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Flash-back sur une dissolution désinvolte…

Les architectes de la Constitution de la Ve ont confié le pouvoir de dissoudre aux mains du président de la République, pour lui permettre de résoudre une crise politique, pas pour en provoquer ! La dissolution de l’Assemblée nationale sera-t-elle la dernière décision « disruptive » d’un président épris de transgression ?


Sur BFMTV, François Hollande reproche à Emmanuel Macron de « n’avoir pas tenu sa place ». Je ne suis pas sûr que lui-même l’ait fait en s’acoquinant avec un Nouveau Front Populaire (NFP) dominé par La France Insoumise, elle-même largement sous la coupe de Jean-Luc Mélenchon dont il avait sans cesse dénoncé la nuisance. Nous avons perdu nos dernières illusions sur l’ancien président. Interrogeons-nous sur la décision de l’actuel de dissoudre l’Assemblée nationale et sur les raisons profondes qui l’ont inspiré.

Le président et les pantins désarticulés

J’ai déjà évoqué le caractère ludique de la complicité unissant un petit cercle ne prenant pas la politique au tragique. Surtout quand elle l’est ou risque de l’être. Le psychanalyste Jean-Pierre Winter nous fournit une autre clé de ce comportement, qui relève de la seule personnalité et responsabilité du président de la République. L’homme public comme l’individu privé seraient, dans l’ensemble de leur histoire, aussi bien dans les choix intimes que dans les options politiques, épris de transgression. Cette volonté permanente de surprendre est facilement vérifiable et a conduit Emmanuel Macron d’une part à fuir l’ordinaire au bénéfice de l’inattendu, jusqu’à l’incongru, et d’autre part à considérer que ce qui surgit de son esprit et de ses desseins les plus secrets est forcément frappé du sceau de l’exceptionnel. Tout ce qui est normal, comme l’expression d’une opinion et d’un bon sens partagés par beaucoup, lui est radicalement étranger. J’étonne et je déroute donc je suis.

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Ainsi cette dissolution survenant comme un bouleversement absolu sur tous les plans et tétanisant même ses soutiens les plus inconditionnels, a-t-elle procuré à Emmanuel Macron ce dont il raffole le plus : stupéfier son entourage, reprendre la main fût-ce par une absurdité tactique. En jouissant de la volupté de son décret solitaire, impérieux et évidemment transgressif.

Larcher et Attal dépassés par les évènements

Il est en effet choquant que la décision de dissoudre, qui imposait au président, pour être prise valablement, une consultation du Premier ministre, du président du Sénat et de la présidente de l’Assemblée nationale, ait été édictée par Emmanuel Macron, Gabriel Attal ayant été laissé de côté, après une information précipitée et de pure forme sans que la moindre contradiction ait pu lui être proposée. La suite a démontré que ces hautes autorités ont très mal vécu cet épisode de totale désinvolture. Gérard Larcher a reproché au président de « ratatiner la démocratie ». Le Conseil constitutionnel a été saisi d’un recours visant cette entorse à l’article 12 de la Constitution. Il a considéré qu’il n’avait pas compétence pour l’apprécier. 

Ces dispositions psychologiques et cette légèreté constitutionnelle sont l’une des explications du climat actuel. Avec ce président mal aimé, peut-être comme aucun avant lui.

Binationalité, un débat politique légitime

La France n’a pas que des amis, rappelle Céline Pina


En France, la proposition d’interdire la binationalité pour l’occupation des postes de représentation politique ou certains postes stratégiques fait scandale. Pourtant cette proposition est tout à fait cohérente et est loin d’être un marqueur de xénophobie. Elle est au contraire liée à une haute idée des exigences de la démocratie et du devoir du citoyen.

D’ailleurs, nombre de démocraties proches de nous interdisent ou limitent la double nationalité. C’est le cas de l’Ukraine, des Pays-Bas, de l’Autriche, de l’Estonie, de la Bulgarie, de l’Espagne, de la Norvège, de la Lettonie et la Lituanie, ou encore de l’Allemagne…

Ces interdictions ou limitations ne sont pas la marque de la xénophobie mais une exigence de clarté dans l’engagement citoyen. Etre français, ce n’est pas une créance permettant de tirer des avantages financiers et sociaux de sa nationalité. La citoyenneté est, en Occident, un engagement civilisationnel.

Nos appartenances ne sont pas basées sur la religion ou l’ethnie mais sur le partage de principes et idéaux qui se traduisent en droit. Ces principes et idéaux sont l’armature de notre société et ils se traduisent très concrètement : c’est l’affirmation de l’égalité en droit au-delà des différences de sexe, race, religion ou philosophie, c’est la défense des libertés publiques, c’est la laïcité. Etre citoyen c’est adhérer à ces principes et travailler à leur effectivité et à leur garantie.

Double fidélité

Le peut-on quand la double nationalité vous amène à appartenir à des sphères politiques dont les valeurs sont frontalement opposées ?

Autre point, que se passe-t-il en cas de guerre quand vous appartenez à deux univers qui s’affrontent. Où va votre loyauté ? À qui et à quoi êtes-vous fidèles ? Quels principes et idéaux allez-vous servir? Qui allez-vous protéger, pour qui irez-vous combattre ?

Dans le premier cas, que défend quelqu’un qui est binational et appartient à un pays européen et à un pays musulman par exemple ? Dans ces pays, l’égalité en droit n’existe pas, elle est refusée à raison du sexe (infériorisation des femmes) et de la religion (statut de sous-citoyen via la dhimmisation). Cette personne croit-elle en l’égalité entre les êtres humains ou est-elle favorable à la domination d’un sexe sur l’autre ? Portera-t-elle haut les libertés publiques ou les sapera-t-elle pour faire prévaloir son dogme religieux ? Que défendra-t-elle si elle arrive au pouvoir ?

La question n’est pas absurde. En Belgique, où les islamistes ont infiltré les partis politiques de gauche, des coups sont portés contre l’État de droit pour favoriser la logique de la charia, ces nouveaux élus n’ayant aucun lien avec la culture démocratique et servant l’idéologie islamiste. Là, l’entrisme est manifeste, mais il n’en reste pas moins qu’une personne ayant fait allégeance à des systèmes contradictoires et opposés ne puisse incarner l’intérêt général : elle n’est pas claire dans son système de valeurs, ambiguë dans ses engagements, en contradiction flagrante dans ses allégeances, elle ne peut donc représenter personne. Dans le cas d’un ministre ou d’un député par exemple, cet aspect de la problématique est déterminant.

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Regardons ce qui se passe concrètement avec le cas Rima Hassan. Cette femme ne représente pas les Français mais est là pour porter la voix de la Palestine, version Hamas. Elle le dit très clairement et se présente elle-même comme l’incarnation d’un lobby étranger. Elle est de surcroit en lien avec des représentants du terrorisme islamiste. En quoi est-elle légitime pour représenter notre pays? Et en cas de tensions avec le Hezbollah, la Syrie, le Hamas, de quel pays, territoire ou idéal défendrait-elle les intérêts ? Certes, tous les élus ne sont pas comme cette personne, mais le doute que cette double fidélité implique et les tensions qu’elles génèrent sont problématiques.

Lorsque les systèmes convergent et que les principes et idéaux organisant les sociétés se rapprochent, la double appartenance est possible. Mais l’évolution du monde va dans le sens inverse: la logique impérialiste se réveille et la conquête territoriale revient. Le totalitarisme islamiste remet au goût du jour les massacres de masse et les tentatives de déstabilisation des démocraties. Guerre, totalitarisme et terrorisme reviennent en Europe. Les démocraties sont attaquées et une partie de la menace est liée à la puissance des islamistes au cœur des pays européens. Cette menace est endogène, comme l’ont montré la nationalité des auteurs d’attentats. L’impossibilité d’appartenir à deux mondes et à deux espaces de références antagonistes a éclaté au grand jour et a été révélée dans le violent rejet que manifestent les jihadistes et partisans du séparatisme pour le pays dont ils ne considèrent pas comme « d’origine ».

La France n’a pas que des amis

Dans ce cadre, on ne voit guère comment continuer à faire semblant de croire que la double nationalité n’est pas un problème. Surtout quand les tensions s’accroissent tandis que les antagonismes montent.

algerie pierre vermeren bouteflika
Supporters de l’équipe d’Algérie de football, Paris, juillet 2019. Auteurs : Bastien Louvet/SIPA.

Prenons un cas très concret : l’Algérie. Le pays cultive la haine de la France chez ses ressortissants. C’est même un mode de gestion de sa vie politique intérieure. La France est accusée de tous les maux afin de faire oublier la corruption et l’incapacité des élites algériennes comme leur échec à développer un pays pourtant plein d’atouts. Le ressentiment à l’égard de la France devient une caractéristique de cette population. Dans le même temps, chez beaucoup de ressortissants maghrébins, la France est dénigrée et « Français » est même devenu une insulte dans les quartiers islamisés ! En parallèle, l’appartenance aux origines est exaltée. À qui ira dans ce cadre la fidélité d’un Franco-algérien en cas de crise ou d’affrontement ? Comment donner un pouvoir de représentation à des personnes qui pourraient très vite se retrouver en conflit de loyauté au mieux, incapables d’incarner les fondamentaux de ce que nous sommes en tant que peuple au pire ?

Ces questions ne sont pas anecdotiques, elles sont au cœur de nos sociétés politiques. Les traiter par le sentimentalisme, en mode « on me demande de choisir, donc je me sens rejetée dans mon être intime » relève de la victimisation simplette. Les évacuer car elles seraient « amorales » ou « racistes » relève de la manipulation pure. Le débat sur la limitation de la double nationalité est un débat de fond, légitime et il mérite d’être posé.


Elisabeth Lévy : « Devenir français est un privilège. Il n’est pas scandaleux qu’il ait un prix »

«Le RN a des candidats qui ne correspondent pas à la caricature qu’on en fait depuis des années»

On a connu Vincent Coussedière comme penseur ou philosophe nous parlant des thèmes du populisme, de la nation ou de l’assimilation dans des essais ou dans les colonnes des journaux. Le voilà candidat à la députation en Alsace. Entretien.


Causeur. Dans une tribune publiée récemment par Valeurs actuelles, vous estimez qu’en prononçant la dissolution de l’Assemblée, Emmanuel Macron a fait voler en éclat une opposition artificielle entre les questions nationales et les questions européennes. En somme, observant les résultats le 9 juin, le président aurait constaté que les citoyens français voulaient que l’on cesse de parler de cette Europe un peu abstraite, et qu’on en revienne aux questions plus strictement nationales ? A-t-il bien fait de redonner la parole au peuple, selon vous?

Vincent Coussedière. Concernant la situation du président, je ne suis pas sûr que redonner la parole au peuple aboutisse à ce qu’il aurait voulu…

La macronie s’est embourbée dans des contradictions terribles. Cette séparation entre les questions nationales et européennes durant la campagne n’avait aucun sens. L’Europe est faite par des nations, par des traités, et donc parler des questions européennes, c’est parler des questions nationales, et inversement, non ? En faisant cette dissolution, Macron se contredit complètement, il dramatise le sens national du scrutin alors qu’il nous disait qu’il ne fallait surtout pas le faire !

La logique institutionnelle ne le forçait pas du tout à dissoudre. Emmanuel Macron aurait pu le faire éventuellement à l’automne, il n’y avait rien qui l’obligeait à le faire maintenant.

De son côté, en réclamant la dissolution, le RN était dans sa propre logique d’opposition, d’alternative véritable. Emmanuel Macron a voulu renverser la table. Il a voulu piéger le RN, en  disant : vous avez fait monter la pression, vous allez voir, vous n’êtes pas prêts, vous ne serez pas capables de gouverner et de vous organiser à temps, et donc je vais vous prendre au mot, etc. Du Macron tout craché !

Il y a aussi des observateurs qui disent qu’il en avait surtout assez d’avoir une majorité relative, et qu’il tente un coup de poker. « La France à quitte ou double » titrait Le Point.

Certes, mais c’est bien cela qui est très inquiétant. C’est la politique de la terre brûlée ! Après moi, le déluge ! Nos journaux sont pleins de rumeurs sur les gens qui travaillent autour du président. Et je pense qu’effectivement, ça se passe vraiment très mal, que c’est très difficile pour eux. Il y a des tensions énormes dans le camp présidentiel, Emmanuel Macron a pris tout le monde au dépourvu autour de lui. Bardella, de son côté, semble beaucoup plus cohérent. Il dit qu’il acceptera d’être Premier ministre, mais seulement avec une majorité absolue…

Pour aller dans votre sens, d’éminents membres de la majorité, comme l’ancienne Première ministre Elisabeth Borne, estiment qu’en effet, le président pouvait très bien gouverner. La preuve, c’est qu’il y a des textes importants qui ont pu être votés, comme la réforme des retraites, la loi immigration, le budget…

Absolument.

Est-ce qu’il n’y aurait pas alors une explication plus psychologique, irrationnelle, dans le choix de dissoudre ? Un affolement ? Une « fuite en avant » comme disent les psys ou la presse féminine?

Je dirais qu’il y a une explication à la fois psychologique et idéologique.

Psychologique, d’abord, parce que chez Emmanuel Macron, il y a toujours eu ce côté « poker », joueur, recherche de la limite. Mais il y a aussi le côté idéologique, c’est-à-dire que le président entend pousser jusqu’au bout la logique de la montée aux extrêmes, quitte à mettre le pays dans une forme de chaos.

Quoi qu’il en soit, après vous avoir connu comme penseur, comme philosophe parlant des thèmes du populisme, de la nation ou de l’assimilation dans vos essais ou dans les colonnes des journaux, vous voilà candidat ! Qu’est ce qui a motivé votre choix de vous engager politiquement ?

C’est une évolution qui remonte à quelques années. Le Rassemblement national m’invite depuis longtemps à des conférences. Je fais partie par ailleurs de Campus Héméra, l’école de formation des cadres et militants dirigée par Jérôme Sainte-Marie, où j’ai donné cours et conférences sur l’assimilation. Je suis également intervenu au Parlement européen devant le groupe Identité et Démocratie, ou lors d’un colloque à Paris sur le wokisme. On ne m’a jamais  imposé quoi que ce soit à l’avance, j’ai toujours eu une totale liberté d’expression.

Ce sont des gens curieux, qui s’intéressent à vos analyses et qui m’ont tendu la main, très loin de la vision fantasmatique qu’ont encore beaucoup de gens du RN. De mon côté je me rends à l’invitation de n’importe quel parti pour faire des colloques, pour faire des conférences, notez bien… Mais il se trouve que c’est le RN qui m’a invité.

Comment avez-vous obtenu votre investiture auprès de Jordan Bardella?

J’avais déjà manifesté ma disponibilité pour les élections européennes, mais il y avait très peu de places. Est-ce que vous seriez intéressé en cas de dissolution ? m’avait-on demandé. Je n’y croyais pas. Et je ne pensais pas que Macron ferait cette erreur.

Lors d’une campagne pour les législatives, vous êtes beaucoup plus exposé que pour les européennes. Cela suppose vraiment de mouiller la chemise, d’être sur le terrain, de rendre public tout ce que vous faites. Mais, le mandat de député, représentant de la nation, est finalement à mes yeux plus prestigieux encore que celui de député européen ! J’en serai beaucoup plus fier si je suis élu.

Mais vos électeurs potentiels vous connaissent peut-être encore mal…

J’enseigne dans le secondaire, la philosophie, aux lycéens. J’ai enseigné aussi la culture générale aux étudiants qui préparent l’ENA. En politique, j’ai été 12 ans conseiller municipal et délégué à l’intercommunalité, dans un village, Geishouse, une petite commune de 500 habitants dans le sud de l’Alsace, dans le Haut-Rhin. J’aime bien les choses concrètes et j’aime bien l’échelon de la commune qui est vraiment un échelon de démocratie directe, sans qu’on se préoccupe d’étiquette politique.

Ma position actuelle n’est pas forcément très confortable, parce que c’est ce qu’on appelle un « parachutage »… J’habite en Alsace, mais pas dans la circonscription. M. Steinbach, le candidat de 2022, m’a donné tout de suite les contacts locaux pour travailler sur le terrain, et je l’en remercie.

J’observe une certaine confusion, lors de mes réunions, concernant les compétences du député, du conseiller régional, des conseillers départementaux, du maire, etc. Et les élus sortants jouent beaucoup là-dessus. Ils jouent beaucoup sur « je suis proche de vous », « je vais faire ça pour vous avec ma baguette magique » alors qu’ils n’ont pas les compétences de ce qu’ils promettent ! Beaucoup de choses relèvent de la région, ou relèvent du département. En Alsace, en plus, il y a le contexte particulier de la collectivité européenne alsacienne qui a fusionné les deux départements… Donc j’explique aux électeurs que je rencontre qu’il s’agit avant tout dimanche d’une élection nationale.

