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Obama sadise l’Europe

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Obama décommande, sans même passer un coup de fil à Zapatero
Obama décommande, sans même passer un coup de fil à Zapatero

Il arrive que l’on soit négligent avec ses amis, qu’on oublie de leur envoyer des vœux en janvier ou de souhaiter leur anniversaire. Sauf à être un adepte du freudisme de comptoir, on s’emploiera alors à « arranger les bidons », comme disent nos amis belges, pour qu’une relation chaleureuse ne vire pas en eau de boudin.

En revanche, si on accumule les vexations, petites ou grandes, envers ceux qui font partie du cercle de ses proches, ces derniers sont en droit de s’interroger sur les motivations de cette attitude.

L’Europe obamaniaque vient de prendre un sérieux coup sur la tête avec l’annonce cavalière du président américain de sa non-participation au sommet Union européenne/Etats-Unis prévu pour le mois de mai prochain à Madrid. Même pas un coup de téléphone à José Luis Zapatero, hôte de la réunion, un simple communiqué indiquant que Barack Obama avait des choses plus importantes prévues pour cette date, et basta !, comme on dit en Castille. Cette grossièreté calculée s’ajoute à une longue liste de râteaux pris par des dirigeants européens qui s’imaginaient occuper une place privilégiée dans le cœur du métis de Chicago. Nicolas Sarkozy ne cache plus son irritation devant les rebuffades qu’il n’a cessé de subir depuis un an. Angela Merkel n’a pas digéré qu’Obama sèche la célébration du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin. Les Tchèques ont modérément apprécié que le discours de Prague d’avril 2009 soit le coup d’envoi d’un rapprochement avec Moscou au détriment des intérêts de sécurité des pays d’Europe centrale, mais qui se soucie des Tchèques ? Haïti ? Vous atterrirez quand je voudrai et où je voudrai ! Copenhague ? Allez jouer dans la cour à  » plus écolo que moi, tu meurs ! », pendant que je cause sérieusement avec les Chinois et les Indiens. Même un brave type pas américanophobe pour un rond, le roi Harald de Norvège, a droit à sa petite humiliation : Barack n’a pas daigné aller goûter son saumon fumé et son renne bouilli au banquet prévu à l’issue de la remise du Prix Nobel de la paix.

L’affront fait à Zapatero a provoqué, en France, un chœur de pleureurs et pleureuses obamaniaques sur le thème : il ne faut nous en prendre qu’à nous-mêmes si le bien-aimé président des Etats-Unis nous traite de la sorte. Si cette Europe unie, solidaire et parlant d’une seule voix existait, nous ne serions pas snobés de manière aussi massive par celui dont nous avions accueilli l’élection comme l’arrivée d’un Messie ayant chassé l’Ange de la mort.

En nous châtiant, ajoutent ces suspects habituels du commentaire inspiré, Barack Obama nous renvoie à une triste réalité dont nous serions collectivement responsables : l’impossibilité de construire cette Europe-puissance qui nous permettrait de peser aussi lourd sur la scène politique planétaire que l’ensemble des pays européens dans l’économie mondiale.
Non seulement il nous traite mal, mais en plus il ne nous écoute pas, ajoutent les plus amers, en soulignant le peu de cas fait par le département d’Etat et le Pentagone des avis formulés par les Européens sur la stratégie à mener en Afghanistan, où nos braves soldats viennent se faire trouer la peau, et nos vaillants journalistes sont accueillis plus longtemps que prévu dans des paysages magnifiques. Napoléon demandait-il des conseils stratégiques aux princes d’opérette qui envoyaient quelques-uns de leurs meilleurs soldats jouer les supplétifs dans la Grande Armée ?

Tout cela se tient, mais à quoi sert-il de gloser à l’infini sur une situation dont on sait maintenant qu’elle ne peut être modifiée, du moins à vue humaine ? Le premier qui parle de pessimisme de l’intelligence et d’optimisme de la volonté a gagné un dîner avec Catherine Ashton.

À supposer même qu’une politique étrangère commune substantielle puisse être adoptée et mise en œuvre par l’UE, quel gouvernement serait disposé à en payer le bras armé sans lequel une diplomatie n’est que paroles verbales ? Cela supposerait au moins le doublement des budgets de défense des pays membres de l’UE. Comme nous le signale Jean Guisnel dans son indispensable blog du Point : « Barack Obama a présenté pour l’année fiscale 20 un budget militaire qui s’élève à 768 milliards de dollars (552,11 milliards d’euros), soit 17 fois le budget français de 2010, qui s’élève à 45,2 milliards de dollars (32,5 milliards d’euros). Si on utilise le critère de la dépense militaire par habitant, on obtient 514 euros en France (nourrissons et centenaires compris), et 1.862 euros aux États-Unis. »

Les vraies inquiétudes qui peuvent être formulées après un an de présence d’Obama à la Maison Blanche ne concernent pas son attitude vis-à-vis de l’Europe, mais son bilan global en matière de politique internationale. D’ailleurs, s’il ne vient pas à Madrid, c’est peut-être aussi parce qu’il n’est pas très fiérot de ce qu’il a accompli au cours de cette première année de mandat. Passons rapidement sur le blocage du processus de paix israélo-palestinien. L’administration américaine, par la voix d’Hillary Clinton a eu le fair-play de reconnaître qu’elle s’était plantée en voulant tordre le bras à Benyamin Netanyahou.

L’affaire iranienne est plus préoccupante et laisse entrevoir un réel amateurisme d’Obama et de ses proches conseillers dans la gestion des affaires du monde.

Le plan Obama pour empêcher l’accession de l’Iran à l’arme nucléaire avait pourtant tout pour séduire. Au lieu de menacer Téhéran des foudres de l’US Air Force et de l’US Navy réunies si Mahmoud Ahmadinejad persistait dans son projet atomique, on tente d’encercler diplomatiquement le régime des mollahs. On abandonne le projet de bouclier antimissile est-européen pour amadouer Moscou, et on soutient Pékin à Copenhague sur la question du CO2. Les Chinois et les Russes prennent, font quelques déclarations plus ou moins claires sur leur réprobation de la nucléarisation iranienne, et profitent de la première occasion pour rompre quelques lances avec Washington, histoire de bien faire comprendre qu’il est « prématuré » ou « contre-productif » de mettre en place de vraies sanctions contre Téhéran, dernière tentative avant que la poudre ne soit obligée de parler…Les Chinois se permettent même de montrer les dents, comme au bon temps de Mao, en menaçant Washington de représailles si Obama persiste à livrer des armes à Taïwan et à vouloir recevoir le Dalaï-Lama. Pure gesticulation, dès lors que la supériorité militaire de Pékin sur Taïpeh ne saurait être remise en cause par quelques avions ou vedettes supplémentaires fournies par les Etats-Unis, et que le département d’Etat et la Maison Blanche ont toujours su résister aux pressions d’un lobby pro-tibétain très actif au Congrès.

Pour dresser les fauves de cirques, il existe paraît-il deux méthodes : « en douceur » et  » en férocité ». Les Bouglione sont des gens sérieux, si la première ne marche pas, on prend l’autre.

Une « comédie romantique » de Gérald Sibleyras

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Stéphane Freiss à l'affiche d'<em>Une Comédie romantique,</em> de Gérald Sybleiras, au Théâtre Montparnasse.
Stéphane Freiss à l'affiche d'Une Comédie romantique, de Gérald Sybleiras, au Théâtre Montparnasse.

Si un homme furieux armé d’un fusil me demandait de définir Gérald Sibleyras en quatre adjectifs, je lui répondrais sans hésitation : drôle, français, anti-moderne et léger ! Frappé par la justesse de ce portrait à brûle-pourpoint, l’homme poserait assurément son fusil et courrait sans même me dire au revoir au Théâtre Montparnasse afin de voir la prochaine représentation d’Une comédie romantique. Si d’aventure vous étiez tenté d’aller y rejoindre ce forcené malappris, sachez que la chose était impossible avant le 22 janvier 2010 et qu’elle le redeviendra à compter du 15 mai. Je vous conseille donc plutôt l’intervalle.

Lorsque j’ai assisté, il y a quelques années, à l’excellente Danse de l’albatros puis à Vive Bouchon !, j’ai eu l’heureuse surprise de découvrir un théâtre qui s’intéresse au monde réel, au monde concret contemporain. Qui ne fait pas comme s’il n’existait pas. Un théâtre qui le visite et en démonte les ridicules avec un humour féroce et primesautier. Gérald Sibleyras me semble poursuivre par la voie théâtrale l’entreprise de sape des mythologies du moderne accomplie dans le roman français contemporain par Duteurtre, Taillandier ou Houellebecq. Nul hasard, en outre, si les pièces de Sibleyras se jouent souvent rue de la Gaîté, juste en face du lieu où Philippe Muray écrivait ses livres. Car Sibleyras est d’abord le voisin de Muray par l’esprit qui anime ses pièces. Gérald Sibleyras, à qui l’on doit également La Retraite de Russie, Une heure et demie de retard, L’inscription et Le vent des peupliers et qui a obtenu de nombreuses nominations aux Molière en tant que meilleur auteur, compte assurément parmi les lecteurs les plus avertis de Muray, ainsi que parmi ses successeurs les plus drôles.

Une comédie romantique est un vaudeville agréable et enlevé, débordant de mauvais esprit. La pièce commence avec la rencontre d’Anita et Léon, au cœur de l’enfer contemporain : dans un « espace SNCF ». Ils deviennent amants. Leur amour est infesté de téléphones portables, d’ordinateurs et de chambres d’hôtels. Très vite, aussi, il bascule dans l’engrenage du mensonge, d’une manière qui diverge singulièrement de la banalité un peu triste de l’adultère mainstream : Anita et Léon se font croire l’un à l’autre qu’ils sont mariés. Leur situation devient naturellement inextricable.

Dans Une comédie romantique, nous rencontrons également, pour notre plus grand profit, un « coach de vie », un « semi-piéton », malheureuse victime d’une « zone semi-piétonnière », un non-fumeur solidaire de ses frères fumeurs, une kinésithérapeute slovaque et de faux Danois. Nous y apprenons que « nous sommes tous reliés » et que « la Terre est un être vivant ». Ce désopilant jeu de l’amour et du hasard trouve son dénouement burlesque au Salon du mieux-vivre, où divers adeptes de l’harmonie new-age finissent par s’étriper tous entre eux et où le sang de bobo coule à flot.

