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Bruno Le Maire, l’Indéboulonnable

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Le ministre de l’Économie et des Finances a prononcé ce jeudi son discours d’adieu aux fonctionnaires de Bercy. Son bilan après sept ans aux cordons de la bourse du pays est dramatique, mais selon lui, ce n’est pas de sa faute.


Bruno Le Maire, surnommé l’« Indéboulonnable » comme on surnommait Robespierre l’« Incorruptible », pour le plus grand malheur des Français, quitte donc enfin le ministère de l’Économie : l’heure est à la jubilation ! « Je vous aime mais je pars », a déclaré le romancier devant ses troupes, se prenant pour Napoléon à Fontainebleau, avant de citer Michel Sardou (ce doit être le en même temps macronien ; et dire que la Cinquième a connu André Malraux !). On ne s’étendra pas sur ces paroles de politique : le ministre, s’il nous avait aimés un peu plus sincèrement, serait parti un peu plus tôt — « je vous aime, donc je pars », eût été pour le coup une vraie preuve de sa dévotion.

Le vrai Mozart de la finance

Ministre de l’Économie, donc, de 2017 à 2024, l’Indéboulonnable a bien de quoi se rengorger : on a rarement fait pire ; vraiment, il y a quelque chose d’admirable, à se maintenir en poste pendant sept années avec de tels résultats. L’économie n’est pas une science exacte, loin s’en faut, et c’est d’autant plus triste pour notre ministre démissionnaire, qui face à l’évidence en est réduit à expliquer son bilan déplorable par le Covid ou les gilets jaunes, comme un criminel cherche à fléchir le tribunal avec son enfance difficile. Hélas pour lui, les chiffres sont sans appel : la dette publique (brute), qui s’élevait à 2.100 milliards en 2018, soit 89,5% du PIB, monte à 3.160 milliards d’euros au deuxième trimestre 2024 (presque 111% du PIB, soit une augmentation de plus de mille milliards !)1 Pire : le déficit public, entre 2018 et 2023, est passé de 2,5 à 5,5%2 du PIB, et devrait franchir cette année la barre des 5,6%3 ; pour mémoire, l’Union Européenne a fixé à 3% le seuil à ne pas dépasser (!) — d’ailleurs, la Commission a d’ores et déjà engagé contre la France une procédure de déficit excessif… Et ce n’est pas tout : une note de Raul Sampognaro, Mathieu Plane et Xavier Ragot, publiée à l’OFCE le 24 mai 20244, révèle un écart dans le déficit de 40 milliards d’euros chaque année depuis 2017 par rapport à la trajectoire prévue, soit l’équivalent de 1,4 point du PIB !
Le ministère lui-même, c’est dire, a prévenu que le déficit pourrait atteindre 6,2% l’an prochain au lieu des 4,1% rêvés ; et noté ingénument, comme s’il n’y était pour rien, la hausse « extrêmement rapide » des dépenses des collectivités territoriales, dépenses qui « pourraient dégrader les comptes 2024 de 16 milliards d’euros » par rapport à la trajectoire de déficit adressée à la Commission5 : c’est du Mozart dans la gabegie.

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Une politique un peu socialiste, un peu libérale

Même Pierre Moscovici (!) juge « inquiétante » la situation des finances publiques6. Et pour cause ! Le déficit public se trouve six points au-dessus des prévisions, malgré une année 2023 marquée par la fin du « quoi qu’il en coûte ». Le premier président de la Cour des comptes, pas de gauche pour rien, reproche évidemment au ministre d’avoir baissé les impôts, au lieu de les avoir augmentés ; il a tort : même là-dessus, Bruno Le Maire aura eu tout faux. Si en effet certaines recettes ont été « ralenties » en 2023-2024, notamment en matière de TVA et d’impôts sur les sociétés, les impôts sur le capital ont en revanche fortement augmenté, au moins en 2023 (+ 12,8% !), sans parler de la taxe foncière qui « reste dynamique » — pour reprendre la litote magnifique du service public7. En parallèle (car décidément, Bruno Le Maire aura eu vraiment tout faux), les dépenses publiques ont battu des records entre 2018 et 2023 : 100 milliards au total, une bagatelle ! La faute aux prestations sociales (+ 3,3%) et à la hausse des rémunérations des fonctionnaires (+ 4,6%)8 : on s’en serait douté.

Bruno Le Maire a été l’incarnation de la politique socialo-démocrate de la macronie, la plus pure quintessence de cette idéologie qui n’en est pas une, un peu socialiste, un peu libérale, ni l’une ni l’autre, en même temps l’une et l’autre. Toute son économie se sera résumée à une augmentation timide des impôts et des taxes, suivie d’une baisse plus timide encore d’autres impôts et d’autres taxes, mesures prétendument « fortes » devant servir à réguler l’explosion brutale de la dette et du déficit. Le résultat est catastrophique : cinq années de plus et c’était la banqueroute. Bon vent, Monsieur le ministre !


  1. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8210074 ↩︎
  2. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8061907 ↩︎
  3. https://lcp.fr/actualites/deficit-bruno-le-maire-alerte-les-parlementaires-sur-un-derapage-de-16-milliards-d-euros ↩︎
  4. https://www.ofce.sciences-po.fr/blog/les-crises-expliquent-elles-la-hausse-de-la-dette-publique-en-france/ ↩︎
  5. https://departements.fr/budget-2025-conference-de-presse-de-la-commission-des-finances-du-senat/ ↩︎
  6. https://www.ccomptes.fr/fr/documents/70837 ↩︎
  7. https://www.vie-publique.fr/en-bref/293530-deficit-public-de-la-france-55-du-pib-en-2023 ↩︎
  8. Même lien que le précédent ↩︎

Mélenchon n’a rien inventé…

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Jean-Luc Mélenchon assume et accélère sa stratégie électorale communautariste à destination des « quartiers populaires » (les cités islamisées). François Ruffin, isolé, fait des révélations troublantes. Mais pour l’instant la gauche continue d’avoir peur du chef des Insoumis.


« Sachant que la force de l’affirmation impressionne toujours les têtes molles, il commence par célébrer sa victoire électorale relative comme une victoire totale et définitive ». Considérant le flot de rodomontades dont nous abreuvent M. Mélenchon et ses affidés LFI-NFP depuis le second tour des dernières élections législatives, on pourrait penser que ce commentaire porte effectivement sur la stratégie de communication politique que ceux-là ont adoptée dans la foulée. Dès le soir du scrutin, le chef des chefs, Mélenchon, criait victoire, proclamait être le grand vainqueur de ces élections, le seul, exigeant sans vergogne que soit mis en place immédiatement « le programme, rien que le programme, tout le programme ». Le sien, évidemment. Depuis, cet accommodement plutôt culotté avec la réalité nous est asséné à chaque prise de parole des uns et des autres de ce camp-là. Or, dans une large partie de l’opinion, l’enfumage opère, tant il est vrai que les têtes molles y sont nombreuses. Passons.

Discours durs et têtes molles

On serait tenté de voir dans la citation rapportée plus-haut, disais-je, un commentaire de la vantardise post-électorale du grand faiseur Mélenchon. Il n’en est rien. Son ego dût-il en souffrir, il n’a rien inventé. Il ne fait même que mettre ses pas dans ceux d’un illustre prédécesseur. Illustre mais ô combien haïssable.

Ce prédécesseur n’est autre, mesdames, messieurs (ici, un roulement de tambour serait bien venu) que l’abject Adolf Hitler en personne, qui usa du même faux semblant, de la même imposture à la suite des élections législatives de novembre 1932. Le commentaire que je cite est d’André François-Poncet qui fut ambassadeur de France à Berlin de septembre 1931 à octobre 1938. (Cf. Son remarquable livre Souvenirs d’une ambassade à Berlin, Flammarion, 1946.)

A lire aussi: Sophia Chikirou, le « martyr » du Hamas et la chute de la maison Mélenchon

Les grandes têtes molles auxquelles il est fait référence désigne ici, évidemment, la pléthorique cohorte des fausses élites et vrais lâches qui ont avalé la couleuvre sans s’opposer, sans se révolter, sans même vraiment sourciller, laissant ainsi l’Adolf accéder au pouvoir.

Aujourd’hui comme hier, les têtes molles ne manquent pas. Parmi les élites comme ailleurs. Chaque jour nous les trouvons à l’œuvre. Nous les voyons ramper, embarquées qu’elles sont dans une fangeuse soumission. Les preuves ne manquent pas au dossier, hélas. Un seul exemple, récent, affligeant : en plein Paris, hauts parleurs à fond, on peut aujourd’hui prêcher l’intifada sans être jeté sur le champ en prison. Juste une question pour rire (ou pas) : pourrait-on prêcher la Croisade en plein Téhéran, au cœur de Kaboul, tout aussi impunément ? Certes non. Il est vrai que chez les ennemis de notre civilisation – car ils sont bel et bien nos ennemis jurés – ceux qu’on pourrait qualifier de têtes molles[1] n’ont guère droit de cité.

François Ruffin désormais comparé à Doriot par LFI

Les mots droit et cité m’étant venus, l’enchaînement est tout trouvé avec les révélations de François Ruffin, lui-même LFI (on n’est jamais trahi que par les siens) portant sur la scandaleuse stratégie électoraliste mélenchonienne mise en pratique dans les quartiers, les cités, où tous n’auraient pas droit au même traitement. Il y aurait les bons profils et les moins bons profils. Bref, on procéderait au gré d’une sélection au faciès. Rien que cela ! Le sacro-saint principe d’égalité citoyenne foulé au pied, jeté à la poubelle. Le droit à la bonne parole sous condition d’éligibilité au faciès. Et probablement suspicion de « délit de sale gueule » pour les autres ? Ignoble ! Pourquoi ne pas préconiser pour ces autres-là, les exclus, les discriminés, les ostracisés le port d’un signe distinctif, je vous laisse imaginer lequel ? Voilà qui faciliterait grandement le racolage. Là encore, on attend la révolte, la condamnation sans atermoiement, le rejet sans appel des têtes molles, ces égarés du pot-pourri NFP, transfuges d’un PS en coma dépassé, écologistes en phase terminale de pollution dogmatique. On les attend, on guette leur réaction. Rupture or not rupture ? Courage or not courage ? Dignité or not dignité ?

A lire aussi: LFI: une seule solution, la dissolution!

Donc, sélection au faciès ! là encore Mélenchon n’a rien inventé. On le sait. Il n’empêche, une ligne rouge est franchie. Une sacrée ligne rouge ! Le masque tombe, d’autant qu’un aveu – tout aussi sidérant – vient en rajouter. Lors de la manifestation – plutôt faiblarde – du week-end dernier, on a pu entendre l’Insoumis en chef donner ses directives à quelques ouailles ébahies : « Il faut mobiliser la jeunesse et les quartiers populaires. Là se trouve la masse des gens qui ont intérêt à une politique de gauche. Tout le reste on perd son temps. » Oui, les mots sont bien ceux-là : «  Tout le reste on perd son temps. » En d’autres termes, les sans dents d’ailleurs, ceux des bourgs et des campagnes peuvent bien crever ! Qu’en pense M. Hollande, élu des terroirs corréziens ? Que disent les prétendus héritiers des Jaurès, des Blum face à une politique si clairement, si éhontément revendiquée communautariste ! On espère une saine révolte. Quelque chose comme une tribune dans leurs médias de révérence, Libération, Le Monde…. Pour l’instant, rien. Mais peut-être n’ont-ils pas entendu cette énormité ?

Tête molle et dure d’oreille. Décidément, la gauche française est fort mal en point.  


Elisabeth Lévy, ce matin sur Sud Radio : « LFI fait du racialisme »

Retrouvez Elisabeth dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin.

[1] L’expression Têtes Molles est due au poète Lautréamont : « Depuis Racine la poésie n’a pas progressé d’un millimètre, écrit-il. Elle a reculé. Grâce à qui ? Aux Grandes Têtes Molles de notre époque. » Et de classer parmi celles-ci : Lamartine, Hugo, Musset « métamorphosés volontairement en femmelettes. »

Bientôt le 7 octobre…

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Alors que la date anniversaire du terrible pogrom perpétré par le Hamas en Israël se rapproche, on laisse en France un islamiste appeler à l’intifada dans les rues de Paris, et les thèses douteuses des livres de Didier Fassin ou d’Aurélien Bellanger rencontrent un certain écho.


En Israël, beaucoup de familles d’otages récusent les cérémonies officielles, d’autant qu’elles ont été confiées à Miri Regev, une des ministres les plus critiquées du gouvernement. La colère gronde contre les autorités, mais il y a un point sur lequel tous, hormis quelques hurluberlus angéliques, sont d’accord: avec le Hamas, une paix réelle n’est pas envisageable. En France la situation sera bien différente. Nous allons commémorer le 7 octobre dans une infinie tristesse. Quelques-uns, très peu – espérons-le sans en être sûrs – vont le commémorer avec enthousiasme… Mais, surtout, un certain nombre préfèreront l’expurger de leur mémoire pour se concentrer sur la suite, dès le 8 octobre, premier jour de la riposte israélienne, premier jour de la réaction antisémite dans le monde, premier jour d’effacement et de substitution victimaire, premier jour de contextualisation et de banalisation de ces massacres du 7 octobre qui ont, eux, un vrai caractère génocidaire. Cette mise à l’écart se déploie sous des formes variées. En voici trois exemples récents.

A lire aussi, Ivan Rioufol : La France aura-t-elle à nouveau un ministère de l’Immigration?

LFI et Elias d’Imzalène dans les rues

Dans une manifestation dimanche 8 septembre, un orateur appelle, sur la Place de la Nation à Paris, à une intifada en France. L’intifada, chacun sait ce que cela signifie… M. Elias d’Imzalène, alias El Yess Zarelli, c’est la version en Frère Musulman de ces prédicateurs qui incitaient les chrétiens à massacrer les Juifs à Séville, à Cordoue, à Barcelone ou à Lisbonne… Aussi fiché S qu’il soit, cela fait des années qu’il vocifère et exige pour les musulmans de France l’application de la charia à la place de l’ignoble, impie et islamophobe législation de la République française. Il est apprécié par la Turquie grâce à laquelle il a expliqué au Parlement européen tout le mal qu’il pensait de la France, dont il est citoyen. Bien entendu, il a ses amis à LFI, tels Ersilia Soudais, Thomas Portes ou Rima Hassan. L’homme est un chauffeur de foules islamisées, mais son discours est trop fruste et brutal pour attirer les islamo-gauchistes, c’est-à-dire ces intellectuels qui prétendent que l’islamo-gauchisme n’existe pas.

