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Chine : vers le grand bond en arrière ?

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Le pire est devant nous. Comme en 1929. Et, au-delà de la récession qui nous est promise, certains pays, à commencer par la Chine, pourraient devenir de véritables poudrières politiques et sociales. En effet, on a tendance à l’oublier mais les plus graves conséquences de l’effondrement financier d’octobre 1929 n’ont pas été économiques mais politiques et géostratégiques. Rappelons que dix ans après le krach à Wall Street, les soldats de la Wehrmacht envahissaient la Pologne et qu’à la même époque leurs alliés japonais étendaient leur emprise sur la Chine.

En plein ralentissement, l’économie chinoise subit déjà les premiers contrecoups de la baisse de la consommation aux Etats-Unis, principal acheteur de ses produits. La chute de la monnaie chinoise par rapport au dollar, effet direct de la crise, a eu pour conséquence la fermeture de plusieurs usines. Comme le rapporte Le Monde, des milliers de fabricants de jouets et de chaussures de la province de Canton ont déjà mis la clé sous la porte. Il y a quelques mois déjà, l’avenir économique de cette province semblait sombre, et l’on estimait que 20.000 des 70.000 usines hongkongaises de la région ne passeraient pas l’année. Ces secteurs à faible valeur ajoutée dont la prospérité est fondée sur une monnaie sous-évaluée et les subventions de l’Etat, sont en train de subir un choc violent. « L’atelier du père Noël » est en panne et l’annonce par Adidas, la marque de sport numéro un en Chine, de son intention de délocaliser la production sous d’autres cieux, montre à quel point le navire prend l’eau. Dans ce climat, même les entrepreneurs qui ne subissent pas – pour le moment – une détérioration de leur environnement anticipent une évolution négative et ralentissent leur investissement. Résultat, entre juin et septembre, le PIB chinois a enregistré une hausse de 9 % en rythme annuel, le plus bas niveau trimestriel depuis 2003.

Beijing, qui dispose grâce à sa trésorerie d’une grande marge de manœuvre, tente de stimuler la consommation intérieure dans l’espoir qu’elle prendra le relais des exportations. Reste à savoir comment réagira le consommateur chinois qui a vu ses économies partir en fumée dans la dégringolade des marchés financiers.

Or, la Chine est politiquement et culturellement mal équipée pour affronter de tels problèmes. Ses coffres sont peut-être mieux garnis que ceux de la France ou des Etats-Unis, mais elle n’a ni les traditions, ni les institutions adaptées à une gestion non violente des rapports sociaux en temps de crise. L’Occident a mis presque deux siècles à développer des « amortisseurs » ; la Chine, qui découvre la nature cyclique de l’économie du marché, peine à s’y mettre. Prenons l’exemple du cadastre : peut-on imaginer une économie saine sans un système fiable d’enregistrement de la propriété foncière et des hypothèques ? Or, non seulement il n’existe pas en Chine de « propriété totalement privée » mais on ne peut pas accéder au cadastre, d’ailleurs récent et imparfait. L’acheteur ne peut devenir propriétaire que des murs et il prend d’énormes risques. En cas d’erreur, il ne peut espérer qu’un dédommagement dérisoire. Si l’on ajoute que, durant les années fastes, le robinet du crédit hypothécaire a été grand ouvert, et que les décisions en matière de crédit obéissent le plus souvent à des critères partisans, on comprend que la crise des subprimes pourrait faire pâle figure à côté de celle qui risque de secouer le secteur en Chine.

Autre point noir, qui empoisonne la vie des investisseurs étrangers depuis des années, le système judiciaire. Comment et devant quelle instance peut-on contester ou faire respecter un contrat ? Tribunaux et barreaux manquent de compétences et de bases jurisprudentielles. La législation sur les sociétés, et surtout sur la faillite, laisse franchement à désirer. Bref, on a le sentiment que le régime chinois n’est pas plus sourcilleux en matière de droit commercial que sur les droits de l’homme. Ainsi est-il impossible d’accéder au China law blog à partir de serveurs chinois. Autant dire que les taux de croissance à deux chiffres dont on s’est tant émerveillé ont maquillé une réalité beaucoup moins chatoyante.

Mais ces déficiences, déjà graves pour une économie en plein ralentissement, sont dérisoires comparées à l’absence presque totale de mécanismes de dialogue social. Ce qui, chez nous, dissuade des employés licenciés de lyncher leur patron, brûler sa voiture et piller ses bureaux, c’est, plus que la menace des forces de l’ordre, le vague sentiment que le système est légitime et, qu’en fin de compte, l’Etat ne les laissera pas tomber. Ils peuvent entamer une épreuve de force par la grève, intenter une action juridique et même donner une dimension politique à leur lutte. Ils peuvent exprimer leur colère dans des manifestations. S’ils ne vont pas trop loin, ils peuvent compter sur une certaine indulgence. Rien de tout cela en Chine. Le droit du travail y est embryonnaire, la presse muselée et, en l’absence de syndicats indépendants et de partis pluralistes, la voie de la résistance légale est quasiment fermée. Comment les Chinois se feront-ils entendre quand arriveront les premières vagues de licenciements massifs ? Comment fera le gouvernement pour canaliser la révolte ? Il leurs restera la bonne vieille recette des années 1930 : désigner un ennemi, marteler un récit dans lequel la Nation est la victime d’une trahison honteuse… Malgré le récent réchauffement de relations entre Beijing et Taipeh, si j’étais taïwanais, je tremblerais. Et si j’étais dirigeant du parti communiste chinois, j’ouvrirais tout de suite un compte à l’UBS.

Patrick Lozès

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Président du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires de France) Patrick Lozès s’entretient avec Elisabeth Lévy pour Causeur.fr, Chloë Leprince pour Rue89.com et Samuel Laurent pour LeFigaro.fr. Une émission présentée par David Abiker.

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Ils sont partout

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Ils sont partout, même quand on ne les voit pas. Cette « race » dixit Renan, avec ses écrivains, musiciens, scientifiques et Nobel en tous genres, suscite aussi souvent la haine que la jalousie. Et si jamais un homme – quel que soit son pays ou sa religion – s’élève au-dessus du lot par ses exploits, vous pouvez être sûr que, tôt au tard, quelqu’un suggérera que le sang de cette race-là coule dans ses veines. Dernier exemple en date : à peine élu, on murmure que Barack Obama aurait, lui aussi, des ancêtres français.

