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La papauté est humaine, l’erreur aussi

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Comme l’a dit un causeur célèbre, le Pape est pape ! Sans le contredire, je voudrais ajouter qu’il est aussi et en même temps à la fois prince et, ce qui n’est pas rien, vicarius christi, le vicaire de Jésus Christ ou son lieutenant ici-bas. Le champ de manœuvre papal s’étend entre la « princitude », la dimension politique et temporelle de la charge pontificale, et la « vicairitude », c’est-à-dire sa dimension religieuse. Benoît XVI semble plutôt porté vers la dimension théologico-religieuse de sa charge. Aussi raisonne-t-il à l’échelle des décennies voire des siècles. Quand on se situe dans la longue durée et dans une perspective purement théologique, les bêtises volontairement provocatrices d’un histrion latinisant en soutane nommé Richard Williamson sont effectivement – et contrairement aux événements dont il parle – un petit détail.

Les évêques de Rome ont mis du temps à s’habituer à la perte quasi-totale de leur « princitude » d’antan. Jusqu’au 20 septembre 1870, le pape a résidé au palais du Quirinal devenu résidence des rois d’Italie puis de la présidence de la République. Le palais du Vatican ne fut d’abord qu’une solution d’attente, un refuge devenu en 1929, suite aux accords de Latran, le centre du plus petit Etat du monde – 44 hectares et environ 800 habitants. À la tête d’une microscopique principauté dépourvue de la moindre division, comme le rappela Staline, le pape n’en est pas moins, qu’il le veuille ou non, un acteur politique, en particulier depuis que Jean-Paul II a donné à la fonction une dimension médiatique planétaire.

Mais à l’heure de l’hyper-démocratie, négliger les médias et l’opinion publique est une funeste erreur. Pape ou non, point d’action sans communication. Intellectuel, théologien et certainement fin connaisseur de la politique politicienne ecclésiastique – il n’est quand-même pas donné à tout le monde de devenir serviteur des serviteurs de Dieu – le Pape actuel se soucie très peu de la culture politique démocratique et encore moins de ses exigences cathodiques. À l’évidence, pour Benoît XVI et son entourage, la levée de l’anathème n’a rien à voir avec les opinions de celui qui en bénéficie : un prêtre confessant accordant l’absolution à un assassin condamné à mort n’apporte pas pour autant le soutien de l’Eglise ni au meurtre ni à la peine de mort.
Eviter le piège tendu par Williamson aurait été assez facile. Comme le rappelle Paul Thibaud, les 48 heures écoulées entre la diffusion des propos négationnistes de Richard Williamson le 22 janvier et l’annonce, programmée d’avance par le Vatican de la levée de l’excommunication de quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre, auraient au moins dû permettre la suspension de la décision. D’ailleurs, puisque Williamson n’en est pas à sa première provocation, le problème aurait dû être traité en amont, si toutefois la curie avait la sensibilité et les compétences de n’importe quelle chancellerie occidentale.

On peut donc reprocher, au minimum, à Benoît XVI de planer sur les sommets de la théologie et d’oublier de se pencher sur les tristes affaires des hommes. Reste que si l’on oublie le faux-pas Williamson, il y a aussi quelque chose d’admirable dans ce pontificat qui se veut spirituel plus que temporel. Pie XII a été un homme d’Etat et un diplomate habile dans une période trouble. Marqué, comme tous les dirigeants européens des années 1920-1940, par la guerre de 1914-1918, Mgr Pacelli n’aura été qu’un Pape-prince. Et il a raté une occasion qui – heureusement – ne se présente qu’une fois tous les deux mille ans : face au Mal absolu, il aurait pu rééditer le sacrifice sublime de celui qu’il représentait sur terre. Au moment où il fallait sortir de l’Histoire il a choisi d’y rester avec le souci – légitime mais peu adapté à la dimension de l’enjeu – de défendre les intérêts séculiers de l’Eglise et de ses fidèles. C’est le mieux qu’on puisse attendre d’un homme d’Etat mais en-dessous de la main s’agissant d’un Pape confronté à Hitler. Benoît XVI est, certes, un diplomate maladroit, il commet des erreurs que Pie XII aurait probablement évitées avec habileté. Reste qu’il sait peut-être mieux que celui-ci de qui il est le mandataire sur terre.

Le bruit et la fureur en deuil

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La génération punk atteindra t-elle l’âge de la retraite ? Après Joey Ramone, Dominique Laboubée ou Joe Strummer (et j’en passe beaucoup), Lux Interior est mort le 4 février à 62 ans, des suites d’une maladie cardiaque. C’était bien la peine d’échapper au suicide ou à l’overdose…

Lux était le chanteur des Cramps, OGM issu du croisement entre le rock n’roll le plus pur et le grand guignol, entre Eddy Cochran et Alice Cooper. Les Cramps ont émergé à la fin des années 1970, dans le joyeux bordel de la scène underground new-yorkaise, aux côtés des Ramones, de Patti Smith ou Television. Leur marque de fabrique était l’absence de guitare basse, la batterie minimaliste et la folie furieuse.

Lux Interior sur scène, c’est très exactement comme si Nosferatu venait de s’emparer du micro pour mettre à nu l’âme du rock n’roll, la dégager, comme disait Althusser à propos d’autres choses, de sa gangue d’inessentiel. A l’arrivée: une prestation hallucinante et hallucinée, à faire passer Iggy Pop pour un végétarien sous Xanax. Qui a assisté à un concert des Cramps sait qu’il s’agissait d’un moment pas forcément agréable où planait un vrai doute sur la santé mentale des musiciens mais aussi du public. Un petit tour sur Youtube permettra à chacun d’en prendre la mesure, en visionnant leur version de Tear it up du Johnny Burnette Trio ou les images glaçantes de leur concert de 1978 dans un hôpital psychiatrique de Californie.

Mais attention, Lux Interior et son épouse-guitariste, Poison Ivy, étaient avant tout des intellos new-yorkais pur jus. Lux était un collectionneur : d’obscurs singles rockabilly du fin fond des Appalaches, d’affiches de films érotiques de série Z, de lingerie fétichiste. Il aimait le cinéma d’horreur, les trains fantômes et toute la face obscure de la sous-culture américaine des années 1940 à 1960, celle qu’a exhumée et réhabilitée Tim Burton.

Comme de nombreux rockers américains décalés (Alan Vega, Johnny Thunders, Stiv Bators, Willy DeVille), comme Jim Jarmusch et Woody Allen, les Cramps avaient beaucoup plus de succès en Europe, et spécialement en France, que dans leur propre pays. Le fantastique album de 1986 A date with Elvis se vendit à 250 000 exemplaires sur le vieux continent avant de trouver une compagnie US qui accepte de le sortir.

A la différence de tant d’autres, les Cramps ne se sont jamais séparés. Atypiques jusqu’au bout, ils n’ont fini ni dans les hit-parades ni dans les arrière-salles de bistrots. Ils ont gardé le cap et maintenu le style, le faisant juste évoluer au fil des découvertes dans les cinémathèques et les bacs de disquaires. Ils ont su apprivoiser la technique et même tourné quelques clips d’anthologie (avec une mention spéciale pour Bikini girls with machine guns).

