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Nouveau plan de relance aux USA

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L’église catholique américaine, tout comme l’économie spectaculaire-marchande, a elle aussi été frappée par une crise sans précédent ces dernières années, celle des prêtres pédophiles. Ils ont joué dans cette institution un rôle à peu près similaire à celui des subprimes dans le système bancaire en engendrant une perte de confiance chez les fidèles américains qui n’a rien à envier à celles des actionnaires des grandes places boursières. C’est donc par un plan de relance dynamique et volontariste, tout comme celui de Barack Obama, que l’épiscopat américain a décidé de réagir. On apprend ainsi que près de 436 millions de dollars d’indemnités ont été versés en 2008 dans le cadre de ces affaires d’abus sexuels, après les 526 millions déjà dépensés en 2007. Malgré une augmentation des plaintes de 16 % cette année, l’Eglise espère sortir de la crise à l’horizon 2010-2011 et restaurer ses grands équilibres financiers et théologiques. C’est toute la Grâce qu’on leur souhaite.

Molécules pour les nuls

Le prochain qui la ramène avec la cuisine moléculaire, je lui envoie un bidon d’azote liquide en travers de la tronche. Il n’y a plus une émission de télé, de radio, un papier dans le journal, une carte dans un restaurant qui ne vous les brisent menu-menu à célébrer ces chefs qui ne vont plus en cuisine sans déballer leur panoplie de petit chimiste.

Gomme de caroube, lécithine, agar-agar, alginate, calcium et xanthane : ces additifs étaient l’apanage de l’industrie agro-alimentaire et jusqu’à peu on vomissait rien qu’en lisant leur nom. On vous les sert maintenant sur assiette (ou le plus souvent en cuillère) au prix du caviar. Infantilisation des papilles et des goûts : le produit s’efface à la vue pour ne plus ressembler qu’à une vague fraise Tagada, la préhension est réduite à la cuillérée (celle que l’on donne à bébé), la mastication disparaît…

La nouvelle cuisine ne faisant plus recette, les années 1990 avaient vu les grandes tables françaises revenir au produit. On le célébrait, on en vantait les qualités, on en éprouvait le goût. On redécouvrait alors soudain ce que nos mères nourricières n’avaient jamais oublié, à savoir que l’andouillette doit un peu sentir la merde mais pas trop, que la viande se laisse mûrir agréablement, qu’il faut du beurre (beaucoup) dans la purée et qu’un fromage qui ne pue pas est aussi souriant qu’un quintal de Vache-Qui-Rit.

Et Hervé This apparut. Et Pierre Gagnaire fut son prophète. Le premier est chimiste, il a une sale manie : dès qu’il voit quelque chose de comestible, il le fout dans une éprouvette, rajoute des additifs – faut que ça mousse – et avale ça d’un trait. Bon, chacun son truc. Le problème, c’est qu’Hervé This fit des émules, à commencer par Gagnaire (New York – Paris – Hong Kong), Veyrat ou encore Biasolo. Et, par contamination, la cuisine moléculaire gagna jusqu’aux meilleurs établissements.

Seulement, tout ne semble plus être très rose au paradis des molécules. Le critique allemand Jorg Zipprik vient de publier en Espagne un livre dénonçant la cuisine moléculaire. A Londres, le restaurant The Fat Duck, tenu par Heston Blumenthal et que le Michelin avait érigé en restaurant de l’année en 2001, vous servait hier encore des platées entières de bonnes grosses molécules : il a été fermé pour intoxication alimentaire. On ne sait pas encore si c’est l’alginate ou l’agar-agar qui en est la cause, mais ça n’a pas passé.

Bon, comme on n’est pas rat, on va généreusement vous offrir une recette moléculaire. Prenez un demi-litre d’eau du robinet (H2O, résidus de CI, sels minéraux), introduisez dans ce volume une quantité d’énergie assez suffisante pour que les particules aqueuses s’agitent d’un mouvement cinétique (bref, mettez la casserole sur le feu). Plongez un œuf dans le liquide en ébullition. Abandonnez-le 3 minutes. Cassez le dessus de la coquille avec la pointe d’un couteau : vous constaterez que le miracle de la chimie aura opéré ! Sans lécithine, ni azote, sans l’aide même des tenants zélés de la cuisine moléculaire que nous invitons à aller se faire cuire un œuf.

Texte paru sur le Carnet Gastro de Tristan Brillat.