Aurélien Bellanger et Didier Fassin dans les librairies

Pour eux, en cette veille de commémoration, on publie des livres. Il y a par exemple celui d’Aurélien Bellanger, Les derniers jours du Parti socialiste. Dans ce roman, l’auteur prétend que la notion d’islamo-gauchisme provient d’un complot du mouvement le Printemps Républicain, qui sous couvert de laïcité aurait cherché à détruire le Parti Socialiste au profit de l’extrême droite. L’imbécillité de la thèse et la lourdeur de l’écriture n’ont pas empêché la mise en valeur du livre par les médias dits progressistes. Sa sortie, le jour même de l’attentat contre la synagogue de la grande Motte, a servi de sinistre rappel que les motifs à l’islamismophobie n’étaient pas entièrement fictifs.

A lire aussi, Didier Desrimais: Aurélien Bellanger, dhimmi en chef

Mais pour les israélophobes de niveau intellectuel plus élevé, il y a aussi le tout nouveau livre de Didier Fassin, professeur au Collège de France. Ce médecin est devenu sociologue car il était sensible aux inégalités en matière d’accès aux soins et d’exposition aux maladies des patients suivant leur origine. Je ne suis pas sûr qu’il ait été le premier à faire ce triste constat, d’ailleurs plutôt moins vrai en France que dans d’autres pays où il a travaillé. C’est aux États-Unis qu’il a surtout enseigné, là où l’histoire de l’esclavage et du racisme anti-noirs a laissé des marques proéminentes. Il en a ramené l’interprétation universitaire à la mode, le wokisme avec intersectionnalité des luttes, un militantisme qui se prétend scientifique. Avec un réel talent pour conceptualiser ces théories et pour dénigrer ceux qui n’y croient pas, il cherche à tenir le rôle d’imperium sur la bonne-pensance soi-disant scientifique qui fut dans le passé celui de ses prédécesseurs marxistes. Il considère qu’une analyse qui ne fait pas de la racialisation et de la césure irrémédiable entre dominants et victimes des déterminants essentiels de l’explication des faits ne peut être que réactionnaire et hypocrite. Les rôles sont assignés et on ne s’étonnera pas de retrouver les toujours colonisés d’un côté et les toujours colonisateurs de l’autre. Pour résumer, la conception de la vérité politique de Didier Fassin, aujourd’hui au sommet du prestige universitaire français, c’est celle du comité Adama.

Pour les événements du 7 octobre, il a bien parlé d’incursion meurtrière et même de crimes de guerre, mais pas plus. Il a récusé le terrorisme mais a insisté pour le contextualiser. Il a été bien plus précis et virulent sur la réaction israélienne, qu’il a très vite qualifiée de génocidaire. Eva Illouz, Bruno Karsenti et plusieurs sociologues qu’on ne peut vraiment pas positionner à l’extrême droite ont vigoureusement démonté ses assertions très approximatives. Il a en particulier comparé les actions des Israéliens envers les Gazaouis à celles des Allemands envers les peuples Hereros du Sud-Ouest africain au début du XXe siècle, un génocide dont le prétexte avait été un massacre de soldats allemands. Joel Kotek, l’un des rares experts de ce génocide, a démoli cette comparaison de façon très convaincante. Le professeur au Collège de France a donc été pris plusieurs fois à bidouiller les faits pour qu’ils agréent à son idéologie, qui est celle d’un tiers-mondiste à sympathies mélenchoniennes, idéologie parfaitement légitime, à condition de ne pas l’affubler d’une prétendue scientificité. 

A lire aussi, Gilles-William Goldnadel: LFI: une seule solution, la dissolution!

Le dernier livre de Didier Fassin vient de sortir. Il s’appelle Une Etrange défaite, titre outrageusement emprunté à Marc Bloch : la défaite en question, qui serait la plus grande défaite morale de l’Occident depuis la guerre mondiale, c’est l’abdication devant le désastre provoqué par Israël à Gaza. Les massacres du 7 octobre sont donc sans importance, la prise d’otages non plus. L’idéologie du Hamas, son passé de meurtres et sa charte exterminatrice, son choix délibéré de prendre la population civile comme bouclier pour diaboliser l’adversaire, tout cela ne compte pas. C’est comme si en 1945, on avait au nom de la morale, lancé l’opprobre sur les Alliés parce qu’ils détruisaient l’Allemagne sans prendre en compte ce qu’était l’ennemi nazi…

Les crimes contre des populations ont été nombreux depuis 1945 et la volonté d’ignorance les a souvent accompagnés. Les cent millions de morts lors du Grand Bond en avant maoïste, le million de victimes du génocide des Tutsi, le génocide des yezidis, les massacres du Darfour, la Tchétchénie, les Rohingyas, le Tibet et les Ouïgours,  les 500 000 morts de Syrie, la liste ne s’arrête pas là…

Le drame que vivent les Gazaouis est réel: il est avant tout dû à la guerre sans merci qu’a choisie de livrer contre Israël le Hamas qui est leur gouvernement. Il faut malheureusement constater que pour Didier Fassin et ses émules, la seule faute morale inexcusable c’est de permettre à l’État d’Israël de se défendre comme il le peut.

Lui qui se voit l’héritier du grand intellectuel que fut Michel Foucault, vient de le rejoindre sur un point au moins, celui de la débilité politique: Foucault avait accueilli avec enthousiasme les Khmers rouges puis l’ayatollah Khomeini…

Les Derniers Jours du Parti socialiste

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Retrouvez Richard Prasquier au micro de Radio J

LFI: une seule solution, la dissolution!

Le président d’Avocats sans frontières demande l’interdiction de la France insoumise


Contre LFI, une seule solution : la dissolution ! Je sais, c’est gros. Gros comme un parti politique représenté à l’Assemblée nationale. Mais deux vérités juridiques autant que politiques s’imposent si l’on veut s’extraire du carcan psychologique de notre conditionnement médiatique.

Première vérité : si un parti très à droite utilisait la même phraséologie antisémite et violente que la France insoumise, parti quant à lui situé à l’extrême gauche, il aurait été dissous depuis longtemps et n’aurait, par voie de conséquence, pas pu présenter de candidats. Il faut y voir, bien sûr, le bouclier protecteur de ce que j’ai nommé le « privilège rouge ». Un privilège tellement exorbitant que si on n’hésite pas à situer le Rassemblement national à l’extrême droite malgré son recentrage, on s’interdit de placer la France insoumise à l’extrême gauche, malgré sa radicalisation.

Rima Hassan, Paris, 30 avril 2024 © SEVGI/SIPA

Seconde vérité : à quoi sert l’arme juridique de la dissolution dès lors qu’on n’ose pas l’employer contre la plus dangereuse des entités ? Sauf à dire que, lorsque celle-ci est trop grosse, elle ne peut plus tomber, à l’instar des grandes banques prises en flagrant délit de faillite frauduleuse, dont les Anglo-Saxons disent qu’elles sont « too big to fail ».

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Nul ne sait plus que votre serviteur combien demander la dissolution des Insoumis est irréaliste et candide. Mais mon goût pour l’équité me commande de la réclamer par principe moral et juridique.

Comment accepter qu’un Thomas Portes, député insoumis, appelle à l’action populaire contre les athlètes israéliens en pleins Jeux olympiques ?

Comment accepter qu’une Mathilde Panot, députée insoumise, ose encore jeter le discrédit contre les policiers mis en cause dans l’affaire Adama Traoré, ce délinquant peint en martyr, alors que lesdits policiers ont été innocentés ?

Comment accepter qu’une Ersilia Soudais, députée insoumise, dont la sottise ne vaut pas excuse, accueille en héros un Salah Hamouri condamné pour avoir tenté d’assassiner un rabbin ?

A lire aussi: Intifadas?

Comment accepter qu’une Rima Hassan, élue insoumise au Parlement européen, puisse participer en Jordanie à une manifestation pro-Hamas, sous les bannières de l’organisation terroriste et au milieu d’incantations en hommage à son défunt chef ?

Un parti politique qui ne met aucun frein à de telles sorties de route n’est pas digne d’exister dans un régime démocratique. Sauf que l’impunité politique, médiatique et juridique dont il jouit, pour cause non seulement de privilège, mais aussi parce qu’il représente désormais, par sa radicalité identitaire, la frange la plus extrême de la population, et qu’il fait tout pour importer de gré ou de force toujours plus d’extrémistes, prouve que nous ne vivons plus dans un régime démocratique.

Nul ne se hasardera à la demander. Raison de plus pour la proposer. Pas seulement pour l’honneur, mais pour prendre date. La France insoumise n’est pas un parti démocratique. Il est temps d’en tirer les conséquences.

Ma vie après l’Assemblée

Résistance, volonté, travail, courage : l’été à Béziers n’a cessé de me confronter à des êtres incarnant pleinement et merveilleusement ces qualités. Comme pour mieux me rappeler leur pendant : humilité et force morale. Enseignements d’une défaite en politique.


Liberté

L’été a très mal commencé pour moi. Avec une sévère défaite aux élections législatives. Pas vraiment anticipée, pour être honnête. L’échec a été difficile à avaler. Face à cela, j’avais deux solutions. Non, en fait, il n’y en avait qu’une : se remettre en selle immédiatement. C’est ce que j’ai tenté de faire en repartant travailler à la mairie de Béziers dès 7 h 30 le lendemain matin. En dressant la liste des dossiers importants que je gérais en tant que député. Et que je continuerai à suivre en tant que conseillère municipale. Ne jamais se résigner.

Je refuse de me laisser envahir par l’amertume. J’aime ma ville et les Biterrois. Je continuerai à travailler pour eux. Différemment. Et même si le sentiment d’injustice continue de temps en temps à pointer le bout de son nez, le travail guérit de tout… Plus qu’une chose à faire : savourer pleinement – une fois n’est pas coutume – l’été biterrois. Avec quelques points d’orgue. Et un sentiment de liberté retrouvée.

Résistance

Raimond Trencavel le premier est venu me faire la leçon. Huit siècles plus tard ! En 1209, le vicomte et sa famille règnent sur Béziers, dans un esprit de tolérance peu commun à cette époque – et probablement à la nôtre encore. Alors qu’ils sont souvent persécutés ailleurs, les juifs participent à l’administration de la ville et vivent en bonne entente avec l’ensemble de la population. De même, les cathares, cette minorité pacifique qui a fait sécession avec l’Église, est protégée. Ce n’est du goût ni du roi de France ni du pape de l’époque. Les deux vont donc s’entendre pour réduire à néant cette anomalie, ce Béziers trop libre qui pourrait faire des émules.

A lire aussi : Otages, ô désespoir

Le 22 juillet 1209, c’est l’invasion. Des milliers de Biterrois sont massacrés. « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », aurait dit Simon de Monfort, le prélat du pape, chef de la croisade. Béziers n’est plus qu’un immense hurlement. Une plaie béante. Trencavel est bouleversé. Et décide de défendre ce qu’il est encore possible de défendre. Mais l’ennemi est plus fort. Trencavel, réfugié dans sa citadelle de Carcassonne, est capturé. Débute alors son martyre. Il faut tuer le symbole qu’il est devenu. Il est jeté dans un ignoble trou infesté de vermines. On l’y laissera pourrir, sans aucune pitié. La loi du roi de France règne désormais en Languedoc.

Huit siècles plus tard, justice lui est enfin rendue dans notre ville : une statue de plus de trois mètres de haut de notre ancêtre commun vient d’être érigée en ce mois de juillet, juste à côté de la cathédrale, abritée par les arbres lui offrant une ombre bienvenue en ces chaleurs estivales. Et surtout, nous rappelant que nous sommes les héritiers de cette épopée unique, exceptionnelle et que nous devons en être dignes. Une leçon de courage à méditer…

Jeux olympiques

Non, je ne vous parlerai pas de la cérémonie d’ouverture. Tout a été dit ou presque. On les a tous entendus. Ceux qui l’ont trouvée choquante ; ceux qui l’ont trouvée formidable ; et même ceux qui y ont vu la marque de satan, c’est vous dire… Comme j’ai décidé d’être positive, je ne me souviendrai que de la ferveur du public, de La Marseillaise entonnée à chaque instant, des drapeaux bleu, blanc, rouge agités pour encourager nos sportifs. Et puis, des exploits de Léon Marchand (gageons que son prénom se hissera très vite dans le top 10 des nouveau-nés à venir), des essais d’Antoine Dupont, des médailles d’or homériques de Teddy Riner ou encore des performances de Félix Lebrun… Je suis injuste pour tous nos autres athlètes, mais ils me pardonneront : la moisson a été plus que fructueuse et c’est tant mieux !

Art équestre

Devenu rendez-vous incontournable de l’été à Béziers, nous accueillons chaque année avec un immense plaisir les Folies Gruss. Et pour deux mois. Quel talent ! Quel travail aussi… C’est la première fois que le spectacle sera présenté sans Alexis, le patriarche parti en avril dernier. Stéphane, Maud et Firmin, ses trois enfants, sont là. La conférence de presse déborde d’émotion. Quand les mots se font difficiles pour l’un, un autre prend le relais. Une vraie famille. Qui sait, elle aussi, résister à l’air du temps…

Feria

Pas d’été à Béziers sans sa feria. Cinq jours de fête non-stop, du matin jusque tard dans la nuit. Qui n’a pas vécu sa feria n’est pas un vrai Biterrois. Elle commence par une messe dans les arènes, qui a réuni 6 500 personnes cette année ! Ce qui n’empêche pas les râleurs de service de tempêter comme chaque fois contre le sacro-saint principe de laïcité qui ne serait pas respecté… Chez nous, on les appelle les « anti-tout ». Anti-chasse, anti-corrida, anti-crèche de Noël, anti-messe dans les arènes : le spectre est large et ils n’abandonnent jamais. Nous non plus…

A lire aussi : Éric Zemmour dans Causeur: «La politique est l’ennemie du peuple»

Léa

Qui dit feria dit corrida. Dans les arènes, nous croisons Gaël Tchakaloff, qui vient d’écrire un livre sur Léa Vicens, superbe torero à cheval qui a une nouvelle fois triomphé chez nous. L’écrivain a suivi durant un an cette femme hors norme, qui a su, seule, se faire une place dans un monde totalement masculin – on peut dire machiste – et qui ne lui fait pas de cadeau. Où l’on découvre – ou redécouvre – les efforts, la volonté, le courage, la quantité de travail incroyable qu’il lui a fallu fournir pour arriver à ce résultat exceptionnel. Un livre d’autant plus intéressant que Gaël Tchakaloff le dit d’entrée : la corrida lui fait horreur. Ancien matador, devenu banderillero avec Léa Vicens, José Maria résume : « L’art tauromachique inculque la force d’âme. La corrida défend le courage, l’honnêteté, la franchise, la persévérance, le don de soi, l’éthique, le respect de l’autre, de l’animal et de la nature. » Il faudrait peut-être rendre la corrida obligatoire…

Premier ministre

Pendant ce temps, le feuilleton politique de l’été se poursuit. À l’heure où je boucle cette chronique, Emmanuel Macron prend son temps. Et consulte toujours. Je repense à la vie hors norme, exceptionnelle de nos champions olympiques, de la famille Gruss, de Léa Vicens. Et si on invitait le président de la République à venir à Béziers ?