Pierre Péan n’est pas raciste !

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Nous apprenons avec soulagement que Pierre Péan et son éditeur Claude Durand viennent d’être relaxés par la 17e chambre du Tribunal correctionnel de Paris.
L’affaire que nous avions évoquée ici il y a un mois et portait sur Noires fureurs, blancs menteurs (Fayard, 2005), un livre écrit par l’enquêteur sur les massacres inter-ethniques rwandais était à la fois pénible et curieuse.

Pénible parce qu’il n’est jamais agréable de voir des gens aussi insoupçonnables que Péan et Durand traînés devant les tribunaux pour incitation à la haine raciale. La cour a balayé cette infamie d’une relaxe pure et simple (tout comme l’accusation conjointe de diffamation) et c’est très bien comme ça.

Mais l’affaire était aussi curieuse, et à plus d’un titre. C’est SOS-Racisme qui est à l’origine de la campagne anti-Péan, puis du procès qui s’en est suivi, constamment soutenue et relayée par l’UEJF, l’Union des Etudiants Juifs de France. On se serait attendu à ce que l’Etat rwandais, très attaché à réécrire de façon univoque l’histoire des massacres de 1994 et du rôle supposé de la France dans l’affaire, aurait été partie prenante au procès ou aurait au moins téléguidé, comme cela se fait couramment, une association croupion pour se faire représenter. Cela n’a pas été le cas ou, plutôt, c’est SOS qui tenait ce rôle.

Quant à l’UEJF, on a beau savoir qu’elle entretient des relations plus qu’étroites avec SOS-Racisme, et donc, de fait, avec certains dirigeants du PS, on se demande vraiment ce qu’elle allait faire dans cette aventure. Ou plutôt on se le demandait jusqu’au 2 septembre dernier, date à laquelle son ancien président Benjamin Abtan, s’est livré à un exercice particulièrement abject devant le tribunal. Nous sommes au deuxième jour du procès et Benjamin Abtan pense avoir trouvé l’arme absolue contre Péan et Durand. Il déclare avoir tenté de remplacer le mot « tutsi » par « juif » dans l’ouvrage de Pierre Péan, et n’avoir pu s’empêcher de faire le lien avec Mein Kampf. D’après l’AFP l’ancien président de l’UEJF, a par ailleurs affirmé avoir rencontré des rescapés des massacres rwandais qui étaient saisis de peur à l’évocation du nom de Pierre Péan, « une émotion qui dans les références qui sont les miennes ne peuvent que me rappeler l’effet du nom Faurisson sur les rescapés de la Shoah ».

Voilà donc à quoi servait l’UEJF dans ce dispositif : à exciper de sa raison sociale juive pour poser l’équation : Rwanda = Shoah, et donc Péan = négationniste = raciste. Partant de là, la cour savait ce qui lui restait à faire… On sait que le tribunal a préféré ramener ces accusations à de plus justes proportions, c’est-à-dire à néant.

N’empêche, ces procédés inqualifiables, de banalisation, d’instrumentalisation et quasiment de prostitution de la Shoah, en disent long sur la moralité de leurs auteurs et la bêtise ne saurait être une circonstance atténuante. Elles en disent long aussi sur la contre productivité absolue d’une certaine hystérie mémorielle et judiciaire, dont l’extinction n’est pas à l’ordre du jour. D’ailleurs, dans cette affaire, SOS-Racisme a annoncé son intention de faire appel. Une déclaration un rien imprudente, à mon avis, au vu du dossier, Dominique Sopo et ses amis feraient mieux d’en rester là, et c’est sûrement ce qu’ils feront, même s’ils affirment pour l’instant l’inverse.

Ce ne serait pas la première fois que SOS-Racisme fait l’exact contraire de ce qu’elle dit vouloir faire, comme le prouve amplement son seul nom…

Noires fureurs, blancs menteurs: Rwanda 1990/1994

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Pyrénées atlantistes

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Selon nos confrères de Libération, François Bayrou aurait déclaré : « L’élection de Barack Obama est une porte qui s’ouvre dans un mur. » Le président du Modem devrait se méfier avant de se réjouir : n’est-il pas au courant que le nouveau président américain entend supprimer le programme Echelon, plus connu sous le nom des « Grandes Oreilles » ? Selon Le Figaro, François Bayrou aurait rajouté : « Après le désastre des années Bush, l’élection de Barack Obama fait que le monde respire mieux. » Il a raison, mais ce n’est pas politique qu’il aurait dû faire, le Béarnais déchainé, c’est ORL.

L’homme sans qualité

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C’est le lot des nations qui se rappellent, en soufflant les bougies du gâteau, qu’un jour elles écrivaient l’histoire : la France aime les anniversaires. On commémore, on se souvient, on évoque, on remémore et on ressasse, on exerce son devoir de remembrance, on se repasse le film et on joue les remake. Les années où l’on n’a pas d’abattis suffisamment présentables à exposer au Panthéon, on se contente d’accrocher un brin de Vergissmeinnicht à sa boutonnière patriotique. L’odeur des chrysanthèmes nous est tellement montée à la tête qu’on ne se demande même plus pourquoi Victor Hugo écrivait dans Quatre-Vingt-Treize ce qui depuis cinq mille ans constitue la sagesse des nations : « Quel bienfaiteur pour l’humanité qu’un distributeur d’oubli ! » Et l’on se reprend de ces mauvaises idées. On se sniffe discretos un stick de naphtaline. Y a pas à dire, ça requinque.

Rien qu’en 2008 – et l’année n’est pas finie –, on aura donc fêté le quarantième anniversaire de mai 68, le cinquantième anniversaire de ce qui reste de la Ve République, le quatre-vingt-dixième anniversaire de l’armistice de la Grande Guerre, sans compter le trentième anniversaire de la mort de Jacques Brel et le quarante-cinquième de celle d’Edith Piaf… Cette effervescence commémorative nous aurait presque fait oublier que 2008 est aussi l’année du quatre-vingt-dixième anniversaire de l’inscription de Gaston Monnerville au barreau de Toulouse. Manquerait plus que ça !

Ah, Gaston Monnerville ! Président du Conseil de la République, devenu le Sénat en 1959, il est resté pendant vingt-deux ans le deuxième personnage de l’Etat. Un record historique ! Un record d’autant plus époustouflant qu’il présida la Haute Assemblée sous les deux septennats du général de Gaulle tout en étant l’un des adversaires les plus acharnés du chef de l’Etat. C’est Monnerville qui en 1962 accusa Georges Pompidou de « forfaiture », avant de dénoncer le « viol de la Constitution » par le général de Gaulle… On connaît la suite et la réponse du général : « On ne viole pas sa femme. » Tante Yvonne, toujours consentante ?

