de lits, qui comptent les centimes dans les allées des supermarchés, qui font le plein une fois par semaine dans les stations-services des Zones d’Aménagement Commercial, qui osent souffrir moins de la fonte du permafrost que de celle de leur pouvoir d’achat, qui rechignent encore à aimer l’Autre comme la chance de leur terne existence, ou leur descendance anémique, il est temps de s’adresser durant quatre semaines, de leur faire l’aumône d’une pédagogie que les écoles de la république hélas ne dispensent plus le reste du temps.

A lire aussi : La triple imposture dudit nouveau «Front populaire»

Les tenants vertueux ont pour cela ressorti leurs vieux oripeaux, ceux qui ont fait leur preuve et vous rhabille un Gilet Jaune égaré en soldat de la Wehrmacht. Habitant du peuple, (l’ancien), apprend-le, ta nostalgie est fasciste, ta précarité est nazie, tu t’extremedroitises sans le savoir comme Mr Jourdan faisait de la prose. Car il te manque depuis toujours cette chose qui ne s’apprend que dans les grands appartements et les grandes écoles de la nation : le sens du discernement, le bon goût en quelque sorte. Et cette chose-là ne s’apprend pas dans les zones pavillonnaires ou les territoires non pas perdus mais égarés de la France qui perd et, à vrai dire, qui nous fait un peu honte, ici et hors de nos frontières que nous souhaitons ouvertes pour qu’un autre peuple vienne laver les assiettes de nos bobuns, chercher nos enfants à la sortie de leur école privée et construire les logements sociaux où ils habiterons, près de chez nous, puisque nous somme ainsi faits, accueillants, cordicoles, partisans du (bien) vivre ensemble, que nous avons le sens de la décence, celle que contrairement à ce que pensait Orwell, le vieux peuple a depuis bien longtemps perdue. Ce même Orwell qui par ailleurs nous rappelait que si la gauche a toujours été anti-fasciste, elle n’a jamais été anti-totalitaire, toujours prompte à repérer le mal absolu sous ses couleurs brunes mais jamais chez Staline, Mao, Pol Pot et consorts, comme elle est aujourd’hui incapable de la repérer dans l’idéologie de La France Insoumise, préférant s’en tenir à ses bons vieux fétiches, ses anachronismes, recycler sa morale aux valeurs sûres du bien et du mal.

Qui sème le vent

Price: ---

0 used & new available from

Pour qui voter?

0
Affiches électorales pour les européennes, Montpellier, le 9 juin 2023. Alain ROBERT/SIPA

Donner sa voix à un candidat du Nouveau Front populaire n’est pas une option pour un Français juif, car l’« antisionisme » affiché par les membres de cette alliance de gauche et de l’extrême gauche cache mal une judéophobie fondée sur l’opportunisme électoral. Pourtant, dans les élections législatives, tous les extrêmes sont à éviter. L’analyse de Richard Prasquier, ancien président du Crif.


Les élections européennes ont réveillé des spectres divers, dont plusieurs parcourent l’Europe et dont d’autres sont spécifiques à la France. Dans une impression globale de déclassement régalien, économique, politique, éducatif, scientifique, culturel et social contre laquelle les affirmations volontaristes et martiales ressemblent à autant de coups d’épée dans l’eau, s’insinue l’idée d’un conflit de civilisation pouvant conduire à la guerre civile que certains dépeignent et beaucoup redoutent, dont d’aucuns exploitent la menace et que la plupart escamotent de leur esprit.

La minuscule communauté juive française (0,5% peut-être de la population), qui est pourtant la plus importante et probablement la mieux structurée d’Europe, ne compte électoralement que dans un nombre minime de circonscriptions. Alors que notre pays affiche la laïcité, aujourd’hui trop souvent brocardée, comme une de ses valeurs fondamentales, on doit constater que dans d’autres démocraties, le choix du multiculturalisme a finalement rendu la situation des Juifs plus difficile. Par ailleurs, si la communauté juive française n’est pas monolithique, elle est, contrairement à d’autres pays, comme les États-Unis, presque exclusivement sioniste. C’est dire si la situation en Israël influe sur les choix électoraux.

Sur les Juifs de France, l’impact du 7 octobre 2023 a été massif. Ils ont été choqués de constater que la manipulation de l’information a rendu certains de leurs amis imperméables à la profondeur de cette blessure. A notre époque d’information au bout du clic, la vérité est devenue d’autant moins précieuse qu’elle est plus facile à obtenir. Mais encore plus stupéfiant a été le fait qu’un parti, la France Insoumise, a pris la guerre de Gaza comme thème électoral majeur d’élections européennes où bien d’autres sujets eussent été plus pertinents.

Cette dérive a été amplement commentée. La lutte contre le racisme a été dévoyée en un chantage à l’islamophobie lui-même gangrené par un antisémitisme qui n’ose pas dire son nom et qui a fini par aboutir là d’où tous les Frères Musulmans (dont le Hamas, faut-il le rappeler, est la filiale palestinienne) sont partis : il n’y a plus de mot pour Israélien, on ne connait plus que le Juif, pardon, le « sioniste », condensé de toutes les vilenies.

A lire aussi: La droite la plus lâche du monde ?

Parti d’une judéophobie très courante au XIXe siècle dans la gauche révolutionnaire, Jean Jaurès avait su corriger ses opinions à l’occasion de l’affaire Dreyfus. Jean-Luc Mélenchon a suivi le chemin inverse. Aujourd’hui, ses remarques relèvent d’un antisémitisme de plus en plus débridé, où il imite son idole, le vénézuélien Hugo Chavez.

