Belle image que celle de Ségolène Royal recevant le Dalaï Lama. Tandis que le prix Nobel de la paix l’écharpait vigoureusement, l’ex-candidate socialiste a affiché sa détermination à agir pour les tibétains : « Dès la semaine prochaine je vais demander un visa pour me rendre au Tibet, je crois que les choses pourront ainsi bouger. » C’est sûr, à commencer par l’avion qui l’emmènera au Tibet.
Vous êtes dans le rouge ? Devenez socialiste !
C’est une nationalisation – qui ne dit pas son nom. Et ça se passe aux Etats-Unis. Le gouvernement fédéral vient bel et bien de prendre le contrôle des deux plus gros acteurs du marché du crédit immobilier, Freddie Mac et Fannie Mae (les « sœurs »), victimes de leur politique irresponsable d’attribution de prêts. Washington n’a pas opté pour une nationalisation pure et simple, qui aurait imposé l’inscription au budget fédéral des dettes des deux établissements et plongé encore plus profondément dans le rouge les comptes publics américains. Dans la réalité, cela revient exactement au même : en contrepartie de la garantie de ces dettes, le gouvernement détient des titres qui font de lui un actionnaire privilégié – les autres étant plus ou moins dépouillés : les titres ordinaires (common shares) ne vaudront plus rien, et les actions dites prioritaires ne donneront plus droit au versement de dividendes. Le gouvernement entend stabiliser les deux organismes de crédit pour les vendre – probablement après les avoir dépecés -, une fois la tempête financière passée.
L’opération paraît raisonnable. Ces mesures interventionnistes qui fleurent l’économie d’Etat peuvent néanmoins surprendre quand on se rappelle que Bruxelles trépigne dès qu’un gouvernement tente trop ouvertement de sauver une entreprise en difficulté, et alors que les Etats-Unis sont considérés comme la Mecque du néo-libéralisme échevelé qui a pris la suite du capitalisme de papa. Après tout, conformément à la règle d’or de l’économie libérale, ils auraient pu choisir de faire payer les pots cassés aux noceurs. Seulement, voilà, « Fannie » et « Freddie » sont trop grandes pour qu’on les abandonne au marché et à sa logique du « crime et châtiment ». A elles seules, les deux « sœurs terribles » détiennent la moitié du marché américain du crédit immobilier, leur chiffre d’affaires avoisinant la somme astronomique de 6.000 milliards de dollars.
Fannie Mae (Federal National Mortgage Association) et Freddie Mac (Federal Home Loan Mortgage Corporation) ont été respectivement fondées par le gouvernement américain en 1938 et 1970 pour développer et solidifier le marché du crédit immobilier. La principale mission de ces deux agences fédérales devenues par la suite des entreprises privées est de pourvoir en fonds les établissements distributeurs de crédits immobiliers : en somme, elles font office de « banques des banques ». Leur blason d’ex-agences gouvernementales leur a valu la confiance quasi absolue des marchés – brevet qui n’est pas seulement honorifique, car elles bénéficient d’un loyer de l’argent plus faible que les autres banques. En clair, les deux sœurs payaient moins cher les fonds qu’elles levaient, ce qui leur a permis de devenir de véritables géantes durant la décennie du « boom » immobilier. Seulement, dans un climat de taux baissiers, les marges se sont amenuisées. L’avidité conjuguée des actionnaires, des détenteurs d’obligations et des cadres dirigeants a poussé les deux banques à essayer de doper leurs performances en opérant dans le secteur des subprimes, les fameux prêts à risque et à rendement plus élevés. Cette stratégie devait « pimenter » les rendements, gonfler les résultats, et avec eux le prix de l’action, les dividendes et, last but not least, les bonus des dirigeants. On sait ce qu’il en est advenu.
Lorsque la bulle immobilière a éclaté, les deux sœurs ont subi l’onde de choc de plein fouet. En effet, les prêts à haut risque se sont vite révélés être un abîme sans fond. Face à l’ampleur de la crise, le gouvernement américain a d’abord hésité avant de se décider à agir avec pragmatisme, sans se montrer trop sourcilleux sur la doctrine. Par gros temps, le capitalisme a besoin d’un parapluie, voire d’une bouée de sauvetage. Et peu importe que cela soit peu libéral. Bref, en matière de politique économique, le président Bush semble avoir fait sien le slogan des pacifistes européens d’antan – better red than dead. Il a bien raison.
Psychologie para
Commandant en second des parachutistes russes, le général Viacheslav Borisov est un parfait connaisseur de la Géorgie, puisqu’il y a servi pendant cinq ans sur la base de Batoumi. Comme le général semble se plaire à revenir là où il a déjà sévi, nous recommandons aux habitants de Toulouse de se méfier : le général Borisov a été aperçu du 4 au 8 décembre 2006 aux abords du Capitole. Le motif officiel de sa présence dans la ville rose, selon le communiqué signé à l’époque par l’agence Ria Novosti, c’était un voyage d’étude du « processus d’instruction et d’entraînement dans l’Ecole de parachutisme de la brigade ». Visiblement, cela a marché. Et s’il lui prenait l’envie de revenir ?
