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La Cène des JO: Léonard trahi par ses émules même

On a beaucoup parlé de la manière dont la cérémonie d’ouverture des JO a semblé blasphémer la religion chrétienne. Ce qu’on n’a pas souligné, c’est combien elle a blasphémé l’esthétique. L’idéal d’un Eros androgyne promu par l’art de Léonard de Vinci a été trahi par l’inculture des défenseurs du transgenrisme. Analyse de Daniel Salvatore Schiffer, auteur d’un livre sur le génie polymathe de la Renaissance italienne.


« M’a-t-on compris ? Dionysos contre le Crucifié… » : telle est l’ultime sentence de Friedrich Nietzsche, l’un des philosophes les plus importants du XIXe siècle, dans son dernier livre, intitulé Ecce Homo, œuvre où, au-delà même de ses accents autobiographiques, il parachève, par l’entremise de ce Dionysos s’opposant ainsi là au Christ, sa virulente critique des valeurs judéo-chrétiennes pour y substituer ce qu’il appelle, au terme de cette morale conçue pour les temps à venir, sa « transmutation des valeurs ». Mais, surtout, une phrase, cette ultime pensée nietzschéenne, qui, à l’heure où les polémiques, sinon l’indignation, abondent au sujet de l’un des tableaux vivants les plus commentés de la cérémonie d’ouverture de ces Jeux Olympiques de Paris, semble résumer, fût-ce inconsciemment, l’esprit, sinon la claire intention, de son directeur artistique, Thomas Jolly, conseillé certes en cela, sur les questions d’ordre plus spécifiquement historiques, par quelques spécialistes, au premier rang desquels émerge Patrick Boucheron.

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Ce tableau – ou plutôt, pour être plus précis, ce double tableau – c’est, bien sûr, la fameuse « Cène » de Léonard de Vinci, l’un des trois grands génies (avec Michel-Ange et Raphaël) de la Renaissance florentine, auquel l’on a joint pour l’occasion, comme en un diptyque inédit, « Le Festin des dieux », datant de 1635, du peintre néerlandais Jan van Bijlert (quoique, pour être tout à fait exact, la première allégorie picturale de cette fête païenne soient en réalité le fait initial, en 1514 déjà, de Giovanni Bellini puis, achevée cinq ans plus tard, du Titien, tous deux artistes majeurs de la Renaissance vénitienne) : une œuvre, aujourd’hui conservée au musée Magnin de Dijon, d’inspiration mythologique (gréco-romaine), célébrant allègrement, au sommet de l’Olympe, les noces de Thétis et de Pélée. Dont acte !

Sauf que, peu de critiques, trop unanimement centrés sur la seule notion de « blasphème », l’ont perçu en profondeur, ce prétendu double tableau de Thomas Jolly manque, par-delà même ses pitoyables fautes de goût sur le plan purement esthétique, l’essentiel, tant dans le fond que dans la forme, y manifestant ainsi une non moins navrante ignorance en la matière.

Quand le culte du beau vire à la culture du laid

La plus flagrante de ces grossières fautes de goût, mais qui témoignent également d’une consternante méconnaissance du sujet prétendument traité là, est, sans conteste, la manière, aussi grotesque que caricaturale, dont Dionysos, dieu grec du vin et du plaisir, y a été représenté, affublé d’une horrible couronne de fleurs synthétiques en guise de parure vestimentaire et peinturluré d’un non moins douteux bleu schtroumpf, par l’inénarrable Philippe Katerine, avec un corps rendu là, par-delà même sa quasi nudité, artificiellement obèse.

Car, loin et même à l’opposé de ce piètre accoutrement, Dionysos, jeune et bel éphèbe, n’avait certes rien à envier, bien au contraire comme le montrent à souhait ses diverses représentations au sein de la statuaire hellénique, à la beauté plastique, en tous points conforme aux canons esthétiques de cetemps-là, de son rival, et complément au sein des divinités athéniennes, Apollon, dieu des arts et de la lumière. Preuve en est, parmi d’innombrables autres représentations, mais néanmoins toujours dans la droite ligne de l’imaginaire alors en vogue au sein de la Renaissance italienne aussi bien que de l’Antiquité grecque, la manière, d’une grâce sans pareille, dont Léonard de Vinci en personne, le magnifique auteur de la précitée « Cène » justement, le dépeint dans sa toute dernière œuvre : un tableau intitulé, précisément, « Bacchus »,nom latin de Dionysos au sein du panthéon romain ! 

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Ce superbe « Bacchus » léonardesque, assis au milieu d’un paysage idyllique et revêtu d’une peau de léopard, le voici, du reste, tel qu’on peut le contempler à loisir depuis des lustres, mais que les concepteurs de la cérémonie de ces JO de Paris n’ont manifestement jamais vu ni même pris la peine de considérer un tant soit peu, au musée du Louvre lui-même. C’est dire si l’ignorance, de leur part, est là, en cette pénible circonstance, à son triste comble!

Mais il y a plus, encore, en ce « Bacchus » ! C’est qu’il se veut en fait là une variante picturale d’un autre tableau, l’avant dernier, du même Léonard de Vinci : son sublime « Saint Jean-Baptiste » qui, en plus d’être le premier clair-obscur de l’histoire de l’art (près d’un siècle avant Rembrandt ou Le Caravage), s’avère en fait, l’index droit pointé vers le ciel en guise d’appel à la transcendance divine, une figure androgyne et au sourire typiquement, à l’instar de celui donnant vie au visage de sa célébrissime « Joconde », léonardesque lui aussi. Ce « Saint Jean-Baptiste » de toute beauté, d’une grâce quasi angélique, le voici, ici aussi, tel qu’il se donne à voir également, en majesté, au musée du Louvre.

Sur l’androgynie: l’érotisme bisexué des anges

Quant à ceux qui douteraient de son androgynie, qu’ils se reportent alors, en guise d’incontestable preuve en la matière, à son dessin préparatoire (hélas resté injustement méconnu, tant il est objet de censure et même carrément interdit à la vision du public au regard de son caractère particulièrement audacieux sur le plan sexuel), où l’on voit, dessiné au fusain, ce même et très ambigu « Saint Jean-Baptiste », le buste nu, orné de seins de femme et, le sourire ostensiblement malicieux, voire ouvertement provocateur sous son abondante chevelure bouclée, exhibant un long sexe, entièrement nu lui aussi, en érection!

Le titre définitif de cette œuvre ultime, nimbée d’un érotisme hautement transgressif, de Léonard de Vinci, dandy avant la lettre et notoire homosexuel, n’est pas, lui non plus, moins évocateur : « L’ange incarné ».  Il est de notoriété publique, en effet, que les anges, bibliquement parlant, n’ont pas de sexe – asexués, donc – ou plutôt, s’ils en ont un, il se doit forcément d’être, contre tout binarisme anthropologique ou lacune physiologique, de nature bisexuée, incorporant ainsi conjointement, afin de mieux comprendre ainsi l’espèce humaine en sa globalité, le masculin et le féminin, eux-mêmes intrinsèques à toute humanité correctement, et surtout totalement, entendue à l’aune, par définition, de l’absolue perfection divine!

Une mise en scène ou, à force d’inclusion, c’est la grâce de l’art qui s’en est trouvée exclue

C’est ainsi que, rapporté cette fois à l’authentique et fameuse « Cène » de Léonard de Vinci, fresque décorant, agencée en une perspective architecturale digne du grand Bramante, le mur frontal du réfectoire de l’ancien couvent milanais de Santa Maria delle Grazie, le Christ lui-même y apparaît lui aussi sous les traits, pour qui sait y regarder de plus près, d’un être bisexué, comme le montre également sans ambages, placé à sa droite (à sa gauche pour les spectateurs que nous sommes), son apôtre préféré, Saint Jean, qui y pose ici, quant à lui, sous la figure, d’une délicatesse infinie, d’une jeune et tendre femme (que certains commentateurs avisés assimilent en outre là, soit dit en passant, à Marie-Madeleine, ex-prostituée que Jésus aima, comme le laissent clairement sous-entendre les Saintes Écritures, d’un amour certes christique, voire divin, mais néanmoins, là aussi, tout humain).

De la culture du blasphème au culte de la vulgarité

Conclusion ? C’est dire si Léonard de Vinci, génie d’entre les génies, était en avance, avec cette divine et très moderne invention du troisième genre – l’androgynie ou même l’hermaphrodisme, ce mythe inhérent à l’Antiquité grecque – sur son temps, et combien donc, dans ce sillage artistique, il avait anticipé ce que les tenants de l’inepte wokisme contemporain, dont les adeptes LGBTQIA+, qui n’ont donc manifestement rien inventé contrairement à ce qu’ils vont prétendant du haut d’on ne sait quelle moraline de bas étage, considèrent aujourd’hui comme un acte de libération majeure!

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Sauf que, trahissant ainsi là les idéaux philosophiques tout autant qu’esthétiques de cette Grèce antique comme de cette Renaissance italienne, ils y ont misérablement ajouté, y prenant la vulgarité des poses pour la liberté des mœurs et la laideur de la forme pour l’originalité du fond, une ignorance à faire tressaillir de honte les authentiques amoureux, un tant soit peu cultivés, du beau en sa plus noble expression.

Bref : une mise en scène, cette « Cène », populiste et démagogique, grandiloquente et lourdingue, confuse et malhabile, tapageuse et tape-à-l’œil, dépourvue de toute élégance formelle comme de tout raffinement intellectuel, de cette grâce qui faisait le génie, suprême signe distinctif, de Léonard de Vinci. Trop peu, ces seuls, faciles et superficiels effets visuels pour dire en profondeur, fût-ce avec la technologie la plus performante, l’âme du monde !

Aussi est-ce peut-être là, précisément, que réside l’unique mais véritable scandale, qui n’avait pourtant rien de blasphématoire religieusement tant elle s’est révélée indigente conceptuellement, de cette cérémonie d’ouverture, inégale à bien des égards, des Jeux Olympiques, édition 2024, de Paris.

Pis : une cérémonie où, à force d’inclusion, c’est l’art lui-même, plus encore que l’universalisme qu’elle prétendait y mettre en valeur, qui, finalement, s’en est donc trouvé là, paradoxalement, exclu !

Divin Vinci. Léonard de Vinci, l'Ange incarné

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rockisme contre wokisme

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Le dandysme: La création de soi

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Olivier Amiel récidive : touchdown !

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En principe, « le je est haïssable ». En pratique et en Olivier Amiel dans le texte de son quatrième opus, le jeu américain est prétexte à un « nous » qui cache sa pudeur sous un exhibitionnisme métaphorique.


Un OLNI : objet littéraire non identifié

Unité d’action : ce n’est ni un roman, ni un essai, ni une pièce de théâtre, plutôt une balade autobiographique désabusée, dans un paysage dont les hauts sont américains et les bas hexagonalement dépressifs. Unité de temps : une semaine, un chapitre par jour. Unité de lieu : la chambre du fils du narrateur que ce dernier customise en « basement », salle de jeu typique des sous-sols dans les maisons individuelles américaines. Unité de personnage : le monologue du narrateur est entrecoupé de voix off imaginaires ou fantasmées (celle de son père, celle du vendeur de Bricorama) et de citations de « grands auteurs ».

Le titre n’est pas une allégorie, encore moins une plaisanterie 

L’auteur ambitionne réellement d’intéresser le public français à un jeu emblématique du Nouveau monde, dont le nom est « football ». Sauf que les Américains appellent « soccer » celui qui passionne les Français… et que nous appelons le leur, en français, « football américain ». Le déclencheur de cette promenade est ce que l’auteur qualifie d’humiliation majuscule : sa sélection au nombre des dix finalistes d’un prix littéraire dont, pour la première fois, seuls les deux premiers ont été rendus publics. Humiliation d’autant plus minuscule que seul l’ego des huit autres en a souffert, en silence pour sept d’entre eux et en littérature pour Amiel.

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Le patronyme de l’auteur est aussi un prénom bilingue : en hébreu, il signifie « le dieu de mon peuple » et en celte, à peine moins ambitieux, il se traduit par « chef » ou « prince ». Et l’on voudrait qu’il soit modeste ? Mardi, c’est match inaugural de la saison de football américain, qui fait intervenir la voix pseudo-racaille de son fils. Remarque désabusée de l’auteur sur l’extravagance où peut se nicher le sentiment d’appartenance : « avec sa bande de copains dans leur collège privé et bourgeois, c’est à la mode de parler comme les caïds des cités… » Le père, lui, avoue une tendresse réactionnaire assumée, même si elle déclenche le courroux de l’aristocratie woke amatrice de « iel » et réfractaire à la biologie : « Accompagner son enfant au stade reste un des plus grands plaisirs partagés entre un père et son fils ». Et de réitérer la provocation en aimant un « jeu qui est un sport de gagne-terrain », dont l’acmé est le « touchdown » qui donne son titre au livre et des migraines aux amateurs de foot classique qui essaient d’en comprendre les règles.

Virilité et wokitude sont dans un stade. Qu’est-ce qui nous reste ?

C’est un sport « qui répond au besoin de virilité des Occidentaux ». De quoi faire se retourner le neurone de Sardine Ruisseau dans son bocal ! Et la rasséréner quand l’auteur nous apprend que « les instances professionnelles du football américain tentent depuis quelques années de « dégenrer » au maximum ce sport à l’engagement féroce et à la brutalité exacerbée ».

L’homo wokistus, « aime le frisson du danger de la guerre » décrypte l’auteur, mais ça ne l’empêche pas d’être une chochotte qui fait attention de ne pas « se couper les doigts avec la feuille de papier du journal du matin ». L’amour du jeu comme pansement après « l’Humiliation » littéraire est aussi aveugle que l’amour tout court : « Il y a quelque chose de très intellectuel dans ce sport de brutes ». Mais l’auteur fait dans l’autodérision vis-à-vis de notre société, affligée du paradoxe de Tocqueville. L’Américain avait décrit le phénomène : plus la distance séparant une société de son idéal diminue et plus elle paraît insupportable à ses membres. Ce que Amiel résume en « Nous sommes collectivement frappés du syndrome de la princesse au petit pois ».