Le philosophe Jean-Claude Milner distingue un antisémitisme de passion et un antisémitisme de calcul. Dans ce second cas, on est antisémite parce qu’on y trouve des avantages : parcours de carrière, adhésion à un groupe ou plus souvent encore désir de ne pas avoir d’ennuis. Mais pour qu’un individu garde une cohérence psychologique interne, moteur de son estime de soi, passion et calcul finissent par s’alimenter l’un l’autre. C’est pourquoi le démontage de ce que Mélenchon pense au fond de lui-même est sans intérêt. Le discours de haine d’Israël, produit d’appel électoral destiné à aspirer les votes des « quartiers difficiles » s’est mué, et c’était inévitable, en discours antisémite. 

Cette stratégie a malheureusement été plutôt efficace. Le score européen de LFI a augmenté de 55% par rapport à 2019. Il est générationnel et communautariste, dépendant de facteurs interconnectés, le pourcentage de musulmans dans la population, la jeunesse des électeurs et le degré de leur ressentiment face à un présent et un avenir difficiles.

A moyen terme, plus inquiétante encore est l’influence d’un parti dont les méthodes prennent peu à peu un caractère stalinien. La jeunesse est le terrain d’action privilégié des dictatures auxquelles les inclusives aberrations du wokisme offrent un réservoir inépuisable de militants décervelés. Tous risquent d’être les idiots utiles de l’islamisme, qui, s’il parvient au pouvoir, se débarrassera, comme Khomeini l’avait fait, de ces alliés du début et de leurs oripeaux idéologiques qui ne pèse guère devant ce qu’on prétend être des injonctions divines.

Dans le court terme de l’élection législative, un parti dans une dérive morale aussi évidente que la LFI ne devrait que susciter le rejet. Il n’empêche : le Parti socialiste qui a pourtant obtenu bien plus de voix aux européennes, non seulement accepte des candidatures uniques dans chaque circonscription dès le premier tour des législatives, mais laisse aux candidats LFI un nombre plus élevé de circonscriptions. Le Mélenchon nouveau est arrivé, qui ne « s’élimine pas, mais ne s’impose pas » et qui endosse le costume de rempart de la démocratie après avoir pris jusque-là celui de chef de file du chaos. Mathilde Panot s’érige en défenseur des Juifs et même Rima Hassan n’écrit plus ses tweets incendiaires sur les Israéliens. La ficelle est grosse. En choisissant de faire alliance avec LFI et même avec un parti NPA qui s’est révélé dès le 8 octobre comme un admirateur du Hamas, Olivier Faure proclame que l’antisémitisme n’a pas beaucoup d’importance. 

Les Juifs ont souvent servi dans le passé de variable d’ajustement. C’est entre autres pour ne plus être les objets d’une histoire qui les passait jusque-là par profits et pertes qu’ils ont créé l’État d’Israël. Olivier Faure, quelles que soient ses opinions personnelles, agit en antisémite de calcul.

A lire aussi: Le débarquement allié et les juifs

A Raphael Glucksmann qui avait rejeté l’alliance avec LFI et qui n’avait pourtant pas épargné Israël pendant sa campagne, les manifestants de la Place de la République ont réservé un de ces qualificatifs tout en nuances dont ils ont le secret : « Israël assassin, Glucksmann complice ». A son corps défendant, ce dernier est finalement venu à résipiscence…

C’est un avant-goût de la liberté d’opinion telle que la conçoit LFI. Honneur à ceux parmi les socialistes qui ont refusé de vendre leurs principes contre un plat de lentilles électoral…

L’irruption d’Emmanuel Macron dans le jeu politique a conduit à une tripolarisation. Un centre « enmêmetempiste » taillait des croupières aux partis de gauche et de droite en aspirant leurs électeurs modérés mais déportait mécaniquement les opposants vers les extrêmes. Le bon score du candidat socialiste aux européennes provient d’un espace électoral momentanément élargi par la déception des électeurs de gauche modérée qui avaient voté pour Emmanuel Macron et qui ont constaté que sa politique économique et sociale était de droite. A cela s’est ajoutée l’impéritie d’un parti écologiste incarné par de ternes dirigeants, dont certains(-es) sombrent dans le gaucho-wokisme. Ce relatif succès rend l’accord de premier tour avec LFI d’autant plus scandaleux.

Du côté droit de l’échiquier politique, la déroute des LR traduit la perte d’espace politique entre un gouvernement dont ils sont proches sur le plan économique et un Rassemblement National qui peut se targuer d’une ancienneté supérieure à tirer la sonnette d’alarme sécuritaire. La réaction d’Éric Ciotti témoigne de cette asphyxie d’un parti qui a été depuis plus de soixante ans, sous des noms divers, le pivot de la droite et du gaullisme. Nul ne peut dire aujourd’hui si sa décision historique de briser, contre l’avis de la majorité des cadres du parti, le cordon sanitaire autour du RN aura des incidences électorales, mais il est probable que beaucoup d’électeurs LR, les jeunes surtout, le suivront, malgré les grandes différences programmatiques entre le LR et le RN (on rappelle que Marine Le Pen se veut « ni-ni », ni droite-ni gauche).

Le contraste est cuisant entre ce parti LR en crise et le succès de la droite modérée qui va dominer le Parlement européen. C’est le résultat de la stratégie macronienne de tripolarisation électorale. Chacun y trouve une carte à jouer :  LFI redorant à bas prix son blason sous le slogan éculé du  Front populaire contre l’extrême droite, le RN se présentant comme le défenseur d’une France en insécurité et Emmanuel Macron comme le parti de la République de raison contre les extrêmes.

Mais cette initiative est lourde de risques car la dévalorisation actuelle de la parole présidentielle, qui a beaucoup perdu de son aura de 2017, risque d’amener les extrêmes au pouvoir et plus probablement encore de rendre l’Assemblée Nationale ingouvernable. Le succès du RN, en particulier, est possible mais son échec économique, probable, disent de plus compétents que moi dans ce domaine, donnerait un tremplin à l’extrême gauche. La pyromanie dissolutive, celle du 21 avril 1997 par Jacques Chirac, ou, il y a bien plus longtemps, celle du 25 juin 1877, par le Président Mac Mahon (Mac Macron, diront évidemment les humoristes), a parfois carbonisé ses auteurs.