La vie à mort

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Tutto nel mundo è burla

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La vie est une farce…


Il faut bien se représenter ce qu’était Verdi en 1893 : fringuant nonagénaire, idolâtré par le peuple italien, adulé de l’Europe cultivée, richissime, le compositeur coule une bucolique mais active retraite de gentilhomme campagnard dans son domaine de Sant’Agata, supervisant les travaux agricoles en entrepreneur avisé – créant un hôpital, faisant assécher des marais… Wagner, son grand rival et exact contemporain, est mort subitement à Venise 10 ans plus tôt. Depuis la création d’Otello à la Scala de Milan en 1887, le compositeur n’a plus écrit d’opéra. Il remanie d’anciennes partitions, fait de la musique religieuse. Verdi n’a pourtant rien d’une momie, mais tout d’une icône : en 1889, la presse milanaise a mis sur pied un grandiose « jubilé Verdi », hommage national au patriarche, indissociablement révéré alors comme artiste et comme patriote, tout autant par l’homme de la rue que par l’austère souverain Umberto 1er (1844-1900). Verdi n’a plus rien à prouver.

Burlesque

Boïto, son fidèle et formidable librettiste, piétine alors depuis pas mal de temps sur un Nerone qu’il n’arrive pas à livrer : cette même année, le voilà donc qui suggère au vieillard une alternative. Pourquoi pas un opéra-bouffe ? Voilà qui distrairait, qui amuserait Verdi dans ses vieux jours, lui qui cinquante ans plus tôt, avec Un jour de règne, s’était essayé à ce genre sans plus jamais y donner suite… Et Boïto de lui envoyer un projet de livret titré Falstaff, adaptation des Joyeuses Commères de Windsor, et des pièces Henri IV et Henri V de Shakespeare – que Verdi vient de relire avec enthousiasme. Or, coup sur coup, le compositeur a perdu deux amis très chers, tous deux plus jeunes que lui : Faccio, directeur de la Scala puis du conservatoire de Parme ; et Muzio, un disciple plus ou moins raté. La claire conscience de son grand âge l’incite à ne plus rien ajourner. Verdi se prend au jeu, travaille d’arrache-pied : la partition sera livrée aux éditions Ricordi le 18 septembre 1893. Totalement démarquée d’un contexte où l’Italie, avec Cavallerieria Rusticana de Mascagni, puis I Pagliacci de Leoncavallo, commence à découvrir les vertus – un peu courtes – du vérisme (soit un réalisme musical puisant ses effets dans la trivialité du quotidien).

Stupéfaction ! Avec Falstaff, ce sont les données mêmes du théâtre lyrique, comme celles du langage musical, qui sont bouleversées. À 90 ans, pour son ultime opéra, Verdi « rajeunit » radicalement un genre toujours menacé de sclérose : Falstaff préfigure l’opéra du XXème siècle. Ici, plus de ces arias ou de ces duos virtuoses dont le bel canto s’était fait la spécialité. Les trames sont rompues, se superposent, se cumulent. L’œuvre est une mosaïque, un kaléidoscope. Réponse tardive à la géniale unité du drame lyrique wagnérien ? Dans Falstaff, la prodigieuse inventivité de la matière musicale se conjugue à la frénésie burlesque de l’intrigue.

Photo : Vincent PONTET

Opéra – comique ? Falstaff est aussi loin de la comédie bourgeoise que du tragique des Vêpres Siciliennes, de Don Carlo ou de Macbeth…  Pire : l’honneur et la passion – topos verdiens par excellence – y figurent ici LA cible obsidionale ! Dans les trois actes de l’opera buffa, tout est théâtre, carnaval. Terrassé par les femmes (grands vainqueurs du complot ourdi contre lui), le filou libidinal, ivrogne et obèse reconnaît in fine que « tutto nel mundo è burla – tout au monde n’est que farce » ! Dénouement ironique qui atteste le pessimisme fondamental du génie verdien :  renaissant, crépusculaire.

Datée d’il y a déjà un quart de siècle, la mise en scène « dix – neuviémisée » de Dominique Pitoiset vieillit décidément aussi bien que Giuseppe Verdi. L’Opéra Bastille n’avait pas donné cette régie millésimée 1999 depuis… 2017 ! La transposition de l’intrigue élisabéthaine dans une pluvieuse Angleterre fin-de-siècle où coulisse latéralement – unique décor en extérieur couvrant les trois actes – une façade de briques salie par le charbon, maculée d’enseignes peintes alignant : garage non loin d’un tacot rutilant, hôtellerie de la Jarretière, maison de Ford, parc de Windsor, égout où dégringolera, jeté par la fenêtre, le panier dissimulant le pauvre Falstaff, – tout cela fonctionne parfaitement.

A contre-courant de la doxa néoféministe

Littérale et lisible, la mise en scène, une fois n’est pas coutume, ne fait pas fi des accessoires imposés par le livret (le paravent, les bois de cerf du burlesque carnaval mythologique, au troisième acte…).  Il y a tout lieu de se satisfaire qu’en 2024 l’on échappe encore, miracle, à une relecture woke de l’ultime chef-d’œuvre verdien qui réduira un jour (je vous en fais le pari) le pataud, pochard, lubrique, candide et bedonnant Falstaff aux dimensions d’un « senior prédateur sexuel » coupable d’ »agression sexuelle et sexiste », et les mégères qui font clan contre lui, à l’expression d’une « parole » reconquise, enfin donnée à la « Femme invisibilisée » contre la domination masculine.

À contre-courant exact de l’envahissante doxa féministe, cette cinquième reprise bienvenue associe l’irrésistible contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux dans le rôle de Mrs Quickly, qu’elle connaît par cœur et dont elle sait rendre de sa voix tout à la fois ample et nette la faconde impayable ; Federica Guida, qui succède à Julie Fuchs en impeccable Nanetta ; le jeune baryton ukrainien Andrii Kymach pour chanter Ford, d’un timbre métallique qui colle au personnage enragé de jalousie ; le ténor péruvien Ivan Ayon-Rivas, à peine trentenaire, dont on découvre la fraîcheur et la belle clarté sonore, en Fenton ; mais surtout, outre la commère Mrs Meg Page campée par la mezzo (formée à Paris) Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, et Mrs Alice Ford sous les traits de la soprano américaine Olivia Boen (laquelle débute donc chez nous avec succès), la palme du spectacle revient incontestablement au rôle – titre : en « Sir John », le baryton italien Ambrogio Maestri (« Michonnet », en janvier dernier, à l’Opéra-Bastille, dans Adriana Lecouvreur) fait un Falstaff inoubliable. Au pupitre, le chef danois Michael Schonwandt imprime à la partition toute la vivacité et la rondeur requises, auxquels, ici à leur meilleur, les chœurs de l’Opéra de Paris prêtent également leur concours.

Sur le manuscrit original de sa partition Verdi griffonnait, à l’adresse de son éditeur Ricordi : « Va, va, vecchio John…Cammina per la tua via finchè tu puoi ». « Va, va, vieux John… Va ton chemin tant que tu le peux »…      


Falstaff, comédie lyrique en trois actes de Giuseppe Verdi. Direction : Michael Schonwandt. Orchestre et chœur de l’Opéra national de Paris. Mise en scène : Dominique Pitoiset. Avec Ambrogio Maestri (Falstaff), Andrei Kymach (Ford), Ivàn Ayon-Rivas (Fenton), Frederica Guida (Nanetta), Marie-Nicole Lemieux (Mrs Quickly)…

Opéra-Bastille les 18, 21, 24, 27, 30 septembre 2024 à 19h30. Le 15 septembre à 14h30.
Durée : 2h40.

Erreur judicieuse

Daniel Auteuil prendra-t-il la défense de Grégory Gadebois, accusé du meurtre de sa femme ? Un film judiciaire de facture assez traditionnelle mais tout à fait réussi


On sait bien que Daniel Auteuil est l’un de nos plus grands acteurs, même s’il lui est arrivé de se fourvoyer dans des productions sans grand intérêt. De même que ses premiers pas comme réalisateur avec des adaptations de Pagnol avaient pu laisser dubitatif. Mais il revient avec Le Fil qu’il considère lui-même comme son véritable passage derrière la caméra.

Adapté de la nouvelle Au guet-apens : chroniques de la justice pénale ordinaire de l’avocat pénaliste Jean-Yves Moyart, alias Maître Mô, le scénario trace le portrait d’un avocat, Jean Monnier (Daniel Auteuil), qui prend en charge la défense d’un homme (Grégory Gadebois) accusé du meurtre de sa femme et qu’il croit innocent… Sur une trame assez convenue, Auteuil parvient à tisser les fils d’une relation complexe, entre vérité et culpabilité.

Le film repose beaucoup sur un casting et une direction d’acteurs très inspirés, comme c’est souvent le cas pour des films dirigés par des acteurs : bon sang ne saurait mentir !

Le Livre de Maître Mô

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Omar Harfouch: «La musique peut être un appel à l’action»

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Inspirée par le parcours personnel du pianiste et homme d’affaires d’origine libanaise Omar Harfouch, la tournée internationale qui débute se veut une plateforme promouvant la paix et le dialogue interculturel, en transformant l’émotion musicale en engagements concrets pour la paix dans le monde. L’optimiste entrepreneur explique ici sa démarche.


Que peut l’art face aux souffrances de l’humanité ? Rien, balaieront les fatalistes et défaitistes ; tout, répondront les idéalistes. Et si la réponse à cette question digne d’un sujet de philosophie du baccalauréat était, comme souvent en pareille circonstance, à chercher dans la nuance ? Et si, de la même manière que toute forme d’art est, en fonction de son histoire, de sa culture ou de sa sensibilité personnelle, perçue différemment par chaque être humain, le pouvoir de guérison de l’art dépendait, d’abord et avant tout, de la manière dont chacun et chacune d’entre nous crée ou reçoit telle ou telle expression artistique ?

Une œuvre née de l’adversité

C’est cette dernière approche qui, pour le pianiste et compositeur que je suis, s’impose comme une évidence. Né dans un Liban en proie à la guerre civile, c’est dans cette expérience ô combien personnelle et intime de la souffrance humaine que je puise mon inspiration – et comment pourrait-il en être autrement ? Petit garçon, le piano a été mon refuge. Un abri de bois et de cordes derrière lequel l’enfant se calfeutrait en attendant la fin des bombardements. Mais aussi, et surtout, une planche de salut, chaque note apprise en autodidacte s’échappant de l’instrument pour mieux fuir la guerre et panser les blessures, physiques comme émotionnelles, d’un enfant, d’une famille et d’un pays tout entier.

Plus tard, bien plus tard, le destin a bel et bien permis au jeune Omar de quitter, réellement cette fois, cette terre libanaise martyrisée par les hommes. De se réaliser ailleurs, sous d’autres cieux, en Russie, en Ukraine puis en France. Et si la vie et le travail lui ont offert de s’élever au-dessus de sa condition d’origine, jamais l’enfant en lui ne s’est tu. Jamais l’enfant de Tripoli n’a oublié. Jamais les yeux de l’adulte ne se sont détournés de la souffrance, de la division et de la guerre qui ravagent, aujourd’hui plus que jamais, notre monde. C’est de ce parcours, singulier, et de cette sensibilité, personnelle, qu’est né le Concerto pour la paix.

Un message universel de paix

Présentée en première mondiale le 6 mars dernier au Théâtre de Béziers, cette composition pour piano, violon et orchestre se propose, en un unique mouvement de 17 minutes, de transfigurer la douleur du passé en un appel à l’unité et à la réconciliation. Arrangé avec la complicité de mon ami d’enfance Houtaf Khoury, le Concerto pour la paix a été imaginé, dès sa conception orchestrale, comme un reflet du monde pacifié que nous voulons voir advenir ; c’est pourquoi nous avons tenu à ce que des instruments originaires du Moyen-Orient côtoient, au sein même de l’orchestre, les violons et autres instruments à cordes et à vent de la musique classique occidentale. Comment, autrement dit, transmettre un message de paix et d’harmonie si celles-ci ne règnent pas, d’abord, entre les musiciens sur scène ?

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Il est impossible, pour les membres d’un orchestre quel qu’il soit, de connaître personnellement et intimement l’ensemble des musiciens avec lesquels ils jouent. Mais il leur est tout aussi impossible, sinon davantage, de jouer ensemble s’ils ne s’écoutent pas, s’ils ne se respectent pas mutuellement, s’ils n’embrassent pas leurs différences – ethniques, religieuses, politiques, etc. Un équilibre fragile, mais un équilibre possible : c’est cette sensation, cette vision, cet espoir que notre Concerto entend, à travers l’émotion musicale, véhiculer au public. Pour que cette émotion se transforme, espérons-le, en actions tangibles. Pour qu’elle inspire, chez celles et ceux qui la reçoivent – et notamment chez les dirigeants politiques –, des projets de réconciliation, de pardon et de paix.

De l’émotion à l’action

L’art n’a pas à être politique, s’écrieront les puristes. Ce serait oublier, pour ne parler que du domaine musical – et sans bien sûr me comparer à ces illustres figures – qu’en leurs temps Chopin, jouant La Polonaise quand le tsar russe entrait en Pologne, ou Tchaïkovski, défiant Napoléon avec son Ouverture solennelle 1812, ne tremblaient pas devant la politisation de leur musique. Réunis le 18 septembre au Théâtre des Champs-Élysées, les quelque 300 décideurs, diplomates et personnalités influentes qui assisteront au Concerto pour la paix seront, à leur tour, appelés à s’engager, très concrètement, pour un monde pacifié.