Bonne baignade !

Ségolène Royal fétichiste ?

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C’est au quartier de la Meinau, à Strasbourg, que cela se passe. Le numéro un du PS du Bas-Rhin, Mathieu Cahn, a dénoncé « le fétichisme du drapeau et la vénération de l’hymne national », récoltant de la droite, et de Pascal Mangin en particulier, une volée de bois vert assez méritée[1. Ancien adjoint au maire de Strasbourg, M. Mangin écrit notamment : « En somme, pour le secrétaire bas-rhinois du Parti socialiste : l’identité ça va ; c’est quand elle est française qu’il y a des problèmes. C’est une bien étrange conception du « vivre-ensemble » que celle qui consiste à haïr ce que l’on est pour pouvoir accueillir l’autre. Mais passons. Là où les déclarations de M. Cahn ne passent pas, c’est lorsqu’il s’en prend avec hargne au drapeau tricolore et à La Marseillaise. Sait-il seulement qu’il est l’adjoint au Maire d’une ville, dont l’histoire est intimement liée à ces deux grands symboles de notre République ? » Lire l’intégralité sur facebook.].

Lire la suite sur Antidote.

Aubry-Frêche : reculer pour ne pas sauter

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Georges Frêche : divorce consommé avec le parti socialiste.
Georges Frêche : divorce consommé avec le parti socialiste.

Maintenant que le PS a officiellement investi Hélène Mandroux et tout aussi officiellement menacé d’exclusion les socialistes qui persisteraient à faire chambre commune avec Frêche, on peut légitimement se poser la question à 1000 euros : Martine Aubry a-t-elle eu raison ou tort de procéder ainsi ? Quoique n’étant pas rabbin, j’y répondrais, sans doute sous l’influence des Frères Coen, par une autre question: avait-elle le choix ? La réponse est bien évidemment négative : dans cette affaire la marge de manœuvre de Martine était à peu près aussi épaisse qu’une feuille de papier à rouler, ou disons, qu’un bulletin de vote. Je m’explique.

Il y a du cas d’école dans les derniers développements du dossier Frêche. On aurait voulu nous valider par la méthode expérimentale les théories d’Elisabeth Lévy sur le Parti des Médias ou faire du marketing clandestin pour le prochain numéro du mensuel Causeur, titré « Aux ordres des médias aux ordres », qu’on n’aurait pas procédé autrement. Car ce n’est pas Solferino qui, au premier chef, a décidé que celui qu’il avait, bon gré mal gré investi en Languedoc-Roussillon était soudain devenu infréquentable. La mise à l’index de Frêche, c’est L’Express qui l’a décrétée, immédiatement relayé par tout ce que la presse parisienne compte de moralistes éditoriaux.

Ce faisant je n’effleurerais même pas le fond de l’affaire, ce qui a d’ailleurs déjà amplement été fait ici. On pourra penser que Richard Prasquier est plus compétent que Christophe Barbier en matière d’antisémitisme. Ou bien qu’être un supporter d’Israël ne fait pas forcément de vous un ami des juifs. On pourra estimer qu’on aurait mieux avisé de mettre Frêche en quarantaine quand il a parlé des harkis. Ou bien qu’en politique, on n’a décidément pas le droit de parler une autre langue que celle de l’ENA. On pourra penser tout ce qu’on veut, là, on s’en fout car notre problème est ailleurs, il est de savoir si Martine a eu raison de reculer en cette circonstance – car c’est bien d’un recul qu’il s’agit, puisque le président sortant avait l’investiture. Et comme je ne vais pas toujours m’en sortir en posant d’autres questions, je répondrais carrément oui.

Certes, esthétiquement, je préfère la Martine qui envoie froidement bouler les journalistes et leurs questions à la con. Mais bon, il n’y a pas que le fun dans la vie, et on est quand même en campagne électorale.

Or, si Martine n’avait pas procédé à une marche arrière express dans l’affaire, elle prenait le risque d’envoyer direct son PS à peine requinqué à la cata le mois prochain.

Imaginons un instant que Martine ait déclaré, à l’instar de beaucoup de gens sensés, que tout ça n’était pas très ragoûtant mais qu’il n’y avait pas de quoi en faire tout un fromage. Imaginons qu’elle ait passé la griffe, ou se soit contentée d’un rappel à l’ordre formel, en estimant que le cas du Septimanien loquace relevait de l’obsession fabiusophobe et non de la judéophobie. Que se serait-il passé ? Et bien depuis une semaine, on aurait droit à Frédéric Lefebvre ironisant en boucle robotisée devant tous les micros sur le thème « Vaut mieux perdre une région que perdre son âme ». On aurait eu droit aussi, et pas plus tard qu’hier matin, à un Fillon abandonnant son flegme habituel et se vautrant avec délice dans l’indignation indignée. Il n’est même pas à exclure que le président – qui, il nous l’a juré sur TF1, n’interviendra pas pour les régionales – ne soit sorti de sa réserve lors de sa tournée non-électorale en Corse pour stigmatiser comme il se doit ce manquement socialiste aux valeurs républicaines. Ne doutons pas non plus que les Verts et la gauche de la gauche ne se seraient pas gênés pour en rajouter une louche. Enfin, notre bien bienaimé Parti des Médias aurait été au premier rang de la curée. Non pas, redisons-le pour des raisons morales, mais parce qu‘en ne se déjugeant pas sur Frêche, Martine aurait délibérément marché hors des clous que ledit parti avait soigneusement délimités. Et ça, ça se paye !

En résumé, donc, Martine Aubry a bien fait de reculer, et de reculer vite. L’historiographie militaire est truffée de défaites monstrueuses qu’un bref repli tactique aurait pu éviter. Mais sans chercher si loin, certains auraient été bien avisés d’appliquer la même méthode peu glorieuse, mais payante dans quelques affaires récentes, type Epad ou Proglio, qui ne sont peut-être pas étrangères au trou d’air actuel de l’UMP.

On en conclura donc que la question n’est pas de savoir, pour le PS s’il vaut mieux perdre une région que son âme, mais s’il vaut mieux perdre seulement le Languedoc-Roussillon que cinq ou six régions…

Le Prince des Routiers

La presse professionnelle regorge de perles comiques. Le mensuel spécialisé Les Routiers, dont le lectorat est constitué d’après l’éditeur de « chauffeurs, d’artisans transporteurs, de chefs de parcs, et de responsables de PME transport » publie dans son édition de janvier une interview fleuve de Jean de France, duc de Vendôme, fils du comte de Paris et héritier du trône, sous le titre « Les routiers sont des hommes authentiques »… C’est naturellement dans le cadre d’une campagne promotionnelle consécutive à la sortie de son livre, Un prince français (éditions Pygmalion), que cet entretien s’explique, mais on y trouve de petits trésors de communication opportuniste. Le duc de Vendôme posant notamment devant plusieurs camions rutilants et disant son amour des routiers sur tous les tons… À la question « Que pensez-vous du métier de chauffeur routier ? », l’héritier du trône répond tout de go : « C’est une activité très solitaire et fatigante, notamment pour les longs trajets… » Le Prince Jean n’hésite pas non plus à répondre à la question « Que pensez-vous de la profession de routier ? » Il en pense du bien, vous imaginez ! Le journaliste ose : « Si vous deviez faire un voyage en camion, ce serait où et avec quelle marque ? » et l’aristocrate répond : « J’aimerais faire Paris-Moscou dans un camion avec une belle cabine et un bon klaxon… » Puis le reporter tente : « Vous êtes-vous déjà arrêté dans un relais routiers ? » L’héritier du trône indique alors : « Je m’arrête en fait toujours sur l’autoroute. Je suis déjà allé dans un bar où il y avait des routiers parmi les clients. » Diantre ! Un bar occupé par la plèbe et les conducteurs de chars… mais le prince s’empresse d’ajouter, plein d’une touchante honnêteté : « Mais je ne vais pas vous mentir, je ne me suis jamais arrêté dans un relais routiers… » Jusqu’où la noblesse de France va t-elle s’encanailler ? J’en tremble…

Une femme voilée sur les listes du NPA, un léger détail ?

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Olivier Besancenot, par Philippe Leroyer, flickr.com.
Olivier Besancenot, par Philippe Leroyer, flickr.com.

Pardon, mais on va s’agacer. A cause de ceci, lu dans le Figaro : « Il y a une fille qui porte un léger voile sur la liste du Vaucluse », explique Pierre François Grond, porte-parole du NPA. Rien, trois fois rien, un « léger voile », on a dit. D’ailleurs, « la foi est une question privée qui ne saurait faire obstacle à la participation à notre combat dès lors que les fondamentaux laïcs, féministes et anticapitalistes de notre parti sont sincèrement partagés », poursuit le même Grond.

Laïc, le voile ? Féministe, le voile ? Anticapitaliste, le voile ? Le voile non, en tout cas pour les deux premières acceptions, si on en juge par les critères habituels, voire en se référant à la loi française. Mais sans doute, ce qui fait la différence c’est que le voile ici est « léger ». Quant à la dimension anticapitaliste dudit accessoire féministe et non religieux, je n’ai pas, disons-le, de religion. Mais je n’ai pas l’impression que faire du shopping en hidjab avenue Montaigne fait de vous un apôtre de Michael Moore.

Ce qui fait rire dans cette petite affaire, c’est de voir à quel niveau de pathétisme est donc arrivé le NPA. Bon, la grève insurrectionnelle reconductible ne prend pas, la lutte contre la privatisation de la Poste nous échappe, le PS revient timidement à ses fondamentaux de gauche, la droite s’enferre seule dans le débat sur l’identité nationale, qu’est-ce qu’on va pouvoir faire pour surnager et sauver quelques élus dans les Conseils régionaux ? Eh bien, on va sortir notre « fille qui porte un voile léger ».

Alors, je fais certes un mauvais procès, je ne peux pas imaginer une seconde que les choses se soient passées comme ça. Mais pardon, j’ai un doute.