La démocratie contre la culture
Avant-gardiste et réactionnaire, classique et scandaleux, sulfureux et branché, Renaud Camus a entrepris de sauver les Délicatesses du français contemporain. Le culturel triomphe mais la culture meurt sous les coups de l’hyperdémocratie. Diariste échevelé, avant-gardiste et réactionnaire, Renaud Camus repart au combat contre les « Niveau-montistes » et autres « Amis du Désastre », complices hébétés de La grande déculturation. Les vigilants s’énervent et glapissent : « Camus est raciste ! »
Vous observez que la culture fut longtemps le privilège héréditaire de la bourgeoisie. Faut-il en conclure qu’on naît cultivé mais qu’on ne le devient pas ?
On ne naît rien du tout. Dans la culture tout est devenir, élargissement et perte. En revanche, il est bien certain que passer ses premières années dans un milieu cultivé confère ou conférait un avantage prodigieux. Rien d’irréversible au demeurant : on voit tous les jours, le système éducatif y veille, des enfants et surtout des petits-enfants de parents et de grands-parents parfaitement cultivés témoigner la plus rigoureuse inculture et retourner paisiblement à la foncière sauvagerie de l’espèce.
Reste que votre définition de la culture est fondée sur la hiérarchie, la distinction, et cela vaut à la fois pour son contenu et pour le nombre de ceux qui y accèdent. Vous énoncez une loi de physique sociale selon laquelle plus la culture est largement partagée, plus son contenu se dévalue. Cela signifie-t-il que la possibilité de la culture est morte en 1789 ?
Oh là là, là il y aurait mille choses à redresser. Concentrons-nous sur une seule : 1789 n’a pas tué la culture, c’est à peu près à cette époque au contraire qu’est née la culture, au sens que nous voyons mourir sous nos yeux, au sens du ministère de la Culture (du moins au temps de Malraux et de Michel Guy). L’homme féodal, l’homme noble, l’homme classique ni l’honnête homme, ni même l’homme des Lumières, n’avaient de culture. Ils avaient éventuellement de la lecture, l’amour des arts, de l’entregent, de la courtoisie, des humanités, des lumières. Ils étaient ou non des êtres accomplis, pas des êtres cultivés. L’ère de la culture correspond grosso modo à l’ère bourgeoise. La culture est à l’idéal de l’honnête homme ce que l’esthétique selon Hegel est à l’art : une espèce de second degré, déjà, un deuil de l’immédiateté du rapport aux formes. La définition que vous me prêtez n’est pas la mienne, et en tout cas ce n’est pas une définition. La mienne, il y a déjà longtemps que je l’ai énoncée et je lui reste fidèle : la culture, c’est la claire conscience de la préciosité du temps.
Vilar, pour ne citer que lui, croyait à l’élitisme pour tous. Vous observez plutôt le triomphe de la médiocrité. Faut-il incriminer l’ancienne élite cultivée qui a abdiqué ses responsabilités ?
Elle a peut-être abdiqué, mais on ne lui a guère laissé le choix, la malheureuse. Il n’y a plus d’élite cultivée. L’élite, les élites au dérisoire sens moderne, ce sont d’une part les hommes politiques, les élus (et en cela le mot, pour trompeur qu’il soit, a au moins le mérite de rejoindre son étymologie), d’autre part les gens riches et influents. Cette élite-là n’est nullement culturelle, ni cultivée. Comme l’a fait remarquer très justement Gomez Davila, entre les riches et les pauvres, la seule différence aujourd’hui, c’est l’argent.
C’est donc bien à une démocratie devenue folle – que vous appelez hyperdémocratie — que vous en avez ?
L’hyperdémocratie – par quoi je ne veux certes pas dire l’achèvement triomphal de la démocratie politique mais sa transposition malencontreuse dans des domaines où elle n’a que faire, tels que la famille, l’éducation et la culture –, l’hyperdémocratie, donc, échouant, comme il était prévisible, à amener les masses au niveau de l’ancienne classe cultivée, s’est assurée par compensation que les héritiers de l’ancienne classe cultivée soient aussi incultes que les masses : grande victoire de l’égalité, triomphe de l’énorme classe centrale, prolétarisation générale.
A certaines disciplines que vous jugez mineures – bande dessinée, science-fiction – vous opposez l’acquis, le patrimonial, le classique. La culture est-elle un stock figé ? N’existe pas de culture contemporaine ?
Ces questions-là me semblent biaisées par le préjugé ou le soupçon. Que les gens ne lisent pas ce que j’écris c’est leur droit le plus strict mais que, ne l’ayant pas lu, ils viennent me reprocher d’être Paul Bourget si ce n’est pis, c’est un peu fatigant. Je suis obligé de rappeler, un peu ridiculement, que je suis un auteur P.O.L., considéré par trente ou quarante personnes comme d' »avant-garde », et que j’ai organisé de nombreuses expositions d’art contemporain, de Kounellis à Marcheschi ou Boltanski. La culture est certes patrimoine, mais si elle n’était que cela elle aurait tôt fait de mourir. Il est un peu comique de voir les hérauts de la chansonnette, qui sont les pires tenants des éternelles variations à la batterie sur l’éternelle marche militaire ou totalitaire fondamentale, s’ériger en champions de la modernité et rejeter parmi les vieilles barbes les admirateurs de Grisey, de Pesson ou Ferneyhough.
Ensemble, tout devient possible
Avec un taux de chômage à 2,3 %, le président peut être très satisfait de la politique économique de son gouvernement. De tels résultats annoncent une rentrée sociale beaucoup plus calme que prévue. Quant à l’opposition, on ne voit pas très bien comment ses arguments pourraient continuer à avoir prise, face à des succès qui assurent au président une popularité inégalée. Pascal Couchepin, le président de la Confédération helvétique, est un homme heureux.