A lire aussi : Le Front populaire sans le peuple

Dans cette élection législative, où ira le vote des Français juifs ? Très rarement, c’est certain, en faveur d’un candidat adoubé par Jean-Luc Mélenchon. En revanche, la possibilité d’un vote sanction en faveur du RN (je ne parle pas d’un Éric Zemmour en perdition électorale…) se pose pour un nombre significatif d’entre eux. Ils observent qu’on n’a jamais pu relever contre Marine Le Pen de paroles antisémites et que, depuis le début de la guerre de Gaza, son discours sur Israël a été d’une clarté parfaite. Traumatisés par les horreurs du 7 octobre, ils ne comprennent pas la complaisance au sujet du Hamas et des dangers de l’islamisme, les valses hésitations moralisatrices de la diplomatie française, le parti pris anti-israélien et les accusations pseudo-génocidaires d’une grande part de l’intelligentsia, des médias et des leaders d’opinion, l’euphémisation de l’antisémitisme qui provient de la gauche et, enfin, pour ceux qui y sont géographiquement exposés, l’impression d’être abandonnés dans des territoires perdus de la République, du nom de ce livre écrit il y a plus de vingt ans et soigneusement ignoré par tous les gouvernements de l’époque.

Le Président du Crif, soutenu par son exécutif, s’est exprimé clairement contre un vote pour les partis extrémistes. Comme on s’en doute, cela lui a valu des critiques. Je soutiens sa position.

L’indifférence à l’histoire est aujourd’hui à la mode, mais je ne peux pas voter pour un parti qui, tout en ayant changé son nom et son discours, et apparemment rejeté le parrainage de son fondateur, est l’héritier direct du Front National. Quoi qu’en dise Jordan Bardella, Jean Marie Le Pen, à sa grande époque, bien qu’il maniât avec brio l’imparfait du subjonctif, était une brute antisémite dont les multiples plaisanteries sur fond de Shoah et l’admiration pour les Waffen SS et leurs viriles chansons, révélait le fond de ses passions.

A lire aussi: Universités : l’explosion antijuive

Je me félicite, comme Serge Klarsfeld, de l’évolution du RN, je n’ai pas d’argument pour accuser Marine Le Pen d’arrière-pensées et je pense que l’antisémitisme est le cadet des soucis de la plupart de ses électeurs. Mais pas de tous ! De très anciens amis de la présidente du RN, tels Frédéric Chatillon et Axel Loustau, toujours actifs autour d’elle, ont un palmarès édifiant d’accointances avec le nazi Degrelle, Bachar el Assad, Soral, Dieudonné et consorts. En 2012 à Vienne, le 27 janvier (jour de la libération d’Auschwitz) Marine le Pen avait fait la fête avec ce qu’il y avait de pire dans l’extrême droite locale. Certes, elle a aussi organisé récemment l’exclusion du groupe européen « Identité et Démocratie » de l’AfD allemande, mais cela signifie qu’elle avait accepté jusque-là de coopérer avec ce parti rempli de néo-nazis. Ce qu’on dit de certaines soirées intimes du RN et des plaisanteries qui y ont lieu banalement sur le thème des races, des Juifs ou de la Shoah confirme que la prudence doit rester de mise.

En France, chacun exprime ses préférences dans son bulletin de vote. Certains Juifs voteront pour le RN parce qu’ils pensent que sur les sujets qui leur importent, pouvoir d’achat, sécurité, lutte contre l’islamisme ou défense d’Israël, il représente leur meilleur choix. Le Crif n’a pas pour vocation d’être un calque de ces options politiques, mais de défendre les valeurs pour lesquelles il a été créé, la lutte contre l’antisémitisme, à laquelle j’adjoins la lutte contre tous les racismes, la défense d’Israël et la mémoire de la Shoah. Ce n’est que dans la certitude que ces objectifs sont communs que des relations avec un parti politique peuvent être fructueuses. 

Compréhensible est l’exaspération de certains Français juifs face à la politique d’aller-retour de la France à l’égard d’Israël, ses ambiguïtés, ses silences et parfois ses hypocrisies (l’exclusion d’Israël lors du récent salon de la défense…) mais, sur un simple plan pragmatique et non pas moral, un vote sanction au profit du RN serait une mauvaise réponse à une véritable angoisse : c’est à l’ensemble des citoyens de notre pays qu’il faut faire comprendre que le combat d’Israël contre l’islamisme les  concerne tous. Ce combat ne doit pas être adossé à un seul parti, dont l’éventuelle victoire risquerait de toute façon d’être éphémère et dont le programme et les antécédents sont si problématiques. Une telle orientation par ailleurs ne rend pas justice aux nombreux Français non-juifs qui témoignent, souvent malgré les menaces et les insultes, de leur rejet du terrorisme islamique et de leur amitié envers Israël, mais qui ne se résolvent pas au compagnonnage de l’extrême droite. Nous ne devons pas en même temps fustiger les socialistes qui signent une alliance honteuse avec LFI pour le mirage de profits électoraux et faire fi de nos inquiétudes quant aux idiosyncrasies du RN : ce sont des valeurs qui font la fierté du judaïsme que nous risquerions pour le coup de brader pour un plat de lentilles…

Les territoires perdus de la République

Price: ---

0 used & new available from

Conseil constitutionnel, attention danger…

0
Siège du Conseil Constitutionnel à Paris, le 13 avril 2023 © Lewis Joly/AP/SIPA

Par une décision du 28 mai, le Conseil constitutionnel, contredisant la loi du 10 juillet 1991, a permis aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier de l’aide juridictionnelle. Le Conseil des Sages, auquel on peut être nommé sans aucune compétence juridique particulière, se comporte comme une institution politique plutôt que constitutionnelle. L’analyse de l’universitaire Raphaël Piastra.