Et justement, quelle est votre position sur l’évolution de l’Alsace?

Le RN est le plus crédible là-dessus. Nous avons en Alsace une identité régionale forte. Mais, la nation jacobine qui menacerait les régions, les identités régionales, ce n’est plus vraiment d’actualité. La nation peut, au contraire, être protectrice de la diversité des régions. Protectrice d’une mondialisation et d’un européisme qui est beaucoup plus destructeur, notamment par le biais de l’immigration de masse.

Oui, il faut sortir l’Alsace du Grand Est. Mais, le RN remet en cause le découpage des régions depuis 2015. LR n’a pas toujours dit ça, même si c’est devenu un mot d’ordre important pour eux aussi. Macron, de son côté, a louvoyé sur la question. Il est venu à Strasbourg en avril, affirmant que la collectivité européenne d’Alsace, cela suffisait et qu’on allait en rester là… Éric Woerth lui a rendu fin mai un rapport sur la décentralisation qui va dans le même sens. Et voilà qu’après la dissolution, Macron nous fait un discours où il rouvre la porte. Ah mais les régions, quand même, elles sont peut-être trop grandes, et il faudrait peut-être quand même fusionner les compétences du département et de la région, etc…. Comme d’habitude, il dit tout et son contraire.

Votre pari de rejoindre le Palais Bourbon n’est pas gagné. La dernière fois, votre adversaire, la députée sortante macroniste Louise Morel, a été élue avec 56% de voix. Elle rêve d’une parité intergénérationnelle (comme pour la parité hommes/femmes). Avez-vous lu son livre?

Absolument, ce n’est pas gagné mais c’est gagnable !

Je vous avoue que je n’ai pas lu son livre, les délais sont très courts lors de cette campagne. Vous n’imaginez pas ce que c’est qu’une campagne législative anticipée, tout ce qu’il faut fait en 15 jours au niveau administratif, juridique, financier. J’ai eu la tête sous l’eau pendant 10 jours, et pas pour des questions philosophiques ! Mais, Louise Morel est typique de la macronie avec ce genre de problématiques un peu dérisoires, parité intergénérationnelle, patati patata… Et politiquement, elle n’a pas vraiment de colonne vertébrale, à l’image de ses mentors, Macron et Bayrou, on est dans le « et en même temps », en réalité dans la confusion. Sa position sur la sortie de l’Alsace du Grand Est ne fait que refléter les louvoiements de ses patrons.

J’imagine que vous voyez l’arrivée d’un gouvernement Bardella aux responsabilités comme une solution à la décomposition en cours de la France que vous déplorez dans vos articles. Mais, vos adversaires voient eux l’arrivée du RN au pouvoir comme susceptible de susciter de nouveaux troubles (troubles sociaux, troubles dans les banlieues peut-être). Qu’est-ce que vous répondez aux citoyens qui ont ces inquiétudes ?

Je leur réponds qu’on n’a pas le choix. Je comprends que des gens aient peur. Mais ils devraient avoir encore plus peur de continuer dans une fuite en avant qui nous pousse vers l’abîme. Dans bien des domaines, que ce soit l’immigration, l’insécurité, l’éducation, on est dans une situation très compliquée. Et il est évident qu’il va être très difficile d’inverser la vapeur et l’inertie de processus historiques qui est immense. C’est vraiment un moment historique que l’on vit. C’est comme 1958. Je commence d’ailleurs mes réunions publiques en disant qu’il y a une gravité dans le pays qui est de l’ordre de 58. Le RN, à mon avis, est la seule force qui peut canaliser ce moment révolutionnaire dans des voies réformistes. Et sans violence. Il est là l’enjeu.

Dernière question. Aujourd’hui, c’est votre dernier jour de campagne, qu’est-ce que vous allez faire?

Ce soir, je fais ma dernière réunion publique. A Marlenheim, sur des terres un peu plus favorables à Macron, pour me faire connaître et montrer que le RN a des candidats qui ne correspondent pas la caricature qu’on en fait. Pas sulfureux. Pas « nauséabonds » ! Des gens normaux, mais inquiets et effrayés par la situation du pays.

Eloge de l'assimilation: Critique de l'idéologie migratoire

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Le Grand Soir?

Notre chroniqueur, jadis gauchiste soixante-huitard, rêveur invétéré, quêteur de bouleversements, voit dans la situation qui pourrait émerger de ces élections voulues par le Grand Semeur de Désordre (i.e. Macron, visiblement) l’occasion d’une révolution qui bouleversera en profondeur la France moisie d’aujourd’hui. Bien entendu, Causeur, qui s’arrange confortablement d’un balancement gauche / droite — comme on dit en boxe — n’en souhaite pas autant.


Jean-Paul Brighelli vient de publier Soleil noir, un roman de 300 pages chez L’Archipel NDLR •

Vous vous souvenez sans doute que dans Le Désert des Tartares (Dino Buzzati, 1940 — une année fertile en événements), le héros, Giovanni Drogo, jeune et fringant lieutenant, a été muté dans un poste avancé de l’empire, à la limite des terres inconnues où habitent les barbares.
Et il va les attendre, trente ans, jusqu’à ce que, vieux et malade, il se résigne à partir — au moment où l’ennemi enfin attaque. Il ne connaîtra jamais la gloire des combats.

Depuis cinquante ans, nous attendons le Grand Soir qui bouleversera nos habitudes, et redonnera un souffle de vie au cadavre frémissant de ce cher vieux pays suicidé par des gouvernements successifs irresponsables.
Et nous avons vu nos espoirs s’amenuiser : le libéralisme a su inventer tous les gadgets susceptibles d’amuser les foules. 

Les membres des élites mondialisées n’avaient pas prévu le confinement, ni les gilets jaunes. Ils ont cru au rétablissement du business as usual, et parce qu’ils ne sortent pas de cette capitale qui n’est plus qu’une bulle factice, ils n’ont pas senti monter l’émeute. Les médias ont glosé l’année dernière sur les exactions des racailles, sans voir que ce déchaînement très limité de violence — limité par les chefs de gang pour qui toute révolte est un manque à gagner — traduisait une exaspération puissante. Ce ne seront plus de jeunes exaltés qui seront prochainement à la manœuvre, mais le peuple, que l’on peut tromper un temps, mais pas tout le temps.

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Les élections voulues par le mirliflore de l’Elysée pour sauver sa fonction et sa place dans l’Histoire accoucheront dans quelques jours d’une Assemblée impuissante à surmonter ses divisions : jamais la haine n’a été à un si haut étiage. C’est dans la rue que l’ultra-gauche, les Frères musulmans (qui ont fait voter massivement LFI dans les « quartiers », regardez les chiffres) et le peuple de droite (qui n’est de droite que parce que les intellectuels fourbes et fourbus, les élites parisiennes (oxymore !) et autres agents infiltrés de la CIA et de la CEE, main dans la main, ne lui ont pas laissé le choix, après lui avoir confisqué son vote en 2005) règleront finalement le sort de la nation. Ce sera violent, injuste si l’on veut, mais il se passera enfin quelque chose.
Pas pour tous ceux qui l’ont tellement aimée, la révolution. Ils n’en verront pas grand-chose, du fond de leur lit d’hôpital ou de leur cabane de retraités. Mais l’Histoire s’en fiche : ce qui va se passer entre le 8 juillet et surtout la rentrée sera l’une de ces pages splendides, rouge sang, auxquelles notre destin français nous a habitués — et que l’on a prétendu nous interdire à jamais. Ce sera la revanche posthume de Giovanni Drogo.

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Ultraorthodoxes en Israël – du noir au kaki?

A Jérusalem, le 25 juin, la Cour suprême a levé l’exemption de service militaire pour les étudiants ultra-orthodoxes. Une décision qui ne fait pas les affaires de la coalition du Premier ministre Benyamin Netanyahou. Mais, alors qu’Israël est de nouveau en guerre depuis les attaques du Hamas du 7 octobre, le pays ne peut plus fermer les yeux sur cette exemption, véritable serpent de mer de la vie politique israélienne, qui pose en creux la question suivante: qu’est qu’un «Etat juif»?


Le 25 juin, la Cour suprême israélienne a rendu une décision qui pourrait mener à la conscription des étudiants des écoles talmudiques. Jusqu’à présent, ces jeunes hommes ultraorthodoxes étaient exemptés du service militaire obligatoire s’ils se consacraient à l’étude des textes sacrés du judaïsme. Cependant, les juges ont estimé que le nombre croissant de ces exemptions constitue une rupture du principe d’égalité, et qu’une telle dérogation ne peut être légitimée que par une loi votée par le Parlement. « L’exécutif n’a pas l’autorité pour ordonner de ne pas appliquer la loi sur le service militaire aux étudiants de yeshiva [école talmudique] en l’absence d’un cadre légal adéquat », a déclaré la Cour. « Sans ancrer cette exemption dans un cadre légal, l’État doit agir pour imposer la loi. »

Jusqu’à présent, ces exemptions étaient accordées par l’armée (en tant que représentante de l’État concernant la conscription) dans le cadre d’un arrangement basé sur un accord de 1947 entre David Ben Gourion et les leaders des communautés ultraorthodoxes. Connu sous le nom de « la lettre du statu quo », cet accord visait à obtenir le soutien des ultraorthodoxes pour la création d’un État-nation juif en Palestine, devant la commission de l’ONU. Pour montrer à la communauté internationale une position unie des Juifs de Palestine sous mandat britannique, Ben Gourion et la majorité sioniste laïque ont pris des engagements significatifs envers ce groupe minoritaire mais symboliquement important : les ultraorthodoxes, Juifs des villes, bourgs et villages du Yiddishland, l’espace entre la mer Baltique et la mer Noire, étaient les parents, oncles et frères de Ben Gourion et de ses camarades, qui avaient souvent eux-mêmes fréquenté les mondes des Yeshiva et des Cheder (petites écoles juives où l’on apprend l’hébreu en lisant la Bible).

Des communautés en marge, qui manipulent le reste de la société israélienne

Cette génération de leaders et d’intellectuels sionistes, née dans le dernier tiers du XIXe siècle, a vécu les conséquences de l’émancipation des Juifs, un processus qui s’est déroulé à l’est et au centre de l’Europe plusieurs décennies après celui des Juifs en France. Les ultraorthodoxes, comme les sionistes, représentent deux réactions parmi d’autres à cette soudaine ouverture et aux nouvelles opportunités – notamment la possibilité d’intégrer lycées et universités – qu’elle a permises. Les ultraorthodoxes ont développé un système fondé sur deux piliers : le quasi-rejet de tout ce qui est nouveau et la création de « lycées » et « universités » juifs, les Yeshiva. Ces deux éléments ont doté ces nouveaux courants du judaïsme d’une structure solide, notamment un uniforme inspiré de la mode de l’époque (symbole du rejet du neuf) et des institutions qui occupent et disciplinent la jeunesse masculine.

En quelques décennies, l’ultraorthodoxie a forgé une identité commune malgré de multiples divisions idéologiques et personnelles. Dans une sorte de ruse de l’Histoire, les frères ennemis sionisme/ultraorthodoxie, qui se disputaient âprement la jeunesse juive du Yiddishland entre 1900 et 1940, ont fini par établir des relations symbiotiques au moment même où le sionisme semblait avoir remporté une victoire sans appel, sur le site de cette victoire : l’État d’Israël. Vivant en marge de la société israélienne, les communautés ultraorthodoxes ont appris à manipuler la cité israélienne et son système politique. Elles ont transformé leurs atouts – communautés organisées et disciplinées – en une force politique mobilisée pour obtenir un maximum d’aide matérielle en échange d’un minimum de participation.

La montée de l’État-providence israélien dans les années 1970 a accéléré leur dynamique démographique et l’arrivée de la droite au pouvoir en 1977 avec Menahem Begin a instauré une alliance politique solide. Les effets conjugués de ces deux phénomènes ont transformé un phénomène d’abord marginal puis supportable en un fardeau que les autres Israéliens peinent de plus en plus à porter.

Ainsi, cette décision de la Cour et la crise politique qu’elle a déclenchée – le gouvernement de Netanyahou dépendant du soutien des partis ultraorthodoxes, pour lesquels la fin de cette exception est un casus belli – sont les dernières expressions en date de la plus vieille et certainement la plus fondamentale question qui divise et secoue la société israélienne : qui est juif ? Qu’est-ce qu’un « État juif » ?

Désaccord fondamental

Le 20 octobre 1952, plus de cinq ans après avoir sollicité le soutien des ultraorthodoxes devant l’ONU, Ben Gourion, désormais Premier ministre d’Israël, cherchait à renouer le dialogue. Il était obligé de le faire : depuis presque un mois, son gouvernement n’avait plus la majorité à la Knesset, car les élus ultraorthodoxes ne le soutenaient plus à cause d’un projet de loi visant à élargir le service militaire obligatoire aux femmes, jusqu’alors sollicitées à se porter volontaires. Pour les ultraorthodoxes, c’était une rupture du statu quo selon lequel l’armée devait être une institution juive, c’est-à-dire un espace où la nourriture est kasher et où le repos sabbatique est strictement respecté. Par conséquent et par définition, cette institution ne pouvait être mixte. Ben Gourion s’est donc rendu chez Avraham Kerlitz, le leader de ces communautés, considéré comme le plus grand érudit talmudique de son temps, dont l’autorité découlait de son statut et non d’un poste électif. Ben Gourion voulait discuter avec lui d’une question très pragmatique : comment des Juifs religieux et non religieux pourraient-ils vivre ensemble dans le nouvel État d’Israël ? La réponse d’Avraham Kerlitz, en forme de parabole, est entrée dans la légende. Si un wagon chargé croise le chemin d’un wagon vide, c’est le wagon vide qui doit céder le passage. Le sens était clair : le wagon chargé, c’est le judaïsme talmudique représenté par Kerlitz. Le vide, c’est la nouvelle manière d’être juif par le sionisme, c’est-à-dire en tant qu’existence politique nationale, républicaine et laïque, incarnée par Ben Gourion.

Le désaccord est profond, car les uns – les ultraorthodoxes – n’ont pas besoin de l’État d’Israël, ni d’un État quelconque même dirigé par eux, pour exister. On peut être juif sur une île déserte en mer du Sud à condition de construire deux synagogues : une pour prier et étudier, l’autre pour ne plus jamais y mettre les pieds ! En revanche, un Israélien – peu importe où il habite – ne peut pas exister sans l’État d’Israël et il est peu probable qu’une communauté israélienne en dehors d’Israël puisse survivre autant de générations qu’une communauté juive.

Ce désaccord fondamental est la raison pour laquelle Israël ne s’est toujours pas doté d’une constitution écrite. Il existe un ensemble de lois, d’institutions et de précédents qui forment un édifice constitutionnel. Les libertés occidentales se heurtent à l’identité juive de l’État d’Israël tout comme elles se heurtent à tout contenu positif quel qu’il soit. Dans leur essence, les libertés dressent un cadre, souvent au niveau de l’individu, mais ne peuvent pas le remplir. Dans le cadre d’une république laïque à la française, il est quasiment impossible d’imposer un cadre identitaire. Or, Ben Gourion et les sionistes laïcs et libéraux étaient nourris des mêmes idées et valeurs que les républicains français tout en voulant construire un tel cadre identitaire.

Une situation plus tenable

Ben Gourion, ses contemporains, ses successeurs ainsi que les leaders de l’orthodoxie n’ont pas trouvé une solution à la question des deux wagons. En revanche, des arrangements pragmatiques et provisoires – comme l’exemption – ont été élaborés. En octobre 1948, en pleine guerre, Ben Gourion a accordé à titre exceptionnel une exemption à 400 étudiants de Yeshiva considérés comme la crème de la crème, avec comme argument principal une volonté de reconstruire les Yeshiva de l’Europe de l’Est dispersés et détruits par les Nazis. 76 ans plus tard, le nombre de bénéficiaires avoisine les 60 000. La goutte qui aurait fait déborder le vase est sans doute la guerre qui fait rage depuis le 7 octobre. Cette guerre est non seulement longue mais elle exige l’emploi prolongé des nombreuses unités de l’armée de terre. L’armée des conscrits n’est pas suffisante et le fardeau tombe sur les réservistes, ceux-là mêmes qui, en tant que civils, sont supposés faire tourner l’État et l’économie. La situation risque de s’aggraver si un deuxième front s’ouvre dans le nord.

