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Soirée mousse

Blonde, blanche, brune, ambrée… la bière se décline à l’envi et séduit de plus en plus d’amateurs, des campings aux restos étoilés. Ce breuvage millénaire, dégusté dans le monde entier, a trouvé en France une terre d’élection, jusqu’à constituer une véritable économie. Quelques conseils avisés pour siroter, cet été, une pinte à votre goût.


L’amateur de bière est certainement plus détendu que l’amateur de vin. Il ne crache pas, n’exhibe pas son savoir et se laisse aller au simple plaisir de boire… Ce n’est pas non plus un obsédé du terroir, la bière pouvant être fabriquée n’importe où sans qu’il soit possible d’identifier l’influence du lieu qui l’a vue naître (à l’exception, peut-être, des bières corses, qui intègrent des produits locaux comme la farine de châtaigne, le miel du maquis et la fleur d’immortelle). En commandant une pression, son plus grand plaisir est de « partager le fût » avec ses copains. Et face à une bière soi-disant d’exception, la première question qu’il pose est : « Est-ce que c’est pintable ? » (« Est-ce qu’on a envie d’en boire une pinte ? »)

La bière, une histoire universelle

Plusieurs fois millénaire, la bière est aujourd’hui la boisson la plus consommée dans le monde (après l’eau et le thé) mais aussi, peut-être, la plus méconnue. Son nom apparaît pour la première fois sur des tablettes d’argile gravées par les Sumériens qui l’appellent sikaru. C’est alors une boisson sacrée offerte à la déesse Nin-Harra. L’Empire babylonien, qui succède à Sumer, accorde une importance sociale très importante à la bière puisque le Code du roi Hammourabi (env. 1750 avant J.-C.) stipule que les brasseurs reconnus coupables d’avoir produit une boisson impropre à la consommation seront condamnés à être noyés dans leur propre bière… À cette époque, la bière, c’est essentiellement de l’orge germée (malt), broyée en farine, façonnée en pain, cuite au four, puis fermentée dans de l’eau. En Égypte, on l’appelle « vin du Nil ». La déesse Isis, protectrice des céréales, est associée à Osiris, patron des brasseurs. Des hiéroglyphes décrivent ce rituel de la bière servie dans des cruches fraîches et bue à la nuit tombante : rêver de bière dans son sommeil est perçu comme un bon présage. Avant que les Romains les envahissent et développent la culture de la vigne, les Gaulois aussi aiment la cervoise qu’ils conservent dans des tonneaux. Mais le plus étonnant, dans cette histoire universelle de la bière, c’est de constater que, jusqu’au début du XXe siècle, et ce quelle que soit la civilisation, elle reste l’apanage des femmes chargées de la fabriquer. La femme, seule, possédant dans l’imaginaire des mythes le pouvoir de transformer les céréales en une boisson désaltérante et enivrante (comme chez les Incas, où seules, des « vierges du soleil » ont le droit de préparer la bière de maïs de l’empereur). Longtemps, dans les tréfonds de l’Allemagne luthérienne, la jeune mariée récite cette prière en pénétrant dans sa nouvelle demeure : « Notre Seigneur, quand je brasse, aide la bière, quand je pétris, aide le pain. » De même, en 1900, en France, des campagnes publicitaires incitent les femmes à boire de la bière censée favoriser l’allaitement… (C’était avant la loi Évin !)

© Delambora Production

Depuis quelques années, le monde de la bière est en pleine effervescence. Et la France, que l’on connaissait pour être la patrie des grands vins, se révèle aussi comme le pays d’Europe qui, ô surprise, compte le plus grand nombre de brasseries : 2 500 ! D’ailleurs, 70 % des bières consommées sur notre territoire sont produites localement. La première région brassicole est l’Auvergne-Rhône-Alpes qui abrite à elle seule 386 brasseries. De l’épi au demi, l’économie de la bière représente pas moins de 130 500 personnes pour 15 millions d’euros de chiffre d’affaires. La France produit aussi 4 millions de tonnes d’orge (la plus vieille céréale du monde), ce qui fait d’elle le second exportateur mondial. On recense 207 houblonniers (répartis surtout en Alsace et dans le Nord). Ce faisant, la bière a changé de statut : artisanale, elle est devenue une boisson qualitative que de plus en plus de grands chefs étoilés n’hésitent plus à proposer, à l’égal d’un bon vin, et à marier avec des plats (comme Édouard Chouteau, dans son restaurant La Laiterie, à Lambersart, près de Lille). Dans les concours de meilleurs sommeliers de France, les questions portant sur les différents types de bières sont devenues incontournables. Bref, la bière est devenue une boisson chic !

Laurent Cicurel, le patron de La Fine Mousse (l’un des premiers bars à bières de la capitale) résume bien cette tendance : « Demander un demi, comme le faisait le commissaire Maigret, n’a plus aucun sens aujourd’hui… Un demi de quoi ? Blonde, blanche, brune, ambrée ? Gueuze, kriek, IPA, stout, Barley Wine, Porters, bière de saison ? La diversité est immense et la palette aromatique est plus large que celle du vin : une bière peut être herbacée, florale, fruitée, boisée, caramélisée, épicée, acide, amère… On vient ici pour découvrir de nouveaux goûts. La Fine Mousse ne sélectionne que des bières artisanales produites par des brasseries indépendantes : sur 2 500 brasseries françaises, j’estime qu’il y en a moins de 50 qui ont un haut niveau d’excellence. »

Jusqu’à la fin des années 1990, les industriels de la bière régnaient sans partage et se contentaient de servir de la blonde légère (type lager ou pils – la bière inventée par les Tchèques de Pilsen il y a cent cinquante ans).

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Depuis le début des années 2000, c’est l’IPA (India Pale Ale) qui est devenue la bière de référence aux yeux des connaisseurs. Cette bière anglaise blonde, pâle et amère, est le fruit du mariage génial entre le malt et le houblon. En effet, pour que les bières supportent le voyage en bateau jusqu’en Inde ou en Afrique du Sud, les brasseurs de Manchester et d’ailleurs avaient eu l’idée d’ajouter de la fleur de houblon, dont les huiles essentielles miraculeuses protègent la bière de l’oxydation et des contaminations microbiennes. Surnommé l’« épice de la bière », le houblon apporte de surcroît au breuvage une amertume virile et des notes délicieuses d’agrumes et de fruits exotiques. La bière houblonnée, pourtant, est restée longtemps oubliée, et ce sont les brasseurs américains qui l’ont remise sur le devant de la scène.

En 1978, le président Jimmy Carter abroge une loi datant de la prohibition qui interdisait le brassage de la bière à domicile. Une nouvelle génération de microbrasseurs apparaît alors aux États-Unis, dont l’objectif est de redonner du goût à la bière, qu’ils baptisent « Craft Beer ». Pour cela, rien de tel que la bonne vieille recette des brasseurs anglais de l’empire des Indes ! Le houblon fait alors son retour.

Une « bière artisanale », toutefois, n’est pas nécessairement gage de qualité. Souvent, la « petite bière locale » n’est rien d’autre qu’un attrape-touristes (comme celle de l’île de Ré). Surtout, la mode de l’IPA a généré un certain conformisme : en forçant sur le houblon et ses notes de fruits exotiques, les brasseurs se contentent d’appliquer une recette commerciale. Sur les dizaines de bières dégustées, voici celles que nous vous recommandons pour cet été.

Brasserie Thiriez

Fondée par le pionnier Daniel Thiriez, au village d’Esquelbec, près de Dunkerque, cette brasserie a été la première en France à produire des bières houblonnées vieillies en fût de chêne. Belle mousse blanc nacré, nez de foin séché et d’agrumes. Aux États-Unis, Daniel Thiriez est une star.

www.brasseriethiriez.com

La Micro-Brasserie du Vieux-Lille

Une institution depuis 1740 ! Amaury d’Herbigny fabrique ici des bières gastronomiques de toute beauté, non filtrées et non pasteurisées, à partir de houblons et de malts bio des Flandres. Idéales pour accompagner un homard cuit au beurre, une tarte welsh, des moules-frites, une salade de betteraves au magret de canard fumé, un waterzoï, une mimolette vieille…

www.celestinlille.fr

Brasserie Uberach

Située dans la région qui concentre le plus de brasseries en France (Kronenbourg, Heineken, Meteor, Fisher…), cette brasserie des Vosges fondée en 1999 par Éric Trossat utilise des houblons alsaciens et des céréales bio. Ses IPA, notamment celles parfumées à la rose et au gingembre, sont élégantes, légères, élancées comme un clocher alsacien surmonté d’une cigogne.

www.brasserie-uberach.fr

Les Brassées de Nantes

Cette microbrasserie nantaise créée en 2016 par Gabriel Charrin est l’une des meilleures de France. Gabriel utilise ses propres houblons, récoltés à proximité et non séchés, afin d’apporter à la bière un maximum de parfums et une texture soyeuse que je n’ai trouvée nulle part ailleurs.

www.lesbrasses.fr

La Brasserie du Grand Paris

Fabrice Le Goff est devenu en quelques années l’une des plus célèbres figures de la bière artisanale française. Brassées à Levallois-Perret, ses IPA percutantes et résineuses ont un côté très « rock » (entre Led Zeppelin et Frank Zappa).

www.bgp.com

Bière d’abbaye de Saint-Wandrille

C’est la dernière bière fabriquée par des moines, l’appellation « bière d’abbaye » ayant été récupérée par l’industrie d’une façon totalement mercantile. Ronde et dodue.

www.boutique-saintwandrille.com

Où boire une bonne bière artisanale à Paris ?

La Fine Mousse

6, avenue Jean-Aicard, 75011 Paris

www.lafinemousse.fr

La Binouze

72, rue Marguerite-de-Rochechouart, 75009 Paris

www.labinouze.fr

Hay, ce sont aussi un peu les Jeux d’Emmanuel Macron !

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L’athlète Hugo Hay a fustigé le président de la République dans la presse, lui reprochant de s’approprier tout le crédit des Jeux olympiques aux dépens des sportifs. On peut bien sûr critiquer Emmanuel Macron sur bien des points mais il ne faut pas exagérer. Le billet de Philippe Bilger.


Hugo Hay, qui s’est qualifié pour la finale du 5 000 mètres, a déclaré dans L’Humanité : « Emmanuel Macron est hors-sol […] Je voudrais lui dire que ce ne sont pas ses Jeux, mais ceux des athlètes » (Ouest-France).

On ne peut pas me taxer d’être un inconditionnel de notre président de la République mais il me semble que parfois on charge trop la barque à son détriment. Par exemple avec ce propos de Hugo Hay. J’ai conscience qu’il n’y a pas là matière à un débat capital mais Emmanuel Macron est trop à la peine dans les sondages pour qu’un peu d’équité ne soit pas nécessaire !

Sur le premier point, il est clair que, comme tous ses prédécesseurs confrontés à de grandes manifestations sportives organisées en France, il cherche à les exploiter à son profit. En espérant que l’enthousiasme collectif et la joie patriotique suscités par les succès des Français retombent un peu sur lui et qu’on le crédite au moins en partie de cette parenthèse magique. Ce n’est que trop naturel et il me paraîtrait injuste de lui en faire grief.

Alors, bien sûr, Hugo Hay a raison, ce ne sont pas les Jeux du président, ce ne sont pas SES Jeux. Mais m’est-il permis de souligner que, comme pour nous tous, il a droit à une petite part et que ce ne serait pas équitable de lui dénier la liberté de s’en approprier, chaque jour, ce qu’ils ont eu de meilleur ?

Je devine bien ce qui a pu irriter Hugo Hay dans les postures du président, toujours cette manière ostentatoire d’étreindre, de se servir du corps des champions quasiment à des fins personnelles. Hier Kylian Mbappé, aujourd’hui Teddy Riner, ou Romane Dicko pour la consoler. J’admets que c’est agaçant mais personne n’est dupe : cela ne le rend pas propriétaire exclusif de ces Jeux. Il est juste un homme dominé trop souvent par des élans peu adaptés à son statut. Rien de plus, rien de moins ! 

Pour conclure, le bilan du président, depuis sa réélection, n’est pas à ce point fourni qu’on puisse le priver d’une réjouissance à la fois sportive et festive qui dans l’ensemble a été à la hauteur. Sinon, que lui resterait-il ?

Le Mur des cons

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Marcello, le beau ténébreux

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Marcello Mastroianni, l’acteur légendaire de La Dolce Vita et Huit et demi, ne peut pas être réduit à l’image d’un simple « Latin lover ». Pascal Louvrier se souvient de celui qui a publié Je me souviens, oui, je me souviens


Quand on cite Mastroianni (1924-1996), on pense à La dolce vita, de Federico Fellini, et à la scène mythique dans les eaux de la fontaine de Trevi, à Rome, avec la plantureuse et blonde Anita Ekberg. Ça a de la gueule, ce bain bouillonnant nocturne. Marcello joue le rôle de Rubini, la trentaine irrésistible, le geste élégant quand il allume une cigarette ou ôte ses lunettes noires. Il quitte sa province pour Rome, veut devenir écrivain et se retrouve à pondre des articles dans un journal à « sensations » comme on disait en 1960. J’aime beaucoup le personnage de Maddalena interprété par Anouk Aimée qui vient de tirer sa révérence. Il y a cette scène de dispute où elle conduit une splendide Américaine décapotable. Les deux forment un couple « vrai », moins glamour que celui qui s’ébroue dans la fontaine. Quand j’habitais au pied de la butte Montmartre, je rendais quelquefois visite à Anouk Aimée. Elle me recevait dans sa maison située près de la statue de Dalida. Une fois la porte refermée, on était en province et on oubliait la frénésie de Paris. Il y avait cette grande cage à oiseaux, sans oiseaux, remplie de livres qu’elle n’avait pas encore lus. Elle m’offrait un verre de vin rouge, on parlait de tout et de rien, souvent avec légèreté, parfois avec gravité, quand elle évoquait son enfance de gamine traquée par Vichy et ses collabos. Un jour, de sa voix douce, elle m’a dit : « Si je fume, c’est un peu à cause de Marcello. Sur le tournage de La dolce vita, il n’arrêtait pas d’allumer une cigarette et de m’en proposer une. Ça lui allait bien de fumer. Et puis, cette voix chaude, alourdie de nicotine, elle était irrésistible ».

