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J’ai un doute

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La plupart des journaux européens annoncent que la présidence française de l’Union, qui s’est ouverte officiellement aujourd’hui à minuit (heure de Bruxelles), commence dans un climat de doute. Lech Kaczynski, qui adroitement a troqué ses habits de plombier polonais contre ceux de président, entend ne pas ratifier le traité de Lisbonne « devenu sans objet depuis le non irlandais ». On aurait dû conseiller à Nicolas Sarkozy de ne pas prendre cette présidence qui commence un 1er juillet, fête de saint Thomas l’Apôtre.

Criminels non discriminés

Le 1er juillet, l’Etat de Californie doit en principe mettre fin à la répartition des détenus par race et/ou religion dans ses prisons. Les Noirs étaient jusqu’ici regroupés avec les Noirs, les Latinos avec les Latinos, les membres de la Fraternité Aryenne avec leurs semblables, etc. Une avancée pour l’intégration, selon des blogs comme talkleft, qui n’est pourtant pas sans nourrir quelques inquiétudes : les « porte-paroles » de différents gangs ethniques promettent déjà des émeutes si leurs « droits » communautaires devaient être entamés.

L’homme révolté

15

La Schwarzwälder Kirschtorte est un appétissant gâteau que nous autres Allemandes consommons entre nous dans des pâtisseries, où l’on veille scrupuleusement à maintenir élevés notre taux de médisance et de diabète. Cela s’appelle un Kaffeeklatsch (littéralement un café-ragots).

– Vous prendrez quoi, Frau Kohl ?
– Quelque chose de léger, je sors de déjeuner…
– Une Schwarzwaldtorte ?
– Oui, volontiers. Et un café, avec sucrettes !

Voilà plus de vingt ans que nous devions nous serrer la ceinture pour plaire à nos maris et nous contenter de minables ersatz pour sucrer nos cafés. Or, il n’y a rien de pire au monde que de devoir accompagner une succulente Schwarzwaldtorte et d’admirables médisances d’un café aspartamé à outrance.

Maintes fois, mes papilles ont éprouvé un dégoût si profond de la saveur métallique de la saccharine que je me suis vue, en songe, en train de pisser sur la tombe de Remsen et Fahlberg[1. Remsen et Fahlberg sont au sucre de synthèse ce que Parmentier fut à la pomme de terre : son inventeur.]. Et puis, pourquoi ne pas le dire, outre-Rhin ce genre d’ersatz nous replonge inéluctablement dans les tréfonds douloureux de la deutsche Vergangenheit : quand j’entends le mot sucrette, je sors mon revolver.

Or, nous voici aujourd’hui libérées, grâce à Elle, le magazine français qui libère les femmes et titre cette semaine : « Arrêtez de maigrir ! », « Le cri de révolte des hommes. » Quand j’ai lu ça hier après-midi, j’ai pensé instinctivement que cela devait être vrai : les mecs préfèrent les grosses autant que les grosses préfèrent les mecs. Enfin, je parle pour moi.

Et puis, comment ce magazine, nec plus ultra de la presse féminine mondiale, pourrait-il se tromper, lui qui depuis sa création en 1945 n’a jamais consacré une seule de ses couvertures au régime ni à la minceur. C’était donc ça ! Les décennies de silence de ces dames de Elle sur le poids des femmes n’étaient pas le pur fait de la courtoisie ni de la solidarité féminine : le coup était préparé depuis plus de cinquante ans.

Mais il faut y regarder à deux fois. « Arrêtez de maigrir, le cri de révolte des hommes » : le titre est plus politique qu’il n’y paraît. La rédaction de Elle s’engage, comme on dit à Marianne et alentours, dans une guerre sans merci contre l’hydre sarkozyste et les vieux démons altoséquanais. Le couteau entre les dents, les amazones de chez Elle arrêteront le combat lorsque Carla Bruni aura atteint le poids de Tante Yvonne et Germaine Coty réunies. En dessous de cent kilos, une première dame de France n’en est pas véritablement une.

Rassérénée par cette lecture, j’ai repris une deuxième part de Schwarzwaldtorte et tancé la serveuse de chez Hafendoerfer : « Donne-moi du sucre, du vrai ! Tu veux que Willy vienne te pousser son cri de révolte ou quoi ? » Défaite, elle m’a apporté un assortiment complet de sucre blanc, roux, candy et de canne[2. Je me dois d’informer mes aimables lecteurs qu’après douze sucres un café devient imbuvable.].

Repue, je suis sortie de la pâtisserie pour me précipiter chez le boucher. Depuis que je suis mariée à Willy, les paradis charcutiers me sont interdits par le zèle végétarien de mon époux. Libérée pour libérée, je me suis plongée à corps perdu dans des montagnes saucissières. La saucisse (nous en comptons plus de mille sortes de Hambourg à Munich) est l’apport allemand le plus précieux à la gastronomie mondiale. Les Italiens ont mondialisé la pizza ; les Chinois, le nem ; les américains, le hamburger. Il n’est que les Français qui n’ont jamais su rien imposer au monde en matière de gastronomie : il n’est pas né celui qui verra les fast-food américains, chinois, italiens ou les vendeurs de hot-dogs à la sauvette remplacés par une chaîne spécialisée dans l’escargot de Bourgogne[3. Au cas où il se trouverait néanmoins un serial entrepreneur bourguignon qui veuille reprendre l’idée à son compte, je la lui revends volontiers contre trois caisses de Pommard.].