Dans l’un de ses tous derniers ouvrages, Jean-Éric Schoettl mettait en garde sur La démocratie au péril des prétoires (Gallimard, 2022). Selon l’auteur, haut fonctionnaire et ancien secrétaire général du Conseil Constitutionnel, un hiatus s’est fait jour depuis quelques années, entre juge et démocratie représentative. La montée en puissance du premier porte atteinte à la seconde. L’emprise du juge sur la démocratie revêt deux aspects distincts : le droit se construit désormais en dehors de la loi, voire contre elle ; la pénalisation de la vie publique est croissante. Un exemple ? Au nom de la protection, légitime, des femmes, on surmultiplie les actions judiciaires pénales en tous genres. Ces deux aspects sont liés car ils conduisent tous deux à quelque chose de grave : la dégradation de la figure du Représentant. Le premier en restreignant toujours davantage son champ d’action ; le second en en faisant un perpétuel suspect. Le mal qui ronge aujourd’hui la démocratie paraît se situer beaucoup plus là – c’est-à-dire dans l’abaissement du Représentant, dans le rétrécissement de la souveraineté du peuple, dans la rétraction de l’autorité publique – que dans les réactions allergiques que provoque cet affaiblissement de l’État : abstention, populisme, remise en cause du libéralisme. Cet ascendant croissant du pouvoir juridictionnel sur les autres a-t-il amené davantage de rigueur et de transparence dans le fonctionnement démocratique ? Nullement. Il se découvre chaque jour un peu plus qu’il n’a fait que remplacer le caprice du prince par le caprice du juge. D’où la question suprême : quid de la séparation des pouvoirs ?

Un Conseil des sages ?

Alors qu’en est-il de la décision du Conseil constitutionnel du 28 mai 2024 ? La loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique exclut (sauf dans quelques cas) du bénéfice de l’aide juridictionnelle les étrangers – autres que les ressortissants de l’Union européenne – en situation irrégulière. Statuant sur trois « questions prioritaires de constitutionnalité » que lui avait transmises la Cour de cassation, le Conseil constitutionnel censure, le 28 mai, cette condition relative à la régularité du séjour. L’aide juridictionnelle devra désormais bénéficier aux étrangers en situation irrégulière comme aux Français et aux étrangers en situation régulière. Le lecteur a bien lu ! Le CC, guidé par l’infernal duo Fabius/Juppé, a donc décidé de charger la barque coulante de notre déficit social. Le déficit de la Sécurité sociale a été plus important que prévu en 2023. Attendu à 8,7 milliards d’euros, il a terminé l’année dernière proche de 11 milliards d’euros. Les pseudos sages ont donc décidé aussi d’un appel d’air incalculable pour notre pays déjà si attirant socialement. Et puis, par cette décision inique, le Conseil va aussi permettre d’établir une corrélation supplémentaire (que des esprits idiots refusent) entre immigration et délinquance. Et pourtant elle existe. De plus en plus irréfutable, inexorable même. Plus de 60% des délinquants dans nos prisons sont d’origine, directe ou indirecte, étrangère (Institut pour la Justice).  Mesurons bien comme le dit encore Jean-Eric Schoettl que cette censure prenant effet, par la volonté du Conseil, dès la publication de sa décision, sont concernées toutes les procédures juridictionnelles dans lesquelles les étrangers en situation irrégulière sont parties, qu’il s’agisse des instances relatives au séjour ou des autres contentieux, civils ou pénaux. L’impact pratique est considérable dans l’immédiat. Il l’est aussi sur la longue durée, tant par l’effet incitatif du bénéfice de l’aide juridictionnelle que par le coût budgétaire de la décision et par ses conséquences sur la charge des cours et tribunaux. Rappelons donc que si vous êtes français, que vous gagnez à peine plus que le SMIC, vous n’avez pas d’aide juridictionnelle. Dorénavant un étranger sans papiers, si.. Et s’il commet un délit, comme ce sera le cas à un moment ou à un autre (ne serait-ce que pour survivre), il sera défendu aux frais de la princesse. Notamment contre une très hypothétique OQTF (qui ne sera de toute façon pas exécutée…).

A lire aussi : Impayable et surtout dangereux François Hollande

Comment a argumenté le Conseil ? Il a mis en exergue l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, en vertu duquel la loi « doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse ». Si, considère-t-il, le législateur peut prendre des dispositions spécifiques à l’égard des étrangers, en tenant compte notamment de la régularité de leur séjour, c’est à la condition de respecter les droits et libertés garantis par la Constitution et, en particulier, pour se conformer au principe d’égalité devant la justice, d’assurer des garanties égales à tous les justiciables. Le Conseil en déduit que, en privant (dans la plupart des cas et ce qui est légitime) les étrangers ne résidant pas régulièrement en France du bénéfice de l’aide juridictionnelle, les dispositions contestées n’assurent pas à ces derniers des garanties égales à celles dont disposent les autres justiciables et qu’elles méconnaissent donc le principe d’égalité devant la justice. Précisons que l’aide juridictionnelle, comme son nom l’indique, est une aide. Elle ne touche pas aux règles de fond et ne touche qu’extérieurement aux règles de procédure. Il s’agit en fait d’une aide sociale que le législateur devrait être libre de déterminer s’agissant non de citoyens français, mais d’étrangers sans titre. Le délit de défaut de titre pour un étranger (supprimé en 2012 et rétabli en 2023) ne parviendra pas à endiguer les choses. D’autant que les contrevenants ne sont en général pas en mesure de payer la seule sanction qui soit, une amende.