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Dans les 170 films – un peu moins peut-être – tournés par Marcello, il y a, bien sûr, Une journée particulière, d’Ettore Scola, le poignant face à face entre cette mère de famille, Antonietta, interprétée par Sophia Loren, et cet intellectuel homosexuel fantasque qui danse seul la rumba, dans son appartement du sixième, le tout sur fond de fascisme et de nazisme triomphants. Dans son livre Je me souviens, oui, je me souviens… Mastroianni évoque le film, en particulier le coup de fil qu’il doit passer à un ami. Il s’adresse alors au réalisateur : « Ettore, la pudeur me suggère de jouer cette scène de dos. Toi, tu viens derrière moi, avec ta caméra, pour que les choses que je dis ne soient pas violentes, pour qu’elles n’arrivent pas au spectateur de façon désagréable ». C’est l’un des plus délicats moments du film.

Dans le même livre de souvenirs, Marcello affirme qu’il a toujours rejeté cette image de « Latin Lover » qu’on lui a trop facilement collée. Il a joué un impuissant dans Le Bel Antonio ; puis il est devenu un cocu répugnant dans Divorce à l’italienne ; il a été également un homme enceint ; il est tombé amoureux d’une naine. Le comédien préférait interpréter des hommes tourmentés, instables, fanfaronnant pour masquer une hypersensibilité ; ou provocateurs pour se moquer, par exemple, de l’affligeante société de consommation comme dans La Grande Bouffe, carnavalesque long-métrage de Marco Ferreri.

Marcello aimait passionnément sa mère, sa fille, Chiara, son métier d’acteur qu’il exerçait en tenant à distance ses personnages – « c’est l’acteur qui pleure, pas l’homme » – et bien sûr Paris où il mourut au 91, rue de Sèvres, entouré de Chiara, Catherine Deneuve et son vieux copain Michel Piccoli.

Marcello Mastroianni, Je me souviens, oui, je me souviens… Calmann-lévy.

Je me souviens, oui, je me souviens

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En quête de codex

Comment le manuscrit de l’Éthique, œuvre majeure et interdite de Spinoza, s’est-il retrouvé dans les archives du Vatican ? L’enquête de Mériam Korichi se lit comme un thriller philosophique.


Si Baruch Spinoza (1632-1677), philosophe néerlandais d’origine séfarade, fait scandale, c’est sans doute moins parce qu’il a opposé la croyance et la connaissance en affolant les Églises que parce qu’il a théorisé qu’il était possible, si besoin, de penser contre sa communauté et, plus largement, contre toutes les pressions sociales et les autorités politiques. Sa liberté fondamentale, essentielle, et son inflexibilité (entendez la fidélité à ses idées) lui vaudront son excommunication (herem) par la diaspora juive portugaise d’Amsterdam.

Portrait de Spinoza, 1665 D.R

Spinoza Code est l’histoire du manuscrit de l’Éthique, le traité radical de notre philosophe rationaliste, son œuvre majeure. Il y met la dernière main en 1674. Conscient que ses ennemis sont non seulement nombreux, mais puissants et que la publication d’un tel codex est compromise en Hollande, il en confie une copie à un jeune mathématicien brillant qui se prépare à faire le tour des grandes capitales d’Europe – son Grand Tour –, Ehrenfield Walther von Tschirnhaus. Le texte va donc voyager sous le manteau. En 1677, Spinoza s’éteint. Et l’Éthique disparaît – du moins, on en perd la trace. Trois cent trente-trois ans plus tard, le fameux codex est retrouvé. Où ? Au Vatican, dans les archives de la Congrégation de la Doctrine de la Foi, jadis la Congrégation du Saint-Office, autrement appelée la Sainte Inquisition. Le traité, comme c’est curieux, ne comporte ni titre ni nom d’auteur. Le dépôt du manuscrit fut enregistré le 23 septembre 1677 au palais du Saint-Office comme pièce à conviction d’une dénonciation faite par un certain Nicolaus Stenonius, évêque de l’Église catholique, ennemi signalé de Spinoza. Comment le fameux codex a-t-il bien pu tomber « entre les mains du bras armé de l’Église » ? C’est à cette question que va répondre Mériam Korichi dans une enquête littéraire passionnante, laquelle se double d’un thriller philosophique.

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L’épopée du seul manuscrit de l’Éthique qui nous soit parvenu est fascinante en ceci qu’on y croise, de Descartes à Leibniz, des personnages héroïques et qu’on y plonge dans les arcanes d’un XVIIe siècle où les batailles intellectuelles et religieuses font rage, depuis les Provinces-Unies jusqu’à la Royal Society londonienne et la Rome du Trastevere. On peut imaginer, par exemple, nous explique Korichi, que Tschirnhaus est resté interdit devant certaines propositions du texte qu’il est chargé de diffuser : « Spinoza y affirme que la réalité a une infinité de dimensions, que cette infinité n’est pas là pour humilier le désir humain de connaissance, au contraire, et c’est révolutionnaire, que la connaissance humaine peut égaler la connaissance divine. Cela suffit à faire partir en fumée le monde des anges, le monde des miracles, le monde des intermédiaires et des intercesseurs entre les humains et la vérité divine. »

Le spinozisme anima bien des débats, suscita bien des questions. Tout l’art de Mériam Korichi consiste à nous en montrer la troublante actualité.

Mériam Korichi, Spinoza code, Grasset, 2024.

Spinoza Code

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Test : quel fasciste êtes-vous ?

Islamiste, woke, gauchiste, droitier… le fascisme aussi a ses tendances ! Enfin le test qui vous dira laquelle suivre.


1. En bon cartésien modéré, vous considérez la vérité comme une quête tâtonnante et incertaine. Néanmoins, dans vos rêves, face à des contestations aussi infondées qu’insistantes – toutes donc – le dirigeant qui sommeille en vous n’hésite pas à trancher.

D.R

a) Pour sauver son âme rongée par le doute, vous pendez derechef l’impudent en place publique : toute vérité émanant de Dieu – qui vous soutient dans votre ascension sociale d’une façon plus enviable que la corde soutient votre opposant – vous êtes légitime à éliminer une source de contrariétés personnelles et conjoncturelles au nom d’un ordre divin et éternel. Une façon énergique de rapprocher les points de vue qui n’a d’égale que l’effet de pondération obtenu sur l’expression de l’opinion publique.

b) Vous faites connaître à l’impudent le sort que ses ancêtres esclavagistes/colonialistes infligeaient à leurs victimes en exigeant qu’il soit pendu derechef. Mais votre bourreau anime un séminaire en non-mixité, « renouveler le lynchage dans une perspective de co-construction d’un trépas plus inclusif ». Le concepteur du gibet ne veut rien édifier si le condamné n’est pas consentant à son exécution et le condamné ne veut pas consentir. Lassé, vous le confiez à vos alliés islamistes qui adorent tester l’aérodynamisme de leurs contradicteurs en les jetant du haut des immeubles.

c) Vous pendez derechef l’impudent. Sur une estrade. Avec des drapeaux. Et des officiels. Parce que contrarier le chef, c’est offenser le pays, souiller la race, toucher à l’âme du peuple. Et comme vous êtes un tantinet susceptible, donc facilement blessé, vous envisagez de fluidifier le processus de gestion des critiques, en industrialisant le dispositif d’évacuation des auteurs.

d) Vous faites connaître à l’impudent le sort que les révolutionnaires réservent aux valets de la réaction en le pendant derechef : la politique doit être compréhensible par tous ; une critique = une purge, une parole = une prise de risque, un opposant = du compost. C’est simple, facile à comprendre. Pé-da-go-gi-que. Efficace pour assurer la chaîne de transmission des ordres en mode vertical descendant.

2. L’altérité et votre rapport à l’autre

D.R

a) Respecter l’altérité ? ça dépend. Cet autre, là, il est plus fort que moi ?

b) J’aime l’altérité avec mes semblables, c’est plus facile pour créer une société inclusive d’investir dans l’altérité modérée. Sinon, concrètement, cet autre, là, il est plus fort que moi ?

c) L’haltérité, ça a à voir avec le body-building ? Sinon, cet autre, là, il tape plus fort que moi ?

d) L’altérité, c’est la reconnaissance à la fois de la différence et de l’égalité. Enfin pour l’égalité ça dépend : cet autre, là, il est plus fort que moi ?

3) Le sociopathe qui vous fait rêver

D.R

a) Khomeini. La petite robe noire était la signature de Gabrielle Chanel, Khomeini, la décline plutôt en turban. Faut dire que c’est une couleur sur laquelle le sang ne se voit pas. Et quand on pense que la patrie se renforce en épurant ses habitants, biais commun des dirigeants canal psychopathe, mieux vaut privilégier couleur sombre et matières absorbantes.

b) Le Hamas. Comme Judith Butler vous pensez que découper vos contemporains façon carpaccio, s’ils sont juifs, est un acte de résistance et que nier un pogrom, c’est soutenir une juste rébellion. Espérons que contrairement à Judith Butler, vos pratiques sexuelles agréent vos nouveaux Best Friend Forever, car sinon vous allez servir de sujet d’étude pour déterminer si l’être humain peut voler (la réponse est non), s’il résiste aux flammes (non également), s’il résiste aux balles (encore non), s’il est soluble dans l’eau (toujours non), s’il peut vivre sans cerveau (c’est contre-intuitif mais en fait, non)…

c) Mussolini. La bouillie fasciste se préparant toujours avec les mêmes ingrédients – ressentiment, violence, misère, frustration, victimisation –, elle privilégie la refondation du lien par la désignation d’un ennemi commun. Et justement, totalement en phase avec votre siècle vous préférez largement dépecer un bouc émissaire pour faire peuple, que travailler à un projet commun. Méfiez-vous cependant : haro sur le baudet est un programme qui ne fonctionne que si le baudet court vite et en zigzag. Si la foule l’attrape trop tôt et que le sacrifice produit une maigre récolte, c’est au sacrificateur que l’on s’intéresse.

D.R

d) Staline. Un type qui ressemble physiquement à l’équivalent moujik du père Castor, tout en étant doté de la mentalité du sénateur Palpatine. Mais le papi Daniel du froid savait mieux s’entourer que l’équivalent interstellaire de Gérard Larcher. En tout cas, le petit père des peuples résolvait magistralement les erreurs de recrutement dans son entourage. Certes la purge ou le meurtre ne sont pas des outils de gestion des ressources humaines tout à fait reconnus et leur usage est contesté voire sujet à polémiques, mais il faut leur reconnaître un caractère définitif qui peut séduire un manager peu porté au compromis.


Réponses : vous avez le totalitarisme

1. tendance islamiste : et voilà, vous proposez gratuitement d’aider au débroussaillage de la flore du jardin d’Allah que sont les hommes, vous êtes prêts à être le Roundup du Seigneur, Le Monsanto de l’armée purificatrice du Tout-Puissant et on vous calomnie. Pourtant vous ne voulez que resserrer les liens entre Dieu et ses créatures, et pour cela, rien de mieux que la proximité et les nœuds coulants !

2. tendance woke : Depuis que vous avez compris qu’il y a des oppresseurs de naissance et des victimes héréditaires, un groupe de gentils à récompenser et de méchants à punir, et que tout est affaire de pigmentation de peau, il a suffi d’un nuancier Pantone pour que votre compréhension de l’univers soit pleine et totale. Vous travaillez donc aujourd’hui à créer un monde parfait en simplifiant l’équation sociale multifactorielle par la réduction du nombre de variables individuelles toxiques. Il faut juste que les militants zélés comprennent que « mort aux Blancs », même s’il résume bien le concept, est un slogan qui peut freiner l’adhésion médiatique au message inclusif.

3. tendance droitière : vous qui auparavant arpentiez seul les crêtes de l’infamie et de l’ostracisme ; par la grâce de l’excommunication politique réciproque et la magie de la reductio ad hitlerum, voilà que votre enfer civique est maintenant plus fréquenté qu’une séance de coaching à l’Élysée à destination des collaborateurs de cabinet pour gérer les managers canal pervers narcissique. Du coup vous voilà refoulé vers le conservatisme. Pour vous qui chantez Maréchal, nous voilà sous la douche, l’inconvénient de la dédiabolisation c’est qu’il faut dire du bien des juifs. L’avantage, c’est que vous pouvez continuer à dire du mal des Arabes.

4. tendance gauchiste : spécialisé dans l’excommunication morale et la vertu exterminatrice, vous faites aussi beaucoup dans le stoïcisme et l’abnégation ; vous supportez sans vous plaindre l’énorme poutre dans votre œil, tout en vouant votre existence à retirer la paille dans celui de votre voisin. On vous reproche de vouloir pendre les patrons avec les tripes des curés, alors que cela témoigne d’un souci de maximaliser l’usage des ressources en circuit court et d’encourager à la fois le lien social et le don d’organe. Et puis success story dont vous n’êtes pas peu fier, vous avez réussi à relancer l’antisémitisme tout en justifiant un pogrom. L’inconvénient de la diabolisation qui en résulte, c’est qu’il faut dire du bien des Arabes. L’avantage, c’est que vous pouvez continuer à dire du mal des juifs.

En Belgique, un antisémitisme d’atmosphère

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Après la ville de Bruxelles qui refuse d’organiser un match de foot avec l’équipe israélienne, c’est une jeune équipe de frisbee israélienne qui ne peut pas se présenter sur le terrain à Gand. On évoque des raisons de sécurité… le tout sur fond d’antisémitisme larvé qui règne en Belgique.


Après la ville de Bruxelles qui refuse d’organiser un match de foot avec l’équipe israélienne, c’est une jeune équipe de frisbee israélienne qui ne peut pas se présenter sur le terrain à Gand. On évoque des raisons de sécurité… le tout sur fond d’antisémitisme larvé qui règne en Belgique.