Contrairement au cliché musical le plus répandu depuis la première guitare d’Elvis, ils étaient bien meilleurs à la fin qu’à leurs débuts héroïques au CBGB. Leur disparition posera un sérieux problème à la jeune génération : ce qui vient de disparaître, c’est la dernière occasion de voir sur scène un authentique groupe de rock n’roll. Je croyais qu’à part moi tout le monde avait oublié les Cramps. Mais depuis trois jours, mon téléphone n’arrête pas de sonner, et tout le monde me dit la même chose.

THE CRAMPS - Live At Napa State Mental Hospital

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Alerte à la bombe chez Obama

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Shepard Fairey est le génial créateur du logo officiel de la campagne de Barack Obama : c’est lui qui a vectorisé la tête du futur président des Etats-Unis et l’a placée sur le mot Hope. Décliné à des millions d’exemplaires sur des affiches, des t-shirts, des mugs, des badges et autres colifichets, son graphisme rouge-blanc-bleu a fait le tour du monde contaminant même les fleurons de la presse écrite française. Shepard, lui, s’apprête à faire le tour de sa cellule : la police vient de l’arrêter alors qu’il se rendait à l’Institut d’art contemporain de Boston où une exposition est consacrée à son travail. Deux mandats d’arrêt avaient été émis à son encontre en janvier pour avoir bombé des graffitis sur des bâtiments. Tolérance zéro donc, pour le graphiste présidentiel : il a été placé en détention provisoire. Maintenant, c’est sûr : la campagne de Barack Obama a bien été inspirée par Nicolas Sarkozy.

Le Vatican se fiche du monde

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La « dés-excommunication » des quatre évêques consacrés par Mgr Lefebvre a donné lieu à des polémiques adventices où se sont déployés plusieurs types de mauvaise foi. D’un côté, la rumeur (qu’Angela Merkel a paru avaliser) d’un Ratzinger nazi donc négationniste a circulé. De l’autre on a doctement souligné la distinction entre levée d’excommunication et réintégration dans le clergé, concédant seulement une carence dans l’information fournie à Benoît XVI sur Williamson. Mais ceux qui, comme Mgr Simon, l’archevêque de Clermont-Ferrand, minimisent ainsi l’affaire, oublient que Williamson n’en était pas à sa première déclaration négationniste, et qu’en tout cas le Vatican pouvait suspendre la publication – ou la mise en œuvre si on ne pouvait plus retenir le texte – de sa décision jusqu’à une éventuelle rétractation. À quelque date que le pape ait été informé des propos de ceux auxquels il tendait une perche, on doit reconnaître qu’il a tenu ces opinions pour secondaire par rapport aux questions de discipline ecclésiastique. Même après la fameuse interview à la TV suédoise, c’est la recherche du rétablissement de la communion avec les brebis égarées qui a prévalu. À croire que par rapport à cet objectif, toutes les divergences d’opinion concernant les affaires du monde devraient être reléguées au second plan.

C’est évidemment cette échelle des valeurs, avec l’égocentrisme institutionnel qu’elle traduit, qui n’est pas admise à l’extérieur, y compris parmi les fidèles. La levée de bouclier à laquelle on a assisté a en effet révélé deux failles : l’une entre les valeurs du monde et celles qui guident le gouvernement de l’Eglise et l’autre entre le Vatican et beaucoup d’épiscopats nationaux. Une institution qui prétend être « experte en humanité » est menacée dans sa raison d’être quand son attitude scandalise la plus grande partie de l’humanité. Certes le décalage entre les valeurs de l’Eglise et celles du monde est constant depuis l’origine (cf. I Cor. 4, 9-13), mais ceci ne justifie pas que l’Eglise se place dans une situation d’infériorité morale par rapport au monde. La marginalité actuelle de l’Eglise en matière de mœurs, de famille, de manipulations de la matière humaine… peut apparaître un avertissement à l’humanité imbue de sa puissance, mais quand elle semble indifférente à ce qui est le noyau de la conviction démocratique actuelle (la répudiation de l’hitlérisme et de son principal forfait) ce n’est pas son enseignement mais sa crédibilité qui est en cause. Dans le premier cas, c’est son excès d’exigences que l’on reproche à l’Eglise, dans le second cas son indifférence à l’essentiel : drôles de moralistes qui n’accordent qu’une attention secondaire à la shoah et à sa mémoire !

Que le sommet de l’Eglise ait donné l’impression d’une telle surdité morale a eu pour effet – effet heureux, dira-t-on – de dessiner une seconde faille : entre le Vatican et les épiscopats nationaux. On l’a vu en particulier en France où les évêques ont eu le réflexe de protéger leurs relations de confiance avec les représentants du judaïsme.

Ce n’est évidemment pas un hasard si les deux fractures que la crise a creusées correspondent à deux des axes essentiels de Vatican II. Ce concile a voulu restaurer (réplique décalée à la proclamation de l’infaillibilité pontificale) une certaine collégialité dans le gouvernement de l’Eglise en même temps qu’il a affirmé l’intention d’être « concile pour le monde », de jeter « un pont entre l’Eglise et le monde ». Au contraire, les dérapages et replis de l’actuel pontificat illustrent au contraire une certaine rétraction sur soi de l’Eglise en même temps qu’une centralisation quasi pathologique de son appareil, encouragée par la médiatisation papale. Ce renfermement sur soi et sur la doctrine (Vatican II s’affirmait pastoral) correspond à un sentiment répandu d’échec du concile, que les intégristes incarnent et exploitent. Le « concile pour le monde » a fait fond en effet sur une idée naïvement positive et progressiste du monde démocratique en cours d’instauration, où l’on voyait couramment une mise en œuvre autonome de valeurs issues du christianisme, avec lequel donc, les anciens malentendus étant levés, il devait être possible de renouer au prix d’une certaine adaptation (aggiornamento). Ce rêve d’harmonie ayant été démenti par la radicalisation contemporaine de l’individualisme, la vieille question, la vieille opposition Eglise vs Démocratie reparaît et doit être reprise à nouveau frais. Benoît XVI s’y essaie à sa manière (conférences de Ratisbonne, des Bernardins, de la Sapienza…) opposant au relativisme débridé de l’époque le point d’ancrage d’une anthropologie éclairée par le dogme catholique. On peut douter de l’avenir de cette entreprise, ou plutôt, si les interpellations du Pape sont souvent reçues, ses réponses (la nature comme limite en particulier) ne le sont guère.

L’idée d’une péremption de Vatican II, passerelle vers les intégristes où le Pape paraît s’engager, ne mène pas loin. Que Vatican II ne soit pas un plein succès, qu’il n’ait pas toujours été appliqué ou qu’il ait rencontré des obstacles imprévus, ne change rien au fait que son ordre du jour, les questions à quoi il s’est attaché, sont à creuser et non à oublier. La crise que, dans sa maladresse, l’appareil romain a déclenchée est absurde mais aussi révélatrice car elle repose les questions du Concile. Et qu’elle jette des lumières utiles aussi bien sur l’Eglise que sur le monde et sur la posture de l’Eglise à l’égard du monde.

