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Le préfet était en Noir

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Après l’Arabe, le Noir. La France n’a pas encore son Obama mais elle peut au moins s’enorgueillir d’un « préfet visible », curieuse expression, employée sur France Inter par Alain Genestar, et qui a dû emplir d’allégresse tous les autres préfets, et l’intéressé aussi. On l’aura compris : contre la triste France de l’uniformité, invisible de surcroît, minée par ses « fièvres obsidionales », en proie à ses « détestables frilosités identitaires » comme a cru bon de le remarquer Le Monde, en grande forme, le jour où Goncourt et Renaudot étaient attribués à des écrivains d’origine étrangère, se dresse heureusement la France visible qui, coup de chance, est aussi celle de la diversité.

On ne savourera jamais assez le tête-à-queue sémantique qui conduit de pieux antiracistes à distinguer les individus et les groupes en fonction de leurs caractéristiques physiques. Pour faire court, plus t’es blanc, man, moins t’es visible.

Comme s’il ne suffisait pas de manier des catégories aussi déprimantes, certains visibles sont plus visibles que d’autres : c’est ainsi que les Asiatiques ont été implicitement éliminés de la course à la visibilité. On ne va pas tourner autour du pot : les « minorités visibles » dont il s’agit de favoriser la promotion pour réparer les crimes d’hier, ce sont les Arabes et les Noirs. À l’arrivée, les résultats de ce mic-mac sont croquignolets. On est raciste par antiracisme et discriminatoire pour lutter contre les discriminations. Ainsi quand certains commettent en toute visibilité des actes délictueux comme le brûlage de bagnoles, sociologues et journalistes se relaient pour expliquer en boucle que ces actes n’ont rien à voir avec la visibilité de leurs auteurs tout en réclamant d’un même élan que l’on réponde à ce malheur social par des mesures raciales – vous pouvez retourner la chose dans tous les sens, un avantage accordé en fonction de la couleur de la peau est bel et bien une mesure raciale[1. On dit généralement que le concept de race n’a aucune valeur scientifique. En fait, si : pendant longtemps, l’humanité s’est partagée entre plusieurs races, homo sapiens ceci ou cela. Mais cela fait quelques millions d’années qu’il y a une seule race humaine, aussi l’humanité est-elle à la fois une race et une espèce. Il y a une race humaine, pas une race indo-européenne. On se réfère ici au sens que donnent à l’idée de race racistes et antiracistes.]. Le « petit blanc » des cités a beau être aussi pauvre que ses copains, il n’a pas l’heur d’être issu de la diversité. Invisible. On vous dit qu’il n’y a rien à voir. Patrick Lozès, le président du CRAN, jure qu’il ne demande pas de discrimination ethnique mais il réclame « plus de couleurs » (sic !) sur les banc de l’Assemblée. Cherchez l’erreur. Au passage, sa réception à l’Elysée n’a pas manqué de déclencher une foire d’empoigne entre « visibles », les « domiens » (Antillais en novlangue) s’énervant contre les « d’origine africaine » tandis que les associations maghrébines s’inquiètent d’un « monopole des Noirs en matière de visibilité ». On attend avec impatience que les « minorités invisibles » (juifs, homos, pratiquants du saut à l’élastique) se mettent de la partie. On se marre, non ? Même pas.

Le plus hallucinant est que les journalistes, grands pourfendeurs d’idées reçues, se sont emparés de ces nouveaux hochets sans la moindre distance. Les idées niaises accrochées aux mots « visibilité » et « diversité », ils les ont non seulement reçues mais adoptées avec enthousiasme et manient maintenant ces concepts imbéciles avec le plus grand sérieux, incapables d’en percevoir la cocasserie. Dommage. Car tout cela se mesure, s’analyse, s’encourage. Ainsi peut-on lire sur le site du Nouvel Obs que « la diversité à la télévision n’a progressé que d’un point en dix ans ». Et dans l’entreprise ? Et dans la famille ? Que fait le gouvernement ? Comptez ! Combien de Noirs ? Combien d’Arabes ? Combien d’invisibles ? Il est vrai que le CSA qui, toujours sans aucun rapport avec le débat actuel, vient de pousser lui aussi sa gueulante, a cru bon de ramener les prolos dans la grande famille de la diversité. À en croire l’autorité de tutelle de l’audiovisuel public, non seulement il n’y a pas assez de ceux-ci et de ceux-là mais en plus, on manque de pauvres à la télé. Mais attention, la pauvreté, ce n’est pas un état (déplaisant) mais une origine. Ce qu’on veut, c’est des prolos qui causent prolo et qui sentent prolo. (page suivante)

I’ve got the bouse

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Noël Mamère et deux autres députés Verts dont j’ai heureusement réussi à oublier le nom ont déposé un projet de loi visant l’interdiction des braseros et autres chauffages d’appoint aux terrasses des cafés, pour cause d’émission intempestive de CO2. C’était jusque là la seule parade qu’avaient trouvé les débits de boisson pour enrayer la fuite de leur clients fumeurs. Lutter à la fois contre la propagation du vice tabagique, la fréquentation des estaminets et l’effet de serre : ces écolos sont très très forts. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Noël Mamère sait-il qu’une bouse de vache, par exemple, émet une forte quantité de protoxyde d’azote et de méthane, soit deux gaz participant encore plus que le CO2 au supposé réchauffement de la planète ? A quand une loi proposant l’abattage total du cheptel ? Ou au moins un décret interdisant aux bovins de déféquer…

Terrorisme à grande vitesse

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« Aimons la vitesse qui est le merveilleux moderne », écrivait Paul Morand à l’époque où aller vite était une expérience poétique. Aujourd’hui, c’est une aliénation. Ce n’est pas autre chose qu’ont voulu expliquer ces jeunes autonomes, ou anarchistes, ou « membres de la mouvance d’ultra gauche » comme disent les gazettes avec ce flou qui sent bon les informations récoltées chez les nouveaux Javert du renseignement intérieur centralisé plutôt que chez les éditeurs avisés qui ont publié les textes dont leurs actes s’inspirent. A ce titre, l’édito de Libération de ce mercredi ressemble étrangement à des éructations de l’époque droite pompidolienne – cuvée 1973 (les pauvres usagers, l’ennemi intérieur…), ce qui ne manque pas de sel quand on est l’héritier de la Gauche Prolétarienne. Quant à notre ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie, elle est tout heureuse. Ses lunettes martiales, son tailleur-pantalon ajusté comme un treillis et ses rodomontades sur l’ordre public en font la digne héritière de Raymond Marcellin, ce John Egard Hoover français qui traquait le gauchiste pendant que la France écoutait Joe Dassin pour oublier le premier choc pétrolier. Elle revient sur le devant de la scène politique intérieure, on l’avait un peu oubliée avec la crise financière, et on va voir ce qu’on va voir. Eh bien, justement, voyons…

De quoi s’agit-il au juste ? Des jeunes gens trouvent notre monde invivable. Comme ils sont intelligents, ils lisent. Ils lisent les livres de l’Encyclopédie des Nuisances, de Tiqqun ou du Comité invisible. Ces noms mystérieux cachent des textes très clairs, à la langue très pure et d’une lucidité sur notre époque qui confine à la poésie. Leurs auteurs, qu’il ne faut évidemment pas confondre avec les jeunes gens soupçonnés d’être passé à l’action directe, s’appellent Jaime Semprun, René Riesel, Baudoin de Bodinat ou Jean-Marc Mandosio, s’inscrivent dans une tradition situationniste et luddite, c’est-à-dire qu’ils estiment que la technologie et l’industrie qui se développent de manière si criminelle et désordonnée aujourd’hui, conduisent à un suicide planétaire et génèrent des modes de vie aberrants.