Il n’en reste pas moins qu’alors que François Mitterrand s’essuyait encore le lait qui lui perlait du nez Gaston Monnerville avait une légitimité incontestable. Il était venu à la politique dans les années 1930 avant d’être nommé secrétaire d’Etat sous le Front populaire. Durant la guerre, il avait rejoint les maquis du Cantal, devenant l’une des figures de la résistance auvergnate. C’était l’un des plus brillants orateurs politiques de la République, de la trempe d’un Gambetta ou d’un Jaurès, et, surtout, l’un des tacticiens dont l’habileté à la manœuvre aurait fait passer le cardinal Mazarin pour le premier sciocco venu.

Monnerville avait du talent. Il avait du panache – ce qui jamais ne gâche rien. Il avait du courage – ce qui relève du miracle chez un radical. Et voilà toute la différence entre Gaston Monnerville et Patrick Lozes : le premier avait du cran, le second le préside. Je suis bête et vous prie de m’excuser d’avoir omis de mentionner une chose : Monnerville était noir. Sur l’échelle Gobineau de la diversité, qui s’étend du gris pâle au noir profond, Monnerville était très coloré. Plus coloré en tout cas que Barack Obama. Et, puisque le temps en est à célébrer le culte des origines et de la pigmentation cutanée, Monnerville était guyanais et petit-fils d’esclave. Le voilà outé.

Tandis que chaque jour pendant vingt-deux ans deux huissiers endimanchés d’une queue-de-pie mal ajustée accompagnaient Gaston Monnerville jusqu’au Plateau, tiraient vers l’arrière son fauteuil afin qu’il pût s’asseoir et déclarer d’un ton solennel l’ouverture de la séance, rappelant au règlement ministres et sénateurs, négociant au forceps l’ordre du jour de la Haute Assemblée avec le gouvernement, les Gaston Monnerville états-uniens avaient le choix de baisser la tête quand ils croisaient un white anglo-saxon protestant ou d’exceller en jazz pour se casser des States et émigrer dans les caves germanopratines. Quand le chauffeur de la présidence du Sénat ouvrait la porte de la DS républicaine à notre Gaston national afin qu’il puisse bien se caler au fond des sièges, outre-Atlantique on indiquait à Rosa Parks que sa place était là-bas, au fond du bus.

Ce n’est qu’une différence bien maigre, puisqu’elle tient essentiellement à l’usage des transports collectifs ou privés, mais cela fait toute la différence. Si personne pendant vingt-deux ans ne s’est inquiété, dans cette France moisie, réputée raciste et négrophobe, qu’un homme tel que Gaston Monnerville fût le deuxième personnage de l’Etat, c’est que son talent et sa valeur balayaient à des rangs subsidiaires toute autre forme de considération. Pour résumer d’un point de vue strictement gaulliste : Monnerville était beaucoup plus emmerdeur que noir… N’est-ce pas ce qui compte en politique ?

Je veux bien que Patrick Lozes, président du Cran (Conseil représentatif des associations noires), profite de l’élection de Barack Obama pour réclamer en France un président noir – nous en avons eu quelques-uns de marron, ça ne va pas nous changer beaucoup – et oublie au passage que son propre père Gabriel avait eu, lui, le talent, de se faire élire sénateur sous la IVe République. Les Etats-Unis découvrent seulement aujourd’hui qu’en politique la couleur de la peau ne fait pas tout (et ils vont, dans les prochains mois s’en rendre compte encore davantage). Après avoir abandonné il y a tout juste quarante ans leur odieuse politique ségrégationniste, nos amis américains découvrent ce qu’ici nous connaissons depuis près de quatre siècles, quand ce Rital de Giulio Mazarino conduisait la France de Louis XIII à des succès diplomatiques et militaires dont les effets se font encore sentir aujourd’hui (les traités de Westphalie n’ouvrent-ils pas l’ère de la politique moderne ?).

Malraux, dont la propension à broyer du noir accompagnait au fil des ans sa soif à devenir de plus en plus brun, a établi définitivement le programme de la modernité politique dans Les Noyers de l’Altenburg : « L’homme est ce qu’il fait. » Qu’on nous objecte que les Etats-Unis aient inventé et mis en place l’affirmative action quand la France se contentait de tenter de faire vivre le modèle républicain relève du plus malfaisant révisionnisme historique. D’abord, parce que la France pratique l’affirmative action depuis bien plus longtemps que les Etats-Unis : le système redistributif qu’est, par exemple, la Sécurité sociale est le parangon de toute discrimination positive (on donne plus à ceux qui ont moins)… On peut reprocher beaucoup de choses à notre vieux pays, mais jamais la France n’a pratiqué l’apartheid et n’a fait de la pigmentation cutanée un fait institutionnel : au nom de quoi devrait-elle aujourd’hui réparer une faute dont elle n’est pas entachée mais que les Américains, eux, ont commise ? Catholiste, je suis assez favorable à la repentance et à la correction fraternelle. En tout lieu, en tout temps, mais pas à la place des autres.

La retraite à 70 ans, dernier coup de vice des baby-boomers

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Il y a dix-huit ans, en 1990, une consœur journaliste et néanmoins amie, Jacqueline Remy, publiait aux éditions du Seuil un essai prémonitoire et injustement oublié intitulé Nous sommes irrésistibles, critique d’une génération abusive. Elle y défendait la thèse que les « baby-boomers », c’est-à-dire les gens nés entre 1945 et 1955, s’étaient emparé des leviers de commande de la société française dans le sillage de mai 68, et en avaient profité pour réorganiser à leur profit les structures politiques, économiques et sociales de notre pays. Selon elle, ils sont parvenus à fermer à la génération suivante l’entrée sur le marché du travail et l’accès aux postes de pouvoir, à orienter les systèmes de redistribution (retraites, santé etc..) dans un sens qui leur était favorable, et à monopoliser les postes-clés dans la haute administration, les médias, et les entreprises du CAC40.