Vive le Québec pas libre

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Parmi les ruptures effectuées par Nicolas Sarkozy, il en est une qui sème un joyeux bordel à Montréal. Sa condamnation, en termes musclés, des souverainistes québécois lors de la remise de la légion d’Honneur au Premier ministre de la Belle Province, le fédéraliste Jean Charest, a provoqué une bordée de « Tabernac ! » chez les indépendantistes du PQ et les applaudissements du Premier ministre du Canada, Stephen Harper. Le mot d’ordre « Ni ingérence, ni indifférence », ligne officielle de la France depuis le fameux « Vive le Québec libre ! » du général de Gaulle, en 1967, au balcon de l’hôtel de ville de Montréal est officiellement abandonné. « C’est pas mon truc ! » a tranché Sarkozy. Les Québécois sont invités à garder Montcalm.

Nouveau, le NPA ?

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Un de mes voisins, philosophe autodidacte et rural, consacre les longues soirées de l’hiver montagnard à fignoler un système d’explication du monde où serait démontrée l’utilité de chaque créature, même la plus minuscule, même celle que les hommes considèrent, à tort, comme nuisible. Il trouve réponse à presque toutes les objections que je lui oppose : le moustique ? Le combattre pour vaincre la malaria a fait avancer la science. Ok. La guêpe ? Sans elle, de quelle métaphore disposerait-on pour glorifier la finesse de la taille de nos jeunes compagnes ? Mais il est un problème que mon ami n’est pas parvenu à résoudre, celui du taon, Tabanus sp., insecte suceur de sang qui harcèle les troupeaux sur l’alpage en été. Cette grosse mouche pataude, aux yeux plus gros que la tête s’attaque également aux randonneurs, particulièrement lorsque le temps est orageux. Nul zonzonnement ne signale son approche et, une fois son forfait accompli, il se laisse bêtement écraser par celui qu’il a agressé, laissant sur le visage du promeneur une trace faite de chair noirâtre mêlée de sang frais. A quoi peut bien servir le taon, sinon à rappeler qu’il existe un absolu dans le nuisible ?

Ayant côtoyé, au cours des cinq dernières décennies des trotskistes de toutes obédiences dans les fonctions les plus variées, je me suis souvent posé à leur sujet le problème du taon. Non pas, bien sûr, à propos de la présence au monde de chacun de ces individus en particulier : j’ai connu des trotskistes charmants, intelligents, pleins d’humour et généreux, dignes de respect et même d’admiration. Mais l’observation de leur comportement collectif, dans leurs « orgas » ou au service de ces dernières dans le monde extérieur, incite à se demander pourquoi la France a le triste privilège d’abriter les derniers disciples de Lev Davidovitch.

A quoi servent donc les trotskistes au 21e siècle, une fois accompli leur rôle historique d’avoir été la mauvaise conscience « de gauche » du stalinisme au moment où ce dernier triomphait sur un tiers de la planète ? A maintenir, contre vents et marées, l’idée d’un grand soir où la classe ouvrière triomphante délogera du pouvoir, à l’échelle mondiale, les capitalistes et leurs valets ? A donner une religion à ceux qui refusent les produits classiques du marché des croyances ? A perpétuer dans une frange de la populations l’exercice masochiste – mais ô combien rédempteur ! – des réunions sans fin et des distributions de tracts dans les petits matins blêmes ?

Lorsque l’on met en avant un programme et des revendications (interdiction des licenciements, échelle mobile des salaires, augmentation astronomique du Smic) dont on sait qu’ils sont parfaitement incompatibles avec le fonctionnement de l’économie et de nature à fermer la porte à une alliance avec la gauche réformiste, on se comporte comme le taon des alpages : on affole les troupeaux pour le simple plaisir du harcèlement mené en bande.

Lorsque l’on se prévaut d’être dans le bon mouvement de l’Histoire et que l’un des plus brillants théoriciens de la IVe internationale, Ernest Mandel, salue le soulèvement des Allemands de l’est en novembre 1989 comme le « retour de Rosa Luxemburg », de qui se moque-t-on ? Et lorsque l’on a le culot, après ça, de se justifier en citant Lénine, selon lequel « l’Histoire avance parfois par son mauvais côté », n’est-on pas en droit de demander s’ils galèjent ou s’il sont sérieux ? Question inutile, d’ailleurs, car rien n’est plus dénué d’humour qu’une assemblée de trotskistes.

Mais, objectera-t-on, ne peut-on pas reconnaître, même sans l’approuver, un certain idéalisme altruiste dans cette énergie militante mise au service d’un projet émancipateur des opprimés à l’échelle mondiale ? A cela répondons d’abord que la vénération portée par les trotskistes d’hier et d’aujourd’hui à Lev Davidovitch, massacreur des marins de Cronstadt, au dictateur tropical Fidel Castro, à la triade populiste, clientéliste et indigéniste sud-américaine Chavez-Moralès-Correa confirme le titre d’un de leurs ouvrages de chevet : leur morale n’est pas la nôtre.

Ensuite, nonobstant le fait que les recettes collectivistes ont totalement échoué dans tous les pays, développés ou non, qui ont tenté de les mettre en œuvre, ils n’hésitent pas à les repeindre de couleurs plus attrayantes pour les reproposer aux gogos, en Occident comme dans le Tiers-monde. Cela s’appelle l’altermondialisme, sous-produit politique de la mauvaise conscience de l’homme blanc. Pendant ce temps-là, « l’Histoire avance par son mauvais côté » en Chine, en Inde et au Brésil…

A la réflexion pourtant, je vois une certaine utilité au remplacement de la LCR par un parti « de masse » au sigle rappelant une émission-culte de télé des années 1980. Ils auront tendance à garder chez eux ceux qu’ils envoyaient dans d’autres organisations à fins de noyautage. Ça nous fera des vacances.

Crise à Davos

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davos2009

A Davos, réunis en pleine crise, les dirigeants économiques mondiaux ont tous dénoncé le protectionnisme. Mais pas que ça. Retrouvez les impubliables de Babouse sur son Carnet.

L’interviewer interviewé

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Cette semaine Parlons Net reçoit David Pujadas. Il présente le « 20 heures » depuis 7 ans, il vient de publier un livre très pédagogique sur la fabrique de l’information et son parcours de journaliste : Vous subissez des pressions ? Au lendemain de l’interview radio-télévisée de Nicolas Sarkozy à laquelle il a participé et au surlendemain de l’interview de Bernard Kouchner qu’il a menée mercredi soir, David Pujadas revient sur les coulisses de ces entretiens, sur son livre, sur l’état de l’audiovisuel public et le métier de journaliste avec en toile de fond la révolution d’internet et les états généraux de la presse. David Pujadas est interrogé par Hubert Artus de Rue89, Elisabeth Lévy de Causeur.fr et Samuel Potier du Figaro.fr. L’émission est animée par David Abiker. Voir l’émission.

Vous subissez des pressions ? Dans les coulisses du 20 heures

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Rassurer pour sortir de la crise

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La crise est aussi, et peut-être surtout aujourd’hui, une crise de la demande. Si celle-ci ne retrouve pas un plancher d’ici quelques mois, l’économie risque de sombrer dans une spirale déflationniste – chute de la consommation, baisse des prix, faillites, chômage croissant.