Entre le débat sur la burqa (ah non, pardon, on dit voile intégral maintenant, sans doute bien moins stigmatisant comme expression), entre les déclarations de Besson, le NPA s’est peut-être dit qu’il y avait un créneau marketing…

Un créneau qu’on pourrait appeler celui du voile décomplexé : Olivier Besancenot et ses amis sont tellement à la ramasse que pour réussir à s’implanter en banlieue, faire voter les jeunes des « quartiers défavorisés », qu’à leur place j’aurais aussi tenté l’option religieuse : le jeune de banlieue se fout de Marx, de la révolution et préfère peut-être gagner de l’argent pour se tirer de l’endroit où il habite. Le stratège du NPA affirme qu’une femme voilée « c’est l’image de notre intégration dans les quartiers ». Omar Slaouti, chargé des « quartiers » pour le NPA ne dit pas autre chose : le voile n’est pas communautariste mais « renvoie juste l’image de ceux qui subissent la crise dans les quartiers sensibles ». Ben voilà, l’ami, tu te sens stigmatisé, tu te sens nié dans ton identité, tu n’as pas de boulot, porte le voile, ou mieux, fais-le porter à ta femme/ta sœur, et tu vas voir, ça ira tout de suite mieux!

Ce qui me plait avec le NPA et cette histoire, dont le parti ne veut pas faire un « affichage national », c’est que là, on sait à qui on a affaire : un ramassis – pardon – de cyniques, dangereux, sans foi ni loi, qui préfèrent flatter les bas instincts de leurs électeurs, comme ceux de ceux qui ne les aiment pas, pour sauver des sièges et des indemnités d’élus. Un parti qui, sauf erreur de ma part, met en avant la suppression ou a minima l’extinction de la religion. Mais le voile n’est donc pas religieux, c’est un truc qui dit que t’es féministe et que tu es pas contente de ton sort et que tu es en rage contre la société toute pourrie. Voilà, à force de le répéter, on va bien réussir à le faire croire non ? Cette petite, pardon, légère histoire de voile aura permis à ceux qui en doutaient encore, de dévoiler le NPA.

Sommes-nous tous de mauvais Français ?

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telerama

Pour le cas où ses abonnés (dont je suis depuis longtemps) en douteraient, Télérama a fait une vitrine de sa  « correction politique ». Dans son numéro du 30 janvier qui proclame en « une » que « nous sommes tous de mauvais Français », cet affichage a quelque chose de terroriste, terrorisme de la vertu bien sûr, qui consiste, comme toujours, à dresser un mur entre le bien dont nous sommes et les autres, les indignes.

C’est évidemment l’interview de Didier Fassin qui explicite et justifie ce que la couverture (et l’édito de Thierry Leclère) annoncent. Fassin part du constat qu’un Américain se sent plus facilement chez lui à Paris qu’un Français originaire du Mali. Il tire de cela la conséquence que la vraie frontière désormais n’est pas autour du territoire national : elle le traverse.

Comment se fait-il que pour tant de gens, la désintégration sociale et nationale dont ils ont le sentiment apparaisse liée à l’immigration ? Affaire de préjugé semble-t-il, dont Fassin indique la généalogie. À partir de 1974 (crise pétrolière) on a fermé les portes, restreint le regroupement familial et l’asile politique, on s’est mis à rechercher les clandestins. Ce faisant, on a déstabilisé et stigmatisé ceux qui étaient déjà installés, d’où les tensions raciales qui ont suivi. Donc pour notre ethnologue, il n’y a pas de lien entre la discrimination et l’immigration irrégulière, mais il y en a un entre la discrimination et la répression de l’immigration irrégulière. En conséquence, si nous avions une politique de la porte ouverte, tout serait pour le mieux. En est-on bien sûr ?

La déduction de Didier Fassin avance sur un chemin étroitement balisé, à partir du présupposé que les Français de souche sont tout le problème, que tout tient à leur mentalité, telle que les politiques l’ont fabriquée. Ainsi procède-t-il aussi pour expliquer que, de tous les côtés, on se réfère aux identités raciales à propos de l’immigration et des banlieues. Il y a au départ, du côté de la société « d’accueil », l’assignation des immigrés à une identité raciale. Le fait qu’ensuite eux-mêmes revendiquent cette identité n’est qu’une demande de reconnaissance de ce qui a été imposé, un contre coup de « l’assignation »[1. Question subsidiaire : est-il neutre, scientifique d’employer ce mot pour résumer l’attitude de la société française ?] antérieure. Et si ensuite sociologues ou démographes réclament des statistiques raciales, ce sont les réalités qui les y contraignent, c’est tout simplement de l’objectivation. En somme, le racialisme est une fausse conscience que les Français de souche ont instillée, mais employant cette grille pour décrire la situation créée par les dominants, les victimes agissent vertueusement et les sociologues de manière réaliste.

On pourrait opposer bien des faits à cette analyse trop linéaire. Par exemple, la simple et sympathique demande de reconnaissance suffit-elle à expliquer qu’on siffle la Marseillaise, qu’on pille des boutiques pour fêter une victoire de l’Algérie au foot, qu’on fasse de la provocation dans les bus, qu’on caillasse les pompiers ? On a le sentiment que l’interviewé est dans une demi-vérité et qu’il entend bien n’en pas en sortir.

Mais passons ! À supposer que l’on se contente d’une analyse de la discrimination et de la racialisation qui incrimine ainsi les Français de souche, la conclusion s’impose qu’il y a un problème de l’identité française et qu’il faut d’urgence en débattre. Mais, apparemment une telle conséquence est exclue, proscrite, disqualifiée… Pourquoi ? Peut-être la réponse est-elle donnée quand à la fin de son édito, Thierry Leclère donne en exemple la « république multiculturelle » selon Lilian Thuram et consorts. En effet si, comme dans cette expression, on efface le mot France et l’on gomme la nécessité de se rencontrer dans une culture commune, il n’y a plus rien sur quoi s’interroger, sinon sur le retard mental de ceux qui s’attachent à de pareilles vieilleries. Est-ce cette conclusion que voulait annoncer la tonitruante couverture de Télérama ?

Régionales : votez socialiste, c’est tout bénef !

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Martine Aubry, par Audrey AK, flickr.com
Martine Aubry, par Audrey AK, flickr.com

Petit test : qui est capable de donner le nom d’au moins la moitié des vingt-deux présidents de régions métropolitaines ? Ceux qui mentionneront d’autres noms que Georges Frêche, Ségolène Royal et peut-être Jean-Paul Huchon, en sus de celui qui occupe le fauteuil près de chez soi, sont soit des allumés genre Rainman, soit des pros de la politique ou des sondages.

Voilà des gens, tous socialistes sauf deux, qui ne sont pas montés sur les chevaux du manège médiatique et mondain de la capitale. Leur ambition, à l’exception de la dame de Poitou-Charentes, semble se limiter à persévérer dans leur être jusqu’à ce que l’âge ou la lassitude de la chose publique les incite à passer la main.

Ils s’occupent des lycées, des trains de proximité, du tourisme, du développement économique, de culture, et il semble qu’ils s’en tirent plutôt bien, si l’on en croit les sondages.

On ne peut leur reprocher d’avoir gaspillé les deniers publics dans des édifices pharaoniques destinés à les accueillir avec leurs services : dans la plupart des cas, le mal avait déjà été fait par leurs prédécesseurs, quelle que soit, d’ailleurs, leur couleur politique.

Enfin, ils sont moins tentés de pratiquer le clientélisme que leurs collègues des conseils généraux, qui sont élus dans des cantons souvent très peu peuplés, où les votes sont aisément captables par quelques sucreries distribuées çà et là.

Pour ma part, j’ai tout lieu d’être satisfait de M. Jean-Jack Queyranne, président de la région Rhône-Alpes dans laquelle j’ai le plaisir et l’honneur de résider.

Comme nous sommes de la même génération et natifs de la même région, nous nous sommes croisés, jadis, dans des lieux universitaires et militants à Lyon dans les années 1960, avant de mener chacun notre chemin professionnel et politique. Par ailleurs, il se trouve que Queyranne, alors ministre de l’Outremer du gouvernement Jospin, est venu en personne remettre à l’auteur de ces lignes une médaille que la République, dans sa grande magnanimité, avait consenti à lui accorder en dépit des multiples turpitudes de sa vie publique et privée.

Mon plaidoyer en faveur du vote PS aux régionales pourrait s’arrêter là, et laisser libre cours aux commentateurs pour qu’ils balancent leurs posts furibards comme quoi ils n’en n’ont rien à cirer que Luc Rosenzweig fasse son coming out électoral en racontant sa vie, comme un gros narcisse qu’il est.

Mais même si j’étais résident de Poitiers ou La Rochelle, je tiendrais le même discours, et les archives de Causeur sont là pour prouver que je n’éprouve pas de tendresse particulière pour madame Royal.

Il faut voter PS, d’abord parce que la droite, hormis peut-être en Ile-de-France, ne fait rien pour gagner, et même tout pour perdre.

Dans ma région, qui est tout de même la deuxième région française par sa population et son PIB, l’UMP n’a pas été capable de trouver une tête de liste dont la notoriété et l’envergure soit en mesure de contester sérieusement la prédominance de Jean Jack Queyranne. J’ai un infini respect pour madame Françoise Grossetête, député européen et stéphanoise, tête de liste UMP en Rhône-Alpes, mais ce n’est pas lui faire injure que de constater que sa notoriété et son aura régionales sont proches de zéro. La certitude de la défaite est déjà tellement ancrée dans les cuisines de la droite locale que l’on se déchire pour des places d’éligibles sur les listes qui intègrent le fait que la gauche conservera le pouvoir régional. C’est à qui placera son attaché parlementaire ou son suppléant en bonne position, pour être plus à l’aise dans le seul combat qui vaille : garder son siège de député en 2012.

D’ailleurs la droite, dans les départements où elle est archi-dominante, comme la Haute-Savoie dispose, à de rares et notables exceptions près, comme Bernard Accoyer, d’un personnel politique dont le niveau est assez lamentable, car même un bourricot pourvu de l’étiquette UMP aurait toute chance d’aller braire au Palais-Bourbon.

Ce défaitisme même pas révolutionnaire mérite donc d’être sanctionné.

Une autre raison d’apporter son suffrage au PS, probable vainqueur de cette consultation à l’échelle nationale, est de renforcer le pôle pragmatique, modéré et soucieux de développement économique face à des hurluberlus écolos et d’extrême gauche qui vont marchander des places en échanges de leur voix au deuxième tour.