On peut ne pas être d’accord avec eux, on ne peut pas faire comme si cette pensée n’existait pas, comme si les maladies liées à l’environnement, les comportements psychologiques déments dus aux rapports de production inhumains et le désenchantement du monde si visible dans les zones commerciales qui cernent désormais toutes les villes n’étaient pas une réalité, une réalité que l’on aimerait bien faire dissoudre dans l’addiction à la consommation ou aux anxiolytiques.

La vitesse est donc pour eux la première maladie de notre société. L’Encyclopédie des Nuisances qui a édité le manifeste d’Unabomber mais aussi les Essais, articles et lettres d’Orwell, avait publié, il y a quelques années un stimulant Relevé provisoire de nos griefs contre le despotisme de la vitesse, ou la critique du TGV tenait une bonne place.

L’auteur de cet article ne sait pas si la vitesse est bonne ou mauvaise en soi, il partage avec les Grecs anciens et les marxistes la conviction que les choses sont ce qu’on en fait. Si la vitesse me ramène vers la femme aimée, alors la vitesse est bonne. Mais si elle me permet d’accroître ma productivité au service d’un système injuste, alors elle est mauvaise. Il en va de même pour les OGM qui soigneront les maladies ou ruineront les paysans comme pour les couteaux qui tranchent le pain ou qui poignardent.

J’affirme en revanche sans la moindre hésitation qu’utiliser le mot « terrorisme » pour qualifier les actions dont il est question est un abus de langage. La technique utilisée pour stopper ces TGV en rase campagne est la même que celle des antinucléaires allemands pour bloquer les convois de déchets : dans les deux cas, le mode opératoire vise à éviter toute victime. La célérité avec laquelle la police les a coffrés les a pour l’instant empêché d’expliquer au public, donc aux voyageurs lésés le sens de leurs opérations. (Tiens, pourquoi n’ont-ils pas été arrêtés avant d’agir si on savait tant de choses sur leur compte ? Mais je préfère arrêter là : de nos jours, on est si vite accusé de nourrir une paranoïa complotiste dès que l’on avance une explication policière à l’Histoire…)

On a aussi envie de croire que certains passagers, pas ceux qui ont été filmés complaisamment par les télés pour exprimer leur juste indignation d’usager-client, mais d’autres, qui n’avaient plus eu le temps de penser depuis longtemps, auront vécu ces heures comme un soulagement ou une respiration. Je précise pour éviter les commentaires trop évidents qu’il m’est arrivé plus d’une fois de me retrouver coincé pendant des heures et que j’ai parfois vécu cela comme une chance puisque je pouvais, miraculeusement, voler du temps libre et terminer une lecture, un poème ou une conversation avec une voisine souriante qui avait décidé, elle aussi, d’en prendre son parti.

Plus sérieusement, cette affaire dite, si faussement, du « retour de l’ultra gauche » va être un test intéressant pour voir l’état de nerfs de notre société et du pouvoir actuel. Ou ces actes seront pris pour ce pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire une forme de protestation, de désobéissance civile, de refus du monde aliéné et la sanction sera proportionnée ; ou l’on décidera que l’on à affaire à de dangereux terroristes et l’on s’acharnera sur eux comme on a pu le faire sur d’autres activistes qui eux avaient du sang sur les mains, ce qui répétons-le n’est pas le cas ici, au point que l’on pense d’avantage à Gandhi qu’à Ravachol.

On peut prévoir, hélas, étant donné que la mansuétude judiciaire n’est pas la vertu principale du sarkozysme, que l’on se dirige vers la seconde issue.

Et alors, avec cette logique de la fatalité qui fait les tragédies, dix autres jeunes gens se lèveront à leur tour, « dans l’épouvante le sourire aux lèvres » comme le dit l’Evangile, ne comprenant pas pourquoi arrêter un TGV vaut dix ou quinze ans de prison quand ruiner une économie du tiers-monde sur un coup de bourse vous vaut l’admiration de la presse économique.

Ou plutôt, le comprenant trop bien.

Halde là !

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Il y a quelques jours, l’exquis causeur Marcel Meyer a attiré mon attention sur un rapport de la Halde concernant les manuels scolaires. La première chose que j’ai faite, cela a été bien sûr de le télécharger, ensuite de le lire puis, au bout de la troisième page, je suis retourné sur le site de la Halde pour voir, à tout hasard, si ce rapport n’avait pas été publié un premier avril. Comme ce n’était pas le cas, j’ai ensuite vérifié que j’étais bien sur le site de la Halde, qu’il ne s’agissait pas d’un pastiche particulièrement sophistiqué dont Basile de Koch m’aurait caché l’existence. Là encore, je confirme, pas de canular possible. La vraie Halde a bien commandité, publié et avalisé un vrai rapport intitulé : Place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires. Un rapport qui n’a pas été enfoui au fond d’un tiroir mais, au contraire, a permis à cette « hautoto » de faire une série de recommandations officielles. Un rapport de 200 pages que j’ai lu avec attention et – c’est une litote – incrédulité. Un rapport qui m’a amené à penser que le problème n’est pas tant du côté des manuels scolaires, mais de la Halde elle-même. Mon diagnostic est simple : cette Haute Autorité-là est une maison de fous, qu’il faut faire évacuer immédiatement par la force publique.

Pour ceux qui croient que j’exagère, et qui n’auraient pas le temps ou les nerfs pour s’embourber cet interminable pensum (heureusement égayé par une flopée de barbarismes et de fautes d’orthographe), j’ai pensé que le plus simple était de rester « près de la copie » en sélectionnant sujet par sujet – donc discrimination par discrimination –, les constats et recommandations des experts mandatés par la Halde.

Tout d’abord quel est l’objet exact de ce rapport ? Les auteurs nous l’expliquent dès la première page, avec leurs mots à eux, auxquels, je vous préviens, il faudra bien vous habituer si vous voulez aller au bout de cet article : « Ce document constitue le rapport final de l’étude sur la place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires, commandée par la Halde et réalisée par l’Université Paul Verlaine, de Metz. Cette recherche comprend trois approches : juridique, cognitive et socio-psychologique. Cette dernière approche expose les résultats à propos de la place des femmes, des minorités visibles, des personnes en situation de handicap, des personnes homosexuelles et des seniors, dans les manuels scolaires. Chaque chapitre se conclue (sic) par des recommandations spécifiques à chaque approche et à chaque critère. »

Oui, oui, je sais, comme moi vous avez pensé, « Verlaine, que de crimes commet-on en ton nom ». Mais c’est hors-sujet : vous n’échapperez pas au listage des abominations que recèlent nos livres de classe.