Pour faire face à l’urgence, le service obligatoire a déjà été allongé de 30 à 36 mois et une proposition de loi prévoit de prolonger d’un an l’âge de l’obligation de service de réserve pour tout le monde.

Dans ces circonstances, l’alliance politique soutenant l’exemption des ultraorthodoxes commence à céder. Ainsi, il n’y a pas, pour l’instant, de majorité en faveur d’une loi qui doterait Israël d’un cadre légal permettant de concilier l’égalité devant l’obligation de servir sous les drapeaux et la spécificité de la communauté ultraorthodoxe. Dans le contexte politique actuel, la question du service militaire fragilise les trois piliers (ultraorthodoxes, religieux nationaux, Likoud) de la coalition de Netanyahou, une coalition fondée sur leur intérêt commun de retirer à la cour constitutionnelle le droit d’invalider des lois (la « réforme constitutionnelle » lancée en janvier 2023 et mise de côté depuis la guerre). Or, après huit mois de conflit, certains religieux nationaux et membres du Likoud ne veulent plus fermer les yeux sur l’exemption des ultraorthodoxes.

Ainsi, la crise constitutionnelle rejoint la crise sécuritaire, imposant à l’ordre du jour israélien cette double question des frontières : les frontières physiques de l’État juif vers l’extérieur, et la définition et donc les frontières de l’identité juive, à l’intérieur, deux interrogations profondes et plus que jamais liées au cœur même de la Cité israélienne.

Soldes: Y’a plus d’saisons!

Les soldes ont démarré mercredi, mais plus personne ne semble vraiment s’en préoccuper.


Dans le grand tumulte de l’actualité marquée par les élections législatives, le Tour de France, le parcours de la flamme olympique ou encore les préparatifs des JO, les soldes d’été 2024 ont démarré ce mercredi 26 juin, en toute discrétion. Aux journaux télévisés, quelques minutes leur sont tout de même consacrées avec, au programme, les sempiternelles plaintes de commerçants quant au manque de fréquentation des magasins et l’indifférence des passants pour cet événement. On en viendrait presque à plaindre le pauvre journaliste qui a dû faire preuve de persévérance avant de recueillir le témoignage d’un client, souriant, les bras chargés de sacs, se félicitant des bonnes affaires de sa journée. Le moral des Français n’étant pas au beau fixe, il convient de finir le reportage sur une note positive et de nuancer un constat pourtant flagrant : les soldes ne font plus rêver personne, ni les commerçants, ni les clients !

Un désintérêt croissant

D’après l’enquête 2024[1] de l’Observatoire du Commerce Indépendant, huit Français sur dix affirment pourtant avoir changé leur manière de consommer, du fait de l’inflation et de l’augmentation des prix.  Ils sont ainsi plus de 50% à  attendre les périodes de promotion pour faire leurs achats et 36% à rechercher essentiellement des prix bas. Ce serait donc naturel, dans un tel état d’esprit, que les Français plébiscitent de nouveau les périodes de soldes et que celles-ci retrouvent leur gloire d’antan, mais il n’en est rien. Pire, leur désintérêt, qui ne date pas d’hier, semble s’accentuer chaque année ou plutôt chaque saison.

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Car, ne l’oublions pas, les soldes sont intrinsèquement liés aux saisons. Il s’agit pour les enseignes et marques de brader la collection d’été à la fin de l’été et la collection d’hiver à la fin de l’hiver. La logique est simple et paraît pleine de bon sens mais, dans la pratique, tout a changé. Les enseignes de fast-fashion ont rebattu les cartes en proposant non pas deux collections par an mais deux par mois en moyenne. À peine arrivée en rayon, chaque collection est déjà démodée et bradée pour laisser la place à une nouvelle. Ne parlons même pas des géants de l’ultrafast-fashion qui proposent plusieurs milliers de nouvelles références chaque jour ! Ces entreprises se justifient et se défendent en arguant qu’elles ne font que répondre à la demande des consommateurs, de plus en plus avides de nouveautés. Ceux-là mêmes qui s’offusquent de voir des chocolats de Pâques dans les rayons dès le mois de février se font capricieux quand il s’agit d’exiger des soldes avant même le démarrage de la saison. Les marques tentent de suivre l’infernale cadence et s’engagent désormais à livrer aux boutiques des maillots de bain dès le mois de janvier et des manteaux en laine en plein mois de juin. En début d’année, les agriculteurs retournaient les panneaux d’entrée des villes comme un message d’alerte. Les enseignes des magasins devraient subir le même sort car le constat est le même : on marche sur la tête.

Petites et grandes enseignes en désaccord sur l’évolution de la législation

Alors que M. Yann Rivoallan, président de la Fédération Française du Prêt-à-porter, accuse, sur France Info, la météo capricieuse de ces dernières semaines et le climat anxiogène des élections, peu propice à la consommation, M. Pierre Talamon, président de la FNH (Fédération Française de l’Habillement) intervient sur les chaînes nationales pour rappeler sa proposition visant à décaler les dates des soldes pour les reconnecter avec les saisons réelles. Si tous les acteurs du secteur s’accordent sur le fait que le concept de soldes doit être repensé, la législation à son sujet donne lieu à une éternelle confrontation entre les commerçants indépendants et les grandes enseignes dont les intérêts divergent. Est-il encore pertinent de se prétendre tous dans le même bateau lorsque certains voyagent en paquebot tandis que d’autres rament dans une barque ? Chaque année, le gouvernement profite de cette absence de consensus dans la profession pour s’abstenir de toute prise de décision[2].

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L’État français a certes le pouvoir de modifier les dates et la durée des périodes de soldes sur le territoire mais il serait naïf d’imaginer que la modification de ces paramètres soit suffisante pour inverser la tendance. Il est en effet impossible de légiférer sur les soldes sans réglementer, dans le même temps, les périodes de promotions intempestives qui ont lieu tout au long de l’année et dans lesquelles les soldes sont littéralement noyées. Au milieu de ces ventes privées, promotions de mi-saison, soldes flottants ou encore Black Friday, le commerçant se lamente et le client se perd, en plus d’en sortir souvent perdant. Il existe pourtant une directive européenne intitulée « Omnibus »[3], en vigueur depuis 2020 qui détermine des règles pour lutter contre la multiplication des promotions et celles injustement ainsi nommées, mais elle est, hélas, loin d’être appliquée en France de manière stricte. Comme dans bien d’autres domaines en France, la légifération se révèle toujours plus facile que l’application des lois déjà en vigueur.

Nous voilà donc partis pour quatre semaines de grande valse des étiquettes et, alors que la campagne électorale bat son plein pour les législatives, il est fort cocasse de constater que quand certains hésitent à s’acheter une nouvelle veste, d’autres se contentent, avec plus ou moins de discrétion, de retourner la leur.


[1] https://my.ankorstore.com/observatoireducommerceindependant

[2] https://fashionunited.fr/actualite/retail/olivia-gregoire-s-exprime-sur-le-debat-que-provoque-le-choix-des-dates-des-soldes-d-hiver-2024/2024011033941

[3] Directive (UE) 2019/2161 du parlement européen et du conseil du 27 Novembre 2019 – https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32019L2161

Alliance LR / RN: le pionnier Cédric Delapierre

Cédric Delapierre (RN-LR) se présente de nouveau dimanche dans la très disputée 8e circonscription de l’Hérault, entre Frontignan et Montpellier. Il avait rallié avec fracas le Rassemblement national lors des élections régionales de 2021.


Qui s’attendait à une dissolution de l’Assemblée nationale ? Pas grand monde en dehors d’Emmanuel Macron qui l’avait sûrement étudiée en amont. Les droites comme les gauches ont donc dû s’adapter à la nouvelle donne politique née du coup de poker tenté par l’Élysée. Le président des Républicains Éric Ciotti n’a pas tergiversé longtemps. Conscient de la faiblesse des Républicains, il a proposé au Rassemblement national une coalition électorale qui a été acceptée par Marine Le Pen et Jordan Bardella.

Reste qu’ils ont été nombreux au fil des ans à quitter le bateau des Républicains en perdition, tant pour aller chez Emmanuel Macron que chez Marine Le Pen, avalisant le fait que ce parti était empêtré dans des contradictions idéologiques difficilement supportables. Un sarkozyste historique tel que Jean-Paul Garraud avait ainsi fait le grand saut en 2019 au moment des précédentes élections européennes. Avant lui, des personnalités comme Philippe Martel, ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac, depuis décédé, ou encore Sébastien Chenu qui s’est si bien fondu dans le marinisme qu’on en oublierait presque son parcours politique initial.

Mais il y a aussi d’autres profils plus discrets qui ne sont pas arrivés sous les ors de la victoire mais ont débuté leur carrière au Rassemblement national par des défaites difficiles. C’est ainsi le cas de Cédric Delapierre, rallié non sans bruit au Rassemblement National lors des élections régionales de 2021 en Occitanie. Il avait pour l’occasion lancé une tribune d’une grande prescience avec le recul :

 « Il est temps de sortir du piège dans lequel François Mitterrand a enfermé la droite, temps de ne plus se laisser dicter notre conduite par ceux qui ont précipité notre pays dans les crises. Cette union régionale autour de Jean-Paul Garraud est un signe des temps. Face aux défis majeurs que nous affrontons, il est nécessaire de faire preuve de pragmatisme, ou nous resterons toujours aux marches du pouvoir. Nous avons assisté de l’intérieur à l’effondrement de nos partis respectifs, incapables de se réinventer et traversés par des luttes intestines irréconciliables. De la même manière que le Parti socialiste du congrès d’Epinay est mort de ses contradictions, la synthèse de l’UMP ne résiste plus aux réalités. Nous ne voulons pas nous placer, nous voulons gagner. »

Conseiller régional RN après avoir été secrétaire général du groupe des élus LR et UDI au conseil régional d’Occitanie, Cédric Delapierre a été candidat aux élections législatives de 2022 sur la huitième circonscription de l’Hérault, battu sur le fil de quelques centaines de voix face à un candidat LFI. Il va tenter dimanche prochain de l’emporter et s’affirme confiant : « Ce qui se passe me rappelle la vague bleue de 1993. La droite est de retour parce que les Français veulent enfin restaurer l’ordre dans leur pays ! »

Pierre Gentillet en campagne: de CNews aux routes du Cher

Nous avons suivi l’avocat Pierre Gentillet (RN) en campagne, dans le Cher. Dans sa circonscription, on lui réserve un bon accueil. Il faut dire que Marine Le Pen y a fait 50,8% à la présidentielle. Mais, certains lui reprochent d’être parachuté.


Il est comme ça, Pierre Gentillet. Un peu brut de décoffrage, même quand il s’agit d’attirer le chaland. Quand il donne des tracts aux badauds et assure qu’il a « besoin d’eux pour gagner », il ponctue l’échange d’assez sévères injonctions. « Vous croyez peut-être que je vais y arriver tout seul, hein ? ».

Ses amis diraient qu’il manque un peu d’urbanité… Tant mieux : l’avocat parisien fait campagne dans la ruralité. 

Faibles densités de population obligent, les échanges de ce type ne sont pas si fréquents : il faut ici chercher l’électeur, avec la même persévérance qu’un taxidermiste qui attend le client. Les 41 habitants au km2 font du Cher un département très rural. La 3e circonscription, où se présente Monsieur Gentillet, fait partie de ce que les géographes appellent l’hyper ruralité, à l’exception d’un morceau de la ville de Bourges qui lui est rattachée. C’est un territoire qui décroche un peu, où la population vieillit, où l’on se plaint du difficile accès aux services publics, et où déclinent l’activité agricole et… l’envie d’y vieillir. 

Nos cafés, derniers lieux de sociabilisation de la France périphérique

Autant dire qu’en dehors des jours de marché, on se sent un peu seuls. Lors du boitage, l’équipe de campagne bute en outre souvent sur des mansardes abandonnées ou des résidences secondaires. Sur la départementale, on parle d’embouteillage si jamais l’on croise une voiture toutes les 20 minutes ! Dans les ruelles des villages, à moitié vides, on finit par chatouiller les chats quand on a terminé de faire coucou aux mamies aux fenêtres. En quête de sociabilité, le candidat s’est fixé un objectif : « visiter tous les cafés de la circonscription ». Cafés dont il entend d’ailleurs favoriser la prolifération, car « car ce sont des lieux de vie ».

Toujours à rebours des recommandations sanitaires qui déconseillent l’abus d’alcool et ne voient jamais d’un mauvais œil la fermeture des débits de boisson, Maitre Gentillet s’était déjà fait connaître des téléspectateurs de CNews ou de Cyril Hanouna pendant la crise du Covid en devenant une des figures de l’opposition au confinement et aux mesures sanitaires du gouvernement. Ce n’est pas un novice en politique. Ami de longue date de Jordan Bardella, son mentor Thierry Mariani l’emportait pour ses safaris diplomatiques jusqu’en Crimée et en Syrie où il a notamment rencontré Bachar Al-Assad. 

Sur le terrain, il peut tester sa notoriété et sa popularité. Une voiture s’arrête et une vitre se baisse. Un bon Berrichon lui envoie du « On les aura ! » A Saint-Amand-Montrond, un habitué du bar louche un peu, en regardant le candidat entrer dans l’établissement où il est installé. C’est qu’ici la TV est tout le temps branchée sur la 16, sur laquelle Maitre Gentillet officiait encore il y a peu. La réalité dépasse la fiction ! 

Sur les marchés, Pierre Gentillet se présente en enfant du pays. Pourtant ses adversaires sont unanimes à dénoncer un « parachutage ». DR.

Les parachutés partent pour l’aventure 

Présenté comme un parachuté, Pierre Gentillet n’est pourtant pas étranger à cette province, du moins dans ses frontières d’Ancien Régime. Berrichon de l’Indre et non du Cher, il s’est notamment illustré dans son opposition à l’installation du CADA de Bélâbre, à 80 km d’ici.  

« Ah le pâté de Pâques de ma grand-mère », « Excellent, le Chateaumeillant »… s’enflamme, en connaisseur du terroir, ce jeune homme de province monté à Paris. Le côté tout feu tout flamme du candidat oblige ses adversaires à se positionner en élus de terrain. La candidate de la LFI, Emma Moreira, jeune étudiante de 21 ans, plutôt avenante, dénonce ce venu-d’ailleurs et dit le pays « gangréné » par les maisons de campagne des « Parisiens », lesquels ne seraient « pas très appréciés » dans son bon Berry. Rencontré sur le marché, le député sortant Loïc Kervran (Horizons) assure lui que la manœuvre partisane ne passera pas : « Je connais des électeurs de Jordan Bardella. Ils refusent ce parachutage et sont dégoûtés par ces manœuvres. Beaucoup d’électeurs reconnaissent le travail que nous avons mené pour le maintien du service public en zone rurale. » Elu d’un territoire ultra périphérique, Monsieur Kervran s’est effectivement illustré par une proposition de loi sur le maintien des écoles en zone rurale.

La candidate LFI Emma Moreira dénonce les « résidences secondaires des parisiens » dont son adversaire du RN, « parachuté », serait le représentant. DR.

Quel accueil réserve le terrain au « parachuté » ? Ajouté aux 50.8% de Marine Le Pen dans la circonscription et à la dynamique de campagne, le côté vu à la TV du candidat joue ici à plein, et l’accueil est excellent. Le chroniqueur a vite appris le métier de candidat : il a l’enthousiasme facile, s’étonne de la hauteur des arbres, de l’épaisseur des récoltes, de la générosité du service au bar quand le tavernier remplit les verres à ras bord… Il y a bien sûr quelques résistances : « Je vote RN à la présidentielle, mais vous, je ne vous connais pas, alors que Loïc Kervran, lui, a été présent », raisonne un élu municipal venu porter la contradiction sur le comptoir du zinc. Pour le reste, les autochtones applaudissent ses flots d’éloquence comme ses diatribes sur l’impuissance de l’Etat et autres prophéties sur le retour de l’autorité en politique. La candidate LR, Bénédicte de Choulot, si elle fait valoir son travail d’élue locale et dénonce le centralisme parisien, reconnait qu’aucun électeur ne se plaint auprès d’elle de ce parachutage en réalité.

Pierre Gentillet visite les foires du pays avec son équipe. Il écoute poliment l’électeur et l’abreuve parfois d’emphase politique autour du programme de l’Union nationale. DR.

Lyrisme berrichon 

Rarement concret, pas toujours flatteur et mielleux auprès des électeurs, M. Gentillet est plutôt lyrique. Naturel jusque dans ses artifices, si l’on veut, il se présente finalement tel qu’il est : un avocat bouillonnant, féru d’abstractions, avec un cerveau qui émet 10 idées à la minute et qui avale toutes les fiches qu’on lui adresse avant chaque rendez-vous ou prise de parole. Son ambition, certes non dissimulée, repose sur de solides références idéologiques qui déjà le distinguent. Pierre Gentillet doit d’ailleurs sa notoriété télévisuelle à cette faculté d’assertion, et à une identité politique moins lisse que de nombreux cadres et candidats du RN. 