Cette intuition géniale allait être reprise, une quinzaine d’années plus tard par des très sérieux universitaires comme Louis Chauvel, qui développe la théorie d’une « fracture générationnelle » qui se superposerait à la fracture sociale. Celle-ci provoquerait des frustrations spécifiques au sein d’une jeunesse à laquelle il ne resterait plus qu’à payer la note des frasques financières de leurs ascendants, en terme d’allongement du temps de travail au cours de la vie, de hausse des prélèvements obligatoires, de charges de remboursement de la dette publique.

Déjà, l’Insee constate que le revenu moyen des retraités est supérieur à celui des actifs, et la Cour des comptes vient tout juste de rendre public un rapport établissant que les plus de soixante-cinq ans contribuent moins à la solidarité nationale (cotisation sécu, RDS, etc.) que leurs cadets.

Il restait quelques dernières barrières à faire sauter pour que cette génération puisse se maintenir encore quelque temps aux manettes et dans une confortable aisance financière: la loi qui permet à un employeur de mettre d’office à la retraite ses salariés âgés de plus de soixante-cinq ans, et celle qui plafonne le cumul des revenus emploi-retraite au montant du dernier salaire perçu en activité.

L’affaire est désormais sur les rails, grâce à un amendement à la Loi de finances déposé fin octobre par le député UMP de la 2e circonscription de la Moselle, Didier Jacquat, né en 1944 et exerçant, quand il ne fait pas le député, la profession de médecin oto-rhino-laryngologiste. La mention de tous ces détails me paraît nécessaire, car il est à prévoir que « l’amendement Jacquat » va faire sortir son auteur de l’anonymat qui est le lot de la plupart des parlementaires, bien connus dans leur circonscription, mais ignorés par le reste de la population. Comme le ministre du Travail, l’ambitieux Xavier Bertrand, ne s’est pas opposé à cet amendement, l’Assemblée l’a adopté derechef, et on ne voit pas le Sénat, vu sa composition politique et générationnelle, y faire obstacle.

La gauche, toujours à coté de la plaque, est montée au créneau sur le thème « On va forcer les pauv’ travailleurs déjà épuisés par une vie de galérien à bosser jusqu’à 70 balais, car on vous voit venir, vous dites que cela se fera sur la base du volontariat, mais on connait les méthodes des patrons… »

En fait, les experts de la chose sociale prévoient que ces mesures pourraient produire des effets aux deux extrémités de l’échelle sociale: chez les travailleurs précaires et mal payés qui vont en allongeant leur durée de cotisations arrondir une maigre pension, et chez les cadres supérieurs qui appréhendent d’être obligés quitter leurs postes prestigieux, confortables et bien rémunérés le lendemain de leur soixante-cinquième anniversaire.

C’est cette dernière catégorie, composée aujourd’hui de baby-boomers bien décidés à s’agripper au cocotier, qui se frotte les mains, et les quadras et quinquas qui vont se trouver bloqués dans leurs espoirs de promotion pour un bon bout de temps.

Il y a dans la situation ainsi créée tous les ingrédients qui peuvent nourrir une nouvelle révolution « bourgeoise » contre les nouveaux privilégiés à cheveux gris, avec bronzage permanent pour les messieurs, lifting annuel pour les dames. Les « bataillons de la jeunesse » célébrés par Aragon pendant sa période stalinienne vont-ils à nouveau surgir, prendre les armes et pendre Jacquat à la lanterne ? Du haut de mes soixante-cinq balais, je brandis d’ores et déjà le drapeau blanc de la reddition !

Nous sommes irrésistibles. (Auto)critique d'une génération abusive

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C’est nous les Africaines…

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Bertrand Delanoë et Martine Aubry n’ont cessé de le répéter au micro des journalistes ces trois derniers jours : la France aurait tout à gagner à suivre la voie ouverte par les Américains qui ont accordé leurs voix à Barack Obama. Pour trancher avec une classe politique française assez monochrome, Bertrand Delanoë et Martine Aubry auront tout loisir de mettre en accord leurs vœux pieux avec leurs actes en votant pour Ségolène Royal au Congrès de Reims. Née à Dakar en 1953, Ségolène Royal deviendrait ainsi la première Africaine de l’histoire à accéder au poste de premier secrétaire du Parti socialiste. His-to-ri-que ! His-to-ri-que ! His-to-ri-que !

Félicitations, Barack Obama !

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Je vous adresse mes félicitations pour avoir été capable d’attirer la majorité des votes des participants lors de ces élections présidentielles.

Toutes les nations du monde, et en particulier le peuple américain, attendent des changements fondamentaux et clairs dans les politiques intérieure et étrangère de Washington.

Vous savez que les occasions accordées par Dieu passent.

J’espère que vous saurez préférer les intérêts du peuple aux exigences rapaces d’une minorité égoïste, et saisirez l’opportunité qui vous est offerte pour servir le peuple afin qu’on se souvienne de vous avec une haute estime.

La liste des critiques qu’on peut adresser à l’Amérique est longue : la politique militariste, l’occupation, l’intimidation, le mensonge, l’humiliation et l’imposition de relations injustes et discriminatoires, qui font que l’Amérique est détestée par la plupart des nations.

La grande nation iranienne se réjouit des changements fondamentaux et justes dans la politique américaine, spécialement dans la région.

Les peuples du monde attendent que les Etats-Unis optent pour la justice, le respect du droit des nations, la non-ingérence, et que les interventions du gouvernement américain se cantonnent dans les limites géographiques de leur pays.

Si vous mettez vos pas dans ceux des grands prophètes, alors vous serez soutenus par Dieu.

Traduit et adapté par Marc Cohen, d’après les communiqués des agences officielles iraniennes Irna et Isna.

Et pendant ce temps-là, en Somalie…

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Personne n’aura remarqué une dépêche de l’agence Reuters faisant part de la lapidation, le 28 octobre, d’une enfant somalienne de 13 ans à Kismayo. Son crime ? Avoir été violée par 3 adultes, alors qu’elle se rendait à pied à Mogadiscio pour y visiter sa grand-mère… Et d’avoir eu la naïveté d’aller se plaindre aux autorités, croyant se placer ainsi sous leur protection… Verdict : la petite victime a été condamnée à la mort par lapidation pour adultère. Conformément à la tradition, la sentence a été exécutée en public devant plusieurs centaines de spectateurs enthousiastes. Peu soucieuses sans doute de pousser au choc des civilisations, les organisations féministes auront été d’une efficacité exemplaire dans la non-médiatisation de ce crime. A moins qu’elles aient été trop occupées à dénoncer le risque mortel que McCain et Palin représentaient pour les droits des femmes du monde entier…

Chine : vers le grand bond en arrière ?