Quand on n’aime plus, on compte
Le journal flamand De Morgen a publié les résultats d’une étude menée par le professeur Herman Matthijs (Vrije Universiteit Brussel) : le coût annuel de la Maison Royale s’élève à 30 millions d’euros. C’est plus du double de ce qui était comptabilisé jusqu’alors. Soixante ans après avoir imposé le maintien de la monarchie au Wallons qui, eux, plébiscitaient la république, les Flamands voudraient-ils se débarrasser du roi des Belges à coups de calculette ?
Folles de corrida
Nous avons aujourd’hui, en Occident, les idées suffisamment larges pour laisser des hommes exhiber à la foule leurs parties charnues sous un collant moulant sans que les dieux n’exigent en retour le sacrifice expiatoire d’un taureau.
Que Marc Cohen me pardonne. Mais tous les psychanalystes vous le diront et Markus Pftizer, mon coiffeur, l’explique comme nul autre : la tauromachie est un truc de folles honteuses. On ne veut pas avouer à maman ses inclinations et l’on se retrouve le dimanche après-midi à faire son intéressante dans une arène, quand d’autres, qui ont fait leur coming out, miment sans scrupule ce que les anciens Grecs dessinaient au fond de leur assiette.
Il faut avouer que cela ne trompe personne, ces hommes qui tiennent le moule-burnes comme le nec plus ultra de l’art vestimentaire et pensent rassurer leur mère éplorée en enquiquinant le bovidé. Victoire de l’homme sur l’animal ? Tu parles ! A ce compte, un éleveur de poulets, qui en zigouille vingt mille à l’heure, est assurément plus viril que ces tapettes costumées qui passent le plus clair de leur temps à exciter du veau dans une arène.
La maman du matador, elle, n’est pas dupe.
– Paquito, dit-elle en faisant mijoter un bœuf mironton sur le fourneau, tu as quarante-cinq ans et tu n’es pas encore marié ? Ton père et moi, nous nous posons des questions. Arrête de jouer avec mon tube de rouge à lèvres.
– Mamacita, c’est que je n’ai pas encore trouvé la bonne.
– Oui, oui, tu dis toujours ça. En attendant, tâter de la queue et des oreilles tous les dimanches, nous avons peur que cela ne te donne un jour des idées. Et puis, d’ailleurs, le bœuf, nous on en a marre ! On veut manger du poisson !
Et le dimanche suivant, on retrouve Paquito à moitié dévoré par le grand requin blanc qu’il essayait de toréer à l’Aquarium municipal de Barcelone. Olé.
Que toréadors, picadors et matadors soient gays ne me dérange pas – chacun sa vie. Ce qui me gêne c’est la façon dont ils justifient leurs penchants : « La corrida, c’est dans notre culture. » Oui, et alors ? Qu’ils lisent (ou plutôt qu’ils se fassent lire à voix lente) l’article que Thomas Mann écrivait en septembre 1914 dans la Neue Rundschau : « La culture peut inclure des oracles, la magie, la pédérastie, des sacrifices humains, des cultes orgiastiques, l’inquisition, des autodafés, des danses rituelles, de la sorcellerie, et toute espèce de cruauté. » Au prétexte que cela ait fait partie de la culture occidentale, vais-je aller ramasser des fagots de bois, monter un bûcher et brûler deux ou trois sorcières, allumer cinq ou six vierges, parce que cela me chante ? Evidemment que non. Ou alors discrètement – et certainement pas dans une arène.
De même, faire remonter la corrida à la Grèce ancienne, au culte de Mithra, aux jeux du Cirque voire à la Préhistoire n’est qu’une bonne grosse supercherie : ce que le toréador moyen connaît de la mythologie, il ne l’a pas découvert chez Apollodore[1. Le Pseudo-Apollodore est l’auteur, au Ier siècle ap. J.C. de La Bibliothèque, une compilation de textes mythologiques.] ni chez Dürrenmatt[2. Dans son roman Minotaurus, publié en 1985, Friedrich Dürrenmatt nous présente un Minotaure charmant et sensible, tandis que Thésée nous apparaît comme un criminel sanguinaire.] mais en déchiffrant les étiquettes des canettes de Red Bull.
L’argument culturel étant une molle banderille, on voit alors nos aficionados frapper à l’huis d’Antonin Artaud et d’Aristote (ils ne sont pas en couple, mais simples colocataires) pour vous porter l’estocade : « La corrida, disent-ils, est un théâtre de la cruauté. Elle met en scène les passions humaines et, par sa dramaturgie, présente les vertus de la catharsis. » Certes. Mais, catharsis pour catharsis, il serait préférable – tous les Romains vous le diront – de trucider de vrais chrétiens dans l’arène et de laisser les taureaux à leur principale distraction : honorer bobonne en regardant passer les trains.
Et puis, la corrida reste une affaire de bobos. De bobos XIXe (siècle pas arrondissement), mais de bobos quand même : si elle s’est développée en Espagne au XVIIIe, il a fallu en France attendre Napoléon III pour que les plus impériaux crétins que comptait l’époque tentent de rentrer dans les grâces d’Eugénie de Montijo en devenant, comme elle, de passionnés aficionados. La mode était alors aux espagnolades et les Français un peu sensés s’opposaient farouchement à la corrida, à l’instar de Victor Hugo, de Léon Bloy, de Henri de Rochefort ou d’Octave Mirbeau.