Ainsi, voir un Philippe Meirieu, pape du pédagogisme effréné et tête de liste Europe-Ecologie dans mon coin, être en mesure de dicter la politique éducative de la région à Jean Jack Queyranne me cause un certain souci. Comme celui de voir des Verts trop puissants au Conseil régional inciter le pôle de recherche sur les nanotechnologies de la région de Grenoble aller chercher fortune sous des cieux plus cléments. Fort heureusement, l’émiettement de l’extrême gauche en réduit le pouvoir de nuisance, et l’on peut être certain que les mélenchoniens alliés aux vestiges du PC sauront se contenter des strapontins qui leur seront offerts en fonction de leur score au premier tour.

Enfin un dernier argument devrait emporter le morceau pour ceux qui hésitent encore à voter PS, par tradition de vote à droite ou allergie à Martine Aubry, Laurent Fabius ou Vincent Peillon. Plus le PS sera investi de responsabilités au niveau local et régional, moins il mettra d’ardeur à briguer le pouvoir au niveau national. Ces élus de terrain connaissent la chanson : dès qu’un socialiste est à l’Elysée ou à Matignon, c’est la Bérézina aux municipales et aux cantonales. Bien sûr, ils ne peuvent pas clamer cela urbi et orbi, mais il suffit d’observer les comportements des barons locaux et régionaux du PS pour s’en persuader. De leur maintien en poste dépend la survie de l’appareil politique d’un parti composé principalement d’élus et de ceux qui aspirent à l’être. Pour qui, comme moi, avec de sincères regrets, s’est détourné du vote à gauche aux élections nationales pour des raisons liées à la politique étrangère soit inexistante soit erratique du PS, sa présence massive à la tête des exécutifs régionaux est une assurance qu’il ne viendra pas nous sortir la France de l’OTAN, ou baiser les babouches d’Ahmadinejad au nom de la mauvaise conscience de l’homme blanc du nord.

Enfin, je souhaite ardemment la victoire de Georges Frêche en bas, à gauche sur la carte. Tous ceux qui ont connu Montpellier avant et après Frêche me comprendront.

Laurent Fabius, l’homme qu’on n’aimait pas

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Laurent Fabius

Finalement, George Frêche que l’on présente comme un monstre, un Néron septimanien, un Ceaucescu de l’Hérault, a des opinions très banales. Il n’aime pas les Parisiens, il se méfie des Arabes, des Juifs, des pédés, des cultureux et des gonzesses. Tiens, la preuve : il en a laissé une à la tête de la mairie de Montpellier pour lui garder le conseil municipal au chaud et déjà la vilaine lui mord la main, prête à prendre la tête d’une liste PS concurrente sur les ordres d’une autre gonzesse, Martine Aubry. Frêche a aussi pour ami un grand raffiné, Louis Nicolin , président du club de foot de la capitale de l’Hérault, dont l’esprit sportif est bien connu. Ce sont les Abott et Costello obèses de la vanne grasse : les harkis sont des sous-hommes pour le premier, tel joueur de foot est « une petite tarlouze » pour l’autre.

Parmi les sentiments bien ordinaires de Frêche, ce beauf ex-mao qui ferait passer celui de Cabu pour un esthète wildien, il y a la détestation de Laurent Fabius, l’homme politique le plus brillant de France et , l’un va souvent avec l’autre, le plus suspect et le plus calomnié. Frêche a beau se promener sur toutes les chaines de télé avec le livre de Duneton sur les expressions françaises afin d’expliquer que sa sortie sur « la tête pas bien catholique » de Fabius est une expression vieille comme Hérode (encore un juif, ils sont partout), vous avouerez que c’est ballot que ce soit tombé justement sur l’ « ex-plus jeune premier ministre donné à la France », grand bourgeois cultivé, élégant jusqu’au dandysme et, comme on nous l’indique complaisamment jusqu’à la nausée , » d’origine juive ». On rappellera donc, à tout hasard, que c’est point par point un portrait qui pourrait convenir à Léon Blum.

Frêche, là aussi, se conforme à un vieux fond national d’antisémitisme résiduel et culturel qui a tendance à ressortir en fin de repas dans les blagues vaseuses des convives rôteurs. Faire tomber Frêche là-dessus en plus, ce n’est pas bien malin. On voudrait nous faire croire qu’attaquer les nègres en équipe de France, ça peut encore passer mais que toucher un des rares cheveux de Laurent-Fabius-d’origine-juive, c’est tabou qu’on ne s’y prendrait pas autrement : « Tu vois, Mouloud, ce gars là il peut dire ce qu’il veut sur nous, ça bouge pas, mais dès que c’est un juif… »

Cependant, pas de paranoïa anti antisémite : Frêche, pour dire indirectement ce qu’il pensait du PS socialiste, n’a pas choisi Fabius uniquement en raison de son origine. Elle était même assez secondaire dans son raisonnement, présente mais secondaire. Il a voulu faire croire qu’il répondait à une attaque comme si Fabius était le seul à dénoncer ses abus langagiers et sa mégalomanie urbanistique de Grand Timonier dont le rêve est de transformer Montpellier en port de mer.

Non, plus simplement, Frêche a cru jouer sur du velours en dénonçant le maillon faible du PS, l’homme politique qui n’a jamais réussi à décoller dans les sondages et qui semble avoir déjà renoncé à être un recours, même lointain, pour la gauche.

Et c’est bien le plus injuste dans cette histoire, qu’on ne parle plus de Laurent Fabius que lorsqu’il se fait attaquer.

Moi, je l’aime bien Fabius. Et puisque je fais mon outing, je préciserai que cette sympathie ne date pas d’hier. Je l’ai toujours trouvé courageux et contrairement à ce qu’on dit plutôt cohérent dans son itinéraire, pour autant que peut l’être un homme politique de premier plan obligé aux « corsi i recorsi » de l’Histoire.

Fabius, en 1979, c’est l’homme qui a donné une des définitions les plus intelligentes de ce que pourrait être trente ans après le programme de mes amis du Front de gauche s’ils accédaient par bonheur au pouvoir : « Entre le Plan et le Marché, il y a le socialisme. » Et à l’époque, la novlangue n’étant pas encore totalement victorieuse, socialisme voulait dire socialisme et non social-libéralisme.

Après la victoire de 1981 , Fabius est le ministre du budget des deux seules années de gouvernement de gauche qu’aura connues la France depuis le Front Populaire et on a oublié que lors du grand tournant de 83, qui fut sans doute un des derniers moments historiques où le politique a eu une marge de manœuvre contre les prodromes de ce que l’on n’appelait pas encore la mondialisation, il a été dans le camp des volontaristes.

Avec Chevènement, ce fut lui qui plaida sans succès auprès de Mitterrand, pour la politique du Grand Large, celle qui nous aurait fait sortir du SME pour retrouver un destin et non devenir une entité administrative delorienne à l’existence de plus en plus floue dans le grand marché unique, aussi peu incarnée que les monuments virtuels sur les coupures d’euro.

Le pire, dans tout cela, c’est qu’il a fallu que Fabius dirige cette politique en devenant Premier ministre et, dans le même temps, en assumant le départ des ministres communistes du gouvernement, ce qui fut pour beaucoup la fin d’un rêve car cela marqua une nouvelle rupture symbolique entre gauche de gestion et gauche de transformation, rupture qui dure encore malgré la parenthèse de 1997 où l’identité du PC faillit se diluer dans le Huisme beigbederisé avec défilé Prada (et non Pravda, hélas) place du Colonel Fabien.

Fabius, pourtant, fut un Premier ministre comme on a oublié qu’il a pu en exister depuis que Fillon est à Matignon. On se rappellera le célèbre « Lui c’est lui et moi c’est moi » lancé à la tribune de l’Assemblée nationale à propos de Mitterrand lors d’une visite de Jaruzelski à Paris. Imagine-t-on Fillon, dont la devise est plutôt « lui c’est lui et moi c’est rien », s’opposer de cette manière à Sarkozy lors de la visite de Kadhafi par exemple.

Fabius, c’est aussi évidemment l’affaire du sang contaminé. Pendant des années, on a reproché à un responsable politique qui fut en charge de la politique, toute la politique de la France, de n’être pas agrégé de médecine ou spécialiste d’hématologie à propos d’une maladie, le sida, dont même les spécialistes ne savaient pas grand-chose à l’époque. Peu importe qu’il ait été blanchi, on sait depuis Héraclite que  » le sang qui baigne le cœur est pensée » et que tout ce qui touche à ce domaine est de l’ordre du symbolique donc de l’irrationnel.

On acheva de le haïr en 2005, quand il eut l’insolence d’être le seul responsable politique à se prononcer pour le non au référendum sur le TCE. On parla de positionnement politique artificiel, oubliant évidemment la cohérence qu’il y avait avec le jeune homme de 1984. Et puis dire non à la constitution Giscard, dans le genre opportuniste, ce n’était pas franchement la meilleure idée. On ne rappellera pas l’hystérie généralisée des appareils politiques et médiatiques, toutes tendances confondues contre les nonistes et contre Fabius en particulier puisque lui, un homme si sérieux, un homme du « cercle de la raison » était d’autant plus impardonnable qu’il se commettait avec la racaille trosko-populiste ou national-communiste comme on voudra.

Décidément Fabius demeure, après la mort de Seguin, l’un des rares hommes dont on peut se dire, au sens le plus noble du terme, qu’il est un politique.

Et, non, comme Frêche, un histrion sinistre et un féodal hystérique comme seuls a su en engendrer la décentralisation, ce cheval de Troie de la fausse modernité. Mais ceci est une autre histoire.

Frêche, Nicollin, Depardieu : le club des poètes

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L’exquis Louis Nicollin, président du Montpellier Hérault Sporting Club, vient d’apporter publiquement son soutien à Georges Frêche pour les prochaines élections régionales en Languedoc-Roussillon. Homme de droite, Loulou Nicollin ne laissera pourtant pas tomber son pote Jojo quand une gonzesse, Martine Aubry demande à une autre gonzesse, Hélène Mandroux, maire socialiste de Montpellier, de lui apporter les couilles de Frêche sur un plateau. Ce dernier, qui ne semble pas avoir de souci pour l’avenir de ses attributs virils, vient de recevoir le soutien de Gérard Depardieu. Sont attendus au club des poètes du Languedoc : Michel Charasse et Philippe Lucas. Les meetings de campagne seront retransmis sur écran géant dans la plupart des villes de France. Tarlouzes s’abstenir !