Or, dans un premier temps, le gouvernement a préféré miser sur des investissements massifs pour sortir de la crise par le haut. Le problème est que les effets positifs des milliards d’euros débloqués pour les équipements de défense, les infrastructures routières, fluviales et ferroviaires, la réalisation du canal Seine Nord Europe et la construction de quatre lignes de TGV (projets phares annoncés par le président de la République dans son discours de Douai) ne se feront sentir que dans plusieurs mois voire quelques années. Avant que ces intentions ne deviennent des emplois, il faudra passer des marchés publics, monter des dossiers, obtenir des autorisations, faire face à des oppositions. En somme, pour sortir de la crise, il ne suffit pas que l’Etat commande des TGV, il faut que les gens achètent des DVD.

Le plan de relance gouvernemental ne constitue donc pas une réponse adaptée au scénario déflationniste qui pourrait se déployer à grande allure – rappelez-vous le tsunami financier, avant d’être mouillé, tout le monde était déjà noyé.

Le cauchemar déflationniste s’explique autant sinon plus par des facteurs psychologiques que par un problème de pouvoir d’achat. Quelqu’un qui émarge à 2 000 € par mois mais qui a l’assurance de conserver son emploi dépense plus facilement que celui dont le salaire s’élève à 2 500 € mais qui craint de perdre son boulot. Mais ceux qui ont peur – et ont de bonnes raisons pour cela – ne sont pas les seuls à contribuer à l’atonie de la demande. Les marchés sont aussi désertés par ceux qui pensent payer moins demain. Bref, les perdants de la crise et ceux qui espèrent en sortir gagnants contribuent également à la nourrir.

Les Français, nous dit-on tous les jours, ont peur de l’avenir. Précaires ou employés dans des secteurs particulièrement menacés de l’économie, ils sont nombreux à réduire leurs dépenses et à augmenter leur épargne pour anticiper un avenir incertain. D’autres, moins chanceux, ont déjà perdu leur travail. Avec des revenus en baisse et une visibilité très réduite concernant leurs futures ressources, pas question pour eux d’engager des dépenses inutiles, même s’ils ont touché des indemnités de licenciement.

Ces situations ont des conséquences en cascade. Qu’il s’agisse du commerce de proximité qui en pâtit ou des retraités obligés d’entretenir même partiellement leurs enfants et/ou petits-enfants directement frappés, de plus en plus de Français auront de moins en moins d’argent à dépenser.

Mais il existe aussi une autre catégorie de Français qui ne craignent pas la crise et espèrent même en profiter personnellement. Ni leurs emplois, ni leurs revenus ne sont menacés – du moins le croient-ils – mais ils préfèrent attendre, pour acheter une voiture, une machine à laver ou un appartement que les prix baissent. Qui, sauf en cas de nécessité absolue, changera de voiture quand d’un côté le marché de l’occasion est en chute libre (baisse de 16 % du nombre de transactions en janvier) et que de l’autre le prix des voitures neuves ainsi que les taux d’intérêt sont en baisse ?

En d’autres termes, ceux dont le pouvoir d’achat a diminué ou va diminuer et ceux dont le pouvoir d’achat va croître ont d’excellentes raisons de diminuer leur consommation. L’effet conjugué des comportements de ces deux groupes risque de pousser l’économie française sur la pente déflationniste.

Le gouvernement doit donc répondre à une double-urgence : rassurer le plus grand nombre d’une part, éviter une spirale de baisse des prix non contrôlée poussant les autres à l’attentisme. Et il faut faire vite : si l’état d’esprit des uns et des autres ne change pas avant l’été, le choc déflationniste est plus que probable.

La manière la plus efficace de rassurer les Français serait d’appliquer à la question de l’emploi la même logique que celle qui a guidé l’action gouvernementale dans la crise financière : de même qu’elle a endossé des dettes privées, la collectivité doit maintenant payer les travailleurs que la baisse de la demande rend – provisoirement – superflus. Concrètement, cela signifie payer des indemnités de chômage plus importantes plus longtemps et élargir le cercle des bénéficiaires.

Les entreprises qui voient leurs carnets de commandes rétrécir doivent réduire leurs coûts et beaucoup seront obligées d’en passer par des licenciements. Le temps de sortir de la crise, ces employés doivent passer sous la responsabilité de l’Etat. L’intervention du chef de l’Etat laisse penser qu’il a décidé d’emprunter ce chemin mais sans s’y engager franchement. Quelques mesures en faveur des jeunes et des CDDistes ne feront pas l’affaire.

En revanche l’idée de lier subordonner les aides publiques à des engagements de non-licenciements est purement démagogique. Difficile voire impossible à appliquer, cette mesure créerait des effets pervers pires encore que les phénomènes qu’elle est supposée combattre et surtout elle risque de ralentir la sortie de crise.

On pourrait analyser dans le détail chacune des mesures envisagée ou annoncée par le président de la République. Mais l’essentiel est ailleurs : le nerf de cette guerre-là, on l’aura compris, est la confiance bien plus que le cash. Les acteurs économiques sont brutalement passés d’une sous-estimation des risques à leur surestimation. Quoi qu’en disent les commentateurs prompts à décréter que Sarkozy a été « nul », il est trop tôt pour savoir si le verbe présidentiel a ramené un peu de sérénité dans l’esprit des Français. Sans confiance, la logique foncièrement égoïste du comportement économique condamne les marchés – comme sur le champ de bataille, quand la peur gagne les esprits, le « chacun pour soi » entraîne la défaite pour tous. Bref, l’important n’est pas de savoir s’il faut supprimer la taxe professionnelle ou réduire la TVA, mais de faire en sorte que les Français retrouvent la foi en l’avenir et le goût du présent. Et ça, ça ne se décrète pas.

BHL, le péan de Dahan

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France 5 programmait hier soir un magnifique documentaire, signé Eric Dahan et consacré à Bernard-Henri Lévy. Cinquante-deux minutes de pur bonheur et de joie vraie passées à regarder BHL dans son bureau à Paris, BHL dans son riad à Marrakech, BHL à New York, BHL de retour à Paris… Il ne manquait plus que les images de BHL jouant dans son bain avec un canard qui fait coin-coin pour parfaire ce chef d’œuvre télévisé, que des langues mauvaises et jalouses pourraient avoir l’heur de qualifier d’hagiographique. Mais c’est que nous ne pouvons, ô nous pauvres mortels moqueurs, comprendre la pensée saisissante de Monsieur L. Et il nous le dit d’ailleurs, conseillant à certains Français d’aller faire un tour aux Etats-Unis pour soigner leur racisme atavique : « Il faudrait les envoyer à Atlanta pour voir les progrès que les Américains ont accompli ces quarante dernières années ! » Sachant qu’Atlanta est l’une des rares villes américaines majoritairement composée de noirs, que la middle class et la upper class y sont largement afro-américaines et qu’elle incarne de ce fait le rêve noir américain, y a pas de mal… Décidément Bernard-Henri Lévy a un petit problème avec la Géorgie. Où qu’elle se trouve.