Lorsque, hier soir, Willy s’est retrouvé attablé face à deux kilos de saucisses, il a tenté une rébellion.

– C’est quoi cette blague ?
– Comment une blague ? Tu vas me la finir, ta Brotwurst !
– Et d’une, je suis végétarien. Et de deux, tu devrais, ma chère Trudi, penser à ton régime !
– Mon quoi ?… Cet après-midi, tu la jouais Albert Camus, homme révolté et tout le bastringue dans Elle. Et ce soir tu veux me coller au régime. Faudrait savoir !

Bien sûr, Willy n’a rien compris. Il était planté là, devant moi, et me regardait.

– Allez, Willy, dis-moi quelque chose de gentil…
– …tu n’aurais pas perdu du poids ?

Balle mortelle

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Alors que la Mannschaft s’effondrait hier soir devant les Espagnols, Arte consacrait une soirée tout entière à un joyeux sujet : « Mourir, la belle affaire ». Les programmateurs d’Arte, qui ont retenu de Paul Celan que la mort est un maître d’Allemagne (« der Tod ist ein Meister aus Deutschland »), le savaient avant tout le monde : hier soir c’était mort pour l’Allemagne.

Mauvais pour l’image ?

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Qui y avait-il dans le carré VIP du concert quasi-privé de NTM donné pour quelques privilégiés à l’Olympia lundi dernier ? Jamel, Diam’s, Lord Kossity, Melissa Theuriau, Harry Roselmack, Julie Depardieu, Jean-Charles de Castelbajac, sans oublier Clotilde Courau venue avec son époux, le prince Emmanuel de Savoie. Bref, que du beau monde, comme vous pourrez le constater de visu dans vos hebdos people de la semaine prochaine. Pas la peine, en revanche de rechercher des images d’Olivier Besancenot une coupe de champagne à la main. Il était certes présent, mais a formellement interdit qu’on le prenne en photo… Rappelons que c’est ce week-end que les comités pour un « Nouveau Parti Anticapitaliste » tenaient leur première réunion nationale à la Plaine Saint-Denis.

La déocratie, le mal des mots

18

Le monde, quoiqu’en disent les niaiseux et les pleurnichards, est bien fait. Les questions fondamentales et existentielles trouvent, fort heureusement, des réponses rapides, certaines et non opposables. Par exemple : « Qu’est-ce que George Clooney a de plus que moi ? » La réponse est « rien ! » Réponse rapide, certaine et non opposable.

L’ennui vient ensuite de ce que l’existentiel, l’important et le fondamental ayant été expédiés au carré de la vitesse de la lumière, nous restons dans la patouille à nous baguenauder avec des questions fort secondaires, dont celle-ci : comment expliquer la fadasserie consensuelle de notre époque ? On se casserait les neurones à trouver par quel bout prendre non seulement la question, mais surtout la réponse. Incolore, inodore et sans saveur cette époque ? Conforme en un mot, cons formés, cons formatés, voila une piste… Incolore, sauf le rose-Barbie des optimistes ou le noir kelvinien des pessimistes. Sans saveur, sauf le tiède-mou-sucré des fast-foodeurs télévisuels qui parlent tous pareil. Sans odeurs ? Certes, oui. Les mots n’ont plus de sens, on ne les sent plus ! Passé au Rexona, le vocabulaire ! Le déodorant du verbe est devenu la première règle grammaticale du newspeak (en français : novlangue).

Le mal remonte à loin, quand ces cuculs de post-soixante huitards américains en ont passé des énormes couches, de déodorant sur la langue. Tous libéraux (en français : de gauche) ils ont inventé les malvoyants (en français : les aveugles), les malentendants (en français : les sourds), les personnes de petite taille (en français : les nains). Les noirs sont devenus des Afro-américains, les indiens des Américains natifs et les blancs des Caucasiens. « Ça vous fait quoi d’être Caucasien, ça vous gratouille ou ça vous chatouille ? », aurait demandé Jules Romains… C’est ainsi qu’est née la déocratie, cette époque maudite des maux pas dits, des mots qui ne sentent rien. Des mots non agressifs, non choquants, pleins de culpabilité, dégoulinant d’amour du prochain, pas un mot plus haut que l’autre, et je ne veux voir qu’une tête, au bas mot.