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Vendredi, c’est philosophie, avec le « présentisme », qui consiste à interpréter « le passé à travers le prisme du présent, sans aucune mise en perspective historique » et l’antisémitisme, dont la majorité des passages à l’acte, depuis le 7 octobre 2023, « se situe géographiquement dans les métropoles démocrates et les campus universitaires chics et libéraux, chez les privilégiés de gauche et prétendument progressistes… »

Les wokes américains étant habillés pour l’hiver, l’auteur se tourne, en bas de chez lui, vers les manifestants pro-palestiniens, « très grande majorité de vieux blancs avec un look gauchiste d’ancien soixante-huitard », qui scandent des slogans antisémites et pour qui « le Juif est un « Super blanc » dans le sens de la construction et de la domination sociales, donc un privilégié. Il est ainsi non défendable pour les militants racialistes de la lutte antiraciste, et tant pis si ça fait défendre, parfois, l’indéfendable ».

L’important c’est de participer, mais on a plutôt envie de faire comme l’auteur et de s’enfermer dans son for intérieur, dont il ne sort que pour l’alibi sportif : « Le lyrisme de la guerre de Jünger ne peut que parler à ma génération préservée. De là à aller à la guerre comme un jeu, no, mais trouver un jeu semblable à la guerre, oui. Et c’est tellement plus calme pour la génération suivante ». S’il a raison, ce sera plus calme après les Jeux olympiques. On ne peut s’empêcher d’en douter. Cela n’enlève rien à son talent.

Touchdown: Journal de guerre

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GB News, la télé des déplorables

GB News est la sœur britannique de CNews. Une chaîne d’info rompue aux critiques de la presse bien-pensante et aux rappels à l’ordre de l’Arcom anglais. Son public, méprisé par les bonnes âmes, est de plus en plus nombreux. Mais la majorité travailliste qui sortira sûrement des urnes rêve de brider cette voix conservatrice.


« Le régulateur devrait fermer cette chaîne. » « On devrait lui retirer sa licence de diffusion. » Ce ne sont pas des propos sur CNews proférés par quelques députés Insoumis ou commentateur francintérien, mais des remarques sur la chaîne britannique GB News faites par une élue conservatrice modérée et un journaliste politique de renom. GB News et CNews ont en commun d’être conspuées par les élites dominantes du centre et de la gauche. Pour la bonne raison que les deux chaînes savent parler à ce public prolétaire ou petit-bourgeois, vivant généralement en dehors des grandes villes, qui s’inquiète des impacts négatifs de l’immigration non maîtrisée et de la mondialisation. Ceux que David Goodhart appelle les « somewhere » et qu’Hillary Clinton a baptisé les « déplorables ». En plus d’être créditées des mêmes travers – désinformation, racisme, sexisme et favoritisme envers la droite dure –, GB News et CNews sont régulièrement tancées par le gendarme des médias, l’Arcom ou son équivalent britannique l’Ofcom. Elles ont souffert de campagnes de militants d’extrême gauche pour faire fuir les annonceurs. Et elles perdent de l’argent tout en augmentant sans cesse leur audience au point de dépasser ou talonner la concurrence établie, BFM TV et Sky News. Lancée en juin 2021, cinq ans après la transformation d’I-Télé en CNews, GB News a réussi à s’imposer sur un créneau similaire que les autres chaînes refusent de servir : celui de l’électorat populiste. Les deux sont dénoncées comme des chaînes d’opinion plutôt que d’information, mais le fait est qu’elles accueillent des opinions que les autres médias ignorent superbement. Elles sont pointées du doigt pour leur traitement jugé disproportionné des questions d’immigration et d’ordre public, mais ces questions, vitales pour beaucoup de citoyens, sont dédaignées par la doxa politique et journalistique.

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Comme CNews, GB News construit sa programmation autour de personnalités fortes, bien connues du public. Parmi les animateurs, il y a un mélange de professionnels chevronnés venus des chaînes privées, Sky News et ITV (la TF1 anglaise), et de jeunes loups comme Patrick Christys, homme du nord de l’Angleterre qui sait parler au public pro-Brexit, ou Nana Akua, d’ascendance ghanéenne, qui ne ménage pas ses critiques à l’égard du mouvement BLM. Leur franc-parler contraste avec l’approche des animateurs de la BBC, mais quand ces derniers affirment que le Hamas n’est pas une organisation terroriste, où est la neutralité ? Il y a aussi des personnages plus insolites, comme Neil Oliver, célèbre pour ses documentaires archéologiques et historiques, qui fait des éditos sur l’État profond face caméra. L’humoriste Andrew Doyle, l’auteur de deux best-sellers satiriques sur le wokisme, anime une émission sérieuse sur la liberté d’expression, tandis que Leo Kearse, qui se qualifie de « comique de droite », commente les actualités chaque soir avec une gouaille écossaise.

Mais la vraie force de GB News tient à sa façon dont elle emploie des personnalités politiques, Nigel Farage en tête. Ce dernier, ancien chef de UKIP et créateur du parti Reform UK, a sauvé la chaîne, qu’il a rejointe peu après sa création, par son émission en prime time tous les soirs. Deux années de suite, il a reçu le prix du meilleur animateur télé du Television and Radio Industries Club, qu’il a accepté sous les huées des journalistes mainstream. Celui qui l’a remplacé à la présidence de Reform UK, Richard Tice, a rejoint GB News en septembre. Mais il y a aussi des conservateurs, comme le député Jacob Rees-Mogg, brexiteur et ministre sous Boris Johnson, et Liz Truss, qui a sa propre émission régulière. En octobre, la chaîne a annoncé que BoJo lui-même allait commenter les élections britanniques et américaines cette année, mais l’ex-Premier ministre semble avoir changé d’avis depuis.

Un public « imaginaire »

Une chaîne d’information peut-elle recruter des politiques ? La réponse repose sur la distinction que fait le droit britannique entre news – « information » – et current affairs – « débat ». Si le politique ne s’immisce pas dans les news, tout va bien. Avant que Farage décide – au dernier moment – de reprendre sa casquette de leader de Reform et de se porter candidat aux législatives, il aurait pu commenter les élections. Pour autant, l’Ofcom a été saisie de plusieurs réclamations sur la neutralité des politiques. Ce n’est pas un problème pour les téléspectateurs de la chaîne. Ce public a été qualifié par une journaliste de The Guardian d’« imaginaire », mais une étude récente montre qu’il est bien réel, majoritairement masculin, a plus de 47 ans, et se dit pour 51 % appartenir aux classes ouvrières et pour 41 % aux classes moyennes. Certes, en 2019, il a voté conservateur à 51 %, mais tout de même à 22 % pour les travaillistes de Corbyn. Il a voté à 63 % pour le Brexit et en 2024, il serait prêt à voter majoritairement pour Reform UK. Il se peut bien que le succès de Farage se retourne contre sa chaîne. Les candidats Reform risquent de diviser le vote de droite au bénéfice des travaillistes. Cela risque non seulement de coûter son siège à l’animateur conservateur Rees-Mogg, mais aussi de donner une super-majorité au Parlement à des travaillistes impatients de rendre le cadre réglementaire beaucoup plus difficile pour GB News.

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Reste à savoir qui sont les généreux propriétaires qui remettent périodiquement la chaîne à flot. Les actionnaires principaux sont Legatum, une société d’investissement dirigé par le Néo-Zélandais Christopher Chandler, et sir Paul Marshall, le cofondateur d’un important fonds spéculatif. Les deux hommes sont connus pour leur philanthropie. Comme Vincent Bolloré, Marshall est un chrétien fervent qui met sa fortune au service du conservatisme en général et construit patiemment un empire médiatique. Il vient de quitter le conseil d’administration de GB News dans l’espoir d’acquérir le grand quotidien de droite The Daily Telegraph et l’hebdomadaire The Spectator. Il a lancé l’excellent média en ligne antiwoke UnHerd, en 2017, et il est réputé proche du gourou du conservatisme, le Canadien Jordan Peterson. Marshall, comme Bolloré, est critiqué pour mettre son argent au service de causes politiques, mais sans de tels hommes, il serait impossible de résister à la domination des « Pravda » élitistes et des quasi-monopoles d’État.

Mon Dieu, après les JO, est-ce cette Assemblée-là qui va légiférer sur la mort administrée ?

Après la parenthèse olympique, le débat sur la légalisation de l’euthanasie reviendra sur le devant de la scène. Mais est-ce qu’on peut faire confiance aux élus actuels de l’Assemblée nationale, obsédés par des questions purement politiciennes d’alliances et de contre-alliances, pour délibérer et légiférer sur un tel sujet en toute sérénité? Tribune de Jean Lacau St Guily, médecin et cancérologue.


La dissolution de l’Assemblée nationale a brutalement interrompu le processus législatif sur la légalisation de la mort administrée sous les formes de l’euthanasie et du suicide assistée. L’Assemblée se cherche, les partis se cherchent, le gouvernement se cherche, le président se cherche, l’institution se cherche, le régime se cherche ; aucun ne sait que faire pour remettre le pays en marche, sauver son économie, sa sécurité, ses frontières. Ouuuf il y a les vacances et les Jeux Olympiques qui font tout oublier pour une parenthèse enchantée : l’organisation est parfaite, le travail des champions français paye, il y a des perdants magnifiques et des gagnants de légende, les Français unis les soutiennent et se réjouissent, c’est un fonctionnement normal, c’est une espèce d’éphémère modèle français où les politiques, président en tête, viennent prendre la lumière. Là ils se trouvent.

Mais ce monde politique-là, passés les jeux olympiques et les vacances, a fait inscrire la loi sur la fin de vie pour qu’elle soit la première loi confiée à cette assemblée ; soumise identique à celle qui était en cours d’examen, après une discussion préalable purement formelle (mais cela ne semble plus devoir être un problème dans cette assemblée qui semble bien se nourrir d’injonctions contradictoires en ce qui concerne l’exercice démocratique) et rapidement menée, on revoterait en l’état les premiers articles précédemment votés, puis, à brides abattues, on irait jusqu’au bout de la loi autorisant l’euthanasie et le suicide assistée ; mais des simplifications sont aussi possibles : par exemple, sans reprendre les articles sur les soins palliatifs car objectivement trop coûteux et trop difficiles à mettre en œuvre, mais en libéralisant encore les conditions d’accès à la fin de vie administrée en faisant un copier-coller des demandes instantes des associations euthanasistes. Les jeux politiciens des groupes les uns contre les autres, acceptant les collusions partisanes quand elles arrangent, cherchant plus à détruire des adversaires qu’à réfléchir en responsables sur le Bien Commun, décidant ce qui est progressiste ou réactionnaire, parviendront probablement à faire passer n’importe quoi dans cette loi pour faire du tort à l’ennemi politique. On doute qu’il puisse être question de conscience, de réflexion, de temps long, de solidarité, de pacte entre forts et faibles, d’accompagnement, de don, de réciprocité, pourtant indispensables sur le sujet de la fin de vie. De la geste olympique, on ne retiendrait que la victoire des forts et l’on oublierait bien vite le soutien des forts à la fragilité des faibles que proclament pourtant magnifiquement les jeux paralympiques.

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Pourtant, comment peut-on imaginer que les acteurs du triste spectacle qui a été offert aux citoyens français effondrés, quels qu’aient pu être leurs votes, soient ceux à qui on confiera de légiférer sur un tel sujet ? Comment pourra-t-on leur faire confiance, les prendre au sérieux, croire ce qu’ils diront, penser qu’ils voteront autrement qu’à courte vue politicienne en se fondant uniquement sur des jeux d’alliance : je vote pour parce que c’est le deal avec tel autre groupe, je vote contre pour ne pas faire le jeu de tels autres ? Pitié ! Qu’on épargne une mascarade de plus aux Français et que ceux qui vont mourir ne se retrouvent pas à la merci d’une telle loi de circonstances partisanes. Ce serait une honte de plus pour notre pays. Et qui nous ferait retomber de haut après la gloire olympique qui nous aura été offerte cette année.

Ils étaient quatre…

Philippe Bilger se souvient de quatre grands avocats qui manquent à ceux qui les connaissaient mais qui restent présents comme des modèles pour leur profession.


Il y a des titres ambigus qui me plaisent. Parce que celui que j’ai choisi fait référence à quatre immenses avocats disparus, aux personnalités tellement dissemblables que les définir par ce chiffre est sans doute la méthode la plus appropriée.

Ils manquent à leurs amis, dont j’étais, à leur famille, au monde judiciaire, à la vie intellectuelle, à la passion d’exister, on ne les a pas remplacés parce qu’en chacun d’eux il y avait une force, une singularité, une puissance, une liberté, une simplicité (cette qualité est rare chez nos petits maîtres d’aujourd’hui) qui les constituaient, chacun, comme uniques.

Ils ne se ressemblaient pas mais s’estimaient, s’admiraient. Deux d’entre eux avaient un profond compagnonnage, les mêmes origines, presque le même parcours. Il y avait aussi le maître de l’éloquence venue de l’école aixoise, la superbe voix qui dans l’exaltation, l’indignation, l’argumentation, convainquait souvent, ne se décourageait jamais, avait pour ennemie la peine de mort et a suscité beaucoup d’imitateurs qui avaient tout de lui sauf l’essentiel qui était la parole incroyablement en mouvement. Il y avait enfin mon maître en courage et en rigueur, la froideur apparente dans une énergie en feu et une intelligence indépassable, la foudre du verbe, le respect des juges quand ils le méritaient sans, jamais, la moindre complaisance.

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Pourquoi ai-je eu envie, dans une période qui prête davantage à la facilité, à la futilité qu’à l’émotion et à la nostalgie, de faire revenir dans ma mémoire ces quatre personnalités d’exception qui étaient de surcroît des avocats inouïs alors qu’il me semble que dorénavant on a seulement des conseils et on verra après s’il y a de la culture, de l’humanité, de la vérité… 

Peut-être parce que ces périodes apparemment creuses où le temps se traîne ou va trop vite sont aussi destinées à combler les failles, les béances, les lacunes, à estomper les déceptions grâce au retour éclatant, en pleine lumière, de ces quatre que j’ai eu le bonheur de côtoyer, que j’ai affrontés. Et à l’issue des joutes, j’étais fier d’avoir gagné et, si j’avais perdu, j’étais fier que cela ait été à cause d’eux…

L’homme de l’éloquence aixoise devenu une référence dans les cours d’assises, à Paris et ailleurs, Jean-Louis Pelletier, bien sûr. Dans les deux inséparables fougueux, totalement complices, avocats authentiques jusqu’au bout des ongles, on a évidemment reconnu Pierre Haïk et Hervé Temime. Enfin, qui a pu se tromper sur l’identité du porteur de foudre et de cet ascète judiciaire qu’était Thierry Lévy ?