Sans doute par galanterie, les auteurs ont commencé par les femmes. Figurez-vous que ça ne peut plus durer ! Je cite : « Dans les manuels d’histoire-géographie, elles apparaissent comme « icône ou emblème » (Marianne, déesses grecques ou romaines, etc.) ou comme « fille de »
ou « femme de » (Joséphine de Beauharnais) ou « mère de » (Létizia, mère de Napoléon) ou entourées d’enfants en représentation de la famille bourgeoise ou en séductrices. » Et c’est pire en littérature : « Les auteures représentent moins de 10 % du corpus des documents dans les manuels de français. » À mon avis, ce dernier constat est encore en deçà de la vérité, car nombre de ces 10 % d’auteures, à l’instar de la Marquise de Sévigné ou de Madame de Lafayette, se sont contentées de reproduire servilement l’idéologie phallocrate dominante.

Esch bin a Elsaesser

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Pourquoi Obama a-t-il de grandes oreilles ? C’est parce qu’il est alsacien, bien sûr ! C’est en tout cas ce que la commune bas-rhinoise de Bischwiller revendique : le président américain descendrait par sa mère de la famille Gutknescht, qui émigra aux Etats-Unis en 1749. On comprend mieux à présent pourquoi le président Bush a failli être victime d’un bretzel fatal en janvier 2002 : c’était un coup de la grand-mère Obama !

Halte au clientélisme mémoriel !

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L’ennui, avec les rapports commandés par les gouvernements pour les aider à trancher (ou à ne pas trancher) les questions épineuses, ce sont les fuites. Le scénario est connu. Quelques journalistes futés ou manipulés par ceux que les mesures préconisées insupportent publient sous forme de « scoop » quelques extraits habilement choisis du document. Dans l’heure qui suit, avant même d’avoir pris connaissance d’un texte où l’argumentation est aussi importante, sinon plus, que les conclusions, ceux qui s’estiment lésés montent au créneau médiatique pour enjoindre le pouvoir d’ouvrir un tiroir bien profond et d’y enfouir à jamais ces propositions infâmes.

L’étude sur la réforme des commémorations nationales, confiée par l’Elysée à une commission présidée par le professeur André Kaspi, n’a pas échappé à la règle. Alors que le rapport ne devait être rendu public que mercredi 12 novembre, le secrétaire d’Etat aux anciens combattants, Jean-Marie Bockel, et le président du groupe UMP à l’Assemblée, Jean-François Copé, ont enclenché la marche arrière avant même que le débat public ait eu la moindre chance de se développer. Ainsi va, chez nous, la démocratie, que l’on pourra qualifier de plombière, puisque le gouvernement passe son temps à colmater des fuites dont l’origine est aussi variée que mystérieuse.

Cela serait d’autant plus dommage que, pour une fois, une commission de « sages » s’affranchissait de la langue de bois usuelle pour aller droit au but et proposer une ligne claire : « Il n’est pas sain qu’en l’espace d’un demi-siècle, le nombre des commémorations ait doublé. Il n’est pas admissible que la nation cède aux intérêts communautaristes et que l’on multiple les journées de repentance pour satisfaire un groupe de victimes, car ce serait affaiblir la conscience nationale », peut-on lire dans la conclusion du rapport. Il dénonce également « le clientélisme ou le communautarisme mémoriel qui provoque des revendications nouvelles et incessantes ». En conséquence, il est proposé de réduire de douze[1. Actuellement, il y a en avril la journée de la déportation (1954), le 8 mai la victoire de 1945 (1981), le 10 mai l’abolition de l’esclavage (2001), le deuxième dimanche de mai la fête nationale de Jeanne d’Arc (1920), le 8 juin l’hommage aux morts d’Indochine (2005), le 17 juin l’hommage à Jean Moulin (c’est un usage), le 18 juin l’appel du général de Gaulle (2006), le 14 juillet la Fête nationale (1880), le 16 juillet l’hommage aux Justes de France (2000), le 25 septembre l’hommage aux harkis (2003), le 11 novembre l’armistice de 1918 (1922), le 5 décembre l’hommage aux morts de la guerre d’Algérie (2003).] à trois – 8 mai, 14 juillet et 11 novembre – les jours où l’ensemble de la nation serait invitée à se rassembler autour de souvenirs partagés et de valeurs communes. André Kaspi et ses commissionnaires parlent d’or et désignent en creux, car ce sont des gens courtois et bien élevés, le principal responsable de cette inflation de journées commémoratrices : Jacques Chirac, qui, entre 2000 et 2006 en a doublé le nombre !

Surtout, il a insidieusement introduit dans l’esprit public l’idée qu’il existe un droit des minorités à faire assumer la mémoire des souffrances subies dans un passé plus ou moins lointain par l’ensemble de la communauté française. Quant à ceux qui ne se revendiquent d’aucune autre appartenance que nationale, ils ne sauraient échapper à un incontournable devoir de repentance transgénérationnel. Le repentir collectif ad vitam aeternam est une injonction perverse qui soulage ceux qui ont, individuellement, commis des crimes sous couvert de l’Etat. Le problème est qu’elle impose aux générations qui n’ont rien à voir avec ces agissements un fardeau moral aussi insupportable que le poids de la dette économique contractée par des ascendants jouisseurs.

Il est cependant plus difficile de supprimer l’une de ces journées que d’en créer une : à la première tentative, les groupes concernés, du moins ceux qui s’en prétendent les porte-paroles, ne manqueront pas de pousser les haut-cris, et de menacer les responsables de leurs foudres électorales. Dans la configuration actuelle, il apparaîtrait en outre injuste de fermer le portillon à ceux qui estiment remplir les critères de victimisation suffisante pour l’obtention d’une journée spécifiques : Tsiganes, Vendéens et Occitans héritiers des Cathares ont déjà leur dossier tout prêt…

C’est pourquoi la méthode Kaspi est la seule courageuse et porteuse de clarification créatrice: en redonnant du contenu et du faste aux trois grandes journées nationales, on fera plus pour l’intégration des citoyens de toutes origines qu’en donnant une aumône symbolique à ceux qui gémissent sans cesse. Puisqu’il est maintenant redevenu à la mode de se référer au modèle américain, prenons-en de la graine. Les communautés porteuses de mémoire, de valeurs et de traditions se rappellent à l’attention de la nation en paradant dans les rues le jour qui leur convient : ainsi, New York pavoise en vert en mars, à la Saint-Patrick et en bleu et blanc en mai pour Yom Haatzmaout (indépendance d’Israël), et tout le monde est content. Rien n’empêche les officiels de se montrer au peuple ces jours-là, et aux amis des groupes concernés de faire la fête avec eux, ce qui ne manque pas de se produire, surtout à la Saint-Patrick largement plus arrosée que son homologue juive. En France, rien n’empêche les dépositaires des mémoires spécifiques de se manifester publiquement à une date qui leur semblera adéquate : s’ils savent s’y prendre, il verront affluer à leurs cérémonies le ban et l’arrière-ban de la République, et tous leurs amis, qui sont plus nombreux qu’ils ne le pensent.