J’en étais là de mes réflexions lorsque me subjugua une déprime instantanée : ce qui s’applique aux mots, s’applique pareillement aux phrases, aux discours entiers. Syntaxe, priez pour nous ! Faire dire aux mots ce qu’ils ne disent pas, les passer au déodorant, ne pas choquer. Il me souvient, moi qui ai le privilège d’être vieux (pardon, senior !), d’avoir entendu à la radio un préfet de la République, celui de la Sarthe peut-être, dire au mégaphone à un fort-chabroleur bien énervé : « Fais pas de conneries ! ». Que croyez vous qu’il lui arriva ? Fut-il félicité d’avoir empêché un bain de sang ? Que nenni, madame la Marquise, il fut limogé dans l’heure pour avoir « mal parlé » par un ineffable sinistre de l’Intérieur. Le premier à mériter le titre de Superdéo, qui châtia le préfet pour ne pas avoir châtié son langage. Châtié : du latin castigare, punir. La déocratie punit le langage et ceux qui sentent les mots. Parler, écrire c’est comme faire l’amour : il s’agit de faire naître puis croître le plaisir, de s’y abandonner. Avez-vous déjà fait l’amour à une créature douchée et déodorisée de frais ? La chose assurément est frustrante, il faudra vous agiter plus que de coutume pour faire jaillir la sueur dont l’odeur fine (mais si…) déclenchera tous les réflexes indispensables à une heureuse convulsion. Sinon l’affaire se terminera par une banale niquette. Niquette ? De l’arabe, troisième personne du présent de l’indicatif du verbe naïk, faire l’amour, soit i-nik. I-nik, Inique ? Si vous pensez à mal, c’est vous qui l’êtes, inique (qui manque gravement à l’équité, qui est injuste de façon criante, excessive[1. Toutes ces définitions sont à voir sur le site du Centre national des ressources textuelles et lexicales qui, comme moi, mais moins que moi, gagne à être connu.]).

Bon vous n’aimez point que l’on ne nique ni ne fornique, alors bernique. Pop. [Exprime le désappointement] plus rien, plus rien à faire. Vient du vieux français bernicle (rien, non). Même source. En voila un mot qui sent bon, bernique.

Les petits doigts se lèvent, les lèvres se pincent en accent circonflexe ? Tentons alors une autre explication, musicale celle-là, afin de convaincre les beaux esprits par une translation de l’olfactif à l’auditif. La musique, c’est ce truc qui fait du bruit, mais pas n’importe comment : selon des règles de rythme et de mélodie ; et qui produit des émotions… Qu’il s’agisse du Bayerischer Defilier Marsch (demandez à Trudi Kohl, elle vous expliquera, cette bonne Gertrude) ou du trio opus 100 de Schubert, D 929. Et maintenant fermez les yeux et imaginez la musique selon Richard Claydermann ou André Rieu et vous saurez ce qu’est la déolangue de la déocratie.

J’en étais là de mes réflexions, lorsque je suis tombé sur un texte édifiant de David Morley. Il enseigne, que dis-je, il professe à l’université de Warwick dans le Youkey et a commis un ouvrage intitulé Creative Writing. David Morley cite le poète C. D. Wright : « Si tu ne maîtrises pas le langage, il te maîtrisera. » Tout est dit, circulez, y a plus rien à voir, à entendre, à sentir. Eli, Eli, lama sabaktani, tout est consommé comme disait un grand anticonformiste crucifié par les Romains il y a deux mille ans. La messe est dite, la langue et le langage ont été flowerpowerisés, désodorisés. La déocratie a gagné. C’est d’époque ! Le Schein l’a emporté sur le Sein (allo Trudi ?). Et pour les benêts-niais qui n’auraient pas encore compris, David Morley en rajoute une : la précision du langage, dit-il, est une menace pour les autorités dont le pouvoir provient de leur capacité à formuler des illusions. Et pour y parvenir elles sapent et tordent la langue.

In cauda venenum

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Où ne va pas se nicher la Causeur’s touch ? Voilà comment la redaction de Libération.fr conclut son compte rendu – non signé – de la Gay pride. « Alors qu’ils avaient brillé par leur absence dans le cortège syndical lors de la mobilisation pour la défense des 35 heures, mi-juin, les dirigeants socialistes étaient en nombre dans les rangs de la Gay pride samedi. En tête de défilé, autour des responsables de l’Inter-LGBT, on trouvait la première adjointe du maire de Paris, Anne Hidalgo, le président de la Région Ile-de-France Jean-Paul Huchon, Adeline Hazan, la nouvelle maire de Reims et l’ancien ministre de la Culture Jack Lang. » Il y en a qui vont se faire tirer les oreilles ce lundi, quand les commissaires politiques du journal seront rentrés de leur week-end à Trouville…

Auto-destruction

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Quarante ans après Ian Palach, un automobiliste vient d’immoler sa voiture pour protester contre le prix de l’essence. Prêt à tous les sacrifices pour défendre son droit inaliénable à rouler en bagnole, l’homme occidental donne au monde ébahi une belle leçon d’héroïsme. Les islamistes kamikazes et marchands de pétrole qui nous croyaient nantis, repus et apathiques vont comprendre de quoi nous sommes capables. La peur va changer de camp.