La papauté est humaine, l’erreur aussi

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Comme l’a dit un causeur célèbre, le Pape est pape ! Sans le contredire, je voudrais ajouter qu’il est aussi et en même temps à la fois prince et, ce qui n’est pas rien, vicarius christi, le vicaire de Jésus Christ ou son lieutenant ici-bas. Le champ de manœuvre papal s’étend entre la « princitude », la dimension politique et temporelle de la charge pontificale, et la « vicairitude », c’est-à-dire sa dimension religieuse. Benoît XVI semble plutôt porté vers la dimension théologico-religieuse de sa charge. Aussi raisonne-t-il à l’échelle des décennies voire des siècles. Quand on se situe dans la longue durée et dans une perspective purement théologique, les bêtises volontairement provocatrices d’un histrion latinisant en soutane nommé Richard Williamson sont effectivement – et contrairement aux événements dont il parle – un petit détail.

Les évêques de Rome ont mis du temps à s’habituer à la perte quasi-totale de leur « princitude » d’antan. Jusqu’au 20 septembre 1870, le pape a résidé au palais du Quirinal devenu résidence des rois d’Italie puis de la présidence de la République. Le palais du Vatican ne fut d’abord qu’une solution d’attente, un refuge devenu en 1929, suite aux accords de Latran, le centre du plus petit Etat du monde – 44 hectares et environ 800 habitants. À la tête d’une microscopique principauté dépourvue de la moindre division, comme le rappela Staline, le pape n’en est pas moins, qu’il le veuille ou non, un acteur politique, en particulier depuis que Jean-Paul II a donné à la fonction une dimension médiatique planétaire.

Mais à l’heure de l’hyper-démocratie, négliger les médias et l’opinion publique est une funeste erreur. Pape ou non, point d’action sans communication. Intellectuel, théologien et certainement fin connaisseur de la politique politicienne ecclésiastique – il n’est quand-même pas donné à tout le monde de devenir serviteur des serviteurs de Dieu – le Pape actuel se soucie très peu de la culture politique démocratique et encore moins de ses exigences cathodiques. À l’évidence, pour Benoît XVI et son entourage, la levée de l’anathème n’a rien à voir avec les opinions de celui qui en bénéficie : un prêtre confessant accordant l’absolution à un assassin condamné à mort n’apporte pas pour autant le soutien de l’Eglise ni au meurtre ni à la peine de mort.
Eviter le piège tendu par Williamson aurait été assez facile. Comme le rappelle Paul Thibaud, les 48 heures écoulées entre la diffusion des propos négationnistes de Richard Williamson le 22 janvier et l’annonce, programmée d’avance par le Vatican de la levée de l’excommunication de quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre, auraient au moins dû permettre la suspension de la décision. D’ailleurs, puisque Williamson n’en est pas à sa première provocation, le problème aurait dû être traité en amont, si toutefois la curie avait la sensibilité et les compétences de n’importe quelle chancellerie occidentale.

On peut donc reprocher, au minimum, à Benoît XVI de planer sur les sommets de la théologie et d’oublier de se pencher sur les tristes affaires des hommes. Reste que si l’on oublie le faux-pas Williamson, il y a aussi quelque chose d’admirable dans ce pontificat qui se veut spirituel plus que temporel. Pie XII a été un homme d’Etat et un diplomate habile dans une période trouble. Marqué, comme tous les dirigeants européens des années 1920-1940, par la guerre de 1914-1918, Mgr Pacelli n’aura été qu’un Pape-prince. Et il a raté une occasion qui – heureusement – ne se présente qu’une fois tous les deux mille ans : face au Mal absolu, il aurait pu rééditer le sacrifice sublime de celui qu’il représentait sur terre. Au moment où il fallait sortir de l’Histoire il a choisi d’y rester avec le souci – légitime mais peu adapté à la dimension de l’enjeu – de défendre les intérêts séculiers de l’Eglise et de ses fidèles. C’est le mieux qu’on puisse attendre d’un homme d’Etat mais en-dessous de la main s’agissant d’un Pape confronté à Hitler. Benoît XVI est, certes, un diplomate maladroit, il commet des erreurs que Pie XII aurait probablement évitées avec habileté. Reste qu’il sait peut-être mieux que celui-ci de qui il est le mandataire sur terre.

Le bruit et la fureur en deuil

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La génération punk atteindra t-elle l’âge de la retraite ? Après Joey Ramone, Dominique Laboubée ou Joe Strummer (et j’en passe beaucoup), Lux Interior est mort le 4 février à 62 ans, des suites d’une maladie cardiaque. C’était bien la peine d’échapper au suicide ou à l’overdose…

Lux était le chanteur des Cramps, OGM issu du croisement entre le rock n’roll le plus pur et le grand guignol, entre Eddy Cochran et Alice Cooper. Les Cramps ont émergé à la fin des années 1970, dans le joyeux bordel de la scène underground new-yorkaise, aux côtés des Ramones, de Patti Smith ou Television. Leur marque de fabrique était l’absence de guitare basse, la batterie minimaliste et la folie furieuse.

Lux Interior sur scène, c’est très exactement comme si Nosferatu venait de s’emparer du micro pour mettre à nu l’âme du rock n’roll, la dégager, comme disait Althusser à propos d’autres choses, de sa gangue d’inessentiel. A l’arrivée: une prestation hallucinante et hallucinée, à faire passer Iggy Pop pour un végétarien sous Xanax. Qui a assisté à un concert des Cramps sait qu’il s’agissait d’un moment pas forcément agréable où planait un vrai doute sur la santé mentale des musiciens mais aussi du public. Un petit tour sur Youtube permettra à chacun d’en prendre la mesure, en visionnant leur version de Tear it up du Johnny Burnette Trio ou les images glaçantes de leur concert de 1978 dans un hôpital psychiatrique de Californie.

Mais attention, Lux Interior et son épouse-guitariste, Poison Ivy, étaient avant tout des intellos new-yorkais pur jus. Lux était un collectionneur : d’obscurs singles rockabilly du fin fond des Appalaches, d’affiches de films érotiques de série Z, de lingerie fétichiste. Il aimait le cinéma d’horreur, les trains fantômes et toute la face obscure de la sous-culture américaine des années 1940 à 1960, celle qu’a exhumée et réhabilitée Tim Burton.

Comme de nombreux rockers américains décalés (Alan Vega, Johnny Thunders, Stiv Bators, Willy DeVille), comme Jim Jarmusch et Woody Allen, les Cramps avaient beaucoup plus de succès en Europe, et spécialement en France, que dans leur propre pays. Le fantastique album de 1986 A date with Elvis se vendit à 250 000 exemplaires sur le vieux continent avant de trouver une compagnie US qui accepte de le sortir.

A la différence de tant d’autres, les Cramps ne se sont jamais séparés. Atypiques jusqu’au bout, ils n’ont fini ni dans les hit-parades ni dans les arrière-salles de bistrots. Ils ont gardé le cap et maintenu le style, le faisant juste évoluer au fil des découvertes dans les cinémathèques et les bacs de disquaires. Ils ont su apprivoiser la technique et même tourné quelques clips d’anthologie (avec une mention spéciale pour Bikini girls with machine guns).