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Le pire est devant nous. Comme en 1929. Et, au-delà de la récession qui nous est promise, certains pays, à commencer par la Chine, pourraient devenir de véritables poudrières politiques et sociales. En effet, on a tendance à l’oublier mais les plus graves conséquences de l’effondrement financier d’octobre 1929 n’ont pas été économiques mais politiques et géostratégiques. Rappelons que dix ans après le krach à Wall Street, les soldats de la Wehrmacht envahissaient la Pologne et qu’à la même époque leurs alliés japonais étendaient leur emprise sur la Chine.

En plein ralentissement, l’économie chinoise subit déjà les premiers contrecoups de la baisse de la consommation aux Etats-Unis, principal acheteur de ses produits. La chute de la monnaie chinoise par rapport au dollar, effet direct de la crise, a eu pour conséquence la fermeture de plusieurs usines. Comme le rapporte Le Monde, des milliers de fabricants de jouets et de chaussures de la province de Canton ont déjà mis la clé sous la porte. Il y a quelques mois déjà, l’avenir économique de cette province semblait sombre, et l’on estimait que 20.000 des 70.000 usines hongkongaises de la région ne passeraient pas l’année. Ces secteurs à faible valeur ajoutée dont la prospérité est fondée sur une monnaie sous-évaluée et les subventions de l’Etat, sont en train de subir un choc violent. « L’atelier du père Noël » est en panne et l’annonce par Adidas, la marque de sport numéro un en Chine, de son intention de délocaliser la production sous d’autres cieux, montre à quel point le navire prend l’eau. Dans ce climat, même les entrepreneurs qui ne subissent pas – pour le moment – une détérioration de leur environnement anticipent une évolution négative et ralentissent leur investissement. Résultat, entre juin et septembre, le PIB chinois a enregistré une hausse de 9 % en rythme annuel, le plus bas niveau trimestriel depuis 2003.

Beijing, qui dispose grâce à sa trésorerie d’une grande marge de manœuvre, tente de stimuler la consommation intérieure dans l’espoir qu’elle prendra le relais des exportations. Reste à savoir comment réagira le consommateur chinois qui a vu ses économies partir en fumée dans la dégringolade des marchés financiers.

Or, la Chine est politiquement et culturellement mal équipée pour affronter de tels problèmes. Ses coffres sont peut-être mieux garnis que ceux de la France ou des Etats-Unis, mais elle n’a ni les traditions, ni les institutions adaptées à une gestion non violente des rapports sociaux en temps de crise. L’Occident a mis presque deux siècles à développer des « amortisseurs » ; la Chine, qui découvre la nature cyclique de l’économie du marché, peine à s’y mettre. Prenons l’exemple du cadastre : peut-on imaginer une économie saine sans un système fiable d’enregistrement de la propriété foncière et des hypothèques ? Or, non seulement il n’existe pas en Chine de « propriété totalement privée » mais on ne peut pas accéder au cadastre, d’ailleurs récent et imparfait. L’acheteur ne peut devenir propriétaire que des murs et il prend d’énormes risques. En cas d’erreur, il ne peut espérer qu’un dédommagement dérisoire. Si l’on ajoute que, durant les années fastes, le robinet du crédit hypothécaire a été grand ouvert, et que les décisions en matière de crédit obéissent le plus souvent à des critères partisans, on comprend que la crise des subprimes pourrait faire pâle figure à côté de celle qui risque de secouer le secteur en Chine.

Autre point noir, qui empoisonne la vie des investisseurs étrangers depuis des années, le système judiciaire. Comment et devant quelle instance peut-on contester ou faire respecter un contrat ? Tribunaux et barreaux manquent de compétences et de bases jurisprudentielles. La législation sur les sociétés, et surtout sur la faillite, laisse franchement à désirer. Bref, on a le sentiment que le régime chinois n’est pas plus sourcilleux en matière de droit commercial que sur les droits de l’homme. Ainsi est-il impossible d’accéder au China law blog à partir de serveurs chinois. Autant dire que les taux de croissance à deux chiffres dont on s’est tant émerveillé ont maquillé une réalité beaucoup moins chatoyante.

Mais ces déficiences, déjà graves pour une économie en plein ralentissement, sont dérisoires comparées à l’absence presque totale de mécanismes de dialogue social. Ce qui, chez nous, dissuade des employés licenciés de lyncher leur patron, brûler sa voiture et piller ses bureaux, c’est, plus que la menace des forces de l’ordre, le vague sentiment que le système est légitime et, qu’en fin de compte, l’Etat ne les laissera pas tomber. Ils peuvent entamer une épreuve de force par la grève, intenter une action juridique et même donner une dimension politique à leur lutte. Ils peuvent exprimer leur colère dans des manifestations. S’ils ne vont pas trop loin, ils peuvent compter sur une certaine indulgence. Rien de tout cela en Chine. Le droit du travail y est embryonnaire, la presse muselée et, en l’absence de syndicats indépendants et de partis pluralistes, la voie de la résistance légale est quasiment fermée. Comment les Chinois se feront-ils entendre quand arriveront les premières vagues de licenciements massifs ? Comment fera le gouvernement pour canaliser la révolte ? Il leurs restera la bonne vieille recette des années 1930 : désigner un ennemi, marteler un récit dans lequel la Nation est la victime d’une trahison honteuse… Malgré le récent réchauffement de relations entre Beijing et Taipeh, si j’étais taïwanais, je tremblerais. Et si j’étais dirigeant du parti communiste chinois, j’ouvrirais tout de suite un compte à l’UBS.

Patrick Lozès

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Président du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires de France) Patrick Lozès s’entretient avec Elisabeth Lévy pour Causeur.fr, Chloë Leprince pour Rue89.com et Samuel Laurent pour LeFigaro.fr. Une émission présentée par David Abiker.

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Ils sont partout

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Ils sont partout, même quand on ne les voit pas. Cette « race » dixit Renan, avec ses écrivains, musiciens, scientifiques et Nobel en tous genres, suscite aussi souvent la haine que la jalousie. Et si jamais un homme – quel que soit son pays ou sa religion – s’élève au-dessus du lot par ses exploits, vous pouvez être sûr que, tôt au tard, quelqu’un suggérera que le sang de cette race-là coule dans ses veines. Dernier exemple en date : à peine élu, on murmure que Barack Obama aurait, lui aussi, des ancêtres français.