La tête à Dada

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Montaigne était tellement sentencieux qu’il écrivit des choses aussi stupides que : « Il vaut mieux une tête bien faite qu’une tête bien pleine. » En réaction aux idioties montaignesques, le peintre Luigi Apatti – l’un des pires de sa génération – exécuta le tableau intitulé Il vaut mieux un lit bien fait qu’une couette trop pleine, puis, se ravisant, peint par-dessus ce repentir connu sous le nom de La tête à Dada.

Luigi Apatti, La tête à Dada. Huile sur toile, 1695. Maison de la literie, Neuilly-sur-Seine.

Oui à la loi Hadopi

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La volée de bois vert servie aux 52 artistes qui ont lancé cette semaine un appel en faveur de la loi Hadopi sur le téléchargement illégal appelle quelques commentaires. Rassurez-vous, je ne dirai rien sur le fond de l’affaire, ou alors pas grand chose, mais bon, si, un peu quand même. Si vous êtes assez cruchon pour croire que la musique doit être gratuite, je crois que je ne peux rien pour vous. Même motif, même punition si vous pensez, comme on le lit souvent sur le web, que la déconnection d’Internet équivaut, à une « condamnation à la mort sociale ». Recevez, en prime, l’expression de toute ma compassion pour ce que doit être votre « vie sociale ».

En revanche, si vous craignez que la fameuse « riposte graduée » soit disproportionnée au délit, là, on peut échanger quelques idées. Et je crois bien que j’ai en rayon de quoi vous rassurer. Tout d’abord, comme qui dirait, la riposte est graduée : il ne s’agit pas de couper l’accès à Internet dès la première infraction, mais après le troisième avertissement ! Si on est assez benêt pour refaire trois fois la même bêtise alors qu’on sait que Big Brother vous a déjà personnellement à l’œil, est-on vraiment digne d’appartenir à la grande famille de l’intelligence virtuelle ?

Si je ne vous ai pas convaincu, tentons une autre approche. Essayez, juste pour voir, d’aller voler le dernier CD de Manu Chao à la Fnac ou chez Auchan. Dès qu’on vous aura relâché du commissariat du coin avec une bonne engueulade et peut-être, en prime, une convocation chez le juge, retournez immédiatement dans le même magasin pour vous procurer à l’œil le coffret collector de l’intégrale James Bond en quarante DVD ; imaginez la suite dès que le vigile aura exprimé son désaccord avec votre conception de l’accès libre aux biens culturels. Honnêtement, après ces deux tentatives, je ne crois vraiment pas que vous aurez envie de revenir dans le même magasin, ni d’ailleurs que vous serez libre de le faire…

Voilà pour le fond ; pour la forme, deux bricoles ont attiré mon attention. Tout d’abord, on moque beaucoup sur le net le plus célèbre de ces 52 signataires, en l’occurrence Johnny Hallyday. Que lui reproche-t-on en substance (l’avantage du résumé sur le verbatim, ce n’est pas qu’il vous permet de prendre plus rapidement connaissance des attaques anti-Johnny – surtout quand l’auteur fait des parenthèses interminables – mais qu’il vous épargne l’orthographe et la syntaxe djeunz) ? Donc, on l’accuse de vouloir, lui, gagner quelques millions en plus sur le dos de ses malheureux fans internautes. Ça, c’est vraiment pas gentil ! Et surtout, que c’est totalement faux. De tous les artistes français, Johnny est celui qui souffre le moins du téléchargement illégal. A chaque fois qu’il sort un disque, son public ne veut pas seulement écouter les chansons, il persiste à vouloir aussi acheter son CD avec sa tronche dessus. On en déduira que le vrai crime de Johnny, c’est d’être solidaire de ses collègues, qui eux, perdent leur chemise avec le téléchargement. A moins qu’en vrai, on lui en veuille d’être d’accord avec l’UMP ou avec Sarkozy, un délit que, bizarrement, la loi ne sanctionne pas, y’a pas de hasard !

L’autre bricole qui m’a amusé, c’est la signature de Diam’s en bas de ce texte. Je ne suis pas totalement sûr que les auteurs de la pétition aient eu raison de faire appel à elle. Non pas que Diam’s n’ait rien à dire sur le sujet, mais quand elle s’exprime sur la question, elle le fait souvent avec un certain manque de finesse qui risque in fine de décrédibiliser la cause ; ainsi a-t-elle comparé, à plusieurs reprises, le téléchargement illégal à un viol. A sa décharge, il semblerait que Diam’s n’ait pas toujours une vision très claire de ce qui constitue une infraction aux lois de la République (ni peut-être de ce qu’est la République elle-même). A moins que ma mémoire ne me joue des tours et que ce ne soit pas elle, mais Tino Rossi qui a chanté « Ma France à moi elle (…) se démène et vend de la merde (NB : du shit) à des bourges. » Toutes choses qu’un rappeur mal intentionné pourrait résumer ainsi : « Le MP3, t’as pas le droit, deale donc du shit, ça c’est licite. »

J’ai un doute

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La plupart des journaux européens annoncent que la présidence française de l’Union, qui s’est ouverte officiellement aujourd’hui à minuit (heure de Bruxelles), commence dans un climat de doute. Lech Kaczynski, qui adroitement a troqué ses habits de plombier polonais contre ceux de président, entend ne pas ratifier le traité de Lisbonne « devenu sans objet depuis le non irlandais ». On aurait dû conseiller à Nicolas Sarkozy de ne pas prendre cette présidence qui commence un 1er juillet, fête de saint Thomas l’Apôtre.