Il règne en Belgique un antisionisme compassionnel qui alimente à chaque conflit au Proche-Orient la haine anti-juive. Un phénomène ancien qu’il serait trop long ici d’analyser en profondeur. Mais pour la lilliputienne communauté juive de Belgique (25 à 30 000 âmes sur près de 12 millions d’habitants), l’heure n’est pas à la fête. Avant le début des vacances scolaires, les écoles juives interdisaient aux élèves de sortir ne fût-ce que pour s’acheter un sandwich. Les lieux cultuels, culturels et religieux juifs sont protégés en permanence depuis l’attentat au Musée juif de Bruxelles de 2014. Les Juifs mettent leur pendentif (l’étoile juive) dans leur tee-shirt et certains rangent le chandelier à 7 branches dans le tiroir lors de tout dépannage au cas où le technicien (gaz, télédistribution, chaudière,…) serait musulman radical. Quand vous commandez un Uber-eats, mieux vaut inscrire un patronyme chrétien… Et cacher la kippa sous la casquette est indispensable… même dans les aéroports et les gares du pays.

Le 4 août, le magazine « humoristique » flamand Humo a laissé passer un appel au meurtre des Juifs signé d’un de ses éditorialistes (et digne de la prose de Drumont, Céline ou Brasillach). L’écrivain Herman Brusselmans écrit, face à la détresse des Gazouis : « Le Moyen-Orient va exploser, avec des conséquences désastreuses pour le reste du globe. Et tout cela à cause d’un petit Juif gros et chauve qui porte le nom inquiétant de Bibi Netanyahu et qui, pour une raison quelconque, veut s’assurer que le monde arabe tout entier soit anéanti. […] Je suis tellement en colère que j’ai envie d’enfoncer un couteau pointu dans la gorge de chaque Juif que je rencontre ».

Le CCOJB (Comité de coordination des organisations juives de Belgique) s’émeut et parle d’idées dignes des années 30. L’association juive européenne (European Jewish Association – EJA) annonce poursuivre en justice le magazine Humo et l’écrivain Herman Brusselmans. UNIA (institution publique indépendante qui lutte contre la discrimination) introduit une plainte au tribunal correctionnel contre l’écrivain considéré comme un des « innovateurs » de la littérature flamande. La Ligue belge contre l’antisémitisme également. L’intéressé trouve ces réactions « débiles ». En décembre, il écrivait déjà : « Israël utilise les mêmes méthodes pour détruire une race entière que les Allemands […] Il n’est pas inconcevable que quelqu’un, n’importe qui, devienne antisémite contre sa nature ».

C’est dans ce contexte lourd que la ville de Gand a décidé d’interdire de championnat européen de frisbee la délégation israélienne composée de jeunes de 13 à 17 ans « en raison de l’antisémitisme local ».

« À 6 heures du matin, le premier jour de la compétition, alors que nous sommes déjà en Belgique et que nous nous préparons à concourir, le chef de la délégation reçoit un message indiquant que, pendant la nuit, nos courts ont été vandalisés par des graffitis antisionistes et que l’on craint des manifestations pro-palestiniennes », écrit la délégation d’Ultimate Frisbee. « Il nous est donc interdit de jouer sur le même court et, par conséquent, nous ne pourrons pas participer au tournoi. Malgré les efforts du ministère des affaires étrangères et des sports, de l’ambassade d’Israël en Belgique et de l’association « Eilat » qui nous a accompagnés tout au long du processus, nous avons réussi à empêcher le premier jour des jeux et à le reporter jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée, une annonce officielle a été publiée hier soir (6.8.24) par le bureau du maire, interdisant la participation de l’équipe au tournoi et même son apparition en tant que spectatrice dans la compétition ».

Impression de déjà-vu puisque en juin dernier, la ville de Bruxelles a refusé d’organiser une rencontre de football entre la Belgique et l’équipe israélienne sur son territoire, invoquant là-aussi des raisons de sécurité… De deux choses l’une : ou bien Israël n’est pas le bienvenu en Belgique ou bien la Belgique est incapable d’assurer la sécurité d’Israéliens, tellement il y aurait de radicaux musulmans dans le pays… Dans le premier cas, c’est de la discrimination : dans le second cas, c’est un terrible aveu de faiblesse… qui a ému Georges-Louis Bouchez, président du Mouvement réformateur (l’équivalent de la Droite républicaine) qui a fait 30% des voix aux dernières élections législatives de juin 2024.

Il écrit sur Facebook : « On peut penser ce que l’on veut du conflit au Proche Orient. Mon point n’est pas là. Mais on parle simplement de la Belgique ! De notre démocratie libérale dans laquelle des enfants ne peuvent pas participer à une compétition sportive à cause d’excités de gauche et surtout d’une classe politique lâche et soumise ! Gand qui se veut une Ville lumière est devenue la Ville du déshonneur. Je n’ai plus de mot assez fort pour exprimer mon dégoût face à tant d’injustice. Mesdames et Messieurs, en Belgique, au 21ème siècle, des êtres humains ne sont pas traités comme les autres uniquement parce qu’ils sont juifs ou israéliens. Et le pire est que cela ne semble choquer personne ! Cette bonne presse toujours prompte à nous expliquer le bien et le mal semble être en vacances quand on parle des juifs […] »

Imbroglio nippon, la passion à froid

Le dernier film de Takuya Kato est un drame où les non-dits et la culpabilité tissent les fils d’une tragédie intime.


En délicatesse avec son époux, homme économiquement bien nanti qui projette de vendre son appartement et d’acheter une maison (au fil du récit on comprendra qu’ils sont mariés en secondes noces, qu’il a un fils de son premier mariage, qu’il a naguère trompé cette femme, avec qui il cohabite depuis longtemps sans plus copuler jamais, et ce quoiqu’il aspire à avoir un autre enfant d’elle…), Watako entretient secrètement une relation avec un amant (correcteur de son état). Ils se retrouvent, le week-end, dans des hôtels confortables, loin de la ville. Mais voilà que l’amant meurt accidentellement sous ses yeux, écrasé par une voiture. Elle appelle une ambulance, mais pour préserver la clandestinité de cette liaison, choisit de couper la communication et de se défausser sur un quelconque autre témoin pour donner l’alerte. Pétrie de remords à l’idée que son silence a peut-être tué l’amant, et se sentant dès lors responsable de sa mort, Watako tente de poursuivre sa vie conjugale dans le déni de cette passion tranchée net par le sort. Mais de fil en aiguille, les événements (conversation avec la première épouse, rencontre au cimetière avec le père du défunt, bague perdue et retrouvée…) l’obligent, confrontée à sa propre vérité, à faire de sa mélancolie un tremplin vers l’acceptation de soi.

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Format carré de l’écran, tonalité froide des séquences, construction habile d’un récit complexe traversé de flash-backs qui se glissent insensiblement dans la trame des événements, rétention de la musique, retenue et ambiguïté très concertée des dialogues : le climat sévère du film exprime avec exactitude cette difficulté à communiquer dont Takuya Kato, pour son second long métrage, semble faire une constante de la société japonaise. Film d’une grande exigence formelle, La mélancolie vous enchaîne subtilement dans ses rets.          

La mélancolie. Film de Takuya Kato. Japon, couleur, 2023. Durée: 1h24.

En salles le 14 août 2024.

Pour visualiser la bande-annonce :

L’affirmation d’un terrorisme féminin décomplexé

                   Les années de plomb : ces femmes qui font le choix des armes. Voir les Episodes 1 et 2


La dernière partie du XXᵉ siècle est marquée par l’engagement massif des femmes dans les organisations politiques, parmi les plus célèbres, Nathalie Ménigon et Joëlle Crépet à Action directe en France, Ulrike Meinhof et Gudrun Ensslin à la RAF (Rote Armee Fraktion /Fraction armée rouge) en Allemagne, Adriana Faranda et Barbara Balzerani dans les Brigades Rouges en Italie.

Les médias titreront :

« Chasse aux femmes en RFA », Libération, 6 août 1977.

« Le sexe des anges de la terreur », Le Monde, 9 décembre 1977.

« Les tigresses des BR », Paris Match, 19 mai 1978.

« Terrorisme : l’empire des femmes », Le Point, 7 septembre 1981.

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Les années 70-80, dites « les années de plomb », consacrent l’avènement du terrorisme féminin, principalement en Europe, période qui correspond aussi à une profonde mutation sociale notamment avec l’émancipation des femmes. Toutes ces organisations acceptent le recours à la violence, en vertu de l’idéologie d’extrême gauche à consonances marxistes, comme une nécessité pour faire avancer l’histoire. La violence comme mode d’expression contre la bourgeoisie, contre l’Etat et ses symboles, qu’elles abhorrent !

Penchons-nous sur le cas d’Action directe. Action directe est une organisation politique française d’extrême gauche, des communistes révolutionnaires, c’est ainsi qu’ils se définissaient, sœur jumelle de la RAF, résultat de la fusion des membres des GARI (Groupes d’action révolutionnaire internationalistes), des NAPAP (Noyaux armés pour l’autonomie populaire) et des Brigades internationales, issues de la Gauche Prolétarienne (GP), qui prônait le recours à la violence comme arme politique. Ces organisations n’hésitent pas à commettre des attentats, mitrailler des édifices publics et des sièges de sociétés, assassinant et attaquant des banques pour financer leurs projets. Proches des autres groupes armés européens et palestiniens, elles créent une véritable coopération logistique et financière entre elles.

C’est en 1979 qu’Action directe va commencer à revendiquer en son nom ses attaques, nom emprunté à l’anarcho-syndicalisme du début du XXᵉ siècle. 1ᵉʳ mai 1979, à Paris, le siège du Conseil National du Patronat Français est mitraillé, une première action qui ouvre le bal à d’autres contre tout ce qui peut représenter l’Etat et le capitalisme. Le groupe sera démantelé en 1987, 150 personnes sont impliquées à des niveaux différents. Plusieurs dizaines de femmes avaient rejoint les rangs d’Action directe. Des peines allant jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité seront prononcées.

La réalité inconcevable de la femme tueuse

Nathalie Ménigon, une des figures principales d’Action directe, est condamnée en 1986 et en 1989 à la réclusion criminelle à perpétuité pour les assassinats de René Audran et de George Besse. Elle était également la compagne de Jean-Marc Rouillan, autre grande figure du mouvement. Le Figaro dans un article du 16 septembre 1986 la présente comme « sa compagne », faisant référence à Jean-Marc Rouillan, alors que lui est qualifié de « cerveau ». Une femme capable de penser, d’organiser et de commettre un attentat, une réalité inconcevable. Dans un autre article du 15 septembre 1980, Le Figaro qualifiera le duo Menigon-Rouillan de « couple fou du terrorisme ». Nathalie, l’amoureuse, celle qui suit naïvement son amant. Le Monde dans un article du 15 janvier 1989, relate les propos de l’avocat général lors du procès des assassins de Georges Besse: « le plus horrible, le plus choquant, c’est que les tueurs soient des tueuses, deux jeunes femmes passionnées, déterminées, en apparence insensibles et qui n’ont pas agi pour des raisons personnelles mais uniquement pour abattre ce qu’elles appellent un symbole ». Le Monde toujours dans un article du 16 mai 1986, à propos de Joëlle Crépet, écrira « victime d’un aveugle engagement, moins idéologue que passionnel ». L’engagement politique est relégué au bénéfice de la passion. La passion ce tourbillon qui ferait tourner la tête de toutes les femmes, terroristes comprises ! Ce qui choque, ce n’est pas l’action de tuer, on tue pour se défendre, pour manger et même par amour, ce qui choque c’est que le tueur soit une femme.

Mais toujours pas de femme, activiste, engagée dans une action politique, un peu comme l’anarchiste Germaine Berton des décennies avant. Les années de plomb soulèvent le problème de l’acception dans notre société de la violence politique des femmes. Agissent-elles par conviction ? Sont-elles de simples « compagnes de » ? Sont-elles naïves et faibles ? Suivent-elles par amour ? Sont-elles psychologiquement déviantes ?

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L’apparition de cette violence féminine, de ce terrorisme « féminin », remet en question l’ordre traditionnel et conventionnel établi, en cherchant des explications sociologiques ou psychologiques pour justifier cette anomalie de la nature du genre féminin. Force pourtant est d’admettre que la décision idéologique demeure la principale motivation de ces femmes, qui ont rejoint les mouvements européens d’extrême gauche. A cela s’ajoute la composante de la colère contre les générations précédentes qui ont collaboré avec le nazisme et le fascisme, avec à la fois le désir de punir et de réparer (voir Mélanie Klein et Joan Rivière, L’amour et la haine. Le besoin de réparation, Petite Biblio Payot) ! Si la répression a été la même pour les hommes et les femmes d’Action directe, si Nathalie Menigon et ses sœurs ont été jugées en droit à égalité avec les hommes du groupe, le jugement médiatique et populaire en revanche a été tout autre.

Fait remarquable pour être relaté, en mai 1976, Ulrike Meinhof, membre des FAR, se suicide dans sa cellule pendant sa détention, son cerveau sera prélevé et examiné par le médecin légiste, un ancien nazi (!), « afin de rechercher un lien entre sa structure et les agissements commis par Ulrike ». A-t-on eu l’idée de procéder à de telles recherches sur le cerveau d’Andreas Baader ? Etranges méthodes qui rappellent celles de Lombroso à une autre époque.

La femme, simple « suiveuse »?

La violence appartient aux hommes, elle est leur monopole, la femme est l’exception. Ces femmes qui affichent leur violence de manière décomplexée remettent en question le couple homme-femme en les sortant de la zone dans laquelle on les avait enfermées.