Humanisme ou pragmatisme, quel rôle pour le juge ?

En matière d’aides, le législateur peut certes faire bénéficier les étrangers, y compris les étrangers sans titre, de la solidarité nationale, mais c’est parce qu’il l’estime équitable. Et chacun sait que la France est le pays d’Europe qui est le plus généreux. D’ailleurs est-ce un hasard si toute la misère du monde veut s’y réfugier ?… Un proverbe de notre Bourbonnais natal dit que « les malheureux, le bon Dieu ne les fait pas tous »

Cette aide généreuse que prodigue la France à ceux qui viennent sur son sol, relève uniquement de l’humanité, de l’équité voire de la fraternité. Il s’agit là d’une appréciation souveraine, éminemment politique, non d’une obligation inscrite dans un texte constitutionnel. Et donc en aucun cas juridique. Il s’avère que la souveraineté nationale commande essentiellement le contrôle des flux migratoires, son premier attribut étant la pérennité de la Nation par la maîtrise de ses frontières. On pourrait se dire ne doit venir chez nous l’étranger que nous choisissons en vertu de nos lois et non celui qu’introduit le passeur par lucre ou que fait entrer le militant pour satisfaire sa conscience. Le délit d’assistance à étranger sans papier, s’il est parfois relevé, est très peu sanctionné par le juge droitdel’hommiste. Rappelons que c’est le traité de Schengen, adopté en 1985 et 1990, qui consacre le principe de la liberté de circulation des personnes (art. 3 du traité sur l’Union européenne – TUE) et implique que tout individu (ressortissant de l’UE ou d’un pays tiers), une fois entré sur le territoire de l’un des pays membres, peut franchir les frontières des autres pays sans subir de contrôles. Dès lors qu’un immigré en situation irrégulière pénètre sur le sol européen, il va partout où il veut. Et c’est alors la vague porteuse notamment de la délinquance. Et, dorénavant, il a par la grâce du CC, droit à une aide juridictionnelle. Aide d’Etat donc financée par le contribuable…  Ah ce contribuable que l’Etat aime tant à saigner telle une bête d’abattoir avec l’aval du juge en plus !

A lire aussi : À la soupe !

La tendance jurisprudentielle à faire bénéficier également Français et étrangers de la solidarité nationale, au nom d’un devoir de fraternité universelle, satisfait certes notre conscience humanitaire. Il est des gens dont nous sommes qui deviennent de plus en plus indifférents à çà et qui préfèrent se soucier de combien cela va encore nous coûter…  A ce titre un récent rapport de la Cour des Comptes a souligné que le budget de l’aide juridictionnelle a fortement augmenté, les dépenses passant de 342 millions d’euros en 2017 à 630 millions en 2022 (soit +13% l’an).

« Le Conseil s’est comporté en ennemi de l’intérieur »

L’humanitaire n’a selon nous rien à faire à ce niveau. Trop d’impératifs sont en effet en cause qui appellent l’arbitrage du législateur et devraient inspirer au juge de la loi un comportement moins prétorien : le consentement à l’impôt, la maîtrise des finances publiques, la régulation des flux migratoires, la confiance de nos concitoyens dans la capacité des pouvoirs publics à régler les problèmes qui les préoccupent. La solidarité ou la fraternité automatiques que le CC impose à la Nation va indisposer nos compatriotes contre nos politiques d’accueil, voire contre l’Etat providence.

Il y a quelques années déjà, David Kessler conseiller d’Etat, avait appelé ses pairs à un « nécessaire réalisme » notamment sur des décisions régaliennes. On doit noter que le Conseil d’Etat en fait preuve assez souvent (ex : fermeture de mosquées salafistes, expulsions d’imams); le CC, jamais. Cette décision sur l’aide juridictionnelle le prouve. Il n’a aucune idée de l’impact de ses décisions. Rappelons ici la loi de 2021 imposant une « surveillance » des terroristes sortis de prison. Le Conseil censura ce texte attentatoire aux droits de ces individus. Comme si ces individus n’avaient pas fait assez de mal, comme s’il n’y avait pas un risque de récidive énorme… Comme s’ils étaient des individus voire même des êtres normaux, ordinaires. Ils sont des criminels à vie programmés pour imposer leur jihad et vaincre les mécréants que nous sommes. Le CC n’a rien compris sur ce point. Alors oui, personne ne contestera qu’il y a nos droits et libertés gravés dans le marbre de 1789 et 1946. Mais, nous le redisons ici, les réalités de ces époques n’ont strictement plus rien à voir avec celles de 2024. Deux mots devraient habiter celles et ceux qui siègent au CC : le réalisme et l’adaptation.

A lire aussi : Conseil constitutionnel: la planète des Sages

Donc voilà, une fois encore le Conseil s’est comporté en ennemi de l’intérieur. Il commet de plus en plus d’appels d’air à HPN (haut potentiel nuisible). Il faut en ce sens poser tout de même une question sur le mode nomination. Il est exclusivement politique puisque réalisé par le chef de l’Etat et les présidents du Parlement. Présentement, si l’on excepte A. Juppé (tout de même rallié au macronisme en vue de sa nomination), tous les autres sont gauchistes, centre gauchistes ou macronistes. En toute certitude, ils sont aussi toutes et tous droitdelhommistes. Sauf incident, les prochaines nominations se feront en 2025. On est en droit d’espérer que le président du Sénat pourra envisager quelqu’un qui soit d’inspiration libérale ?! Mme Braun-Pivet et M. Macron, de leur côté, feront certainement encore droit à des fidèles !