Je pense à eux.

Léon, Félix : la Troisième République est de retour !

Au-delà de leur succès sportif, Léon Marchand et Félix Lebrun semblent remettre au goût du jour des prénoms bien de chez nous d’une autre époque. Signe d’une forme de résistance à la mondialisation et à l’américanisation de la société? Analyse de Frédéric Magellan.


Cette séquence olympique offre finalement une pause rafraichissante après les agitations politiques du printemps, et la France, encore coupée en trois il y a quelques semaines, communie aujourd’hui dans le succès de ses champions. On devine cet élan unanime suffisamment éphémère pour l’apprécier d’autant plus. Au classement des médailles, le pays fait mieux que tenir son rang.

Duels et moustaches retroussées

Léon, Félix ! Serions-nous revenus à la Troisième République ? Ces prénoms évoquent en effet la France d’il y a cent vingt ans, quand les messieurs portaient la moustache retroussée, indice d’un nationalisme viril, et s’adonnaient au duel pour un mot de travers. Le régime qui a succédé au Second Empire est resté dans la mémoire collective comme « la République des Jules », puisque les Favre, Simon, Ferry et Grévy ont connu des destins politiques plus ou moins importants durant le dernier tiers du XIXᵉ siècle. On sait que le prénom Jules a connu un regain de forme depuis le début des années 2000. Avec les succès sportifs de Léon Marchand (né en 2002) et de Félix Lebrun (né en 2006), on réalise que d’autres prénoms très « 1905 » ont aussi fait leur réapparition.

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Léon est un prénom qui transcende les clivages. Léon Bloy, Léon Daudet, Léon Blum : du mendiant ingrat au chef du Front Populaire en passant par le pamphlétaire maurrassien, le prénom réconcilie toutes les familles spirituelles de la France. Déjà à l’époque, les Léon pouvaient s’écharper à propos de l’affaire Dreyfus ou pour la traduction d’un vers de Virgile, mais l’amour des lettres arrondissait quand même beaucoup d’angles. Félix Lebrun, lui, fait mieux que de nous évoquer le président Félix Faure, décédé dans les circonstances que l’on sait. Félix Lebrun, c’est un nom qui rappelle aussi Albert Lebrun, aux commandes du pays dans les heures tragiques du printemps 40. Le général de Gaulle l’a définitivement assassiné, en une seule phrase, dans les Mémoires de guerre « Au fond, comme chef de l’État, deux choses lui avaient manqué : qu’il fût un chef ; qu’il y eût un État ». A Félix Faure, les excès de la volonté de puissance ; à Albert Lebrun, les excès de l’involonté de puissance.

Des prénoms qui contrastent avec ceux de l’équipe de France de football, défaite en juin dernier par l’Espagne lors du Championnat d’Europe des Nations. Les prénoms américains à la Kylian y côtoient des prénoms à forte connotation communautaire : Youssouf, N’Golo, Ousmane. N’exagérons pas l’ampleur de ce clivage entre le football et les sports olympiques : Alphonse Aréola et Jules Koundé portent aussi avec leurs prénoms un petit côté « Troisième République ».

Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes

On aurait tort de prendre à la légère ces questions de prénoms. Au cours de la campagne présidentielle 2022, la polémique du prénom a été réveillée à chaque interview (ou presque) d’Éric Zemmour. Quelques années auparavant, le journaliste devenu candidat avait considéré que la perpétuation des prénoms musulmans parmi les descendants de la deuxième ou de la troisième génération d’immigrés était un signe de refus d’assimilation. Sur le plateau de Thierry Ardisson, en 2018, il avait même déclaré à Hapsatou Sy : « C’est votre prénom qui est une insulte à la France. La France n’est pas une terre vierge, c’est une terre avec une histoire, avec un passé. Votre prénom n’est pas dans l’histoire, vous êtes dans les tréfonds de la France ». Importance démesurée accordée à un choix intime, avaient estimé beaucoup de commentateurs. Pourtant, il n’a pas fallu attendre 2018 pour que transparaissent dans le choix du prénom stratégies sociales et goûts politiques. Au XVIIᵉ siècle, La Bruyère, dans Les Caractères, reprochait aux Grands de son temps d’affectionner les prénoms antiques au détriment des prénoms chrétiens, qui, alors, faisaient « peuple » : 

« C’est déjà trop d’avoir avec le peuple une même religion et un même Dieu : quel moyen encore de s’appeler Pierre, Jean, Jacques comme le marchand ou le laboureur ? Pour nous autres grands, ayons recours aux noms profanes : faisons-nous baptiser sous ceux d’Hannibal, de César et de Pompée : c’étaient de grands hommes ; sous celui de Lucrèce : c’était une illustre Romaine ; sous ceux d’Achille, d’Hercule, tous demi-dieux. Et qui nous empêchera de nous faire nommer Jupiter ou Mercure, ou Vénus, ou Adonis ? »

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Ce goût pour les prénoms exotiques parmi les élites résista longtemps. Quand un certain Napoléon Bonaparte commença à faire parler de lui, les aristocrates de son temps trouvaient ce prénom un peu trop original pour un homme d’aussi basse origine et le soupçonnaient de se prénommer en réalité Nicolas. D’après Maurice Agulhon, si le prénom Marianne est peu à peu associé à l’allégorie de la République au cours du XIXᵉ siècle, c’est parce que les gens de la bonne société trouvaient au nouveau régime des origines tout aussi plébéiennes que leurs propres domestiques, qui s’appelaient bien souvent Marie-Anne, prénom doublement et banalement chrétien. Ce n’est que bien plus tard que les prénoms composés sont devenus des apanages de la bourgeoisie (redevenue) catholique.

Plus proche de nous, Fabien Roussel, prénommé ainsi en hommage au Colonel Fabien, membre du PCF et figure de la Résistance, nous montre que le prénom détermine déjà quelque peu les choix politiques de celui qui le porte, et pour paraphraser le titre du film de Jean-Jacques Zilbermann, nous rappelle que tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes.

Demain, les Léon contre les Kévin

Alors, que penser du retour des Léon et Félix ? Leur renaissance il y a une vingtaine d’années nous apparait aujourd’hui sur les podiums olympiques. Et peut-être demain dans l’hémicycle, où des enfants plus ou moins bourgeois et centristes ferrailleront contre les prolétariens Jordan et Kévin du Rassemblement National. Rétrospectivement, ce retour des prénoms old school fait l’effet d’une résistance gauloise et un peu snob à la mode des prénoms américains (et italiens) apparue à la fin du siècle dernier, quand les parents des classes populaires prénommaient leurs enfants comme les personnages des séries qu’ils visionnaient à la télé.

Nouvelle France en chantier

Cachan et les abords de la RN 20, dans le Val-de-Marne, préfigurent la France de demain : un pays cloisonné en communautés inintégrées où, face à la « diversité », les Blancs vivent retranchés. Sur les décombres de l’assimilation ne prospère qu’un seul modèle, la société de consommation.


Une belle femme peut arrêter la marche du monde. Une femme moche munie d’un mégaphone peut au mieux perturber la circulation.

J’allais faire mes courses à l’Intermarché de Cachan quand un groupe de nanas a débarqué. Mégaphone, banderoles, drapeaux à l’effigie du Nouveau Front populaire. Leurs voitures étaient couvertes d’adhésifs et de ballons comme si elles participaient à un mariage. Que la Nature est cruelle avec certaines femmes ! La plus agréable à regarder tenait son attrait de ses boucles d’oreilles gigantesques. À vrai dire, la Nature n’y est pour rien, car à y regarder de plus près l’on croit déceler les vestiges d’une beauté innée, malheureusement ensevelie sous des tonnes de haine de soi. S’enlaidir semble faire partie du catéchisme de la gauche extrême. Le prix à payer pour ressembler au monde que l’on souhaite édifier.

Intermarché de Cachan © Ville de Cachan

« Le Rassemblement national n’est pas mon ami ! Le Rassemblent national n’est pas mon ami ! »

Je m’en fiche, je ne lui demande pas d’être mon ami sur Facebook ou mon match sur Tinder.

Trois Algériens, probablement clandestins à leur apparence « récemment arrivés en France » buvaient des bières sur un banc, à l’ombre des platanes. N’est-ce pas ça l’assimilation que de se bourrer la gueule à la 1664 sous les platanes de Marcel Pagnol ? Nos amis ne semblaient pas gênés par le mégaphone, ils débattaient en faisant de grands gestes dramatiques pour savoir qui serait de corvée pour les réapprovisionner, car la 1664 arrivait à son terme.

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Des Marocains passent et se disent : « Elles n’ont pas de maris ? »

Il n’y a aucun homme au sein de ce groupe d’une petite douzaine de femmes engagées. Très certainement, leurs hommes sont partis, avec des Ukrainiennes ou d’autres hommes peut-être, à moins qu’ils soient préposés aux tâches ménagères.

Un couple de Marocains s’arrête et veut bien prendre un tract. Ils parlent en dialecte marocain, une langue comme une autre dans cette portion de la RN20 qui lèche les villes de Cachan, Arcueil et Bagneux. L’autre fois, à la salle de sport, je suis tombé sur deux jeunes étudiants charmants en provenance d’Oujda. Ce jour-là, à pousser de la fonte il y avait un tiers de Marocains, un tiers d’Africains et un autre de Français de souche.

De l’autre côté de la route nationale…

Pour les croiser, les Blancs, il faut faire un pas de côté et s’aventurer dans les rues perpendiculaires à la RN20. Côté Cachan, une pente douce vous éloigne de la tour de Babel et vous emmène en France, au milieu des Français « version Amélie Poulain » avec leur mairie, leur cinéma de quartier et leur cimetière. D’ailleurs, ça sent la mort ici. Les rues proprettes sont désertes, les pavillons coquets semblent inhabités. J’ai beau passer devant plusieurs fois par jour, aucun mouvement, aucun bruit à part le chant des oiseaux. Le week-end, on renifle ici et là l’odeur d’un barbecue en préparation. Une fois, il m’est arrivé de voir un habitant sortir sa voiture pour la laver dans la rue. J’étais heureux. Il était vieux. J’ai failli le prendre en photo, mais je me suis ravisé.  Il y a ici comme une vie repliée sur elle-même. Une civilisation qui exerce son droit au retrait, pourvu qu’on la laisse tranquille.

Un monde s’en va, et en attendant le coup de grâce, il tourne le dos à son remplaçant.

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On se fait facilement une idée du futur en retournant sur la RN20, connue également sous le nom d’avenue Aristide-Briand. Des Bangladais travaillant pour Uber Eats y ont élu domicile, ils sont assis face au McDo et au Burger King. Ils ont la tête, l’esprit et l’âme tournés vers le Bangladesh. Leur civilisation a élu domicile sur l’écran de leur téléphone, elle les tient en laisse, comme une maîtresse expérimentée envoûte un cœur tendre. Ils n’apprendront jamais le français. Et quand la commande arrive, ils enfourchent leur scooter à toute vitesse. Ils ont beau se presser, je les retrouve plus loin, à attendre qu’on leur ouvre en bas des immeubles de bureau qui poussent comme des champignons vénéneux le long de l’avenue. Ces horreurs en plastique et en verre teinté évoquent la capitale administrative d’un pays neuf où il n’y a jamais eu de culture, d’imagination, ni de sensibilité. Alors, on a demandé à un ordinateur d’y projeter des bâtiments et il a conçu des squelettes décharnés. Des hommes passent chaque jour huit heures dans leurs entrailles.

La RN20 est sale et mal entretenue. Les herbes folles sont partout. C’est normal, il s’agit d’un chantier. On y fabrique la nouvelle France en mélangeant deux matériaux : l’immigration et le capitalisme. Le premier se prédispose et le second dispose. Alors qu’une partie de la droite dit que les immigrés ne travaillent pas, la RN20 apporte un démenti assez recevable. Les Bangladais sont toujours « au bureau » 24h/24, les Kabyles triment derrière le comptoir du bar, les Marocains bossent dans le centre commercial à côté de Maliens munis de talkies-walkies qui font la sécurité. Ils travaillent pour eux et pour le capitalisme qui veut faire du neuf avec du vieux, avec vos os.

Le changement, c’est maintenant

J’ai eu le temps de faire mes courses et de ressortir, les égéries de l’antifascisme étaient encore « mobilisées ». Trois Afghans, tout juste sortis de la vallée du Panshir, font leur apparition. Barbe noire, tunique noire surmontée d’un gilet kaki, baskets blanches. Ils regardent la scène un instant et, insensibles au retour imminent d’Hitler, entrent faire leurs courses.

La RN20 n’est pas seulement une ligne de démarcation entre la France blanche et la France de la Diversité. Elle est la rencontre entre la Folie et la Raison. La folie de ces Français de souche qui demandent plus d’immigration, plus d’impôts et moins de travail. Cachan a voté Macron à 80 % au deuxième tour de la présidentielle de 2022 et Union de la gauche à plus de 57 % au premier tour des législatives de 2024. Face à eux, les Afghans sont raisonnables : ils participent du « chantier » c’est-à-dire du changement, ils sont assis sur la flèche du Progrès qui transperce les entrailles de la France. Et cette flèche passe par la RN20.

Chute libre en Rafale

Quand le président de la République s’est rendu au défilé du 14 juillet, cette année, il a révélé de manière parfaitement involontaire l’étendue du déclin de l’industrie française. Où est passée notre politique industrielle de la grande époque?


Parmi tous les Rafale ayant défilé le 14 juillet le plus remarqué aura certainement été le Renault Rafale présidentiel, nouveau véhicule officiel de la République française. Sa principale originalité ne réside pas dans sa calandre lumineuse tricolore mais plutôt dans le fait que, pour la première fois, le véhicule présidentiel n’est pas fabriqué en France (le Rafale étant fabriqué en Espagne). Plutôt que clou du spectacle il s’agit plutôt d’un clou planté dans le cercueil de ce qui fut une industrie florissante et qui n’est plus désormais que l’ombre d’elle-même, la France n’ayant assemblé en 2023 que 1,5 million de véhicules, contre 3,5 millions en 2005. Elle figure désormais au 12ème rang mondial, derrière la Thaïlande ou le Canada[1]. Dans la pièce de théâtre qu’est la communication politique macronienne, c’est un rappel cruel de la réalité du rapide déclin de l’économie française dans le monde.