C’est aussi dans cette perspective que j’ai souhaité inscrire la tournée internationale qui suivra le concert parisien, conçue comme une plateforme encourageant la paix et le dialogue interculturel. Dans cette perspective encore que nous jouerons, en décembre, devant l’assemblée des Nations Unies de Genève. Et dans cette perspective, toujours, que nous poursuivrons : au Vatican, à Shangaï, devant le parlement italien et partout où les femmes et hommes de bonne volonté se montreront prêts à ouvrir leur cœur – à la musique, à l’autre, à la possibilité, toujours remise sur l’établis, d’un monde meilleur. Parce que la paix devient urgente. Que les artistes ne peuvent se taire. Et que nos dirigeants ne peuvent refuser d’entendre.

La France aura-t-elle à nouveau un ministère de l’Immigration?

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Partout dans le monde, le retour des frontières signe l’échec des immigrationnistes


La révolte des peuples maltraités sonne la fin des idéologues déjantés. Une même colère existentielle annonce, aux États-Unis comme en Europe, le retour aux frontières protectrices.
C’est le rejet des élites déracinées qui pousse Donald Trump vers la victoire contre Kamala Harris, qui a néanmoins réussi son débat de cette nuit. La France, dont le gouvernement de Michel Barnier sera mis sous la surveillance de l’indésirable RN, n’échappe pas à cette révolution conduite par les parias d’hier. L’hypothèse d’un ministère de l’Immigration a été évoquée dès mardi. Mais c’est l’Allemagne qui, lundi, a le plus spectaculairement illustré le revirement des dirigeants universalistes et xénophiles, confrontées à la résistance des autochtones. Répondant à la puissance des votes protestataires de l’Afd en Saxe et en Thuringe en attendant le Brandebourg, le gouvernement d’Olaf Scholz a annoncé le rétablissement des contrôles à ses entrées française, luxembourgeoise, néerlandaise, belge et danoise. Des contrôles existaient déjà aux frontières avec la Pologne, la République tchèque, l’Autriche et la Suisse. Or, en 2015, Angela Merkel avait été unanimement saluée par les perroquets à cartes de presse et les dirigeants brasseurs de nuages pour avoir ouvert son pays à un million de réfugiés syriens et irakiens. Le Point (10 septembre 2015) avait fait sa une sur « L’incroyable Madame Merkel. Si seulement elle était française… ». Le Monde avait salué « la fierté de l’Europe » en réclamant pour elle le prix Nobel de la paix. Anne Hidalgo avait déployé ses banderoles « Bienvenue à Paris », en anglais et en arabe…

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L’urgence est de soutenir la libération en cours des esprits. L’emprise des propagandistes dingos doit cesser. Ceux-ci marchent sur la tête depuis près d’un demi-siècle. En 2015, quiconque criait « au fou ! » en observant la légèreté compassionnelle de Merkel était évidemment accusé de racisme par le discours dominant. Ce qui est advenu était pourtant annoncé par les lanceurs d’alerte : terrorisme islamiste, insécurité croissante, flambée de l’antisémitisme musulman. Comme la France, l’Allemagne a été, depuis 2015, la cible de plusieurs attentats islamistes. La dernière attaque au couteau remonte au 24 août, à Solingen : un réfugié syrien y a tué trois personnes. Le 5 septembre, un attentat contre le consulat israélien à Munich a été déjoué. L’Allemagne, qui croyait faire repentance de son racisme hitlérien en s’ouvrant au monde, a importé comme prévu la judéophobie de la culture islamique.
En France, l’appel à « mener l’intifada à Paris », lancé dimanche place de la Nation par Elias D’Imzalene (Fiché S), proche de la France insoumise, est venu rappeler aux somnambules que l’islamisme importé, sous les encouragements de la gauche et des organisations antiracistes, est en train d’attiser la guerre civile, selon un processus décrit par votre serviteur dès 2016 (La guerre civile qui vient, Editions Pierre-Guillaume de Roux).
Rimbaud avait 17 ans quand il écrivit (Le bateau ivre, 1871) : « Je regrette l’Europe aux anciens parapets ». Les frontières reviennent enfin. La nostalgie est une idée moderne.

La Guerre Civile Qui Vient

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Festival de Biarritz, néoclassique mais pas trop

Jusqu’à dimanche, le festival de danse de Biarritz, « Le Temps d’aimer », offre une programmation qui fait la part belle aux compagnies osant le répertoire néoclassique. Il n’y a pas que des réussites, mais l’ensemble vaut le détour !


Y a-t-il des festivals pour ville de droite ? Une esthétique, des tendances artistiques plus appréciées par un public votant à droite ? La question peut paraître saugrenue, sinon totalement incongrue. Et pourtant ! Même aujourd’hui, où les lignes de partage entre la droite et la gauche paraissent un peu confuses, un public qui vote à droite pourrait être effectivement bien plus conservateur, moins aventureux qu’un autre qui voterait à gauche. À Biarritz, et dans une contrée où bien des mairies sont tenues par des partis de droite depuis des décennies, le propos paraîtrait cohérent. « Mais cette année les circonscriptions basques ont envoyé trois députés du Nouveau Front populaire à la Chambre et ce qui était peut-être valable il y a dix ans encore ne l’est plus guère avec l’évolution de la population et le rajeunissement du public », observe Thierry Malandain, le directeur de Ballet de Biarritz et du festival de danse baptisé Le Temps d’aimer.

Ballets de Monte-Carlo, Ballet de Schwerin, Ballet de Berne, Ballet de l’Opéra de Metz, Ballet de l’Opéra d’Avignon et même le rejeton abâtardi du Ballet national de Marseille : sans tourner le dos aux petites compagnies de danse dite contemporaine, pour la 34e édition du festival, le chorégraphe Thierry Malandain n’y est pas allé par quatre chemins et a beaucoup donné du côté d’institutions longtemps néo-académiques.

Une programmation réactionnaire ?

Une programmation réactionnaire ? Sans doute, mais pas au sens détestable ou passéiste du terme. Réactionnaire, au sens de réactif. En réaction à ce qui se fait partout ailleurs en France, à Paris surtout où l’on a depuis bien longtemps pris ostensiblement parti pour la danse contemporaine au détriment de la danse dite néo-classique qui fait pratiquement figure, dans les milieux autorisés, de reliquat déshonorant d’un ancien monde dont on a d’ailleurs perdu la mémoire.  

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Or, si la danse contemporaine a effectivement tenu le haut du pavé tant que les chorégraphes de génie ou de talent foisonnaient, c’est-à-dire dans les dernières décennies du XXe siècle, elle s’est douloureusement tarie pour devenir à son tour tristement académique en obéissant à de nouveaux poncifs, à des procédés obligés qui sont la planche de salut d’innombrables artistes sans talent. De leur côté, les compagnies de ballet se sont fréquemment métamorphosées. Réformé dès les années 1970, mais surtout sous la direction de Yorgos Loukos, le Ballet de Lyon en a été le plus brillant exemple en devenant le héraut de l’élite des chorégraphes modernes toutes tendances confondues. Dans la foulée, après un temps de réflexion assez conséquent tout de même, les compagnies de ballet françaises, souvent liées à des maisons d’opéra, comme à Bordeaux, à Toulouse, à Strasbourg, à Nancy, à Nice…  ont abandonné leurs poussiéreux oripeaux pour évoluer et s’ouvrir à des esthétiques plus en accord avec le temps, tout en prêtant d’excellents interprètes à un répertoire contemporain ainsi transfiguré. Sans malheureusement éviter les faux pas : soit en invitant sans discernement des artistes médiocres pour se donner à bon compte une touche de modernité, soit en jetant par-dessus bord, et sans plus de discernement non plus, tout un répertoire néo-classique où il y a des merveilles à sauver ou à ressusciter. Car comme toujours en France, un héritage sans doute de 1793, on croit devoir honnir en bloc ce qu’on adorait hier, comme pour s’acheter une bonne conduite de révolutionnaire.

Bien seul dans le paysage

C’est un peu contre cet abandon d’une danse pensée, écrite, mais encore exécutée par des danseurs de qualité comme le sont ceux de sa propre compagnie, que s’érige Thierry Malandain, désormais bien seul dans le paysage. Contre cette inculture généralisée qui touche en premier chef ceux qui se sont intronisés chorégraphes, mais qui n’ont ni vocabulaire, ni savoir faire, ni même la moindre idée de la construction d’un ouvrage, et que bénit un ministère de la Culture destructeur, sans vision, sans projet, aux mains de médiocres dont on ne mesurera jamais assez la sottise et les effets de nuisance.

Le malheur a toutefois voulu que les premiers spectacles du festival qui fait accourir un public de quelque 33 000 spectateurs, fidèle, mais aussi renouvelé, patiemment construit au fil des années à coup de répétitions publiques, de travail dans les écoles, de manifestations ouvertes à tous, un public venu d’un vaste territoire qui court de l’Espagne aux Landes, le malheur a voulu que les spectacles qu’on a pu voir aient été franchement médiocres et qu’ils donnent cruellement raison aux détracteurs des troupes néo-académiques. Entre la production du Ballet de Berne censée évoquer l’univers mental de Don Quichotte, l’une des choses les plus creuses, les plus insignifiantes qu’on ait pu voir dans une vie de spectateur déjà fort longue, confiée à un « chorégraphe » et à un « compositeur » taïwanais, et celui exhibé par une troupe espagnole, Kor Sia, prétendant évoquer Pétrarque par une gymnastique d’une affolante indigence, le bilan n’est guère heureux. Et ce n’est pas le Ballet de Schwerin qui le fait franchement basculer.  

La duchesse d’Orléans

Schwerin ! En France, on n’en avait plus entendu parler depuis 1837, date du mariage du duc d’Orléans, le fils ainé du roi des Français, avec la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin, aïeule de presque tous les princes d’Orléans d’aujourd’hui.

La petite capitale du Land de Mecklembourg-Poméranie, Schwerin, a évidemment son Théâtre d’État et son ballet comme toutes les villes allemandes de quelque dignité. C’est ici une compagnie néo-classique sans grande envergure, mais tout à fait honorable, porteuse d’un spectacle construit sur des pages de Jean-Sébastien Bach et parfaitement représentatif de ce que peut produire une telle formation : quelque chose qui n’est pas insupportable, mais tellement fade, tellement incolore, en un mot parfaitement inutile, qu’on se demande à quoi peut bien servir cette troupe de danseurs, sinon à faire ainsi évoluer sans fâcheuse surprise la digestion vespérale des bourgeois du Mecklembourg qui d’ailleurs ne doivent même plus savoir que leur Hélène devait devenir reine des Français. Près de San Sebastian, où l’on a présenté la production mecklembourgeoise avant qu’elle ne soit affichée à Biarritz, en plein cœur du Pays-Basque espagnol où le festival a l’intelligence de rayonner en brisant les antiques frontières, le public a accueilli cette soupe tiède avec le même généreux enthousiasme que s’il avait découvert un chef d’œuvre. 

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De ces premières journées de festival réchappe un seul ouvrage : un duo amoureux, « Crocodile », créé au Théâtre de Bayonne et signé par un artiste basque, Martin Harriague. Une introspection sensible, tout en gestes furtifs, tendres et délicats. Comme Harriague est un enfant du pays, la tendance est de faire de ce duo un miracle. C’est excessif. Il lui manque une force dramatique, une tension qui le porterait à une autre dimension. Mais il n’en n’est pas moins vrai que cette broderie fébrile est honnête, raffinée, qu’elle procède d’une vraie sincérité, même si cette sincérité peut avoir quelque chose de troublant en faisant entrer à l’excès le spectateur dans l’intimité du chorégraphe.

« Crocodile » de Martin Harriague

Un public qui explose

Outre le fait que la création chorégraphique s’effondre avec de pseudos artistes qui se multiplient à l’envi et qui sont coupablement encouragés par des aides multiples venues des pouvoirs publics, trop minces pour leur permettre de subsister, mais trop nombreuses pour ne pas encourager une inflation de prétentions à être un créateur, la cherté galopante des productions, des voyages, des séjours rendent aujourd’hui bien difficile la réalisation du festival. Selon Thierry Malandain : « Avec beaucoup d’argent que nous n’avons pas, nous pourrions faire venir de grandes compagnies et des programmes irréprochables. Bien souvent, de surcroît, le mois de septembre est pour elles l’époque où la saison débute dans leurs villes d’attache, ce qui les empêche de voyager. Alors que nous sommes exposés de toutes parts à des pressions régionales considérables, notre rôle est de faire découvrir au public les multiples tendances du monde chorégraphique. Mais aussi de soutenir des auteurs nouveaux ou des compagnies comme celle de l’Opéra de Metz à qui des tournées hors les murs confèrent une visibilité qui en impose aux pouvoirs publics qui les subventionnent. »

En attendant, la 34e édition du festival se répand cette année dans une douzaine de villes du Pays-Basque. Et se propage jusqu’à Pau. Dans la région, grâce à un travail de longue haleine, le public de la danse s’accroît, explose même. À telle enseigne que les salles des villes voisines, à commencer par le majestueux Théâtre de Bayonne, se sont toutes mises à programmer des spectacles chorégraphiques pour répondre à la demande du public. Et ce sont les directeurs du Ballet de Biarritz, Thierry Malandain et Yves Kordian, qui sont à l’origine de ce phénomène avec les danseurs de la troupe, en forgeant cette réussite avec autant de passion que de diplomatie.

Le festival est assez éclectique pour reconnaître aussi le talent d’un Thomas Lebrun. Car c’est avec un ouvrage de ce dernier, L’Envahissement de l’être et l’intrépide réalisation de La Mégère apprivoisée que Jean-Christophe Maillot avait magnifiquement chorégraphiée pour le Ballet du Bolchoï, à Moscou et que les Ballets de Monte Carlo ont aussi à leur répertoire, que va s’achever le festival de danse de Biarritz sur des notes brillantes. On découvrira encore le travail du Ballet de Metz, qui désormais s’émancipe de la tutelle du théâtre lyrique auquel il est attaché. 


Festival de Danse de Biarritz – Le Temps d’aimer.
Jusqu’au 16 septembre www.letempsdaimer.com / 05 59 22 44 66

Bruno Le Maire, l’Indéboulonnable

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Pot de départ de Bruno Le Maire à Bercy, 12 septembre 2024 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Le ministre de l’Économie et des Finances a prononcé ce jeudi son discours d’adieu aux fonctionnaires de Bercy. Son bilan après sept ans aux cordons de la bourse du pays est dramatique, mais selon lui, ce n’est pas de sa faute.