Les médias ont joué un rôle majeur dans la pérennisation des stéréotypes sexuels en relatant et en décrédibilisant l’engagement des femmes terroristes. On remarque une tendance à évacuer la dimension politique des faits qui leur sont reprochés et qu’elles revendiquent. On met en doute la sincérité de leur engagement et de leur motivation. Joëlle Crépet sera qualifiée de « victime d’un aveugle engagement, moins idéologue que passionnel ». Les journaux les présentent comme des « suiveuses », des « amoureuses », comme le célèbre couple formé par Bonnie et Clyde, on tente de trouver une explication à cette anormalité par le prisme de l’amour, quand d’autres seront qualifiées par la presse « de démentes ». « Cet homme qui part et ne dit rien à sa femme, elle qui s’inquiète : c’est vieux comme le monde. Leur amour était fait de ce qu’elle ne savait rien. Elle était le repos du guerrier ».  Et de lancer au tribunal, pour justifier sa demande de relaxe : « Vous ne pouvez pas condamner une femme simplement parce qu’elle a aimé ! », Le Monde, 21 janvier 1989. S’agissant de Paula Jacques, compagne de Claude Halfen, tous deux membres d’Action directe, le caractère politique de son engagement est éclipsé, oublié, sous le couvert des sentiments amoureux et de la naïveté, voire même de l’exploitation de la faiblesse de la femme, caractéristique liée à son sexe !

Lors de l’assassinat de George Besse, les médias ont souligné que ces femmes, pour donner un sens à leur existence étaient prêtes à tuer plutôt que de donner la vie, renvoyant ainsi la femme à sa fonction biologique de procréatrice. L’homme a pourtant cette même fonction de reproduction mais qui soulignerait la fonction biologique de l’homme comme incompatible avec son engagement ?

Cette représentation classique de la femme par les médias était presque rassurante, en réaffirmant la différence entre le masculin et le féminin, clef de voûte de la structure de la société telle qu’elle s’est construite, elle cantonnait chaque genre dans sa fonction naturelle. Aux femmes la vie, aux hommes la mort !

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Les médias pousseront l’ancrage du stéréotype en rappelant le rôle de ménagère des membres d’Action directe. Dans un article du 16 mai 1987, Le Monde souligne que pendant une planque « Joëlle Aubron avait planté des tomates et elle en faisait des conserves soigneusement rangées dans le cellier ». Une certaine manière de reléguer la femme à autre chose qu’à son engagement politique. Aux femmes les fourneaux, aux hommes le combat !

Les discours médiatiques ont renforcé la terroriste dans la catégorie « femme ». Mais la femme terroriste est avant tout une terroriste. Amoureuse, suiveuse, démente, ménagère, dans tous les cas la tendance place la femme hors du champ politique et idéologique. La femme gêne, on cherche à la disqualifier, quelle que soit la cause, elle part perdante au regard des médias qui ignorent son engagement. Elles renversent les stéréotypes liés au genre et mettent en lumière l’anormalité de leurs actions qui engendrent le dysfonctionnement de la société.

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Attention : travail !

La valeur-travail (Arbeitwert) était un concept central chez Marx. Elle a quasiment disparu du logiciel du Nouveau Front populaire qui lui préfère les allocs et la hausse du SMIC. Et dire qu’en 1936, Léon Blum revendiquait « l’espoir, le goût du travail, le goût de la vie » !


Juin 1997. La gauche prend le pouvoir à la faveur d’une dissolution surprise décidée par le président Jacques Chirac. Les trente-cinq heures sont la mesure phare du nouveau Premier ministre Lionel Jospin. Une réforme non seulement critiquée par la droite et les chefs d’entreprise, mais aussi par quelques poids lourds de la majorité.  « Ce n’est pas en travaillant moins qu’on en sortira », s’inquiète Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Intérieur, tandis que Jack Lang, alors président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, redoute une «  législation trop rigide ». Le camp du progrès social n’est pas unanime. Certains, à gauche, ne croient pas qu’émietter le gâteau soit de bonne politique. Ils préféreraient donner la priorité à l’expansion économique.

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Janvier 2017. La primaire socialiste bat son plein. Parmi les sujets de clivage entre les candidats : le revenu universel.  Parfois défendue par des libéraux, la mesure séduit une partie du peuple de gauche et se trouve au cœur du programme de Benoît Hamon. Face à lui, Arnaud Montebourg refuse cette dérive et brandit le « redressement productif » comme mot d’ordre. Las, il n’obtient que 17% des voix et se retrouve piteusement éliminé dès le premier tour.  Finalement qualifié face à Manuel Valls au second tour, Benoit Hamon remportera l’investiture avec son projet de société Netflix-cannabis-canapé-pour-tous. Puisque la bataille économique a été perdue, il n’y a plus qu’à offrir un super RSA à la France entière.

Redistribution et pensée magique

Sept ans plus tard, dans la précipitation de la dissolution, qui défend encore la valeur-travail à gauche ? Si l’on se penche sur le programme du Nouveau Front Populaire, nulle trace des notions de production et d’innovation. Le volet économique, dans lequel La France Insoumise est à la manœuvre, ne parle que de redistribuer les richesses, développer la voiture électrique, fermer des centrales nucléaires, maîtriser l’inflation et la hausse du SMIC, le tout saupoudré de pensée magique quant au potentiel des énergies renouvelables. Il faut réécouter Anne Hidalgo, en 2017, annonçant qu’à l’occasion des Jeux Olympiques 2024, des capteurs solaires permettraient « sans aucun doute » de récupérer l’énergie des sportifs et des spectateurs.

Faute donc d’aller chercher la croissance avec les dents, la nouvelle gauche compte redresser le pays en faisant les poches des riches. Les Insoumis proposent ainsi de créer une nouvelle tranche d’imposition sur les héritages : au-dessus de douze millions, on prend tout. La plupart des lecteurs de Causeur s’estimeront à l’abri de la confiscation. Qu’ils ne fanfaronnent pas trop vite : face à Benjamin Duhamel sur BFMTV, le 22 juin dernier, Mathilde Panot précisait (dans une grande imprécision) que les impôts augmenteraient pour les salaires au-dessus de 4000 euros. C’était la fameuse barre qui définissait les riches selon François Hollande, lors de la campagne présidentielle de 2007. Une nouvelle convergence entre les gauches réputées jusque-là irréconciliables.

Paul Lafargue versus Karl Marx

Au sein du Nouveau Front Populaire, seul le Parti communiste fait tâche, si l’on ose dire, en défendant, mezzo voce, le productivisme. En septembre 2022, dans une tribune publiée dans les colonnes du Monde, son secrétaire national, Fabien Roussel déclarait : « La gauche doit défendre le travail et le salaire et ne pas être la gauche des allocations, minima sociaux et revenus de substitution ». Soit une certaine cohérence idéologique avec les paroles de l’Internationale : « Ouvriers et paysans, nous sommes/le grand parti des travailleurs/La terre n’appartient qu’aux hommes/l’oisif ira loger ailleurs ». Tandis qu’au même moment Sandrine Rousseau préférait invoquer le « droit à la paresse », en allusion au titre d’un menu essai de Paul Lafargue, publié en 1883, qui préconise des journées de travail de trois heures. En 1868, l’auteur avait épousé Laura Marx, fille de Karl, union qui, dit-on, n’enchanta pas complètement l’intéressé.

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Entre le lumpenprolétariat et les bobos adeptes de l’otium des anciens, une alliance de classes s’est ainsi constituée, qui enjambe et écrase les autres catégories sociales. Il faut dire que parmi les figures de La France Insoumise et des Écologistes, peu suintent l’huile de coude, les bleus de travail, le métro aux heures de pointe. L’an dernier, le sondeur Jérôme Fourquet a montré dans son essai La France d’après (Seuil) que, dans la banlieue rouge de Paris, et notamment en Seine-Saint-Denis, les anciens maires tôliers ou chaudronniers ont été remplacés peu à peu par des consultants en marketing. Sandrine Rousseau, diva des Verts ? Professeur d’économie qui disparaît, d’après ses élèves, six mois sur douze de la fac de Lille. Sophie Binet, patronne de la CGT ? Révélée en 2006 lors de la fronde contre le CPE, a fait ses classes dans les rangs de l’UNEF. Manuel Bompard, leader des Insoumis ? Apparatchik devenu à vingt-quatre ans secrétaire national de l’ancien Front de Gauche. Louis Boyard, benjamin des députés de gauche ? S’est surtout distingué dans le trafic de stupéfiants avant d’entrer au Palais Bourbon. Sofia Chikirou, plus proche collaboratrice du gourou Jean-Luc Mélenchon  ? Autre apparatchik, passée par le PS après avoir été, un temps, tentée par le sarkozysme. A La France Insoumise, il n’y a que François Ruffin pour se faire le héros et le héraut des classes laborieuses. Une position qui explique sans doute sa mauvaise réputation dans les rangs du mouvement.

Alors comme ça, le sport, c’est de droite…

La réflexion — un terme sans doute très exagéré, dans son cas — de Mathieu Slama sur le fait que le sport, c’est de droite, semble avoir amusé notre chroniqueur. Grand sportif lui-même, et réputé d’extrême-droite par tous les bien-pensants, il a décidé d’étendre la pensée (autre terme très exagéré) de l’icône du gauchisme sous-intellectuel à tous les domaines associés au sport — tous de droite. Mais que reste-t-il à la Gauche ?


Cretinus Maximus, connu sous le sobriquet de Mathieu Slama, vient d’accoucher de l’une de ces idées lumineuses qui font de lui un phare de la pensée entre le boulevard Saint-Germain et la rue Saint-Guillaume, ce territoire du VIe arrondissement où s’élabore désormais la pensée française ultime. Les valeurs sportives de base, performance, goût de la compétition, effort et dépassement de soi « peuvent être toxiques et abîmer profondément des vies », gazouille-t-il sur l’ex-Twitter. De même le mérite, qui « n’existe pas, c’est un mensonge qui sert à justifier les inégalités et les injustices. » De la part d’un « fils de » qui pète dans la soie depuis sa naissance, c’est une déclaration d’une humilité réjouissante. Comme disait Didier Desrimais en janvier sur Causeur, il est « la glorification du vide ».

On aura remarqué, bien sûr, que toutes les valeurs — qui ne sont pas strictement sportives — que décrie notre apologiste de la paresse sont justement celles que la Gauche, en quarante ans, a soigneusement effacées de l’Ecole, qu’il s’agisse des programmes, toujours plus simplifiés, ou des pratiques pédagogiques, toujours moins contraignantes. Le pompon, la palme, la médaille étant pour les décisions de Najat Vallaud-Belkacem, dernière architecte du désastre. Aux enseignants qui doutent de la valeur de l’effort, de la contrainte, de l’acharnement, je suggère de réviser les pratiques d’entraînement de Léon Marchand.

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C’est que nous en sommes, rappelez-vous, à cette inversion de toutes les valeurs que George Orwell avait prédit dans 1984. La liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force, et Mathieu Slama pense. S’il a aimé la cérémonie d’ouverture des jeux (que l’extrême-droite, dit l’hurluberlu, a détesté « parce qu’elle hait la liberté plus que tout »), il n’apprécie pas les jeux eux-mêmes, exaltation nocive de tout ce qui est patriotique : « Le nationalisme dans le sport me dégoûte », précise notre athlète de l’intellect. « L’identité de l’Europe, c’est d’être sans identité ».

Ce qui permettra la destruction de l’Europe par n’importe quels gredins se réclamant d’une idéologie (ou d’une religion) à identité forte.

Le coût de la virilité

Jean Kast, sur Boulevard Voltaire, rappelle que Slama avait détesté la mise en scène de Macron en boxeur : pas parce que l’image était légèrement retouchée, ce qui était en soi assez drôle, mais parce que « la mise en scène autour de la boxe, sport à l’imaginaire hautement viriliste, n’est pas neutre » : « C’est une vision de la masculinité profondément réactionnaire ».

Les boxeuses XY qui affichent en ce moment leurs muscles de mecs dans une compétition réservée aux femmes, ce qui leur permet de flanquer légalement des tannées à leurs opposantes (mais que font les chiennes de garde ?) ne sauraient lui donner tort. Vite, organisons une confrontation !

Sans doute ces belles idées ont-elles émergé dans le crâne de notre minus habens en se regardant dans un miroir. Moi qui suis — prétendent nombre de détracteurs — d’une droite extrême et nauséabonde, j’ai un mépris d’avance, comme disait Albert Cohen, pour tous ces intellectuels bâtis comme des salades cuites. J’en reste à la formule classique, mens sana in corpore sano. Socrate avait combattu les Perses dans les rangs des hoplites, Montaigne avait été formé à tous les exercices du corps, à l’image des Anciens que son père vénérait, Giraudoux était champion universitaire en athlétisme, Montherlant a chanté les athlètes, Hemingway a relevé tous les défis, et Sylvain Tesson a contrarié de son mieux les destins en se livrant à nombre d’activités ultimes — lire par exemple Blanc (2022). Des types de droite, tous, sans doute — même si Giraudoux a milité ardemment pour l’entrée des femmes dans les compétitions olympiques, que refusait à l’origine Pierre de Coubertin.

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Sérieusement, comment des médias français peuvent-ils encore donner la parole à ce résidu exsangue du socialisme français ? Les gauchistes que j’ai connus étaient de vrais sportifs, capables d’envoyer un cocktail Molotov à trente mètres — la pratique du handball, ça aide — et de détaler comme des zèbres devant une charge de CRS. Voire de les affronter en corps à corps.

Mais Slama ?

Notre époque est délétère, qui donne la parole à des individus qui n’existent que parce qu’ils ont des accointances sélectionnées, — un pedigree social faute d’avoir un pedigree physique ou intellectuel. Une époque de fausses valeurs, de petits bras et de petites burnes, qui devrait se souvenir qu’in fine, Athènes a perdu la Guerre du Péloponnèse face aux grosses brutes de Sparte. Si nous voulons gagner la guerre à bas bruit qui a déjà commencé ici, nous ferions bien de ressusciter les valeurs « virilistes » qui nous ont permis, jadis, de bouter les Anglais hors de France, de vaincre les souverains européens sur tous les champs de bataille, et de refouler les Germains au-delà du Rhin.

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Soirée mousse

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La Binouze, bar et cave à bières dans le IXe arrondissement de Paris © Hannah Assouline

Blonde, blanche, brune, ambrée… la bière se décline à l’envi et séduit de plus en plus d’amateurs, des campings aux restos étoilés. Ce breuvage millénaire, dégusté dans le monde entier, a trouvé en France une terre d’élection, jusqu’à constituer une véritable économie. Quelques conseils avisés pour siroter, cet été, une pinte à votre goût.