Précisons encore qu’aucune condition de compétence en matière juridique n’est exigée par la Constitution pour pouvoir être nommé, ce qui distingue le Conseil constitutionnel de toutes les autres cours constitutionnelles des grandes démocraties libérales. A ce titre depuis le départ de Mme Belloubet (2017), il n’y a plus aucun professeur de droit dans ce cénacle. Certes il y a des juristes (anciens hauts magistrats en recyclage, avocats sans cause). Rappelons quand même qu’y ont siégé le doyen Georges Vedel et Robert Badinter. Les décisions y étaient d’une toute autre tenue. Dans la majorité des pays de l’UE qui ont un contrôle de constitutionnalité, il y a des professeurs de droit notamment public qui siègent. Incontestablement, ça ne nuit pas ! 

Lorsqu’il présenta la Constitution en 1958 M. Debré précisa qu’« il n’est ni dans l’esprit du régime parlementaire, ni dans la tradition française de donner à chaque justiciable le droit d’examiner la valeur de la loi ». Donnez une question de priorité constitutionnelle (2008 N. Sarkozy) à un CC politisé et voilà le résultat….

Crime d’indifférence

0
Manifestation contre l'antisémitisme devant l'Hotel de Ville de Paris, le 19 juin, après le viol d'une fille de 12 ans à Courbevoie. JEANNE ACCORSINI/SIPA

Le crime de Courbevoie devrait nous choquer tous au plus profond de nous-mêmes. Mais au lieu de répondre à cette horreur par une journée de deuil nationale, la République poursuit son chemin dans une relative indifférence. Tribune de Dominique Labarrière.


Très franchement, je devrais avoir mieux à faire que d’écrire ces lignes. Je devrais être en train de rejoindre les centaines de milliers, les millions de Français rassemblés partout à travers le pays pour crier leur dégoût, leur colère, leur révolte devant l’ignoble barbarie dont, à Courbevoie, Ville de France, de nos jours en 2024, une petite fille de douze ans a été victime. Enfant martyre – innocente, forcément innocente – sacrifiée parce que coupable d’être juive. Quoi de plus abject ! Je pose la question ! Quoi de plus abominable ?

Où sommes-nous, qui devrions avoir envahi les places, les rues, les cités pour dire non. Non pour aujourd’hui, pour demain. Non à jamais !

Lors de sa visite apostolique à Marseille, le Pape François, non sans raison, a fustigé le « fanatisme de l’indifférence ». Il évoquait alors le sort des migrants noyés en Méditerranée. Aujourd’hui, tout se passe comme si « le fanatisme du silence » devait, tout tranquillement, prendre le relais.

A lire aussi: Violée à 12 ans parce que Juive et pour venger la Palestine : la triste moisson de la haine antisémite

Où sont les femmes et hommes de bonne volonté de la communauté musulmane de France ?

Où sont les bataillons féministes si prompts à dresser tant et tant de bûchers en sorcellerie à la moindre broutille exploitable ?

Où est le verbe d’imprécation de celui qui, pourtant, parle tout le temps de tout et de rien, à tort et à travers ?

Où est la journée de deuil nationale qui aurait dû être décrétée dans l’heure ? Mobilisation solennelle, officielle afin que le Pays, le Pays tout entier, dans sa diversité, soit enfin sommé de prendre conscience de la pourriture mentale, morale, culturelle, intellectuelle, politique qu’est l’antisémitisme.

Combien faudra-t-il encore de vies bousillées dès l’enfance par de furieux monstres instrumentalisés, eux aussi, dès l’enfance pour que les consciences se réveillent ? Pour que les actes supplantent enfin les belles paroles, les bougies, les mines attristées juste le temps de la photo ?

Enfin, quand serons-nous à la hauteur de ce que nous sommes ? Ou tout au moins de ce que nous devrions être ?

Marie Stuart - Reine tragique

Price: ---

0 used & new available from

Un cinéma dans la circulation des temps

0
L'actrice Nine d’Urso dans le film « Hors du temps ». © Carole Bethuel

Avec Hors du temps, Olivier Assayas revisite l’expérience du confinement qu’il a passé dans sa maison d’enfance. Une rétrospective à la Cinémathèque permet de redécouvrir l’intégralité de son oeuvre jusqu’à présent.


Hors du temps, vraiment ? C’est là le titre du dernier film d’Olivier Assayas. Il se replonge dans le temps suspendu qu’a constitué pour presque tous le confinement : dans l’attente d’un vaccin, les autorités ont tenu captif un peuple entier, dans l’incertitude des modes de contagion d’une maladie somme toute bénigne dans la plupart des cas… Assayas a ce privilège de posséder une  maison dans la vallée de Chevreuse, celle de feu ses parents, isolée par le grand parc du château attenant, qui toute son enfance était ouvert à ses jeux et à sa rêverie. La voix off du cinéaste aujourd’hui âgé de 69 ans décrit ce paradis perdu et retrouvé, commentaire d’un film qui semble emprunter de prime abord au documentaire. Car c’est bien dans cet ermitage intact qu’il a pu trouver refuge en ce printemps 2021 tellement ensoleillé, où chacun, par force, vivait cloîtré.

Pétrie de nostalgie et de facture toute classique, cette approche se redouble, en alternance, d’un film de fiction dans lequel Assayas emprunte avec esprit les traits forts différents, au physique, du comédien Vincent Macaigne (lequel a déjà joué dans trois de ses longs métrages), et Michel Lescot ceux de son frère musicien, Micka : ici prénommés Paul et Etienne. S’y greffent leurs compagnes respectives, Morgane (Nina d’Urso) et Carole (Nora Hamzawi)…  Hors du temps navigue ainsi, avec une certaine fantaisie qui touche parfois au burlesque (cf. le sketch désopilant du récurage sans fin de la casserole), dans ce microcosme qui ranime, sous la contrainte de la distanciation, des fameux gestes barrière et de ces protocoles prophylactiques (rétrospectivement insensés !), les vieilles rancœurs entre frangins mal assortis, les névroses affleurantes (l’excellente comédienne Dominique Reymond, qu’on regrette de ne pas voir assez à l’écran, mais qui n’a pas eu que des seconds rôles dans plusieurs films d’Assayas, campe ici la psy en télé-séances minutées avec Paul). Tout en déployant les rituels propres aux familles dites recomposées – la fille adolescente de Paul, en garde partagée, sur d’éducation de laquelle veille tour à tour chaque parent…