Pourtant la production automobile Made in France offrait encore à notre Président la possibilité de choisir dans la vaste palette des messages suivants :

  • Exemplarité : avec un véhicule électrique, celui-là même que l’on demande au bon peuple d’acheter avec diligence et sourire : Renault Scénic (Douai) ;
  • Gaullisme : avec la C5 Aircross, seule Citroën assemblée en France (Rennes) ;
  • Bling-Bling : avec les nouvelles Peugeot 3008 et 5008 (Sochaux), excellents véhicules au style cependant un peu chargé, qui offrent également une motorisation 100% électrique ;
  • Classicisme : avec une Peugeot 508 (Mulhouse), berline traditionnelle survivant dans un monde de SUV ;
  • Provocation : avec un Grenadier, 4×4 massif assemblé en Moselle sur l’ancien site de Smart, qui pourrait être le pendant français de « The Beast », la Cadillac du POTUS (président des Etats-Unis), même si sa faible valeur ajoutée française et son bilan écologique sont discutables ;
  • Misérabilisme : avec une Renault Kangoo (Maubeuge), une façon de draguer un peu lourdement l’électeur ouvriériste égaré à l’estrèmedrouate ; par ailleurs un avant-goût du standing que nous réservera le FMI lorsqu’il aura mis la France sous tutelle ;  
  • Sobriété : dans un pays censément « géré à l’euro près » (selon la plaisante affirmation de notre Bruno Le Maire national), conserver la DS7 présidentielle (Mulhouse) qui ne date que de 2017. Le véhicule le plus écologique étant celui que l’on ne fabrique pas, ce choix concilierait élégamment « fin du mois et fin du monde », et évoquerait le souvenir de Jacques Chirac célébrant sa victoire de 1995 à bord d’une antique CX. L’âge moyen du véhicule mis à la casse en France étant de 19 ans, ce choix enverrait un signal fraternel envers les automobilistes contraints de faire durer leur véhicule au maximum.

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Le plus triste dans ce choix présidentiel d’un porte-drapeau étranger n’est cependant pas le rôle joué par notre Président (car qui désormais se nourrit encore d’illusions sur sa capacité à choisir le bien commun ?), c’est le silence assourdissant avec lequel il a été accueilli, silence que n’a troublé aucune voix politique, syndicale ou patronale majeure, et que très peu de journalistes ont commenté : si L’Usine Nouvelle ou Challenges (via le toujours pertinent Alain-Gabriel Verdevoye) ont sauvé l’honneur, le Figaro par exemple ne mentionne même pas son lieu de fabrication dans l’article pourtant consistant consacré au nouveau carrosse présidentiel. Ce silence de mort symbolise brutalement le désintérêt profond des Français pour l’industrie, désintérêt en même temps cause et conséquence du déclin de cette même industrie.

Renault Caudron Rafale Esprit Alpine, Salon du Bourget, le 19 juin 2023. (NICOLAS MESSYASZ/SIPA, 01117492_000002)

Pourtant le rôle d’un Président soucieux de défendre notre industrie, ce n’est pas d’arborer une casquette McCain pour annoncer emphatiquement l’ouverture d’ une nouvelle ligne de production de frites en France, c’est d’incarner par une vision, des actes et des symboles la souveraineté industrielle telle que définie et mise en œuvre avec succès par De Gaulle puis Pompidou : bâtir et défendre des entreprises françaises de classe mondiale dans les secteurs clé, concevant et produisant sur le sol national.  Renoncer à cette politique industrielle signifierait se contenter des quelques créneaux que nous concède la concurrence internationale : principalement avions, sacs à main, vin et tourisme : de beaux restes mais insuffisants pour maintenir notre rang politique dans le monde et notre niveau de vie – un aller sans retour vers la tiers-mondisation et la sortie de l’Histoire pour notre pays.


[1] Source 2023 statistics | www.oica.net.

Angleterre : ci-gît le multiculturalisme

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Le Royaume Uni continue à être secoué par des émeutes anti-immigration qui ont éclaté dans de nombreuses villes. Une situation qui a fait resurgir un antagonisme communautariste longtemps mis sous le tapis par les gouvernements successifs de Sa Très Gracieuse Majesté, pourtant confirmé par plusieurs études et sondages. Comme tous les exécutifs, le nouveau gouvernement travailliste jour la carte de la fermeté face à la violence, mais ne semble pas avoir de réponse à long terme aux causes sous-jacentes des émeutes.


Le Royaume Uni s’est réveillé dimanche matin 4 août 2024 sous le choc. Les images de rues couvertes de débris et de détritus fumants, conséquence d’un week-end de manifestations d’extrême droite qui a dégénéré en violence dans sept villes du pays, ont tourné en boucle à la télévision nationale comme elles ont fait la principale manchette de tous les tabloïds locaux.

Tout a suivi une attaque au couteau perpétrée à Southport (au nord de Liverpool), qui a coûté la vie à trois jeunes filles (âgées de 6 à 9 ans), lors d’une soirée dansante. La nationalité du meurtrier, un jeune rwandais de 17 ans, né sur le sol britannique, répondant au nom d’Axel Rudakubana, a mis le feu aux poudres. Très vite, des mouvements d’extrême-droite ont faussement accusé l’adolescent d’être un immigrant de confession musulmane. Le 29 juillet, un compte nommé Europe Invasion, qui est présent sur le réseau social X (anciennement Twitter) et publie régulièrement des images manipulées par intelligence artificielle, a publié un message prétendant – à tort – que le suspect était un immigré musulman. Le post a généré plus de six millions de vues. Dans la foulée, un compte TikTok, visiblement créé pour l’occasion, a appelé à manifester près du lieu de l’attaque, et a cumulé près 60 000 vues en quelques heures. De quoi rendre la situation explosive et dégénérer en affrontements raciaux.

Une des publications sur X à l’origine de la fausse rumeur sur l’identité de l’assassin de Southport.

Des groupes se sont rapidement formés, agitant tous des drapeaux de la croix de Saint-Georges, régulièrement utilisés comme symbole par les mouvements nationalistes (tel que l’English Defence League ou la néo-nazi Patriotic Alternative). À Leeds comme à Hull, des émeutiers ont jeté des bouteilles et brisé les fenêtres d’un hôtel abritant apparemment des demandeurs d’asile, affrontant violemment les policiers déployés pour protéger ces derniers. Une bibliothèque à Liverpool, transformée en site d’emploi pour migrants, a été incendiée. Des scènes similaires ont eu lieu conjointement à Manchester, Stoke-on-Trent, Blackpool et Belfast. À Bristol, nationalistes et antifascistes se sont confrontés, à coup de slogans (« Nous mourrons pour l’Angleterre », « Nous ne nous rendrons pas ») contre slogans (« Les réfugiés sont les bienvenus ici », « Racailles nazies, hors de nos rues »), ou de canettes de bière, de briques jetées à la face de l’autre avec des policiers peinant à séparer les deux groupes.

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Le Conseil musulman de Grande-Bretagne (MCB) s’est empressé de dénoncer les « groupes d’extrême droite » qui « crachent leur haine raciste » et qui « cherchent à intimider les communautés musulmanes » par tous les moyens. Bien que cet organisme reconnu ait condamné les nombreux actes antisémites qui connaissent un regain au Royaume-Uni depuis les attentats du 7 octobre 2003 perpétré par les terroristes du Hamas et la réplique israélienne qui a suivie, le MCB est critiqué par les plus radicaux des musulmans pour ses appels à l’unité multireligieuse. D’ailleurs, un certain nombre d’études suggèrent qu’une immigration de masse non-maîtrisée pourrait avoir des conséquences dramatiques pour la cohésion sociale outre-Manche. Notamment, un sondage publié en avril par le think tank britannique Henry Jackson Society affirme que 32 % des musulmans britanniques considéreraient comme « souhaitable l’instauration de la charia au Royaume Uni »; seulement un musulman britannique sur quatre penserait qu’« Israël a le droit d’exister »; et plus de la moitié « confesse avoir de l’admiration pour le Hamas ».

Face aux Conservateurs qui ont accusé le gouvernement travailliste de laisser s’installer un climat de guerre civile dans tout le royaume, le nouveau Premier ministre travailliste, Sir Keir Starmer, a fermement dénoncé les émeutes, expliquant « qu’il n’y avait aucune excuse pour la violence de quelque nature que ce soit ». « Il s’agit d’une action coordonnée, délibérée. Ce sont des groupes d’individus déterminés à commettre des actes violents » a tenté de minimiser le nouveau chef du gouvernement du roi Charles III. S’il s’est engagé à donner aux forces de police le « plein soutien » du gouvernement pour prendre des mesures contre les « extrémistes qui tentent de semer la haine », de son côté, le ministre britannique de la police a averti ceux qui « s’en prennent à nos policiers, pillent des magasins, détruisent des biens et intimident les différentes communautés » vivant au sein de la monarchie « devront en subir les conséquences ». Une atmosphère tellement tendue que la ministre de l’Intérieur, Yvette Cooper, n’a pas hésité à déclarer qu’elle ferait appel à l’armée si les émeutes devaient continuer et submerger des forces de police visiblement épuisées après ces jours d’émeutes intenses.

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Si le Royaume-Uni a déjà été la proie de manifestations similaires et aussi spectaculaires par le passé, mettant à mal un certain multiculturalisme, la récente poussée de la droite populiste lors des élections législatives (notamment avec le Reform UK Party de Nigel Farage qui a remporté 14% des voix) a relancé une mouvance qui trouve une caisse de résonance formidable sur les réseaux sociaux. A l’issue de ces événements, la vice-première ministre britannique Angela Rayner s’est emparée du sujet et a promis que certains groupes nationalistes feraient l’objet d’une demande de dissolution et d’une interdiction d’activités en vertu des lois antiterroristes. Le 5 août, après une réunion tumultueuse, le Premier ministre Keir Starmer a renchéri en annonçant qu’il mobiliserait « une armée » de réservistes afin de ramener le calme dans le royaume, laissant les Britanniques assez perplexes sur la gestion amatrice de ces émeutes par les travaillistes..

Un gouvernement qui, à peine élu, va devoir démontrer rapidement toute sa capacité à faire taire les antagonismes persistants et croissants entre les communautés au Royaume Uni, balayer la tendance radicale de son mouvement encore présent au sien du Labour et faire appliquer les principales lignes de son programme pour lequel il a été envoyé sur les bancs de la Chambre des communes : ordre et justice. 

Mon faible pour Nelson Monfort…

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L’hommage de Philippe Bilger à Nelson Monfort.


On me pardonnera ce titre un peu facile pour rendre hommage au journaliste Nelson Monfort qui a décidé de se retirer, de ne plus faire partie de notre vie médiatique, de notre existence tout court. Je ne suis pas le premier et je ne serai pas le dernier à me livrer à cet exercice mais il se trouve que j’ai eu la chance, dans sa sphère professionnelle largement entendue, de pouvoir connaître et apprécier Nelson Monfort. Au-delà de ses prestations devenues mythiques dans le tennis ou le patinage artistique. Je devine trop ce qu’une approche paresseuse de cette personnalité exceptionnelle pourrait susciter comme compliments, estime, reconnaissance mais avec le risque d’une pointe de dérision, une sorte d’affectueuse moquerie comme si, faute de pouvoir atteindre le niveau de celui qui est devenu une véritable légende dans un monde trop habitué pourtant aux platitudes, il convenait de subtilement le rabaisser. Parce que, malgré les apparences, Nelson Monfort n’appartient pas, par sa culture, son intelligence, sa tenue, sa finesse et sa politesse, au monde médiatique tel qu’on se plaît à le célébrer entre hyperboles et copinages. Il y a toujours eu quelque chose, précisément à cause de ces qualités, qui a résisté chez lui à cet embrigadement, à ce grégarisme. Sa singularité a fait pièce à tous les conformismes. Et ils sont nombreux.

L’absence de vulgarité

Jamais il n’est tombé dans l’esprit partisan en éprouvant le besoin de s’exprimer sur un mode péremptoire à propos d’un sujet politique sur lequel il ne connaissait rien. Il n’a jamais succombé à la pétitionnite aiguë. Son goût de la langue française lui a évité de la massacrer. Questionnant ses invités, épuisés après un match ou dans des circonstances plus tranquilles, il n’a jamais eu pour but de les déstabiliser, de les mettre mal à l’aise. Au contraire, avec sa pertinente urbanité, il a satisfait sa curiosité en même temps qu’il a répondu à nos attentes.

Si j’avais à résumer mon sentiment sur lui, dans toutes les facettes où son expression nous a été offerte – je me souviens notamment des entretiens entre sérieux et sourires dont il nous a gratifiés sur Sud Radio, sa culture sportive encyclopédique laissant souvent place à des considérations relevant d’une impressionnante culture générale -, son absence de vulgarité m’est apparue comme sa marque distinctive.

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Mais ce doux savait avoir la dent dure, son amabilité n’était jamais convention ou routine mais le souci d’une forme l’autorisant alors à toutes les pugnacités sur le fond, aussi voilées fussent-elles. Derrière le Nelson Monfort que nous étions habitués à voir avec cette gaieté mozartienne relevant de l’art de vivre, je suis persuadé qu’il existait un jugement sûr, voire sévère, un pessimisme lucide, une sorte d’aristocratique exigence l’incitant d’abord à donner le meilleur de lui-même avant de tout attendre des autres. Nelson Monfort est un homme qui va évidemment manquer. Mon faible pour lui résulte de cette fraternité rare : celle que créent les mêmes valeurs plutôt que les causes partisanes.

Le Mur des cons

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La Cène des JO: Léonard trahi par ses émules même

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"La Cène" de Léonard de Vinci, l'église Santa Maria delle Grazie, Milan, OLYMPIA/SIPA

On a beaucoup parlé de la manière dont la cérémonie d’ouverture des JO a semblé blasphémer la religion chrétienne. Ce qu’on n’a pas souligné, c’est combien elle a blasphémé l’esthétique. L’idéal d’un Eros androgyne promu par l’art de Léonard de Vinci a été trahi par l’inculture des défenseurs du transgenrisme. Analyse de Daniel Salvatore Schiffer, auteur d’un livre sur le génie polymathe de la Renaissance italienne.