L’amateur de bière est certainement plus détendu que l’amateur de vin. Il ne crache pas, n’exhibe pas son savoir et se laisse aller au simple plaisir de boire… Ce n’est pas non plus un obsédé du terroir, la bière pouvant être fabriquée n’importe où sans qu’il soit possible d’identifier l’influence du lieu qui l’a vue naître (à l’exception, peut-être, des bières corses, qui intègrent des produits locaux comme la farine de châtaigne, le miel du maquis et la fleur d’immortelle). En commandant une pression, son plus grand plaisir est de « partager le fût » avec ses copains. Et face à une bière soi-disant d’exception, la première question qu’il pose est : « Est-ce que c’est pintable ? » (« Est-ce qu’on a envie d’en boire une pinte ? »)

La bière, une histoire universelle

Plusieurs fois millénaire, la bière est aujourd’hui la boisson la plus consommée dans le monde (après l’eau et le thé) mais aussi, peut-être, la plus méconnue. Son nom apparaît pour la première fois sur des tablettes d’argile gravées par les Sumériens qui l’appellent sikaru. C’est alors une boisson sacrée offerte à la déesse Nin-Harra. L’Empire babylonien, qui succède à Sumer, accorde une importance sociale très importante à la bière puisque le Code du roi Hammourabi (env. 1750 avant J.-C.) stipule que les brasseurs reconnus coupables d’avoir produit une boisson impropre à la consommation seront condamnés à être noyés dans leur propre bière… À cette époque, la bière, c’est essentiellement de l’orge germée (malt), broyée en farine, façonnée en pain, cuite au four, puis fermentée dans de l’eau. En Égypte, on l’appelle « vin du Nil ». La déesse Isis, protectrice des céréales, est associée à Osiris, patron des brasseurs. Des hiéroglyphes décrivent ce rituel de la bière servie dans des cruches fraîches et bue à la nuit tombante : rêver de bière dans son sommeil est perçu comme un bon présage. Avant que les Romains les envahissent et développent la culture de la vigne, les Gaulois aussi aiment la cervoise qu’ils conservent dans des tonneaux. Mais le plus étonnant, dans cette histoire universelle de la bière, c’est de constater que, jusqu’au début du XXe siècle, et ce quelle que soit la civilisation, elle reste l’apanage des femmes chargées de la fabriquer. La femme, seule, possédant dans l’imaginaire des mythes le pouvoir de transformer les céréales en une boisson désaltérante et enivrante (comme chez les Incas, où seules, des « vierges du soleil » ont le droit de préparer la bière de maïs de l’empereur). Longtemps, dans les tréfonds de l’Allemagne luthérienne, la jeune mariée récite cette prière en pénétrant dans sa nouvelle demeure : « Notre Seigneur, quand je brasse, aide la bière, quand je pétris, aide le pain. » De même, en 1900, en France, des campagnes publicitaires incitent les femmes à boire de la bière censée favoriser l’allaitement… (C’était avant la loi Évin !)

© Delambora Production

Depuis quelques années, le monde de la bière est en pleine effervescence. Et la France, que l’on connaissait pour être la patrie des grands vins, se révèle aussi comme le pays d’Europe qui, ô surprise, compte le plus grand nombre de brasseries : 2 500 ! D’ailleurs, 70 % des bières consommées sur notre territoire sont produites localement. La première région brassicole est l’Auvergne-Rhône-Alpes qui abrite à elle seule 386 brasseries. De l’épi au demi, l’économie de la bière représente pas moins de 130 500 personnes pour 15 millions d’euros de chiffre d’affaires. La France produit aussi 4 millions de tonnes d’orge (la plus vieille céréale du monde), ce qui fait d’elle le second exportateur mondial. On recense 207 houblonniers (répartis surtout en Alsace et dans le Nord). Ce faisant, la bière a changé de statut : artisanale, elle est devenue une boisson qualitative que de plus en plus de grands chefs étoilés n’hésitent plus à proposer, à l’égal d’un bon vin, et à marier avec des plats (comme Édouard Chouteau, dans son restaurant La Laiterie, à Lambersart, près de Lille). Dans les concours de meilleurs sommeliers de France, les questions portant sur les différents types de bières sont devenues incontournables. Bref, la bière est devenue une boisson chic !

Laurent Cicurel, le patron de La Fine Mousse (l’un des premiers bars à bières de la capitale) résume bien cette tendance : « Demander un demi, comme le faisait le commissaire Maigret, n’a plus aucun sens aujourd’hui… Un demi de quoi ? Blonde, blanche, brune, ambrée ? Gueuze, kriek, IPA, stout, Barley Wine, Porters, bière de saison ? La diversité est immense et la palette aromatique est plus large que celle du vin : une bière peut être herbacée, florale, fruitée, boisée, caramélisée, épicée, acide, amère… On vient ici pour découvrir de nouveaux goûts. La Fine Mousse ne sélectionne que des bières artisanales produites par des brasseries indépendantes : sur 2 500 brasseries françaises, j’estime qu’il y en a moins de 50 qui ont un haut niveau d’excellence. »

Jusqu’à la fin des années 1990, les industriels de la bière régnaient sans partage et se contentaient de servir de la blonde légère (type lager ou pils – la bière inventée par les Tchèques de Pilsen il y a cent cinquante ans).

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Depuis le début des années 2000, c’est l’IPA (India Pale Ale) qui est devenue la bière de référence aux yeux des connaisseurs. Cette bière anglaise blonde, pâle et amère, est le fruit du mariage génial entre le malt et le houblon. En effet, pour que les bières supportent le voyage en bateau jusqu’en Inde ou en Afrique du Sud, les brasseurs de Manchester et d’ailleurs avaient eu l’idée d’ajouter de la fleur de houblon, dont les huiles essentielles miraculeuses protègent la bière de l’oxydation et des contaminations microbiennes. Surnommé l’« épice de la bière », le houblon apporte de surcroît au breuvage une amertume virile et des notes délicieuses d’agrumes et de fruits exotiques. La bière houblonnée, pourtant, est restée longtemps oubliée, et ce sont les brasseurs américains qui l’ont remise sur le devant de la scène.

En 1978, le président Jimmy Carter abroge une loi datant de la prohibition qui interdisait le brassage de la bière à domicile. Une nouvelle génération de microbrasseurs apparaît alors aux États-Unis, dont l’objectif est de redonner du goût à la bière, qu’ils baptisent « Craft Beer ». Pour cela, rien de tel que la bonne vieille recette des brasseurs anglais de l’empire des Indes ! Le houblon fait alors son retour.

Une « bière artisanale », toutefois, n’est pas nécessairement gage de qualité. Souvent, la « petite bière locale » n’est rien d’autre qu’un attrape-touristes (comme celle de l’île de Ré). Surtout, la mode de l’IPA a généré un certain conformisme : en forçant sur le houblon et ses notes de fruits exotiques, les brasseurs se contentent d’appliquer une recette commerciale. Sur les dizaines de bières dégustées, voici celles que nous vous recommandons pour cet été.

Brasserie Thiriez

Fondée par le pionnier Daniel Thiriez, au village d’Esquelbec, près de Dunkerque, cette brasserie a été la première en France à produire des bières houblonnées vieillies en fût de chêne. Belle mousse blanc nacré, nez de foin séché et d’agrumes. Aux États-Unis, Daniel Thiriez est une star.

www.brasseriethiriez.com

La Micro-Brasserie du Vieux-Lille

Une institution depuis 1740 ! Amaury d’Herbigny fabrique ici des bières gastronomiques de toute beauté, non filtrées et non pasteurisées, à partir de houblons et de malts bio des Flandres. Idéales pour accompagner un homard cuit au beurre, une tarte welsh, des moules-frites, une salade de betteraves au magret de canard fumé, un waterzoï, une mimolette vieille…

www.celestinlille.fr

Brasserie Uberach

Située dans la région qui concentre le plus de brasseries en France (Kronenbourg, Heineken, Meteor, Fisher…), cette brasserie des Vosges fondée en 1999 par Éric Trossat utilise des houblons alsaciens et des céréales bio. Ses IPA, notamment celles parfumées à la rose et au gingembre, sont élégantes, légères, élancées comme un clocher alsacien surmonté d’une cigogne.

www.brasserie-uberach.fr

Les Brassées de Nantes

Cette microbrasserie nantaise créée en 2016 par Gabriel Charrin est l’une des meilleures de France. Gabriel utilise ses propres houblons, récoltés à proximité et non séchés, afin d’apporter à la bière un maximum de parfums et une texture soyeuse que je n’ai trouvée nulle part ailleurs.

www.lesbrasses.fr

La Brasserie du Grand Paris

Fabrice Le Goff est devenu en quelques années l’une des plus célèbres figures de la bière artisanale française. Brassées à Levallois-Perret, ses IPA percutantes et résineuses ont un côté très « rock » (entre Led Zeppelin et Frank Zappa).

www.bgp.com

Bière d’abbaye de Saint-Wandrille

C’est la dernière bière fabriquée par des moines, l’appellation « bière d’abbaye » ayant été récupérée par l’industrie d’une façon totalement mercantile. Ronde et dodue.

www.boutique-saintwandrille.com

Où boire une bonne bière artisanale à Paris ?

La Fine Mousse

6, avenue Jean-Aicard, 75011 Paris

www.lafinemousse.fr

La Binouze

72, rue Marguerite-de-Rochechouart, 75009 Paris

www.labinouze.fr

Hay, ce sont aussi un peu les Jeux d’Emmanuel Macron !

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Hugo Hay, athlète français, au Stade de France le 7 août 2024. CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

L’athlète Hugo Hay a fustigé le président de la République dans la presse, lui reprochant de s’approprier tout le crédit des Jeux olympiques aux dépens des sportifs. On peut bien sûr critiquer Emmanuel Macron sur bien des points mais il ne faut pas exagérer. Le billet de Philippe Bilger.


Hugo Hay, qui s’est qualifié pour la finale du 5 000 mètres, a déclaré dans L’Humanité : « Emmanuel Macron est hors-sol […] Je voudrais lui dire que ce ne sont pas ses Jeux, mais ceux des athlètes » (Ouest-France).

On ne peut pas me taxer d’être un inconditionnel de notre président de la République mais il me semble que parfois on charge trop la barque à son détriment. Par exemple avec ce propos de Hugo Hay. J’ai conscience qu’il n’y a pas là matière à un débat capital mais Emmanuel Macron est trop à la peine dans les sondages pour qu’un peu d’équité ne soit pas nécessaire !

Sur le premier point, il est clair que, comme tous ses prédécesseurs confrontés à de grandes manifestations sportives organisées en France, il cherche à les exploiter à son profit. En espérant que l’enthousiasme collectif et la joie patriotique suscités par les succès des Français retombent un peu sur lui et qu’on le crédite au moins en partie de cette parenthèse magique. Ce n’est que trop naturel et il me paraîtrait injuste de lui en faire grief.

Alors, bien sûr, Hugo Hay a raison, ce ne sont pas les Jeux du président, ce ne sont pas SES Jeux. Mais m’est-il permis de souligner que, comme pour nous tous, il a droit à une petite part et que ce ne serait pas équitable de lui dénier la liberté de s’en approprier, chaque jour, ce qu’ils ont eu de meilleur ?

Je devine bien ce qui a pu irriter Hugo Hay dans les postures du président, toujours cette manière ostentatoire d’étreindre, de se servir du corps des champions quasiment à des fins personnelles. Hier Kylian Mbappé, aujourd’hui Teddy Riner, ou Romane Dicko pour la consoler. J’admets que c’est agaçant mais personne n’est dupe : cela ne le rend pas propriétaire exclusif de ces Jeux. Il est juste un homme dominé trop souvent par des élans peu adaptés à son statut. Rien de plus, rien de moins ! 

Pour conclure, le bilan du président, depuis sa réélection, n’est pas à ce point fourni qu’on puisse le priver d’une réjouissance à la fois sportive et festive qui dans l’ensemble a été à la hauteur. Sinon, que lui resterait-il ?

Le Mur des cons

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Marcello, le beau ténébreux

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Marcello Mastroianni, mai 1980 © MARY EVANS/SIPA

Marcello Mastroianni, l’acteur légendaire de La Dolce Vita et Huit et demi, ne peut pas être réduit à l’image d’un simple « Latin lover ». Pascal Louvrier se souvient de celui qui a publié Je me souviens, oui, je me souviens


Quand on cite Mastroianni (1924-1996), on pense à La dolce vita, de Federico Fellini, et à la scène mythique dans les eaux de la fontaine de Trevi, à Rome, avec la plantureuse et blonde Anita Ekberg. Ça a de la gueule, ce bain bouillonnant nocturne. Marcello joue le rôle de Rubini, la trentaine irrésistible, le geste élégant quand il allume une cigarette ou ôte ses lunettes noires. Il quitte sa province pour Rome, veut devenir écrivain et se retrouve à pondre des articles dans un journal à « sensations » comme on disait en 1960. J’aime beaucoup le personnage de Maddalena interprété par Anouk Aimée qui vient de tirer sa révérence. Il y a cette scène de dispute où elle conduit une splendide Américaine décapotable. Les deux forment un couple « vrai », moins glamour que celui qui s’ébroue dans la fontaine. Quand j’habitais au pied de la butte Montmartre, je rendais quelquefois visite à Anouk Aimée. Elle me recevait dans sa maison située près de la statue de Dalida. Une fois la porte refermée, on était en province et on oubliait la frénésie de Paris. Il y avait cette grande cage à oiseaux, sans oiseaux, remplie de livres qu’elle n’avait pas encore lus. Elle m’offrait un verre de vin rouge, on parlait de tout et de rien, souvent avec légèreté, parfois avec gravité, quand elle évoquait son enfance de gamine traquée par Vichy et ses collabos. Un jour, de sa voix douce, elle m’a dit : « Si je fume, c’est un peu à cause de Marcello. Sur le tournage de La dolce vita, il n’arrêtait pas d’allumer une cigarette et de m’en proposer une. Ça lui allait bien de fumer. Et puis, cette voix chaude, alourdie de nicotine, elle était irrésistible ».