Criminels non discriminés

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Le 1er juillet, l’Etat de Californie doit en principe mettre fin à la répartition des détenus par race et/ou religion dans ses prisons. Les Noirs étaient jusqu’ici regroupés avec les Noirs, les Latinos avec les Latinos, les membres de la Fraternité Aryenne avec leurs semblables, etc. Une avancée pour l’intégration, selon des blogs comme talkleft, qui n’est pourtant pas sans nourrir quelques inquiétudes : les « porte-paroles » de différents gangs ethniques promettent déjà des émeutes si leurs « droits » communautaires devaient être entamés.

L’homme révolté

15

La Schwarzwälder Kirschtorte est un appétissant gâteau que nous autres Allemandes consommons entre nous dans des pâtisseries, où l’on veille scrupuleusement à maintenir élevés notre taux de médisance et de diabète. Cela s’appelle un Kaffeeklatsch (littéralement un café-ragots).

– Vous prendrez quoi, Frau Kohl ?
– Quelque chose de léger, je sors de déjeuner…
– Une Schwarzwaldtorte ?
– Oui, volontiers. Et un café, avec sucrettes !

Voilà plus de vingt ans que nous devions nous serrer la ceinture pour plaire à nos maris et nous contenter de minables ersatz pour sucrer nos cafés. Or, il n’y a rien de pire au monde que de devoir accompagner une succulente Schwarzwaldtorte et d’admirables médisances d’un café aspartamé à outrance.

Maintes fois, mes papilles ont éprouvé un dégoût si profond de la saveur métallique de la saccharine que je me suis vue, en songe, en train de pisser sur la tombe de Remsen et Fahlberg[1. Remsen et Fahlberg sont au sucre de synthèse ce que Parmentier fut à la pomme de terre : son inventeur.]. Et puis, pourquoi ne pas le dire, outre-Rhin ce genre d’ersatz nous replonge inéluctablement dans les tréfonds douloureux de la deutsche Vergangenheit : quand j’entends le mot sucrette, je sors mon revolver.

Or, nous voici aujourd’hui libérées, grâce à Elle, le magazine français qui libère les femmes et titre cette semaine : « Arrêtez de maigrir ! », « Le cri de révolte des hommes. » Quand j’ai lu ça hier après-midi, j’ai pensé instinctivement que cela devait être vrai : les mecs préfèrent les grosses autant que les grosses préfèrent les mecs. Enfin, je parle pour moi.

Et puis, comment ce magazine, nec plus ultra de la presse féminine mondiale, pourrait-il se tromper, lui qui depuis sa création en 1945 n’a jamais consacré une seule de ses couvertures au régime ni à la minceur. C’était donc ça ! Les décennies de silence de ces dames de Elle sur le poids des femmes n’étaient pas le pur fait de la courtoisie ni de la solidarité féminine : le coup était préparé depuis plus de cinquante ans.

Mais il faut y regarder à deux fois. « Arrêtez de maigrir, le cri de révolte des hommes » : le titre est plus politique qu’il n’y paraît. La rédaction de Elle s’engage, comme on dit à Marianne et alentours, dans une guerre sans merci contre l’hydre sarkozyste et les vieux démons altoséquanais. Le couteau entre les dents, les amazones de chez Elle arrêteront le combat lorsque Carla Bruni aura atteint le poids de Tante Yvonne et Germaine Coty réunies. En dessous de cent kilos, une première dame de France n’en est pas véritablement une.

Rassérénée par cette lecture, j’ai repris une deuxième part de Schwarzwaldtorte et tancé la serveuse de chez Hafendoerfer : « Donne-moi du sucre, du vrai ! Tu veux que Willy vienne te pousser son cri de révolte ou quoi ? » Défaite, elle m’a apporté un assortiment complet de sucre blanc, roux, candy et de canne[2. Je me dois d’informer mes aimables lecteurs qu’après douze sucres un café devient imbuvable.].

Repue, je suis sortie de la pâtisserie pour me précipiter chez le boucher. Depuis que je suis mariée à Willy, les paradis charcutiers me sont interdits par le zèle végétarien de mon époux. Libérée pour libérée, je me suis plongée à corps perdu dans des montagnes saucissières. La saucisse (nous en comptons plus de mille sortes de Hambourg à Munich) est l’apport allemand le plus précieux à la gastronomie mondiale. Les Italiens ont mondialisé la pizza ; les Chinois, le nem ; les américains, le hamburger. Il n’est que les Français qui n’ont jamais su rien imposer au monde en matière de gastronomie : il n’est pas né celui qui verra les fast-food américains, chinois, italiens ou les vendeurs de hot-dogs à la sauvette remplacés par une chaîne spécialisée dans l’escargot de Bourgogne[3. Au cas où il se trouverait néanmoins un serial entrepreneur bourguignon qui veuille reprendre l’idée à son compte, je la lui revends volontiers contre trois caisses de Pommard.].