Ils n’étaient pas des protecteurs de la cause animale. Le taureau, ils l’aimaient en steak saignant et l’on se souvient de l’appétit ogresque d’un Hugo criant : « Un Chateaubriand ou rien. » Ils connaissaient simplement le onzième Commandement, celui qu’un jour un paysan hébreu griffonna sur les tables de la Loi pendant que Moïse était occupé à regarder Isaac toréer un veau d’or : « Tu ne joueras pas avec la nourriture. »
Le Rouquemoute de Clermont

De passage à Clermont-Ferrand en 1856, le peintre américain John Neagle réalisa le portrait de l’anonyme que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de « Redneck » (rouquemoute). Neagle avait bien noté quelque part le nom du modèle, mais sa négligence légendaire explique qu’il perdit le carnet sur lequel il l’avait écrit. Malgré l’absence de papiers, l’Institut de physiognomonie de Brioude (43) a clairement établi que l’homme est d’origine irlandaise. Ou australienne. Ou congolaise. Enfin, ce tableau est considéré, par les amateurs du genre, comme la Joconde auvergnate.
John Neagle, The Rouquemoute from Clermont. Huile sur toile, 1856, conservée au musée Giscard, Vulcania, Auvergne.
Et pendant ce temps à Jérusalem
Pendant que le regard de quatre milliards de téléspectateurs fait des allers et retours entre Pékin et Tbilissi, à la manière de celui des fans de Roland-Garros, les affaires proche-orientales continuent.
Deux morts-vivants politiques, Ehud Olmert et Mahmoud Abbas s’efforcent de faire croire, à leur peuple et au monde, qu’ils sont encore en mesure d’influencer le destin et de laisser, dans les livres d’histoire, un peu plus qu’une note de bas de page.
Les dernières péripéties de cette course des canards sans tête sont passées à peu près inaperçues dans nos contrées vacancières et olympiques, mais elles ne sont pas sans intérêt. Le principal négociateur palestinien, Ahmed Qoreia, dit Abou Ala, a menacé d’abandonner l’objectif de « deux Etats pour deux peuples », pour se replier sur la revendication d’un seul Etat binational, si Israël refusait de restituer l’intégralité des territoires occupés depuis 1967, s’opposait à ce que Jérusalem-est soit la capitale du futur Etat palestinien, et d’accepter le principe du droit au retour sur le territoire israélien des réfugiés de 1948 et de leur descendance.
Deux jours plus tard, Ehoud Olmert laisse fuiter dans Haaretz « son » plan de paix : établissement d’un Etat palestinien sur 93 % de la Cisjordanie et à Gaza (Israël conserverait ainsi les blocs d’implantations contigus à Jérusalem et Ariel). Il accorderait en échange, dans le Néguev bordant Gaza, une superficie de territoire israélien équivalente à 5,5 % de la surface de la Cisjordanie, le reste étant compensé par la création d’un lien entre Gaza et la Cisjordanie, sous souveraineté israélienne, mais où les Palestiniens pourraient circuler sans contrôle. La mise en application de ce plan est cependant conditionnée par la reprise de contrôle de la bande de Gaza par l’Autorité palestinienne, et il laisse en suspens la question de Jérusalem. Il oppose, par ailleurs, une fin de non-recevoir aux revendications palestiniennes sur la question des réfugiés.
Autant dire que ce retour à la case « camp David », où l’échec des pourparlers entre Arafat et Barak fut le prélude à la deuxième Intifada, n’est pas de nature à faire avancer d’un centimètre sur le chemin d’une résolution du conflit israélo-arabe.
Mahmoud Abbas tout comme Ehoud Olmert savent parfaitement qu’il sont dans l’incapacité de récupérer la bande de Gaza pour le premier et de faire accepter à une majorité d’Israéliens la division Jérusalem pour le second.
Pire: Mahmoud Abbas sait qu’il risque d’être renversé, voire éliminé physiquement si Tsahal se retire de Cisjordanie, laissant le champ libre à des militants locaux du Hamas ivres de vengeance après les avanies qu’ils ont subies de la part des forces de sécurité fidèles au Fatah.
La solution « deux Etats pour deux peuples », alpha et oméga du consensus international sur la question, est à l’agonie. Le fossé infranchissable qui s’est creusé entre le Fatah et le Hamas la rend impraticable : Israël n’a plus en face de lui un peuple uni derrière une direction incarnant le projet national, mais deux factions poursuivant des objectifs contradictoires, sans compter les clans et tribus plus ou moins autonomes.
Les discussions et pourparlers, officiels ou parallèles, qui se tiennent depuis des mois entre l’Autorité palestinienne et le gouvernement israélien constituent un exercice obligé destiné à satisfaire les Etats-Unis et l’Europe. Israël ne veut pas heurter de front une administration américaine porteuse de la solution « deux Etats pour deux peuples », et l’Autorité palestinienne sait que la manne financière internationale, condition de sa survie, est liée au maintien d’un dialogue avec Israël.
Les Templiers, sujet brûlant
La correspondante madrilène du Telegraph nous apprend que l’association espagnole de l’Ordre souverain du Temple du Christ vient de demander au pape Benoît XVI la réhabilitation des Templiers que son prédécesseur, Clément V, avait, en 1312, accusés d’hérésie. L’association exige également le paiement par le Vatican de dommages et intérêts d’un montant de 100 milliards d’euros, pour avoir injustement traité les chevaliers du Temple. Cette action en réparation arrive à point nommé : encore quatre ans et le délai de prescription des sept cents ans était passé.