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Dans les 170 films – un peu moins peut-être – tournés par Marcello, il y a, bien sûr, Une journée particulière, d’Ettore Scola, le poignant face à face entre cette mère de famille, Antonietta, interprétée par Sophia Loren, et cet intellectuel homosexuel fantasque qui danse seul la rumba, dans son appartement du sixième, le tout sur fond de fascisme et de nazisme triomphants. Dans son livre Je me souviens, oui, je me souviens… Mastroianni évoque le film, en particulier le coup de fil qu’il doit passer à un ami. Il s’adresse alors au réalisateur : « Ettore, la pudeur me suggère de jouer cette scène de dos. Toi, tu viens derrière moi, avec ta caméra, pour que les choses que je dis ne soient pas violentes, pour qu’elles n’arrivent pas au spectateur de façon désagréable ». C’est l’un des plus délicats moments du film.

Dans le même livre de souvenirs, Marcello affirme qu’il a toujours rejeté cette image de « Latin Lover » qu’on lui a trop facilement collée. Il a joué un impuissant dans Le Bel Antonio ; puis il est devenu un cocu répugnant dans Divorce à l’italienne ; il a été également un homme enceint ; il est tombé amoureux d’une naine. Le comédien préférait interpréter des hommes tourmentés, instables, fanfaronnant pour masquer une hypersensibilité ; ou provocateurs pour se moquer, par exemple, de l’affligeante société de consommation comme dans La Grande Bouffe, carnavalesque long-métrage de Marco Ferreri.

Marcello aimait passionnément sa mère, sa fille, Chiara, son métier d’acteur qu’il exerçait en tenant à distance ses personnages – « c’est l’acteur qui pleure, pas l’homme » – et bien sûr Paris où il mourut au 91, rue de Sèvres, entouré de Chiara, Catherine Deneuve et son vieux copain Michel Piccoli.

Marcello Mastroianni, Je me souviens, oui, je me souviens… Calmann-lévy.

Je me souviens, oui, je me souviens

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En quête de codex

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Mériam Korichi © JF PAGA/Grasset

Comment le manuscrit de l’Éthique, œuvre majeure et interdite de Spinoza, s’est-il retrouvé dans les archives du Vatican ? L’enquête de Mériam Korichi se lit comme un thriller philosophique.


Si Baruch Spinoza (1632-1677), philosophe néerlandais d’origine séfarade, fait scandale, c’est sans doute moins parce qu’il a opposé la croyance et la connaissance en affolant les Églises que parce qu’il a théorisé qu’il était possible, si besoin, de penser contre sa communauté et, plus largement, contre toutes les pressions sociales et les autorités politiques. Sa liberté fondamentale, essentielle, et son inflexibilité (entendez la fidélité à ses idées) lui vaudront son excommunication (herem) par la diaspora juive portugaise d’Amsterdam.

Portrait de Spinoza, 1665 D.R

Spinoza Code est l’histoire du manuscrit de l’Éthique, le traité radical de notre philosophe rationaliste, son œuvre majeure. Il y met la dernière main en 1674. Conscient que ses ennemis sont non seulement nombreux, mais puissants et que la publication d’un tel codex est compromise en Hollande, il en confie une copie à un jeune mathématicien brillant qui se prépare à faire le tour des grandes capitales d’Europe – son Grand Tour –, Ehrenfield Walther von Tschirnhaus. Le texte va donc voyager sous le manteau. En 1677, Spinoza s’éteint. Et l’Éthique disparaît – du moins, on en perd la trace. Trois cent trente-trois ans plus tard, le fameux codex est retrouvé. Où ? Au Vatican, dans les archives de la Congrégation de la Doctrine de la Foi, jadis la Congrégation du Saint-Office, autrement appelée la Sainte Inquisition. Le traité, comme c’est curieux, ne comporte ni titre ni nom d’auteur. Le dépôt du manuscrit fut enregistré le 23 septembre 1677 au palais du Saint-Office comme pièce à conviction d’une dénonciation faite par un certain Nicolaus Stenonius, évêque de l’Église catholique, ennemi signalé de Spinoza. Comment le fameux codex a-t-il bien pu tomber « entre les mains du bras armé de l’Église » ? C’est à cette question que va répondre Mériam Korichi dans une enquête littéraire passionnante, laquelle se double d’un thriller philosophique.

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L’épopée du seul manuscrit de l’Éthique qui nous soit parvenu est fascinante en ceci qu’on y croise, de Descartes à Leibniz, des personnages héroïques et qu’on y plonge dans les arcanes d’un XVIIe siècle où les batailles intellectuelles et religieuses font rage, depuis les Provinces-Unies jusqu’à la Royal Society londonienne et la Rome du Trastevere. On peut imaginer, par exemple, nous explique Korichi, que Tschirnhaus est resté interdit devant certaines propositions du texte qu’il est chargé de diffuser : « Spinoza y affirme que la réalité a une infinité de dimensions, que cette infinité n’est pas là pour humilier le désir humain de connaissance, au contraire, et c’est révolutionnaire, que la connaissance humaine peut égaler la connaissance divine. Cela suffit à faire partir en fumée le monde des anges, le monde des miracles, le monde des intermédiaires et des intercesseurs entre les humains et la vérité divine. »

Le spinozisme anima bien des débats, suscita bien des questions. Tout l’art de Mériam Korichi consiste à nous en montrer la troublante actualité.

Mériam Korichi, Spinoza code, Grasset, 2024.

Spinoza Code

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Test : quel fasciste êtes-vous ?

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Propagande de Staline, 1935. D.R

Islamiste, woke, gauchiste, droitier… le fascisme aussi a ses tendances ! Enfin le test qui vous dira laquelle suivre.


1. En bon cartésien modéré, vous considérez la vérité comme une quête tâtonnante et incertaine. Néanmoins, dans vos rêves, face à des contestations aussi infondées qu’insistantes – toutes donc – le dirigeant qui sommeille en vous n’hésite pas à trancher.

D.R

a) Pour sauver son âme rongée par le doute, vous pendez derechef l’impudent en place publique : toute vérité émanant de Dieu – qui vous soutient dans votre ascension sociale d’une façon plus enviable que la corde soutient votre opposant – vous êtes légitime à éliminer une source de contrariétés personnelles et conjoncturelles au nom d’un ordre divin et éternel. Une façon énergique de rapprocher les points de vue qui n’a d’égale que l’effet de pondération obtenu sur l’expression de l’opinion publique.

b) Vous faites connaître à l’impudent le sort que ses ancêtres esclavagistes/colonialistes infligeaient à leurs victimes en exigeant qu’il soit pendu derechef. Mais votre bourreau anime un séminaire en non-mixité, « renouveler le lynchage dans une perspective de co-construction d’un trépas plus inclusif ». Le concepteur du gibet ne veut rien édifier si le condamné n’est pas consentant à son exécution et le condamné ne veut pas consentir. Lassé, vous le confiez à vos alliés islamistes qui adorent tester l’aérodynamisme de leurs contradicteurs en les jetant du haut des immeubles.

c) Vous pendez derechef l’impudent. Sur une estrade. Avec des drapeaux. Et des officiels. Parce que contrarier le chef, c’est offenser le pays, souiller la race, toucher à l’âme du peuple. Et comme vous êtes un tantinet susceptible, donc facilement blessé, vous envisagez de fluidifier le processus de gestion des critiques, en industrialisant le dispositif d’évacuation des auteurs.

d) Vous faites connaître à l’impudent le sort que les révolutionnaires réservent aux valets de la réaction en le pendant derechef : la politique doit être compréhensible par tous ; une critique = une purge, une parole = une prise de risque, un opposant = du compost. C’est simple, facile à comprendre. Pé-da-go-gi-que. Efficace pour assurer la chaîne de transmission des ordres en mode vertical descendant.

2. L’altérité et votre rapport à l’autre

D.R

a) Respecter l’altérité ? ça dépend. Cet autre, là, il est plus fort que moi ?

b) J’aime l’altérité avec mes semblables, c’est plus facile pour créer une société inclusive d’investir dans l’altérité modérée. Sinon, concrètement, cet autre, là, il est plus fort que moi ?

c) L’haltérité, ça a à voir avec le body-building ? Sinon, cet autre, là, il tape plus fort que moi ?

d) L’altérité, c’est la reconnaissance à la fois de la différence et de l’égalité. Enfin pour l’égalité ça dépend : cet autre, là, il est plus fort que moi ?

3) Le sociopathe qui vous fait rêver

D.R

a) Khomeini. La petite robe noire était la signature de Gabrielle Chanel, Khomeini, la décline plutôt en turban. Faut dire que c’est une couleur sur laquelle le sang ne se voit pas. Et quand on pense que la patrie se renforce en épurant ses habitants, biais commun des dirigeants canal psychopathe, mieux vaut privilégier couleur sombre et matières absorbantes.

b) Le Hamas. Comme Judith Butler vous pensez que découper vos contemporains façon carpaccio, s’ils sont juifs, est un acte de résistance et que nier un pogrom, c’est soutenir une juste rébellion. Espérons que contrairement à Judith Butler, vos pratiques sexuelles agréent vos nouveaux Best Friend Forever, car sinon vous allez servir de sujet d’étude pour déterminer si l’être humain peut voler (la réponse est non), s’il résiste aux flammes (non également), s’il résiste aux balles (encore non), s’il est soluble dans l’eau (toujours non), s’il peut vivre sans cerveau (c’est contre-intuitif mais en fait, non)…

c) Mussolini. La bouillie fasciste se préparant toujours avec les mêmes ingrédients – ressentiment, violence, misère, frustration, victimisation –, elle privilégie la refondation du lien par la désignation d’un ennemi commun. Et justement, totalement en phase avec votre siècle vous préférez largement dépecer un bouc émissaire pour faire peuple, que travailler à un projet commun. Méfiez-vous cependant : haro sur le baudet est un programme qui ne fonctionne que si le baudet court vite et en zigzag. Si la foule l’attrape trop tôt et que le sacrifice produit une maigre récolte, c’est au sacrificateur que l’on s’intéresse.

D.R

d) Staline. Un type qui ressemble physiquement à l’équivalent moujik du père Castor, tout en étant doté de la mentalité du sénateur Palpatine. Mais le papi Daniel du froid savait mieux s’entourer que l’équivalent interstellaire de Gérard Larcher. En tout cas, le petit père des peuples résolvait magistralement les erreurs de recrutement dans son entourage. Certes la purge ou le meurtre ne sont pas des outils de gestion des ressources humaines tout à fait reconnus et leur usage est contesté voire sujet à polémiques, mais il faut leur reconnaître un caractère définitif qui peut séduire un manager peu porté au compromis.


Réponses : vous avez le totalitarisme

1. tendance islamiste : et voilà, vous proposez gratuitement d’aider au débroussaillage de la flore du jardin d’Allah que sont les hommes, vous êtes prêts à être le Roundup du Seigneur, Le Monsanto de l’armée purificatrice du Tout-Puissant et on vous calomnie. Pourtant vous ne voulez que resserrer les liens entre Dieu et ses créatures, et pour cela, rien de mieux que la proximité et les nœuds coulants !

2. tendance woke : Depuis que vous avez compris qu’il y a des oppresseurs de naissance et des victimes héréditaires, un groupe de gentils à récompenser et de méchants à punir, et que tout est affaire de pigmentation de peau, il a suffi d’un nuancier Pantone pour que votre compréhension de l’univers soit pleine et totale. Vous travaillez donc aujourd’hui à créer un monde parfait en simplifiant l’équation sociale multifactorielle par la réduction du nombre de variables individuelles toxiques. Il faut juste que les militants zélés comprennent que « mort aux Blancs », même s’il résume bien le concept, est un slogan qui peut freiner l’adhésion médiatique au message inclusif.

3. tendance droitière : vous qui auparavant arpentiez seul les crêtes de l’infamie et de l’ostracisme ; par la grâce de l’excommunication politique réciproque et la magie de la reductio ad hitlerum, voilà que votre enfer civique est maintenant plus fréquenté qu’une séance de coaching à l’Élysée à destination des collaborateurs de cabinet pour gérer les managers canal pervers narcissique. Du coup vous voilà refoulé vers le conservatisme. Pour vous qui chantez Maréchal, nous voilà sous la douche, l’inconvénient de la dédiabolisation c’est qu’il faut dire du bien des juifs. L’avantage, c’est que vous pouvez continuer à dire du mal des Arabes.

4. tendance gauchiste : spécialisé dans l’excommunication morale et la vertu exterminatrice, vous faites aussi beaucoup dans le stoïcisme et l’abnégation ; vous supportez sans vous plaindre l’énorme poutre dans votre œil, tout en vouant votre existence à retirer la paille dans celui de votre voisin. On vous reproche de vouloir pendre les patrons avec les tripes des curés, alors que cela témoigne d’un souci de maximaliser l’usage des ressources en circuit court et d’encourager à la fois le lien social et le don d’organe. Et puis success story dont vous n’êtes pas peu fier, vous avez réussi à relancer l’antisémitisme tout en justifiant un pogrom. L’inconvénient de la diabolisation qui en résulte, c’est qu’il faut dire du bien des Arabes. L’avantage, c’est que vous pouvez continuer à dire du mal des juifs.

En Belgique, un antisémitisme d’atmosphère

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Georges-Louis Bouchez, président du parti politique belge, MR, à Namur, le 11 juillet 2024. Shutterstock/SIPA

Après la ville de Bruxelles qui refuse d’organiser un match de foot avec l’équipe israélienne, c’est une jeune équipe de frisbee israélienne qui ne peut pas se présenter sur le terrain à Gand. On évoque des raisons de sécurité… le tout sur fond d’antisémitisme larvé qui règne en Belgique.


Après la ville de Bruxelles qui refuse d’organiser un match de foot avec l’équipe israélienne, c’est une jeune équipe de frisbee israélienne qui ne peut pas se présenter sur le terrain à Gand. On évoque des raisons de sécurité… le tout sur fond d’antisémitisme larvé qui règne en Belgique.