Le Livre Noir du social-mélangisme

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Comme les dentistes, la gauche a toujours été experte en amalgames. Toute la gauche, hélas, et de tout temps. Pas seulement la gauche morale en peau de lapin, celle de Zola ou Ségolène, dont le pathos apitoyé et pitoyable est l’ultima ratio ; mais aussi ma gauche rock n’roll à moi, celle qui meurt trop peu dans son lit, celle des Gracques, de Saint-Just, d’Eugène Varlin et Rosa Luxemburg. Oui, ma gauche à moi n’a pas été avare d’amalgames abjects. Sans même parler du stalinisme, ma gauche, durant la Terreur, avait pris l’habitude de glisser à dessein dans la même charrette pour la guillotine, escrocs, assassins et adversaires politiques. Mais à la décharge des uns et des autres, ces délires agrégatifs étaient ceux d’époques paroxystiques. Comme disait le poète qui voulait un Guépéou : « C’était un temps déraisonnable / On avait mis les morts à table / On faisait des châteaux de sable / On prenait les loups pour des chiens. » On n’oubliera donc pas que les gens qui en arrivèrent à de telles extrémités s’assumaient précisément comme extrémistes et que ceci explique peut-être cela. Mes circonstances atténuantes valent ce qu’elles valent, et je ne vous en voudrai pas plus que ça si vous n’achetez pas.

En revanche, je ne vois absolument pas quelles excuses on peut trouver aux sociaux-libéraux grand teint, ou aux humanistes chichiteux qui se lancent dans ce genre de confusionnisme délibéré. Le Parti socialiste a présenté cette semaine un Livre noir sur les libertés publiques, censé dresser le bilan exhaustif des menées liberticides de Nicolas Sarkozy. Plus précisément intitulé La France en libertés surveillées, cet ouvrage coordonné par Marie-Pierre de la Gontrie, secrétaire nationale du PS « aux libertés publiques et à la justice », s’organise, nous dit-on, autour d’un abécédaire composé de 89 mots-clés – de A comme ADN à Z comme Zones d’attente). Idéologiquement, ce Livre Noir s’organise autour d’une volonté d’amalgame chimiquement pure. On vient d’inventer sous nos yeux le social-mélangisme !

On passera vite sur l’amalgame directeur : le portrait du président en apprenti dictateur. Nos libertés menacées, notre République en danger[1. Et je n’exagère pas: ainsi le rassemblement du PS dimanche prochain au Zénith a pour nom Le Printemps des libertés, et pour slogan Pour la défense de la République !], c’est tout la faute à Sarko. Elle est pas simple, la vie ?

On est sidéré de voir à quel point la gauche incapable – et peu désireuse – de se frotter au sarkozysme idéologique, en particulier en ce qu’il a de novateur à droite, préfère cibler l’homme, foncièrement pervers et forcément pétri de mauvaises intentions. Cet évitement du réel, et donc du choc politique frontal, signe une volonté de non-rupture sur les questions décisives (économie de marché, protectionnisme, Europe, diversitude…), ça vaut donc la peine qu’on prenne le temps d’y revenir en profondeur une autre fois. On soulignera tout de même au passage que cette personnalisation viscérale fait écho à l’antiberlusconisme qui tient lieu de plat unique à la gauche italienne depuis vingt ans, avec le succès qu’on sait. Ici comme là-bas, la gauche politique –toutes nuances confondues – fonce droit dans le mur en pensant contourner l’obstacle.

Un seul coupable donc, mais la liste de ses méfaits est abondante. Pas une de nos libertés fondamentales ou supposée telle n’échapperait au hachoir sarkozyste. Et pour le prouver, Marie-Pierre de la Gontrie n’hésitera pas à tout triturer, à tout mélanger, bref à prendre quelques libertés. Un exemple parmi des dizaines d’autres de ce social-mélangisme : pour prouver que le droit à l’avortement est menacé, on excipera du décret n°2008-800 du 20 août 2008, lequel dispose que « l’acte d’enfant sans vie est dressé par l’officier d’état civil sur production d’un certificat médical mentionnant l’heure, le jour et le lieu de l’accouchement ». Ce qui était une revendication ancienne de certains parents d’enfants mort-nés devient chez nos amis socialistes une remise en cause radicale de la Loi Veil. Fallait y penser…