Bruno Le Maire, surnommé l’« Indéboulonnable » comme on surnommait Robespierre l’« Incorruptible », pour le plus grand malheur des Français, quitte donc enfin le ministère de l’Économie : l’heure est à la jubilation ! « Je vous aime mais je pars », a déclaré le romancier devant ses troupes, se prenant pour Napoléon à Fontainebleau, avant de citer Michel Sardou (ce doit être le en même temps macronien ; et dire que la Cinquième a connu André Malraux !). On ne s’étendra pas sur ces paroles de politique : le ministre, s’il nous avait aimés un peu plus sincèrement, serait parti un peu plus tôt — « je vous aime, donc je pars », eût été pour le coup une vraie preuve de sa dévotion.

Le vrai Mozart de la finance

Ministre de l’Économie, donc, de 2017 à 2024, l’Indéboulonnable a bien de quoi se rengorger : on a rarement fait pire ; vraiment, il y a quelque chose d’admirable, à se maintenir en poste pendant sept années avec de tels résultats. L’économie n’est pas une science exacte, loin s’en faut, et c’est d’autant plus triste pour notre ministre démissionnaire, qui face à l’évidence en est réduit à expliquer son bilan déplorable par le Covid ou les gilets jaunes, comme un criminel cherche à fléchir le tribunal avec son enfance difficile. Hélas pour lui, les chiffres sont sans appel : la dette publique (brute), qui s’élevait à 2.100 milliards en 2018, soit 89,5% du PIB, monte à 3.160 milliards d’euros au deuxième trimestre 2024 (presque 111% du PIB, soit une augmentation de plus de mille milliards !)1 Pire : le déficit public, entre 2018 et 2023, est passé de 2,5 à 5,5%2 du PIB, et devrait franchir cette année la barre des 5,6%3 ; pour mémoire, l’Union Européenne a fixé à 3% le seuil à ne pas dépasser (!) — d’ailleurs, la Commission a d’ores et déjà engagé contre la France une procédure de déficit excessif… Et ce n’est pas tout : une note de Raul Sampognaro, Mathieu Plane et Xavier Ragot, publiée à l’OFCE le 24 mai 20244, révèle un écart dans le déficit de 40 milliards d’euros chaque année depuis 2017 par rapport à la trajectoire prévue, soit l’équivalent de 1,4 point du PIB !
Le ministère lui-même, c’est dire, a prévenu que le déficit pourrait atteindre 6,2% l’an prochain au lieu des 4,1% rêvés ; et noté ingénument, comme s’il n’y était pour rien, la hausse « extrêmement rapide » des dépenses des collectivités territoriales, dépenses qui « pourraient dégrader les comptes 2024 de 16 milliards d’euros » par rapport à la trajectoire de déficit adressée à la Commission5 : c’est du Mozart dans la gabegie.

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Une politique un peu socialiste, un peu libérale

Même Pierre Moscovici (!) juge « inquiétante » la situation des finances publiques6. Et pour cause ! Le déficit public se trouve six points au-dessus des prévisions, malgré une année 2023 marquée par la fin du « quoi qu’il en coûte ». Le premier président de la Cour des comptes, pas de gauche pour rien, reproche évidemment au ministre d’avoir baissé les impôts, au lieu de les avoir augmentés ; il a tort : même là-dessus, Bruno Le Maire aura eu tout faux. Si en effet certaines recettes ont été « ralenties » en 2023-2024, notamment en matière de TVA et d’impôts sur les sociétés, les impôts sur le capital ont en revanche fortement augmenté, au moins en 2023 (+ 12,8% !), sans parler de la taxe foncière qui « reste dynamique » — pour reprendre la litote magnifique du service public7. En parallèle (car décidément, Bruno Le Maire aura eu vraiment tout faux), les dépenses publiques ont battu des records entre 2018 et 2023 : 100 milliards au total, une bagatelle ! La faute aux prestations sociales (+ 3,3%) et à la hausse des rémunérations des fonctionnaires (+ 4,6%)8 : on s’en serait douté.

Bruno Le Maire a été l’incarnation de la politique socialo-démocrate de la macronie, la plus pure quintessence de cette idéologie qui n’en est pas une, un peu socialiste, un peu libérale, ni l’une ni l’autre, en même temps l’une et l’autre. Toute son économie se sera résumée à une augmentation timide des impôts et des taxes, suivie d’une baisse plus timide encore d’autres impôts et d’autres taxes, mesures prétendument « fortes » devant servir à réguler l’explosion brutale de la dette et du déficit. Le résultat est catastrophique : cinq années de plus et c’était la banqueroute. Bon vent, Monsieur le ministre !


  1. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8210074 ↩︎
  2. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8061907 ↩︎
  3. https://lcp.fr/actualites/deficit-bruno-le-maire-alerte-les-parlementaires-sur-un-derapage-de-16-milliards-d-euros ↩︎
  4. https://www.ofce.sciences-po.fr/blog/les-crises-expliquent-elles-la-hausse-de-la-dette-publique-en-france/ ↩︎
  5. https://departements.fr/budget-2025-conference-de-presse-de-la-commission-des-finances-du-senat/ ↩︎
  6. https://www.ccomptes.fr/fr/documents/70837 ↩︎
  7. https://www.vie-publique.fr/en-bref/293530-deficit-public-de-la-france-55-du-pib-en-2023 ↩︎
  8. Même lien que le précédent ↩︎

Mélenchon n’a rien inventé…

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Paris, 7 septembre 2024 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Jean-Luc Mélenchon assume et accélère sa stratégie électorale communautariste à destination des « quartiers populaires » (les cités islamisées). François Ruffin, isolé, fait des révélations troublantes. Mais pour l’instant la gauche continue d’avoir peur du chef des Insoumis.


« Sachant que la force de l’affirmation impressionne toujours les têtes molles, il commence par célébrer sa victoire électorale relative comme une victoire totale et définitive ». Considérant le flot de rodomontades dont nous abreuvent M. Mélenchon et ses affidés LFI-NFP depuis le second tour des dernières élections législatives, on pourrait penser que ce commentaire porte effectivement sur la stratégie de communication politique que ceux-là ont adoptée dans la foulée. Dès le soir du scrutin, le chef des chefs, Mélenchon, criait victoire, proclamait être le grand vainqueur de ces élections, le seul, exigeant sans vergogne que soit mis en place immédiatement « le programme, rien que le programme, tout le programme ». Le sien, évidemment. Depuis, cet accommodement plutôt culotté avec la réalité nous est asséné à chaque prise de parole des uns et des autres de ce camp-là. Or, dans une large partie de l’opinion, l’enfumage opère, tant il est vrai que les têtes molles y sont nombreuses. Passons.

Discours durs et têtes molles

On serait tenté de voir dans la citation rapportée plus-haut, disais-je, un commentaire de la vantardise post-électorale du grand faiseur Mélenchon. Il n’en est rien. Son ego dût-il en souffrir, il n’a rien inventé. Il ne fait même que mettre ses pas dans ceux d’un illustre prédécesseur. Illustre mais ô combien haïssable.

Ce prédécesseur n’est autre, mesdames, messieurs (ici, un roulement de tambour serait bien venu) que l’abject Adolf Hitler en personne, qui usa du même faux semblant, de la même imposture à la suite des élections législatives de novembre 1932. Le commentaire que je cite est d’André François-Poncet qui fut ambassadeur de France à Berlin de septembre 1931 à octobre 1938. (Cf. Son remarquable livre Souvenirs d’une ambassade à Berlin, Flammarion, 1946.)

A lire aussi: Sophia Chikirou, le « martyr » du Hamas et la chute de la maison Mélenchon

Les grandes têtes molles auxquelles il est fait référence désigne ici, évidemment, la pléthorique cohorte des fausses élites et vrais lâches qui ont avalé la couleuvre sans s’opposer, sans se révolter, sans même vraiment sourciller, laissant ainsi l’Adolf accéder au pouvoir.

Aujourd’hui comme hier, les têtes molles ne manquent pas. Parmi les élites comme ailleurs. Chaque jour nous les trouvons à l’œuvre. Nous les voyons ramper, embarquées qu’elles sont dans une fangeuse soumission. Les preuves ne manquent pas au dossier, hélas. Un seul exemple, récent, affligeant : en plein Paris, hauts parleurs à fond, on peut aujourd’hui prêcher l’intifada sans être jeté sur le champ en prison. Juste une question pour rire (ou pas) : pourrait-on prêcher la Croisade en plein Téhéran, au cœur de Kaboul, tout aussi impunément ? Certes non. Il est vrai que chez les ennemis de notre civilisation – car ils sont bel et bien nos ennemis jurés – ceux qu’on pourrait qualifier de têtes molles[1] n’ont guère droit de cité.

François Ruffin désormais comparé à Doriot par LFI

Les mots droit et cité m’étant venus, l’enchaînement est tout trouvé avec les révélations de François Ruffin, lui-même LFI (on n’est jamais trahi que par les siens) portant sur la scandaleuse stratégie électoraliste mélenchonienne mise en pratique dans les quartiers, les cités, où tous n’auraient pas droit au même traitement. Il y aurait les bons profils et les moins bons profils. Bref, on procéderait au gré d’une sélection au faciès. Rien que cela ! Le sacro-saint principe d’égalité citoyenne foulé au pied, jeté à la poubelle. Le droit à la bonne parole sous condition d’éligibilité au faciès. Et probablement suspicion de « délit de sale gueule » pour les autres ? Ignoble ! Pourquoi ne pas préconiser pour ces autres-là, les exclus, les discriminés, les ostracisés le port d’un signe distinctif, je vous laisse imaginer lequel ? Voilà qui faciliterait grandement le racolage. Là encore, on attend la révolte, la condamnation sans atermoiement, le rejet sans appel des têtes molles, ces égarés du pot-pourri NFP, transfuges d’un PS en coma dépassé, écologistes en phase terminale de pollution dogmatique. On les attend, on guette leur réaction. Rupture or not rupture ? Courage or not courage ? Dignité or not dignité ?

A lire aussi: LFI: une seule solution, la dissolution!

Donc, sélection au faciès ! là encore Mélenchon n’a rien inventé. On le sait. Il n’empêche, une ligne rouge est franchie. Une sacrée ligne rouge ! Le masque tombe, d’autant qu’un aveu – tout aussi sidérant – vient en rajouter. Lors de la manifestation – plutôt faiblarde – du week-end dernier, on a pu entendre l’Insoumis en chef donner ses directives à quelques ouailles ébahies : « Il faut mobiliser la jeunesse et les quartiers populaires. Là se trouve la masse des gens qui ont intérêt à une politique de gauche. Tout le reste on perd son temps. » Oui, les mots sont bien ceux-là : «  Tout le reste on perd son temps. » En d’autres termes, les sans dents d’ailleurs, ceux des bourgs et des campagnes peuvent bien crever ! Qu’en pense M. Hollande, élu des terroirs corréziens ? Que disent les prétendus héritiers des Jaurès, des Blum face à une politique si clairement, si éhontément revendiquée communautariste ! On espère une saine révolte. Quelque chose comme une tribune dans leurs médias de révérence, Libération, Le Monde…. Pour l’instant, rien. Mais peut-être n’ont-ils pas entendu cette énormité ?

Tête molle et dure d’oreille. Décidément, la gauche française est fort mal en point.  


Elisabeth Lévy, ce matin sur Sud Radio : « LFI fait du racialisme »

Retrouvez Elisabeth dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin.

[1] L’expression Têtes Molles est due au poète Lautréamont : « Depuis Racine la poésie n’a pas progressé d’un millimètre, écrit-il. Elle a reculé. Grâce à qui ? Aux Grandes Têtes Molles de notre époque. » Et de classer parmi celles-ci : Lamartine, Hugo, Musset « métamorphosés volontairement en femmelettes. »

Bientôt le 7 octobre…

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Frappe israëlienne sur Khan Younès, bande de Gaza, 8 septembre 2024 © Saher Alghorra/ZUMA Press Wire/S/SIPA

Alors que la date anniversaire du terrible pogrom perpétré par le Hamas en Israël se rapproche, on laisse en France un islamiste appeler à l’intifada dans les rues de Paris, et les thèses douteuses des livres de Didier Fassin ou d’Aurélien Bellanger rencontrent un certain écho.


En Israël, beaucoup de familles d’otages récusent les cérémonies officielles, d’autant qu’elles ont été confiées à Miri Regev, une des ministres les plus critiquées du gouvernement. La colère gronde contre les autorités, mais il y a un point sur lequel tous, hormis quelques hurluberlus angéliques, sont d’accord: avec le Hamas, une paix réelle n’est pas envisageable. En France la situation sera bien différente. Nous allons commémorer le 7 octobre dans une infinie tristesse. Quelques-uns, très peu – espérons-le sans en être sûrs – vont le commémorer avec enthousiasme… Mais, surtout, un certain nombre préfèreront l’expurger de leur mémoire pour se concentrer sur la suite, dès le 8 octobre, premier jour de la riposte israélienne, premier jour de la réaction antisémite dans le monde, premier jour d’effacement et de substitution victimaire, premier jour de contextualisation et de banalisation de ces massacres du 7 octobre qui ont, eux, un vrai caractère génocidaire. Cette mise à l’écart se déploie sous des formes variées. En voici trois exemples récents.

A lire aussi, Ivan Rioufol : La France aura-t-elle à nouveau un ministère de l’Immigration?

LFI et Elias d’Imzalène dans les rues

Dans une manifestation dimanche 8 septembre, un orateur appelle, sur la Place de la Nation à Paris, à une intifada en France. L’intifada, chacun sait ce que cela signifie… M. Elias d’Imzalène, alias El Yess Zarelli, c’est la version en Frère Musulman de ces prédicateurs qui incitaient les chrétiens à massacrer les Juifs à Séville, à Cordoue, à Barcelone ou à Lisbonne… Aussi fiché S qu’il soit, cela fait des années qu’il vocifère et exige pour les musulmans de France l’application de la charia à la place de l’ignoble, impie et islamophobe législation de la République française. Il est apprécié par la Turquie grâce à laquelle il a expliqué au Parlement européen tout le mal qu’il pensait de la France, dont il est citoyen. Bien entendu, il a ses amis à LFI, tels Ersilia Soudais, Thomas Portes ou Rima Hassan. L’homme est un chauffeur de foules islamisées, mais son discours est trop fruste et brutal pour attirer les islamo-gauchistes, c’est-à-dire ces intellectuels qui prétendent que l’islamo-gauchisme n’existe pas.