Infirmative action

Entre la « race » et la « classe », le nouveau président des Etats-Unis a fait son choix : en matière de lutte contre les discriminations, ce sont les plus pauvres, quelle que soit leur origine, qu’il faut aider. Et eux seuls. Du coup, ses deux filles noires « privilégiées par la vie » (selon lui) ne bénéficieront pas de l’affirmative action version Obama. A l’entrée d’Harvard, par exemple, elles devraient donc logiquement être discriminées en faveur de jeunes blancs défavorisés. Funny, isn’it ?

Chine : vers le grand bond en arrière ?

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Le pire est devant nous. Comme en 1929. Et, au-delà de la récession qui nous est promise, certains pays, à commencer par la Chine, pourraient devenir de véritables poudrières politiques et sociales. En effet, on a tendance à l’oublier mais les plus graves conséquences de l’effondrement financier d’octobre 1929 n’ont pas été économiques mais politiques et géostratégiques. Rappelons que dix ans après le krach à Wall Street, les soldats de la Wehrmacht envahissaient la Pologne et qu’à la même époque leurs alliés japonais étendaient leur emprise sur la Chine.

En plein ralentissement, l’économie chinoise subit déjà les premiers contrecoups de la baisse de la consommation aux Etats-Unis, principal acheteur de ses produits. La chute de la monnaie chinoise par rapport au dollar, effet direct de la crise, a eu pour conséquence la fermeture de plusieurs usines. Comme le rapporte Le Monde, des milliers de fabricants de jouets et de chaussures de la province de Canton ont déjà mis la clé sous la porte. Il y a quelques mois déjà, l’avenir économique de cette province semblait sombre, et l’on estimait que 20.000 des 70.000 usines hongkongaises de la région ne passeraient pas l’année. Ces secteurs à faible valeur ajoutée dont la prospérité est fondée sur une monnaie sous-évaluée et les subventions de l’Etat, sont en train de subir un choc violent. « L’atelier du père Noël » est en panne et l’annonce par Adidas, la marque de sport numéro un en Chine, de son intention de délocaliser la production sous d’autres cieux, montre à quel point le navire prend l’eau. Dans ce climat, même les entrepreneurs qui ne subissent pas – pour le moment – une détérioration de leur environnement anticipent une évolution négative et ralentissent leur investissement. Résultat, entre juin et septembre, le PIB chinois a enregistré une hausse de 9 % en rythme annuel, le plus bas niveau trimestriel depuis 2003.

Beijing, qui dispose grâce à sa trésorerie d’une grande marge de manœuvre, tente de stimuler la consommation intérieure dans l’espoir qu’elle prendra le relais des exportations. Reste à savoir comment réagira le consommateur chinois qui a vu ses économies partir en fumée dans la dégringolade des marchés financiers.

Or, la Chine est politiquement et culturellement mal équipée pour affronter de tels problèmes. Ses coffres sont peut-être mieux garnis que ceux de la France ou des Etats-Unis, mais elle n’a ni les traditions, ni les institutions adaptées à une gestion non violente des rapports sociaux en temps de crise. L’Occident a mis presque deux siècles à développer des « amortisseurs » ; la Chine, qui découvre la nature cyclique de l’économie du marché, peine à s’y mettre. Prenons l’exemple du cadastre : peut-on imaginer une économie saine sans un système fiable d’enregistrement de la propriété foncière et des hypothèques ? Or, non seulement il n’existe pas en Chine de « propriété totalement privée » mais on ne peut pas accéder au cadastre, d’ailleurs récent et imparfait. L’acheteur ne peut devenir propriétaire que des murs et il prend d’énormes risques. En cas d’erreur, il ne peut espérer qu’un dédommagement dérisoire. Si l’on ajoute que, durant les années fastes, le robinet du crédit hypothécaire a été grand ouvert, et que les décisions en matière de crédit obéissent le plus souvent à des critères partisans, on comprend que la crise des subprimes pourrait faire pâle figure à côté de celle qui risque de secouer le secteur en Chine.

Autre point noir, qui empoisonne la vie des investisseurs étrangers depuis des années, le système judiciaire. Comment et devant quelle instance peut-on contester ou faire respecter un contrat ? Tribunaux et barreaux manquent de compétences et de bases jurisprudentielles. La législation sur les sociétés, et surtout sur la faillite, laisse franchement à désirer. Bref, on a le sentiment que le régime chinois n’est pas plus sourcilleux en matière de droit commercial que sur les droits de l’homme. Ainsi est-il impossible d’accéder au China law blog à partir de serveurs chinois. Autant dire que les taux de croissance à deux chiffres dont on s’est tant émerveillé ont maquillé une réalité beaucoup moins chatoyante.

Mais ces déficiences, déjà graves pour une économie en plein ralentissement, sont dérisoires comparées à l’absence presque totale de mécanismes de dialogue social. Ce qui, chez nous, dissuade des employés licenciés de lyncher leur patron, brûler sa voiture et piller ses bureaux, c’est, plus que la menace des forces de l’ordre, le vague sentiment que le système est légitime et, qu’en fin de compte, l’Etat ne les laissera pas tomber. Ils peuvent entamer une épreuve de force par la grève, intenter une action juridique et même donner une dimension politique à leur lutte. Ils peuvent exprimer leur colère dans des manifestations. S’ils ne vont pas trop loin, ils peuvent compter sur une certaine indulgence. Rien de tout cela en Chine. Le droit du travail y est embryonnaire, la presse muselée et, en l’absence de syndicats indépendants et de partis pluralistes, la voie de la résistance légale est quasiment fermée. Comment les Chinois se feront-ils entendre quand arriveront les premières vagues de licenciements massifs ? Comment fera le gouvernement pour canaliser la révolte ? Il leurs restera la bonne vieille recette des années 1930 : désigner un ennemi, marteler un récit dans lequel la Nation est la victime d’une trahison honteuse… Malgré le récent réchauffement de relations entre Beijing et Taipeh, si j’étais taïwanais, je tremblerais. Et si j’étais dirigeant du parti communiste chinois, j’ouvrirais tout de suite un compte à l’UBS.

Patrick Lozès

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Président du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires de France) Patrick Lozès s’entretient avec Elisabeth Lévy pour Causeur.fr, Chloë Leprince pour Rue89.com et Samuel Laurent pour LeFigaro.fr. Une émission présentée par David Abiker.

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Ils sont partout

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Ils sont partout, même quand on ne les voit pas. Cette « race » dixit Renan, avec ses écrivains, musiciens, scientifiques et Nobel en tous genres, suscite aussi souvent la haine que la jalousie. Et si jamais un homme – quel que soit son pays ou sa religion – s’élève au-dessus du lot par ses exploits, vous pouvez être sûr que, tôt au tard, quelqu’un suggérera que le sang de cette race-là coule dans ses veines. Dernier exemple en date : à peine élu, on murmure que Barack Obama aurait, lui aussi, des ancêtres français.