Mais on n’a pas encore touché le fond. Ou plutôt si, on touche le fond du problème, du pataquès méthodologique quand Mme de la Gontrie stigmatise le « triptyque ravageur » qui nous menace tous : « le traitement répressif de la précarité, l’étouffement généralisé des contre-pouvoirs et l’instauration d’une société de surveillance » (page 11). « Dans cette optique, le recours à la mise hors-circuit, c’est-à-dire à l’enfermement, se généralise » (page 12). Essaierait-on par hasard de nous suggérer que les pauvres (« la précarité ») et les magistrats ou les journalistes (« les contre-pouvoirs ») sont en bloc menacés du goulag par l’arbitraire sarkozyste ? Ben oui ! La preuve, page 14 : « Les mesures prises contre les prostituées, les gens du voyage, les ravers ou les SDF avaient toutes en commun non de régler des situations de conflit ou de différend entre parties, mais simplement de remettre dans le droit chemin, de normaliser des individus qui s’éloignaient des usages communément admis de la société. (…) Si la tendance à la répression et à la stigmatisation des classes supposées dangereuses s’est poursuivie, notamment pour les jeunes, les étrangers et les sans-abri, si la délégitimation et l’entrave à l’action des défenseurs des libertés a pris un nouvel essor, l’ensemble des garde-fous républicains face à l’autoritarisme est désormais menacé. Magistrats, enseignants, journalistes, élus subissent désormais les foudres d’un pouvoir qui souhaite avoir les deux mains libres. » On croyait qu’il n’y avait que quelques blogueurs décérébrés pour confondre Nicolas Sarkozy et Nicolas Ceaucescu… Eh non !

Ce ne sont là que quelques citations extraites de l’intro. L’ambition générale est d’ériger le tout-répressif sarkozyste en catégorie philosophique. Une fois ce tour de passe-passe acquis, on mélangera les interpellations de manifestants qui ne peuvent plus faire de bruit pendant les discours présidentiels et les prisons pleines à craquer, on assimilera l’homophobie à Edwige. On projettera le fantasme d’une société orwellienne (au sens de la vulgate journalistique) sur la tendance lourde sécuritaire de la société – en oubliant juste de se demander pourquoi elle si largement consentie par les Français d’en bas. Plutôt que de faire de la politique, le PS relooké An II proclame la République en danger (tout en flétrissant le jacobinisme comme liberticide, mais on n’en est plus à une contradiction près…). L’appel au peuple n’étant ni dans ses vues, ni dans ses moyens, Solférino en appelle aux mânes des grands ancêtres. Pas Jaurès ou Blum, cette fois, mais plutôt les grands cadavres chics du structuralisme : comme le disco qui lui fut contemporain, la french theory revient en force ! Marie-Pierre de la Gonthrie cite à tout va son Bourdieu (c’est à lui qu’on doit la métaphore, plusieurs fois réquisitionnée dans le Livre Noir, du pouvoir qui veut avoir « les deux mains libres »). Mais l’ensemble sent encore plus fort son Derrida (tout ce qui est minoritaire, exclu et illégal est forcément porteur d’espoir) et surtout son Michel Foucault, sans trop le dire mais en le disant quand même avec la référence répétée dans le texte aux « classes dangereuses ». On nage en plein délire, issu tout droit d’une lecture cursive – et honteuse – de Surveiller et punir. Pour les besoins de la cause, on mélangera donc allègrement l’interdiction du don de sang pour les homos avec les interventions des flics contre les grévistes.

Comme toujours au PS, le nœud du problème est sociétal (faut protéger les fous, les SDF, les journalistes, les parlementaires, les juges et les toxicos) ; les ouvriers, on s’en fout, ou disons qu’on leur fera l’honneur de les considérer comme une minorité opprimée, au même titre que les prostitué(e)s ou les punks à chiens.

Travelos, prolos, même combat : le livre Noir du PS, c’est Michel Foucault expliqué aux masses par Jean-Pierre Foucault.

« C’est une analyse malheureusement froide des faits » a commenté Martine Aubry, lors de la présentation du Livre Noir à la presse. C’est presque vrai, Martine, à une nuance près : le Livre Noir, c’est une analyse malheureusement givrée des faits…

Sac de nœuds

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Depuis une douzaine d’années, nos fashionistas suiveuses ne jurent que par les sacs à mains géants, limite cabas. Une façon de montrer que, même à minuit chez Régine, on reste une femme hyperactive, à la vie terriblement trépidante. Cette manie, lancée d’abord aux USA, fut hélas exportée chez nous à l’occasion des défilés via les épouvantables chroniqueuses du New York Times et du Vogue US, pour qui tout ce qui est ugly est forcément beautiful. Aussi, nous ne pourrons qu’applaudir l’excellent Karl Lagerfeld, qui a expliqué sur Paris Première, lors de son dernier défilé, ce qu’il pensait de cette tendance lourde : « Quand je vois ces pauvres filles qui s’acharnent à fouiller au fond de leur sac pour essayer de retrouver leur portable, j’ai l’impression qu’elles font les poubelles. »