Obama sadise l’Europe

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Obama décommande, sans même passer un coup de fil à Zapatero
Obama décommande, sans même passer un coup de fil à Zapatero
Obama décommande, sans même passer un coup de fil à Zapatero

Il arrive que l’on soit négligent avec ses amis, qu’on oublie de leur envoyer des vœux en janvier ou de souhaiter leur anniversaire. Sauf à être un adepte du freudisme de comptoir, on s’emploiera alors à « arranger les bidons », comme disent nos amis belges, pour qu’une relation chaleureuse ne vire pas en eau de boudin.

En revanche, si on accumule les vexations, petites ou grandes, envers ceux qui font partie du cercle de ses proches, ces derniers sont en droit de s’interroger sur les motivations de cette attitude.

L’Europe obamaniaque vient de prendre un sérieux coup sur la tête avec l’annonce cavalière du président américain de sa non-participation au sommet Union européenne/Etats-Unis prévu pour le mois de mai prochain à Madrid. Même pas un coup de téléphone à José Luis Zapatero, hôte de la réunion, un simple communiqué indiquant que Barack Obama avait des choses plus importantes prévues pour cette date, et basta !, comme on dit en Castille. Cette grossièreté calculée s’ajoute à une longue liste de râteaux pris par des dirigeants européens qui s’imaginaient occuper une place privilégiée dans le cœur du métis de Chicago. Nicolas Sarkozy ne cache plus son irritation devant les rebuffades qu’il n’a cessé de subir depuis un an. Angela Merkel n’a pas digéré qu’Obama sèche la célébration du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin. Les Tchèques ont modérément apprécié que le discours de Prague d’avril 2009 soit le coup d’envoi d’un rapprochement avec Moscou au détriment des intérêts de sécurité des pays d’Europe centrale, mais qui se soucie des Tchèques ? Haïti ? Vous atterrirez quand je voudrai et où je voudrai ! Copenhague ? Allez jouer dans la cour à  » plus écolo que moi, tu meurs ! », pendant que je cause sérieusement avec les Chinois et les Indiens. Même un brave type pas américanophobe pour un rond, le roi Harald de Norvège, a droit à sa petite humiliation : Barack n’a pas daigné aller goûter son saumon fumé et son renne bouilli au banquet prévu à l’issue de la remise du Prix Nobel de la paix.

L’affront fait à Zapatero a provoqué, en France, un chœur de pleureurs et pleureuses obamaniaques sur le thème : il ne faut nous en prendre qu’à nous-mêmes si le bien-aimé président des Etats-Unis nous traite de la sorte. Si cette Europe unie, solidaire et parlant d’une seule voix existait, nous ne serions pas snobés de manière aussi massive par celui dont nous avions accueilli l’élection comme l’arrivée d’un Messie ayant chassé l’Ange de la mort.

En nous châtiant, ajoutent ces suspects habituels du commentaire inspiré, Barack Obama nous renvoie à une triste réalité dont nous serions collectivement responsables : l’impossibilité de construire cette Europe-puissance qui nous permettrait de peser aussi lourd sur la scène politique planétaire que l’ensemble des pays européens dans l’économie mondiale.
Non seulement il nous traite mal, mais en plus il ne nous écoute pas, ajoutent les plus amers, en soulignant le peu de cas fait par le département d’Etat et le Pentagone des avis formulés par les Européens sur la stratégie à mener en Afghanistan, où nos braves soldats viennent se faire trouer la peau, et nos vaillants journalistes sont accueillis plus longtemps que prévu dans des paysages magnifiques. Napoléon demandait-il des conseils stratégiques aux princes d’opérette qui envoyaient quelques-uns de leurs meilleurs soldats jouer les supplétifs dans la Grande Armée ?

Tout cela se tient, mais à quoi sert-il de gloser à l’infini sur une situation dont on sait maintenant qu’elle ne peut être modifiée, du moins à vue humaine ? Le premier qui parle de pessimisme de l’intelligence et d’optimisme de la volonté a gagné un dîner avec Catherine Ashton.

À supposer même qu’une politique étrangère commune substantielle puisse être adoptée et mise en œuvre par l’UE, quel gouvernement serait disposé à en payer le bras armé sans lequel une diplomatie n’est que paroles verbales ? Cela supposerait au moins le doublement des budgets de défense des pays membres de l’UE. Comme nous le signale Jean Guisnel dans son indispensable blog du Point : « Barack Obama a présenté pour l’année fiscale 20 un budget militaire qui s’élève à 768 milliards de dollars (552,11 milliards d’euros), soit 17 fois le budget français de 2010, qui s’élève à 45,2 milliards de dollars (32,5 milliards d’euros). Si on utilise le critère de la dépense militaire par habitant, on obtient 514 euros en France (nourrissons et centenaires compris), et 1.862 euros aux États-Unis. »

Les vraies inquiétudes qui peuvent être formulées après un an de présence d’Obama à la Maison Blanche ne concernent pas son attitude vis-à-vis de l’Europe, mais son bilan global en matière de politique internationale. D’ailleurs, s’il ne vient pas à Madrid, c’est peut-être aussi parce qu’il n’est pas très fiérot de ce qu’il a accompli au cours de cette première année de mandat. Passons rapidement sur le blocage du processus de paix israélo-palestinien. L’administration américaine, par la voix d’Hillary Clinton a eu le fair-play de reconnaître qu’elle s’était plantée en voulant tordre le bras à Benyamin Netanyahou.

L’affaire iranienne est plus préoccupante et laisse entrevoir un réel amateurisme d’Obama et de ses proches conseillers dans la gestion des affaires du monde.

Le plan Obama pour empêcher l’accession de l’Iran à l’arme nucléaire avait pourtant tout pour séduire. Au lieu de menacer Téhéran des foudres de l’US Air Force et de l’US Navy réunies si Mahmoud Ahmadinejad persistait dans son projet atomique, on tente d’encercler diplomatiquement le régime des mollahs. On abandonne le projet de bouclier antimissile est-européen pour amadouer Moscou, et on soutient Pékin à Copenhague sur la question du CO2. Les Chinois et les Russes prennent, font quelques déclarations plus ou moins claires sur leur réprobation de la nucléarisation iranienne, et profitent de la première occasion pour rompre quelques lances avec Washington, histoire de bien faire comprendre qu’il est « prématuré » ou « contre-productif » de mettre en place de vraies sanctions contre Téhéran, dernière tentative avant que la poudre ne soit obligée de parler…Les Chinois se permettent même de montrer les dents, comme au bon temps de Mao, en menaçant Washington de représailles si Obama persiste à livrer des armes à Taïwan et à vouloir recevoir le Dalaï-Lama. Pure gesticulation, dès lors que la supériorité militaire de Pékin sur Taïpeh ne saurait être remise en cause par quelques avions ou vedettes supplémentaires fournies par les Etats-Unis, et que le département d’Etat et la Maison Blanche ont toujours su résister aux pressions d’un lobby pro-tibétain très actif au Congrès.

Pour dresser les fauves de cirques, il existe paraît-il deux méthodes : « en douceur » et  » en férocité ». Les Bouglione sont des gens sérieux, si la première ne marche pas, on prend l’autre.

Une « comédie romantique » de Gérald Sibleyras

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Stéphane Freiss à l'affiche d'Une Comédie romantique, de Gérald Sybleiras, au Théâtre Montparnasse.
Stéphane Freiss à l'affiche d'<em>Une Comédie romantique,</em> de Gérald Sybleiras, au Théâtre Montparnasse.
Stéphane Freiss à l'affiche d'Une Comédie romantique, de Gérald Sybleiras, au Théâtre Montparnasse.

Si un homme furieux armé d’un fusil me demandait de définir Gérald Sibleyras en quatre adjectifs, je lui répondrais sans hésitation : drôle, français, anti-moderne et léger ! Frappé par la justesse de ce portrait à brûle-pourpoint, l’homme poserait assurément son fusil et courrait sans même me dire au revoir au Théâtre Montparnasse afin de voir la prochaine représentation d’Une comédie romantique. Si d’aventure vous étiez tenté d’aller y rejoindre ce forcené malappris, sachez que la chose était impossible avant le 22 janvier 2010 et qu’elle le redeviendra à compter du 15 mai. Je vous conseille donc plutôt l’intervalle.

Lorsque j’ai assisté, il y a quelques années, à l’excellente Danse de l’albatros puis à Vive Bouchon !, j’ai eu l’heureuse surprise de découvrir un théâtre qui s’intéresse au monde réel, au monde concret contemporain. Qui ne fait pas comme s’il n’existait pas. Un théâtre qui le visite et en démonte les ridicules avec un humour féroce et primesautier. Gérald Sibleyras me semble poursuivre par la voie théâtrale l’entreprise de sape des mythologies du moderne accomplie dans le roman français contemporain par Duteurtre, Taillandier ou Houellebecq. Nul hasard, en outre, si les pièces de Sibleyras se jouent souvent rue de la Gaîté, juste en face du lieu où Philippe Muray écrivait ses livres. Car Sibleyras est d’abord le voisin de Muray par l’esprit qui anime ses pièces. Gérald Sibleyras, à qui l’on doit également La Retraite de Russie, Une heure et demie de retard, L’inscription et Le vent des peupliers et qui a obtenu de nombreuses nominations aux Molière en tant que meilleur auteur, compte assurément parmi les lecteurs les plus avertis de Muray, ainsi que parmi ses successeurs les plus drôles.

Une comédie romantique est un vaudeville agréable et enlevé, débordant de mauvais esprit. La pièce commence avec la rencontre d’Anita et Léon, au cœur de l’enfer contemporain : dans un « espace SNCF ». Ils deviennent amants. Leur amour est infesté de téléphones portables, d’ordinateurs et de chambres d’hôtels. Très vite, aussi, il bascule dans l’engrenage du mensonge, d’une manière qui diverge singulièrement de la banalité un peu triste de l’adultère mainstream : Anita et Léon se font croire l’un à l’autre qu’ils sont mariés. Leur situation devient naturellement inextricable.

Dans Une comédie romantique, nous rencontrons également, pour notre plus grand profit, un « coach de vie », un « semi-piéton », malheureuse victime d’une « zone semi-piétonnière », un non-fumeur solidaire de ses frères fumeurs, une kinésithérapeute slovaque et de faux Danois. Nous y apprenons que « nous sommes tous reliés » et que « la Terre est un être vivant ». Ce désopilant jeu de l’amour et du hasard trouve son dénouement burlesque au Salon du mieux-vivre, où divers adeptes de l’harmonie new-age finissent par s’étriper tous entre eux et où le sang de bobo coule à flot.