Il règne en Belgique un antisionisme compassionnel qui alimente à chaque conflit au Proche-Orient la haine anti-juive. Un phénomène ancien qu’il serait trop long ici d’analyser en profondeur. Mais pour la lilliputienne communauté juive de Belgique (25 à 30 000 âmes sur près de 12 millions d’habitants), l’heure n’est pas à la fête. Avant le début des vacances scolaires, les écoles juives interdisaient aux élèves de sortir ne fût-ce que pour s’acheter un sandwich. Les lieux cultuels, culturels et religieux juifs sont protégés en permanence depuis l’attentat au Musée juif de Bruxelles de 2014. Les Juifs mettent leur pendentif (l’étoile juive) dans leur tee-shirt et certains rangent le chandelier à 7 branches dans le tiroir lors de tout dépannage au cas où le technicien (gaz, télédistribution, chaudière,…) serait musulman radical. Quand vous commandez un Uber-eats, mieux vaut inscrire un patronyme chrétien… Et cacher la kippa sous la casquette est indispensable… même dans les aéroports et les gares du pays.

Le 4 août, le magazine « humoristique » flamand Humo a laissé passer un appel au meurtre des Juifs signé d’un de ses éditorialistes (et digne de la prose de Drumont, Céline ou Brasillach). L’écrivain Herman Brusselmans écrit, face à la détresse des Gazouis : « Le Moyen-Orient va exploser, avec des conséquences désastreuses pour le reste du globe. Et tout cela à cause d’un petit Juif gros et chauve qui porte le nom inquiétant de Bibi Netanyahu et qui, pour une raison quelconque, veut s’assurer que le monde arabe tout entier soit anéanti. […] Je suis tellement en colère que j’ai envie d’enfoncer un couteau pointu dans la gorge de chaque Juif que je rencontre ».

Le CCOJB (Comité de coordination des organisations juives de Belgique) s’émeut et parle d’idées dignes des années 30. L’association juive européenne (European Jewish Association – EJA) annonce poursuivre en justice le magazine Humo et l’écrivain Herman Brusselmans. UNIA (institution publique indépendante qui lutte contre la discrimination) introduit une plainte au tribunal correctionnel contre l’écrivain considéré comme un des « innovateurs » de la littérature flamande. La Ligue belge contre l’antisémitisme également. L’intéressé trouve ces réactions « débiles ». En décembre, il écrivait déjà : « Israël utilise les mêmes méthodes pour détruire une race entière que les Allemands […] Il n’est pas inconcevable que quelqu’un, n’importe qui, devienne antisémite contre sa nature ».

C’est dans ce contexte lourd que la ville de Gand a décidé d’interdire de championnat européen de frisbee la délégation israélienne composée de jeunes de 13 à 17 ans « en raison de l’antisémitisme local ».

« À 6 heures du matin, le premier jour de la compétition, alors que nous sommes déjà en Belgique et que nous nous préparons à concourir, le chef de la délégation reçoit un message indiquant que, pendant la nuit, nos courts ont été vandalisés par des graffitis antisionistes et que l’on craint des manifestations pro-palestiniennes », écrit la délégation d’Ultimate Frisbee. « Il nous est donc interdit de jouer sur le même court et, par conséquent, nous ne pourrons pas participer au tournoi. Malgré les efforts du ministère des affaires étrangères et des sports, de l’ambassade d’Israël en Belgique et de l’association « Eilat » qui nous a accompagnés tout au long du processus, nous avons réussi à empêcher le premier jour des jeux et à le reporter jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée, une annonce officielle a été publiée hier soir (6.8.24) par le bureau du maire, interdisant la participation de l’équipe au tournoi et même son apparition en tant que spectatrice dans la compétition ».

Impression de déjà-vu puisque en juin dernier, la ville de Bruxelles a refusé d’organiser une rencontre de football entre la Belgique et l’équipe israélienne sur son territoire, invoquant là-aussi des raisons de sécurité… De deux choses l’une : ou bien Israël n’est pas le bienvenu en Belgique ou bien la Belgique est incapable d’assurer la sécurité d’Israéliens, tellement il y aurait de radicaux musulmans dans le pays… Dans le premier cas, c’est de la discrimination : dans le second cas, c’est un terrible aveu de faiblesse… qui a ému Georges-Louis Bouchez, président du Mouvement réformateur (l’équivalent de la Droite républicaine) qui a fait 30% des voix aux dernières élections législatives de juin 2024.

Il écrit sur Facebook : « On peut penser ce que l’on veut du conflit au Proche Orient. Mon point n’est pas là. Mais on parle simplement de la Belgique ! De notre démocratie libérale dans laquelle des enfants ne peuvent pas participer à une compétition sportive à cause d’excités de gauche et surtout d’une classe politique lâche et soumise ! Gand qui se veut une Ville lumière est devenue la Ville du déshonneur. Je n’ai plus de mot assez fort pour exprimer mon dégoût face à tant d’injustice. Mesdames et Messieurs, en Belgique, au 21ème siècle, des êtres humains ne sont pas traités comme les autres uniquement parce qu’ils sont juifs ou israéliens. Et le pire est que cela ne semble choquer personne ! Cette bonne presse toujours prompte à nous expliquer le bien et le mal semble être en vacances quand on parle des juifs […] »

Imbroglio nippon, la passion à froid

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Le dernier film de Takuya Kato est un drame où les non-dits et la culpabilité tissent les fils d’une tragédie intime.


En délicatesse avec son époux, homme économiquement bien nanti qui projette de vendre son appartement et d’acheter une maison (au fil du récit on comprendra qu’ils sont mariés en secondes noces, qu’il a un fils de son premier mariage, qu’il a naguère trompé cette femme, avec qui il cohabite depuis longtemps sans plus copuler jamais, et ce quoiqu’il aspire à avoir un autre enfant d’elle…), Watako entretient secrètement une relation avec un amant (correcteur de son état). Ils se retrouvent, le week-end, dans des hôtels confortables, loin de la ville. Mais voilà que l’amant meurt accidentellement sous ses yeux, écrasé par une voiture. Elle appelle une ambulance, mais pour préserver la clandestinité de cette liaison, choisit de couper la communication et de se défausser sur un quelconque autre témoin pour donner l’alerte. Pétrie de remords à l’idée que son silence a peut-être tué l’amant, et se sentant dès lors responsable de sa mort, Watako tente de poursuivre sa vie conjugale dans le déni de cette passion tranchée net par le sort. Mais de fil en aiguille, les événements (conversation avec la première épouse, rencontre au cimetière avec le père du défunt, bague perdue et retrouvée…) l’obligent, confrontée à sa propre vérité, à faire de sa mélancolie un tremplin vers l’acceptation de soi.

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Format carré de l’écran, tonalité froide des séquences, construction habile d’un récit complexe traversé de flash-backs qui se glissent insensiblement dans la trame des événements, rétention de la musique, retenue et ambiguïté très concertée des dialogues : le climat sévère du film exprime avec exactitude cette difficulté à communiquer dont Takuya Kato, pour son second long métrage, semble faire une constante de la société japonaise. Film d’une grande exigence formelle, La mélancolie vous enchaîne subtilement dans ses rets.          

La mélancolie. Film de Takuya Kato. Japon, couleur, 2023. Durée: 1h24.

En salles le 14 août 2024.

Pour visualiser la bande-annonce :

L’affirmation d’un terrorisme féminin décomplexé

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Avis de recherche pour Nathalie Menigon d'Action directe, 20 novembre 1986. SIPA

                   Les années de plomb : ces femmes qui font le choix des armes. Voir les Episodes 1 et 2


La dernière partie du XXᵉ siècle est marquée par l’engagement massif des femmes dans les organisations politiques, parmi les plus célèbres, Nathalie Ménigon et Joëlle Crépet à Action directe en France, Ulrike Meinhof et Gudrun Ensslin à la RAF (Rote Armee Fraktion /Fraction armée rouge) en Allemagne, Adriana Faranda et Barbara Balzerani dans les Brigades Rouges en Italie.

Les médias titreront :

« Chasse aux femmes en RFA », Libération, 6 août 1977.

« Le sexe des anges de la terreur », Le Monde, 9 décembre 1977.

« Les tigresses des BR », Paris Match, 19 mai 1978.

« Terrorisme : l’empire des femmes », Le Point, 7 septembre 1981.

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Les années 70-80, dites « les années de plomb », consacrent l’avènement du terrorisme féminin, principalement en Europe, période qui correspond aussi à une profonde mutation sociale notamment avec l’émancipation des femmes. Toutes ces organisations acceptent le recours à la violence, en vertu de l’idéologie d’extrême gauche à consonances marxistes, comme une nécessité pour faire avancer l’histoire. La violence comme mode d’expression contre la bourgeoisie, contre l’Etat et ses symboles, qu’elles abhorrent !

Penchons-nous sur le cas d’Action directe. Action directe est une organisation politique française d’extrême gauche, des communistes révolutionnaires, c’est ainsi qu’ils se définissaient, sœur jumelle de la RAF, résultat de la fusion des membres des GARI (Groupes d’action révolutionnaire internationalistes), des NAPAP (Noyaux armés pour l’autonomie populaire) et des Brigades internationales, issues de la Gauche Prolétarienne (GP), qui prônait le recours à la violence comme arme politique. Ces organisations n’hésitent pas à commettre des attentats, mitrailler des édifices publics et des sièges de sociétés, assassinant et attaquant des banques pour financer leurs projets. Proches des autres groupes armés européens et palestiniens, elles créent une véritable coopération logistique et financière entre elles.

C’est en 1979 qu’Action directe va commencer à revendiquer en son nom ses attaques, nom emprunté à l’anarcho-syndicalisme du début du XXᵉ siècle. 1ᵉʳ mai 1979, à Paris, le siège du Conseil National du Patronat Français est mitraillé, une première action qui ouvre le bal à d’autres contre tout ce qui peut représenter l’Etat et le capitalisme. Le groupe sera démantelé en 1987, 150 personnes sont impliquées à des niveaux différents. Plusieurs dizaines de femmes avaient rejoint les rangs d’Action directe. Des peines allant jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité seront prononcées.

La réalité inconcevable de la femme tueuse

Nathalie Ménigon, une des figures principales d’Action directe, est condamnée en 1986 et en 1989 à la réclusion criminelle à perpétuité pour les assassinats de René Audran et de George Besse. Elle était également la compagne de Jean-Marc Rouillan, autre grande figure du mouvement. Le Figaro dans un article du 16 septembre 1986 la présente comme « sa compagne », faisant référence à Jean-Marc Rouillan, alors que lui est qualifié de « cerveau ». Une femme capable de penser, d’organiser et de commettre un attentat, une réalité inconcevable. Dans un autre article du 15 septembre 1980, Le Figaro qualifiera le duo Menigon-Rouillan de « couple fou du terrorisme ». Nathalie, l’amoureuse, celle qui suit naïvement son amant. Le Monde dans un article du 15 janvier 1989, relate les propos de l’avocat général lors du procès des assassins de Georges Besse: « le plus horrible, le plus choquant, c’est que les tueurs soient des tueuses, deux jeunes femmes passionnées, déterminées, en apparence insensibles et qui n’ont pas agi pour des raisons personnelles mais uniquement pour abattre ce qu’elles appellent un symbole ». Le Monde toujours dans un article du 16 mai 1986, à propos de Joëlle Crépet, écrira « victime d’un aveugle engagement, moins idéologue que passionnel ». L’engagement politique est relégué au bénéfice de la passion. La passion ce tourbillon qui ferait tourner la tête de toutes les femmes, terroristes comprises ! Ce qui choque, ce n’est pas l’action de tuer, on tue pour se défendre, pour manger et même par amour, ce qui choque c’est que le tueur soit une femme.

Mais toujours pas de femme, activiste, engagée dans une action politique, un peu comme l’anarchiste Germaine Berton des décennies avant. Les années de plomb soulèvent le problème de l’acception dans notre société de la violence politique des femmes. Agissent-elles par conviction ? Sont-elles de simples « compagnes de » ? Sont-elles naïves et faibles ? Suivent-elles par amour ? Sont-elles psychologiquement déviantes ?

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L’apparition de cette violence féminine, de ce terrorisme « féminin », remet en question l’ordre traditionnel et conventionnel établi, en cherchant des explications sociologiques ou psychologiques pour justifier cette anomalie de la nature du genre féminin. Force pourtant est d’admettre que la décision idéologique demeure la principale motivation de ces femmes, qui ont rejoint les mouvements européens d’extrême gauche. A cela s’ajoute la composante de la colère contre les générations précédentes qui ont collaboré avec le nazisme et le fascisme, avec à la fois le désir de punir et de réparer (voir Mélanie Klein et Joan Rivière, L’amour et la haine. Le besoin de réparation, Petite Biblio Payot) ! Si la répression a été la même pour les hommes et les femmes d’Action directe, si Nathalie Menigon et ses sœurs ont été jugées en droit à égalité avec les hommes du groupe, le jugement médiatique et populaire en revanche a été tout autre.

Fait remarquable pour être relaté, en mai 1976, Ulrike Meinhof, membre des FAR, se suicide dans sa cellule pendant sa détention, son cerveau sera prélevé et examiné par le médecin légiste, un ancien nazi (!), « afin de rechercher un lien entre sa structure et les agissements commis par Ulrike ». A-t-on eu l’idée de procéder à de telles recherches sur le cerveau d’Andreas Baader ? Etranges méthodes qui rappellent celles de Lombroso à une autre époque.

La femme, simple « suiveuse »?

La violence appartient aux hommes, elle est leur monopole, la femme est l’exception. Ces femmes qui affichent leur violence de manière décomplexée remettent en question le couple homme-femme en les sortant de la zone dans laquelle on les avait enfermées.