La drôle de crise

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Nous sommes officiellement en crise depuis septembre, comme nous fûmes officiellement en guerre à partir de septembre 1939. Aujourd’hui comme à l’époque, on parle de quelque chose de grave, de très grave, d’encore plus grave qu’avant. En 1939, c’était 1914 qui servait de référence à cette chose catastrophique qui couvait et qu’on soupçonnait d’être encore plus grave, mais sans savoir exactement quel visage aurait cette « gravité », à quel point il y aurait rupture entre le connu et l’inédit. Maintenant, c’est 1929 – l’antichambre de 1939 – qui hante notre imaginaire et alimente tous les fantasmes.

Mais puisque l’histoire, on le sait bien, ne se répète pas bêtement, il y a tout de même quelques différences entre ces deux moments de l’histoire – la drôle de guerre de 39-40 avait ses chansons. Côté français, on déterra la Madelon de 1914 pour remettre le monde dans l’ambiance « poilu », ce mélange vaudevillo-militaire à base de cul et de pinard : « Quand Madelon vient nous servir à boire, Sous la tonnelle on frôle son jupon… » Les Britanniques, quant à eux, débarquaient en France, promettant à pleins poumons et en rimes, non sans un certain culot, d’aller pendre leur linge sur la ligne Siegfried (« We’re going to hang out the washing on the Siegfried Line »). Et le PCF, pour ajouter la petite touche comique dont on le sait coutumier, lançait son mot d’ordre : « Une heure de moins pour la production, c’est une de plus pour la révolution. » Comme quoi pour certains, aujourd’hui comme jadis, le pire semble tout près – un petit effort et on y est !

Sans chansons ni communistes, notre drôle de guerre est un peu tristounette. On nous promet des horreurs, des fin-du-monde-tel-qu’on-l’avait-connu. Et on nous dit que ce truc qui nous est tombé dessus, comme la neige le 15 août, tout le monde l’avait prédit… Du coup on n’a qu’une seule hâte : que ça commence bientôt, que ça arrive, qu’on puisse enfin voir sa gueule, quoi !

Côté bouffe, on est prêt ! Après des décennies d’anathème culinaire, les topinambours et les rutabagas resurgissent dans les meilleurs établissements gastronomiques sous le label rétro de « légumes oubliés », comme quoi le devoir de mémoire ne s’arrête pas à la porte de la cuisine. Fort heureusement, nous n’aurons pas à débourser un centime pour acquérir ces tubercules « qui ont presque le goût de la pomme de terre ». Car, prévoyant comme d’habitude, le gouvernement a fait voter récemment une loi permettant l’utilisation de tickets-restaurant pour l’achat de fruits et légumes, signalant ainsi – mais discrètement pour éviter des mouvements de panique – un retour vers les tickets d’alimentation qui nous rappellent, comme dit l’autre, les marchés les plus noirs de notre histoire.

Et, qui plus est, les ersatz de café et de sucre de jadis – chicorée, orge grillée etc. – ont aujourd’hui droit de cité et sont même plus chers encore que l’original. Les frustrations et privations de nos aïeux sont aujourd’hui tendance.

La récup’ est à la mode, le tricot fait main revient très fort et on nous rebat les oreilles avec le pouvoir d’achat qui dégringole – la parenthèse « baby-boom » se referme et nous redeviendrons pauvres, exactement comme nos grand-parents ! La boucle est bouclée. Qu’elle vienne donc cette crise, et qu’on en finisse car on en a déjà marre !

Football en crise

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crise-foot

Du mauvais goût ? A peine. À l’issue du match LOSC-Lyon disputé au Stade de France, deux jeunes supporters ont été tués, happés par un RER, alors qu’ils tentaient de regagner leur bus. Retrouvez chaque jour les impubliables de Babouse sur son Carnet.