Aurélien Bellanger et Didier Fassin dans les librairies

Pour eux, en cette veille de commémoration, on publie des livres. Il y a par exemple celui d’Aurélien Bellanger, Les derniers jours du Parti socialiste. Dans ce roman, l’auteur prétend que la notion d’islamo-gauchisme provient d’un complot du mouvement le Printemps Républicain, qui sous couvert de laïcité aurait cherché à détruire le Parti Socialiste au profit de l’extrême droite. L’imbécillité de la thèse et la lourdeur de l’écriture n’ont pas empêché la mise en valeur du livre par les médias dits progressistes. Sa sortie, le jour même de l’attentat contre la synagogue de la grande Motte, a servi de sinistre rappel que les motifs à l’islamismophobie n’étaient pas entièrement fictifs.

A lire aussi, Didier Desrimais: Aurélien Bellanger, dhimmi en chef

Mais pour les israélophobes de niveau intellectuel plus élevé, il y a aussi le tout nouveau livre de Didier Fassin, professeur au Collège de France. Ce médecin est devenu sociologue car il était sensible aux inégalités en matière d’accès aux soins et d’exposition aux maladies des patients suivant leur origine. Je ne suis pas sûr qu’il ait été le premier à faire ce triste constat, d’ailleurs plutôt moins vrai en France que dans d’autres pays où il a travaillé. C’est aux États-Unis qu’il a surtout enseigné, là où l’histoire de l’esclavage et du racisme anti-noirs a laissé des marques proéminentes. Il en a ramené l’interprétation universitaire à la mode, le wokisme avec intersectionnalité des luttes, un militantisme qui se prétend scientifique. Avec un réel talent pour conceptualiser ces théories et pour dénigrer ceux qui n’y croient pas, il cherche à tenir le rôle d’imperium sur la bonne-pensance soi-disant scientifique qui fut dans le passé celui de ses prédécesseurs marxistes. Il considère qu’une analyse qui ne fait pas de la racialisation et de la césure irrémédiable entre dominants et victimes des déterminants essentiels de l’explication des faits ne peut être que réactionnaire et hypocrite. Les rôles sont assignés et on ne s’étonnera pas de retrouver les toujours colonisés d’un côté et les toujours colonisateurs de l’autre. Pour résumer, la conception de la vérité politique de Didier Fassin, aujourd’hui au sommet du prestige universitaire français, c’est celle du comité Adama.

Pour les événements du 7 octobre, il a bien parlé d’incursion meurtrière et même de crimes de guerre, mais pas plus. Il a récusé le terrorisme mais a insisté pour le contextualiser. Il a été bien plus précis et virulent sur la réaction israélienne, qu’il a très vite qualifiée de génocidaire. Eva Illouz, Bruno Karsenti et plusieurs sociologues qu’on ne peut vraiment pas positionner à l’extrême droite ont vigoureusement démonté ses assertions très approximatives. Il a en particulier comparé les actions des Israéliens envers les Gazaouis à celles des Allemands envers les peuples Hereros du Sud-Ouest africain au début du XXe siècle, un génocide dont le prétexte avait été un massacre de soldats allemands. Joel Kotek, l’un des rares experts de ce génocide, a démoli cette comparaison de façon très convaincante. Le professeur au Collège de France a donc été pris plusieurs fois à bidouiller les faits pour qu’ils agréent à son idéologie, qui est celle d’un tiers-mondiste à sympathies mélenchoniennes, idéologie parfaitement légitime, à condition de ne pas l’affubler d’une prétendue scientificité. 

A lire aussi, Gilles-William Goldnadel: LFI: une seule solution, la dissolution!

Le dernier livre de Didier Fassin vient de sortir. Il s’appelle Une Etrange défaite, titre outrageusement emprunté à Marc Bloch : la défaite en question, qui serait la plus grande défaite morale de l’Occident depuis la guerre mondiale, c’est l’abdication devant le désastre provoqué par Israël à Gaza. Les massacres du 7 octobre sont donc sans importance, la prise d’otages non plus. L’idéologie du Hamas, son passé de meurtres et sa charte exterminatrice, son choix délibéré de prendre la population civile comme bouclier pour diaboliser l’adversaire, tout cela ne compte pas. C’est comme si en 1945, on avait au nom de la morale, lancé l’opprobre sur les Alliés parce qu’ils détruisaient l’Allemagne sans prendre en compte ce qu’était l’ennemi nazi…

Les crimes contre des populations ont été nombreux depuis 1945 et la volonté d’ignorance les a souvent accompagnés. Les cent millions de morts lors du Grand Bond en avant maoïste, le million de victimes du génocide des Tutsi, le génocide des yezidis, les massacres du Darfour, la Tchétchénie, les Rohingyas, le Tibet et les Ouïgours,  les 500 000 morts de Syrie, la liste ne s’arrête pas là…

Le drame que vivent les Gazaouis est réel: il est avant tout dû à la guerre sans merci qu’a choisie de livrer contre Israël le Hamas qui est leur gouvernement. Il faut malheureusement constater que pour Didier Fassin et ses émules, la seule faute morale inexcusable c’est de permettre à l’État d’Israël de se défendre comme il le peut.

Lui qui se voit l’héritier du grand intellectuel que fut Michel Foucault, vient de le rejoindre sur un point au moins, celui de la débilité politique: Foucault avait accueilli avec enthousiasme les Khmers rouges puis l’ayatollah Khomeini…

Les Derniers Jours du Parti socialiste

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Retrouvez Richard Prasquier au micro de Radio J

LFI: une seule solution, la dissolution!

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Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale, à Chateauneuf-sur-Isère, le 25 août 2024 © Alain ROBERT/SIPA

Le président d’Avocats sans frontières demande l’interdiction de la France insoumise


Contre LFI, une seule solution : la dissolution ! Je sais, c’est gros. Gros comme un parti politique représenté à l’Assemblée nationale. Mais deux vérités juridiques autant que politiques s’imposent si l’on veut s’extraire du carcan psychologique de notre conditionnement médiatique.

Première vérité : si un parti très à droite utilisait la même phraséologie antisémite et violente que la France insoumise, parti quant à lui situé à l’extrême gauche, il aurait été dissous depuis longtemps et n’aurait, par voie de conséquence, pas pu présenter de candidats. Il faut y voir, bien sûr, le bouclier protecteur de ce que j’ai nommé le « privilège rouge ». Un privilège tellement exorbitant que si on n’hésite pas à situer le Rassemblement national à l’extrême droite malgré son recentrage, on s’interdit de placer la France insoumise à l’extrême gauche, malgré sa radicalisation.

Rima Hassan, Paris, 30 avril 2024 © SEVGI/SIPA

Seconde vérité : à quoi sert l’arme juridique de la dissolution dès lors qu’on n’ose pas l’employer contre la plus dangereuse des entités ? Sauf à dire que, lorsque celle-ci est trop grosse, elle ne peut plus tomber, à l’instar des grandes banques prises en flagrant délit de faillite frauduleuse, dont les Anglo-Saxons disent qu’elles sont « too big to fail ».

A lire aussi : L’Assemblée nationale qui n’aimait pas son pays

Nul ne sait plus que votre serviteur combien demander la dissolution des Insoumis est irréaliste et candide. Mais mon goût pour l’équité me commande de la réclamer par principe moral et juridique.

Comment accepter qu’un Thomas Portes, député insoumis, appelle à l’action populaire contre les athlètes israéliens en pleins Jeux olympiques ?

Comment accepter qu’une Mathilde Panot, députée insoumise, ose encore jeter le discrédit contre les policiers mis en cause dans l’affaire Adama Traoré, ce délinquant peint en martyr, alors que lesdits policiers ont été innocentés ?

Comment accepter qu’une Ersilia Soudais, députée insoumise, dont la sottise ne vaut pas excuse, accueille en héros un Salah Hamouri condamné pour avoir tenté d’assassiner un rabbin ?

A lire aussi: Intifadas?

Comment accepter qu’une Rima Hassan, élue insoumise au Parlement européen, puisse participer en Jordanie à une manifestation pro-Hamas, sous les bannières de l’organisation terroriste et au milieu d’incantations en hommage à son défunt chef ?

Un parti politique qui ne met aucun frein à de telles sorties de route n’est pas digne d’exister dans un régime démocratique. Sauf que l’impunité politique, médiatique et juridique dont il jouit, pour cause non seulement de privilège, mais aussi parce qu’il représente désormais, par sa radicalité identitaire, la frange la plus extrême de la population, et qu’il fait tout pour importer de gré ou de force toujours plus d’extrémistes, prouve que nous ne vivons plus dans un régime démocratique.

Nul ne se hasardera à la demander. Raison de plus pour la proposer. Pas seulement pour l’honneur, mais pour prendre date. La France insoumise n’est pas un parti démocratique. Il est temps d’en tirer les conséquences.

Ma vie après l’Assemblée

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©Coudert/Sportsvision/SIPA

Résistance, volonté, travail, courage : l’été à Béziers n’a cessé de me confronter à des êtres incarnant pleinement et merveilleusement ces qualités. Comme pour mieux me rappeler leur pendant : humilité et force morale. Enseignements d’une défaite en politique.


Liberté

L’été a très mal commencé pour moi. Avec une sévère défaite aux élections législatives. Pas vraiment anticipée, pour être honnête. L’échec a été difficile à avaler. Face à cela, j’avais deux solutions. Non, en fait, il n’y en avait qu’une : se remettre en selle immédiatement. C’est ce que j’ai tenté de faire en repartant travailler à la mairie de Béziers dès 7 h 30 le lendemain matin. En dressant la liste des dossiers importants que je gérais en tant que député. Et que je continuerai à suivre en tant que conseillère municipale. Ne jamais se résigner.

Je refuse de me laisser envahir par l’amertume. J’aime ma ville et les Biterrois. Je continuerai à travailler pour eux. Différemment. Et même si le sentiment d’injustice continue de temps en temps à pointer le bout de son nez, le travail guérit de tout… Plus qu’une chose à faire : savourer pleinement – une fois n’est pas coutume – l’été biterrois. Avec quelques points d’orgue. Et un sentiment de liberté retrouvée.

Résistance

Raimond Trencavel le premier est venu me faire la leçon. Huit siècles plus tard ! En 1209, le vicomte et sa famille règnent sur Béziers, dans un esprit de tolérance peu commun à cette époque – et probablement à la nôtre encore. Alors qu’ils sont souvent persécutés ailleurs, les juifs participent à l’administration de la ville et vivent en bonne entente avec l’ensemble de la population. De même, les cathares, cette minorité pacifique qui a fait sécession avec l’Église, est protégée. Ce n’est du goût ni du roi de France ni du pape de l’époque. Les deux vont donc s’entendre pour réduire à néant cette anomalie, ce Béziers trop libre qui pourrait faire des émules.

A lire aussi : Otages, ô désespoir

Le 22 juillet 1209, c’est l’invasion. Des milliers de Biterrois sont massacrés. « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », aurait dit Simon de Monfort, le prélat du pape, chef de la croisade. Béziers n’est plus qu’un immense hurlement. Une plaie béante. Trencavel est bouleversé. Et décide de défendre ce qu’il est encore possible de défendre. Mais l’ennemi est plus fort. Trencavel, réfugié dans sa citadelle de Carcassonne, est capturé. Débute alors son martyre. Il faut tuer le symbole qu’il est devenu. Il est jeté dans un ignoble trou infesté de vermines. On l’y laissera pourrir, sans aucune pitié. La loi du roi de France règne désormais en Languedoc.

Huit siècles plus tard, justice lui est enfin rendue dans notre ville : une statue de plus de trois mètres de haut de notre ancêtre commun vient d’être érigée en ce mois de juillet, juste à côté de la cathédrale, abritée par les arbres lui offrant une ombre bienvenue en ces chaleurs estivales. Et surtout, nous rappelant que nous sommes les héritiers de cette épopée unique, exceptionnelle et que nous devons en être dignes. Une leçon de courage à méditer…

Jeux olympiques

Non, je ne vous parlerai pas de la cérémonie d’ouverture. Tout a été dit ou presque. On les a tous entendus. Ceux qui l’ont trouvée choquante ; ceux qui l’ont trouvée formidable ; et même ceux qui y ont vu la marque de satan, c’est vous dire… Comme j’ai décidé d’être positive, je ne me souviendrai que de la ferveur du public, de La Marseillaise entonnée à chaque instant, des drapeaux bleu, blanc, rouge agités pour encourager nos sportifs. Et puis, des exploits de Léon Marchand (gageons que son prénom se hissera très vite dans le top 10 des nouveau-nés à venir), des essais d’Antoine Dupont, des médailles d’or homériques de Teddy Riner ou encore des performances de Félix Lebrun… Je suis injuste pour tous nos autres athlètes, mais ils me pardonneront : la moisson a été plus que fructueuse et c’est tant mieux !

Art équestre

Devenu rendez-vous incontournable de l’été à Béziers, nous accueillons chaque année avec un immense plaisir les Folies Gruss. Et pour deux mois. Quel talent ! Quel travail aussi… C’est la première fois que le spectacle sera présenté sans Alexis, le patriarche parti en avril dernier. Stéphane, Maud et Firmin, ses trois enfants, sont là. La conférence de presse déborde d’émotion. Quand les mots se font difficiles pour l’un, un autre prend le relais. Une vraie famille. Qui sait, elle aussi, résister à l’air du temps…

Feria

Pas d’été à Béziers sans sa feria. Cinq jours de fête non-stop, du matin jusque tard dans la nuit. Qui n’a pas vécu sa feria n’est pas un vrai Biterrois. Elle commence par une messe dans les arènes, qui a réuni 6 500 personnes cette année ! Ce qui n’empêche pas les râleurs de service de tempêter comme chaque fois contre le sacro-saint principe de laïcité qui ne serait pas respecté… Chez nous, on les appelle les « anti-tout ». Anti-chasse, anti-corrida, anti-crèche de Noël, anti-messe dans les arènes : le spectre est large et ils n’abandonnent jamais. Nous non plus…

A lire aussi : Éric Zemmour dans Causeur: «La politique est l’ennemie du peuple»

Léa

Qui dit feria dit corrida. Dans les arènes, nous croisons Gaël Tchakaloff, qui vient d’écrire un livre sur Léa Vicens, superbe torero à cheval qui a une nouvelle fois triomphé chez nous. L’écrivain a suivi durant un an cette femme hors norme, qui a su, seule, se faire une place dans un monde totalement masculin – on peut dire machiste – et qui ne lui fait pas de cadeau. Où l’on découvre – ou redécouvre – les efforts, la volonté, le courage, la quantité de travail incroyable qu’il lui a fallu fournir pour arriver à ce résultat exceptionnel. Un livre d’autant plus intéressant que Gaël Tchakaloff le dit d’entrée : la corrida lui fait horreur. Ancien matador, devenu banderillero avec Léa Vicens, José Maria résume : « L’art tauromachique inculque la force d’âme. La corrida défend le courage, l’honnêteté, la franchise, la persévérance, le don de soi, l’éthique, le respect de l’autre, de l’animal et de la nature. » Il faudrait peut-être rendre la corrida obligatoire…

Premier ministre

Pendant ce temps, le feuilleton politique de l’été se poursuit. À l’heure où je boucle cette chronique, Emmanuel Macron prend son temps. Et consulte toujours. Je repense à la vie hors norme, exceptionnelle de nos champions olympiques, de la famille Gruss, de Léa Vicens. Et si on invitait le président de la République à venir à Béziers ?