« M’a-t-on compris ? Dionysos contre le Crucifié… » : telle est l’ultime sentence de Friedrich Nietzsche, l’un des philosophes les plus importants du XIXe siècle, dans son dernier livre, intitulé Ecce Homo, œuvre où, au-delà même de ses accents autobiographiques, il parachève, par l’entremise de ce Dionysos s’opposant ainsi là au Christ, sa virulente critique des valeurs judéo-chrétiennes pour y substituer ce qu’il appelle, au terme de cette morale conçue pour les temps à venir, sa « transmutation des valeurs ». Mais, surtout, une phrase, cette ultime pensée nietzschéenne, qui, à l’heure où les polémiques, sinon l’indignation, abondent au sujet de l’un des tableaux vivants les plus commentés de la cérémonie d’ouverture de ces Jeux Olympiques de Paris, semble résumer, fût-ce inconsciemment, l’esprit, sinon la claire intention, de son directeur artistique, Thomas Jolly, conseillé certes en cela, sur les questions d’ordre plus spécifiquement historiques, par quelques spécialistes, au premier rang desquels émerge Patrick Boucheron.

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Ce tableau – ou plutôt, pour être plus précis, ce double tableau – c’est, bien sûr, la fameuse « Cène » de Léonard de Vinci, l’un des trois grands génies (avec Michel-Ange et Raphaël) de la Renaissance florentine, auquel l’on a joint pour l’occasion, comme en un diptyque inédit, « Le Festin des dieux », datant de 1635, du peintre néerlandais Jan van Bijlert (quoique, pour être tout à fait exact, la première allégorie picturale de cette fête païenne soient en réalité le fait initial, en 1514 déjà, de Giovanni Bellini puis, achevée cinq ans plus tard, du Titien, tous deux artistes majeurs de la Renaissance vénitienne) : une œuvre, aujourd’hui conservée au musée Magnin de Dijon, d’inspiration mythologique (gréco-romaine), célébrant allègrement, au sommet de l’Olympe, les noces de Thétis et de Pélée. Dont acte !

Sauf que, peu de critiques, trop unanimement centrés sur la seule notion de « blasphème », l’ont perçu en profondeur, ce prétendu double tableau de Thomas Jolly manque, par-delà même ses pitoyables fautes de goût sur le plan purement esthétique, l’essentiel, tant dans le fond que dans la forme, y manifestant ainsi une non moins navrante ignorance en la matière.

Quand le culte du beau vire à la culture du laid

La plus flagrante de ces grossières fautes de goût, mais qui témoignent également d’une consternante méconnaissance du sujet prétendument traité là, est, sans conteste, la manière, aussi grotesque que caricaturale, dont Dionysos, dieu grec du vin et du plaisir, y a été représenté, affublé d’une horrible couronne de fleurs synthétiques en guise de parure vestimentaire et peinturluré d’un non moins douteux bleu schtroumpf, par l’inénarrable Philippe Katerine, avec un corps rendu là, par-delà même sa quasi nudité, artificiellement obèse.

Car, loin et même à l’opposé de ce piètre accoutrement, Dionysos, jeune et bel éphèbe, n’avait certes rien à envier, bien au contraire comme le montrent à souhait ses diverses représentations au sein de la statuaire hellénique, à la beauté plastique, en tous points conforme aux canons esthétiques de cetemps-là, de son rival, et complément au sein des divinités athéniennes, Apollon, dieu des arts et de la lumière. Preuve en est, parmi d’innombrables autres représentations, mais néanmoins toujours dans la droite ligne de l’imaginaire alors en vogue au sein de la Renaissance italienne aussi bien que de l’Antiquité grecque, la manière, d’une grâce sans pareille, dont Léonard de Vinci en personne, le magnifique auteur de la précitée « Cène » justement, le dépeint dans sa toute dernière œuvre : un tableau intitulé, précisément, « Bacchus »,nom latin de Dionysos au sein du panthéon romain ! 

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Ce superbe « Bacchus » léonardesque, assis au milieu d’un paysage idyllique et revêtu d’une peau de léopard, le voici, du reste, tel qu’on peut le contempler à loisir depuis des lustres, mais que les concepteurs de la cérémonie de ces JO de Paris n’ont manifestement jamais vu ni même pris la peine de considérer un tant soit peu, au musée du Louvre lui-même. C’est dire si l’ignorance, de leur part, est là, en cette pénible circonstance, à son triste comble!

Mais il y a plus, encore, en ce « Bacchus » ! C’est qu’il se veut en fait là une variante picturale d’un autre tableau, l’avant dernier, du même Léonard de Vinci : son sublime « Saint Jean-Baptiste » qui, en plus d’être le premier clair-obscur de l’histoire de l’art (près d’un siècle avant Rembrandt ou Le Caravage), s’avère en fait, l’index droit pointé vers le ciel en guise d’appel à la transcendance divine, une figure androgyne et au sourire typiquement, à l’instar de celui donnant vie au visage de sa célébrissime « Joconde », léonardesque lui aussi. Ce « Saint Jean-Baptiste » de toute beauté, d’une grâce quasi angélique, le voici, ici aussi, tel qu’il se donne à voir également, en majesté, au musée du Louvre.

Sur l’androgynie: l’érotisme bisexué des anges

Quant à ceux qui douteraient de son androgynie, qu’ils se reportent alors, en guise d’incontestable preuve en la matière, à son dessin préparatoire (hélas resté injustement méconnu, tant il est objet de censure et même carrément interdit à la vision du public au regard de son caractère particulièrement audacieux sur le plan sexuel), où l’on voit, dessiné au fusain, ce même et très ambigu « Saint Jean-Baptiste », le buste nu, orné de seins de femme et, le sourire ostensiblement malicieux, voire ouvertement provocateur sous son abondante chevelure bouclée, exhibant un long sexe, entièrement nu lui aussi, en érection!

Le titre définitif de cette œuvre ultime, nimbée d’un érotisme hautement transgressif, de Léonard de Vinci, dandy avant la lettre et notoire homosexuel, n’est pas, lui non plus, moins évocateur : « L’ange incarné ».  Il est de notoriété publique, en effet, que les anges, bibliquement parlant, n’ont pas de sexe – asexués, donc – ou plutôt, s’ils en ont un, il se doit forcément d’être, contre tout binarisme anthropologique ou lacune physiologique, de nature bisexuée, incorporant ainsi conjointement, afin de mieux comprendre ainsi l’espèce humaine en sa globalité, le masculin et le féminin, eux-mêmes intrinsèques à toute humanité correctement, et surtout totalement, entendue à l’aune, par définition, de l’absolue perfection divine!

Une mise en scène ou, à force d’inclusion, c’est la grâce de l’art qui s’en est trouvée exclue

C’est ainsi que, rapporté cette fois à l’authentique et fameuse « Cène » de Léonard de Vinci, fresque décorant, agencée en une perspective architecturale digne du grand Bramante, le mur frontal du réfectoire de l’ancien couvent milanais de Santa Maria delle Grazie, le Christ lui-même y apparaît lui aussi sous les traits, pour qui sait y regarder de plus près, d’un être bisexué, comme le montre également sans ambages, placé à sa droite (à sa gauche pour les spectateurs que nous sommes), son apôtre préféré, Saint Jean, qui y pose ici, quant à lui, sous la figure, d’une délicatesse infinie, d’une jeune et tendre femme (que certains commentateurs avisés assimilent en outre là, soit dit en passant, à Marie-Madeleine, ex-prostituée que Jésus aima, comme le laissent clairement sous-entendre les Saintes Écritures, d’un amour certes christique, voire divin, mais néanmoins, là aussi, tout humain).

De la culture du blasphème au culte de la vulgarité

Conclusion ? C’est dire si Léonard de Vinci, génie d’entre les génies, était en avance, avec cette divine et très moderne invention du troisième genre – l’androgynie ou même l’hermaphrodisme, ce mythe inhérent à l’Antiquité grecque – sur son temps, et combien donc, dans ce sillage artistique, il avait anticipé ce que les tenants de l’inepte wokisme contemporain, dont les adeptes LGBTQIA+, qui n’ont donc manifestement rien inventé contrairement à ce qu’ils vont prétendant du haut d’on ne sait quelle moraline de bas étage, considèrent aujourd’hui comme un acte de libération majeure!

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Sauf que, trahissant ainsi là les idéaux philosophiques tout autant qu’esthétiques de cette Grèce antique comme de cette Renaissance italienne, ils y ont misérablement ajouté, y prenant la vulgarité des poses pour la liberté des mœurs et la laideur de la forme pour l’originalité du fond, une ignorance à faire tressaillir de honte les authentiques amoureux, un tant soit peu cultivés, du beau en sa plus noble expression.

Bref : une mise en scène, cette « Cène », populiste et démagogique, grandiloquente et lourdingue, confuse et malhabile, tapageuse et tape-à-l’œil, dépourvue de toute élégance formelle comme de tout raffinement intellectuel, de cette grâce qui faisait le génie, suprême signe distinctif, de Léonard de Vinci. Trop peu, ces seuls, faciles et superficiels effets visuels pour dire en profondeur, fût-ce avec la technologie la plus performante, l’âme du monde !

Aussi est-ce peut-être là, précisément, que réside l’unique mais véritable scandale, qui n’avait pourtant rien de blasphématoire religieusement tant elle s’est révélée indigente conceptuellement, de cette cérémonie d’ouverture, inégale à bien des égards, des Jeux Olympiques, édition 2024, de Paris.

Pis : une cérémonie où, à force d’inclusion, c’est l’art lui-même, plus encore que l’universalisme qu’elle prétendait y mettre en valeur, qui, finalement, s’en est donc trouvé là, paradoxalement, exclu !

Divin Vinci. Léonard de Vinci, l'Ange incarné

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rockisme contre wokisme

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Le dandysme: La création de soi

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Olivier Amiel récidive : touchdown !

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Olivier Amiel © Frédéric Vennarecci

En principe, « le je est haïssable ». En pratique et en Olivier Amiel dans le texte de son quatrième opus, le jeu américain est prétexte à un « nous » qui cache sa pudeur sous un exhibitionnisme métaphorique.


Un OLNI : objet littéraire non identifié

Unité d’action : ce n’est ni un roman, ni un essai, ni une pièce de théâtre, plutôt une balade autobiographique désabusée, dans un paysage dont les hauts sont américains et les bas hexagonalement dépressifs. Unité de temps : une semaine, un chapitre par jour. Unité de lieu : la chambre du fils du narrateur que ce dernier customise en « basement », salle de jeu typique des sous-sols dans les maisons individuelles américaines. Unité de personnage : le monologue du narrateur est entrecoupé de voix off imaginaires ou fantasmées (celle de son père, celle du vendeur de Bricorama) et de citations de « grands auteurs ».

Le titre n’est pas une allégorie, encore moins une plaisanterie 

L’auteur ambitionne réellement d’intéresser le public français à un jeu emblématique du Nouveau monde, dont le nom est « football ». Sauf que les Américains appellent « soccer » celui qui passionne les Français… et que nous appelons le leur, en français, « football américain ». Le déclencheur de cette promenade est ce que l’auteur qualifie d’humiliation majuscule : sa sélection au nombre des dix finalistes d’un prix littéraire dont, pour la première fois, seuls les deux premiers ont été rendus publics. Humiliation d’autant plus minuscule que seul l’ego des huit autres en a souffert, en silence pour sept d’entre eux et en littérature pour Amiel.

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Le patronyme de l’auteur est aussi un prénom bilingue : en hébreu, il signifie « le dieu de mon peuple » et en celte, à peine moins ambitieux, il se traduit par « chef » ou « prince ». Et l’on voudrait qu’il soit modeste ? Mardi, c’est match inaugural de la saison de football américain, qui fait intervenir la voix pseudo-racaille de son fils. Remarque désabusée de l’auteur sur l’extravagance où peut se nicher le sentiment d’appartenance : « avec sa bande de copains dans leur collège privé et bourgeois, c’est à la mode de parler comme les caïds des cités… » Le père, lui, avoue une tendresse réactionnaire assumée, même si elle déclenche le courroux de l’aristocratie woke amatrice de « iel » et réfractaire à la biologie : « Accompagner son enfant au stade reste un des plus grands plaisirs partagés entre un père et son fils ». Et de réitérer la provocation en aimant un « jeu qui est un sport de gagne-terrain », dont l’acmé est le « touchdown » qui donne son titre au livre et des migraines aux amateurs de foot classique qui essaient d’en comprendre les règles.

Virilité et wokitude sont dans un stade. Qu’est-ce qui nous reste ?

C’est un sport « qui répond au besoin de virilité des Occidentaux ». De quoi faire se retourner le neurone de Sardine Ruisseau dans son bocal ! Et la rasséréner quand l’auteur nous apprend que « les instances professionnelles du football américain tentent depuis quelques années de « dégenrer » au maximum ce sport à l’engagement féroce et à la brutalité exacerbée ».

L’homo wokistus, « aime le frisson du danger de la guerre » décrypte l’auteur, mais ça ne l’empêche pas d’être une chochotte qui fait attention de ne pas « se couper les doigts avec la feuille de papier du journal du matin ». L’amour du jeu comme pansement après « l’Humiliation » littéraire est aussi aveugle que l’amour tout court : « Il y a quelque chose de très intellectuel dans ce sport de brutes ». Mais l’auteur fait dans l’autodérision vis-à-vis de notre société, affligée du paradoxe de Tocqueville. L’Américain avait décrit le phénomène : plus la distance séparant une société de son idéal diminue et plus elle paraît insupportable à ses membres. Ce que Amiel résume en « Nous sommes collectivement frappés du syndrome de la princesse au petit pois ».

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Vendredi, c’est philosophie, avec le « présentisme », qui consiste à interpréter « le passé à travers le prisme du présent, sans aucune mise en perspective historique » et l’antisémitisme, dont la majorité des passages à l’acte, depuis le 7 octobre 2023, « se situe géographiquement dans les métropoles démocrates et les campus universitaires chics et libéraux, chez les privilégiés de gauche et prétendument progressistes… »

Les wokes américains étant habillés pour l’hiver, l’auteur se tourne, en bas de chez lui, vers les manifestants pro-palestiniens, « très grande majorité de vieux blancs avec un look gauchiste d’ancien soixante-huitard », qui scandent des slogans antisémites et pour qui « le Juif est un « Super blanc » dans le sens de la construction et de la domination sociales, donc un privilégié. Il est ainsi non défendable pour les militants racialistes de la lutte antiraciste, et tant pis si ça fait défendre, parfois, l’indéfendable ».