La crise œcuménique s’aggrave

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Aux dernières informations, il semblerait que l’OPA hostile menée depuis vingt ans par la SARL FSSPX[1. Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X.] à l’encontre de l’EUSCA[2. Eglise Une Sainte Catholique et Apostolique.] Inc. n’aboutisse pas. Il n’y aura ni fusion, ni absorption. A travers ce rapprochement, les gérants de l’entreprise familiale sise à Ecône comptaient en effet imposer leurs méthodes commerciales à leur nouveau partenaire. Ils espéraient lui faire abandonner le plan marketing – décidé au Vatican, entre 1962 et 1965 – qu’ils jugeaient un peu audacieux et contraire à leurs statuts. Ils considéraient aussi qu’il s’était accompagné d’une baisse significative de la qualité de la production due, selon eux, à un mauvais respect du savoir-faire traditionnel. La constitution d’une telle holding aurait permis à la FSSPX de devenir leader mondial dans son domaine. En attendant, elle va devoir continuer à affronter la concurrence de l’UCIU[3. Union Catholique Internationale d’Utrecht (Eglise « vieille-catholique »).] et de la CAEF[4. Communautés et Assemblées Evangéliques de France.], cette dernière lui prenant des parts de marché croissantes. Si l’on ajoute la désastreuse campagne publicitaire – bien que n’étant pas conçue par Séguéla – lancée récemment par le country manager de sa branche argentine, la FSSPX traverse une sérieuse période de turbulences qui pourrait bien se répercuter sur sa cote en Bourse. Un jeudi noir en perspective ?

La querelle des amis et des friends

Facebook est mon drame. Avant le lancement de la fameuse plate-forme de socialisation je lisais beaucoup, je voyais des amis, je m’asseyais à la terrasse des cafés de la Contrescarpe pour regarder passer les filles en lisant du Claudel. Bref je vivais. Mais depuis que j’ai un compte sur Facebook, c’est fini. Rideau ! Plus de littérature ! Plus de potes ! Plus de filles ! Maintenant, dès que j’ai cinq minutes à perdre je vais sur Facebook… j’espionne ce que font mes « ex », je m’abonne à des groupes d’intérêt débiles, j’affiche ma pride d’être « fan » de l’Atomium de Bruxelles ou de Xavier Darcos, je laisse des commentaires spirituels sous les photos de mes « friends ». C’est tellement plus moderne d’avoir des « friends » que d’avoir des « amis ». Les amis, ce sont les collègues du bureau, les anciens de la fac, les potes du club de squash. C’est pas top. Les « friends », c’est autre chose. Je compte parmi mes friends de vraies pointures, genre Yves Montand (car, oui, sur Facebook on peut être ami avec des morts)… mais, pour être honnête, ceux que je préfère, ce sont les hommes et les femmes politiques.

Eux je ne sais pas comment ils font avec Facebook. Où vont-ils chercher le temps de renseigner ou modifier leurs profils ? Car sur Facebook, on n’a pas de personnalité, mais un « profil ». Et il faut l’entretenir ce profil, le mettre à jour, changer l’eau des plantes, aérer de temps en temps. Penser à mettre à jour sa « situation » amoureuse. Comment font-ils, mes « friends » politiques pour s’occuper de tout ça ? Parce que c’est du boulot. Il ne faut pas cocher une case à la légère… sur Facebook, tout est question de cases à cocher. Lorsque toute la complexité de l’égo humain se réduit à un « profil » numérique, l’homme ne recherche plus que quatre grandes choses dans la vie : l’amitié, cochez 1, des rencontres, cochez 2, une relation, cochez 3, ou le réseau professionnel, cochez 4. Comment font-ils ces politiques qui possèdent des profils sur Facebook ?

Je sais bien comment ils font : ils font faire le boulot par leurs esclaves habituels. Car l’enjeu est de taille. Communiquer via un « média » aussi moderne qu’un site de socialisation, modernise mécaniquement le discours d’un politique, aussi ringard soit-il. Avoir son « profil » sur Facebook c’est « exister » dans le monde numérique. C’est-à-dire dans le monde moderne.

Un politique, sur Facebook, nous informe d’abord de son emploi du temps, de son activité du moment, et des dossiers sur lesquels il travaille. L’utilisateur de Facebook peut aisément dire au monde entier ce qu’il est en train de faire grâce à la fonction « statut ». L’interface vous demande « Que faites-vous en ce moment ? » – nul ne semble avoir mesuré le caractère policier de cette question. C’est vrai, bordel, que faisiez-vous rue Quincampoix entre 17 heures et 19 heures ? Réponds ! Alors il faut bien dire ce que l’on est en train de faire. Nous autres, mortels, nous avons des vies quotidiennes. Nos « friends » politiques, eux, ont une actualité, qui se déploie dans un emploi du temps diaboliquement serré.