La campagne a aussi ses pauses. À midi, le programme s’arrête pour bavarder avec un notable du département sur la popote politique pendant qu’on sert celle de la brasserie du coin. On parle de tout : des médecins qui manquent, des commerçants qui râlent, des jeunes qui s’en vont, du patois qu’on ne parle plus depuis la guerre… On fait aussi le tour de la faune journalistique de la PQR, ou de la flore politique municipale, au sein desquels le jeune candidat aurait beaucoup d’ennemis mais aussi quelques soutiens discrets. « L’argument du parachutage ne tient pas du tout, la question que tout le monde se pose, c’est : est-ce que je me battrai pour vous ou pas ? » On peut bien lui reprocher d’être né à l’autre bout du Berry, mais Pierre Gentillet arrive au moins à convaincre qu’il est un candidat combatif.

Giulia Foïs s’exhibe sur une affiche du Nouveau Front Populaire? La direction de France Inter ne voit apparemment pas où est le problème…

Il paraît que Jean-François Achilli s’inquiète beaucoup pour la chroniqueuse… Bénéficie-t-elle d’un statut à part ?


Giulia Foïs est journaliste, productrice et autrice. Elle officie entre autres sur la radio publique. Le féminisme bas de gamme et les théories délirantes sur le genre étant à la portée de tout le monde, cette animatrice woke a décidé d’en faire ses sujets de prédilection. Les féministes les plus averties ont nourri ses réflexions sur le « systémisme du patriarcat », confie-t-elle sur Louie Media. Elle faisait partie du jury de feu le magazine Causette lorsque celui-ci a décerné son prix du meilleur essai féministe à… Alice Coffin. Sur France Inter, elle a animé Pas son genre, émission grâce à laquelle les auditeurs apprirent, entre autres choses stupéfiantes, que « le féminisme c’est la théorie, le lesbianisme, la pratique », que les femmes doivent « s’autoriser à se passer des hommes, dans leurs têtes comme dans leurs lits », que « les hommes ne sont plus qu’une option, parmi d’autres. » Elle admire Judith Butler et Virginie Despentes. Caroline De Haas l’inspire. Depuis deux ans, elle anime, toujours sur France Inter, un programme hebdomadaire intitulé En marge.

Amine El Khatmi ne sera pas invité tout de suite dans son émission

Le 22 juin, lors de la dernière émission de la saison – émission consacrée à… « un pays imaginaire, la Matriarcate » – Giulia Foïs a reçu une autre autrice, Typhaine D[1], une penseuse de sa trempe qui a inventé une langue supposément émancipatrice, un charabia – en gros, elle ajoute des « e » un peu partout pour « féminiser la langue » – avec lequel elle a écrit Contes à rebours, une pièce qu’elle jouera cet été au Festival (de plus en plus woke) d’Avignon : « C’est une réécriture féministe des contes de fées », commence àexpliquer la penseuse en question avant de se mettre à planer complètement : « J’ai voulu commencer par la première phrase qui est… Il était une fois. Et là, je me suis dit, mais qui est ce “il”, ce mec qui veut commencer mon livre et qui veut parader en tête ? Et je me suis dit : mais comment puis-je faire un livre qui m’émancipe avec une grammaire qui m’opprime, qui me rappelle à chaque phrase que les femmes sont quantité négligeable ou sont invisibles. » Giulia Foïs n’a pas cru bon de faire remarquer à son invitée que le « il » de « il était une fois » ne désigne en aucun cas un « mec » mais forme avec le verbe être ce qu’on appelle une locution impersonnelle – en clair, dans le cas présent, le pronom « il » ne représente rien ni personne. Deux possibilités : 1) L’empathique Giulia Foïs n’a pas voulu mettre dans l’embarras son hôte inculte. 2) Elle-même ignore l’existence de ces formes impersonnelles et croit, comme Typhaine D, que « il pleut » est une expression masculiniste et patriarcale. Vu le niveau intellectuel de la dame, je crains malheureusement que…

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On l’aura compris, Giulia Foïs est une journaliste qui a su se plier à toutes les orthodoxies progressistes du moment, le néo-féminisme, le LGBTisme, le wokisme en général. Attirée depuis toujours par l’extrême gauche, elle a signé en 2022 un appel à voter Jean-Luc Mélenchon. Il y a quelques jours, une affiche du Nouveau Front Populaire annonçait sa venue à un meeting devant se tenir à Lyon. La même photo que celle illustrant son émission radiophonique sur le site de France Inter était reprise sur l’affiche politique. Étant donné la tendance gauchiste et la propagande sans limite contre « l’extrême droite » dans les médias publics, Giulia Foïs a vraisemblablement pensé que cela allait passer crème. Mais certaines personnalités, dont le fondateur du Printemps républicain, Amine El Khatmi, ont immédiatement fait le rapprochement avec le cas du journaliste Jean-François Achilli. La direction de France Info a en effet récemment licencié ce dernier pour une « faute grave », une rencontre avec Jordan Bardella dans le cadre d’une potentielle participation à l’écriture d’une autobiographie de l’homme politique, participation que le journaliste avait déclinée. Évoquant le code de déontologie des journalistes de Radio France, Jean-Philippe Baille, directeur de ladite radio, a expliqué : « Nous étions dans l’obligation de réagir. Ces règles sont là pour protéger l’éthique de notre profession, garantir l’indépendance de nos journalistes et conserver la confiance des Français dans leur service public. » Giulia Foïs jouit apparemment d’un statut à part.

Encore un coup de la fachosphère !

De plus, il semblerait bien qu’elle ait été surtout victime de la fachosphère. Les plus fins limiers de Libération en matière de « vérification de l’information » (ou CheckNews) ont diligenté une enquête afin de sauver le soldat Foïs. Le pot aux roses est enfin dévoilé : la journaliste aurait fait « l’objet d’attaques en ligne, en grande partie venue de l’extrême droite ». « Les médias de la bollosphère, agissant comme de coutume de concert, se [seraient] jetés sur “l’affaire”, dénonçant la collusion entre l’audiovisuel public et la gauche » – collusion qui relève de l’imaginaire, comme chacun sait. Les vigilants enquêteurs de Libé ont contacté Giulia Foïs qui avait prévu, leur a-t-elle expliqué, d’intervenir lors de ce meeting pour « défendre les droits des femmes et des enfants » en mettant en exergue son expérience personnelle et celle de son fils « en situation de handicap ». Car Giulia Foïs a peur : « On sait ce que fait l’extrême droite au handicap et aux handicapés et à tout ce qui sort de la norme. On sait ce que le RN promet pour les femmes aussi, donc quand l’heure est si grave, j’y vais avec mon cœur, j’y vais avec mes tripes. »

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Giulia Foïs a finalement renoncé à sa venue au meeting du NFP. Toutefois, Libé a eu connaissance du texte que la journaliste comptait lire lors de cette réunion. Une critique de la détérioration du débat public et de l’ascension de l’extrême droite en constituait, parait-il, l’essentiel. Mais, affirme la journaliste, cela ne relevait d’aucun militantisme. Elle voulait seulement  « souligner la nécessité d’un monde plus inclusif » et déplorer qu’on ait « réussi à faire croire que le RN est un parti comme les autres ». Mélange désolant d’arrogance et de naïveté.

Elle espère maintenant « voir la presse tout entière vent debout contre cette menace que représente l’extrême droite ». Il a visiblement échappé à Giulia Foïs que la « presse tout entière » (ou presque) n’a pas attendu son injonction pour pilonner la propagande des castors. France Inter, la radio qui l’emploie, n’est pas la dernière à promouvoir, plus ou moins subtilement, le fameux « barrage républicain » contre le RN. Raison pour laquelle, au contraire de Jean-François Achilli, Giulia Foïs n’a rien à craindre. D’ailleurs, dit-elle à Libé, elle a eu avec la direction de la radio des échanges « assez doux » qui ne laissent présager aucune sanction, même minime.

Giulia Foïs attend maintenant les résultats des élections la peur au ventre. Les heures sombres vont-elles s’abattre définitivement sur la France ? La bête immonde est-elle de retour, prête à dévorer les handicapés et les femmes ? Et, surtout, le contrat de Mme Foïs avec France Inter sera-t-il renouvelé à la rentrée ? Questions effrayantes. Réponses dans un peu plus de dix jours.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] J’ai consacré à cette créature étrange un papier paru le 20 mai 2020 dans ces colonnes.

Des élections sous le prisme de l’antisémitisme

A trois jours du premier tour des élections législatives, trois grands blocs se distinguent, et le RN fait la course en tête. Alors que l’extrême gauche avait bataillé aux européennes en parlant beaucoup de Gaza, la courte campagne de ce nouveau scrutin a été dominée par des débats houleux sur l’antisémitisme supposé des uns et des autres. L’analyse politique de Richard Prasquier.


Ces journées d’avant le vote ont été marquées par le viol, le 15 juin, par des garçons de son âge, d’une petite fille juive de 12 ans à Courbevoie. Il suffit de lire le témoignage des parents de l’enfant pour comprendre l’antisémitisme en France. Elle se sentait tellement mise à l’écart du fait de son judaïsme qu’elle avait prétendu qu’elle était musulmane, la découverte du mensonge aurait été la cause du viol. On sait l’augmentation de la violence chez les très jeunes et les carences de notre système judiciaire et éducatif à cet égard. Mais il n’est pas sûr qu’on pose une autre question: ces garçons ont-ils déjà été imprégnés par le discours islamiste, tel qu’il a été mis en pratique par le Hamas le 7 octobre, suivant lequel une femme koufar, autrement dit non-musulmane, et considérée comme ennemie, est un objet de viol parfaitement légitime? Rappelons-nous le calvaire des femmes yezidies aux mains de Daech.

Résidus d’antisémitisme

Dans un communiqué une semaine après, les dirigeants du nouveau Front populaire décrivent ce viol comme une abomination, et ne manquent pas de dénoncer « une odieuse campagne de diffamation menée par une macronie en déroute ». Mais, LFI  n’a pas voulu signer la charte contre l’antisémitisme proposée par Raphaël Glucksmann ! Deux de ses membres avaient donné leur avis sur le viol de Courbevoie. Aymeric Caron trouvait qu’on en parlait trop alors qu’en février on n’avait pas réagi à l’assassinat d’une jeune femme Rom. Il oublie que lui-même n’avait rien dit à l’époque. Sans commentaires… Mais Jean-Luc Mélenchon aussi s’est exprimé. Lui qui avait prétendu que l’antisémitisme était « résiduel » en France se dit « horrifié » et dénonce même l’antisémitisme. Donc tout va bien… Mais lisons mieux, car chez Mélenchon chaque mot compte. D’abord, il fustige le « conditionnement des comportements masculins criminels dès le jeune âge », clin d’œil assez ridicule pour le féminisme woke. Ensuite au lieu d’antisémitisme, il écrit « racisme antisémite ». Or l’antisémitisme des violeurs n’est pas un antisémitisme raciste. Les convertis d’origine européenne, comme semble l’être au moins un des garçons, sont bien acceptés dans l’islam radical et sont souvent au premier rang en matière d’extrémisme. Pourquoi alors le mot « racisme » accolé à antisémite? Pour prétendre que l’antisémitisme n’est qu’une forme de racisme. Or le racisme a toujours été d’extrême droite. Mais il n’en est pas de même de l’antisémitisme. Olivier Faure qui le déclarait a reçu un zéro pointé de la part du grand historien Michel Winock. De Toussenel et Proudhon à Maurice Thorez qui parlait des doigts crochus de Léon Blum, l’antisémitisme de gauche a en France une longue histoire.

Quant au communiqué commun du Nouveau Front Populaire il reprend la triade devenue classique: racisme, antisémitisme, islamophobie. Autre escroquerie intellectuelle, car l’islam est une religion et la critique des religions est une liberté garantie dans la loi de séparation de l’Église et de l’État.

Une tribune hallucinante dans Le Monde

Il faut mesurer les conséquences de cette démission de la laïcité. Lorsqu’une candidate LFI prétend qu’on ne doit pas critiquer un musulman qui s’en prend aux homosexuels par obéissance à une injonction religieuse, on voit les conclusions à en tirer pour les Juifs. Comme le caillou antisémite ne sort pas de la chaussure du Nouveau Front Populaire même s’il y a dans ses rangs une majorité de militants irréprochables, un récent article distingue deux types d’antisémitisme. L’un est ontologique, celui de l’extrême droite. L’autre, celui de gauche, n’est que contextuel, donc moins grave. En suivant ce raisonnement hallucinant, il faudrait excuser René Bousquet qui, préfet radical socialiste, n’avait prononcé avant-guerre aucune parole antisémite et a eu à Vichy le comportement « contextuel » que l’on sait, mais blâmer la Juste polonaise Sofia Kossak Szucka, écrivain antisémite d’extrême droite, qui a fondé Zegota, une organisation dédiée au sauvetage des Juifs. Sans commentaires non plus…

Le RN drague le vote communautaire juif

Des électeurs juifs veulent voter dès le premier tour pour le Rassemblement national. Ils sont exaspérés par les injonctions condescendantes et hostiles envers Israël. Ils constatent l’impuissance face à l’antisémitisme et la résignation face à l’islamisme et écoutent les promesses du Rassemblement national. Je comprends ces électeurs, mais je pense qu’ils ont tort. On est loin des plaisanteries abjectes du père, mais toutes les études montrent que le racisme et l’antisémitisme restent élevés chez les militants du RN. Or le sionisme fondateur de Herzl, issu des Lumières et dont je me revendique, est consubstantiellement attaché à la notion d’égalité intrinsèque entre les êtres humains. C’est le cadre des partis de l’arc républicain classique. Ils ont toujours défendu ces valeurs qui m’importent. Quelles que soient nos déceptions et nos colères devant les complaisances et l’aveuglement que nous constatons parfois, nous ne devons pas nous mettre à la remorque d’un parti d’où les relents xénophobes et antisémites ne sont pas encore extirpés. Ce qui n’empêche pas de saluer son évolution, dont témoigne l’impeccable tribune de Marine Le Pen dans Le Figaro, où elle prend des engagements forts sur l’antisémitisme et la mémoire de la Shoah.

À lire aussi : Mélenchon et la Terreur

Des sondages montrent que le RN pourrait obtenir la majorité absolue. Outre mon scepticisme sur le programme économique du Rassemblement national, je tire une raison supplémentaire de ne pas voter pour lui d’une hypothèse sur les objectifs réels de Mélenchon. Il sait qu’il ne deviendra pas chef du gouvernement à l’issue du scrutin. De fait, la seule place qui l’intéresse vraiment, c’est la première mais il sait aussi qu’il n’y arrivera pas par une procédure régulière tant il a généré d’hostilité à son encontre. Son meilleur allié, c’est le chaos. Pour cela, il tirerait bénéfice d’une majorité absolue du Rassemblement national.

Un gouvernement mis en place dans une atmosphère exceptionnellement tendue, l’inexpérience des dirigeants, l’échec économique prévisible, les mesures impopulaires prises en réaction, tout serait en place pour une explosion sociale. Dans cette situation, Mélenchon pense que son parti, parce qu’il compte des militants déterminés et qu’il peut mieux mobiliser des masses humaines que les autres, prendrait le pouvoir. Il reste au fond un lambertiste, admirateur de Lénine, qui a mis en pratique le concept du groupe d’avant-garde de révolutionnaires professionnels. Les institutions de la Ve république seraient abolies et il pourrait enfin enfiler le costume de Chavez, son héros. La meilleure façon d’éviter cette évolution dramatique et d’éviter un face-à-face destructeur, c’est de renforcer les partis modérés. Ce doit être notre objectif dimanche prochain.

Flash-back sur une dissolution désinvolte…

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Le président Macron dissout l'Assemblée nationale en direct. Paris, le 9 juin 2024. © Alain ROBERT/SIPA

Les architectes de la Constitution de la Ve ont confié le pouvoir de dissoudre aux mains du président de la République, pour lui permettre de résoudre une crise politique, pas pour en provoquer ! La dissolution de l’Assemblée nationale sera-t-elle la dernière décision « disruptive » d’un président épris de transgression ?