Le préfet était en Noir

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Après l’Arabe, le Noir. La France n’a pas encore son Obama mais elle peut au moins s’enorgueillir d’un « préfet visible », curieuse expression, employée sur France Inter par Alain Genestar, et qui a dû emplir d’allégresse tous les autres préfets, et l’intéressé aussi. On l’aura compris : contre la triste France de l’uniformité, invisible de surcroît, minée par ses « fièvres obsidionales », en proie à ses « détestables frilosités identitaires » comme a cru bon de le remarquer Le Monde, en grande forme, le jour où Goncourt et Renaudot étaient attribués à des écrivains d’origine étrangère, se dresse heureusement la France visible qui, coup de chance, est aussi celle de la diversité.

On ne savourera jamais assez le tête-à-queue sémantique qui conduit de pieux antiracistes à distinguer les individus et les groupes en fonction de leurs caractéristiques physiques. Pour faire court, plus t’es blanc, man, moins t’es visible.

Comme s’il ne suffisait pas de manier des catégories aussi déprimantes, certains visibles sont plus visibles que d’autres : c’est ainsi que les Asiatiques ont été implicitement éliminés de la course à la visibilité. On ne va pas tourner autour du pot : les « minorités visibles » dont il s’agit de favoriser la promotion pour réparer les crimes d’hier, ce sont les Arabes et les Noirs. À l’arrivée, les résultats de ce mic-mac sont croquignolets. On est raciste par antiracisme et discriminatoire pour lutter contre les discriminations. Ainsi quand certains commettent en toute visibilité des actes délictueux comme le brûlage de bagnoles, sociologues et journalistes se relaient pour expliquer en boucle que ces actes n’ont rien à voir avec la visibilité de leurs auteurs tout en réclamant d’un même élan que l’on réponde à ce malheur social par des mesures raciales – vous pouvez retourner la chose dans tous les sens, un avantage accordé en fonction de la couleur de la peau est bel et bien une mesure raciale[1. On dit généralement que le concept de race n’a aucune valeur scientifique. En fait, si : pendant longtemps, l’humanité s’est partagée entre plusieurs races, homo sapiens ceci ou cela. Mais cela fait quelques millions d’années qu’il y a une seule race humaine, aussi l’humanité est-elle à la fois une race et une espèce. Il y a une race humaine, pas une race indo-européenne. On se réfère ici au sens que donnent à l’idée de race racistes et antiracistes.]. Le « petit blanc » des cités a beau être aussi pauvre que ses copains, il n’a pas l’heur d’être issu de la diversité. Invisible. On vous dit qu’il n’y a rien à voir. Patrick Lozès, le président du CRAN, jure qu’il ne demande pas de discrimination ethnique mais il réclame « plus de couleurs » (sic !) sur les banc de l’Assemblée. Cherchez l’erreur. Au passage, sa réception à l’Elysée n’a pas manqué de déclencher une foire d’empoigne entre « visibles », les « domiens » (Antillais en novlangue) s’énervant contre les « d’origine africaine » tandis que les associations maghrébines s’inquiètent d’un « monopole des Noirs en matière de visibilité ». On attend avec impatience que les « minorités invisibles » (juifs, homos, pratiquants du saut à l’élastique) se mettent de la partie. On se marre, non ? Même pas.

Le plus hallucinant est que les journalistes, grands pourfendeurs d’idées reçues, se sont emparés de ces nouveaux hochets sans la moindre distance. Les idées niaises accrochées aux mots « visibilité » et « diversité », ils les ont non seulement reçues mais adoptées avec enthousiasme et manient maintenant ces concepts imbéciles avec le plus grand sérieux, incapables d’en percevoir la cocasserie. Dommage. Car tout cela se mesure, s’analyse, s’encourage. Ainsi peut-on lire sur le site du Nouvel Obs que « la diversité à la télévision n’a progressé que d’un point en dix ans ». Et dans l’entreprise ? Et dans la famille ? Que fait le gouvernement ? Comptez ! Combien de Noirs ? Combien d’Arabes ? Combien d’invisibles ? Il est vrai que le CSA qui, toujours sans aucun rapport avec le débat actuel, vient de pousser lui aussi sa gueulante, a cru bon de ramener les prolos dans la grande famille de la diversité. À en croire l’autorité de tutelle de l’audiovisuel public, non seulement il n’y a pas assez de ceux-ci et de ceux-là mais en plus, on manque de pauvres à la télé. Mais attention, la pauvreté, ce n’est pas un état (déplaisant) mais une origine. Ce qu’on veut, c’est des prolos qui causent prolo et qui sentent prolo. (page suivante)

I’ve got the bouse

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Noël Mamère et deux autres députés Verts dont j’ai heureusement réussi à oublier le nom ont déposé un projet de loi visant l’interdiction des braseros et autres chauffages d’appoint aux terrasses des cafés, pour cause d’émission intempestive de CO2. C’était jusque là la seule parade qu’avaient trouvé les débits de boisson pour enrayer la fuite de leur clients fumeurs. Lutter à la fois contre la propagation du vice tabagique, la fréquentation des estaminets et l’effet de serre : ces écolos sont très très forts. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Noël Mamère sait-il qu’une bouse de vache, par exemple, émet une forte quantité de protoxyde d’azote et de méthane, soit deux gaz participant encore plus que le CO2 au supposé réchauffement de la planète ? A quand une loi proposant l’abattage total du cheptel ? Ou au moins un décret interdisant aux bovins de déféquer…

Terrorisme à grande vitesse

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« Aimons la vitesse qui est le merveilleux moderne », écrivait Paul Morand à l’époque où aller vite était une expérience poétique. Aujourd’hui, c’est une aliénation. Ce n’est pas autre chose qu’ont voulu expliquer ces jeunes autonomes, ou anarchistes, ou « membres de la mouvance d’ultra gauche » comme disent les gazettes avec ce flou qui sent bon les informations récoltées chez les nouveaux Javert du renseignement intérieur centralisé plutôt que chez les éditeurs avisés qui ont publié les textes dont leurs actes s’inspirent. A ce titre, l’édito de Libération de ce mercredi ressemble étrangement à des éructations de l’époque droite pompidolienne – cuvée 1973 (les pauvres usagers, l’ennemi intérieur…), ce qui ne manque pas de sel quand on est l’héritier de la Gauche Prolétarienne. Quant à notre ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie, elle est tout heureuse. Ses lunettes martiales, son tailleur-pantalon ajusté comme un treillis et ses rodomontades sur l’ordre public en font la digne héritière de Raymond Marcellin, ce John Egard Hoover français qui traquait le gauchiste pendant que la France écoutait Joe Dassin pour oublier le premier choc pétrolier. Elle revient sur le devant de la scène politique intérieure, on l’avait un peu oubliée avec la crise financière, et on va voir ce qu’on va voir. Eh bien, justement, voyons…

De quoi s’agit-il au juste ? Des jeunes gens trouvent notre monde invivable. Comme ils sont intelligents, ils lisent. Ils lisent les livres de l’Encyclopédie des Nuisances, de Tiqqun ou du Comité invisible. Ces noms mystérieux cachent des textes très clairs, à la langue très pure et d’une lucidité sur notre époque qui confine à la poésie. Leurs auteurs, qu’il ne faut évidemment pas confondre avec les jeunes gens soupçonnés d’être passé à l’action directe, s’appellent Jaime Semprun, René Riesel, Baudoin de Bodinat ou Jean-Marc Mandosio, s’inscrivent dans une tradition situationniste et luddite, c’est-à-dire qu’ils estiment que la technologie et l’industrie qui se développent de manière si criminelle et désordonnée aujourd’hui, conduisent à un suicide planétaire et génèrent des modes de vie aberrants.