Pierre Péan n’est pas raciste !

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Nous apprenons avec soulagement que Pierre Péan et son éditeur Claude Durand viennent d’être relaxés par la 17e chambre du Tribunal correctionnel de Paris.
L’affaire que nous avions évoquée ici il y a un mois et portait sur Noires fureurs, blancs menteurs (Fayard, 2005), un livre écrit par l’enquêteur sur les massacres inter-ethniques rwandais était à la fois pénible et curieuse.

Pénible parce qu’il n’est jamais agréable de voir des gens aussi insoupçonnables que Péan et Durand traînés devant les tribunaux pour incitation à la haine raciale. La cour a balayé cette infamie d’une relaxe pure et simple (tout comme l’accusation conjointe de diffamation) et c’est très bien comme ça.

Mais l’affaire était aussi curieuse, et à plus d’un titre. C’est SOS-Racisme qui est à l’origine de la campagne anti-Péan, puis du procès qui s’en est suivi, constamment soutenue et relayée par l’UEJF, l’Union des Etudiants Juifs de France. On se serait attendu à ce que l’Etat rwandais, très attaché à réécrire de façon univoque l’histoire des massacres de 1994 et du rôle supposé de la France dans l’affaire, aurait été partie prenante au procès ou aurait au moins téléguidé, comme cela se fait couramment, une association croupion pour se faire représenter. Cela n’a pas été le cas ou, plutôt, c’est SOS qui tenait ce rôle.

Quant à l’UEJF, on a beau savoir qu’elle entretient des relations plus qu’étroites avec SOS-Racisme, et donc, de fait, avec certains dirigeants du PS, on se demande vraiment ce qu’elle allait faire dans cette aventure. Ou plutôt on se le demandait jusqu’au 2 septembre dernier, date à laquelle son ancien président Benjamin Abtan, s’est livré à un exercice particulièrement abject devant le tribunal. Nous sommes au deuxième jour du procès et Benjamin Abtan pense avoir trouvé l’arme absolue contre Péan et Durand. Il déclare avoir tenté de remplacer le mot « tutsi » par « juif » dans l’ouvrage de Pierre Péan, et n’avoir pu s’empêcher de faire le lien avec Mein Kampf. D’après l’AFP l’ancien président de l’UEJF, a par ailleurs affirmé avoir rencontré des rescapés des massacres rwandais qui étaient saisis de peur à l’évocation du nom de Pierre Péan, « une émotion qui dans les références qui sont les miennes ne peuvent que me rappeler l’effet du nom Faurisson sur les rescapés de la Shoah ».

Voilà donc à quoi servait l’UEJF dans ce dispositif : à exciper de sa raison sociale juive pour poser l’équation : Rwanda = Shoah, et donc Péan = négationniste = raciste. Partant de là, la cour savait ce qui lui restait à faire… On sait que le tribunal a préféré ramener ces accusations à de plus justes proportions, c’est-à-dire à néant.

N’empêche, ces procédés inqualifiables, de banalisation, d’instrumentalisation et quasiment de prostitution de la Shoah, en disent long sur la moralité de leurs auteurs et la bêtise ne saurait être une circonstance atténuante. Elles en disent long aussi sur la contre productivité absolue d’une certaine hystérie mémorielle et judiciaire, dont l’extinction n’est pas à l’ordre du jour. D’ailleurs, dans cette affaire, SOS-Racisme a annoncé son intention de faire appel. Une déclaration un rien imprudente, à mon avis, au vu du dossier, Dominique Sopo et ses amis feraient mieux d’en rester là, et c’est sûrement ce qu’ils feront, même s’ils affirment pour l’instant l’inverse.

Ce ne serait pas la première fois que SOS-Racisme fait l’exact contraire de ce qu’elle dit vouloir faire, comme le prouve amplement son seul nom…

Noires fureurs, blancs menteurs: Rwanda 1990/1994

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Pyrénées atlantistes

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Selon nos confrères de Libération, François Bayrou aurait déclaré : « L’élection de Barack Obama est une porte qui s’ouvre dans un mur. » Le président du Modem devrait se méfier avant de se réjouir : n’est-il pas au courant que le nouveau président américain entend supprimer le programme Echelon, plus connu sous le nom des « Grandes Oreilles » ? Selon Le Figaro, François Bayrou aurait rajouté : « Après le désastre des années Bush, l’élection de Barack Obama fait que le monde respire mieux. » Il a raison, mais ce n’est pas politique qu’il aurait dû faire, le Béarnais déchainé, c’est ORL.

L’homme sans qualité

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C’est le lot des nations qui se rappellent, en soufflant les bougies du gâteau, qu’un jour elles écrivaient l’histoire : la France aime les anniversaires. On commémore, on se souvient, on évoque, on remémore et on ressasse, on exerce son devoir de remembrance, on se repasse le film et on joue les remake. Les années où l’on n’a pas d’abattis suffisamment présentables à exposer au Panthéon, on se contente d’accrocher un brin de Vergissmeinnicht à sa boutonnière patriotique. L’odeur des chrysanthèmes nous est tellement montée à la tête qu’on ne se demande même plus pourquoi Victor Hugo écrivait dans Quatre-Vingt-Treize ce qui depuis cinq mille ans constitue la sagesse des nations : « Quel bienfaiteur pour l’humanité qu’un distributeur d’oubli ! » Et l’on se reprend de ces mauvaises idées. On se sniffe discretos un stick de naphtaline. Y a pas à dire, ça requinque.

Rien qu’en 2008 – et l’année n’est pas finie –, on aura donc fêté le quarantième anniversaire de mai 68, le cinquantième anniversaire de ce qui reste de la Ve République, le quatre-vingt-dixième anniversaire de l’armistice de la Grande Guerre, sans compter le trentième anniversaire de la mort de Jacques Brel et le quarante-cinquième de celle d’Edith Piaf… Cette effervescence commémorative nous aurait presque fait oublier que 2008 est aussi l’année du quatre-vingt-dixième anniversaire de l’inscription de Gaston Monnerville au barreau de Toulouse. Manquerait plus que ça !

Ah, Gaston Monnerville ! Président du Conseil de la République, devenu le Sénat en 1959, il est resté pendant vingt-deux ans le deuxième personnage de l’Etat. Un record historique ! Un record d’autant plus époustouflant qu’il présida la Haute Assemblée sous les deux septennats du général de Gaulle tout en étant l’un des adversaires les plus acharnés du chef de l’Etat. C’est Monnerville qui en 1962 accusa Georges Pompidou de « forfaiture », avant de dénoncer le « viol de la Constitution » par le général de Gaulle… On connaît la suite et la réponse du général : « On ne viole pas sa femme. » Tante Yvonne, toujours consentante ?