E pur si muove
Belle image que celle de Ségolène Royal recevant le Dalaï Lama. Tandis que le prix Nobel de la paix l’écharpait vigoureusement, l’ex-candidate socialiste a affiché sa détermination à agir pour les tibétains : « Dès la semaine prochaine je vais demander un visa pour me rendre au Tibet, je crois que les choses pourront ainsi bouger. » C’est sûr, à commencer par l’avion qui l’emmènera au Tibet.
Vous êtes dans le rouge ? Devenez socialiste !
C’est une nationalisation – qui ne dit pas son nom. Et ça se passe aux Etats-Unis. Le gouvernement fédéral vient bel et bien de prendre le contrôle des deux plus gros acteurs du marché du crédit immobilier, Freddie Mac et Fannie Mae (les « sœurs »), victimes de leur politique irresponsable d’attribution de prêts. Washington n’a pas opté pour une nationalisation pure et simple, qui aurait imposé l’inscription au budget fédéral des dettes des deux établissements et plongé encore plus profondément dans le rouge les comptes publics américains. Dans la réalité, cela revient exactement au même : en contrepartie de la garantie de ces dettes, le gouvernement détient des titres qui font de lui un actionnaire privilégié – les autres étant plus ou moins dépouillés : les titres ordinaires (common shares) ne vaudront plus rien, et les actions dites prioritaires ne donneront plus droit au versement de dividendes. Le gouvernement entend stabiliser les deux organismes de crédit pour les vendre – probablement après les avoir dépecés -, une fois la tempête financière passée.
L’opération paraît raisonnable. Ces mesures interventionnistes qui fleurent l’économie d’Etat peuvent néanmoins surprendre quand on se rappelle que Bruxelles trépigne dès qu’un gouvernement tente trop ouvertement de sauver une entreprise en difficulté, et alors que les Etats-Unis sont considérés comme la Mecque du néo-libéralisme échevelé qui a pris la suite du capitalisme de papa. Après tout, conformément à la règle d’or de l’économie libérale, ils auraient pu choisir de faire payer les pots cassés aux noceurs. Seulement, voilà, « Fannie » et « Freddie » sont trop grandes pour qu’on les abandonne au marché et à sa logique du « crime et châtiment ». A elles seules, les deux « sœurs terribles » détiennent la moitié du marché américain du crédit immobilier, leur chiffre d’affaires avoisinant la somme astronomique de 6.000 milliards de dollars.
Fannie Mae (Federal National Mortgage Association) et Freddie Mac (Federal Home Loan Mortgage Corporation) ont été respectivement fondées par le gouvernement américain en 1938 et 1970 pour développer et solidifier le marché du crédit immobilier. La principale mission de ces deux agences fédérales devenues par la suite des entreprises privées est de pourvoir en fonds les établissements distributeurs de crédits immobiliers : en somme, elles font office de « banques des banques ». Leur blason d’ex-agences gouvernementales leur a valu la confiance quasi absolue des marchés – brevet qui n’est pas seulement honorifique, car elles bénéficient d’un loyer de l’argent plus faible que les autres banques. En clair, les deux sœurs payaient moins cher les fonds qu’elles levaient, ce qui leur a permis de devenir de véritables géantes durant la décennie du « boom » immobilier. Seulement, dans un climat de taux baissiers, les marges se sont amenuisées. L’avidité conjuguée des actionnaires, des détenteurs d’obligations et des cadres dirigeants a poussé les deux banques à essayer de doper leurs performances en opérant dans le secteur des subprimes, les fameux prêts à risque et à rendement plus élevés. Cette stratégie devait « pimenter » les rendements, gonfler les résultats, et avec eux le prix de l’action, les dividendes et, last but not least, les bonus des dirigeants. On sait ce qu’il en est advenu.
Lorsque la bulle immobilière a éclaté, les deux sœurs ont subi l’onde de choc de plein fouet. En effet, les prêts à haut risque se sont vite révélés être un abîme sans fond. Face à l’ampleur de la crise, le gouvernement américain a d’abord hésité avant de se décider à agir avec pragmatisme, sans se montrer trop sourcilleux sur la doctrine. Par gros temps, le capitalisme a besoin d’un parapluie, voire d’une bouée de sauvetage. Et peu importe que cela soit peu libéral. Bref, en matière de politique économique, le président Bush semble avoir fait sien le slogan des pacifistes européens d’antan – better red than dead. Il a bien raison.
Psychologie para
Commandant en second des parachutistes russes, le général Viacheslav Borisov est un parfait connaisseur de la Géorgie, puisqu’il y a servi pendant cinq ans sur la base de Batoumi. Comme le général semble se plaire à revenir là où il a déjà sévi, nous recommandons aux habitants de Toulouse de se méfier : le général Borisov a été aperçu du 4 au 8 décembre 2006 aux abords du Capitole. Le motif officiel de sa présence dans la ville rose, selon le communiqué signé à l’époque par l’agence Ria Novosti, c’était un voyage d’étude du « processus d’instruction et d’entraînement dans l’Ecole de parachutisme de la brigade ». Visiblement, cela a marché. Et s’il lui prenait l’envie de revenir ?