Sur BFMTV, François Hollande reproche à Emmanuel Macron de « n’avoir pas tenu sa place ». Je ne suis pas sûr que lui-même l’ait fait en s’acoquinant avec un Nouveau Front Populaire (NFP) dominé par La France Insoumise, elle-même largement sous la coupe de Jean-Luc Mélenchon dont il avait sans cesse dénoncé la nuisance. Nous avons perdu nos dernières illusions sur l’ancien président. Interrogeons-nous sur la décision de l’actuel de dissoudre l’Assemblée nationale et sur les raisons profondes qui l’ont inspiré.

Le président et les pantins désarticulés

J’ai déjà évoqué le caractère ludique de la complicité unissant un petit cercle ne prenant pas la politique au tragique. Surtout quand elle l’est ou risque de l’être. Le psychanalyste Jean-Pierre Winter nous fournit une autre clé de ce comportement, qui relève de la seule personnalité et responsabilité du président de la République. L’homme public comme l’individu privé seraient, dans l’ensemble de leur histoire, aussi bien dans les choix intimes que dans les options politiques, épris de transgression. Cette volonté permanente de surprendre est facilement vérifiable et a conduit Emmanuel Macron d’une part à fuir l’ordinaire au bénéfice de l’inattendu, jusqu’à l’incongru, et d’autre part à considérer que ce qui surgit de son esprit et de ses desseins les plus secrets est forcément frappé du sceau de l’exceptionnel. Tout ce qui est normal, comme l’expression d’une opinion et d’un bon sens partagés par beaucoup, lui est radicalement étranger. J’étonne et je déroute donc je suis.

A lire aussi, Vincent Coussedière: «Le RN a des candidats qui ne correspondent pas à la caricature qu’on en fait depuis des années»

Ainsi cette dissolution survenant comme un bouleversement absolu sur tous les plans et tétanisant même ses soutiens les plus inconditionnels, a-t-elle procuré à Emmanuel Macron ce dont il raffole le plus : stupéfier son entourage, reprendre la main fût-ce par une absurdité tactique. En jouissant de la volupté de son décret solitaire, impérieux et évidemment transgressif.

Larcher et Attal dépassés par les évènements

Il est en effet choquant que la décision de dissoudre, qui imposait au président, pour être prise valablement, une consultation du Premier ministre, du président du Sénat et de la présidente de l’Assemblée nationale, ait été édictée par Emmanuel Macron, Gabriel Attal ayant été laissé de côté, après une information précipitée et de pure forme sans que la moindre contradiction ait pu lui être proposée. La suite a démontré que ces hautes autorités ont très mal vécu cet épisode de totale désinvolture. Gérard Larcher a reproché au président de « ratatiner la démocratie ». Le Conseil constitutionnel a été saisi d’un recours visant cette entorse à l’article 12 de la Constitution. Il a considéré qu’il n’avait pas compétence pour l’apprécier. 

Ces dispositions psychologiques et cette légèreté constitutionnelle sont l’une des explications du climat actuel. Avec ce président mal aimé, peut-être comme aucun avant lui.

Binationalité, un débat politique légitime

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Lors d'un débat sur TF1, le Premier ministre Gabriel Attal a reproché à Jordan Bardella d'avoir une collaboratrice franco-russe au parlement européen, 25 juin 2024 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

La France n’a pas que des amis, rappelle Céline Pina


En France, la proposition d’interdire la binationalité pour l’occupation des postes de représentation politique ou certains postes stratégiques fait scandale. Pourtant cette proposition est tout à fait cohérente et est loin d’être un marqueur de xénophobie. Elle est au contraire liée à une haute idée des exigences de la démocratie et du devoir du citoyen.

D’ailleurs, nombre de démocraties proches de nous interdisent ou limitent la double nationalité. C’est le cas de l’Ukraine, des Pays-Bas, de l’Autriche, de l’Estonie, de la Bulgarie, de l’Espagne, de la Norvège, de la Lettonie et la Lituanie, ou encore de l’Allemagne…

Ces interdictions ou limitations ne sont pas la marque de la xénophobie mais une exigence de clarté dans l’engagement citoyen. Etre français, ce n’est pas une créance permettant de tirer des avantages financiers et sociaux de sa nationalité. La citoyenneté est, en Occident, un engagement civilisationnel.

Nos appartenances ne sont pas basées sur la religion ou l’ethnie mais sur le partage de principes et idéaux qui se traduisent en droit. Ces principes et idéaux sont l’armature de notre société et ils se traduisent très concrètement : c’est l’affirmation de l’égalité en droit au-delà des différences de sexe, race, religion ou philosophie, c’est la défense des libertés publiques, c’est la laïcité. Etre citoyen c’est adhérer à ces principes et travailler à leur effectivité et à leur garantie.

Double fidélité

Le peut-on quand la double nationalité vous amène à appartenir à des sphères politiques dont les valeurs sont frontalement opposées ?

Autre point, que se passe-t-il en cas de guerre quand vous appartenez à deux univers qui s’affrontent. Où va votre loyauté ? À qui et à quoi êtes-vous fidèles ? Quels principes et idéaux allez-vous servir? Qui allez-vous protéger, pour qui irez-vous combattre ?

Dans le premier cas, que défend quelqu’un qui est binational et appartient à un pays européen et à un pays musulman par exemple ? Dans ces pays, l’égalité en droit n’existe pas, elle est refusée à raison du sexe (infériorisation des femmes) et de la religion (statut de sous-citoyen via la dhimmisation). Cette personne croit-elle en l’égalité entre les êtres humains ou est-elle favorable à la domination d’un sexe sur l’autre ? Portera-t-elle haut les libertés publiques ou les sapera-t-elle pour faire prévaloir son dogme religieux ? Que défendra-t-elle si elle arrive au pouvoir ?

La question n’est pas absurde. En Belgique, où les islamistes ont infiltré les partis politiques de gauche, des coups sont portés contre l’État de droit pour favoriser la logique de la charia, ces nouveaux élus n’ayant aucun lien avec la culture démocratique et servant l’idéologie islamiste. Là, l’entrisme est manifeste, mais il n’en reste pas moins qu’une personne ayant fait allégeance à des systèmes contradictoires et opposés ne puisse incarner l’intérêt général : elle n’est pas claire dans son système de valeurs, ambiguë dans ses engagements, en contradiction flagrante dans ses allégeances, elle ne peut donc représenter personne. Dans le cas d’un ministre ou d’un député par exemple, cet aspect de la problématique est déterminant.

A lire aussi, du même auteur: Les castors, Macron et l’amour du risque

Regardons ce qui se passe concrètement avec le cas Rima Hassan. Cette femme ne représente pas les Français mais est là pour porter la voix de la Palestine, version Hamas. Elle le dit très clairement et se présente elle-même comme l’incarnation d’un lobby étranger. Elle est de surcroit en lien avec des représentants du terrorisme islamiste. En quoi est-elle légitime pour représenter notre pays? Et en cas de tensions avec le Hezbollah, la Syrie, le Hamas, de quel pays, territoire ou idéal défendrait-elle les intérêts ? Certes, tous les élus ne sont pas comme cette personne, mais le doute que cette double fidélité implique et les tensions qu’elles génèrent sont problématiques.

Lorsque les systèmes convergent et que les principes et idéaux organisant les sociétés se rapprochent, la double appartenance est possible. Mais l’évolution du monde va dans le sens inverse: la logique impérialiste se réveille et la conquête territoriale revient. Le totalitarisme islamiste remet au goût du jour les massacres de masse et les tentatives de déstabilisation des démocraties. Guerre, totalitarisme et terrorisme reviennent en Europe. Les démocraties sont attaquées et une partie de la menace est liée à la puissance des islamistes au cœur des pays européens. Cette menace est endogène, comme l’ont montré la nationalité des auteurs d’attentats. L’impossibilité d’appartenir à deux mondes et à deux espaces de références antagonistes a éclaté au grand jour et a été révélée dans le violent rejet que manifestent les jihadistes et partisans du séparatisme pour le pays dont ils ne considèrent pas comme « d’origine ».

La France n’a pas que des amis

Dans ce cadre, on ne voit guère comment continuer à faire semblant de croire que la double nationalité n’est pas un problème. Surtout quand les tensions s’accroissent tandis que les antagonismes montent.

algerie pierre vermeren bouteflika
Supporters de l’équipe d’Algérie de football, Paris, juillet 2019. Auteurs : Bastien Louvet/SIPA.

Prenons un cas très concret : l’Algérie. Le pays cultive la haine de la France chez ses ressortissants. C’est même un mode de gestion de sa vie politique intérieure. La France est accusée de tous les maux afin de faire oublier la corruption et l’incapacité des élites algériennes comme leur échec à développer un pays pourtant plein d’atouts. Le ressentiment à l’égard de la France devient une caractéristique de cette population. Dans le même temps, chez beaucoup de ressortissants maghrébins, la France est dénigrée et « Français » est même devenu une insulte dans les quartiers islamisés ! En parallèle, l’appartenance aux origines est exaltée. À qui ira dans ce cadre la fidélité d’un Franco-algérien en cas de crise ou d’affrontement ? Comment donner un pouvoir de représentation à des personnes qui pourraient très vite se retrouver en conflit de loyauté au mieux, incapables d’incarner les fondamentaux de ce que nous sommes en tant que peuple au pire ?

Ces questions ne sont pas anecdotiques, elles sont au cœur de nos sociétés politiques. Les traiter par le sentimentalisme, en mode « on me demande de choisir, donc je me sens rejetée dans mon être intime » relève de la victimisation simplette. Les évacuer car elles seraient « amorales » ou « racistes » relève de la manipulation pure. Le débat sur la limitation de la double nationalité est un débat de fond, légitime et il mérite d’être posé.


Elisabeth Lévy : « Devenir français est un privilège. Il n’est pas scandaleux qu’il ait un prix »

«Le RN a des candidats qui ne correspondent pas à la caricature qu’on en fait depuis des années»

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Vincent Coussedière. DR.

On a connu Vincent Coussedière comme penseur ou philosophe nous parlant des thèmes du populisme, de la nation ou de l’assimilation dans des essais ou dans les colonnes des journaux. Le voilà candidat à la députation en Alsace. Entretien.


Causeur. Dans une tribune publiée récemment par Valeurs actuelles, vous estimez qu’en prononçant la dissolution de l’Assemblée, Emmanuel Macron a fait voler en éclat une opposition artificielle entre les questions nationales et les questions européennes. En somme, observant les résultats le 9 juin, le président aurait constaté que les citoyens français voulaient que l’on cesse de parler de cette Europe un peu abstraite, et qu’on en revienne aux questions plus strictement nationales ? A-t-il bien fait de redonner la parole au peuple, selon vous?

Vincent Coussedière. Concernant la situation du président, je ne suis pas sûr que redonner la parole au peuple aboutisse à ce qu’il aurait voulu…

La macronie s’est embourbée dans des contradictions terribles. Cette séparation entre les questions nationales et européennes durant la campagne n’avait aucun sens. L’Europe est faite par des nations, par des traités, et donc parler des questions européennes, c’est parler des questions nationales, et inversement, non ? En faisant cette dissolution, Macron se contredit complètement, il dramatise le sens national du scrutin alors qu’il nous disait qu’il ne fallait surtout pas le faire !

La logique institutionnelle ne le forçait pas du tout à dissoudre. Emmanuel Macron aurait pu le faire éventuellement à l’automne, il n’y avait rien qui l’obligeait à le faire maintenant.

De son côté, en réclamant la dissolution, le RN était dans sa propre logique d’opposition, d’alternative véritable. Emmanuel Macron a voulu renverser la table. Il a voulu piéger le RN, en  disant : vous avez fait monter la pression, vous allez voir, vous n’êtes pas prêts, vous ne serez pas capables de gouverner et de vous organiser à temps, et donc je vais vous prendre au mot, etc. Du Macron tout craché !

Il y a aussi des observateurs qui disent qu’il en avait surtout assez d’avoir une majorité relative, et qu’il tente un coup de poker. « La France à quitte ou double » titrait Le Point.

Certes, mais c’est bien cela qui est très inquiétant. C’est la politique de la terre brûlée ! Après moi, le déluge ! Nos journaux sont pleins de rumeurs sur les gens qui travaillent autour du président. Et je pense qu’effectivement, ça se passe vraiment très mal, que c’est très difficile pour eux. Il y a des tensions énormes dans le camp présidentiel, Emmanuel Macron a pris tout le monde au dépourvu autour de lui. Bardella, de son côté, semble beaucoup plus cohérent. Il dit qu’il acceptera d’être Premier ministre, mais seulement avec une majorité absolue…

Pour aller dans votre sens, d’éminents membres de la majorité, comme l’ancienne Première ministre Elisabeth Borne, estiment qu’en effet, le président pouvait très bien gouverner. La preuve, c’est qu’il y a des textes importants qui ont pu être votés, comme la réforme des retraites, la loi immigration, le budget…

Absolument.

Est-ce qu’il n’y aurait pas alors une explication plus psychologique, irrationnelle, dans le choix de dissoudre ? Un affolement ? Une « fuite en avant » comme disent les psys ou la presse féminine?

Je dirais qu’il y a une explication à la fois psychologique et idéologique.

Psychologique, d’abord, parce que chez Emmanuel Macron, il y a toujours eu ce côté « poker », joueur, recherche de la limite. Mais il y a aussi le côté idéologique, c’est-à-dire que le président entend pousser jusqu’au bout la logique de la montée aux extrêmes, quitte à mettre le pays dans une forme de chaos.

Quoi qu’il en soit, après vous avoir connu comme penseur, comme philosophe parlant des thèmes du populisme, de la nation ou de l’assimilation dans vos essais ou dans les colonnes des journaux, vous voilà candidat ! Qu’est ce qui a motivé votre choix de vous engager politiquement ?

C’est une évolution qui remonte à quelques années. Le Rassemblement national m’invite depuis longtemps à des conférences. Je fais partie par ailleurs de Campus Héméra, l’école de formation des cadres et militants dirigée par Jérôme Sainte-Marie, où j’ai donné cours et conférences sur l’assimilation. Je suis également intervenu au Parlement européen devant le groupe Identité et Démocratie, ou lors d’un colloque à Paris sur le wokisme. On ne m’a jamais  imposé quoi que ce soit à l’avance, j’ai toujours eu une totale liberté d’expression.

Ce sont des gens curieux, qui s’intéressent à vos analyses et qui m’ont tendu la main, très loin de la vision fantasmatique qu’ont encore beaucoup de gens du RN. De mon côté je me rends à l’invitation de n’importe quel parti pour faire des colloques, pour faire des conférences, notez bien… Mais il se trouve que c’est le RN qui m’a invité.

Comment avez-vous obtenu votre investiture auprès de Jordan Bardella?

J’avais déjà manifesté ma disponibilité pour les élections européennes, mais il y avait très peu de places. Est-ce que vous seriez intéressé en cas de dissolution ? m’avait-on demandé. Je n’y croyais pas. Et je ne pensais pas que Macron ferait cette erreur.

Lors d’une campagne pour les législatives, vous êtes beaucoup plus exposé que pour les européennes. Cela suppose vraiment de mouiller la chemise, d’être sur le terrain, de rendre public tout ce que vous faites. Mais, le mandat de député, représentant de la nation, est finalement à mes yeux plus prestigieux encore que celui de député européen ! J’en serai beaucoup plus fier si je suis élu.

Mais vos électeurs potentiels vous connaissent peut-être encore mal…

J’enseigne dans le secondaire, la philosophie, aux lycéens. J’ai enseigné aussi la culture générale aux étudiants qui préparent l’ENA. En politique, j’ai été 12 ans conseiller municipal et délégué à l’intercommunalité, dans un village, Geishouse, une petite commune de 500 habitants dans le sud de l’Alsace, dans le Haut-Rhin. J’aime bien les choses concrètes et j’aime bien l’échelon de la commune qui est vraiment un échelon de démocratie directe, sans qu’on se préoccupe d’étiquette politique.

Ma position actuelle n’est pas forcément très confortable, parce que c’est ce qu’on appelle un « parachutage »… J’habite en Alsace, mais pas dans la circonscription. M. Steinbach, le candidat de 2022, m’a donné tout de suite les contacts locaux pour travailler sur le terrain, et je l’en remercie.

J’observe une certaine confusion, lors de mes réunions, concernant les compétences du député, du conseiller régional, des conseillers départementaux, du maire, etc. Et les élus sortants jouent beaucoup là-dessus. Ils jouent beaucoup sur « je suis proche de vous », « je vais faire ça pour vous avec ma baguette magique » alors qu’ils n’ont pas les compétences de ce qu’ils promettent ! Beaucoup de choses relèvent de la région, ou relèvent du département. En Alsace, en plus, il y a le contexte particulier de la collectivité européenne alsacienne qui a fusionné les deux départements… Donc j’explique aux électeurs que je rencontre qu’il s’agit avant tout dimanche d’une élection nationale.