Lorsque, hier soir, Willy s’est retrouvé attablé face à deux kilos de saucisses, il a tenté une rébellion.

– C’est quoi cette blague ?
– Comment une blague ? Tu vas me la finir, ta Brotwurst !
– Et d’une, je suis végétarien. Et de deux, tu devrais, ma chère Trudi, penser à ton régime !
– Mon quoi ?… Cet après-midi, tu la jouais Albert Camus, homme révolté et tout le bastringue dans Elle. Et ce soir tu veux me coller au régime. Faudrait savoir !

Bien sûr, Willy n’a rien compris. Il était planté là, devant moi, et me regardait.

– Allez, Willy, dis-moi quelque chose de gentil…
– …tu n’aurais pas perdu du poids ?

Balle mortelle

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Alors que la Mannschaft s’effondrait hier soir devant les Espagnols, Arte consacrait une soirée tout entière à un joyeux sujet : « Mourir, la belle affaire ». Les programmateurs d’Arte, qui ont retenu de Paul Celan que la mort est un maître d’Allemagne (« der Tod ist ein Meister aus Deutschland »), le savaient avant tout le monde : hier soir c’était mort pour l’Allemagne.

Mauvais pour l’image ?

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Qui y avait-il dans le carré VIP du concert quasi-privé de NTM donné pour quelques privilégiés à l’Olympia lundi dernier ? Jamel, Diam’s, Lord Kossity, Melissa Theuriau, Harry Roselmack, Julie Depardieu, Jean-Charles de Castelbajac, sans oublier Clotilde Courau venue avec son époux, le prince Emmanuel de Savoie. Bref, que du beau monde, comme vous pourrez le constater de visu dans vos hebdos people de la semaine prochaine. Pas la peine, en revanche de rechercher des images d’Olivier Besancenot une coupe de champagne à la main. Il était certes présent, mais a formellement interdit qu’on le prenne en photo… Rappelons que c’est ce week-end que les comités pour un « Nouveau Parti Anticapitaliste » tenaient leur première réunion nationale à la Plaine Saint-Denis.

La déocratie, le mal des mots

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Le monde, quoiqu’en disent les niaiseux et les pleurnichards, est bien fait. Les questions fondamentales et existentielles trouvent, fort heureusement, des réponses rapides, certaines et non opposables. Par exemple : « Qu’est-ce que George Clooney a de plus que moi ? » La réponse est « rien ! » Réponse rapide, certaine et non opposable.

L’ennui vient ensuite de ce que l’existentiel, l’important et le fondamental ayant été expédiés au carré de la vitesse de la lumière, nous restons dans la patouille à nous baguenauder avec des questions fort secondaires, dont celle-ci : comment expliquer la fadasserie consensuelle de notre époque ? On se casserait les neurones à trouver par quel bout prendre non seulement la question, mais surtout la réponse. Incolore, inodore et sans saveur cette époque ? Conforme en un mot, cons formés, cons formatés, voila une piste… Incolore, sauf le rose-Barbie des optimistes ou le noir kelvinien des pessimistes. Sans saveur, sauf le tiède-mou-sucré des fast-foodeurs télévisuels qui parlent tous pareil. Sans odeurs ? Certes, oui. Les mots n’ont plus de sens, on ne les sent plus ! Passé au Rexona, le vocabulaire ! Le déodorant du verbe est devenu la première règle grammaticale du newspeak (en français : novlangue).

Le mal remonte à loin, quand ces cuculs de post-soixante huitards américains en ont passé des énormes couches, de déodorant sur la langue. Tous libéraux (en français : de gauche) ils ont inventé les malvoyants (en français : les aveugles), les malentendants (en français : les sourds), les personnes de petite taille (en français : les nains). Les noirs sont devenus des Afro-américains, les indiens des Américains natifs et les blancs des Caucasiens. « Ça vous fait quoi d’être Caucasien, ça vous gratouille ou ça vous chatouille ? », aurait demandé Jules Romains… C’est ainsi qu’est née la déocratie, cette époque maudite des maux pas dits, des mots qui ne sentent rien. Des mots non agressifs, non choquants, pleins de culpabilité, dégoulinant d’amour du prochain, pas un mot plus haut que l’autre, et je ne veux voir qu’une tête, au bas mot.