L’important c’est de participer, mais on a plutôt envie de faire comme l’auteur et de s’enfermer dans son for intérieur, dont il ne sort que pour l’alibi sportif : « Le lyrisme de la guerre de Jünger ne peut que parler à ma génération préservée. De là à aller à la guerre comme un jeu, no, mais trouver un jeu semblable à la guerre, oui. Et c’est tellement plus calme pour la génération suivante ». S’il a raison, ce sera plus calme après les Jeux olympiques. On ne peut s’empêcher d’en douter. Cela n’enlève rien à son talent.

Touchdown: Journal de guerre

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GB News, la télé des déplorables

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Quelques-uns des présentateurs et chroniqueurs vedettes de la chaîne GB News : Kriss Akabusi, Nana Akua, Dawn Neesom et Michael Portillo © GB News

GB News est la sœur britannique de CNews. Une chaîne d’info rompue aux critiques de la presse bien-pensante et aux rappels à l’ordre de l’Arcom anglais. Son public, méprisé par les bonnes âmes, est de plus en plus nombreux. Mais la majorité travailliste qui sortira sûrement des urnes rêve de brider cette voix conservatrice.


« Le régulateur devrait fermer cette chaîne. » « On devrait lui retirer sa licence de diffusion. » Ce ne sont pas des propos sur CNews proférés par quelques députés Insoumis ou commentateur francintérien, mais des remarques sur la chaîne britannique GB News faites par une élue conservatrice modérée et un journaliste politique de renom. GB News et CNews ont en commun d’être conspuées par les élites dominantes du centre et de la gauche. Pour la bonne raison que les deux chaînes savent parler à ce public prolétaire ou petit-bourgeois, vivant généralement en dehors des grandes villes, qui s’inquiète des impacts négatifs de l’immigration non maîtrisée et de la mondialisation. Ceux que David Goodhart appelle les « somewhere » et qu’Hillary Clinton a baptisé les « déplorables ». En plus d’être créditées des mêmes travers – désinformation, racisme, sexisme et favoritisme envers la droite dure –, GB News et CNews sont régulièrement tancées par le gendarme des médias, l’Arcom ou son équivalent britannique l’Ofcom. Elles ont souffert de campagnes de militants d’extrême gauche pour faire fuir les annonceurs. Et elles perdent de l’argent tout en augmentant sans cesse leur audience au point de dépasser ou talonner la concurrence établie, BFM TV et Sky News. Lancée en juin 2021, cinq ans après la transformation d’I-Télé en CNews, GB News a réussi à s’imposer sur un créneau similaire que les autres chaînes refusent de servir : celui de l’électorat populiste. Les deux sont dénoncées comme des chaînes d’opinion plutôt que d’information, mais le fait est qu’elles accueillent des opinions que les autres médias ignorent superbement. Elles sont pointées du doigt pour leur traitement jugé disproportionné des questions d’immigration et d’ordre public, mais ces questions, vitales pour beaucoup de citoyens, sont dédaignées par la doxa politique et journalistique.

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Comme CNews, GB News construit sa programmation autour de personnalités fortes, bien connues du public. Parmi les animateurs, il y a un mélange de professionnels chevronnés venus des chaînes privées, Sky News et ITV (la TF1 anglaise), et de jeunes loups comme Patrick Christys, homme du nord de l’Angleterre qui sait parler au public pro-Brexit, ou Nana Akua, d’ascendance ghanéenne, qui ne ménage pas ses critiques à l’égard du mouvement BLM. Leur franc-parler contraste avec l’approche des animateurs de la BBC, mais quand ces derniers affirment que le Hamas n’est pas une organisation terroriste, où est la neutralité ? Il y a aussi des personnages plus insolites, comme Neil Oliver, célèbre pour ses documentaires archéologiques et historiques, qui fait des éditos sur l’État profond face caméra. L’humoriste Andrew Doyle, l’auteur de deux best-sellers satiriques sur le wokisme, anime une émission sérieuse sur la liberté d’expression, tandis que Leo Kearse, qui se qualifie de « comique de droite », commente les actualités chaque soir avec une gouaille écossaise.

Mais la vraie force de GB News tient à sa façon dont elle emploie des personnalités politiques, Nigel Farage en tête. Ce dernier, ancien chef de UKIP et créateur du parti Reform UK, a sauvé la chaîne, qu’il a rejointe peu après sa création, par son émission en prime time tous les soirs. Deux années de suite, il a reçu le prix du meilleur animateur télé du Television and Radio Industries Club, qu’il a accepté sous les huées des journalistes mainstream. Celui qui l’a remplacé à la présidence de Reform UK, Richard Tice, a rejoint GB News en septembre. Mais il y a aussi des conservateurs, comme le député Jacob Rees-Mogg, brexiteur et ministre sous Boris Johnson, et Liz Truss, qui a sa propre émission régulière. En octobre, la chaîne a annoncé que BoJo lui-même allait commenter les élections britanniques et américaines cette année, mais l’ex-Premier ministre semble avoir changé d’avis depuis.

Un public « imaginaire »

Une chaîne d’information peut-elle recruter des politiques ? La réponse repose sur la distinction que fait le droit britannique entre news – « information » – et current affairs – « débat ». Si le politique ne s’immisce pas dans les news, tout va bien. Avant que Farage décide – au dernier moment – de reprendre sa casquette de leader de Reform et de se porter candidat aux législatives, il aurait pu commenter les élections. Pour autant, l’Ofcom a été saisie de plusieurs réclamations sur la neutralité des politiques. Ce n’est pas un problème pour les téléspectateurs de la chaîne. Ce public a été qualifié par une journaliste de The Guardian d’« imaginaire », mais une étude récente montre qu’il est bien réel, majoritairement masculin, a plus de 47 ans, et se dit pour 51 % appartenir aux classes ouvrières et pour 41 % aux classes moyennes. Certes, en 2019, il a voté conservateur à 51 %, mais tout de même à 22 % pour les travaillistes de Corbyn. Il a voté à 63 % pour le Brexit et en 2024, il serait prêt à voter majoritairement pour Reform UK. Il se peut bien que le succès de Farage se retourne contre sa chaîne. Les candidats Reform risquent de diviser le vote de droite au bénéfice des travaillistes. Cela risque non seulement de coûter son siège à l’animateur conservateur Rees-Mogg, mais aussi de donner une super-majorité au Parlement à des travaillistes impatients de rendre le cadre réglementaire beaucoup plus difficile pour GB News.

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Reste à savoir qui sont les généreux propriétaires qui remettent périodiquement la chaîne à flot. Les actionnaires principaux sont Legatum, une société d’investissement dirigé par le Néo-Zélandais Christopher Chandler, et sir Paul Marshall, le cofondateur d’un important fonds spéculatif. Les deux hommes sont connus pour leur philanthropie. Comme Vincent Bolloré, Marshall est un chrétien fervent qui met sa fortune au service du conservatisme en général et construit patiemment un empire médiatique. Il vient de quitter le conseil d’administration de GB News dans l’espoir d’acquérir le grand quotidien de droite The Daily Telegraph et l’hebdomadaire The Spectator. Il a lancé l’excellent média en ligne antiwoke UnHerd, en 2017, et il est réputé proche du gourou du conservatisme, le Canadien Jordan Peterson. Marshall, comme Bolloré, est critiqué pour mettre son argent au service de causes politiques, mais sans de tels hommes, il serait impossible de résister à la domination des « Pravda » élitistes et des quasi-monopoles d’État.

Mon Dieu, après les JO, est-ce cette Assemblée-là qui va légiférer sur la mort administrée ?

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L'Assemblée nationale, le 25 juillet 2024. Fotoarena/Sipa USA/SIPA

Après la parenthèse olympique, le débat sur la légalisation de l’euthanasie reviendra sur le devant de la scène. Mais est-ce qu’on peut faire confiance aux élus actuels de l’Assemblée nationale, obsédés par des questions purement politiciennes d’alliances et de contre-alliances, pour délibérer et légiférer sur un tel sujet en toute sérénité? Tribune de Jean Lacau St Guily, médecin et cancérologue.


La dissolution de l’Assemblée nationale a brutalement interrompu le processus législatif sur la légalisation de la mort administrée sous les formes de l’euthanasie et du suicide assistée. L’Assemblée se cherche, les partis se cherchent, le gouvernement se cherche, le président se cherche, l’institution se cherche, le régime se cherche ; aucun ne sait que faire pour remettre le pays en marche, sauver son économie, sa sécurité, ses frontières. Ouuuf il y a les vacances et les Jeux Olympiques qui font tout oublier pour une parenthèse enchantée : l’organisation est parfaite, le travail des champions français paye, il y a des perdants magnifiques et des gagnants de légende, les Français unis les soutiennent et se réjouissent, c’est un fonctionnement normal, c’est une espèce d’éphémère modèle français où les politiques, président en tête, viennent prendre la lumière. Là ils se trouvent.

Mais ce monde politique-là, passés les jeux olympiques et les vacances, a fait inscrire la loi sur la fin de vie pour qu’elle soit la première loi confiée à cette assemblée ; soumise identique à celle qui était en cours d’examen, après une discussion préalable purement formelle (mais cela ne semble plus devoir être un problème dans cette assemblée qui semble bien se nourrir d’injonctions contradictoires en ce qui concerne l’exercice démocratique) et rapidement menée, on revoterait en l’état les premiers articles précédemment votés, puis, à brides abattues, on irait jusqu’au bout de la loi autorisant l’euthanasie et le suicide assistée ; mais des simplifications sont aussi possibles : par exemple, sans reprendre les articles sur les soins palliatifs car objectivement trop coûteux et trop difficiles à mettre en œuvre, mais en libéralisant encore les conditions d’accès à la fin de vie administrée en faisant un copier-coller des demandes instantes des associations euthanasistes. Les jeux politiciens des groupes les uns contre les autres, acceptant les collusions partisanes quand elles arrangent, cherchant plus à détruire des adversaires qu’à réfléchir en responsables sur le Bien Commun, décidant ce qui est progressiste ou réactionnaire, parviendront probablement à faire passer n’importe quoi dans cette loi pour faire du tort à l’ennemi politique. On doute qu’il puisse être question de conscience, de réflexion, de temps long, de solidarité, de pacte entre forts et faibles, d’accompagnement, de don, de réciprocité, pourtant indispensables sur le sujet de la fin de vie. De la geste olympique, on ne retiendrait que la victoire des forts et l’on oublierait bien vite le soutien des forts à la fragilité des faibles que proclament pourtant magnifiquement les jeux paralympiques.

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Pourtant, comment peut-on imaginer que les acteurs du triste spectacle qui a été offert aux citoyens français effondrés, quels qu’aient pu être leurs votes, soient ceux à qui on confiera de légiférer sur un tel sujet ? Comment pourra-t-on leur faire confiance, les prendre au sérieux, croire ce qu’ils diront, penser qu’ils voteront autrement qu’à courte vue politicienne en se fondant uniquement sur des jeux d’alliance : je vote pour parce que c’est le deal avec tel autre groupe, je vote contre pour ne pas faire le jeu de tels autres ? Pitié ! Qu’on épargne une mascarade de plus aux Français et que ceux qui vont mourir ne se retrouvent pas à la merci d’une telle loi de circonstances partisanes. Ce serait une honte de plus pour notre pays. Et qui nous ferait retomber de haut après la gloire olympique qui nous aura été offerte cette année.

Ils étaient quatre…

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Thierry Levy, avocat penaliste. Emission "Campus" sur France 2, le 24/02/06. BALTEL/SIPA

Philippe Bilger se souvient de quatre grands avocats qui manquent à ceux qui les connaissaient mais qui restent présents comme des modèles pour leur profession.


Il y a des titres ambigus qui me plaisent. Parce que celui que j’ai choisi fait référence à quatre immenses avocats disparus, aux personnalités tellement dissemblables que les définir par ce chiffre est sans doute la méthode la plus appropriée.

Ils manquent à leurs amis, dont j’étais, à leur famille, au monde judiciaire, à la vie intellectuelle, à la passion d’exister, on ne les a pas remplacés parce qu’en chacun d’eux il y avait une force, une singularité, une puissance, une liberté, une simplicité (cette qualité est rare chez nos petits maîtres d’aujourd’hui) qui les constituaient, chacun, comme uniques.

Ils ne se ressemblaient pas mais s’estimaient, s’admiraient. Deux d’entre eux avaient un profond compagnonnage, les mêmes origines, presque le même parcours. Il y avait aussi le maître de l’éloquence venue de l’école aixoise, la superbe voix qui dans l’exaltation, l’indignation, l’argumentation, convainquait souvent, ne se décourageait jamais, avait pour ennemie la peine de mort et a suscité beaucoup d’imitateurs qui avaient tout de lui sauf l’essentiel qui était la parole incroyablement en mouvement. Il y avait enfin mon maître en courage et en rigueur, la froideur apparente dans une énergie en feu et une intelligence indépassable, la foudre du verbe, le respect des juges quand ils le méritaient sans, jamais, la moindre complaisance.

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Pourquoi ai-je eu envie, dans une période qui prête davantage à la facilité, à la futilité qu’à l’émotion et à la nostalgie, de faire revenir dans ma mémoire ces quatre personnalités d’exception qui étaient de surcroît des avocats inouïs alors qu’il me semble que dorénavant on a seulement des conseils et on verra après s’il y a de la culture, de l’humanité, de la vérité… 

Peut-être parce que ces périodes apparemment creuses où le temps se traîne ou va trop vite sont aussi destinées à combler les failles, les béances, les lacunes, à estomper les déceptions grâce au retour éclatant, en pleine lumière, de ces quatre que j’ai eu le bonheur de côtoyer, que j’ai affrontés. Et à l’issue des joutes, j’étais fier d’avoir gagné et, si j’avais perdu, j’étais fier que cela ait été à cause d’eux…

L’homme de l’éloquence aixoise devenu une référence dans les cours d’assises, à Paris et ailleurs, Jean-Louis Pelletier, bien sûr. Dans les deux inséparables fougueux, totalement complices, avocats authentiques jusqu’au bout des ongles, on a évidemment reconnu Pierre Haïk et Hervé Temime. Enfin, qui a pu se tromper sur l’identité du porteur de foudre et de cet ascète judiciaire qu’était Thierry Lévy ?