Et justement, quelle est votre position sur l’évolution de l’Alsace?

Le RN est le plus crédible là-dessus. Nous avons en Alsace une identité régionale forte. Mais, la nation jacobine qui menacerait les régions, les identités régionales, ce n’est plus vraiment d’actualité. La nation peut, au contraire, être protectrice de la diversité des régions. Protectrice d’une mondialisation et d’un européisme qui est beaucoup plus destructeur, notamment par le biais de l’immigration de masse.

Oui, il faut sortir l’Alsace du Grand Est. Mais, le RN remet en cause le découpage des régions depuis 2015. LR n’a pas toujours dit ça, même si c’est devenu un mot d’ordre important pour eux aussi. Macron, de son côté, a louvoyé sur la question. Il est venu à Strasbourg en avril, affirmant que la collectivité européenne d’Alsace, cela suffisait et qu’on allait en rester là… Éric Woerth lui a rendu fin mai un rapport sur la décentralisation qui va dans le même sens. Et voilà qu’après la dissolution, Macron nous fait un discours où il rouvre la porte. Ah mais les régions, quand même, elles sont peut-être trop grandes, et il faudrait peut-être quand même fusionner les compétences du département et de la région, etc…. Comme d’habitude, il dit tout et son contraire.

Votre pari de rejoindre le Palais Bourbon n’est pas gagné. La dernière fois, votre adversaire, la députée sortante macroniste Louise Morel, a été élue avec 56% de voix. Elle rêve d’une parité intergénérationnelle (comme pour la parité hommes/femmes). Avez-vous lu son livre?

Absolument, ce n’est pas gagné mais c’est gagnable !

Je vous avoue que je n’ai pas lu son livre, les délais sont très courts lors de cette campagne. Vous n’imaginez pas ce que c’est qu’une campagne législative anticipée, tout ce qu’il faut fait en 15 jours au niveau administratif, juridique, financier. J’ai eu la tête sous l’eau pendant 10 jours, et pas pour des questions philosophiques ! Mais, Louise Morel est typique de la macronie avec ce genre de problématiques un peu dérisoires, parité intergénérationnelle, patati patata… Et politiquement, elle n’a pas vraiment de colonne vertébrale, à l’image de ses mentors, Macron et Bayrou, on est dans le « et en même temps », en réalité dans la confusion. Sa position sur la sortie de l’Alsace du Grand Est ne fait que refléter les louvoiements de ses patrons.

J’imagine que vous voyez l’arrivée d’un gouvernement Bardella aux responsabilités comme une solution à la décomposition en cours de la France que vous déplorez dans vos articles. Mais, vos adversaires voient eux l’arrivée du RN au pouvoir comme susceptible de susciter de nouveaux troubles (troubles sociaux, troubles dans les banlieues peut-être). Qu’est-ce que vous répondez aux citoyens qui ont ces inquiétudes ?

Je leur réponds qu’on n’a pas le choix. Je comprends que des gens aient peur. Mais ils devraient avoir encore plus peur de continuer dans une fuite en avant qui nous pousse vers l’abîme. Dans bien des domaines, que ce soit l’immigration, l’insécurité, l’éducation, on est dans une situation très compliquée. Et il est évident qu’il va être très difficile d’inverser la vapeur et l’inertie de processus historiques qui est immense. C’est vraiment un moment historique que l’on vit. C’est comme 1958. Je commence d’ailleurs mes réunions publiques en disant qu’il y a une gravité dans le pays qui est de l’ordre de 58. Le RN, à mon avis, est la seule force qui peut canaliser ce moment révolutionnaire dans des voies réformistes. Et sans violence. Il est là l’enjeu.

Dernière question. Aujourd’hui, c’est votre dernier jour de campagne, qu’est-ce que vous allez faire?

Ce soir, je fais ma dernière réunion publique. A Marlenheim, sur des terres un peu plus favorables à Macron, pour me faire connaître et montrer que le RN a des candidats qui ne correspondent pas la caricature qu’on en fait. Pas sulfureux. Pas « nauséabonds » ! Des gens normaux, mais inquiets et effrayés par la situation du pays.

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Le Grand Soir?

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Manifestation des gilets jaunes, le 21 novembre 2020 à Toulouse. © FRED SCHEIBER/SIPA

Notre chroniqueur, jadis gauchiste soixante-huitard, rêveur invétéré, quêteur de bouleversements, voit dans la situation qui pourrait émerger de ces élections voulues par le Grand Semeur de Désordre (i.e. Macron, visiblement) l’occasion d’une révolution qui bouleversera en profondeur la France moisie d’aujourd’hui. Bien entendu, Causeur, qui s’arrange confortablement d’un balancement gauche / droite — comme on dit en boxe — n’en souhaite pas autant.


Jean-Paul Brighelli vient de publier Soleil noir, un roman de 300 pages chez L’Archipel NDLR •

Vous vous souvenez sans doute que dans Le Désert des Tartares (Dino Buzzati, 1940 — une année fertile en événements), le héros, Giovanni Drogo, jeune et fringant lieutenant, a été muté dans un poste avancé de l’empire, à la limite des terres inconnues où habitent les barbares.
Et il va les attendre, trente ans, jusqu’à ce que, vieux et malade, il se résigne à partir — au moment où l’ennemi enfin attaque. Il ne connaîtra jamais la gloire des combats.

Depuis cinquante ans, nous attendons le Grand Soir qui bouleversera nos habitudes, et redonnera un souffle de vie au cadavre frémissant de ce cher vieux pays suicidé par des gouvernements successifs irresponsables.
Et nous avons vu nos espoirs s’amenuiser : le libéralisme a su inventer tous les gadgets susceptibles d’amuser les foules. 

Les membres des élites mondialisées n’avaient pas prévu le confinement, ni les gilets jaunes. Ils ont cru au rétablissement du business as usual, et parce qu’ils ne sortent pas de cette capitale qui n’est plus qu’une bulle factice, ils n’ont pas senti monter l’émeute. Les médias ont glosé l’année dernière sur les exactions des racailles, sans voir que ce déchaînement très limité de violence — limité par les chefs de gang pour qui toute révolte est un manque à gagner — traduisait une exaspération puissante. Ce ne seront plus de jeunes exaltés qui seront prochainement à la manœuvre, mais le peuple, que l’on peut tromper un temps, mais pas tout le temps.

A lire aussi : Dissolution: l’étrange président Macron

Les élections voulues par le mirliflore de l’Elysée pour sauver sa fonction et sa place dans l’Histoire accoucheront dans quelques jours d’une Assemblée impuissante à surmonter ses divisions : jamais la haine n’a été à un si haut étiage. C’est dans la rue que l’ultra-gauche, les Frères musulmans (qui ont fait voter massivement LFI dans les « quartiers », regardez les chiffres) et le peuple de droite (qui n’est de droite que parce que les intellectuels fourbes et fourbus, les élites parisiennes (oxymore !) et autres agents infiltrés de la CIA et de la CEE, main dans la main, ne lui ont pas laissé le choix, après lui avoir confisqué son vote en 2005) règleront finalement le sort de la nation. Ce sera violent, injuste si l’on veut, mais il se passera enfin quelque chose.
Pas pour tous ceux qui l’ont tellement aimée, la révolution. Ils n’en verront pas grand-chose, du fond de leur lit d’hôpital ou de leur cabane de retraités. Mais l’Histoire s’en fiche : ce qui va se passer entre le 8 juillet et surtout la rentrée sera l’une de ces pages splendides, rouge sang, auxquelles notre destin français nous a habitués — et que l’on a prétendu nous interdire à jamais. Ce sera la revanche posthume de Giovanni Drogo.

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Ultraorthodoxes en Israël – du noir au kaki?

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Des ultra-orthodoxes bloquent la route, à Bnei Brak, Israël, 27 juin 2024 © Oded Balilty/AP/SIPA

A Jérusalem, le 25 juin, la Cour suprême a levé l’exemption de service militaire pour les étudiants ultra-orthodoxes. Une décision qui ne fait pas les affaires de la coalition du Premier ministre Benyamin Netanyahou. Mais, alors qu’Israël est de nouveau en guerre depuis les attaques du Hamas du 7 octobre, le pays ne peut plus fermer les yeux sur cette exemption, véritable serpent de mer de la vie politique israélienne, qui pose en creux la question suivante: qu’est qu’un «Etat juif»?


Le 25 juin, la Cour suprême israélienne a rendu une décision qui pourrait mener à la conscription des étudiants des écoles talmudiques. Jusqu’à présent, ces jeunes hommes ultraorthodoxes étaient exemptés du service militaire obligatoire s’ils se consacraient à l’étude des textes sacrés du judaïsme. Cependant, les juges ont estimé que le nombre croissant de ces exemptions constitue une rupture du principe d’égalité, et qu’une telle dérogation ne peut être légitimée que par une loi votée par le Parlement. « L’exécutif n’a pas l’autorité pour ordonner de ne pas appliquer la loi sur le service militaire aux étudiants de yeshiva [école talmudique] en l’absence d’un cadre légal adéquat », a déclaré la Cour. « Sans ancrer cette exemption dans un cadre légal, l’État doit agir pour imposer la loi. »

Jusqu’à présent, ces exemptions étaient accordées par l’armée (en tant que représentante de l’État concernant la conscription) dans le cadre d’un arrangement basé sur un accord de 1947 entre David Ben Gourion et les leaders des communautés ultraorthodoxes. Connu sous le nom de « la lettre du statu quo », cet accord visait à obtenir le soutien des ultraorthodoxes pour la création d’un État-nation juif en Palestine, devant la commission de l’ONU. Pour montrer à la communauté internationale une position unie des Juifs de Palestine sous mandat britannique, Ben Gourion et la majorité sioniste laïque ont pris des engagements significatifs envers ce groupe minoritaire mais symboliquement important : les ultraorthodoxes, Juifs des villes, bourgs et villages du Yiddishland, l’espace entre la mer Baltique et la mer Noire, étaient les parents, oncles et frères de Ben Gourion et de ses camarades, qui avaient souvent eux-mêmes fréquenté les mondes des Yeshiva et des Cheder (petites écoles juives où l’on apprend l’hébreu en lisant la Bible).

Des communautés en marge, qui manipulent le reste de la société israélienne

Cette génération de leaders et d’intellectuels sionistes, née dans le dernier tiers du XIXe siècle, a vécu les conséquences de l’émancipation des Juifs, un processus qui s’est déroulé à l’est et au centre de l’Europe plusieurs décennies après celui des Juifs en France. Les ultraorthodoxes, comme les sionistes, représentent deux réactions parmi d’autres à cette soudaine ouverture et aux nouvelles opportunités – notamment la possibilité d’intégrer lycées et universités – qu’elle a permises. Les ultraorthodoxes ont développé un système fondé sur deux piliers : le quasi-rejet de tout ce qui est nouveau et la création de « lycées » et « universités » juifs, les Yeshiva. Ces deux éléments ont doté ces nouveaux courants du judaïsme d’une structure solide, notamment un uniforme inspiré de la mode de l’époque (symbole du rejet du neuf) et des institutions qui occupent et disciplinent la jeunesse masculine.

En quelques décennies, l’ultraorthodoxie a forgé une identité commune malgré de multiples divisions idéologiques et personnelles. Dans une sorte de ruse de l’Histoire, les frères ennemis sionisme/ultraorthodoxie, qui se disputaient âprement la jeunesse juive du Yiddishland entre 1900 et 1940, ont fini par établir des relations symbiotiques au moment même où le sionisme semblait avoir remporté une victoire sans appel, sur le site de cette victoire : l’État d’Israël. Vivant en marge de la société israélienne, les communautés ultraorthodoxes ont appris à manipuler la cité israélienne et son système politique. Elles ont transformé leurs atouts – communautés organisées et disciplinées – en une force politique mobilisée pour obtenir un maximum d’aide matérielle en échange d’un minimum de participation.

La montée de l’État-providence israélien dans les années 1970 a accéléré leur dynamique démographique et l’arrivée de la droite au pouvoir en 1977 avec Menahem Begin a instauré une alliance politique solide. Les effets conjugués de ces deux phénomènes ont transformé un phénomène d’abord marginal puis supportable en un fardeau que les autres Israéliens peinent de plus en plus à porter.

Ainsi, cette décision de la Cour et la crise politique qu’elle a déclenchée – le gouvernement de Netanyahou dépendant du soutien des partis ultraorthodoxes, pour lesquels la fin de cette exception est un casus belli – sont les dernières expressions en date de la plus vieille et certainement la plus fondamentale question qui divise et secoue la société israélienne : qui est juif ? Qu’est-ce qu’un « État juif » ?

Désaccord fondamental

Le 20 octobre 1952, plus de cinq ans après avoir sollicité le soutien des ultraorthodoxes devant l’ONU, Ben Gourion, désormais Premier ministre d’Israël, cherchait à renouer le dialogue. Il était obligé de le faire : depuis presque un mois, son gouvernement n’avait plus la majorité à la Knesset, car les élus ultraorthodoxes ne le soutenaient plus à cause d’un projet de loi visant à élargir le service militaire obligatoire aux femmes, jusqu’alors sollicitées à se porter volontaires. Pour les ultraorthodoxes, c’était une rupture du statu quo selon lequel l’armée devait être une institution juive, c’est-à-dire un espace où la nourriture est kasher et où le repos sabbatique est strictement respecté. Par conséquent et par définition, cette institution ne pouvait être mixte. Ben Gourion s’est donc rendu chez Avraham Kerlitz, le leader de ces communautés, considéré comme le plus grand érudit talmudique de son temps, dont l’autorité découlait de son statut et non d’un poste électif. Ben Gourion voulait discuter avec lui d’une question très pragmatique : comment des Juifs religieux et non religieux pourraient-ils vivre ensemble dans le nouvel État d’Israël ? La réponse d’Avraham Kerlitz, en forme de parabole, est entrée dans la légende. Si un wagon chargé croise le chemin d’un wagon vide, c’est le wagon vide qui doit céder le passage. Le sens était clair : le wagon chargé, c’est le judaïsme talmudique représenté par Kerlitz. Le vide, c’est la nouvelle manière d’être juif par le sionisme, c’est-à-dire en tant qu’existence politique nationale, républicaine et laïque, incarnée par Ben Gourion.

Le désaccord est profond, car les uns – les ultraorthodoxes – n’ont pas besoin de l’État d’Israël, ni d’un État quelconque même dirigé par eux, pour exister. On peut être juif sur une île déserte en mer du Sud à condition de construire deux synagogues : une pour prier et étudier, l’autre pour ne plus jamais y mettre les pieds ! En revanche, un Israélien – peu importe où il habite – ne peut pas exister sans l’État d’Israël et il est peu probable qu’une communauté israélienne en dehors d’Israël puisse survivre autant de générations qu’une communauté juive.

Ce désaccord fondamental est la raison pour laquelle Israël ne s’est toujours pas doté d’une constitution écrite. Il existe un ensemble de lois, d’institutions et de précédents qui forment un édifice constitutionnel. Les libertés occidentales se heurtent à l’identité juive de l’État d’Israël tout comme elles se heurtent à tout contenu positif quel qu’il soit. Dans leur essence, les libertés dressent un cadre, souvent au niveau de l’individu, mais ne peuvent pas le remplir. Dans le cadre d’une république laïque à la française, il est quasiment impossible d’imposer un cadre identitaire. Or, Ben Gourion et les sionistes laïcs et libéraux étaient nourris des mêmes idées et valeurs que les républicains français tout en voulant construire un tel cadre identitaire.

Une situation plus tenable

Ben Gourion, ses contemporains, ses successeurs ainsi que les leaders de l’orthodoxie n’ont pas trouvé une solution à la question des deux wagons. En revanche, des arrangements pragmatiques et provisoires – comme l’exemption – ont été élaborés. En octobre 1948, en pleine guerre, Ben Gourion a accordé à titre exceptionnel une exemption à 400 étudiants de Yeshiva considérés comme la crème de la crème, avec comme argument principal une volonté de reconstruire les Yeshiva de l’Europe de l’Est dispersés et détruits par les Nazis. 76 ans plus tard, le nombre de bénéficiaires avoisine les 60 000. La goutte qui aurait fait déborder le vase est sans doute la guerre qui fait rage depuis le 7 octobre. Cette guerre est non seulement longue mais elle exige l’emploi prolongé des nombreuses unités de l’armée de terre. L’armée des conscrits n’est pas suffisante et le fardeau tombe sur les réservistes, ceux-là mêmes qui, en tant que civils, sont supposés faire tourner l’État et l’économie. La situation risque de s’aggraver si un deuxième front s’ouvre dans le nord.