Contrairement au cliché musical le plus répandu depuis la première guitare d’Elvis, ils étaient bien meilleurs à la fin qu’à leurs débuts héroïques au CBGB. Leur disparition posera un sérieux problème à la jeune génération : ce qui vient de disparaître, c’est la dernière occasion de voir sur scène un authentique groupe de rock n’roll. Je croyais qu’à part moi tout le monde avait oublié les Cramps. Mais depuis trois jours, mon téléphone n’arrête pas de sonner, et tout le monde me dit la même chose.

THE CRAMPS - Live At Napa State Mental Hospital

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Alerte à la bombe chez Obama

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Shepard Fairey est le génial créateur du logo officiel de la campagne de Barack Obama : c’est lui qui a vectorisé la tête du futur président des Etats-Unis et l’a placée sur le mot Hope. Décliné à des millions d’exemplaires sur des affiches, des t-shirts, des mugs, des badges et autres colifichets, son graphisme rouge-blanc-bleu a fait le tour du monde contaminant même les fleurons de la presse écrite française. Shepard, lui, s’apprête à faire le tour de sa cellule : la police vient de l’arrêter alors qu’il se rendait à l’Institut d’art contemporain de Boston où une exposition est consacrée à son travail. Deux mandats d’arrêt avaient été émis à son encontre en janvier pour avoir bombé des graffitis sur des bâtiments. Tolérance zéro donc, pour le graphiste présidentiel : il a été placé en détention provisoire. Maintenant, c’est sûr : la campagne de Barack Obama a bien été inspirée par Nicolas Sarkozy.

Le Vatican se fiche du monde

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La « dés-excommunication » des quatre évêques consacrés par Mgr Lefebvre a donné lieu à des polémiques adventices où se sont déployés plusieurs types de mauvaise foi. D’un côté, la rumeur (qu’Angela Merkel a paru avaliser) d’un Ratzinger nazi donc négationniste a circulé. De l’autre on a doctement souligné la distinction entre levée d’excommunication et réintégration dans le clergé, concédant seulement une carence dans l’information fournie à Benoît XVI sur Williamson. Mais ceux qui, comme Mgr Simon, l’archevêque de Clermont-Ferrand, minimisent ainsi l’affaire, oublient que Williamson n’en était pas à sa première déclaration négationniste, et qu’en tout cas le Vatican pouvait suspendre la publication – ou la mise en œuvre si on ne pouvait plus retenir le texte – de sa décision jusqu’à une éventuelle rétractation. À quelque date que le pape ait été informé des propos de ceux auxquels il tendait une perche, on doit reconnaître qu’il a tenu ces opinions pour secondaire par rapport aux questions de discipline ecclésiastique. Même après la fameuse interview à la TV suédoise, c’est la recherche du rétablissement de la communion avec les brebis égarées qui a prévalu. À croire que par rapport à cet objectif, toutes les divergences d’opinion concernant les affaires du monde devraient être reléguées au second plan.

C’est évidemment cette échelle des valeurs, avec l’égocentrisme institutionnel qu’elle traduit, qui n’est pas admise à l’extérieur, y compris parmi les fidèles. La levée de bouclier à laquelle on a assisté a en effet révélé deux failles : l’une entre les valeurs du monde et celles qui guident le gouvernement de l’Eglise et l’autre entre le Vatican et beaucoup d’épiscopats nationaux. Une institution qui prétend être « experte en humanité » est menacée dans sa raison d’être quand son attitude scandalise la plus grande partie de l’humanité. Certes le décalage entre les valeurs de l’Eglise et celles du monde est constant depuis l’origine (cf. I Cor. 4, 9-13), mais ceci ne justifie pas que l’Eglise se place dans une situation d’infériorité morale par rapport au monde. La marginalité actuelle de l’Eglise en matière de mœurs, de famille, de manipulations de la matière humaine… peut apparaître un avertissement à l’humanité imbue de sa puissance, mais quand elle semble indifférente à ce qui est le noyau de la conviction démocratique actuelle (la répudiation de l’hitlérisme et de son principal forfait) ce n’est pas son enseignement mais sa crédibilité qui est en cause. Dans le premier cas, c’est son excès d’exigences que l’on reproche à l’Eglise, dans le second cas son indifférence à l’essentiel : drôles de moralistes qui n’accordent qu’une attention secondaire à la shoah et à sa mémoire !

Que le sommet de l’Eglise ait donné l’impression d’une telle surdité morale a eu pour effet – effet heureux, dira-t-on – de dessiner une seconde faille : entre le Vatican et les épiscopats nationaux. On l’a vu en particulier en France où les évêques ont eu le réflexe de protéger leurs relations de confiance avec les représentants du judaïsme.

Ce n’est évidemment pas un hasard si les deux fractures que la crise a creusées correspondent à deux des axes essentiels de Vatican II. Ce concile a voulu restaurer (réplique décalée à la proclamation de l’infaillibilité pontificale) une certaine collégialité dans le gouvernement de l’Eglise en même temps qu’il a affirmé l’intention d’être « concile pour le monde », de jeter « un pont entre l’Eglise et le monde ». Au contraire, les dérapages et replis de l’actuel pontificat illustrent au contraire une certaine rétraction sur soi de l’Eglise en même temps qu’une centralisation quasi pathologique de son appareil, encouragée par la médiatisation papale. Ce renfermement sur soi et sur la doctrine (Vatican II s’affirmait pastoral) correspond à un sentiment répandu d’échec du concile, que les intégristes incarnent et exploitent. Le « concile pour le monde » a fait fond en effet sur une idée naïvement positive et progressiste du monde démocratique en cours d’instauration, où l’on voyait couramment une mise en œuvre autonome de valeurs issues du christianisme, avec lequel donc, les anciens malentendus étant levés, il devait être possible de renouer au prix d’une certaine adaptation (aggiornamento). Ce rêve d’harmonie ayant été démenti par la radicalisation contemporaine de l’individualisme, la vieille question, la vieille opposition Eglise vs Démocratie reparaît et doit être reprise à nouveau frais. Benoît XVI s’y essaie à sa manière (conférences de Ratisbonne, des Bernardins, de la Sapienza…) opposant au relativisme débridé de l’époque le point d’ancrage d’une anthropologie éclairée par le dogme catholique. On peut douter de l’avenir de cette entreprise, ou plutôt, si les interpellations du Pape sont souvent reçues, ses réponses (la nature comme limite en particulier) ne le sont guère.

L’idée d’une péremption de Vatican II, passerelle vers les intégristes où le Pape paraît s’engager, ne mène pas loin. Que Vatican II ne soit pas un plein succès, qu’il n’ait pas toujours été appliqué ou qu’il ait rencontré des obstacles imprévus, ne change rien au fait que son ordre du jour, les questions à quoi il s’est attaché, sont à creuser et non à oublier. La crise que, dans sa maladresse, l’appareil romain a déclenchée est absurde mais aussi révélatrice car elle repose les questions du Concile. Et qu’elle jette des lumières utiles aussi bien sur l’Eglise que sur le monde et sur la posture de l’Eglise à l’égard du monde.