Je pense à eux.

Léon, Félix : la Troisième République est de retour !

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Félix Lebrun (© Pete Dovgan/Speed Media/Shutters/SIPA) et Léon Marchand (© Lavandeira Jr./EFE/SIPA)

Au-delà de leur succès sportif, Léon Marchand et Félix Lebrun semblent remettre au goût du jour des prénoms bien de chez nous d’une autre époque. Signe d’une forme de résistance à la mondialisation et à l’américanisation de la société? Analyse de Frédéric Magellan.


Cette séquence olympique offre finalement une pause rafraichissante après les agitations politiques du printemps, et la France, encore coupée en trois il y a quelques semaines, communie aujourd’hui dans le succès de ses champions. On devine cet élan unanime suffisamment éphémère pour l’apprécier d’autant plus. Au classement des médailles, le pays fait mieux que tenir son rang.

Duels et moustaches retroussées

Léon, Félix ! Serions-nous revenus à la Troisième République ? Ces prénoms évoquent en effet la France d’il y a cent vingt ans, quand les messieurs portaient la moustache retroussée, indice d’un nationalisme viril, et s’adonnaient au duel pour un mot de travers. Le régime qui a succédé au Second Empire est resté dans la mémoire collective comme « la République des Jules », puisque les Favre, Simon, Ferry et Grévy ont connu des destins politiques plus ou moins importants durant le dernier tiers du XIXᵉ siècle. On sait que le prénom Jules a connu un regain de forme depuis le début des années 2000. Avec les succès sportifs de Léon Marchand (né en 2002) et de Félix Lebrun (né en 2006), on réalise que d’autres prénoms très « 1905 » ont aussi fait leur réapparition.

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Léon est un prénom qui transcende les clivages. Léon Bloy, Léon Daudet, Léon Blum : du mendiant ingrat au chef du Front Populaire en passant par le pamphlétaire maurrassien, le prénom réconcilie toutes les familles spirituelles de la France. Déjà à l’époque, les Léon pouvaient s’écharper à propos de l’affaire Dreyfus ou pour la traduction d’un vers de Virgile, mais l’amour des lettres arrondissait quand même beaucoup d’angles. Félix Lebrun, lui, fait mieux que de nous évoquer le président Félix Faure, décédé dans les circonstances que l’on sait. Félix Lebrun, c’est un nom qui rappelle aussi Albert Lebrun, aux commandes du pays dans les heures tragiques du printemps 40. Le général de Gaulle l’a définitivement assassiné, en une seule phrase, dans les Mémoires de guerre « Au fond, comme chef de l’État, deux choses lui avaient manqué : qu’il fût un chef ; qu’il y eût un État ». A Félix Faure, les excès de la volonté de puissance ; à Albert Lebrun, les excès de l’involonté de puissance.

Des prénoms qui contrastent avec ceux de l’équipe de France de football, défaite en juin dernier par l’Espagne lors du Championnat d’Europe des Nations. Les prénoms américains à la Kylian y côtoient des prénoms à forte connotation communautaire : Youssouf, N’Golo, Ousmane. N’exagérons pas l’ampleur de ce clivage entre le football et les sports olympiques : Alphonse Aréola et Jules Koundé portent aussi avec leurs prénoms un petit côté « Troisième République ».

Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes

On aurait tort de prendre à la légère ces questions de prénoms. Au cours de la campagne présidentielle 2022, la polémique du prénom a été réveillée à chaque interview (ou presque) d’Éric Zemmour. Quelques années auparavant, le journaliste devenu candidat avait considéré que la perpétuation des prénoms musulmans parmi les descendants de la deuxième ou de la troisième génération d’immigrés était un signe de refus d’assimilation. Sur le plateau de Thierry Ardisson, en 2018, il avait même déclaré à Hapsatou Sy : « C’est votre prénom qui est une insulte à la France. La France n’est pas une terre vierge, c’est une terre avec une histoire, avec un passé. Votre prénom n’est pas dans l’histoire, vous êtes dans les tréfonds de la France ». Importance démesurée accordée à un choix intime, avaient estimé beaucoup de commentateurs. Pourtant, il n’a pas fallu attendre 2018 pour que transparaissent dans le choix du prénom stratégies sociales et goûts politiques. Au XVIIᵉ siècle, La Bruyère, dans Les Caractères, reprochait aux Grands de son temps d’affectionner les prénoms antiques au détriment des prénoms chrétiens, qui, alors, faisaient « peuple » : 

« C’est déjà trop d’avoir avec le peuple une même religion et un même Dieu : quel moyen encore de s’appeler Pierre, Jean, Jacques comme le marchand ou le laboureur ? Pour nous autres grands, ayons recours aux noms profanes : faisons-nous baptiser sous ceux d’Hannibal, de César et de Pompée : c’étaient de grands hommes ; sous celui de Lucrèce : c’était une illustre Romaine ; sous ceux d’Achille, d’Hercule, tous demi-dieux. Et qui nous empêchera de nous faire nommer Jupiter ou Mercure, ou Vénus, ou Adonis ? »

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Ce goût pour les prénoms exotiques parmi les élites résista longtemps. Quand un certain Napoléon Bonaparte commença à faire parler de lui, les aristocrates de son temps trouvaient ce prénom un peu trop original pour un homme d’aussi basse origine et le soupçonnaient de se prénommer en réalité Nicolas. D’après Maurice Agulhon, si le prénom Marianne est peu à peu associé à l’allégorie de la République au cours du XIXᵉ siècle, c’est parce que les gens de la bonne société trouvaient au nouveau régime des origines tout aussi plébéiennes que leurs propres domestiques, qui s’appelaient bien souvent Marie-Anne, prénom doublement et banalement chrétien. Ce n’est que bien plus tard que les prénoms composés sont devenus des apanages de la bourgeoisie (redevenue) catholique.

Plus proche de nous, Fabien Roussel, prénommé ainsi en hommage au Colonel Fabien, membre du PCF et figure de la Résistance, nous montre que le prénom détermine déjà quelque peu les choix politiques de celui qui le porte, et pour paraphraser le titre du film de Jean-Jacques Zilbermann, nous rappelle que tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes.

Demain, les Léon contre les Kévin

Alors, que penser du retour des Léon et Félix ? Leur renaissance il y a une vingtaine d’années nous apparait aujourd’hui sur les podiums olympiques. Et peut-être demain dans l’hémicycle, où des enfants plus ou moins bourgeois et centristes ferrailleront contre les prolétariens Jordan et Kévin du Rassemblement National. Rétrospectivement, ce retour des prénoms old school fait l’effet d’une résistance gauloise et un peu snob à la mode des prénoms américains (et italiens) apparue à la fin du siècle dernier, quand les parents des classes populaires prénommaient leurs enfants comme les personnages des séries qu’ils visionnaient à la télé.

Nouvelle France en chantier

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Le marché de Cachan ou la « France introuvable » © Ville de Cachan

Cachan et les abords de la RN 20, dans le Val-de-Marne, préfigurent la France de demain : un pays cloisonné en communautés inintégrées où, face à la « diversité », les Blancs vivent retranchés. Sur les décombres de l’assimilation ne prospère qu’un seul modèle, la société de consommation.


Une belle femme peut arrêter la marche du monde. Une femme moche munie d’un mégaphone peut au mieux perturber la circulation.

J’allais faire mes courses à l’Intermarché de Cachan quand un groupe de nanas a débarqué. Mégaphone, banderoles, drapeaux à l’effigie du Nouveau Front populaire. Leurs voitures étaient couvertes d’adhésifs et de ballons comme si elles participaient à un mariage. Que la Nature est cruelle avec certaines femmes ! La plus agréable à regarder tenait son attrait de ses boucles d’oreilles gigantesques. À vrai dire, la Nature n’y est pour rien, car à y regarder de plus près l’on croit déceler les vestiges d’une beauté innée, malheureusement ensevelie sous des tonnes de haine de soi. S’enlaidir semble faire partie du catéchisme de la gauche extrême. Le prix à payer pour ressembler au monde que l’on souhaite édifier.

Intermarché de Cachan © Ville de Cachan

« Le Rassemblement national n’est pas mon ami ! Le Rassemblent national n’est pas mon ami ! »

Je m’en fiche, je ne lui demande pas d’être mon ami sur Facebook ou mon match sur Tinder.

Trois Algériens, probablement clandestins à leur apparence « récemment arrivés en France » buvaient des bières sur un banc, à l’ombre des platanes. N’est-ce pas ça l’assimilation que de se bourrer la gueule à la 1664 sous les platanes de Marcel Pagnol ? Nos amis ne semblaient pas gênés par le mégaphone, ils débattaient en faisant de grands gestes dramatiques pour savoir qui serait de corvée pour les réapprovisionner, car la 1664 arrivait à son terme.

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Des Marocains passent et se disent : « Elles n’ont pas de maris ? »

Il n’y a aucun homme au sein de ce groupe d’une petite douzaine de femmes engagées. Très certainement, leurs hommes sont partis, avec des Ukrainiennes ou d’autres hommes peut-être, à moins qu’ils soient préposés aux tâches ménagères.

Un couple de Marocains s’arrête et veut bien prendre un tract. Ils parlent en dialecte marocain, une langue comme une autre dans cette portion de la RN20 qui lèche les villes de Cachan, Arcueil et Bagneux. L’autre fois, à la salle de sport, je suis tombé sur deux jeunes étudiants charmants en provenance d’Oujda. Ce jour-là, à pousser de la fonte il y avait un tiers de Marocains, un tiers d’Africains et un autre de Français de souche.

De l’autre côté de la route nationale…

Pour les croiser, les Blancs, il faut faire un pas de côté et s’aventurer dans les rues perpendiculaires à la RN20. Côté Cachan, une pente douce vous éloigne de la tour de Babel et vous emmène en France, au milieu des Français « version Amélie Poulain » avec leur mairie, leur cinéma de quartier et leur cimetière. D’ailleurs, ça sent la mort ici. Les rues proprettes sont désertes, les pavillons coquets semblent inhabités. J’ai beau passer devant plusieurs fois par jour, aucun mouvement, aucun bruit à part le chant des oiseaux. Le week-end, on renifle ici et là l’odeur d’un barbecue en préparation. Une fois, il m’est arrivé de voir un habitant sortir sa voiture pour la laver dans la rue. J’étais heureux. Il était vieux. J’ai failli le prendre en photo, mais je me suis ravisé.  Il y a ici comme une vie repliée sur elle-même. Une civilisation qui exerce son droit au retrait, pourvu qu’on la laisse tranquille.

Un monde s’en va, et en attendant le coup de grâce, il tourne le dos à son remplaçant.

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On se fait facilement une idée du futur en retournant sur la RN20, connue également sous le nom d’avenue Aristide-Briand. Des Bangladais travaillant pour Uber Eats y ont élu domicile, ils sont assis face au McDo et au Burger King. Ils ont la tête, l’esprit et l’âme tournés vers le Bangladesh. Leur civilisation a élu domicile sur l’écran de leur téléphone, elle les tient en laisse, comme une maîtresse expérimentée envoûte un cœur tendre. Ils n’apprendront jamais le français. Et quand la commande arrive, ils enfourchent leur scooter à toute vitesse. Ils ont beau se presser, je les retrouve plus loin, à attendre qu’on leur ouvre en bas des immeubles de bureau qui poussent comme des champignons vénéneux le long de l’avenue. Ces horreurs en plastique et en verre teinté évoquent la capitale administrative d’un pays neuf où il n’y a jamais eu de culture, d’imagination, ni de sensibilité. Alors, on a demandé à un ordinateur d’y projeter des bâtiments et il a conçu des squelettes décharnés. Des hommes passent chaque jour huit heures dans leurs entrailles.

La RN20 est sale et mal entretenue. Les herbes folles sont partout. C’est normal, il s’agit d’un chantier. On y fabrique la nouvelle France en mélangeant deux matériaux : l’immigration et le capitalisme. Le premier se prédispose et le second dispose. Alors qu’une partie de la droite dit que les immigrés ne travaillent pas, la RN20 apporte un démenti assez recevable. Les Bangladais sont toujours « au bureau » 24h/24, les Kabyles triment derrière le comptoir du bar, les Marocains bossent dans le centre commercial à côté de Maliens munis de talkies-walkies qui font la sécurité. Ils travaillent pour eux et pour le capitalisme qui veut faire du neuf avec du vieux, avec vos os.

Le changement, c’est maintenant

J’ai eu le temps de faire mes courses et de ressortir, les égéries de l’antifascisme étaient encore « mobilisées ». Trois Afghans, tout juste sortis de la vallée du Panshir, font leur apparition. Barbe noire, tunique noire surmontée d’un gilet kaki, baskets blanches. Ils regardent la scène un instant et, insensibles au retour imminent d’Hitler, entrent faire leurs courses.

La RN20 n’est pas seulement une ligne de démarcation entre la France blanche et la France de la Diversité. Elle est la rencontre entre la Folie et la Raison. La folie de ces Français de souche qui demandent plus d’immigration, plus d’impôts et moins de travail. Cachan a voté Macron à 80 % au deuxième tour de la présidentielle de 2022 et Union de la gauche à plus de 57 % au premier tour des législatives de 2024. Face à eux, les Afghans sont raisonnables : ils participent du « chantier » c’est-à-dire du changement, ils sont assis sur la flèche du Progrès qui transperce les entrailles de la France. Et cette flèche passe par la RN20.

Chute libre en Rafale

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Le préseident Macron quitte les Champs-Elysées après le défilé du 14 juillet, le 14 juillet 2024. Ludovic Marin/AP/SIPA

Quand le président de la République s’est rendu au défilé du 14 juillet, cette année, il a révélé de manière parfaitement involontaire l’étendue du déclin de l’industrie française. Où est passée notre politique industrielle de la grande époque?