Bonne baignade !

Ségolène Royal fétichiste ?

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C’est au quartier de la Meinau, à Strasbourg, que cela se passe. Le numéro un du PS du Bas-Rhin, Mathieu Cahn, a dénoncé « le fétichisme du drapeau et la vénération de l’hymne national », récoltant de la droite, et de Pascal Mangin en particulier, une volée de bois vert assez méritée[1. Ancien adjoint au maire de Strasbourg, M. Mangin écrit notamment : « En somme, pour le secrétaire bas-rhinois du Parti socialiste : l’identité ça va ; c’est quand elle est française qu’il y a des problèmes. C’est une bien étrange conception du « vivre-ensemble » que celle qui consiste à haïr ce que l’on est pour pouvoir accueillir l’autre. Mais passons. Là où les déclarations de M. Cahn ne passent pas, c’est lorsqu’il s’en prend avec hargne au drapeau tricolore et à La Marseillaise. Sait-il seulement qu’il est l’adjoint au Maire d’une ville, dont l’histoire est intimement liée à ces deux grands symboles de notre République ? » Lire l’intégralité sur facebook.].

Lire la suite sur Antidote.

Aubry-Frêche : reculer pour ne pas sauter

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Georges Frêche : divorce consommé avec le parti socialiste.
Georges Frêche : divorce consommé avec le parti socialiste.
Georges Frêche : divorce consommé avec le parti socialiste.

Maintenant que le PS a officiellement investi Hélène Mandroux et tout aussi officiellement menacé d’exclusion les socialistes qui persisteraient à faire chambre commune avec Frêche, on peut légitimement se poser la question à 1000 euros : Martine Aubry a-t-elle eu raison ou tort de procéder ainsi ? Quoique n’étant pas rabbin, j’y répondrais, sans doute sous l’influence des Frères Coen, par une autre question: avait-elle le choix ? La réponse est bien évidemment négative : dans cette affaire la marge de manœuvre de Martine était à peu près aussi épaisse qu’une feuille de papier à rouler, ou disons, qu’un bulletin de vote. Je m’explique.

Il y a du cas d’école dans les derniers développements du dossier Frêche. On aurait voulu nous valider par la méthode expérimentale les théories d’Elisabeth Lévy sur le Parti des Médias ou faire du marketing clandestin pour le prochain numéro du mensuel Causeur, titré « Aux ordres des médias aux ordres », qu’on n’aurait pas procédé autrement. Car ce n’est pas Solferino qui, au premier chef, a décidé que celui qu’il avait, bon gré mal gré investi en Languedoc-Roussillon était soudain devenu infréquentable. La mise à l’index de Frêche, c’est L’Express qui l’a décrétée, immédiatement relayé par tout ce que la presse parisienne compte de moralistes éditoriaux.

Ce faisant je n’effleurerais même pas le fond de l’affaire, ce qui a d’ailleurs déjà amplement été fait ici. On pourra penser que Richard Prasquier est plus compétent que Christophe Barbier en matière d’antisémitisme. Ou bien qu’être un supporter d’Israël ne fait pas forcément de vous un ami des juifs. On pourra estimer qu’on aurait mieux avisé de mettre Frêche en quarantaine quand il a parlé des harkis. Ou bien qu’en politique, on n’a décidément pas le droit de parler une autre langue que celle de l’ENA. On pourra penser tout ce qu’on veut, là, on s’en fout car notre problème est ailleurs, il est de savoir si Martine a eu raison de reculer en cette circonstance – car c’est bien d’un recul qu’il s’agit, puisque le président sortant avait l’investiture. Et comme je ne vais pas toujours m’en sortir en posant d’autres questions, je répondrais carrément oui.

Certes, esthétiquement, je préfère la Martine qui envoie froidement bouler les journalistes et leurs questions à la con. Mais bon, il n’y a pas que le fun dans la vie, et on est quand même en campagne électorale.

Or, si Martine n’avait pas procédé à une marche arrière express dans l’affaire, elle prenait le risque d’envoyer direct son PS à peine requinqué à la cata le mois prochain.

Imaginons un instant que Martine ait déclaré, à l’instar de beaucoup de gens sensés, que tout ça n’était pas très ragoûtant mais qu’il n’y avait pas de quoi en faire tout un fromage. Imaginons qu’elle ait passé la griffe, ou se soit contentée d’un rappel à l’ordre formel, en estimant que le cas du Septimanien loquace relevait de l’obsession fabiusophobe et non de la judéophobie. Que se serait-il passé ? Et bien depuis une semaine, on aurait droit à Frédéric Lefebvre ironisant en boucle robotisée devant tous les micros sur le thème « Vaut mieux perdre une région que perdre son âme ». On aurait eu droit aussi, et pas plus tard qu’hier matin, à un Fillon abandonnant son flegme habituel et se vautrant avec délice dans l’indignation indignée. Il n’est même pas à exclure que le président – qui, il nous l’a juré sur TF1, n’interviendra pas pour les régionales – ne soit sorti de sa réserve lors de sa tournée non-électorale en Corse pour stigmatiser comme il se doit ce manquement socialiste aux valeurs républicaines. Ne doutons pas non plus que les Verts et la gauche de la gauche ne se seraient pas gênés pour en rajouter une louche. Enfin, notre bien bienaimé Parti des Médias aurait été au premier rang de la curée. Non pas, redisons-le pour des raisons morales, mais parce qu‘en ne se déjugeant pas sur Frêche, Martine aurait délibérément marché hors des clous que ledit parti avait soigneusement délimités. Et ça, ça se paye !

En résumé, donc, Martine Aubry a bien fait de reculer, et de reculer vite. L’historiographie militaire est truffée de défaites monstrueuses qu’un bref repli tactique aurait pu éviter. Mais sans chercher si loin, certains auraient été bien avisés d’appliquer la même méthode peu glorieuse, mais payante dans quelques affaires récentes, type Epad ou Proglio, qui ne sont peut-être pas étrangères au trou d’air actuel de l’UMP.

On en conclura donc que la question n’est pas de savoir, pour le PS s’il vaut mieux perdre une région que son âme, mais s’il vaut mieux perdre seulement le Languedoc-Roussillon que cinq ou six régions…

Le Prince des Routiers

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La presse professionnelle regorge de perles comiques. Le mensuel spécialisé Les Routiers, dont le lectorat est constitué d’après l’éditeur de « chauffeurs, d’artisans transporteurs, de chefs de parcs, et de responsables de PME transport » publie dans son édition de janvier une interview fleuve de Jean de France, duc de Vendôme, fils du comte de Paris et héritier du trône, sous le titre « Les routiers sont des hommes authentiques »… C’est naturellement dans le cadre d’une campagne promotionnelle consécutive à la sortie de son livre, Un prince français (éditions Pygmalion), que cet entretien s’explique, mais on y trouve de petits trésors de communication opportuniste. Le duc de Vendôme posant notamment devant plusieurs camions rutilants et disant son amour des routiers sur tous les tons… À la question « Que pensez-vous du métier de chauffeur routier ? », l’héritier du trône répond tout de go : « C’est une activité très solitaire et fatigante, notamment pour les longs trajets… » Le Prince Jean n’hésite pas non plus à répondre à la question « Que pensez-vous de la profession de routier ? » Il en pense du bien, vous imaginez ! Le journaliste ose : « Si vous deviez faire un voyage en camion, ce serait où et avec quelle marque ? » et l’aristocrate répond : « J’aimerais faire Paris-Moscou dans un camion avec une belle cabine et un bon klaxon… » Puis le reporter tente : « Vous êtes-vous déjà arrêté dans un relais routiers ? » L’héritier du trône indique alors : « Je m’arrête en fait toujours sur l’autoroute. Je suis déjà allé dans un bar où il y avait des routiers parmi les clients. » Diantre ! Un bar occupé par la plèbe et les conducteurs de chars… mais le prince s’empresse d’ajouter, plein d’une touchante honnêteté : « Mais je ne vais pas vous mentir, je ne me suis jamais arrêté dans un relais routiers… » Jusqu’où la noblesse de France va t-elle s’encanailler ? J’en tremble…

Une femme voilée sur les listes du NPA, un léger détail ?

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Olivier Besancenot, par Philippe Leroyer, flickr.com.
Olivier Besancenot, par Philippe Leroyer, flickr.com.
Olivier Besancenot, par Philippe Leroyer, flickr.com.

Pardon, mais on va s’agacer. A cause de ceci, lu dans le Figaro : « Il y a une fille qui porte un léger voile sur la liste du Vaucluse », explique Pierre François Grond, porte-parole du NPA. Rien, trois fois rien, un « léger voile », on a dit. D’ailleurs, « la foi est une question privée qui ne saurait faire obstacle à la participation à notre combat dès lors que les fondamentaux laïcs, féministes et anticapitalistes de notre parti sont sincèrement partagés », poursuit le même Grond.

Laïc, le voile ? Féministe, le voile ? Anticapitaliste, le voile ? Le voile non, en tout cas pour les deux premières acceptions, si on en juge par les critères habituels, voire en se référant à la loi française. Mais sans doute, ce qui fait la différence c’est que le voile ici est « léger ». Quant à la dimension anticapitaliste dudit accessoire féministe et non religieux, je n’ai pas, disons-le, de religion. Mais je n’ai pas l’impression que faire du shopping en hidjab avenue Montaigne fait de vous un apôtre de Michael Moore.

Ce qui fait rire dans cette petite affaire, c’est de voir à quel niveau de pathétisme est donc arrivé le NPA. Bon, la grève insurrectionnelle reconductible ne prend pas, la lutte contre la privatisation de la Poste nous échappe, le PS revient timidement à ses fondamentaux de gauche, la droite s’enferre seule dans le débat sur l’identité nationale, qu’est-ce qu’on va pouvoir faire pour surnager et sauver quelques élus dans les Conseils régionaux ? Eh bien, on va sortir notre « fille qui porte un voile léger ».

Alors, je fais certes un mauvais procès, je ne peux pas imaginer une seconde que les choses se soient passées comme ça. Mais pardon, j’ai un doute.