La démocratie contre la culture
Avant-gardiste et réactionnaire, classique et scandaleux, sulfureux et branché, Renaud Camus a entrepris de sauver les Délicatesses du français contemporain. Le culturel triomphe mais la culture meurt sous les coups de l’hyperdémocratie. Diariste échevelé, avant-gardiste et réactionnaire, Renaud Camus repart au combat contre les « Niveau-montistes » et autres « Amis du Désastre », complices hébétés de La grande déculturation. Les vigilants s’énervent et glapissent : « Camus est raciste ! »
Vous observez que la culture fut longtemps le privilège héréditaire de la bourgeoisie. Faut-il en conclure qu’on naît cultivé mais qu’on ne le devient pas ?
On ne naît rien du tout. Dans la culture tout est devenir, élargissement et perte. En revanche, il est bien certain que passer ses premières années dans un milieu cultivé confère ou conférait un avantage prodigieux. Rien d’irréversible au demeurant : on voit tous les jours, le système éducatif y veille, des enfants et surtout des petits-enfants de parents et de grands-parents parfaitement cultivés témoigner la plus rigoureuse inculture et retourner paisiblement à la foncière sauvagerie de l’espèce.
Reste que votre définition de la culture est fondée sur la hiérarchie, la distinction, et cela vaut à la fois pour son contenu et pour le nombre de ceux qui y accèdent. Vous énoncez une loi de physique sociale selon laquelle plus la culture est largement partagée, plus son contenu se dévalue. Cela signifie-t-il que la possibilité de la culture est morte en 1789 ?
Oh là là, là il y aurait mille choses à redresser. Concentrons-nous sur une seule : 1789 n’a pas tué la culture, c’est à peu près à cette époque au contraire qu’est née la culture, au sens que nous voyons mourir sous nos yeux, au sens du ministère de la Culture (du moins au temps de Malraux et de Michel Guy). L’homme féodal, l’homme noble, l’homme classique ni l’honnête homme, ni même l’homme des Lumières, n’avaient de culture. Ils avaient éventuellement de la lecture, l’amour des arts, de l’entregent, de la courtoisie, des humanités, des lumières. Ils étaient ou non des êtres accomplis, pas des êtres cultivés. L’ère de la culture correspond grosso modo à l’ère bourgeoise. La culture est à l’idéal de l’honnête homme ce que l’esthétique selon Hegel est à l’art : une espèce de second degré, déjà, un deuil de l’immédiateté du rapport aux formes. La définition que vous me prêtez n’est pas la mienne, et en tout cas ce n’est pas une définition. La mienne, il y a déjà longtemps que je l’ai énoncée et je lui reste fidèle : la culture, c’est la claire conscience de la préciosité du temps.
Vilar, pour ne citer que lui, croyait à l’élitisme pour tous. Vous observez plutôt le triomphe de la médiocrité. Faut-il incriminer l’ancienne élite cultivée qui a abdiqué ses responsabilités ?
Elle a peut-être abdiqué, mais on ne lui a guère laissé le choix, la malheureuse. Il n’y a plus d’élite cultivée. L’élite, les élites au dérisoire sens moderne, ce sont d’une part les hommes politiques, les élus (et en cela le mot, pour trompeur qu’il soit, a au moins le mérite de rejoindre son étymologie), d’autre part les gens riches et influents. Cette élite-là n’est nullement culturelle, ni cultivée. Comme l’a fait remarquer très justement Gomez Davila, entre les riches et les pauvres, la seule différence aujourd’hui, c’est l’argent.
C’est donc bien à une démocratie devenue folle – que vous appelez hyperdémocratie — que vous en avez ?
L’hyperdémocratie – par quoi je ne veux certes pas dire l’achèvement triomphal de la démocratie politique mais sa transposition malencontreuse dans des domaines où elle n’a que faire, tels que la famille, l’éducation et la culture –, l’hyperdémocratie, donc, échouant, comme il était prévisible, à amener les masses au niveau de l’ancienne classe cultivée, s’est assurée par compensation que les héritiers de l’ancienne classe cultivée soient aussi incultes que les masses : grande victoire de l’égalité, triomphe de l’énorme classe centrale, prolétarisation générale.
A certaines disciplines que vous jugez mineures – bande dessinée, science-fiction – vous opposez l’acquis, le patrimonial, le classique. La culture est-elle un stock figé ? N’existe pas de culture contemporaine ?
Ces questions-là me semblent biaisées par le préjugé ou le soupçon. Que les gens ne lisent pas ce que j’écris c’est leur droit le plus strict mais que, ne l’ayant pas lu, ils viennent me reprocher d’être Paul Bourget si ce n’est pis, c’est un peu fatigant. Je suis obligé de rappeler, un peu ridiculement, que je suis un auteur P.O.L., considéré par trente ou quarante personnes comme d' »avant-garde », et que j’ai organisé de nombreuses expositions d’art contemporain, de Kounellis à Marcheschi ou Boltanski. La culture est certes patrimoine, mais si elle n’était que cela elle aurait tôt fait de mourir. Il est un peu comique de voir les hérauts de la chansonnette, qui sont les pires tenants des éternelles variations à la batterie sur l’éternelle marche militaire ou totalitaire fondamentale, s’ériger en champions de la modernité et rejeter parmi les vieilles barbes les admirateurs de Grisey, de Pesson ou Ferneyhough.
Ensemble, tout devient possible
Avec un taux de chômage à 2,3 %, le président peut être très satisfait de la politique économique de son gouvernement. De tels résultats annoncent une rentrée sociale beaucoup plus calme que prévue. Quant à l’opposition, on ne voit pas très bien comment ses arguments pourraient continuer à avoir prise, face à des succès qui assurent au président une popularité inégalée. Pascal Couchepin, le président de la Confédération helvétique, est un homme heureux.