J’en étais là de mes réflexions lorsque me subjugua une déprime instantanée : ce qui s’applique aux mots, s’applique pareillement aux phrases, aux discours entiers. Syntaxe, priez pour nous ! Faire dire aux mots ce qu’ils ne disent pas, les passer au déodorant, ne pas choquer. Il me souvient, moi qui ai le privilège d’être vieux (pardon, senior !), d’avoir entendu à la radio un préfet de la République, celui de la Sarthe peut-être, dire au mégaphone à un fort-chabroleur bien énervé : « Fais pas de conneries ! ». Que croyez vous qu’il lui arriva ? Fut-il félicité d’avoir empêché un bain de sang ? Que nenni, madame la Marquise, il fut limogé dans l’heure pour avoir « mal parlé » par un ineffable sinistre de l’Intérieur. Le premier à mériter le titre de Superdéo, qui châtia le préfet pour ne pas avoir châtié son langage. Châtié : du latin castigare, punir. La déocratie punit le langage et ceux qui sentent les mots. Parler, écrire c’est comme faire l’amour : il s’agit de faire naître puis croître le plaisir, de s’y abandonner. Avez-vous déjà fait l’amour à une créature douchée et déodorisée de frais ? La chose assurément est frustrante, il faudra vous agiter plus que de coutume pour faire jaillir la sueur dont l’odeur fine (mais si…) déclenchera tous les réflexes indispensables à une heureuse convulsion. Sinon l’affaire se terminera par une banale niquette. Niquette ? De l’arabe, troisième personne du présent de l’indicatif du verbe naïk, faire l’amour, soit i-nik. I-nik, Inique ? Si vous pensez à mal, c’est vous qui l’êtes, inique (qui manque gravement à l’équité, qui est injuste de façon criante, excessive[1. Toutes ces définitions sont à voir sur le site du Centre national des ressources textuelles et lexicales qui, comme moi, mais moins que moi, gagne à être connu.]).

Bon vous n’aimez point que l’on ne nique ni ne fornique, alors bernique. Pop. [Exprime le désappointement] plus rien, plus rien à faire. Vient du vieux français bernicle (rien, non). Même source. En voila un mot qui sent bon, bernique.

Les petits doigts se lèvent, les lèvres se pincent en accent circonflexe ? Tentons alors une autre explication, musicale celle-là, afin de convaincre les beaux esprits par une translation de l’olfactif à l’auditif. La musique, c’est ce truc qui fait du bruit, mais pas n’importe comment : selon des règles de rythme et de mélodie ; et qui produit des émotions… Qu’il s’agisse du Bayerischer Defilier Marsch (demandez à Trudi Kohl, elle vous expliquera, cette bonne Gertrude) ou du trio opus 100 de Schubert, D 929. Et maintenant fermez les yeux et imaginez la musique selon Richard Claydermann ou André Rieu et vous saurez ce qu’est la déolangue de la déocratie.

J’en étais là de mes réflexions, lorsque je suis tombé sur un texte édifiant de David Morley. Il enseigne, que dis-je, il professe à l’université de Warwick dans le Youkey et a commis un ouvrage intitulé Creative Writing. David Morley cite le poète C. D. Wright : « Si tu ne maîtrises pas le langage, il te maîtrisera. » Tout est dit, circulez, y a plus rien à voir, à entendre, à sentir. Eli, Eli, lama sabaktani, tout est consommé comme disait un grand anticonformiste crucifié par les Romains il y a deux mille ans. La messe est dite, la langue et le langage ont été flowerpowerisés, désodorisés. La déocratie a gagné. C’est d’époque ! Le Schein l’a emporté sur le Sein (allo Trudi ?). Et pour les benêts-niais qui n’auraient pas encore compris, David Morley en rajoute une : la précision du langage, dit-il, est une menace pour les autorités dont le pouvoir provient de leur capacité à formuler des illusions. Et pour y parvenir elles sapent et tordent la langue.

In cauda venenum

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Où ne va pas se nicher la Causeur’s touch ? Voilà comment la redaction de Libération.fr conclut son compte rendu – non signé – de la Gay pride. « Alors qu’ils avaient brillé par leur absence dans le cortège syndical lors de la mobilisation pour la défense des 35 heures, mi-juin, les dirigeants socialistes étaient en nombre dans les rangs de la Gay pride samedi. En tête de défilé, autour des responsables de l’Inter-LGBT, on trouvait la première adjointe du maire de Paris, Anne Hidalgo, le président de la Région Ile-de-France Jean-Paul Huchon, Adeline Hazan, la nouvelle maire de Reims et l’ancien ministre de la Culture Jack Lang. » Il y en a qui vont se faire tirer les oreilles ce lundi, quand les commissaires politiques du journal seront rentrés de leur week-end à Trouville…

Auto-destruction

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Quarante ans après Ian Palach, un automobiliste vient d’immoler sa voiture pour protester contre le prix de l’essence. Prêt à tous les sacrifices pour défendre son droit inaliénable à rouler en bagnole, l’homme occidental donne au monde ébahi une belle leçon d’héroïsme. Les islamistes kamikazes et marchands de pétrole qui nous croyaient nantis, repus et apathiques vont comprendre de quoi nous sommes capables. La peur va changer de camp.