Entre le débat sur la burqa (ah non, pardon, on dit voile intégral maintenant, sans doute bien moins stigmatisant comme expression), entre les déclarations de Besson, le NPA s’est peut-être dit qu’il y avait un créneau marketing…

Un créneau qu’on pourrait appeler celui du voile décomplexé : Olivier Besancenot et ses amis sont tellement à la ramasse que pour réussir à s’implanter en banlieue, faire voter les jeunes des « quartiers défavorisés », qu’à leur place j’aurais aussi tenté l’option religieuse : le jeune de banlieue se fout de Marx, de la révolution et préfère peut-être gagner de l’argent pour se tirer de l’endroit où il habite. Le stratège du NPA affirme qu’une femme voilée « c’est l’image de notre intégration dans les quartiers ». Omar Slaouti, chargé des « quartiers » pour le NPA ne dit pas autre chose : le voile n’est pas communautariste mais « renvoie juste l’image de ceux qui subissent la crise dans les quartiers sensibles ». Ben voilà, l’ami, tu te sens stigmatisé, tu te sens nié dans ton identité, tu n’as pas de boulot, porte le voile, ou mieux, fais-le porter à ta femme/ta sœur, et tu vas voir, ça ira tout de suite mieux!

Ce qui me plait avec le NPA et cette histoire, dont le parti ne veut pas faire un « affichage national », c’est que là, on sait à qui on a affaire : un ramassis – pardon – de cyniques, dangereux, sans foi ni loi, qui préfèrent flatter les bas instincts de leurs électeurs, comme ceux de ceux qui ne les aiment pas, pour sauver des sièges et des indemnités d’élus. Un parti qui, sauf erreur de ma part, met en avant la suppression ou a minima l’extinction de la religion. Mais le voile n’est donc pas religieux, c’est un truc qui dit que t’es féministe et que tu es pas contente de ton sort et que tu es en rage contre la société toute pourrie. Voilà, à force de le répéter, on va bien réussir à le faire croire non ? Cette petite, pardon, légère histoire de voile aura permis à ceux qui en doutaient encore, de dévoiler le NPA.

Sommes-nous tous de mauvais Français ?

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telerama

Pour le cas où ses abonnés (dont je suis depuis longtemps) en douteraient, Télérama a fait une vitrine de sa  « correction politique ». Dans son numéro du 30 janvier qui proclame en « une » que « nous sommes tous de mauvais Français », cet affichage a quelque chose de terroriste, terrorisme de la vertu bien sûr, qui consiste, comme toujours, à dresser un mur entre le bien dont nous sommes et les autres, les indignes.

C’est évidemment l’interview de Didier Fassin qui explicite et justifie ce que la couverture (et l’édito de Thierry Leclère) annoncent. Fassin part du constat qu’un Américain se sent plus facilement chez lui à Paris qu’un Français originaire du Mali. Il tire de cela la conséquence que la vraie frontière désormais n’est pas autour du territoire national : elle le traverse.

Comment se fait-il que pour tant de gens, la désintégration sociale et nationale dont ils ont le sentiment apparaisse liée à l’immigration ? Affaire de préjugé semble-t-il, dont Fassin indique la généalogie. À partir de 1974 (crise pétrolière) on a fermé les portes, restreint le regroupement familial et l’asile politique, on s’est mis à rechercher les clandestins. Ce faisant, on a déstabilisé et stigmatisé ceux qui étaient déjà installés, d’où les tensions raciales qui ont suivi. Donc pour notre ethnologue, il n’y a pas de lien entre la discrimination et l’immigration irrégulière, mais il y en a un entre la discrimination et la répression de l’immigration irrégulière. En conséquence, si nous avions une politique de la porte ouverte, tout serait pour le mieux. En est-on bien sûr ?

La déduction de Didier Fassin avance sur un chemin étroitement balisé, à partir du présupposé que les Français de souche sont tout le problème, que tout tient à leur mentalité, telle que les politiques l’ont fabriquée. Ainsi procède-t-il aussi pour expliquer que, de tous les côtés, on se réfère aux identités raciales à propos de l’immigration et des banlieues. Il y a au départ, du côté de la société « d’accueil », l’assignation des immigrés à une identité raciale. Le fait qu’ensuite eux-mêmes revendiquent cette identité n’est qu’une demande de reconnaissance de ce qui a été imposé, un contre coup de « l’assignation »[1. Question subsidiaire : est-il neutre, scientifique d’employer ce mot pour résumer l’attitude de la société française ?] antérieure. Et si ensuite sociologues ou démographes réclament des statistiques raciales, ce sont les réalités qui les y contraignent, c’est tout simplement de l’objectivation. En somme, le racialisme est une fausse conscience que les Français de souche ont instillée, mais employant cette grille pour décrire la situation créée par les dominants, les victimes agissent vertueusement et les sociologues de manière réaliste.

On pourrait opposer bien des faits à cette analyse trop linéaire. Par exemple, la simple et sympathique demande de reconnaissance suffit-elle à expliquer qu’on siffle la Marseillaise, qu’on pille des boutiques pour fêter une victoire de l’Algérie au foot, qu’on fasse de la provocation dans les bus, qu’on caillasse les pompiers ? On a le sentiment que l’interviewé est dans une demi-vérité et qu’il entend bien n’en pas en sortir.

Mais passons ! À supposer que l’on se contente d’une analyse de la discrimination et de la racialisation qui incrimine ainsi les Français de souche, la conclusion s’impose qu’il y a un problème de l’identité française et qu’il faut d’urgence en débattre. Mais, apparemment une telle conséquence est exclue, proscrite, disqualifiée… Pourquoi ? Peut-être la réponse est-elle donnée quand à la fin de son édito, Thierry Leclère donne en exemple la « république multiculturelle » selon Lilian Thuram et consorts. En effet si, comme dans cette expression, on efface le mot France et l’on gomme la nécessité de se rencontrer dans une culture commune, il n’y a plus rien sur quoi s’interroger, sinon sur le retard mental de ceux qui s’attachent à de pareilles vieilleries. Est-ce cette conclusion que voulait annoncer la tonitruante couverture de Télérama ?

Régionales : votez socialiste, c’est tout bénef !

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Martine Aubry, par Audrey AK, flickr.com
Martine Aubry, par Audrey AK, flickr.com
Martine Aubry, par Audrey AK, flickr.com

Petit test : qui est capable de donner le nom d’au moins la moitié des vingt-deux présidents de régions métropolitaines ? Ceux qui mentionneront d’autres noms que Georges Frêche, Ségolène Royal et peut-être Jean-Paul Huchon, en sus de celui qui occupe le fauteuil près de chez soi, sont soit des allumés genre Rainman, soit des pros de la politique ou des sondages.

Voilà des gens, tous socialistes sauf deux, qui ne sont pas montés sur les chevaux du manège médiatique et mondain de la capitale. Leur ambition, à l’exception de la dame de Poitou-Charentes, semble se limiter à persévérer dans leur être jusqu’à ce que l’âge ou la lassitude de la chose publique les incite à passer la main.

Ils s’occupent des lycées, des trains de proximité, du tourisme, du développement économique, de culture, et il semble qu’ils s’en tirent plutôt bien, si l’on en croit les sondages.

On ne peut leur reprocher d’avoir gaspillé les deniers publics dans des édifices pharaoniques destinés à les accueillir avec leurs services : dans la plupart des cas, le mal avait déjà été fait par leurs prédécesseurs, quelle que soit, d’ailleurs, leur couleur politique.

Enfin, ils sont moins tentés de pratiquer le clientélisme que leurs collègues des conseils généraux, qui sont élus dans des cantons souvent très peu peuplés, où les votes sont aisément captables par quelques sucreries distribuées çà et là.

Pour ma part, j’ai tout lieu d’être satisfait de M. Jean-Jack Queyranne, président de la région Rhône-Alpes dans laquelle j’ai le plaisir et l’honneur de résider.

Comme nous sommes de la même génération et natifs de la même région, nous nous sommes croisés, jadis, dans des lieux universitaires et militants à Lyon dans les années 1960, avant de mener chacun notre chemin professionnel et politique. Par ailleurs, il se trouve que Queyranne, alors ministre de l’Outremer du gouvernement Jospin, est venu en personne remettre à l’auteur de ces lignes une médaille que la République, dans sa grande magnanimité, avait consenti à lui accorder en dépit des multiples turpitudes de sa vie publique et privée.

Mon plaidoyer en faveur du vote PS aux régionales pourrait s’arrêter là, et laisser libre cours aux commentateurs pour qu’ils balancent leurs posts furibards comme quoi ils n’en n’ont rien à cirer que Luc Rosenzweig fasse son coming out électoral en racontant sa vie, comme un gros narcisse qu’il est.

Mais même si j’étais résident de Poitiers ou La Rochelle, je tiendrais le même discours, et les archives de Causeur sont là pour prouver que je n’éprouve pas de tendresse particulière pour madame Royal.

Il faut voter PS, d’abord parce que la droite, hormis peut-être en Ile-de-France, ne fait rien pour gagner, et même tout pour perdre.

Dans ma région, qui est tout de même la deuxième région française par sa population et son PIB, l’UMP n’a pas été capable de trouver une tête de liste dont la notoriété et l’envergure soit en mesure de contester sérieusement la prédominance de Jean Jack Queyranne. J’ai un infini respect pour madame Françoise Grossetête, député européen et stéphanoise, tête de liste UMP en Rhône-Alpes, mais ce n’est pas lui faire injure que de constater que sa notoriété et son aura régionales sont proches de zéro. La certitude de la défaite est déjà tellement ancrée dans les cuisines de la droite locale que l’on se déchire pour des places d’éligibles sur les listes qui intègrent le fait que la gauche conservera le pouvoir régional. C’est à qui placera son attaché parlementaire ou son suppléant en bonne position, pour être plus à l’aise dans le seul combat qui vaille : garder son siège de député en 2012.

D’ailleurs la droite, dans les départements où elle est archi-dominante, comme la Haute-Savoie dispose, à de rares et notables exceptions près, comme Bernard Accoyer, d’un personnel politique dont le niveau est assez lamentable, car même un bourricot pourvu de l’étiquette UMP aurait toute chance d’aller braire au Palais-Bourbon.

Ce défaitisme même pas révolutionnaire mérite donc d’être sanctionné.

Une autre raison d’apporter son suffrage au PS, probable vainqueur de cette consultation à l’échelle nationale, est de renforcer le pôle pragmatique, modéré et soucieux de développement économique face à des hurluberlus écolos et d’extrême gauche qui vont marchander des places en échanges de leur voix au deuxième tour.