Il n’en reste pas moins qu’alors que François Mitterrand s’essuyait encore le lait qui lui perlait du nez Gaston Monnerville avait une légitimité incontestable. Il était venu à la politique dans les années 1930 avant d’être nommé secrétaire d’Etat sous le Front populaire. Durant la guerre, il avait rejoint les maquis du Cantal, devenant l’une des figures de la résistance auvergnate. C’était l’un des plus brillants orateurs politiques de la République, de la trempe d’un Gambetta ou d’un Jaurès, et, surtout, l’un des tacticiens dont l’habileté à la manœuvre aurait fait passer le cardinal Mazarin pour le premier sciocco venu.

Monnerville avait du talent. Il avait du panache – ce qui jamais ne gâche rien. Il avait du courage – ce qui relève du miracle chez un radical. Et voilà toute la différence entre Gaston Monnerville et Patrick Lozes : le premier avait du cran, le second le préside. Je suis bête et vous prie de m’excuser d’avoir omis de mentionner une chose : Monnerville était noir. Sur l’échelle Gobineau de la diversité, qui s’étend du gris pâle au noir profond, Monnerville était très coloré. Plus coloré en tout cas que Barack Obama. Et, puisque le temps en est à célébrer le culte des origines et de la pigmentation cutanée, Monnerville était guyanais et petit-fils d’esclave. Le voilà outé.

Tandis que chaque jour pendant vingt-deux ans deux huissiers endimanchés d’une queue-de-pie mal ajustée accompagnaient Gaston Monnerville jusqu’au Plateau, tiraient vers l’arrière son fauteuil afin qu’il pût s’asseoir et déclarer d’un ton solennel l’ouverture de la séance, rappelant au règlement ministres et sénateurs, négociant au forceps l’ordre du jour de la Haute Assemblée avec le gouvernement, les Gaston Monnerville états-uniens avaient le choix de baisser la tête quand ils croisaient un white anglo-saxon protestant ou d’exceller en jazz pour se casser des States et émigrer dans les caves germanopratines. Quand le chauffeur de la présidence du Sénat ouvrait la porte de la DS républicaine à notre Gaston national afin qu’il puisse bien se caler au fond des sièges, outre-Atlantique on indiquait à Rosa Parks que sa place était là-bas, au fond du bus.

Ce n’est qu’une différence bien maigre, puisqu’elle tient essentiellement à l’usage des transports collectifs ou privés, mais cela fait toute la différence. Si personne pendant vingt-deux ans ne s’est inquiété, dans cette France moisie, réputée raciste et négrophobe, qu’un homme tel que Gaston Monnerville fût le deuxième personnage de l’Etat, c’est que son talent et sa valeur balayaient à des rangs subsidiaires toute autre forme de considération. Pour résumer d’un point de vue strictement gaulliste : Monnerville était beaucoup plus emmerdeur que noir… N’est-ce pas ce qui compte en politique ?

Je veux bien que Patrick Lozes, président du Cran (Conseil représentatif des associations noires), profite de l’élection de Barack Obama pour réclamer en France un président noir – nous en avons eu quelques-uns de marron, ça ne va pas nous changer beaucoup – et oublie au passage que son propre père Gabriel avait eu, lui, le talent, de se faire élire sénateur sous la IVe République. Les Etats-Unis découvrent seulement aujourd’hui qu’en politique la couleur de la peau ne fait pas tout (et ils vont, dans les prochains mois s’en rendre compte encore davantage). Après avoir abandonné il y a tout juste quarante ans leur odieuse politique ségrégationniste, nos amis américains découvrent ce qu’ici nous connaissons depuis près de quatre siècles, quand ce Rital de Giulio Mazarino conduisait la France de Louis XIII à des succès diplomatiques et militaires dont les effets se font encore sentir aujourd’hui (les traités de Westphalie n’ouvrent-ils pas l’ère de la politique moderne ?).

Malraux, dont la propension à broyer du noir accompagnait au fil des ans sa soif à devenir de plus en plus brun, a établi définitivement le programme de la modernité politique dans Les Noyers de l’Altenburg : « L’homme est ce qu’il fait. » Qu’on nous objecte que les Etats-Unis aient inventé et mis en place l’affirmative action quand la France se contentait de tenter de faire vivre le modèle républicain relève du plus malfaisant révisionnisme historique. D’abord, parce que la France pratique l’affirmative action depuis bien plus longtemps que les Etats-Unis : le système redistributif qu’est, par exemple, la Sécurité sociale est le parangon de toute discrimination positive (on donne plus à ceux qui ont moins)… On peut reprocher beaucoup de choses à notre vieux pays, mais jamais la France n’a pratiqué l’apartheid et n’a fait de la pigmentation cutanée un fait institutionnel : au nom de quoi devrait-elle aujourd’hui réparer une faute dont elle n’est pas entachée mais que les Américains, eux, ont commise ? Catholiste, je suis assez favorable à la repentance et à la correction fraternelle. En tout lieu, en tout temps, mais pas à la place des autres.

La retraite à 70 ans, dernier coup de vice des baby-boomers

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Il y a dix-huit ans, en 1990, une consœur journaliste et néanmoins amie, Jacqueline Remy, publiait aux éditions du Seuil un essai prémonitoire et injustement oublié intitulé Nous sommes irrésistibles, critique d’une génération abusive. Elle y défendait la thèse que les « baby-boomers », c’est-à-dire les gens nés entre 1945 et 1955, s’étaient emparé des leviers de commande de la société française dans le sillage de mai 68, et en avaient profité pour réorganiser à leur profit les structures politiques, économiques et sociales de notre pays. Selon elle, ils sont parvenus à fermer à la génération suivante l’entrée sur le marché du travail et l’accès aux postes de pouvoir, à orienter les systèmes de redistribution (retraites, santé etc..) dans un sens qui leur était favorable, et à monopoliser les postes-clés dans la haute administration, les médias, et les entreprises du CAC40.