La tête à Dada

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Montaigne était tellement sentencieux qu’il écrivit des choses aussi stupides que : « Il vaut mieux une tête bien faite qu’une tête bien pleine. » En réaction aux idioties montaignesques, le peintre Luigi Apatti – l’un des pires de sa génération – exécuta le tableau intitulé Il vaut mieux un lit bien fait qu’une couette trop pleine, puis, se ravisant, peint par-dessus ce repentir connu sous le nom de La tête à Dada.

Luigi Apatti, La tête à Dada. Huile sur toile, 1695. Maison de la literie, Neuilly-sur-Seine.

Oui à la loi Hadopi

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La volée de bois vert servie aux 52 artistes qui ont lancé cette semaine un appel en faveur de la loi Hadopi sur le téléchargement illégal appelle quelques commentaires. Rassurez-vous, je ne dirai rien sur le fond de l’affaire, ou alors pas grand chose, mais bon, si, un peu quand même. Si vous êtes assez cruchon pour croire que la musique doit être gratuite, je crois que je ne peux rien pour vous. Même motif, même punition si vous pensez, comme on le lit souvent sur le web, que la déconnection d’Internet équivaut, à une « condamnation à la mort sociale ». Recevez, en prime, l’expression de toute ma compassion pour ce que doit être votre « vie sociale ».

En revanche, si vous craignez que la fameuse « riposte graduée » soit disproportionnée au délit, là, on peut échanger quelques idées. Et je crois bien que j’ai en rayon de quoi vous rassurer. Tout d’abord, comme qui dirait, la riposte est graduée : il ne s’agit pas de couper l’accès à Internet dès la première infraction, mais après le troisième avertissement ! Si on est assez benêt pour refaire trois fois la même bêtise alors qu’on sait que Big Brother vous a déjà personnellement à l’œil, est-on vraiment digne d’appartenir à la grande famille de l’intelligence virtuelle ?

Si je ne vous ai pas convaincu, tentons une autre approche. Essayez, juste pour voir, d’aller voler le dernier CD de Manu Chao à la Fnac ou chez Auchan. Dès qu’on vous aura relâché du commissariat du coin avec une bonne engueulade et peut-être, en prime, une convocation chez le juge, retournez immédiatement dans le même magasin pour vous procurer à l’œil le coffret collector de l’intégrale James Bond en quarante DVD ; imaginez la suite dès que le vigile aura exprimé son désaccord avec votre conception de l’accès libre aux biens culturels. Honnêtement, après ces deux tentatives, je ne crois vraiment pas que vous aurez envie de revenir dans le même magasin, ni d’ailleurs que vous serez libre de le faire…

Voilà pour le fond ; pour la forme, deux bricoles ont attiré mon attention. Tout d’abord, on moque beaucoup sur le net le plus célèbre de ces 52 signataires, en l’occurrence Johnny Hallyday. Que lui reproche-t-on en substance (l’avantage du résumé sur le verbatim, ce n’est pas qu’il vous permet de prendre plus rapidement connaissance des attaques anti-Johnny – surtout quand l’auteur fait des parenthèses interminables – mais qu’il vous épargne l’orthographe et la syntaxe djeunz) ? Donc, on l’accuse de vouloir, lui, gagner quelques millions en plus sur le dos de ses malheureux fans internautes. Ça, c’est vraiment pas gentil ! Et surtout, que c’est totalement faux. De tous les artistes français, Johnny est celui qui souffre le moins du téléchargement illégal. A chaque fois qu’il sort un disque, son public ne veut pas seulement écouter les chansons, il persiste à vouloir aussi acheter son CD avec sa tronche dessus. On en déduira que le vrai crime de Johnny, c’est d’être solidaire de ses collègues, qui eux, perdent leur chemise avec le téléchargement. A moins qu’en vrai, on lui en veuille d’être d’accord avec l’UMP ou avec Sarkozy, un délit que, bizarrement, la loi ne sanctionne pas, y’a pas de hasard !

L’autre bricole qui m’a amusé, c’est la signature de Diam’s en bas de ce texte. Je ne suis pas totalement sûr que les auteurs de la pétition aient eu raison de faire appel à elle. Non pas que Diam’s n’ait rien à dire sur le sujet, mais quand elle s’exprime sur la question, elle le fait souvent avec un certain manque de finesse qui risque in fine de décrédibiliser la cause ; ainsi a-t-elle comparé, à plusieurs reprises, le téléchargement illégal à un viol. A sa décharge, il semblerait que Diam’s n’ait pas toujours une vision très claire de ce qui constitue une infraction aux lois de la République (ni peut-être de ce qu’est la République elle-même). A moins que ma mémoire ne me joue des tours et que ce ne soit pas elle, mais Tino Rossi qui a chanté « Ma France à moi elle (…) se démène et vend de la merde (NB : du shit) à des bourges. » Toutes choses qu’un rappeur mal intentionné pourrait résumer ainsi : « Le MP3, t’as pas le droit, deale donc du shit, ça c’est licite. »