Vive le Québec pas libre

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Parmi les ruptures effectuées par Nicolas Sarkozy, il en est une qui sème un joyeux bordel à Montréal. Sa condamnation, en termes musclés, des souverainistes québécois lors de la remise de la légion d’Honneur au Premier ministre de la Belle Province, le fédéraliste Jean Charest, a provoqué une bordée de « Tabernac ! » chez les indépendantistes du PQ et les applaudissements du Premier ministre du Canada, Stephen Harper. Le mot d’ordre « Ni ingérence, ni indifférence », ligne officielle de la France depuis le fameux « Vive le Québec libre ! » du général de Gaulle, en 1967, au balcon de l’hôtel de ville de Montréal est officiellement abandonné. « C’est pas mon truc ! » a tranché Sarkozy. Les Québécois sont invités à garder Montcalm.

Nouveau, le NPA ?

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Un de mes voisins, philosophe autodidacte et rural, consacre les longues soirées de l’hiver montagnard à fignoler un système d’explication du monde où serait démontrée l’utilité de chaque créature, même la plus minuscule, même celle que les hommes considèrent, à tort, comme nuisible. Il trouve réponse à presque toutes les objections que je lui oppose : le moustique ? Le combattre pour vaincre la malaria a fait avancer la science. Ok. La guêpe ? Sans elle, de quelle métaphore disposerait-on pour glorifier la finesse de la taille de nos jeunes compagnes ? Mais il est un problème que mon ami n’est pas parvenu à résoudre, celui du taon, Tabanus sp., insecte suceur de sang qui harcèle les troupeaux sur l’alpage en été. Cette grosse mouche pataude, aux yeux plus gros que la tête s’attaque également aux randonneurs, particulièrement lorsque le temps est orageux. Nul zonzonnement ne signale son approche et, une fois son forfait accompli, il se laisse bêtement écraser par celui qu’il a agressé, laissant sur le visage du promeneur une trace faite de chair noirâtre mêlée de sang frais. A quoi peut bien servir le taon, sinon à rappeler qu’il existe un absolu dans le nuisible ?

Ayant côtoyé, au cours des cinq dernières décennies des trotskistes de toutes obédiences dans les fonctions les plus variées, je me suis souvent posé à leur sujet le problème du taon. Non pas, bien sûr, à propos de la présence au monde de chacun de ces individus en particulier : j’ai connu des trotskistes charmants, intelligents, pleins d’humour et généreux, dignes de respect et même d’admiration. Mais l’observation de leur comportement collectif, dans leurs « orgas » ou au service de ces dernières dans le monde extérieur, incite à se demander pourquoi la France a le triste privilège d’abriter les derniers disciples de Lev Davidovitch.

A quoi servent donc les trotskistes au 21e siècle, une fois accompli leur rôle historique d’avoir été la mauvaise conscience « de gauche » du stalinisme au moment où ce dernier triomphait sur un tiers de la planète ? A maintenir, contre vents et marées, l’idée d’un grand soir où la classe ouvrière triomphante délogera du pouvoir, à l’échelle mondiale, les capitalistes et leurs valets ? A donner une religion à ceux qui refusent les produits classiques du marché des croyances ? A perpétuer dans une frange de la populations l’exercice masochiste – mais ô combien rédempteur ! – des réunions sans fin et des distributions de tracts dans les petits matins blêmes ?

Lorsque l’on met en avant un programme et des revendications (interdiction des licenciements, échelle mobile des salaires, augmentation astronomique du Smic) dont on sait qu’ils sont parfaitement incompatibles avec le fonctionnement de l’économie et de nature à fermer la porte à une alliance avec la gauche réformiste, on se comporte comme le taon des alpages : on affole les troupeaux pour le simple plaisir du harcèlement mené en bande.

Lorsque l’on se prévaut d’être dans le bon mouvement de l’Histoire et que l’un des plus brillants théoriciens de la IVe internationale, Ernest Mandel, salue le soulèvement des Allemands de l’est en novembre 1989 comme le « retour de Rosa Luxemburg », de qui se moque-t-on ? Et lorsque l’on a le culot, après ça, de se justifier en citant Lénine, selon lequel « l’Histoire avance parfois par son mauvais côté », n’est-on pas en droit de demander s’ils galèjent ou s’il sont sérieux ? Question inutile, d’ailleurs, car rien n’est plus dénué d’humour qu’une assemblée de trotskistes.

Mais, objectera-t-on, ne peut-on pas reconnaître, même sans l’approuver, un certain idéalisme altruiste dans cette énergie militante mise au service d’un projet émancipateur des opprimés à l’échelle mondiale ? A cela répondons d’abord que la vénération portée par les trotskistes d’hier et d’aujourd’hui à Lev Davidovitch, massacreur des marins de Cronstadt, au dictateur tropical Fidel Castro, à la triade populiste, clientéliste et indigéniste sud-américaine Chavez-Moralès-Correa confirme le titre d’un de leurs ouvrages de chevet : leur morale n’est pas la nôtre.

Ensuite, nonobstant le fait que les recettes collectivistes ont totalement échoué dans tous les pays, développés ou non, qui ont tenté de les mettre en œuvre, ils n’hésitent pas à les repeindre de couleurs plus attrayantes pour les reproposer aux gogos, en Occident comme dans le Tiers-monde. Cela s’appelle l’altermondialisme, sous-produit politique de la mauvaise conscience de l’homme blanc. Pendant ce temps-là, « l’Histoire avance par son mauvais côté » en Chine, en Inde et au Brésil…

A la réflexion pourtant, je vois une certaine utilité au remplacement de la LCR par un parti « de masse » au sigle rappelant une émission-culte de télé des années 1980. Ils auront tendance à garder chez eux ceux qu’ils envoyaient dans d’autres organisations à fins de noyautage. Ça nous fera des vacances.

Crise à Davos

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davos2009

A Davos, réunis en pleine crise, les dirigeants économiques mondiaux ont tous dénoncé le protectionnisme. Mais pas que ça. Retrouvez les impubliables de Babouse sur son Carnet.

L’interviewer interviewé

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Cette semaine Parlons Net reçoit David Pujadas. Il présente le « 20 heures » depuis 7 ans, il vient de publier un livre très pédagogique sur la fabrique de l’information et son parcours de journaliste : Vous subissez des pressions ? Au lendemain de l’interview radio-télévisée de Nicolas Sarkozy à laquelle il a participé et au surlendemain de l’interview de Bernard Kouchner qu’il a menée mercredi soir, David Pujadas revient sur les coulisses de ces entretiens, sur son livre, sur l’état de l’audiovisuel public et le métier de journaliste avec en toile de fond la révolution d’internet et les états généraux de la presse. David Pujadas est interrogé par Hubert Artus de Rue89, Elisabeth Lévy de Causeur.fr et Samuel Potier du Figaro.fr. L’émission est animée par David Abiker. Voir l’émission.

Vous subissez des pressions ? Dans les coulisses du 20 heures

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Rassurer pour sortir de la crise

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La crise est aussi, et peut-être surtout aujourd’hui, une crise de la demande. Si celle-ci ne retrouve pas un plancher d’ici quelques mois, l’économie risque de sombrer dans une spirale déflationniste – chute de la consommation, baisse des prix, faillites, chômage croissant.