A lire aussi : Fin de régime sur le canal du Nivernais

Le vaudeville familial se combine adroitement, mais de façon insolite, au regard contemplatif de l’artiste Assayas, sur la Nature dont il déplore, avec David Hockney, son peintre contemporain favori, qu’elle déserte aujourd’hui la pensée poétique – l’écologie relevant d’un autre champ de réflexion. Nourri dès son plus jeune âge d’une belle culture plastique (son père n’était-il pas collectionneur, et ne fut-il pas lui-même graphiste à ses débuts ?), le cinéaste reste autant esthète que politique : chez lui, tout circule.

L’intéressant, chez Assayas, c’est précisément cet éclectisme qui, de film en film, et de façon à chaque fois singulière, authentique et très personnelle, lui fait regarder le monde sous toutes les coutures. De Demonlover (2002) à la série Carlos (2010), d’Irma Vep (1996) à Sils Maria (2014), son cinéma touche à tous les genres, du thriller à l’anticipation, en passant par la saga historique. Mais ce qui frappe, toujours, c’est ce don d’observation qui lui fait voir les choses attentivement, telles qu’elles sont, sans faux-semblants et sans le moindre anachronisme, jamais.

Dans cette optique, Hors du temps mérite d’être remis en perspective, comme nous y invite à présent la Cinémathèque française, avec cette rétrospective intégrale de la filmographie d’Olivier Assayas : il faut revoir absolument Les destinées sentimentales (2000), par exemple – film magnifique, sur la réussite industrielle d’une famille bourgeoise au tournant du XIXème siècle. Ou encore L’heure d’été (2008), qui interroge avec une grande subtilité la question de l’héritage patrimonial.

Assayas est un moderne qui sait regarder le passé. C’est une promesse d’avenir : on attend de voir en 2025 Le Mage du Kremlin, son prochain film, adaptation du roman de Giuliano da Empoli, sur un scénario signé Emmanuel Carrère, avec Jude Law au casting…


Hors du temps. Film d’Olivier Assayas. Avec Vincent Macaigne, Micha Lescot, Nino d’Urso, Nora Hamzawi. France, couleur, 2024. Durée : 1h45.
En salles le 19 juin
Rétrospective intégrale des films d’Olivier Assayas. Cinémathèque française.
Jusqu’au 4 juillet

Les Français face à l’absence de vergogne à gauche et de courage à droite

0
Inauguration du square Samuel Paty à Bordeaux, trois ans après l'assassinat du professeur par un islamiste. 16/10/2023 UGO AMEZ/SIPA

La grande faiblesse des sociétés tolérantes, c’est qu’elles laissent exploiter cette tolérance par des fanatiques sans scrupules. C’est ce qui est arrivé et continue à arriver en France, face aux violences et menaces des islamistes. La même faiblesse se révèle aujourd’hui dans le discours idéologique du Nouveau Front populaire. Tribune de Jérôme Serri.


Que dit-on quand on dit que les Français souhaitent le retour de la droite ? Laissons de côté un instant les catégories politiques qui, pour commodes qu’elles soient, servent aux partis de gauche et aux médias à minimiser le sérieux des attentes d’une grande majorité de nos concitoyens. Droite, gauche, peu importe ! C’est le retour d’une conscience nationale et républicaine avec tout ce que cela exige de courage et d’honnêteté dans les orientations et les décisions que les Français espèrent depuis des années. Or, il y a longtemps que nos responsables politiques ne savent plus ce que signifie une telle conscience et encore moins ce qu’elle implique. Même si la classe politique s’obstine à fermer les yeux, la vulgarité sans précédent du chef de l’Etat dans l’exercice de la magistrature suprême annonçait, presque plus sûrement que la violence à l’égard des Français durant les crises des gilets jaunes, du covid-19 et des agriculteurs, que tout cela finirait mal.

Cette conscience – c’est bien là le drame – a même déserté le parti des héritiers du gaullisme tant est efficace le chantage électoral de leurs alliés centristes dont l’idéologie n’a rien à envier à celle des socialistes avec lesquels ils se retrouvent pour dénoncer l’idée de nation et croire pouvoir adapter les principes républicains à sa disparition. Comment la restauration du couple Nation/République, comme cadre pertinent de l’exercice de la démocratie, pourrait-il ne pas apparaître aux yeux des Français comme un projet d’une extrême urgence face à l’ignominie du Nouveau Front populaire ? Ne faut-il pas que le Parti socialiste soit devenu d’une extrême inconsistance pour qu’il se compromette avec l’antisémitisme islamo-gauchiste de La France Insoumise (LFI) et du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) ?

On s’indigne à juste raison des récentes investitures d’un fiché S ou d’un ancien dealer par le Nouveau Front populaire. Mais il y a pire. En passant honteusement l’éponge sur le soutien apporté par LFI au Hamas, le Nouveau Front populaire passe également l’éponge sur la responsabilité d’un certain mouvement pro-Hamas impliqué dans l’assassinat de Samuel Paty.