La vie à mort

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Tutto nel mundo è burla

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Falstaff 2024-2025 © Vincent Pontet / Opéra national de Paris

La vie est une farce…


Il faut bien se représenter ce qu’était Verdi en 1893 : fringuant nonagénaire, idolâtré par le peuple italien, adulé de l’Europe cultivée, richissime, le compositeur coule une bucolique mais active retraite de gentilhomme campagnard dans son domaine de Sant’Agata, supervisant les travaux agricoles en entrepreneur avisé – créant un hôpital, faisant assécher des marais… Wagner, son grand rival et exact contemporain, est mort subitement à Venise 10 ans plus tôt. Depuis la création d’Otello à la Scala de Milan en 1887, le compositeur n’a plus écrit d’opéra. Il remanie d’anciennes partitions, fait de la musique religieuse. Verdi n’a pourtant rien d’une momie, mais tout d’une icône : en 1889, la presse milanaise a mis sur pied un grandiose « jubilé Verdi », hommage national au patriarche, indissociablement révéré alors comme artiste et comme patriote, tout autant par l’homme de la rue que par l’austère souverain Umberto 1er (1844-1900). Verdi n’a plus rien à prouver.

Burlesque

Boïto, son fidèle et formidable librettiste, piétine alors depuis pas mal de temps sur un Nerone qu’il n’arrive pas à livrer : cette même année, le voilà donc qui suggère au vieillard une alternative. Pourquoi pas un opéra-bouffe ? Voilà qui distrairait, qui amuserait Verdi dans ses vieux jours, lui qui cinquante ans plus tôt, avec Un jour de règne, s’était essayé à ce genre sans plus jamais y donner suite… Et Boïto de lui envoyer un projet de livret titré Falstaff, adaptation des Joyeuses Commères de Windsor, et des pièces Henri IV et Henri V de Shakespeare – que Verdi vient de relire avec enthousiasme. Or, coup sur coup, le compositeur a perdu deux amis très chers, tous deux plus jeunes que lui : Faccio, directeur de la Scala puis du conservatoire de Parme ; et Muzio, un disciple plus ou moins raté. La claire conscience de son grand âge l’incite à ne plus rien ajourner. Verdi se prend au jeu, travaille d’arrache-pied : la partition sera livrée aux éditions Ricordi le 18 septembre 1893. Totalement démarquée d’un contexte où l’Italie, avec Cavallerieria Rusticana de Mascagni, puis I Pagliacci de Leoncavallo, commence à découvrir les vertus – un peu courtes – du vérisme (soit un réalisme musical puisant ses effets dans la trivialité du quotidien).

Stupéfaction ! Avec Falstaff, ce sont les données mêmes du théâtre lyrique, comme celles du langage musical, qui sont bouleversées. À 90 ans, pour son ultime opéra, Verdi « rajeunit » radicalement un genre toujours menacé de sclérose : Falstaff préfigure l’opéra du XXème siècle. Ici, plus de ces arias ou de ces duos virtuoses dont le bel canto s’était fait la spécialité. Les trames sont rompues, se superposent, se cumulent. L’œuvre est une mosaïque, un kaléidoscope. Réponse tardive à la géniale unité du drame lyrique wagnérien ? Dans Falstaff, la prodigieuse inventivité de la matière musicale se conjugue à la frénésie burlesque de l’intrigue.

Photo : Vincent PONTET

Opéra – comique ? Falstaff est aussi loin de la comédie bourgeoise que du tragique des Vêpres Siciliennes, de Don Carlo ou de Macbeth…  Pire : l’honneur et la passion – topos verdiens par excellence – y figurent ici LA cible obsidionale ! Dans les trois actes de l’opera buffa, tout est théâtre, carnaval. Terrassé par les femmes (grands vainqueurs du complot ourdi contre lui), le filou libidinal, ivrogne et obèse reconnaît in fine que « tutto nel mundo è burla – tout au monde n’est que farce » ! Dénouement ironique qui atteste le pessimisme fondamental du génie verdien :  renaissant, crépusculaire.

Datée d’il y a déjà un quart de siècle, la mise en scène « dix – neuviémisée » de Dominique Pitoiset vieillit décidément aussi bien que Giuseppe Verdi. L’Opéra Bastille n’avait pas donné cette régie millésimée 1999 depuis… 2017 ! La transposition de l’intrigue élisabéthaine dans une pluvieuse Angleterre fin-de-siècle où coulisse latéralement – unique décor en extérieur couvrant les trois actes – une façade de briques salie par le charbon, maculée d’enseignes peintes alignant : garage non loin d’un tacot rutilant, hôtellerie de la Jarretière, maison de Ford, parc de Windsor, égout où dégringolera, jeté par la fenêtre, le panier dissimulant le pauvre Falstaff, – tout cela fonctionne parfaitement.

A contre-courant de la doxa néoféministe

Littérale et lisible, la mise en scène, une fois n’est pas coutume, ne fait pas fi des accessoires imposés par le livret (le paravent, les bois de cerf du burlesque carnaval mythologique, au troisième acte…).  Il y a tout lieu de se satisfaire qu’en 2024 l’on échappe encore, miracle, à une relecture woke de l’ultime chef-d’œuvre verdien qui réduira un jour (je vous en fais le pari) le pataud, pochard, lubrique, candide et bedonnant Falstaff aux dimensions d’un « senior prédateur sexuel » coupable d’ »agression sexuelle et sexiste », et les mégères qui font clan contre lui, à l’expression d’une « parole » reconquise, enfin donnée à la « Femme invisibilisée » contre la domination masculine.

À contre-courant exact de l’envahissante doxa féministe, cette cinquième reprise bienvenue associe l’irrésistible contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux dans le rôle de Mrs Quickly, qu’elle connaît par cœur et dont elle sait rendre de sa voix tout à la fois ample et nette la faconde impayable ; Federica Guida, qui succède à Julie Fuchs en impeccable Nanetta ; le jeune baryton ukrainien Andrii Kymach pour chanter Ford, d’un timbre métallique qui colle au personnage enragé de jalousie ; le ténor péruvien Ivan Ayon-Rivas, à peine trentenaire, dont on découvre la fraîcheur et la belle clarté sonore, en Fenton ; mais surtout, outre la commère Mrs Meg Page campée par la mezzo (formée à Paris) Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, et Mrs Alice Ford sous les traits de la soprano américaine Olivia Boen (laquelle débute donc chez nous avec succès), la palme du spectacle revient incontestablement au rôle – titre : en « Sir John », le baryton italien Ambrogio Maestri (« Michonnet », en janvier dernier, à l’Opéra-Bastille, dans Adriana Lecouvreur) fait un Falstaff inoubliable. Au pupitre, le chef danois Michael Schonwandt imprime à la partition toute la vivacité et la rondeur requises, auxquels, ici à leur meilleur, les chœurs de l’Opéra de Paris prêtent également leur concours.

Sur le manuscrit original de sa partition Verdi griffonnait, à l’adresse de son éditeur Ricordi : « Va, va, vecchio John…Cammina per la tua via finchè tu puoi ». « Va, va, vieux John… Va ton chemin tant que tu le peux »…      


Falstaff, comédie lyrique en trois actes de Giuseppe Verdi. Direction : Michael Schonwandt. Orchestre et chœur de l’Opéra national de Paris. Mise en scène : Dominique Pitoiset. Avec Ambrogio Maestri (Falstaff), Andrei Kymach (Ford), Ivàn Ayon-Rivas (Fenton), Frederica Guida (Nanetta), Marie-Nicole Lemieux (Mrs Quickly)…

Opéra-Bastille les 18, 21, 24, 27, 30 septembre 2024 à 19h30. Le 15 septembre à 14h30.
Durée : 2h40.

Erreur judicieuse

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© Julien Panié

Daniel Auteuil prendra-t-il la défense de Grégory Gadebois, accusé du meurtre de sa femme ? Un film judiciaire de facture assez traditionnelle mais tout à fait réussi


On sait bien que Daniel Auteuil est l’un de nos plus grands acteurs, même s’il lui est arrivé de se fourvoyer dans des productions sans grand intérêt. De même que ses premiers pas comme réalisateur avec des adaptations de Pagnol avaient pu laisser dubitatif. Mais il revient avec Le Fil qu’il considère lui-même comme son véritable passage derrière la caméra.

Adapté de la nouvelle Au guet-apens : chroniques de la justice pénale ordinaire de l’avocat pénaliste Jean-Yves Moyart, alias Maître Mô, le scénario trace le portrait d’un avocat, Jean Monnier (Daniel Auteuil), qui prend en charge la défense d’un homme (Grégory Gadebois) accusé du meurtre de sa femme et qu’il croit innocent… Sur une trame assez convenue, Auteuil parvient à tisser les fils d’une relation complexe, entre vérité et culpabilité.

Le film repose beaucoup sur un casting et une direction d’acteurs très inspirés, comme c’est souvent le cas pour des films dirigés par des acteurs : bon sang ne saurait mentir !

Le Livre de Maître Mô

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Omar Harfouch: «La musique peut être un appel à l’action»

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Omar Harfouch. Photo DR.

Inspirée par le parcours personnel du pianiste et homme d’affaires d’origine libanaise Omar Harfouch, la tournée internationale qui débute se veut une plateforme promouvant la paix et le dialogue interculturel, en transformant l’émotion musicale en engagements concrets pour la paix dans le monde. L’optimiste entrepreneur explique ici sa démarche.


Que peut l’art face aux souffrances de l’humanité ? Rien, balaieront les fatalistes et défaitistes ; tout, répondront les idéalistes. Et si la réponse à cette question digne d’un sujet de philosophie du baccalauréat était, comme souvent en pareille circonstance, à chercher dans la nuance ? Et si, de la même manière que toute forme d’art est, en fonction de son histoire, de sa culture ou de sa sensibilité personnelle, perçue différemment par chaque être humain, le pouvoir de guérison de l’art dépendait, d’abord et avant tout, de la manière dont chacun et chacune d’entre nous crée ou reçoit telle ou telle expression artistique ?

Une œuvre née de l’adversité

C’est cette dernière approche qui, pour le pianiste et compositeur que je suis, s’impose comme une évidence. Né dans un Liban en proie à la guerre civile, c’est dans cette expérience ô combien personnelle et intime de la souffrance humaine que je puise mon inspiration – et comment pourrait-il en être autrement ? Petit garçon, le piano a été mon refuge. Un abri de bois et de cordes derrière lequel l’enfant se calfeutrait en attendant la fin des bombardements. Mais aussi, et surtout, une planche de salut, chaque note apprise en autodidacte s’échappant de l’instrument pour mieux fuir la guerre et panser les blessures, physiques comme émotionnelles, d’un enfant, d’une famille et d’un pays tout entier.

Plus tard, bien plus tard, le destin a bel et bien permis au jeune Omar de quitter, réellement cette fois, cette terre libanaise martyrisée par les hommes. De se réaliser ailleurs, sous d’autres cieux, en Russie, en Ukraine puis en France. Et si la vie et le travail lui ont offert de s’élever au-dessus de sa condition d’origine, jamais l’enfant en lui ne s’est tu. Jamais l’enfant de Tripoli n’a oublié. Jamais les yeux de l’adulte ne se sont détournés de la souffrance, de la division et de la guerre qui ravagent, aujourd’hui plus que jamais, notre monde. C’est de ce parcours, singulier, et de cette sensibilité, personnelle, qu’est né le Concerto pour la paix.

Un message universel de paix

Présentée en première mondiale le 6 mars dernier au Théâtre de Béziers, cette composition pour piano, violon et orchestre se propose, en un unique mouvement de 17 minutes, de transfigurer la douleur du passé en un appel à l’unité et à la réconciliation. Arrangé avec la complicité de mon ami d’enfance Houtaf Khoury, le Concerto pour la paix a été imaginé, dès sa conception orchestrale, comme un reflet du monde pacifié que nous voulons voir advenir ; c’est pourquoi nous avons tenu à ce que des instruments originaires du Moyen-Orient côtoient, au sein même de l’orchestre, les violons et autres instruments à cordes et à vent de la musique classique occidentale. Comment, autrement dit, transmettre un message de paix et d’harmonie si celles-ci ne règnent pas, d’abord, entre les musiciens sur scène ?

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Il est impossible, pour les membres d’un orchestre quel qu’il soit, de connaître personnellement et intimement l’ensemble des musiciens avec lesquels ils jouent. Mais il leur est tout aussi impossible, sinon davantage, de jouer ensemble s’ils ne s’écoutent pas, s’ils ne se respectent pas mutuellement, s’ils n’embrassent pas leurs différences – ethniques, religieuses, politiques, etc. Un équilibre fragile, mais un équilibre possible : c’est cette sensation, cette vision, cet espoir que notre Concerto entend, à travers l’émotion musicale, véhiculer au public. Pour que cette émotion se transforme, espérons-le, en actions tangibles. Pour qu’elle inspire, chez celles et ceux qui la reçoivent – et notamment chez les dirigeants politiques –, des projets de réconciliation, de pardon et de paix.

De l’émotion à l’action

L’art n’a pas à être politique, s’écrieront les puristes. Ce serait oublier, pour ne parler que du domaine musical – et sans bien sûr me comparer à ces illustres figures – qu’en leurs temps Chopin, jouant La Polonaise quand le tsar russe entrait en Pologne, ou Tchaïkovski, défiant Napoléon avec son Ouverture solennelle 1812, ne tremblaient pas devant la politisation de leur musique. Réunis le 18 septembre au Théâtre des Champs-Élysées, les quelque 300 décideurs, diplomates et personnalités influentes qui assisteront au Concerto pour la paix seront, à leur tour, appelés à s’engager, très concrètement, pour un monde pacifié.