Quand on n’aime plus, on compte
Le journal flamand De Morgen a publié les résultats d’une étude menée par le professeur Herman Matthijs (Vrije Universiteit Brussel) : le coût annuel de la Maison Royale s’élève à 30 millions d’euros. C’est plus du double de ce qui était comptabilisé jusqu’alors. Soixante ans après avoir imposé le maintien de la monarchie au Wallons qui, eux, plébiscitaient la république, les Flamands voudraient-ils se débarrasser du roi des Belges à coups de calculette ?
Folles de corrida
Nous avons aujourd’hui, en Occident, les idées suffisamment larges pour laisser des hommes exhiber à la foule leurs parties charnues sous un collant moulant sans que les dieux n’exigent en retour le sacrifice expiatoire d’un taureau.
Que Marc Cohen me pardonne. Mais tous les psychanalystes vous le diront et Markus Pftizer, mon coiffeur, l’explique comme nul autre : la tauromachie est un truc de folles honteuses. On ne veut pas avouer à maman ses inclinations et l’on se retrouve le dimanche après-midi à faire son intéressante dans une arène, quand d’autres, qui ont fait leur coming out, miment sans scrupule ce que les anciens Grecs dessinaient au fond de leur assiette.
Il faut avouer que cela ne trompe personne, ces hommes qui tiennent le moule-burnes comme le nec plus ultra de l’art vestimentaire et pensent rassurer leur mère éplorée en enquiquinant le bovidé. Victoire de l’homme sur l’animal ? Tu parles ! A ce compte, un éleveur de poulets, qui en zigouille vingt mille à l’heure, est assurément plus viril que ces tapettes costumées qui passent le plus clair de leur temps à exciter du veau dans une arène.
La maman du matador, elle, n’est pas dupe.
– Paquito, dit-elle en faisant mijoter un bœuf mironton sur le fourneau, tu as quarante-cinq ans et tu n’es pas encore marié ? Ton père et moi, nous nous posons des questions. Arrête de jouer avec mon tube de rouge à lèvres.
– Mamacita, c’est que je n’ai pas encore trouvé la bonne.
– Oui, oui, tu dis toujours ça. En attendant, tâter de la queue et des oreilles tous les dimanches, nous avons peur que cela ne te donne un jour des idées. Et puis, d’ailleurs, le bœuf, nous on en a marre ! On veut manger du poisson !
Et le dimanche suivant, on retrouve Paquito à moitié dévoré par le grand requin blanc qu’il essayait de toréer à l’Aquarium municipal de Barcelone. Olé.
Que toréadors, picadors et matadors soient gays ne me dérange pas – chacun sa vie. Ce qui me gêne c’est la façon dont ils justifient leurs penchants : « La corrida, c’est dans notre culture. » Oui, et alors ? Qu’ils lisent (ou plutôt qu’ils se fassent lire à voix lente) l’article que Thomas Mann écrivait en septembre 1914 dans la Neue Rundschau : « La culture peut inclure des oracles, la magie, la pédérastie, des sacrifices humains, des cultes orgiastiques, l’inquisition, des autodafés, des danses rituelles, de la sorcellerie, et toute espèce de cruauté. » Au prétexte que cela ait fait partie de la culture occidentale, vais-je aller ramasser des fagots de bois, monter un bûcher et brûler deux ou trois sorcières, allumer cinq ou six vierges, parce que cela me chante ? Evidemment que non. Ou alors discrètement – et certainement pas dans une arène.
De même, faire remonter la corrida à la Grèce ancienne, au culte de Mithra, aux jeux du Cirque voire à la Préhistoire n’est qu’une bonne grosse supercherie : ce que le toréador moyen connaît de la mythologie, il ne l’a pas découvert chez Apollodore[1. Le Pseudo-Apollodore est l’auteur, au Ier siècle ap. J.C. de La Bibliothèque, une compilation de textes mythologiques.] ni chez Dürrenmatt[2. Dans son roman Minotaurus, publié en 1985, Friedrich Dürrenmatt nous présente un Minotaure charmant et sensible, tandis que Thésée nous apparaît comme un criminel sanguinaire.] mais en déchiffrant les étiquettes des canettes de Red Bull.
L’argument culturel étant une molle banderille, on voit alors nos aficionados frapper à l’huis d’Antonin Artaud et d’Aristote (ils ne sont pas en couple, mais simples colocataires) pour vous porter l’estocade : « La corrida, disent-ils, est un théâtre de la cruauté. Elle met en scène les passions humaines et, par sa dramaturgie, présente les vertus de la catharsis. » Certes. Mais, catharsis pour catharsis, il serait préférable – tous les Romains vous le diront – de trucider de vrais chrétiens dans l’arène et de laisser les taureaux à leur principale distraction : honorer bobonne en regardant passer les trains.
Et puis, la corrida reste une affaire de bobos. De bobos XIXe (siècle pas arrondissement), mais de bobos quand même : si elle s’est développée en Espagne au XVIIIe, il a fallu en France attendre Napoléon III pour que les plus impériaux crétins que comptait l’époque tentent de rentrer dans les grâces d’Eugénie de Montijo en devenant, comme elle, de passionnés aficionados. La mode était alors aux espagnolades et les Français un peu sensés s’opposaient farouchement à la corrida, à l’instar de Victor Hugo, de Léon Bloy, de Henri de Rochefort ou d’Octave Mirbeau.