On peut ne pas être d’accord avec eux, on ne peut pas faire comme si cette pensée n’existait pas, comme si les maladies liées à l’environnement, les comportements psychologiques déments dus aux rapports de production inhumains et le désenchantement du monde si visible dans les zones commerciales qui cernent désormais toutes les villes n’étaient pas une réalité, une réalité que l’on aimerait bien faire dissoudre dans l’addiction à la consommation ou aux anxiolytiques.

La vitesse est donc pour eux la première maladie de notre société. L’Encyclopédie des Nuisances qui a édité le manifeste d’Unabomber mais aussi les Essais, articles et lettres d’Orwell, avait publié, il y a quelques années un stimulant Relevé provisoire de nos griefs contre le despotisme de la vitesse, ou la critique du TGV tenait une bonne place.

L’auteur de cet article ne sait pas si la vitesse est bonne ou mauvaise en soi, il partage avec les Grecs anciens et les marxistes la conviction que les choses sont ce qu’on en fait. Si la vitesse me ramène vers la femme aimée, alors la vitesse est bonne. Mais si elle me permet d’accroître ma productivité au service d’un système injuste, alors elle est mauvaise. Il en va de même pour les OGM qui soigneront les maladies ou ruineront les paysans comme pour les couteaux qui tranchent le pain ou qui poignardent.

J’affirme en revanche sans la moindre hésitation qu’utiliser le mot « terrorisme » pour qualifier les actions dont il est question est un abus de langage. La technique utilisée pour stopper ces TGV en rase campagne est la même que celle des antinucléaires allemands pour bloquer les convois de déchets : dans les deux cas, le mode opératoire vise à éviter toute victime. La célérité avec laquelle la police les a coffrés les a pour l’instant empêché d’expliquer au public, donc aux voyageurs lésés le sens de leurs opérations. (Tiens, pourquoi n’ont-ils pas été arrêtés avant d’agir si on savait tant de choses sur leur compte ? Mais je préfère arrêter là : de nos jours, on est si vite accusé de nourrir une paranoïa complotiste dès que l’on avance une explication policière à l’Histoire…)

On a aussi envie de croire que certains passagers, pas ceux qui ont été filmés complaisamment par les télés pour exprimer leur juste indignation d’usager-client, mais d’autres, qui n’avaient plus eu le temps de penser depuis longtemps, auront vécu ces heures comme un soulagement ou une respiration. Je précise pour éviter les commentaires trop évidents qu’il m’est arrivé plus d’une fois de me retrouver coincé pendant des heures et que j’ai parfois vécu cela comme une chance puisque je pouvais, miraculeusement, voler du temps libre et terminer une lecture, un poème ou une conversation avec une voisine souriante qui avait décidé, elle aussi, d’en prendre son parti.

Plus sérieusement, cette affaire dite, si faussement, du « retour de l’ultra gauche » va être un test intéressant pour voir l’état de nerfs de notre société et du pouvoir actuel. Ou ces actes seront pris pour ce pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire une forme de protestation, de désobéissance civile, de refus du monde aliéné et la sanction sera proportionnée ; ou l’on décidera que l’on à affaire à de dangereux terroristes et l’on s’acharnera sur eux comme on a pu le faire sur d’autres activistes qui eux avaient du sang sur les mains, ce qui répétons-le n’est pas le cas ici, au point que l’on pense d’avantage à Gandhi qu’à Ravachol.

On peut prévoir, hélas, étant donné que la mansuétude judiciaire n’est pas la vertu principale du sarkozysme, que l’on se dirige vers la seconde issue.

Et alors, avec cette logique de la fatalité qui fait les tragédies, dix autres jeunes gens se lèveront à leur tour, « dans l’épouvante le sourire aux lèvres » comme le dit l’Evangile, ne comprenant pas pourquoi arrêter un TGV vaut dix ou quinze ans de prison quand ruiner une économie du tiers-monde sur un coup de bourse vous vaut l’admiration de la presse économique.

Ou plutôt, le comprenant trop bien.

Halde là !

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Il y a quelques jours, l’exquis causeur Marcel Meyer a attiré mon attention sur un rapport de la Halde concernant les manuels scolaires. La première chose que j’ai faite, cela a été bien sûr de le télécharger, ensuite de le lire puis, au bout de la troisième page, je suis retourné sur le site de la Halde pour voir, à tout hasard, si ce rapport n’avait pas été publié un premier avril. Comme ce n’était pas le cas, j’ai ensuite vérifié que j’étais bien sur le site de la Halde, qu’il ne s’agissait pas d’un pastiche particulièrement sophistiqué dont Basile de Koch m’aurait caché l’existence. Là encore, je confirme, pas de canular possible. La vraie Halde a bien commandité, publié et avalisé un vrai rapport intitulé : Place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires. Un rapport qui n’a pas été enfoui au fond d’un tiroir mais, au contraire, a permis à cette « hautoto » de faire une série de recommandations officielles. Un rapport de 200 pages que j’ai lu avec attention et – c’est une litote – incrédulité. Un rapport qui m’a amené à penser que le problème n’est pas tant du côté des manuels scolaires, mais de la Halde elle-même. Mon diagnostic est simple : cette Haute Autorité-là est une maison de fous, qu’il faut faire évacuer immédiatement par la force publique.

Pour ceux qui croient que j’exagère, et qui n’auraient pas le temps ou les nerfs pour s’embourber cet interminable pensum (heureusement égayé par une flopée de barbarismes et de fautes d’orthographe), j’ai pensé que le plus simple était de rester « près de la copie » en sélectionnant sujet par sujet – donc discrimination par discrimination –, les constats et recommandations des experts mandatés par la Halde.

Tout d’abord quel est l’objet exact de ce rapport ? Les auteurs nous l’expliquent dès la première page, avec leurs mots à eux, auxquels, je vous préviens, il faudra bien vous habituer si vous voulez aller au bout de cet article : « Ce document constitue le rapport final de l’étude sur la place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires, commandée par la Halde et réalisée par l’Université Paul Verlaine, de Metz. Cette recherche comprend trois approches : juridique, cognitive et socio-psychologique. Cette dernière approche expose les résultats à propos de la place des femmes, des minorités visibles, des personnes en situation de handicap, des personnes homosexuelles et des seniors, dans les manuels scolaires. Chaque chapitre se conclue (sic) par des recommandations spécifiques à chaque approche et à chaque critère. »

Oui, oui, je sais, comme moi vous avez pensé, « Verlaine, que de crimes commet-on en ton nom ». Mais c’est hors-sujet : vous n’échapperez pas au listage des abominations que recèlent nos livres de classe.