Les médias ont joué un rôle majeur dans la pérennisation des stéréotypes sexuels en relatant et en décrédibilisant l’engagement des femmes terroristes. On remarque une tendance à évacuer la dimension politique des faits qui leur sont reprochés et qu’elles revendiquent. On met en doute la sincérité de leur engagement et de leur motivation. Joëlle Crépet sera qualifiée de « victime d’un aveugle engagement, moins idéologue que passionnel ». Les journaux les présentent comme des « suiveuses », des « amoureuses », comme le célèbre couple formé par Bonnie et Clyde, on tente de trouver une explication à cette anormalité par le prisme de l’amour, quand d’autres seront qualifiées par la presse « de démentes ». « Cet homme qui part et ne dit rien à sa femme, elle qui s’inquiète : c’est vieux comme le monde. Leur amour était fait de ce qu’elle ne savait rien. Elle était le repos du guerrier ».  Et de lancer au tribunal, pour justifier sa demande de relaxe : « Vous ne pouvez pas condamner une femme simplement parce qu’elle a aimé ! », Le Monde, 21 janvier 1989. S’agissant de Paula Jacques, compagne de Claude Halfen, tous deux membres d’Action directe, le caractère politique de son engagement est éclipsé, oublié, sous le couvert des sentiments amoureux et de la naïveté, voire même de l’exploitation de la faiblesse de la femme, caractéristique liée à son sexe !

Lors de l’assassinat de George Besse, les médias ont souligné que ces femmes, pour donner un sens à leur existence étaient prêtes à tuer plutôt que de donner la vie, renvoyant ainsi la femme à sa fonction biologique de procréatrice. L’homme a pourtant cette même fonction de reproduction mais qui soulignerait la fonction biologique de l’homme comme incompatible avec son engagement ?

Cette représentation classique de la femme par les médias était presque rassurante, en réaffirmant la différence entre le masculin et le féminin, clef de voûte de la structure de la société telle qu’elle s’est construite, elle cantonnait chaque genre dans sa fonction naturelle. Aux femmes la vie, aux hommes la mort !

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Les médias pousseront l’ancrage du stéréotype en rappelant le rôle de ménagère des membres d’Action directe. Dans un article du 16 mai 1987, Le Monde souligne que pendant une planque « Joëlle Aubron avait planté des tomates et elle en faisait des conserves soigneusement rangées dans le cellier ». Une certaine manière de reléguer la femme à autre chose qu’à son engagement politique. Aux femmes les fourneaux, aux hommes le combat !

Les discours médiatiques ont renforcé la terroriste dans la catégorie « femme ». Mais la femme terroriste est avant tout une terroriste. Amoureuse, suiveuse, démente, ménagère, dans tous les cas la tendance place la femme hors du champ politique et idéologique. La femme gêne, on cherche à la disqualifier, quelle que soit la cause, elle part perdante au regard des médias qui ignorent son engagement. Elles renversent les stéréotypes liés au genre et mettent en lumière l’anormalité de leurs actions qui engendrent le dysfonctionnement de la société.

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Attention : travail !

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François Ruffin à Amiens, lors de la soirée électorale du premier tour des législatives, le 30 juin 2024 © Jeanne Accorsini/sipa

La valeur-travail (Arbeitwert) était un concept central chez Marx. Elle a quasiment disparu du logiciel du Nouveau Front populaire qui lui préfère les allocs et la hausse du SMIC. Et dire qu’en 1936, Léon Blum revendiquait « l’espoir, le goût du travail, le goût de la vie » !


Juin 1997. La gauche prend le pouvoir à la faveur d’une dissolution surprise décidée par le président Jacques Chirac. Les trente-cinq heures sont la mesure phare du nouveau Premier ministre Lionel Jospin. Une réforme non seulement critiquée par la droite et les chefs d’entreprise, mais aussi par quelques poids lourds de la majorité.  « Ce n’est pas en travaillant moins qu’on en sortira », s’inquiète Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Intérieur, tandis que Jack Lang, alors président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, redoute une «  législation trop rigide ». Le camp du progrès social n’est pas unanime. Certains, à gauche, ne croient pas qu’émietter le gâteau soit de bonne politique. Ils préféreraient donner la priorité à l’expansion économique.

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Janvier 2017. La primaire socialiste bat son plein. Parmi les sujets de clivage entre les candidats : le revenu universel.  Parfois défendue par des libéraux, la mesure séduit une partie du peuple de gauche et se trouve au cœur du programme de Benoît Hamon. Face à lui, Arnaud Montebourg refuse cette dérive et brandit le « redressement productif » comme mot d’ordre. Las, il n’obtient que 17% des voix et se retrouve piteusement éliminé dès le premier tour.  Finalement qualifié face à Manuel Valls au second tour, Benoit Hamon remportera l’investiture avec son projet de société Netflix-cannabis-canapé-pour-tous. Puisque la bataille économique a été perdue, il n’y a plus qu’à offrir un super RSA à la France entière.

Redistribution et pensée magique

Sept ans plus tard, dans la précipitation de la dissolution, qui défend encore la valeur-travail à gauche ? Si l’on se penche sur le programme du Nouveau Front Populaire, nulle trace des notions de production et d’innovation. Le volet économique, dans lequel La France Insoumise est à la manœuvre, ne parle que de redistribuer les richesses, développer la voiture électrique, fermer des centrales nucléaires, maîtriser l’inflation et la hausse du SMIC, le tout saupoudré de pensée magique quant au potentiel des énergies renouvelables. Il faut réécouter Anne Hidalgo, en 2017, annonçant qu’à l’occasion des Jeux Olympiques 2024, des capteurs solaires permettraient « sans aucun doute » de récupérer l’énergie des sportifs et des spectateurs.

Faute donc d’aller chercher la croissance avec les dents, la nouvelle gauche compte redresser le pays en faisant les poches des riches. Les Insoumis proposent ainsi de créer une nouvelle tranche d’imposition sur les héritages : au-dessus de douze millions, on prend tout. La plupart des lecteurs de Causeur s’estimeront à l’abri de la confiscation. Qu’ils ne fanfaronnent pas trop vite : face à Benjamin Duhamel sur BFMTV, le 22 juin dernier, Mathilde Panot précisait (dans une grande imprécision) que les impôts augmenteraient pour les salaires au-dessus de 4000 euros. C’était la fameuse barre qui définissait les riches selon François Hollande, lors de la campagne présidentielle de 2007. Une nouvelle convergence entre les gauches réputées jusque-là irréconciliables.

Paul Lafargue versus Karl Marx

Au sein du Nouveau Front Populaire, seul le Parti communiste fait tâche, si l’on ose dire, en défendant, mezzo voce, le productivisme. En septembre 2022, dans une tribune publiée dans les colonnes du Monde, son secrétaire national, Fabien Roussel déclarait : « La gauche doit défendre le travail et le salaire et ne pas être la gauche des allocations, minima sociaux et revenus de substitution ». Soit une certaine cohérence idéologique avec les paroles de l’Internationale : « Ouvriers et paysans, nous sommes/le grand parti des travailleurs/La terre n’appartient qu’aux hommes/l’oisif ira loger ailleurs ». Tandis qu’au même moment Sandrine Rousseau préférait invoquer le « droit à la paresse », en allusion au titre d’un menu essai de Paul Lafargue, publié en 1883, qui préconise des journées de travail de trois heures. En 1868, l’auteur avait épousé Laura Marx, fille de Karl, union qui, dit-on, n’enchanta pas complètement l’intéressé.

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Entre le lumpenprolétariat et les bobos adeptes de l’otium des anciens, une alliance de classes s’est ainsi constituée, qui enjambe et écrase les autres catégories sociales. Il faut dire que parmi les figures de La France Insoumise et des Écologistes, peu suintent l’huile de coude, les bleus de travail, le métro aux heures de pointe. L’an dernier, le sondeur Jérôme Fourquet a montré dans son essai La France d’après (Seuil) que, dans la banlieue rouge de Paris, et notamment en Seine-Saint-Denis, les anciens maires tôliers ou chaudronniers ont été remplacés peu à peu par des consultants en marketing. Sandrine Rousseau, diva des Verts ? Professeur d’économie qui disparaît, d’après ses élèves, six mois sur douze de la fac de Lille. Sophie Binet, patronne de la CGT ? Révélée en 2006 lors de la fronde contre le CPE, a fait ses classes dans les rangs de l’UNEF. Manuel Bompard, leader des Insoumis ? Apparatchik devenu à vingt-quatre ans secrétaire national de l’ancien Front de Gauche. Louis Boyard, benjamin des députés de gauche ? S’est surtout distingué dans le trafic de stupéfiants avant d’entrer au Palais Bourbon. Sofia Chikirou, plus proche collaboratrice du gourou Jean-Luc Mélenchon  ? Autre apparatchik, passée par le PS après avoir été, un temps, tentée par le sarkozysme. A La France Insoumise, il n’y a que François Ruffin pour se faire le héros et le héraut des classes laborieuses. Une position qui explique sans doute sa mauvaise réputation dans les rangs du mouvement.

Alors comme ça, le sport, c’est de droite…

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Un boxeur ouzbek face à un américain, le 6 août 2024 à Paris © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

La réflexion — un terme sans doute très exagéré, dans son cas — de Mathieu Slama sur le fait que le sport, c’est de droite, semble avoir amusé notre chroniqueur. Grand sportif lui-même, et réputé d’extrême-droite par tous les bien-pensants, il a décidé d’étendre la pensée (autre terme très exagéré) de l’icône du gauchisme sous-intellectuel à tous les domaines associés au sport — tous de droite. Mais que reste-t-il à la Gauche ?


Cretinus Maximus, connu sous le sobriquet de Mathieu Slama, vient d’accoucher de l’une de ces idées lumineuses qui font de lui un phare de la pensée entre le boulevard Saint-Germain et la rue Saint-Guillaume, ce territoire du VIe arrondissement où s’élabore désormais la pensée française ultime. Les valeurs sportives de base, performance, goût de la compétition, effort et dépassement de soi « peuvent être toxiques et abîmer profondément des vies », gazouille-t-il sur l’ex-Twitter. De même le mérite, qui « n’existe pas, c’est un mensonge qui sert à justifier les inégalités et les injustices. » De la part d’un « fils de » qui pète dans la soie depuis sa naissance, c’est une déclaration d’une humilité réjouissante. Comme disait Didier Desrimais en janvier sur Causeur, il est « la glorification du vide ».

On aura remarqué, bien sûr, que toutes les valeurs — qui ne sont pas strictement sportives — que décrie notre apologiste de la paresse sont justement celles que la Gauche, en quarante ans, a soigneusement effacées de l’Ecole, qu’il s’agisse des programmes, toujours plus simplifiés, ou des pratiques pédagogiques, toujours moins contraignantes. Le pompon, la palme, la médaille étant pour les décisions de Najat Vallaud-Belkacem, dernière architecte du désastre. Aux enseignants qui doutent de la valeur de l’effort, de la contrainte, de l’acharnement, je suggère de réviser les pratiques d’entraînement de Léon Marchand.

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C’est que nous en sommes, rappelez-vous, à cette inversion de toutes les valeurs que George Orwell avait prédit dans 1984. La liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force, et Mathieu Slama pense. S’il a aimé la cérémonie d’ouverture des jeux (que l’extrême-droite, dit l’hurluberlu, a détesté « parce qu’elle hait la liberté plus que tout »), il n’apprécie pas les jeux eux-mêmes, exaltation nocive de tout ce qui est patriotique : « Le nationalisme dans le sport me dégoûte », précise notre athlète de l’intellect. « L’identité de l’Europe, c’est d’être sans identité ».

Ce qui permettra la destruction de l’Europe par n’importe quels gredins se réclamant d’une idéologie (ou d’une religion) à identité forte.

Le coût de la virilité

Jean Kast, sur Boulevard Voltaire, rappelle que Slama avait détesté la mise en scène de Macron en boxeur : pas parce que l’image était légèrement retouchée, ce qui était en soi assez drôle, mais parce que « la mise en scène autour de la boxe, sport à l’imaginaire hautement viriliste, n’est pas neutre » : « C’est une vision de la masculinité profondément réactionnaire ».

Les boxeuses XY qui affichent en ce moment leurs muscles de mecs dans une compétition réservée aux femmes, ce qui leur permet de flanquer légalement des tannées à leurs opposantes (mais que font les chiennes de garde ?) ne sauraient lui donner tort. Vite, organisons une confrontation !

Sans doute ces belles idées ont-elles émergé dans le crâne de notre minus habens en se regardant dans un miroir. Moi qui suis — prétendent nombre de détracteurs — d’une droite extrême et nauséabonde, j’ai un mépris d’avance, comme disait Albert Cohen, pour tous ces intellectuels bâtis comme des salades cuites. J’en reste à la formule classique, mens sana in corpore sano. Socrate avait combattu les Perses dans les rangs des hoplites, Montaigne avait été formé à tous les exercices du corps, à l’image des Anciens que son père vénérait, Giraudoux était champion universitaire en athlétisme, Montherlant a chanté les athlètes, Hemingway a relevé tous les défis, et Sylvain Tesson a contrarié de son mieux les destins en se livrant à nombre d’activités ultimes — lire par exemple Blanc (2022). Des types de droite, tous, sans doute — même si Giraudoux a milité ardemment pour l’entrée des femmes dans les compétitions olympiques, que refusait à l’origine Pierre de Coubertin.

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Sérieusement, comment des médias français peuvent-ils encore donner la parole à ce résidu exsangue du socialisme français ? Les gauchistes que j’ai connus étaient de vrais sportifs, capables d’envoyer un cocktail Molotov à trente mètres — la pratique du handball, ça aide — et de détaler comme des zèbres devant une charge de CRS. Voire de les affronter en corps à corps.

Mais Slama ?

Notre époque est délétère, qui donne la parole à des individus qui n’existent que parce qu’ils ont des accointances sélectionnées, — un pedigree social faute d’avoir un pedigree physique ou intellectuel. Une époque de fausses valeurs, de petits bras et de petites burnes, qui devrait se souvenir qu’in fine, Athènes a perdu la Guerre du Péloponnèse face aux grosses brutes de Sparte. Si nous voulons gagner la guerre à bas bruit qui a déjà commencé ici, nous ferions bien de ressusciter les valeurs « virilistes » qui nous ont permis, jadis, de bouter les Anglais hors de France, de vaincre les souverains européens sur tous les champs de bataille, et de refouler les Germains au-delà du Rhin.

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