Par exemple, Michel Barnier, le ministre de l’Agriculture, nous informe en ces termes de son actualité : « Savoie : nouveau drame de la montagne. Je serai demain au Lycée agricole de La Motte-Servolex pour dire notre émotion et notre solidarité. » La montagne, cette salope, a encore frappé ! De son côté, Mike Borowsky, des jeunes UMP, est indigné : « Les Jeunes Sarkozystes condamnent l’expédition punitive faite dans un lycée de Gagny. » Qui ne condamnerait pas ce genre d’activités espiègles ? Nicole Guedj, ancienne ministre des « victimes » dans le gouvernement Raffarin, elle-même victime d’un remaniement, nous donne – pêle-mêle – ses opinions sur le dîner du Crif, ou sur le droit des homosexuels. Elle nous informe : « Je me suis tout autant félicitée de l’excellent discours de Richard Prasquier, président du Crif, que de la remarquable intervention de François Fillon. » Nous voilà bien contents.

Certains politiques sont très « agenda »… ils ne vivent que sur rendez-vous. Yves Jégo nous indique ainsi – dans son statut – qu’il « est l’invité de J-M Apathie ce lundi sur RTL », ce qui provoque un certain nombre de réactions enthousiastes de militants : « Bonne chance », « Excellente prestation monsieur le Ministre ! » On voit, d’ailleurs, sur le profil de Jégo cette mention énigmatique : « Yves est désormais marié(e) à Ann-Katrin Jégo. » Le profil de Ann-Katrin renvoie à la fiche d’une jolie blonde souriante. Roger Karoutchi, de son côté, ne parle pas de mariage, il est sur le terrain: « Roger Karoutchi sera avec les adhérents du 16e arrondissement mercredi 11 mars à 19 heures. » Mais à force de creuser son sillon, Karoutchi a laissé passer quelques fautes de goût notoires sur son profil. On repère parmi ses films favoris quelques nanars de bas étages tels que Taxi ou Les rivières pourpres… Ah ! Jeunisme quand tu nous tiens ! Le bougre prétend adorer « faire les courses au Monoprix ». J’offre un calva à la terrasse du Flore à toute caissière de Monoprix ayant croisé un jour Karoutchi.

Le ministre Eric Woerth, de son côté, lâche : « Je serai ce soir l’invité de Laurence Ferrari au JT de TF1 » Le chanceux… immédiatement après le « rendez-vous », les réactions ne tardent pas, de la part des « friends » impressionnés. « Bravo pour votre intervention sur TF1 », « Bravo monsieur le ministre, je suis d’accord avec vous », « Très bonne prestation, toujours aussi brillant et décontracté ! » Facebook, école de l’éloge et de la flatterie. Nathalie Kosciusko-Morizet indique, quant à elle, 4918 amis… et dire que moi je plafonne à 260 environ. Les dés sont pipés d’avance. Nous ne sommes pas du même monde elle et moi…bien qu’elle avoue aimer Barbara et Serge Gainsbourg… Son statut précise : « Nathalie Kosciusko-Morizet discute avec Gilbert Montagné du numérique pour dépasser le handicap. Il est formidable. » Oui, il est foooooooormidable !

Le dissident le plus rebelle de toute l’histoire de l’UMP, J-L Romero n’y va pas avec le dos de la main morte… il s’engage pour de bon, pour en découdre avec les ignobles ennemis de la liberté : « Jean-Luc Romero appelle à la mobilisation pour Florence Cassez ! » Et bien… pas moi. Une admiratrice répond : « que pouvons-nous faire pour Florence Cassez ?? Si je peux vous aider en quoi que ce soit… » Encore une âme de bonne volonté qui va finir par coller des affiches ou ronéotyper des tracts !

A gauche, le profil de Bertrand Delanoë est une perle du genre. Le brillant édile y précise que ses « employeurs » sont « les Parisiennes et les Parisiens »… et leur adresse ces mots pétris d’humanité et d’amour : « J’ai été très touché par vos soutiens, par le nombre et par la qualité des échanges. » Son adjointe, Anne Hidalgo, indique sur son propre profil : « Anne a assisté au triomphe des féminines du Rugby Club Paris XV »… et c’est vrai, un triooooooomphe… Et puis Anne n’est pas la moitié d’une femme, et elle le prouve : « Anne se mobilise en vue de la Journée Internationale des Femmes. » Et moi aussi. J’ai invité une copine au restaurant, et c’est elle qui a payé !