Sans doute par galanterie, les auteurs ont commencé par les femmes. Figurez-vous que ça ne peut plus durer ! Je cite : « Dans les manuels d’histoire-géographie, elles apparaissent comme « icône ou emblème » (Marianne, déesses grecques ou romaines, etc.) ou comme « fille de »
ou « femme de » (Joséphine de Beauharnais) ou « mère de » (Létizia, mère de Napoléon) ou entourées d’enfants en représentation de la famille bourgeoise ou en séductrices. » Et c’est pire en littérature : « Les auteures représentent moins de 10 % du corpus des documents dans les manuels de français. » À mon avis, ce dernier constat est encore en deçà de la vérité, car nombre de ces 10 % d’auteures, à l’instar de la Marquise de Sévigné ou de Madame de Lafayette, se sont contentées de reproduire servilement l’idéologie phallocrate dominante.

Esch bin a Elsaesser

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Pourquoi Obama a-t-il de grandes oreilles ? C’est parce qu’il est alsacien, bien sûr ! C’est en tout cas ce que la commune bas-rhinoise de Bischwiller revendique : le président américain descendrait par sa mère de la famille Gutknescht, qui émigra aux Etats-Unis en 1749. On comprend mieux à présent pourquoi le président Bush a failli être victime d’un bretzel fatal en janvier 2002 : c’était un coup de la grand-mère Obama !

Halte au clientélisme mémoriel !

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L’ennui, avec les rapports commandés par les gouvernements pour les aider à trancher (ou à ne pas trancher) les questions épineuses, ce sont les fuites. Le scénario est connu. Quelques journalistes futés ou manipulés par ceux que les mesures préconisées insupportent publient sous forme de « scoop » quelques extraits habilement choisis du document. Dans l’heure qui suit, avant même d’avoir pris connaissance d’un texte où l’argumentation est aussi importante, sinon plus, que les conclusions, ceux qui s’estiment lésés montent au créneau médiatique pour enjoindre le pouvoir d’ouvrir un tiroir bien profond et d’y enfouir à jamais ces propositions infâmes.

L’étude sur la réforme des commémorations nationales, confiée par l’Elysée à une commission présidée par le professeur André Kaspi, n’a pas échappé à la règle. Alors que le rapport ne devait être rendu public que mercredi 12 novembre, le secrétaire d’Etat aux anciens combattants, Jean-Marie Bockel, et le président du groupe UMP à l’Assemblée, Jean-François Copé, ont enclenché la marche arrière avant même que le débat public ait eu la moindre chance de se développer. Ainsi va, chez nous, la démocratie, que l’on pourra qualifier de plombière, puisque le gouvernement passe son temps à colmater des fuites dont l’origine est aussi variée que mystérieuse.

Cela serait d’autant plus dommage que, pour une fois, une commission de « sages » s’affranchissait de la langue de bois usuelle pour aller droit au but et proposer une ligne claire : « Il n’est pas sain qu’en l’espace d’un demi-siècle, le nombre des commémorations ait doublé. Il n’est pas admissible que la nation cède aux intérêts communautaristes et que l’on multiple les journées de repentance pour satisfaire un groupe de victimes, car ce serait affaiblir la conscience nationale », peut-on lire dans la conclusion du rapport. Il dénonce également « le clientélisme ou le communautarisme mémoriel qui provoque des revendications nouvelles et incessantes ». En conséquence, il est proposé de réduire de douze[1. Actuellement, il y a en avril la journée de la déportation (1954), le 8 mai la victoire de 1945 (1981), le 10 mai l’abolition de l’esclavage (2001), le deuxième dimanche de mai la fête nationale de Jeanne d’Arc (1920), le 8 juin l’hommage aux morts d’Indochine (2005), le 17 juin l’hommage à Jean Moulin (c’est un usage), le 18 juin l’appel du général de Gaulle (2006), le 14 juillet la Fête nationale (1880), le 16 juillet l’hommage aux Justes de France (2000), le 25 septembre l’hommage aux harkis (2003), le 11 novembre l’armistice de 1918 (1922), le 5 décembre l’hommage aux morts de la guerre d’Algérie (2003).] à trois – 8 mai, 14 juillet et 11 novembre – les jours où l’ensemble de la nation serait invitée à se rassembler autour de souvenirs partagés et de valeurs communes. André Kaspi et ses commissionnaires parlent d’or et désignent en creux, car ce sont des gens courtois et bien élevés, le principal responsable de cette inflation de journées commémoratrices : Jacques Chirac, qui, entre 2000 et 2006 en a doublé le nombre !

Surtout, il a insidieusement introduit dans l’esprit public l’idée qu’il existe un droit des minorités à faire assumer la mémoire des souffrances subies dans un passé plus ou moins lointain par l’ensemble de la communauté française. Quant à ceux qui ne se revendiquent d’aucune autre appartenance que nationale, ils ne sauraient échapper à un incontournable devoir de repentance transgénérationnel. Le repentir collectif ad vitam aeternam est une injonction perverse qui soulage ceux qui ont, individuellement, commis des crimes sous couvert de l’Etat. Le problème est qu’elle impose aux générations qui n’ont rien à voir avec ces agissements un fardeau moral aussi insupportable que le poids de la dette économique contractée par des ascendants jouisseurs.

Il est cependant plus difficile de supprimer l’une de ces journées que d’en créer une : à la première tentative, les groupes concernés, du moins ceux qui s’en prétendent les porte-paroles, ne manqueront pas de pousser les haut-cris, et de menacer les responsables de leurs foudres électorales. Dans la configuration actuelle, il apparaîtrait en outre injuste de fermer le portillon à ceux qui estiment remplir les critères de victimisation suffisante pour l’obtention d’une journée spécifiques : Tsiganes, Vendéens et Occitans héritiers des Cathares ont déjà leur dossier tout prêt…

C’est pourquoi la méthode Kaspi est la seule courageuse et porteuse de clarification créatrice: en redonnant du contenu et du faste aux trois grandes journées nationales, on fera plus pour l’intégration des citoyens de toutes origines qu’en donnant une aumône symbolique à ceux qui gémissent sans cesse. Puisqu’il est maintenant redevenu à la mode de se référer au modèle américain, prenons-en de la graine. Les communautés porteuses de mémoire, de valeurs et de traditions se rappellent à l’attention de la nation en paradant dans les rues le jour qui leur convient : ainsi, New York pavoise en vert en mars, à la Saint-Patrick et en bleu et blanc en mai pour Yom Haatzmaout (indépendance d’Israël), et tout le monde est content. Rien n’empêche les officiels de se montrer au peuple ces jours-là, et aux amis des groupes concernés de faire la fête avec eux, ce qui ne manque pas de se produire, surtout à la Saint-Patrick largement plus arrosée que son homologue juive. En France, rien n’empêche les dépositaires des mémoires spécifiques de se manifester publiquement à une date qui leur semblera adéquate : s’ils savent s’y prendre, il verront affluer à leurs cérémonies le ban et l’arrière-ban de la République, et tous leurs amis, qui sont plus nombreux qu’ils ne le pensent.