Parmi tous les Rafale ayant défilé le 14 juillet le plus remarqué aura certainement été le Renault Rafale présidentiel, nouveau véhicule officiel de la République française. Sa principale originalité ne réside pas dans sa calandre lumineuse tricolore mais plutôt dans le fait que, pour la première fois, le véhicule présidentiel n’est pas fabriqué en France (le Rafale étant fabriqué en Espagne). Plutôt que clou du spectacle il s’agit plutôt d’un clou planté dans le cercueil de ce qui fut une industrie florissante et qui n’est plus désormais que l’ombre d’elle-même, la France n’ayant assemblé en 2023 que 1,5 million de véhicules, contre 3,5 millions en 2005. Elle figure désormais au 12ème rang mondial, derrière la Thaïlande ou le Canada[1]. Dans la pièce de théâtre qu’est la communication politique macronienne, c’est un rappel cruel de la réalité du rapide déclin de l’économie française dans le monde.

Pourtant la production automobile Made in France offrait encore à notre Président la possibilité de choisir dans la vaste palette des messages suivants :

  • Exemplarité : avec un véhicule électrique, celui-là même que l’on demande au bon peuple d’acheter avec diligence et sourire : Renault Scénic (Douai) ;
  • Gaullisme : avec la C5 Aircross, seule Citroën assemblée en France (Rennes) ;
  • Bling-Bling : avec les nouvelles Peugeot 3008 et 5008 (Sochaux), excellents véhicules au style cependant un peu chargé, qui offrent également une motorisation 100% électrique ;
  • Classicisme : avec une Peugeot 508 (Mulhouse), berline traditionnelle survivant dans un monde de SUV ;
  • Provocation : avec un Grenadier, 4×4 massif assemblé en Moselle sur l’ancien site de Smart, qui pourrait être le pendant français de « The Beast », la Cadillac du POTUS (président des Etats-Unis), même si sa faible valeur ajoutée française et son bilan écologique sont discutables ;
  • Misérabilisme : avec une Renault Kangoo (Maubeuge), une façon de draguer un peu lourdement l’électeur ouvriériste égaré à l’estrèmedrouate ; par ailleurs un avant-goût du standing que nous réservera le FMI lorsqu’il aura mis la France sous tutelle ;  
  • Sobriété : dans un pays censément « géré à l’euro près » (selon la plaisante affirmation de notre Bruno Le Maire national), conserver la DS7 présidentielle (Mulhouse) qui ne date que de 2017. Le véhicule le plus écologique étant celui que l’on ne fabrique pas, ce choix concilierait élégamment « fin du mois et fin du monde », et évoquerait le souvenir de Jacques Chirac célébrant sa victoire de 1995 à bord d’une antique CX. L’âge moyen du véhicule mis à la casse en France étant de 19 ans, ce choix enverrait un signal fraternel envers les automobilistes contraints de faire durer leur véhicule au maximum.

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Le plus triste dans ce choix présidentiel d’un porte-drapeau étranger n’est cependant pas le rôle joué par notre Président (car qui désormais se nourrit encore d’illusions sur sa capacité à choisir le bien commun ?), c’est le silence assourdissant avec lequel il a été accueilli, silence que n’a troublé aucune voix politique, syndicale ou patronale majeure, et que très peu de journalistes ont commenté : si L’Usine Nouvelle ou Challenges (via le toujours pertinent Alain-Gabriel Verdevoye) ont sauvé l’honneur, le Figaro par exemple ne mentionne même pas son lieu de fabrication dans l’article pourtant consistant consacré au nouveau carrosse présidentiel. Ce silence de mort symbolise brutalement le désintérêt profond des Français pour l’industrie, désintérêt en même temps cause et conséquence du déclin de cette même industrie.

Renault Caudron Rafale Esprit Alpine, Salon du Bourget, le 19 juin 2023. (NICOLAS MESSYASZ/SIPA, 01117492_000002)

Pourtant le rôle d’un Président soucieux de défendre notre industrie, ce n’est pas d’arborer une casquette McCain pour annoncer emphatiquement l’ouverture d’ une nouvelle ligne de production de frites en France, c’est d’incarner par une vision, des actes et des symboles la souveraineté industrielle telle que définie et mise en œuvre avec succès par De Gaulle puis Pompidou : bâtir et défendre des entreprises françaises de classe mondiale dans les secteurs clé, concevant et produisant sur le sol national.  Renoncer à cette politique industrielle signifierait se contenter des quelques créneaux que nous concède la concurrence internationale : principalement avions, sacs à main, vin et tourisme : de beaux restes mais insuffisants pour maintenir notre rang politique dans le monde et notre niveau de vie – un aller sans retour vers la tiers-mondisation et la sortie de l’Histoire pour notre pays.


[1] Source 2023 statistics | www.oica.net.

Angleterre : ci-gît le multiculturalisme

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Manifestation à Londres, le 31 juillet 2024. Mike Ruane/Story Picture Agency//SIPA

Le Royaume Uni continue à être secoué par des émeutes anti-immigration qui ont éclaté dans de nombreuses villes. Une situation qui a fait resurgir un antagonisme communautariste longtemps mis sous le tapis par les gouvernements successifs de Sa Très Gracieuse Majesté, pourtant confirmé par plusieurs études et sondages. Comme tous les exécutifs, le nouveau gouvernement travailliste jour la carte de la fermeté face à la violence, mais ne semble pas avoir de réponse à long terme aux causes sous-jacentes des émeutes.


Le Royaume Uni s’est réveillé dimanche matin 4 août 2024 sous le choc. Les images de rues couvertes de débris et de détritus fumants, conséquence d’un week-end de manifestations d’extrême droite qui a dégénéré en violence dans sept villes du pays, ont tourné en boucle à la télévision nationale comme elles ont fait la principale manchette de tous les tabloïds locaux.

Tout a suivi une attaque au couteau perpétrée à Southport (au nord de Liverpool), qui a coûté la vie à trois jeunes filles (âgées de 6 à 9 ans), lors d’une soirée dansante. La nationalité du meurtrier, un jeune rwandais de 17 ans, né sur le sol britannique, répondant au nom d’Axel Rudakubana, a mis le feu aux poudres. Très vite, des mouvements d’extrême-droite ont faussement accusé l’adolescent d’être un immigrant de confession musulmane. Le 29 juillet, un compte nommé Europe Invasion, qui est présent sur le réseau social X (anciennement Twitter) et publie régulièrement des images manipulées par intelligence artificielle, a publié un message prétendant – à tort – que le suspect était un immigré musulman. Le post a généré plus de six millions de vues. Dans la foulée, un compte TikTok, visiblement créé pour l’occasion, a appelé à manifester près du lieu de l’attaque, et a cumulé près 60 000 vues en quelques heures. De quoi rendre la situation explosive et dégénérer en affrontements raciaux.

Une des publications sur X à l’origine de la fausse rumeur sur l’identité de l’assassin de Southport.

Des groupes se sont rapidement formés, agitant tous des drapeaux de la croix de Saint-Georges, régulièrement utilisés comme symbole par les mouvements nationalistes (tel que l’English Defence League ou la néo-nazi Patriotic Alternative). À Leeds comme à Hull, des émeutiers ont jeté des bouteilles et brisé les fenêtres d’un hôtel abritant apparemment des demandeurs d’asile, affrontant violemment les policiers déployés pour protéger ces derniers. Une bibliothèque à Liverpool, transformée en site d’emploi pour migrants, a été incendiée. Des scènes similaires ont eu lieu conjointement à Manchester, Stoke-on-Trent, Blackpool et Belfast. À Bristol, nationalistes et antifascistes se sont confrontés, à coup de slogans (« Nous mourrons pour l’Angleterre », « Nous ne nous rendrons pas ») contre slogans (« Les réfugiés sont les bienvenus ici », « Racailles nazies, hors de nos rues »), ou de canettes de bière, de briques jetées à la face de l’autre avec des policiers peinant à séparer les deux groupes.

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Le Conseil musulman de Grande-Bretagne (MCB) s’est empressé de dénoncer les « groupes d’extrême droite » qui « crachent leur haine raciste » et qui « cherchent à intimider les communautés musulmanes » par tous les moyens. Bien que cet organisme reconnu ait condamné les nombreux actes antisémites qui connaissent un regain au Royaume-Uni depuis les attentats du 7 octobre 2003 perpétré par les terroristes du Hamas et la réplique israélienne qui a suivie, le MCB est critiqué par les plus radicaux des musulmans pour ses appels à l’unité multireligieuse. D’ailleurs, un certain nombre d’études suggèrent qu’une immigration de masse non-maîtrisée pourrait avoir des conséquences dramatiques pour la cohésion sociale outre-Manche. Notamment, un sondage publié en avril par le think tank britannique Henry Jackson Society affirme que 32 % des musulmans britanniques considéreraient comme « souhaitable l’instauration de la charia au Royaume Uni »; seulement un musulman britannique sur quatre penserait qu’« Israël a le droit d’exister »; et plus de la moitié « confesse avoir de l’admiration pour le Hamas ».

Face aux Conservateurs qui ont accusé le gouvernement travailliste de laisser s’installer un climat de guerre civile dans tout le royaume, le nouveau Premier ministre travailliste, Sir Keir Starmer, a fermement dénoncé les émeutes, expliquant « qu’il n’y avait aucune excuse pour la violence de quelque nature que ce soit ». « Il s’agit d’une action coordonnée, délibérée. Ce sont des groupes d’individus déterminés à commettre des actes violents » a tenté de minimiser le nouveau chef du gouvernement du roi Charles III. S’il s’est engagé à donner aux forces de police le « plein soutien » du gouvernement pour prendre des mesures contre les « extrémistes qui tentent de semer la haine », de son côté, le ministre britannique de la police a averti ceux qui « s’en prennent à nos policiers, pillent des magasins, détruisent des biens et intimident les différentes communautés » vivant au sein de la monarchie « devront en subir les conséquences ». Une atmosphère tellement tendue que la ministre de l’Intérieur, Yvette Cooper, n’a pas hésité à déclarer qu’elle ferait appel à l’armée si les émeutes devaient continuer et submerger des forces de police visiblement épuisées après ces jours d’émeutes intenses.

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Si le Royaume-Uni a déjà été la proie de manifestations similaires et aussi spectaculaires par le passé, mettant à mal un certain multiculturalisme, la récente poussée de la droite populiste lors des élections législatives (notamment avec le Reform UK Party de Nigel Farage qui a remporté 14% des voix) a relancé une mouvance qui trouve une caisse de résonance formidable sur les réseaux sociaux. A l’issue de ces événements, la vice-première ministre britannique Angela Rayner s’est emparée du sujet et a promis que certains groupes nationalistes feraient l’objet d’une demande de dissolution et d’une interdiction d’activités en vertu des lois antiterroristes. Le 5 août, après une réunion tumultueuse, le Premier ministre Keir Starmer a renchéri en annonçant qu’il mobiliserait « une armée » de réservistes afin de ramener le calme dans le royaume, laissant les Britanniques assez perplexes sur la gestion amatrice de ces émeutes par les travaillistes..

Un gouvernement qui, à peine élu, va devoir démontrer rapidement toute sa capacité à faire taire les antagonismes persistants et croissants entre les communautés au Royaume Uni, balayer la tendance radicale de son mouvement encore présent au sien du Labour et faire appliquer les principales lignes de son programme pour lequel il a été envoyé sur les bancs de la Chambre des communes : ordre et justice. 

Mon faible pour Nelson Monfort…

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Nelson Monfort à Roland Garros, en 2019 © HAEDRICH JEAN-MARC/LAURENT VU/SIPA

L’hommage de Philippe Bilger à Nelson Monfort.


On me pardonnera ce titre un peu facile pour rendre hommage au journaliste Nelson Monfort qui a décidé de se retirer, de ne plus faire partie de notre vie médiatique, de notre existence tout court. Je ne suis pas le premier et je ne serai pas le dernier à me livrer à cet exercice mais il se trouve que j’ai eu la chance, dans sa sphère professionnelle largement entendue, de pouvoir connaître et apprécier Nelson Monfort. Au-delà de ses prestations devenues mythiques dans le tennis ou le patinage artistique. Je devine trop ce qu’une approche paresseuse de cette personnalité exceptionnelle pourrait susciter comme compliments, estime, reconnaissance mais avec le risque d’une pointe de dérision, une sorte d’affectueuse moquerie comme si, faute de pouvoir atteindre le niveau de celui qui est devenu une véritable légende dans un monde trop habitué pourtant aux platitudes, il convenait de subtilement le rabaisser. Parce que, malgré les apparences, Nelson Monfort n’appartient pas, par sa culture, son intelligence, sa tenue, sa finesse et sa politesse, au monde médiatique tel qu’on se plaît à le célébrer entre hyperboles et copinages. Il y a toujours eu quelque chose, précisément à cause de ces qualités, qui a résisté chez lui à cet embrigadement, à ce grégarisme. Sa singularité a fait pièce à tous les conformismes. Et ils sont nombreux.

L’absence de vulgarité

Jamais il n’est tombé dans l’esprit partisan en éprouvant le besoin de s’exprimer sur un mode péremptoire à propos d’un sujet politique sur lequel il ne connaissait rien. Il n’a jamais succombé à la pétitionnite aiguë. Son goût de la langue française lui a évité de la massacrer. Questionnant ses invités, épuisés après un match ou dans des circonstances plus tranquilles, il n’a jamais eu pour but de les déstabiliser, de les mettre mal à l’aise. Au contraire, avec sa pertinente urbanité, il a satisfait sa curiosité en même temps qu’il a répondu à nos attentes.

Si j’avais à résumer mon sentiment sur lui, dans toutes les facettes où son expression nous a été offerte – je me souviens notamment des entretiens entre sérieux et sourires dont il nous a gratifiés sur Sud Radio, sa culture sportive encyclopédique laissant souvent place à des considérations relevant d’une impressionnante culture générale -, son absence de vulgarité m’est apparue comme sa marque distinctive.

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Mais ce doux savait avoir la dent dure, son amabilité n’était jamais convention ou routine mais le souci d’une forme l’autorisant alors à toutes les pugnacités sur le fond, aussi voilées fussent-elles. Derrière le Nelson Monfort que nous étions habitués à voir avec cette gaieté mozartienne relevant de l’art de vivre, je suis persuadé qu’il existait un jugement sûr, voire sévère, un pessimisme lucide, une sorte d’aristocratique exigence l’incitant d’abord à donner le meilleur de lui-même avant de tout attendre des autres. Nelson Monfort est un homme qui va évidemment manquer. Mon faible pour lui résulte de cette fraternité rare : celle que créent les mêmes valeurs plutôt que les causes partisanes.

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