Sans surprise, la plupart des politiques se sont saisis de ce nouveau média de « socialisation » pour en faire un très classique outil de propagande, véhiculant toujours cette même satanée langue de bois. Ces « profils » fantomatiques sont parfaitement inhabités… car les politiques ne sont véritablement accessibles ni à leurs « friends », ni à leurs électeurs. La vraie vie privée c’est pour les « amis », par pour les « friends » – heureusement d’ailleurs. Facebook devait être un nouveau continent à explorer. Ce n’est qu’une ville-fantôme.

Vertige de la mort

La musique se passe, peut-être, comme la littérature, de bons sentiments. Elles n’en épousent pas pour autant, toutes deux, les mauvais. Ni les larmes ni les pleurs ne font jamais une bonne musique, ni un bon texte non plus. Il faut de la vie, de la joie, de l’amour, beaucoup de vie, de joie et d’amour jusqu’à l’excès, pour pouvoir créer quelque chose qui vous surpasse et échappe au nihilisme de tout temps. La chose est claire depuis Bach : Jésus, que ma joie demeure reste l’unique leitmotiv de tout art possible.

Bashung est mort. Il est mort ce soir. On le savait malade, d’une crétinerie qu’on appelle le cancer et qui est, depuis que les médecins se sont mêlés de ces histoires-là, l’autre nom de la vie-même. Il n’avait pas oublié Bach ; il le continuait juste par d’autres moyens. Il y avait même du Kurt Weill, chez cet homme-là : Bashung admirait Weill qu’il avait découvert dans sa jeunesse alsacienne. Et toute l’œuvre d’Alain Bashung n’est jamais qu’une autre tentative sans cesse répétée d’écrire un nouvel Opéra de Quatre-Sous. Ni plus, ni moins.

Voyez, vous qui croyez au rock, vous qui n’y croyez pas, les épousailles célestes de Joséphine et de Mackie Messer. Et Gabi regarde du coin de l’œil. Ils s’aiment et se retrouvent à présent, comme si seule la musique pouvait nous procurer, à nous autres les hommes, les vertiges vrais de l’amour.

L’un de ses plus proches amis, Rodolphe Burger, vous le dira : Bashung était devenu un vrai chanteur à la fin de sa vie. Il avait trouvé sa voix. Non pas celle du crooner aigu qu’il avait été à ses tout débuts, mais cette voix qui unifie le rythme, les paroles et la musique dans un même mouvement.

Et puis, et puis, Alain était un homme. Un vrai. Si vrai que Diogène n’aurait pas eu longtemps à chercher pour en trouver un en notre monde. Loin des people et des show-business plan qui font les mauvais artistes, il était resté lui-même. La première fois que nous nous sommes rencontrés, au hasard des gatherings de la Laiterie à Strasbourg (surprenant et inoubliable bœuf avec Burger, Higelin, Balibar et Bashung), je l’avais entrepris sur Elsass blues, l’une des ses plus inconnues chansons et l’une de mes préférées. Il était déjà malade, mais loin de me traiter de con ou d’importun, nous avons passé deux heures à parler de la musique, de la vie et de nos grands-mères alsaconnes. « Nul chagrin ne peut être supporté si l’on n’en raconte pas l’histoire. » Voilà toute l’histoire du blues, du rock et de la vie qui va : une petite entreprise où l’on recoud sans cesse les cœurs déchirés et les héroïques épopées du hasard.

Bashung est mort, ce soir. Pas de larmes, pas de drame. Aucun œil humide. Un homme ne pleure pas. Juste quelques mots, un petit air de rien. « Faisons envie, restons en vie. Afin que rien ne meure pour que jamais, tu ne m’oublies.[1. Alain Bashung, Faisons envie, album L’imprudence, 2002.] » Et merde, je pleure ce soir. Et je chiale comme un môme qui est déjà un homme.

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Niquez la crise !

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Ridicules. Profondément ridicules, les news magazines, qui se nomment hebdomadaires d’information, parce que ça en jette et que ça fait sérieux. Les lecteurs vont donc se bouffer du franc-mac, comme tous les ans une fois au moins. Et deux fois la même semaine, pour deux fois le prix… Il s’agit de démontrer que les Frères noyautent la présidence, le gouvernement et le Parlement. Comme on nous l’a annoncé et vendu déjà pour tous les présidents, tous les gouvernements, tous les Parlements. Rien de neuf donc, dormez braves gens, on se fout de vous, on vous fourgue de la daube, parce qu’on vous prend pour des gogos, des cibles de marketing.