Cette intuition géniale allait être reprise, une quinzaine d’années plus tard par des très sérieux universitaires comme Louis Chauvel, qui développe la théorie d’une « fracture générationnelle » qui se superposerait à la fracture sociale. Celle-ci provoquerait des frustrations spécifiques au sein d’une jeunesse à laquelle il ne resterait plus qu’à payer la note des frasques financières de leurs ascendants, en terme d’allongement du temps de travail au cours de la vie, de hausse des prélèvements obligatoires, de charges de remboursement de la dette publique.

Déjà, l’Insee constate que le revenu moyen des retraités est supérieur à celui des actifs, et la Cour des comptes vient tout juste de rendre public un rapport établissant que les plus de soixante-cinq ans contribuent moins à la solidarité nationale (cotisation sécu, RDS, etc.) que leurs cadets.

Il restait quelques dernières barrières à faire sauter pour que cette génération puisse se maintenir encore quelque temps aux manettes et dans une confortable aisance financière: la loi qui permet à un employeur de mettre d’office à la retraite ses salariés âgés de plus de soixante-cinq ans, et celle qui plafonne le cumul des revenus emploi-retraite au montant du dernier salaire perçu en activité.

L’affaire est désormais sur les rails, grâce à un amendement à la Loi de finances déposé fin octobre par le député UMP de la 2e circonscription de la Moselle, Didier Jacquat, né en 1944 et exerçant, quand il ne fait pas le député, la profession de médecin oto-rhino-laryngologiste. La mention de tous ces détails me paraît nécessaire, car il est à prévoir que « l’amendement Jacquat » va faire sortir son auteur de l’anonymat qui est le lot de la plupart des parlementaires, bien connus dans leur circonscription, mais ignorés par le reste de la population. Comme le ministre du Travail, l’ambitieux Xavier Bertrand, ne s’est pas opposé à cet amendement, l’Assemblée l’a adopté derechef, et on ne voit pas le Sénat, vu sa composition politique et générationnelle, y faire obstacle.

La gauche, toujours à coté de la plaque, est montée au créneau sur le thème « On va forcer les pauv’ travailleurs déjà épuisés par une vie de galérien à bosser jusqu’à 70 balais, car on vous voit venir, vous dites que cela se fera sur la base du volontariat, mais on connait les méthodes des patrons… »

En fait, les experts de la chose sociale prévoient que ces mesures pourraient produire des effets aux deux extrémités de l’échelle sociale: chez les travailleurs précaires et mal payés qui vont en allongeant leur durée de cotisations arrondir une maigre pension, et chez les cadres supérieurs qui appréhendent d’être obligés quitter leurs postes prestigieux, confortables et bien rémunérés le lendemain de leur soixante-cinquième anniversaire.

C’est cette dernière catégorie, composée aujourd’hui de baby-boomers bien décidés à s’agripper au cocotier, qui se frotte les mains, et les quadras et quinquas qui vont se trouver bloqués dans leurs espoirs de promotion pour un bon bout de temps.

Il y a dans la situation ainsi créée tous les ingrédients qui peuvent nourrir une nouvelle révolution « bourgeoise » contre les nouveaux privilégiés à cheveux gris, avec bronzage permanent pour les messieurs, lifting annuel pour les dames. Les « bataillons de la jeunesse » célébrés par Aragon pendant sa période stalinienne vont-ils à nouveau surgir, prendre les armes et pendre Jacquat à la lanterne ? Du haut de mes soixante-cinq balais, je brandis d’ores et déjà le drapeau blanc de la reddition !

Nous sommes irrésistibles. (Auto)critique d'une génération abusive

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C’est nous les Africaines…

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Bertrand Delanoë et Martine Aubry n’ont cessé de le répéter au micro des journalistes ces trois derniers jours : la France aurait tout à gagner à suivre la voie ouverte par les Américains qui ont accordé leurs voix à Barack Obama. Pour trancher avec une classe politique française assez monochrome, Bertrand Delanoë et Martine Aubry auront tout loisir de mettre en accord leurs vœux pieux avec leurs actes en votant pour Ségolène Royal au Congrès de Reims. Née à Dakar en 1953, Ségolène Royal deviendrait ainsi la première Africaine de l’histoire à accéder au poste de premier secrétaire du Parti socialiste. His-to-ri-que ! His-to-ri-que ! His-to-ri-que !

Félicitations, Barack Obama !

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Je vous adresse mes félicitations pour avoir été capable d’attirer la majorité des votes des participants lors de ces élections présidentielles.

Toutes les nations du monde, et en particulier le peuple américain, attendent des changements fondamentaux et clairs dans les politiques intérieure et étrangère de Washington.

Vous savez que les occasions accordées par Dieu passent.

J’espère que vous saurez préférer les intérêts du peuple aux exigences rapaces d’une minorité égoïste, et saisirez l’opportunité qui vous est offerte pour servir le peuple afin qu’on se souvienne de vous avec une haute estime.

La liste des critiques qu’on peut adresser à l’Amérique est longue : la politique militariste, l’occupation, l’intimidation, le mensonge, l’humiliation et l’imposition de relations injustes et discriminatoires, qui font que l’Amérique est détestée par la plupart des nations.

La grande nation iranienne se réjouit des changements fondamentaux et justes dans la politique américaine, spécialement dans la région.

Les peuples du monde attendent que les Etats-Unis optent pour la justice, le respect du droit des nations, la non-ingérence, et que les interventions du gouvernement américain se cantonnent dans les limites géographiques de leur pays.

Si vous mettez vos pas dans ceux des grands prophètes, alors vous serez soutenus par Dieu.

Traduit et adapté par Marc Cohen, d’après les communiqués des agences officielles iraniennes Irna et Isna.

Et pendant ce temps-là, en Somalie…

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Personne n’aura remarqué une dépêche de l’agence Reuters faisant part de la lapidation, le 28 octobre, d’une enfant somalienne de 13 ans à Kismayo. Son crime ? Avoir été violée par 3 adultes, alors qu’elle se rendait à pied à Mogadiscio pour y visiter sa grand-mère… Et d’avoir eu la naïveté d’aller se plaindre aux autorités, croyant se placer ainsi sous leur protection… Verdict : la petite victime a été condamnée à la mort par lapidation pour adultère. Conformément à la tradition, la sentence a été exécutée en public devant plusieurs centaines de spectateurs enthousiastes. Peu soucieuses sans doute de pousser au choc des civilisations, les organisations féministes auront été d’une efficacité exemplaire dans la non-médiatisation de ce crime. A moins qu’elles aient été trop occupées à dénoncer le risque mortel que McCain et Palin représentaient pour les droits des femmes du monde entier…