Or, dans un premier temps, le gouvernement a préféré miser sur des investissements massifs pour sortir de la crise par le haut. Le problème est que les effets positifs des milliards d’euros débloqués pour les équipements de défense, les infrastructures routières, fluviales et ferroviaires, la réalisation du canal Seine Nord Europe et la construction de quatre lignes de TGV (projets phares annoncés par le président de la République dans son discours de Douai) ne se feront sentir que dans plusieurs mois voire quelques années. Avant que ces intentions ne deviennent des emplois, il faudra passer des marchés publics, monter des dossiers, obtenir des autorisations, faire face à des oppositions. En somme, pour sortir de la crise, il ne suffit pas que l’Etat commande des TGV, il faut que les gens achètent des DVD.

Le plan de relance gouvernemental ne constitue donc pas une réponse adaptée au scénario déflationniste qui pourrait se déployer à grande allure – rappelez-vous le tsunami financier, avant d’être mouillé, tout le monde était déjà noyé.

Le cauchemar déflationniste s’explique autant sinon plus par des facteurs psychologiques que par un problème de pouvoir d’achat. Quelqu’un qui émarge à 2 000 € par mois mais qui a l’assurance de conserver son emploi dépense plus facilement que celui dont le salaire s’élève à 2 500 € mais qui craint de perdre son boulot. Mais ceux qui ont peur – et ont de bonnes raisons pour cela – ne sont pas les seuls à contribuer à l’atonie de la demande. Les marchés sont aussi désertés par ceux qui pensent payer moins demain. Bref, les perdants de la crise et ceux qui espèrent en sortir gagnants contribuent également à la nourrir.

Les Français, nous dit-on tous les jours, ont peur de l’avenir. Précaires ou employés dans des secteurs particulièrement menacés de l’économie, ils sont nombreux à réduire leurs dépenses et à augmenter leur épargne pour anticiper un avenir incertain. D’autres, moins chanceux, ont déjà perdu leur travail. Avec des revenus en baisse et une visibilité très réduite concernant leurs futures ressources, pas question pour eux d’engager des dépenses inutiles, même s’ils ont touché des indemnités de licenciement.

Ces situations ont des conséquences en cascade. Qu’il s’agisse du commerce de proximité qui en pâtit ou des retraités obligés d’entretenir même partiellement leurs enfants et/ou petits-enfants directement frappés, de plus en plus de Français auront de moins en moins d’argent à dépenser.

Mais il existe aussi une autre catégorie de Français qui ne craignent pas la crise et espèrent même en profiter personnellement. Ni leurs emplois, ni leurs revenus ne sont menacés – du moins le croient-ils – mais ils préfèrent attendre, pour acheter une voiture, une machine à laver ou un appartement que les prix baissent. Qui, sauf en cas de nécessité absolue, changera de voiture quand d’un côté le marché de l’occasion est en chute libre (baisse de 16 % du nombre de transactions en janvier) et que de l’autre le prix des voitures neuves ainsi que les taux d’intérêt sont en baisse ?

En d’autres termes, ceux dont le pouvoir d’achat a diminué ou va diminuer et ceux dont le pouvoir d’achat va croître ont d’excellentes raisons de diminuer leur consommation. L’effet conjugué des comportements de ces deux groupes risque de pousser l’économie française sur la pente déflationniste.

Le gouvernement doit donc répondre à une double-urgence : rassurer le plus grand nombre d’une part, éviter une spirale de baisse des prix non contrôlée poussant les autres à l’attentisme. Et il faut faire vite : si l’état d’esprit des uns et des autres ne change pas avant l’été, le choc déflationniste est plus que probable.

La manière la plus efficace de rassurer les Français serait d’appliquer à la question de l’emploi la même logique que celle qui a guidé l’action gouvernementale dans la crise financière : de même qu’elle a endossé des dettes privées, la collectivité doit maintenant payer les travailleurs que la baisse de la demande rend – provisoirement – superflus. Concrètement, cela signifie payer des indemnités de chômage plus importantes plus longtemps et élargir le cercle des bénéficiaires.

Les entreprises qui voient leurs carnets de commandes rétrécir doivent réduire leurs coûts et beaucoup seront obligées d’en passer par des licenciements. Le temps de sortir de la crise, ces employés doivent passer sous la responsabilité de l’Etat. L’intervention du chef de l’Etat laisse penser qu’il a décidé d’emprunter ce chemin mais sans s’y engager franchement. Quelques mesures en faveur des jeunes et des CDDistes ne feront pas l’affaire.

En revanche l’idée de lier subordonner les aides publiques à des engagements de non-licenciements est purement démagogique. Difficile voire impossible à appliquer, cette mesure créerait des effets pervers pires encore que les phénomènes qu’elle est supposée combattre et surtout elle risque de ralentir la sortie de crise.

On pourrait analyser dans le détail chacune des mesures envisagée ou annoncée par le président de la République. Mais l’essentiel est ailleurs : le nerf de cette guerre-là, on l’aura compris, est la confiance bien plus que le cash. Les acteurs économiques sont brutalement passés d’une sous-estimation des risques à leur surestimation. Quoi qu’en disent les commentateurs prompts à décréter que Sarkozy a été « nul », il est trop tôt pour savoir si le verbe présidentiel a ramené un peu de sérénité dans l’esprit des Français. Sans confiance, la logique foncièrement égoïste du comportement économique condamne les marchés – comme sur le champ de bataille, quand la peur gagne les esprits, le « chacun pour soi » entraîne la défaite pour tous. Bref, l’important n’est pas de savoir s’il faut supprimer la taxe professionnelle ou réduire la TVA, mais de faire en sorte que les Français retrouvent la foi en l’avenir et le goût du présent. Et ça, ça ne se décrète pas.

BHL, le péan de Dahan

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France 5 programmait hier soir un magnifique documentaire, signé Eric Dahan et consacré à Bernard-Henri Lévy. Cinquante-deux minutes de pur bonheur et de joie vraie passées à regarder BHL dans son bureau à Paris, BHL dans son riad à Marrakech, BHL à New York, BHL de retour à Paris… Il ne manquait plus que les images de BHL jouant dans son bain avec un canard qui fait coin-coin pour parfaire ce chef d’œuvre télévisé, que des langues mauvaises et jalouses pourraient avoir l’heur de qualifier d’hagiographique. Mais c’est que nous ne pouvons, ô nous pauvres mortels moqueurs, comprendre la pensée saisissante de Monsieur L. Et il nous le dit d’ailleurs, conseillant à certains Français d’aller faire un tour aux Etats-Unis pour soigner leur racisme atavique : « Il faudrait les envoyer à Atlanta pour voir les progrès que les Américains ont accompli ces quarante dernières années ! » Sachant qu’Atlanta est l’une des rares villes américaines majoritairement composée de noirs, que la middle class et la upper class y sont largement afro-américaines et qu’elle incarne de ce fait le rêve noir américain, y a pas de mal… Décidément Bernard-Henri Lévy a un petit problème avec la Géorgie. Où qu’elle se trouve.