Pour faire face à l’urgence, le service obligatoire a déjà été allongé de 30 à 36 mois et une proposition de loi prévoit de prolonger d’un an l’âge de l’obligation de service de réserve pour tout le monde.

Dans ces circonstances, l’alliance politique soutenant l’exemption des ultraorthodoxes commence à céder. Ainsi, il n’y a pas, pour l’instant, de majorité en faveur d’une loi qui doterait Israël d’un cadre légal permettant de concilier l’égalité devant l’obligation de servir sous les drapeaux et la spécificité de la communauté ultraorthodoxe. Dans le contexte politique actuel, la question du service militaire fragilise les trois piliers (ultraorthodoxes, religieux nationaux, Likoud) de la coalition de Netanyahou, une coalition fondée sur leur intérêt commun de retirer à la cour constitutionnelle le droit d’invalider des lois (la « réforme constitutionnelle » lancée en janvier 2023 et mise de côté depuis la guerre). Or, après huit mois de conflit, certains religieux nationaux et membres du Likoud ne veulent plus fermer les yeux sur l’exemption des ultraorthodoxes.

Ainsi, la crise constitutionnelle rejoint la crise sécuritaire, imposant à l’ordre du jour israélien cette double question des frontières : les frontières physiques de l’État juif vers l’extérieur, et la définition et donc les frontières de l’identité juive, à l’intérieur, deux interrogations profondes et plus que jamais liées au cœur même de la Cité israélienne.

Soldes: Y’a plus d’saisons!

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Nice, le 26 juin 2024. Les soldes d'été ont lieu du 26 juin au 23 juillet 2024 © SYSPEO/SIPA

Les soldes ont démarré mercredi, mais plus personne ne semble vraiment s’en préoccuper.


Dans le grand tumulte de l’actualité marquée par les élections législatives, le Tour de France, le parcours de la flamme olympique ou encore les préparatifs des JO, les soldes d’été 2024 ont démarré ce mercredi 26 juin, en toute discrétion. Aux journaux télévisés, quelques minutes leur sont tout de même consacrées avec, au programme, les sempiternelles plaintes de commerçants quant au manque de fréquentation des magasins et l’indifférence des passants pour cet événement. On en viendrait presque à plaindre le pauvre journaliste qui a dû faire preuve de persévérance avant de recueillir le témoignage d’un client, souriant, les bras chargés de sacs, se félicitant des bonnes affaires de sa journée. Le moral des Français n’étant pas au beau fixe, il convient de finir le reportage sur une note positive et de nuancer un constat pourtant flagrant : les soldes ne font plus rêver personne, ni les commerçants, ni les clients !

Un désintérêt croissant

D’après l’enquête 2024[1] de l’Observatoire du Commerce Indépendant, huit Français sur dix affirment pourtant avoir changé leur manière de consommer, du fait de l’inflation et de l’augmentation des prix.  Ils sont ainsi plus de 50% à  attendre les périodes de promotion pour faire leurs achats et 36% à rechercher essentiellement des prix bas. Ce serait donc naturel, dans un tel état d’esprit, que les Français plébiscitent de nouveau les périodes de soldes et que celles-ci retrouvent leur gloire d’antan, mais il n’en est rien. Pire, leur désintérêt, qui ne date pas d’hier, semble s’accentuer chaque année ou plutôt chaque saison.

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Car, ne l’oublions pas, les soldes sont intrinsèquement liés aux saisons. Il s’agit pour les enseignes et marques de brader la collection d’été à la fin de l’été et la collection d’hiver à la fin de l’hiver. La logique est simple et paraît pleine de bon sens mais, dans la pratique, tout a changé. Les enseignes de fast-fashion ont rebattu les cartes en proposant non pas deux collections par an mais deux par mois en moyenne. À peine arrivée en rayon, chaque collection est déjà démodée et bradée pour laisser la place à une nouvelle. Ne parlons même pas des géants de l’ultrafast-fashion qui proposent plusieurs milliers de nouvelles références chaque jour ! Ces entreprises se justifient et se défendent en arguant qu’elles ne font que répondre à la demande des consommateurs, de plus en plus avides de nouveautés. Ceux-là mêmes qui s’offusquent de voir des chocolats de Pâques dans les rayons dès le mois de février se font capricieux quand il s’agit d’exiger des soldes avant même le démarrage de la saison. Les marques tentent de suivre l’infernale cadence et s’engagent désormais à livrer aux boutiques des maillots de bain dès le mois de janvier et des manteaux en laine en plein mois de juin. En début d’année, les agriculteurs retournaient les panneaux d’entrée des villes comme un message d’alerte. Les enseignes des magasins devraient subir le même sort car le constat est le même : on marche sur la tête.

Petites et grandes enseignes en désaccord sur l’évolution de la législation

Alors que M. Yann Rivoallan, président de la Fédération Française du Prêt-à-porter, accuse, sur France Info, la météo capricieuse de ces dernières semaines et le climat anxiogène des élections, peu propice à la consommation, M. Pierre Talamon, président de la FNH (Fédération Française de l’Habillement) intervient sur les chaînes nationales pour rappeler sa proposition visant à décaler les dates des soldes pour les reconnecter avec les saisons réelles. Si tous les acteurs du secteur s’accordent sur le fait que le concept de soldes doit être repensé, la législation à son sujet donne lieu à une éternelle confrontation entre les commerçants indépendants et les grandes enseignes dont les intérêts divergent. Est-il encore pertinent de se prétendre tous dans le même bateau lorsque certains voyagent en paquebot tandis que d’autres rament dans une barque ? Chaque année, le gouvernement profite de cette absence de consensus dans la profession pour s’abstenir de toute prise de décision[2].

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L’État français a certes le pouvoir de modifier les dates et la durée des périodes de soldes sur le territoire mais il serait naïf d’imaginer que la modification de ces paramètres soit suffisante pour inverser la tendance. Il est en effet impossible de légiférer sur les soldes sans réglementer, dans le même temps, les périodes de promotions intempestives qui ont lieu tout au long de l’année et dans lesquelles les soldes sont littéralement noyées. Au milieu de ces ventes privées, promotions de mi-saison, soldes flottants ou encore Black Friday, le commerçant se lamente et le client se perd, en plus d’en sortir souvent perdant. Il existe pourtant une directive européenne intitulée « Omnibus »[3], en vigueur depuis 2020 qui détermine des règles pour lutter contre la multiplication des promotions et celles injustement ainsi nommées, mais elle est, hélas, loin d’être appliquée en France de manière stricte. Comme dans bien d’autres domaines en France, la légifération se révèle toujours plus facile que l’application des lois déjà en vigueur.

Nous voilà donc partis pour quatre semaines de grande valse des étiquettes et, alors que la campagne électorale bat son plein pour les législatives, il est fort cocasse de constater que quand certains hésitent à s’acheter une nouvelle veste, d’autres se contentent, avec plus ou moins de discrétion, de retourner la leur.


[1] https://my.ankorstore.com/observatoireducommerceindependant

[2] https://fashionunited.fr/actualite/retail/olivia-gregoire-s-exprime-sur-le-debat-que-provoque-le-choix-des-dates-des-soldes-d-hiver-2024/2024011033941

[3] Directive (UE) 2019/2161 du parlement européen et du conseil du 27 Novembre 2019 – https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32019L2161

Alliance LR / RN: le pionnier Cédric Delapierre

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M. Delapierre en campagne, juin 2024. DR.

Cédric Delapierre (RN-LR) se présente de nouveau dimanche dans la très disputée 8e circonscription de l’Hérault, entre Frontignan et Montpellier. Il avait rallié avec fracas le Rassemblement national lors des élections régionales de 2021.


Qui s’attendait à une dissolution de l’Assemblée nationale ? Pas grand monde en dehors d’Emmanuel Macron qui l’avait sûrement étudiée en amont. Les droites comme les gauches ont donc dû s’adapter à la nouvelle donne politique née du coup de poker tenté par l’Élysée. Le président des Républicains Éric Ciotti n’a pas tergiversé longtemps. Conscient de la faiblesse des Républicains, il a proposé au Rassemblement national une coalition électorale qui a été acceptée par Marine Le Pen et Jordan Bardella.

Reste qu’ils ont été nombreux au fil des ans à quitter le bateau des Républicains en perdition, tant pour aller chez Emmanuel Macron que chez Marine Le Pen, avalisant le fait que ce parti était empêtré dans des contradictions idéologiques difficilement supportables. Un sarkozyste historique tel que Jean-Paul Garraud avait ainsi fait le grand saut en 2019 au moment des précédentes élections européennes. Avant lui, des personnalités comme Philippe Martel, ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac, depuis décédé, ou encore Sébastien Chenu qui s’est si bien fondu dans le marinisme qu’on en oublierait presque son parcours politique initial.

Mais il y a aussi d’autres profils plus discrets qui ne sont pas arrivés sous les ors de la victoire mais ont débuté leur carrière au Rassemblement national par des défaites difficiles. C’est ainsi le cas de Cédric Delapierre, rallié non sans bruit au Rassemblement National lors des élections régionales de 2021 en Occitanie. Il avait pour l’occasion lancé une tribune d’une grande prescience avec le recul :

 « Il est temps de sortir du piège dans lequel François Mitterrand a enfermé la droite, temps de ne plus se laisser dicter notre conduite par ceux qui ont précipité notre pays dans les crises. Cette union régionale autour de Jean-Paul Garraud est un signe des temps. Face aux défis majeurs que nous affrontons, il est nécessaire de faire preuve de pragmatisme, ou nous resterons toujours aux marches du pouvoir. Nous avons assisté de l’intérieur à l’effondrement de nos partis respectifs, incapables de se réinventer et traversés par des luttes intestines irréconciliables. De la même manière que le Parti socialiste du congrès d’Epinay est mort de ses contradictions, la synthèse de l’UMP ne résiste plus aux réalités. Nous ne voulons pas nous placer, nous voulons gagner. »

Conseiller régional RN après avoir été secrétaire général du groupe des élus LR et UDI au conseil régional d’Occitanie, Cédric Delapierre a été candidat aux élections législatives de 2022 sur la huitième circonscription de l’Hérault, battu sur le fil de quelques centaines de voix face à un candidat LFI. Il va tenter dimanche prochain de l’emporter et s’affirme confiant : « Ce qui se passe me rappelle la vague bleue de 1993. La droite est de retour parce que les Français veulent enfin restaurer l’ordre dans leur pays ! »

Pierre Gentillet en campagne: de CNews aux routes du Cher

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À Bélâbre (Indre), Pierre Gentillet prend la parole contre l'installation d'un centre d'accueil de demandeurs d'asile, 10 juin 2024. DR.

Nous avons suivi l’avocat Pierre Gentillet (RN) en campagne, dans le Cher. Dans sa circonscription, on lui réserve un bon accueil. Il faut dire que Marine Le Pen y a fait 50,8% à la présidentielle. Mais, certains lui reprochent d’être parachuté.


Il est comme ça, Pierre Gentillet. Un peu brut de décoffrage, même quand il s’agit d’attirer le chaland. Quand il donne des tracts aux badauds et assure qu’il a « besoin d’eux pour gagner », il ponctue l’échange d’assez sévères injonctions. « Vous croyez peut-être que je vais y arriver tout seul, hein ? ».

Ses amis diraient qu’il manque un peu d’urbanité… Tant mieux : l’avocat parisien fait campagne dans la ruralité. 

Faibles densités de population obligent, les échanges de ce type ne sont pas si fréquents : il faut ici chercher l’électeur, avec la même persévérance qu’un taxidermiste qui attend le client. Les 41 habitants au km2 font du Cher un département très rural. La 3e circonscription, où se présente Monsieur Gentillet, fait partie de ce que les géographes appellent l’hyper ruralité, à l’exception d’un morceau de la ville de Bourges qui lui est rattachée. C’est un territoire qui décroche un peu, où la population vieillit, où l’on se plaint du difficile accès aux services publics, et où déclinent l’activité agricole et… l’envie d’y vieillir. 

Nos cafés, derniers lieux de sociabilisation de la France périphérique

Autant dire qu’en dehors des jours de marché, on se sent un peu seuls. Lors du boitage, l’équipe de campagne bute en outre souvent sur des mansardes abandonnées ou des résidences secondaires. Sur la départementale, on parle d’embouteillage si jamais l’on croise une voiture toutes les 20 minutes ! Dans les ruelles des villages, à moitié vides, on finit par chatouiller les chats quand on a terminé de faire coucou aux mamies aux fenêtres. En quête de sociabilité, le candidat s’est fixé un objectif : « visiter tous les cafés de la circonscription ». Cafés dont il entend d’ailleurs favoriser la prolifération, car « car ce sont des lieux de vie ».

Toujours à rebours des recommandations sanitaires qui déconseillent l’abus d’alcool et ne voient jamais d’un mauvais œil la fermeture des débits de boisson, Maitre Gentillet s’était déjà fait connaître des téléspectateurs de CNews ou de Cyril Hanouna pendant la crise du Covid en devenant une des figures de l’opposition au confinement et aux mesures sanitaires du gouvernement. Ce n’est pas un novice en politique. Ami de longue date de Jordan Bardella, son mentor Thierry Mariani l’emportait pour ses safaris diplomatiques jusqu’en Crimée et en Syrie où il a notamment rencontré Bachar Al-Assad. 

Sur le terrain, il peut tester sa notoriété et sa popularité. Une voiture s’arrête et une vitre se baisse. Un bon Berrichon lui envoie du « On les aura ! » A Saint-Amand-Montrond, un habitué du bar louche un peu, en regardant le candidat entrer dans l’établissement où il est installé. C’est qu’ici la TV est tout le temps branchée sur la 16, sur laquelle Maitre Gentillet officiait encore il y a peu. La réalité dépasse la fiction ! 

Sur les marchés, Pierre Gentillet se présente en enfant du pays. Pourtant ses adversaires sont unanimes à dénoncer un « parachutage ». DR.

Les parachutés partent pour l’aventure 

Présenté comme un parachuté, Pierre Gentillet n’est pourtant pas étranger à cette province, du moins dans ses frontières d’Ancien Régime. Berrichon de l’Indre et non du Cher, il s’est notamment illustré dans son opposition à l’installation du CADA de Bélâbre, à 80 km d’ici.  

« Ah le pâté de Pâques de ma grand-mère », « Excellent, le Chateaumeillant »… s’enflamme, en connaisseur du terroir, ce jeune homme de province monté à Paris. Le côté tout feu tout flamme du candidat oblige ses adversaires à se positionner en élus de terrain. La candidate de la LFI, Emma Moreira, jeune étudiante de 21 ans, plutôt avenante, dénonce ce venu-d’ailleurs et dit le pays « gangréné » par les maisons de campagne des « Parisiens », lesquels ne seraient « pas très appréciés » dans son bon Berry. Rencontré sur le marché, le député sortant Loïc Kervran (Horizons) assure lui que la manœuvre partisane ne passera pas : « Je connais des électeurs de Jordan Bardella. Ils refusent ce parachutage et sont dégoûtés par ces manœuvres. Beaucoup d’électeurs reconnaissent le travail que nous avons mené pour le maintien du service public en zone rurale. » Elu d’un territoire ultra périphérique, Monsieur Kervran s’est effectivement illustré par une proposition de loi sur le maintien des écoles en zone rurale.

La candidate LFI Emma Moreira dénonce les « résidences secondaires des parisiens » dont son adversaire du RN, « parachuté », serait le représentant. DR.

Quel accueil réserve le terrain au « parachuté » ? Ajouté aux 50.8% de Marine Le Pen dans la circonscription et à la dynamique de campagne, le côté vu à la TV du candidat joue ici à plein, et l’accueil est excellent. Le chroniqueur a vite appris le métier de candidat : il a l’enthousiasme facile, s’étonne de la hauteur des arbres, de l’épaisseur des récoltes, de la générosité du service au bar quand le tavernier remplit les verres à ras bord… Il y a bien sûr quelques résistances : « Je vote RN à la présidentielle, mais vous, je ne vous connais pas, alors que Loïc Kervran, lui, a été présent », raisonne un élu municipal venu porter la contradiction sur le comptoir du zinc. Pour le reste, les autochtones applaudissent ses flots d’éloquence comme ses diatribes sur l’impuissance de l’Etat et autres prophéties sur le retour de l’autorité en politique. La candidate LR, Bénédicte de Choulot, si elle fait valoir son travail d’élue locale et dénonce le centralisme parisien, reconnait qu’aucun électeur ne se plaint auprès d’elle de ce parachutage en réalité.