Ainsi, voir un Philippe Meirieu, pape du pédagogisme effréné et tête de liste Europe-Ecologie dans mon coin, être en mesure de dicter la politique éducative de la région à Jean Jack Queyranne me cause un certain souci. Comme celui de voir des Verts trop puissants au Conseil régional inciter le pôle de recherche sur les nanotechnologies de la région de Grenoble aller chercher fortune sous des cieux plus cléments. Fort heureusement, l’émiettement de l’extrême gauche en réduit le pouvoir de nuisance, et l’on peut être certain que les mélenchoniens alliés aux vestiges du PC sauront se contenter des strapontins qui leur seront offerts en fonction de leur score au premier tour.

Enfin un dernier argument devrait emporter le morceau pour ceux qui hésitent encore à voter PS, par tradition de vote à droite ou allergie à Martine Aubry, Laurent Fabius ou Vincent Peillon. Plus le PS sera investi de responsabilités au niveau local et régional, moins il mettra d’ardeur à briguer le pouvoir au niveau national. Ces élus de terrain connaissent la chanson : dès qu’un socialiste est à l’Elysée ou à Matignon, c’est la Bérézina aux municipales et aux cantonales. Bien sûr, ils ne peuvent pas clamer cela urbi et orbi, mais il suffit d’observer les comportements des barons locaux et régionaux du PS pour s’en persuader. De leur maintien en poste dépend la survie de l’appareil politique d’un parti composé principalement d’élus et de ceux qui aspirent à l’être. Pour qui, comme moi, avec de sincères regrets, s’est détourné du vote à gauche aux élections nationales pour des raisons liées à la politique étrangère soit inexistante soit erratique du PS, sa présence massive à la tête des exécutifs régionaux est une assurance qu’il ne viendra pas nous sortir la France de l’OTAN, ou baiser les babouches d’Ahmadinejad au nom de la mauvaise conscience de l’homme blanc du nord.

Enfin, je souhaite ardemment la victoire de Georges Frêche en bas, à gauche sur la carte. Tous ceux qui ont connu Montpellier avant et après Frêche me comprendront.

Laurent Fabius, l’homme qu’on n’aimait pas

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Laurent Fabius

Finalement, George Frêche que l’on présente comme un monstre, un Néron septimanien, un Ceaucescu de l’Hérault, a des opinions très banales. Il n’aime pas les Parisiens, il se méfie des Arabes, des Juifs, des pédés, des cultureux et des gonzesses. Tiens, la preuve : il en a laissé une à la tête de la mairie de Montpellier pour lui garder le conseil municipal au chaud et déjà la vilaine lui mord la main, prête à prendre la tête d’une liste PS concurrente sur les ordres d’une autre gonzesse, Martine Aubry. Frêche a aussi pour ami un grand raffiné, Louis Nicolin , président du club de foot de la capitale de l’Hérault, dont l’esprit sportif est bien connu. Ce sont les Abott et Costello obèses de la vanne grasse : les harkis sont des sous-hommes pour le premier, tel joueur de foot est « une petite tarlouze » pour l’autre.

Parmi les sentiments bien ordinaires de Frêche, ce beauf ex-mao qui ferait passer celui de Cabu pour un esthète wildien, il y a la détestation de Laurent Fabius, l’homme politique le plus brillant de France et , l’un va souvent avec l’autre, le plus suspect et le plus calomnié. Frêche a beau se promener sur toutes les chaines de télé avec le livre de Duneton sur les expressions françaises afin d’expliquer que sa sortie sur « la tête pas bien catholique » de Fabius est une expression vieille comme Hérode (encore un juif, ils sont partout), vous avouerez que c’est ballot que ce soit tombé justement sur l’ « ex-plus jeune premier ministre donné à la France », grand bourgeois cultivé, élégant jusqu’au dandysme et, comme on nous l’indique complaisamment jusqu’à la nausée , » d’origine juive ». On rappellera donc, à tout hasard, que c’est point par point un portrait qui pourrait convenir à Léon Blum.

Frêche, là aussi, se conforme à un vieux fond national d’antisémitisme résiduel et culturel qui a tendance à ressortir en fin de repas dans les blagues vaseuses des convives rôteurs. Faire tomber Frêche là-dessus en plus, ce n’est pas bien malin. On voudrait nous faire croire qu’attaquer les nègres en équipe de France, ça peut encore passer mais que toucher un des rares cheveux de Laurent-Fabius-d’origine-juive, c’est tabou qu’on ne s’y prendrait pas autrement : « Tu vois, Mouloud, ce gars là il peut dire ce qu’il veut sur nous, ça bouge pas, mais dès que c’est un juif… »

Cependant, pas de paranoïa anti antisémite : Frêche, pour dire indirectement ce qu’il pensait du PS socialiste, n’a pas choisi Fabius uniquement en raison de son origine. Elle était même assez secondaire dans son raisonnement, présente mais secondaire. Il a voulu faire croire qu’il répondait à une attaque comme si Fabius était le seul à dénoncer ses abus langagiers et sa mégalomanie urbanistique de Grand Timonier dont le rêve est de transformer Montpellier en port de mer.

Non, plus simplement, Frêche a cru jouer sur du velours en dénonçant le maillon faible du PS, l’homme politique qui n’a jamais réussi à décoller dans les sondages et qui semble avoir déjà renoncé à être un recours, même lointain, pour la gauche.

Et c’est bien le plus injuste dans cette histoire, qu’on ne parle plus de Laurent Fabius que lorsqu’il se fait attaquer.

Moi, je l’aime bien Fabius. Et puisque je fais mon outing, je préciserai que cette sympathie ne date pas d’hier. Je l’ai toujours trouvé courageux et contrairement à ce qu’on dit plutôt cohérent dans son itinéraire, pour autant que peut l’être un homme politique de premier plan obligé aux « corsi i recorsi » de l’Histoire.

Fabius, en 1979, c’est l’homme qui a donné une des définitions les plus intelligentes de ce que pourrait être trente ans après le programme de mes amis du Front de gauche s’ils accédaient par bonheur au pouvoir : « Entre le Plan et le Marché, il y a le socialisme. » Et à l’époque, la novlangue n’étant pas encore totalement victorieuse, socialisme voulait dire socialisme et non social-libéralisme.

Après la victoire de 1981 , Fabius est le ministre du budget des deux seules années de gouvernement de gauche qu’aura connues la France depuis le Front Populaire et on a oublié que lors du grand tournant de 83, qui fut sans doute un des derniers moments historiques où le politique a eu une marge de manœuvre contre les prodromes de ce que l’on n’appelait pas encore la mondialisation, il a été dans le camp des volontaristes.

Avec Chevènement, ce fut lui qui plaida sans succès auprès de Mitterrand, pour la politique du Grand Large, celle qui nous aurait fait sortir du SME pour retrouver un destin et non devenir une entité administrative delorienne à l’existence de plus en plus floue dans le grand marché unique, aussi peu incarnée que les monuments virtuels sur les coupures d’euro.

Le pire, dans tout cela, c’est qu’il a fallu que Fabius dirige cette politique en devenant Premier ministre et, dans le même temps, en assumant le départ des ministres communistes du gouvernement, ce qui fut pour beaucoup la fin d’un rêve car cela marqua une nouvelle rupture symbolique entre gauche de gestion et gauche de transformation, rupture qui dure encore malgré la parenthèse de 1997 où l’identité du PC faillit se diluer dans le Huisme beigbederisé avec défilé Prada (et non Pravda, hélas) place du Colonel Fabien.

Fabius, pourtant, fut un Premier ministre comme on a oublié qu’il a pu en exister depuis que Fillon est à Matignon. On se rappellera le célèbre « Lui c’est lui et moi c’est moi » lancé à la tribune de l’Assemblée nationale à propos de Mitterrand lors d’une visite de Jaruzelski à Paris. Imagine-t-on Fillon, dont la devise est plutôt « lui c’est lui et moi c’est rien », s’opposer de cette manière à Sarkozy lors de la visite de Kadhafi par exemple.

Fabius, c’est aussi évidemment l’affaire du sang contaminé. Pendant des années, on a reproché à un responsable politique qui fut en charge de la politique, toute la politique de la France, de n’être pas agrégé de médecine ou spécialiste d’hématologie à propos d’une maladie, le sida, dont même les spécialistes ne savaient pas grand-chose à l’époque. Peu importe qu’il ait été blanchi, on sait depuis Héraclite que  » le sang qui baigne le cœur est pensée » et que tout ce qui touche à ce domaine est de l’ordre du symbolique donc de l’irrationnel.

On acheva de le haïr en 2005, quand il eut l’insolence d’être le seul responsable politique à se prononcer pour le non au référendum sur le TCE. On parla de positionnement politique artificiel, oubliant évidemment la cohérence qu’il y avait avec le jeune homme de 1984. Et puis dire non à la constitution Giscard, dans le genre opportuniste, ce n’était pas franchement la meilleure idée. On ne rappellera pas l’hystérie généralisée des appareils politiques et médiatiques, toutes tendances confondues contre les nonistes et contre Fabius en particulier puisque lui, un homme si sérieux, un homme du « cercle de la raison » était d’autant plus impardonnable qu’il se commettait avec la racaille trosko-populiste ou national-communiste comme on voudra.

Décidément Fabius demeure, après la mort de Seguin, l’un des rares hommes dont on peut se dire, au sens le plus noble du terme, qu’il est un politique.

Et, non, comme Frêche, un histrion sinistre et un féodal hystérique comme seuls a su en engendrer la décentralisation, ce cheval de Troie de la fausse modernité. Mais ceci est une autre histoire.

Frêche, Nicollin, Depardieu : le club des poètes

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L’exquis Louis Nicollin, président du Montpellier Hérault Sporting Club, vient d’apporter publiquement son soutien à Georges Frêche pour les prochaines élections régionales en Languedoc-Roussillon. Homme de droite, Loulou Nicollin ne laissera pourtant pas tomber son pote Jojo quand une gonzesse, Martine Aubry demande à une autre gonzesse, Hélène Mandroux, maire socialiste de Montpellier, de lui apporter les couilles de Frêche sur un plateau. Ce dernier, qui ne semble pas avoir de souci pour l’avenir de ses attributs virils, vient de recevoir le soutien de Gérard Depardieu. Sont attendus au club des poètes du Languedoc : Michel Charasse et Philippe Lucas. Les meetings de campagne seront retransmis sur écran géant dans la plupart des villes de France. Tarlouzes s’abstenir !