Ils n’étaient pas des protecteurs de la cause animale. Le taureau, ils l’aimaient en steak saignant et l’on se souvient de l’appétit ogresque d’un Hugo criant : « Un Chateaubriand ou rien. » Ils connaissaient simplement le onzième Commandement, celui qu’un jour un paysan hébreu griffonna sur les tables de la Loi pendant que Moïse était occupé à regarder Isaac toréer un veau d’or : « Tu ne joueras pas avec la nourriture. »
Le Rouquemoute de Clermont

De passage à Clermont-Ferrand en 1856, le peintre américain John Neagle réalisa le portrait de l’anonyme que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de « Redneck » (rouquemoute). Neagle avait bien noté quelque part le nom du modèle, mais sa négligence légendaire explique qu’il perdit le carnet sur lequel il l’avait écrit. Malgré l’absence de papiers, l’Institut de physiognomonie de Brioude (43) a clairement établi que l’homme est d’origine irlandaise. Ou australienne. Ou congolaise. Enfin, ce tableau est considéré, par les amateurs du genre, comme la Joconde auvergnate.
John Neagle, The Rouquemoute from Clermont. Huile sur toile, 1856, conservée au musée Giscard, Vulcania, Auvergne.
Et pendant ce temps à Jérusalem
Pendant que le regard de quatre milliards de téléspectateurs fait des allers et retours entre Pékin et Tbilissi, à la manière de celui des fans de Roland-Garros, les affaires proche-orientales continuent.
Deux morts-vivants politiques, Ehud Olmert et Mahmoud Abbas s’efforcent de faire croire, à leur peuple et au monde, qu’ils sont encore en mesure d’influencer le destin et de laisser, dans les livres d’histoire, un peu plus qu’une note de bas de page.
Les dernières péripéties de cette course des canards sans tête sont passées à peu près inaperçues dans nos contrées vacancières et olympiques, mais elles ne sont pas sans intérêt. Le principal négociateur palestinien, Ahmed Qoreia, dit Abou Ala, a menacé d’abandonner l’objectif de « deux Etats pour deux peuples », pour se replier sur la revendication d’un seul Etat binational, si Israël refusait de restituer l’intégralité des territoires occupés depuis 1967, s’opposait à ce que Jérusalem-est soit la capitale du futur Etat palestinien, et d’accepter le principe du droit au retour sur le territoire israélien des réfugiés de 1948 et de leur descendance.
Deux jours plus tard, Ehoud Olmert laisse fuiter dans Haaretz « son » plan de paix : établissement d’un Etat palestinien sur 93 % de la Cisjordanie et à Gaza (Israël conserverait ainsi les blocs d’implantations contigus à Jérusalem et Ariel). Il accorderait en échange, dans le Néguev bordant Gaza, une superficie de territoire israélien équivalente à 5,5 % de la surface de la Cisjordanie, le reste étant compensé par la création d’un lien entre Gaza et la Cisjordanie, sous souveraineté israélienne, mais où les Palestiniens pourraient circuler sans contrôle. La mise en application de ce plan est cependant conditionnée par la reprise de contrôle de la bande de Gaza par l’Autorité palestinienne, et il laisse en suspens la question de Jérusalem. Il oppose, par ailleurs, une fin de non-recevoir aux revendications palestiniennes sur la question des réfugiés.
Autant dire que ce retour à la case « camp David », où l’échec des pourparlers entre Arafat et Barak fut le prélude à la deuxième Intifada, n’est pas de nature à faire avancer d’un centimètre sur le chemin d’une résolution du conflit israélo-arabe.
Mahmoud Abbas tout comme Ehoud Olmert savent parfaitement qu’il sont dans l’incapacité de récupérer la bande de Gaza pour le premier et de faire accepter à une majorité d’Israéliens la division Jérusalem pour le second.
Pire: Mahmoud Abbas sait qu’il risque d’être renversé, voire éliminé physiquement si Tsahal se retire de Cisjordanie, laissant le champ libre à des militants locaux du Hamas ivres de vengeance après les avanies qu’ils ont subies de la part des forces de sécurité fidèles au Fatah.
La solution « deux Etats pour deux peuples », alpha et oméga du consensus international sur la question, est à l’agonie. Le fossé infranchissable qui s’est creusé entre le Fatah et le Hamas la rend impraticable : Israël n’a plus en face de lui un peuple uni derrière une direction incarnant le projet national, mais deux factions poursuivant des objectifs contradictoires, sans compter les clans et tribus plus ou moins autonomes.
Les discussions et pourparlers, officiels ou parallèles, qui se tiennent depuis des mois entre l’Autorité palestinienne et le gouvernement israélien constituent un exercice obligé destiné à satisfaire les Etats-Unis et l’Europe. Israël ne veut pas heurter de front une administration américaine porteuse de la solution « deux Etats pour deux peuples », et l’Autorité palestinienne sait que la manne financière internationale, condition de sa survie, est liée au maintien d’un dialogue avec Israël.
Les Templiers, sujet brûlant
La correspondante madrilène du Telegraph nous apprend que l’association espagnole de l’Ordre souverain du Temple du Christ vient de demander au pape Benoît XVI la réhabilitation des Templiers que son prédécesseur, Clément V, avait, en 1312, accusés d’hérésie. L’association exige également le paiement par le Vatican de dommages et intérêts d’un montant de 100 milliards d’euros, pour avoir injustement traité les chevaliers du Temple. Cette action en réparation arrive à point nommé : encore quatre ans et le délai de prescription des sept cents ans était passé.