Pierre Gentillet visite les foires du pays avec son équipe. Il écoute poliment l’électeur et l’abreuve parfois d’emphase politique autour du programme de l’Union nationale. DR.

Lyrisme berrichon 

Rarement concret, pas toujours flatteur et mielleux auprès des électeurs, M. Gentillet est plutôt lyrique. Naturel jusque dans ses artifices, si l’on veut, il se présente finalement tel qu’il est : un avocat bouillonnant, féru d’abstractions, avec un cerveau qui émet 10 idées à la minute et qui avale toutes les fiches qu’on lui adresse avant chaque rendez-vous ou prise de parole. Son ambition, certes non dissimulée, repose sur de solides références idéologiques qui déjà le distinguent. Pierre Gentillet doit d’ailleurs sa notoriété télévisuelle à cette faculté d’assertion, et à une identité politique moins lisse que de nombreux cadres et candidats du RN. 

La campagne a aussi ses pauses. À midi, le programme s’arrête pour bavarder avec un notable du département sur la popote politique pendant qu’on sert celle de la brasserie du coin. On parle de tout : des médecins qui manquent, des commerçants qui râlent, des jeunes qui s’en vont, du patois qu’on ne parle plus depuis la guerre… On fait aussi le tour de la faune journalistique de la PQR, ou de la flore politique municipale, au sein desquels le jeune candidat aurait beaucoup d’ennemis mais aussi quelques soutiens discrets. « L’argument du parachutage ne tient pas du tout, la question que tout le monde se pose, c’est : est-ce que je me battrai pour vous ou pas ? » On peut bien lui reprocher d’être né à l’autre bout du Berry, mais Pierre Gentillet arrive au moins à convaincre qu’il est un candidat combatif.

Giulia Foïs s’exhibe sur une affiche du Nouveau Front Populaire? La direction de France Inter ne voit apparemment pas où est le problème…

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Il paraît que Jean-François Achilli s’inquiète beaucoup pour la chroniqueuse… Bénéficie-t-elle d’un statut à part ?


Giulia Foïs est journaliste, productrice et autrice. Elle officie entre autres sur la radio publique. Le féminisme bas de gamme et les théories délirantes sur le genre étant à la portée de tout le monde, cette animatrice woke a décidé d’en faire ses sujets de prédilection. Les féministes les plus averties ont nourri ses réflexions sur le « systémisme du patriarcat », confie-t-elle sur Louie Media. Elle faisait partie du jury de feu le magazine Causette lorsque celui-ci a décerné son prix du meilleur essai féministe à… Alice Coffin. Sur France Inter, elle a animé Pas son genre, émission grâce à laquelle les auditeurs apprirent, entre autres choses stupéfiantes, que « le féminisme c’est la théorie, le lesbianisme, la pratique », que les femmes doivent « s’autoriser à se passer des hommes, dans leurs têtes comme dans leurs lits », que « les hommes ne sont plus qu’une option, parmi d’autres. » Elle admire Judith Butler et Virginie Despentes. Caroline De Haas l’inspire. Depuis deux ans, elle anime, toujours sur France Inter, un programme hebdomadaire intitulé En marge.

Amine El Khatmi ne sera pas invité tout de suite dans son émission

Le 22 juin, lors de la dernière émission de la saison – émission consacrée à… « un pays imaginaire, la Matriarcate » – Giulia Foïs a reçu une autre autrice, Typhaine D[1], une penseuse de sa trempe qui a inventé une langue supposément émancipatrice, un charabia – en gros, elle ajoute des « e » un peu partout pour « féminiser la langue » – avec lequel elle a écrit Contes à rebours, une pièce qu’elle jouera cet été au Festival (de plus en plus woke) d’Avignon : « C’est une réécriture féministe des contes de fées », commence àexpliquer la penseuse en question avant de se mettre à planer complètement : « J’ai voulu commencer par la première phrase qui est… Il était une fois. Et là, je me suis dit, mais qui est ce “il”, ce mec qui veut commencer mon livre et qui veut parader en tête ? Et je me suis dit : mais comment puis-je faire un livre qui m’émancipe avec une grammaire qui m’opprime, qui me rappelle à chaque phrase que les femmes sont quantité négligeable ou sont invisibles. » Giulia Foïs n’a pas cru bon de faire remarquer à son invitée que le « il » de « il était une fois » ne désigne en aucun cas un « mec » mais forme avec le verbe être ce qu’on appelle une locution impersonnelle – en clair, dans le cas présent, le pronom « il » ne représente rien ni personne. Deux possibilités : 1) L’empathique Giulia Foïs n’a pas voulu mettre dans l’embarras son hôte inculte. 2) Elle-même ignore l’existence de ces formes impersonnelles et croit, comme Typhaine D, que « il pleut » est une expression masculiniste et patriarcale. Vu le niveau intellectuel de la dame, je crains malheureusement que…

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On l’aura compris, Giulia Foïs est une journaliste qui a su se plier à toutes les orthodoxies progressistes du moment, le néo-féminisme, le LGBTisme, le wokisme en général. Attirée depuis toujours par l’extrême gauche, elle a signé en 2022 un appel à voter Jean-Luc Mélenchon. Il y a quelques jours, une affiche du Nouveau Front Populaire annonçait sa venue à un meeting devant se tenir à Lyon. La même photo que celle illustrant son émission radiophonique sur le site de France Inter était reprise sur l’affiche politique. Étant donné la tendance gauchiste et la propagande sans limite contre « l’extrême droite » dans les médias publics, Giulia Foïs a vraisemblablement pensé que cela allait passer crème. Mais certaines personnalités, dont le fondateur du Printemps républicain, Amine El Khatmi, ont immédiatement fait le rapprochement avec le cas du journaliste Jean-François Achilli. La direction de France Info a en effet récemment licencié ce dernier pour une « faute grave », une rencontre avec Jordan Bardella dans le cadre d’une potentielle participation à l’écriture d’une autobiographie de l’homme politique, participation que le journaliste avait déclinée. Évoquant le code de déontologie des journalistes de Radio France, Jean-Philippe Baille, directeur de ladite radio, a expliqué : « Nous étions dans l’obligation de réagir. Ces règles sont là pour protéger l’éthique de notre profession, garantir l’indépendance de nos journalistes et conserver la confiance des Français dans leur service public. » Giulia Foïs jouit apparemment d’un statut à part.

Encore un coup de la fachosphère !

De plus, il semblerait bien qu’elle ait été surtout victime de la fachosphère. Les plus fins limiers de Libération en matière de « vérification de l’information » (ou CheckNews) ont diligenté une enquête afin de sauver le soldat Foïs. Le pot aux roses est enfin dévoilé : la journaliste aurait fait « l’objet d’attaques en ligne, en grande partie venue de l’extrême droite ». « Les médias de la bollosphère, agissant comme de coutume de concert, se [seraient] jetés sur “l’affaire”, dénonçant la collusion entre l’audiovisuel public et la gauche » – collusion qui relève de l’imaginaire, comme chacun sait. Les vigilants enquêteurs de Libé ont contacté Giulia Foïs qui avait prévu, leur a-t-elle expliqué, d’intervenir lors de ce meeting pour « défendre les droits des femmes et des enfants » en mettant en exergue son expérience personnelle et celle de son fils « en situation de handicap ». Car Giulia Foïs a peur : « On sait ce que fait l’extrême droite au handicap et aux handicapés et à tout ce qui sort de la norme. On sait ce que le RN promet pour les femmes aussi, donc quand l’heure est si grave, j’y vais avec mon cœur, j’y vais avec mes tripes. »

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Giulia Foïs a finalement renoncé à sa venue au meeting du NFP. Toutefois, Libé a eu connaissance du texte que la journaliste comptait lire lors de cette réunion. Une critique de la détérioration du débat public et de l’ascension de l’extrême droite en constituait, parait-il, l’essentiel. Mais, affirme la journaliste, cela ne relevait d’aucun militantisme. Elle voulait seulement  « souligner la nécessité d’un monde plus inclusif » et déplorer qu’on ait « réussi à faire croire que le RN est un parti comme les autres ». Mélange désolant d’arrogance et de naïveté.

Elle espère maintenant « voir la presse tout entière vent debout contre cette menace que représente l’extrême droite ». Il a visiblement échappé à Giulia Foïs que la « presse tout entière » (ou presque) n’a pas attendu son injonction pour pilonner la propagande des castors. France Inter, la radio qui l’emploie, n’est pas la dernière à promouvoir, plus ou moins subtilement, le fameux « barrage républicain » contre le RN. Raison pour laquelle, au contraire de Jean-François Achilli, Giulia Foïs n’a rien à craindre. D’ailleurs, dit-elle à Libé, elle a eu avec la direction de la radio des échanges « assez doux » qui ne laissent présager aucune sanction, même minime.

Giulia Foïs attend maintenant les résultats des élections la peur au ventre. Les heures sombres vont-elles s’abattre définitivement sur la France ? La bête immonde est-elle de retour, prête à dévorer les handicapés et les femmes ? Et, surtout, le contrat de Mme Foïs avec France Inter sera-t-il renouvelé à la rentrée ? Questions effrayantes. Réponses dans un peu plus de dix jours.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] J’ai consacré à cette créature étrange un papier paru le 20 mai 2020 dans ces colonnes.

Des élections sous le prisme de l’antisémitisme

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Marche contre l'antisémitisme après le viol à caractère antisémite d'une fillette de 12 ans, le 19 juin 2024, à Paris. © JEANNE ACCORSINI/SIPA

A trois jours du premier tour des élections législatives, trois grands blocs se distinguent, et le RN fait la course en tête. Alors que l’extrême gauche avait bataillé aux européennes en parlant beaucoup de Gaza, la courte campagne de ce nouveau scrutin a été dominée par des débats houleux sur l’antisémitisme supposé des uns et des autres. L’analyse politique de Richard Prasquier.


Ces journées d’avant le vote ont été marquées par le viol, le 15 juin, par des garçons de son âge, d’une petite fille juive de 12 ans à Courbevoie. Il suffit de lire le témoignage des parents de l’enfant pour comprendre l’antisémitisme en France. Elle se sentait tellement mise à l’écart du fait de son judaïsme qu’elle avait prétendu qu’elle était musulmane, la découverte du mensonge aurait été la cause du viol. On sait l’augmentation de la violence chez les très jeunes et les carences de notre système judiciaire et éducatif à cet égard. Mais il n’est pas sûr qu’on pose une autre question: ces garçons ont-ils déjà été imprégnés par le discours islamiste, tel qu’il a été mis en pratique par le Hamas le 7 octobre, suivant lequel une femme koufar, autrement dit non-musulmane, et considérée comme ennemie, est un objet de viol parfaitement légitime? Rappelons-nous le calvaire des femmes yezidies aux mains de Daech.

Résidus d’antisémitisme

Dans un communiqué une semaine après, les dirigeants du nouveau Front populaire décrivent ce viol comme une abomination, et ne manquent pas de dénoncer « une odieuse campagne de diffamation menée par une macronie en déroute ». Mais, LFI  n’a pas voulu signer la charte contre l’antisémitisme proposée par Raphaël Glucksmann ! Deux de ses membres avaient donné leur avis sur le viol de Courbevoie. Aymeric Caron trouvait qu’on en parlait trop alors qu’en février on n’avait pas réagi à l’assassinat d’une jeune femme Rom. Il oublie que lui-même n’avait rien dit à l’époque. Sans commentaires… Mais Jean-Luc Mélenchon aussi s’est exprimé. Lui qui avait prétendu que l’antisémitisme était « résiduel » en France se dit « horrifié » et dénonce même l’antisémitisme. Donc tout va bien… Mais lisons mieux, car chez Mélenchon chaque mot compte. D’abord, il fustige le « conditionnement des comportements masculins criminels dès le jeune âge », clin d’œil assez ridicule pour le féminisme woke. Ensuite au lieu d’antisémitisme, il écrit « racisme antisémite ». Or l’antisémitisme des violeurs n’est pas un antisémitisme raciste. Les convertis d’origine européenne, comme semble l’être au moins un des garçons, sont bien acceptés dans l’islam radical et sont souvent au premier rang en matière d’extrémisme. Pourquoi alors le mot « racisme » accolé à antisémite? Pour prétendre que l’antisémitisme n’est qu’une forme de racisme. Or le racisme a toujours été d’extrême droite. Mais il n’en est pas de même de l’antisémitisme. Olivier Faure qui le déclarait a reçu un zéro pointé de la part du grand historien Michel Winock. De Toussenel et Proudhon à Maurice Thorez qui parlait des doigts crochus de Léon Blum, l’antisémitisme de gauche a en France une longue histoire.

Quant au communiqué commun du Nouveau Front Populaire il reprend la triade devenue classique: racisme, antisémitisme, islamophobie. Autre escroquerie intellectuelle, car l’islam est une religion et la critique des religions est une liberté garantie dans la loi de séparation de l’Église et de l’État.

Une tribune hallucinante dans Le Monde

Il faut mesurer les conséquences de cette démission de la laïcité. Lorsqu’une candidate LFI prétend qu’on ne doit pas critiquer un musulman qui s’en prend aux homosexuels par obéissance à une injonction religieuse, on voit les conclusions à en tirer pour les Juifs. Comme le caillou antisémite ne sort pas de la chaussure du Nouveau Front Populaire même s’il y a dans ses rangs une majorité de militants irréprochables, un récent article distingue deux types d’antisémitisme. L’un est ontologique, celui de l’extrême droite. L’autre, celui de gauche, n’est que contextuel, donc moins grave. En suivant ce raisonnement hallucinant, il faudrait excuser René Bousquet qui, préfet radical socialiste, n’avait prononcé avant-guerre aucune parole antisémite et a eu à Vichy le comportement « contextuel » que l’on sait, mais blâmer la Juste polonaise Sofia Kossak Szucka, écrivain antisémite d’extrême droite, qui a fondé Zegota, une organisation dédiée au sauvetage des Juifs. Sans commentaires non plus…

Le RN drague le vote communautaire juif

Des électeurs juifs veulent voter dès le premier tour pour le Rassemblement national. Ils sont exaspérés par les injonctions condescendantes et hostiles envers Israël. Ils constatent l’impuissance face à l’antisémitisme et la résignation face à l’islamisme et écoutent les promesses du Rassemblement national. Je comprends ces électeurs, mais je pense qu’ils ont tort. On est loin des plaisanteries abjectes du père, mais toutes les études montrent que le racisme et l’antisémitisme restent élevés chez les militants du RN. Or le sionisme fondateur de Herzl, issu des Lumières et dont je me revendique, est consubstantiellement attaché à la notion d’égalité intrinsèque entre les êtres humains. C’est le cadre des partis de l’arc républicain classique. Ils ont toujours défendu ces valeurs qui m’importent. Quelles que soient nos déceptions et nos colères devant les complaisances et l’aveuglement que nous constatons parfois, nous ne devons pas nous mettre à la remorque d’un parti d’où les relents xénophobes et antisémites ne sont pas encore extirpés. Ce qui n’empêche pas de saluer son évolution, dont témoigne l’impeccable tribune de Marine Le Pen dans Le Figaro, où elle prend des engagements forts sur l’antisémitisme et la mémoire de la Shoah.

À lire aussi : Mélenchon et la Terreur

Des sondages montrent que le RN pourrait obtenir la majorité absolue. Outre mon scepticisme sur le programme économique du Rassemblement national, je tire une raison supplémentaire de ne pas voter pour lui d’une hypothèse sur les objectifs réels de Mélenchon. Il sait qu’il ne deviendra pas chef du gouvernement à l’issue du scrutin. De fait, la seule place qui l’intéresse vraiment, c’est la première mais il sait aussi qu’il n’y arrivera pas par une procédure régulière tant il a généré d’hostilité à son encontre. Son meilleur allié, c’est le chaos. Pour cela, il tirerait bénéfice d’une majorité absolue du Rassemblement national.

Un gouvernement mis en place dans une atmosphère exceptionnellement tendue, l’inexpérience des dirigeants, l’échec économique prévisible, les mesures impopulaires prises en réaction, tout serait en place pour une explosion sociale. Dans cette situation, Mélenchon pense que son parti, parce qu’il compte des militants déterminés et qu’il peut mieux mobiliser des masses humaines que les autres, prendrait le pouvoir. Il reste au fond un lambertiste, admirateur de Lénine, qui a mis en pratique le concept du groupe d’avant-garde de révolutionnaires professionnels. Les institutions de la Ve république seraient abolies et il pourrait enfin enfiler le costume de Chavez, son héros. La meilleure façon d’éviter cette évolution dramatique et d’éviter un face-à-face destructeur, c’est de renforcer les partis modérés. Ce doit être notre objectif dimanche prochain.