A lire aussi: «La journée de la jupe»… c’était il y a 15 ans

Le 19 octobre 2020, le journal La Dépêche apprenait par une source proche du Gouvernement qu’un nommé Abdelhakim Sefrioui, le fondateur du Collectif Cheikh Yassine (du nom du fondateur du Hamas), avait accompagné au collège de Conflans-Sainte-Honorine le père d’une élève pour demander le renvoi de Samuel Paty qui avait montré des caricatures du prophète. Se présentant comme « membre du Conseil des imams de France », il avait aussi diffusé sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle il dénonçait le professeur en le qualifiant de « voyou ». C’est également lui qui avait interrogé, dans une autre vidéo, la fille du parent d’élève et appelé à la mobilisation. Si le procureur national antiterroriste Jean-François Ricard n’avait fait devant la presse aucune connexion entre cet homme et le tueur, le préfet de Police de Paris, Laurent Nunez, considérait toutefois qu’il existait sans aucun doute « un lien indirect ». Fin juin 2021, Abdelhakim Sefrioui, détenu depuis octobre 2020, sera finalement poursuivi pour « complicité d’assassinat terroriste » et accusé d’avoir ciblé publiquement la victime et d’avoir « facilité la définition du projet criminel par le tueur ». Il sera jugé, avec sept autres adultes, devant la cour d’assises spéciale de Paris dans quelques mois, fin 2024.

L’actualité quotidienne chassant jour après jour celle qui la précède, la mise en perspective des événements qui seule permet d’en mesurer la gravité, est d’autant plus difficile que nos responsables politiques sont aujourd’hui peu pressés de dire la vérité aux Français tant ils savent qu’à force de petites lâchetés ils se sont mis dans l’incapacité de faire face à l’aggravation de la situation.

Le mouvement d’Abdelhakim Sefrioui que les services surveillent depuis les années 1980 a géré « le site de l’association cultuelle Ansar-al Haqq, une plateforme de recrutement pour partir faire le jihad ». Avec ce Franco-Marocain nous sommes en présence d’un activiste musulman fanatique devant lequel, comme devant d’autres, on a eu tort de ne pas se souvenir d’une mise en garde de Thomas Mann datant de 1935 mais toujours d’actualité : « Tout humanisme comporte un élément de faiblesse, qui tient à son mépris du fanatisme, à sa tolérance et à son penchant pour le doute, bref, à sa bonté naturelle et peut, dans certains cas, lui être fatal. Ce qu’il faudrait aujourd’hui, c’est un humanisme militant, un humanisme qui découvrirait sa virilité et se convaincrait que le principe de liberté, de tolérance et de doute ne doit pas se laisser exploiter et renverser par un fanatisme dépourvu de vergogne et de scepticisme ».

En brandissant par deux fois le drapeau palestinien dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale les 28 mai et 4 juin derniers, c’est l’emblème sous lequel eut lieu le pogrom islamiste dans le sud d’Israël que brandissaient les parlementaires de La France Insoumise. C’est sous cette bannière que s’était rangé Abdelhakim Sefrioui, responsable avec d’autres, même indirectement, de la décapitation de Samuel Paty. On comprend mieux que Philippe Poutou, malgré sa déclaration sur « la police qui tue », ait reçu l’investiture du Nouveau Front populaire pour se présenter à Trèbes, la ville où le colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, qui avait pris la place d’un otage, avait été assassiné par un terroriste islamiste.

Toujours le 19 octobre 2020, dans une interview accordée à Europe 1, Gérald Darmanin désignant le CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France) comme « ennemi de la République », déclara : « le père qui a lancé une ‘fatwa’ contre ce professeur fait référence clairement à cette association, c’est une association qui touche des subventions d’État, des déductions fiscales et qui dénonce l’islamophobie d’État ». Aussi la dissolution du CCIF sera-t-elle prononcée le 2 décembre 2020 en Conseil des ministres.

Sans marcher bien sûr sur les pas de La France Insoumise, le Sénat s’est toutefois déshonoré en acceptant, sans rien dire, un camouflet de ce CCIF. Celui-ci en effet ne s’était pas présenté – les Français le savent-ils ? – à l’audition à laquelle il avait été convoqué par la commission d’enquête sénatoriale sur « la radicalisation islamiste ». A l’un des sénateurs qui demanda à la présidente de cette commission : « N’est-ce pas obligatoire de se présenter devant la commission d’enquête ? », celle-ci répondit : « Oui, c’est une obligation à laquelle on ne peut se soustraire. Nous nous réservons le droit d’envisager des suites ». Le rapport fut remis au président Gérard Larcher début juillet 2020, quelques semaines avant l’assassinat de Samuel Paty. Il n’y eut bien entendu, manque de courage oblige, aucune suite.

A lire aussi: Antifascisme, une vertu illusoire ?

De cette lâcheté qui eut lieu dans le huis clos de la Chambre-haute du Parlement, les Français n’ont pas été au courant. Comme ils ne l’ont pas été non plus du refus de l’ancien président du Sénat Christian Poncelet (ancien RPR, puis UMP) d’installer le drapeau de la Nation dans l’hémicycle. Parce que le bureau du Sénat, consulté, n’avait pas été unanime. On imagine que les voix qui s’y opposèrent n’étaient pas les moins intéressées par le projet de faire de l’Europe une fédération dont la souveraineté annulerait celle de la France. Cette installation du drapeau tricolore dans l’hémicycle fut repoussée jusqu’à ce que Gérard Larcher, à son tour sollicité, finisse par le faire installer à contre-cœur, et comme en catimini, en usant d’un stratagème qui lui permettait de ne pas être considéré comme l’auteur de cette décision par ses amis centristes dont les voix lui sont nécessaires pour se faire réélire à la Présidence du Sénat.

Le manque de courage devant l’islamisme radical qui ne cesse de s’en prendre gravement à la République et recrute ses collaborateurs à gauche, allié à une incessante abdication devant un extrême centre qu’indispose l’idée d’une Europe des nations, cette double soumission assortie de trahisons a annihilé à droite toute conscience nationale et républicaine, et amené le pays au chaos politique, social, économique, culturel et peut-être demain institutionnel.

Les couleurs de la France

Price: ---

0 used & new available from