Infirmative action

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Entre la « race » et la « classe », le nouveau président des Etats-Unis a fait son choix : en matière de lutte contre les discriminations, ce sont les plus pauvres, quelle que soit leur origine, qu’il faut aider. Et eux seuls. Du coup, ses deux filles noires « privilégiées par la vie » (selon lui) ne bénéficieront pas de l’affirmative action version Obama. A l’entrée d’Harvard, par exemple, elles devraient donc logiquement être discriminées en faveur de jeunes blancs défavorisés. Funny, isn’it ?

Chine : vers le grand bond en arrière ?

12

Le pire est devant nous. Comme en 1929. Et, au-delà de la récession qui nous est promise, certains pays, à commencer par la Chine, pourraient devenir de véritables poudrières politiques et sociales. En effet, on a tendance à l’oublier mais les plus graves conséquences de l’effondrement financier d’octobre 1929 n’ont pas été économiques mais politiques et géostratégiques. Rappelons que dix ans après le krach à Wall Street, les soldats de la Wehrmacht envahissaient la Pologne et qu’à la même époque leurs alliés japonais étendaient leur emprise sur la Chine.

En plein ralentissement, l’économie chinoise subit déjà les premiers contrecoups de la baisse de la consommation aux Etats-Unis, principal acheteur de ses produits. La chute de la monnaie chinoise par rapport au dollar, effet direct de la crise, a eu pour conséquence la fermeture de plusieurs usines. Comme le rapporte Le Monde, des milliers de fabricants de jouets et de chaussures de la province de Canton ont déjà mis la clé sous la porte. Il y a quelques mois déjà, l’avenir économique de cette province semblait sombre, et l’on estimait que 20.000 des 70.000 usines hongkongaises de la région ne passeraient pas l’année. Ces secteurs à faible valeur ajoutée dont la prospérité est fondée sur une monnaie sous-évaluée et les subventions de l’Etat, sont en train de subir un choc violent. « L’atelier du père Noël » est en panne et l’annonce par Adidas, la marque de sport numéro un en Chine, de son intention de délocaliser la production sous d’autres cieux, montre à quel point le navire prend l’eau. Dans ce climat, même les entrepreneurs qui ne subissent pas – pour le moment – une détérioration de leur environnement anticipent une évolution négative et ralentissent leur investissement. Résultat, entre juin et septembre, le PIB chinois a enregistré une hausse de 9 % en rythme annuel, le plus bas niveau trimestriel depuis 2003.

Beijing, qui dispose grâce à sa trésorerie d’une grande marge de manœuvre, tente de stimuler la consommation intérieure dans l’espoir qu’elle prendra le relais des exportations. Reste à savoir comment réagira le consommateur chinois qui a vu ses économies partir en fumée dans la dégringolade des marchés financiers.

Or, la Chine est politiquement et culturellement mal équipée pour affronter de tels problèmes. Ses coffres sont peut-être mieux garnis que ceux de la France ou des Etats-Unis, mais elle n’a ni les traditions, ni les institutions adaptées à une gestion non violente des rapports sociaux en temps de crise. L’Occident a mis presque deux siècles à développer des « amortisseurs » ; la Chine, qui découvre la nature cyclique de l’économie du marché, peine à s’y mettre. Prenons l’exemple du cadastre : peut-on imaginer une économie saine sans un système fiable d’enregistrement de la propriété foncière et des hypothèques ? Or, non seulement il n’existe pas en Chine de « propriété totalement privée » mais on ne peut pas accéder au cadastre, d’ailleurs récent et imparfait. L’acheteur ne peut devenir propriétaire que des murs et il prend d’énormes risques. En cas d’erreur, il ne peut espérer qu’un dédommagement dérisoire. Si l’on ajoute que, durant les années fastes, le robinet du crédit hypothécaire a été grand ouvert, et que les décisions en matière de crédit obéissent le plus souvent à des critères partisans, on comprend que la crise des subprimes pourrait faire pâle figure à côté de celle qui risque de secouer le secteur en Chine.

Autre point noir, qui empoisonne la vie des investisseurs étrangers depuis des années, le système judiciaire. Comment et devant quelle instance peut-on contester ou faire respecter un contrat ? Tribunaux et barreaux manquent de compétences et de bases jurisprudentielles. La législation sur les sociétés, et surtout sur la faillite, laisse franchement à désirer. Bref, on a le sentiment que le régime chinois n’est pas plus sourcilleux en matière de droit commercial que sur les droits de l’homme. Ainsi est-il impossible d’accéder au China law blog à partir de serveurs chinois. Autant dire que les taux de croissance à deux chiffres dont on s’est tant émerveillé ont maquillé une réalité beaucoup moins chatoyante.

Mais ces déficiences, déjà graves pour une économie en plein ralentissement, sont dérisoires comparées à l’absence presque totale de mécanismes de dialogue social. Ce qui, chez nous, dissuade des employés licenciés de lyncher leur patron, brûler sa voiture et piller ses bureaux, c’est, plus que la menace des forces de l’ordre, le vague sentiment que le système est légitime et, qu’en fin de compte, l’Etat ne les laissera pas tomber. Ils peuvent entamer une épreuve de force par la grève, intenter une action juridique et même donner une dimension politique à leur lutte. Ils peuvent exprimer leur colère dans des manifestations. S’ils ne vont pas trop loin, ils peuvent compter sur une certaine indulgence. Rien de tout cela en Chine. Le droit du travail y est embryonnaire, la presse muselée et, en l’absence de syndicats indépendants et de partis pluralistes, la voie de la résistance légale est quasiment fermée. Comment les Chinois se feront-ils entendre quand arriveront les premières vagues de licenciements massifs ? Comment fera le gouvernement pour canaliser la révolte ? Il leurs restera la bonne vieille recette des années 1930 : désigner un ennemi, marteler un récit dans lequel la Nation est la victime d’une trahison honteuse… Malgré le récent réchauffement de relations entre Beijing et Taipeh, si j’étais taïwanais, je tremblerais. Et si j’étais dirigeant du parti communiste chinois, j’ouvrirais tout de suite un compte à l’UBS.

Patrick Lozès

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Président du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires de France) Patrick Lozès s’entretient avec Elisabeth Lévy pour Causeur.fr, Chloë Leprince pour Rue89.com et Samuel Laurent pour LeFigaro.fr. Une émission présentée par David Abiker.

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Ils sont partout

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Ils sont partout, même quand on ne les voit pas. Cette « race » dixit Renan, avec ses écrivains, musiciens, scientifiques et Nobel en tous genres, suscite aussi souvent la haine que la jalousie. Et si jamais un homme – quel que soit son pays ou sa religion – s’élève au-dessus du lot par ses exploits, vous pouvez être sûr que, tôt au tard, quelqu’un suggérera que le sang de cette race-là coule dans ses veines. Dernier exemple en date : à peine élu, on murmure que Barack Obama aurait, lui aussi, des ancêtres français.