C’est aussi dans cette perspective que j’ai souhaité inscrire la tournée internationale qui suivra le concert parisien, conçue comme une plateforme encourageant la paix et le dialogue interculturel. Dans cette perspective encore que nous jouerons, en décembre, devant l’assemblée des Nations Unies de Genève. Et dans cette perspective, toujours, que nous poursuivrons : au Vatican, à Shangaï, devant le parlement italien et partout où les femmes et hommes de bonne volonté se montreront prêts à ouvrir leur cœur – à la musique, à l’autre, à la possibilité, toujours remise sur l’établis, d’un monde meilleur. Parce que la paix devient urgente. Que les artistes ne peuvent se taire. Et que nos dirigeants ne peuvent refuser d’entendre.

La France aura-t-elle à nouveau un ministère de l’Immigration?

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Michel Barnier et Brice Hortefeux photographiés à Paris le 25 janvier 2014. M. Hortefeux a été ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale de 2007 à 2009, Éric Besson a été son successeur. Ce ministère a été dissous en 2010 © WITT/SIPA

Partout dans le monde, le retour des frontières signe l’échec des immigrationnistes


La révolte des peuples maltraités sonne la fin des idéologues déjantés. Une même colère existentielle annonce, aux États-Unis comme en Europe, le retour aux frontières protectrices.
C’est le rejet des élites déracinées qui pousse Donald Trump vers la victoire contre Kamala Harris, qui a néanmoins réussi son débat de cette nuit. La France, dont le gouvernement de Michel Barnier sera mis sous la surveillance de l’indésirable RN, n’échappe pas à cette révolution conduite par les parias d’hier. L’hypothèse d’un ministère de l’Immigration a été évoquée dès mardi. Mais c’est l’Allemagne qui, lundi, a le plus spectaculairement illustré le revirement des dirigeants universalistes et xénophiles, confrontées à la résistance des autochtones. Répondant à la puissance des votes protestataires de l’Afd en Saxe et en Thuringe en attendant le Brandebourg, le gouvernement d’Olaf Scholz a annoncé le rétablissement des contrôles à ses entrées française, luxembourgeoise, néerlandaise, belge et danoise. Des contrôles existaient déjà aux frontières avec la Pologne, la République tchèque, l’Autriche et la Suisse. Or, en 2015, Angela Merkel avait été unanimement saluée par les perroquets à cartes de presse et les dirigeants brasseurs de nuages pour avoir ouvert son pays à un million de réfugiés syriens et irakiens. Le Point (10 septembre 2015) avait fait sa une sur « L’incroyable Madame Merkel. Si seulement elle était française… ». Le Monde avait salué « la fierté de l’Europe » en réclamant pour elle le prix Nobel de la paix. Anne Hidalgo avait déployé ses banderoles « Bienvenue à Paris », en anglais et en arabe…

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L’urgence est de soutenir la libération en cours des esprits. L’emprise des propagandistes dingos doit cesser. Ceux-ci marchent sur la tête depuis près d’un demi-siècle. En 2015, quiconque criait « au fou ! » en observant la légèreté compassionnelle de Merkel était évidemment accusé de racisme par le discours dominant. Ce qui est advenu était pourtant annoncé par les lanceurs d’alerte : terrorisme islamiste, insécurité croissante, flambée de l’antisémitisme musulman. Comme la France, l’Allemagne a été, depuis 2015, la cible de plusieurs attentats islamistes. La dernière attaque au couteau remonte au 24 août, à Solingen : un réfugié syrien y a tué trois personnes. Le 5 septembre, un attentat contre le consulat israélien à Munich a été déjoué. L’Allemagne, qui croyait faire repentance de son racisme hitlérien en s’ouvrant au monde, a importé comme prévu la judéophobie de la culture islamique.
En France, l’appel à « mener l’intifada à Paris », lancé dimanche place de la Nation par Elias D’Imzalene (Fiché S), proche de la France insoumise, est venu rappeler aux somnambules que l’islamisme importé, sous les encouragements de la gauche et des organisations antiracistes, est en train d’attiser la guerre civile, selon un processus décrit par votre serviteur dès 2016 (La guerre civile qui vient, Editions Pierre-Guillaume de Roux).
Rimbaud avait 17 ans quand il écrivit (Le bateau ivre, 1871) : « Je regrette l’Europe aux anciens parapets ». Les frontières reviennent enfin. La nostalgie est une idée moderne.

La Guerre Civile Qui Vient

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Festival de Biarritz, néoclassique mais pas trop

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© Marco Da Silva

Jusqu’à dimanche, le festival de danse de Biarritz, « Le Temps d’aimer », offre une programmation qui fait la part belle aux compagnies osant le répertoire néoclassique. Il n’y a pas que des réussites, mais l’ensemble vaut le détour !


Y a-t-il des festivals pour ville de droite ? Une esthétique, des tendances artistiques plus appréciées par un public votant à droite ? La question peut paraître saugrenue, sinon totalement incongrue. Et pourtant ! Même aujourd’hui, où les lignes de partage entre la droite et la gauche paraissent un peu confuses, un public qui vote à droite pourrait être effectivement bien plus conservateur, moins aventureux qu’un autre qui voterait à gauche. À Biarritz, et dans une contrée où bien des mairies sont tenues par des partis de droite depuis des décennies, le propos paraîtrait cohérent. « Mais cette année les circonscriptions basques ont envoyé trois députés du Nouveau Front populaire à la Chambre et ce qui était peut-être valable il y a dix ans encore ne l’est plus guère avec l’évolution de la population et le rajeunissement du public », observe Thierry Malandain, le directeur de Ballet de Biarritz et du festival de danse baptisé Le Temps d’aimer.

Ballets de Monte-Carlo, Ballet de Schwerin, Ballet de Berne, Ballet de l’Opéra de Metz, Ballet de l’Opéra d’Avignon et même le rejeton abâtardi du Ballet national de Marseille : sans tourner le dos aux petites compagnies de danse dite contemporaine, pour la 34e édition du festival, le chorégraphe Thierry Malandain n’y est pas allé par quatre chemins et a beaucoup donné du côté d’institutions longtemps néo-académiques.

Une programmation réactionnaire ?

Une programmation réactionnaire ? Sans doute, mais pas au sens détestable ou passéiste du terme. Réactionnaire, au sens de réactif. En réaction à ce qui se fait partout ailleurs en France, à Paris surtout où l’on a depuis bien longtemps pris ostensiblement parti pour la danse contemporaine au détriment de la danse dite néo-classique qui fait pratiquement figure, dans les milieux autorisés, de reliquat déshonorant d’un ancien monde dont on a d’ailleurs perdu la mémoire.  

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Or, si la danse contemporaine a effectivement tenu le haut du pavé tant que les chorégraphes de génie ou de talent foisonnaient, c’est-à-dire dans les dernières décennies du XXe siècle, elle s’est douloureusement tarie pour devenir à son tour tristement académique en obéissant à de nouveaux poncifs, à des procédés obligés qui sont la planche de salut d’innombrables artistes sans talent. De leur côté, les compagnies de ballet se sont fréquemment métamorphosées. Réformé dès les années 1970, mais surtout sous la direction de Yorgos Loukos, le Ballet de Lyon en a été le plus brillant exemple en devenant le héraut de l’élite des chorégraphes modernes toutes tendances confondues. Dans la foulée, après un temps de réflexion assez conséquent tout de même, les compagnies de ballet françaises, souvent liées à des maisons d’opéra, comme à Bordeaux, à Toulouse, à Strasbourg, à Nancy, à Nice…  ont abandonné leurs poussiéreux oripeaux pour évoluer et s’ouvrir à des esthétiques plus en accord avec le temps, tout en prêtant d’excellents interprètes à un répertoire contemporain ainsi transfiguré. Sans malheureusement éviter les faux pas : soit en invitant sans discernement des artistes médiocres pour se donner à bon compte une touche de modernité, soit en jetant par-dessus bord, et sans plus de discernement non plus, tout un répertoire néo-classique où il y a des merveilles à sauver ou à ressusciter. Car comme toujours en France, un héritage sans doute de 1793, on croit devoir honnir en bloc ce qu’on adorait hier, comme pour s’acheter une bonne conduite de révolutionnaire.

Bien seul dans le paysage

C’est un peu contre cet abandon d’une danse pensée, écrite, mais encore exécutée par des danseurs de qualité comme le sont ceux de sa propre compagnie, que s’érige Thierry Malandain, désormais bien seul dans le paysage. Contre cette inculture généralisée qui touche en premier chef ceux qui se sont intronisés chorégraphes, mais qui n’ont ni vocabulaire, ni savoir faire, ni même la moindre idée de la construction d’un ouvrage, et que bénit un ministère de la Culture destructeur, sans vision, sans projet, aux mains de médiocres dont on ne mesurera jamais assez la sottise et les effets de nuisance.

Le malheur a toutefois voulu que les premiers spectacles du festival qui fait accourir un public de quelque 33 000 spectateurs, fidèle, mais aussi renouvelé, patiemment construit au fil des années à coup de répétitions publiques, de travail dans les écoles, de manifestations ouvertes à tous, un public venu d’un vaste territoire qui court de l’Espagne aux Landes, le malheur a voulu que les spectacles qu’on a pu voir aient été franchement médiocres et qu’ils donnent cruellement raison aux détracteurs des troupes néo-académiques. Entre la production du Ballet de Berne censée évoquer l’univers mental de Don Quichotte, l’une des choses les plus creuses, les plus insignifiantes qu’on ait pu voir dans une vie de spectateur déjà fort longue, confiée à un « chorégraphe » et à un « compositeur » taïwanais, et celui exhibé par une troupe espagnole, Kor Sia, prétendant évoquer Pétrarque par une gymnastique d’une affolante indigence, le bilan n’est guère heureux. Et ce n’est pas le Ballet de Schwerin qui le fait franchement basculer.  

La duchesse d’Orléans

Schwerin ! En France, on n’en avait plus entendu parler depuis 1837, date du mariage du duc d’Orléans, le fils ainé du roi des Français, avec la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin, aïeule de presque tous les princes d’Orléans d’aujourd’hui.

La petite capitale du Land de Mecklembourg-Poméranie, Schwerin, a évidemment son Théâtre d’État et son ballet comme toutes les villes allemandes de quelque dignité. C’est ici une compagnie néo-classique sans grande envergure, mais tout à fait honorable, porteuse d’un spectacle construit sur des pages de Jean-Sébastien Bach et parfaitement représentatif de ce que peut produire une telle formation : quelque chose qui n’est pas insupportable, mais tellement fade, tellement incolore, en un mot parfaitement inutile, qu’on se demande à quoi peut bien servir cette troupe de danseurs, sinon à faire ainsi évoluer sans fâcheuse surprise la digestion vespérale des bourgeois du Mecklembourg qui d’ailleurs ne doivent même plus savoir que leur Hélène devait devenir reine des Français. Près de San Sebastian, où l’on a présenté la production mecklembourgeoise avant qu’elle ne soit affichée à Biarritz, en plein cœur du Pays-Basque espagnol où le festival a l’intelligence de rayonner en brisant les antiques frontières, le public a accueilli cette soupe tiède avec le même généreux enthousiasme que s’il avait découvert un chef d’œuvre. 

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De ces premières journées de festival réchappe un seul ouvrage : un duo amoureux, « Crocodile », créé au Théâtre de Bayonne et signé par un artiste basque, Martin Harriague. Une introspection sensible, tout en gestes furtifs, tendres et délicats. Comme Harriague est un enfant du pays, la tendance est de faire de ce duo un miracle. C’est excessif. Il lui manque une force dramatique, une tension qui le porterait à une autre dimension. Mais il n’en n’est pas moins vrai que cette broderie fébrile est honnête, raffinée, qu’elle procède d’une vraie sincérité, même si cette sincérité peut avoir quelque chose de troublant en faisant entrer à l’excès le spectateur dans l’intimité du chorégraphe.

« Crocodile » de Martin Harriague

Un public qui explose

Outre le fait que la création chorégraphique s’effondre avec de pseudos artistes qui se multiplient à l’envi et qui sont coupablement encouragés par des aides multiples venues des pouvoirs publics, trop minces pour leur permettre de subsister, mais trop nombreuses pour ne pas encourager une inflation de prétentions à être un créateur, la cherté galopante des productions, des voyages, des séjours rendent aujourd’hui bien difficile la réalisation du festival. Selon Thierry Malandain : « Avec beaucoup d’argent que nous n’avons pas, nous pourrions faire venir de grandes compagnies et des programmes irréprochables. Bien souvent, de surcroît, le mois de septembre est pour elles l’époque où la saison débute dans leurs villes d’attache, ce qui les empêche de voyager. Alors que nous sommes exposés de toutes parts à des pressions régionales considérables, notre rôle est de faire découvrir au public les multiples tendances du monde chorégraphique. Mais aussi de soutenir des auteurs nouveaux ou des compagnies comme celle de l’Opéra de Metz à qui des tournées hors les murs confèrent une visibilité qui en impose aux pouvoirs publics qui les subventionnent. »

En attendant, la 34e édition du festival se répand cette année dans une douzaine de villes du Pays-Basque. Et se propage jusqu’à Pau. Dans la région, grâce à un travail de longue haleine, le public de la danse s’accroît, explose même. À telle enseigne que les salles des villes voisines, à commencer par le majestueux Théâtre de Bayonne, se sont toutes mises à programmer des spectacles chorégraphiques pour répondre à la demande du public. Et ce sont les directeurs du Ballet de Biarritz, Thierry Malandain et Yves Kordian, qui sont à l’origine de ce phénomène avec les danseurs de la troupe, en forgeant cette réussite avec autant de passion que de diplomatie.

Le festival est assez éclectique pour reconnaître aussi le talent d’un Thomas Lebrun. Car c’est avec un ouvrage de ce dernier, L’Envahissement de l’être et l’intrépide réalisation de La Mégère apprivoisée que Jean-Christophe Maillot avait magnifiquement chorégraphiée pour le Ballet du Bolchoï, à Moscou et que les Ballets de Monte Carlo ont aussi à leur répertoire, que va s’achever le festival de danse de Biarritz sur des notes brillantes. On découvrira encore le travail du Ballet de Metz, qui désormais s’émancipe de la tutelle du théâtre lyrique auquel il est attaché. 


Festival de Danse de Biarritz – Le Temps d’aimer.
Jusqu’au 16 septembre www.letempsdaimer.com / 05 59 22 44 66