Pire encore, si les Rouletabille du Point et de L’Express avaient fait leurs propres enquêtes, on aurait pu se dire que c’était du journalisme d’investigation, vous savez, cet alpha et cet oméga des gens de plume. Eh bien, non ! Voilà deux hebdos qui font en couv la promotion d’un bouquin, même pas encore paru, de Sophie Coignard, intitulé Un Etat dans l’Etat. Le nouveau journalisme consiste à faire du copié-collé !

Rassurez-vous, personne, dans les rédactions concernées, ne se mettra en grève. La semaine prochaine nous aurons droit au salaire des cadres, ou à Sarkozy et l’argent, à moins que cela n’ait déjà été fait. Encore que les bis repetita ne font pas peur à FOG et Barbier. Plutôt que de porter dans tous les médias la bonne parole hypertinente, on aimerait qu’ils se comportent en laborieux besogneux, et fassent preuve d’imagination.

Et L’Obs, alors ? Le roi des hebdos n’a rien publié sur les francs-maçons, qui pire que les trotskystes noyautent, vérolent et prébendent. Là-bas, un crétin, qu’il me pardonne ma franchise confraternelle, un crétin impardonnable, prétendait tout m’apprendre sur les prix de l’immobilier dans ma région. Peut-être bien que je l’ai attendu ce crétin-marketingueur pour savoir comment se portent les prix de l’immobilier chez moi. Pour cela, j’ai une presse locale et régionale, des journaux d’annonces et des agences à la pelle à un bistrot de distance. Et je n’ai pas attendu qu’un veni-vidi-connerie vienne m’apprendre ce que je sais mieux et plus vite que lui. Mais, dans ce cas encore, il doit se trouver des gogos qui s’imaginent que c’est mieux quand ça vient de Paris, sur papier glacé.

Quand des types payés très cher pour penser, pour réfléchir, pour imaginer, comprendront que ce marketing à la noix, qu’ils mettent à la une chaque semaine est éculé, en dessous de la ligne de flottaison, qu’ils déshonorent une profession entière et qu’ils ne respectent pas leurs clients, qui vont les quitter de plus en plus nombreux, on aura avancé. On peut les prendre pour des prunes, les lecteurs, mais jamais trop longtemps, ils finissent par s’en apercevoir et désertent les kiosques.

Ces remarques, je le sais, sont bien peu confraternelles, mais je n’en retire pas un mot. Parce que ce que tous ces myopes à l’égo enflé sont en train de faire gonfler la bulle qui va les faire crever. Tous ceux qui ne le savaient pas avant l’auront appris de la crise. Une bulle se forme toujours quand on vend quelque chose qui n’a pas de contrepartie. Des actions pourries, des certificats de dette vérolés, et de l’information qui n’en est pas. Pas grave. Ensuite, on ira mendier du fric à l’Etat. Tout en défendant avec des trémolos dans la voix la pluralité, la liberté de la presse et la démocratie et tutti quanti.

Vous, je ne sais pas, mais moi j’ai décidé de ne plus les acheter ces « hebdomadaires d’information », j’aime qu’on me respecte et que pour trois euros cinquante je n’aie pas en plus l’impression, qu’une fois encore, on m’a pris pour une bille. Trois mags à trois cinquante la semaine, multiplié par 52 cela me fait économiser 546 euros par an. En pleine crise, ce n’est pas rien. Cela me rembourse en tout cas largement le prix de ma liaison haut débit. Et, vous allez rire, on en apprend plus et mieux sur la France dans la presse étrangère disponible sur internet que dans nos feuilles nationales. Tant mieux pour elle, tant pis pour elles. Dona eis requiem.

Texte paru sur Homoimbecillus, le carnet de Gérard Scheer.

Nouveau plan de relance aux USA

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L’église catholique américaine, tout comme l’économie spectaculaire-marchande, a elle aussi été frappée par une crise sans précédent ces dernières années, celle des prêtres pédophiles. Ils ont joué dans cette institution un rôle à peu près similaire à celui des subprimes dans le système bancaire en engendrant une perte de confiance chez les fidèles américains qui n’a rien à envier à celles des actionnaires des grandes places boursières. C’est donc par un plan de relance dynamique et volontariste, tout comme celui de Barack Obama, que l’épiscopat américain a décidé de réagir. On apprend ainsi que près de 436 millions de dollars d’indemnités ont été versés en 2008 dans le cadre de ces affaires d’abus sexuels, après les 526 millions déjà dépensés en 2007. Malgré une augmentation des plaintes de 16 % cette année, l’Eglise espère sortir de la crise à l’horizon 2010-2011 et restaurer ses grands équilibres financiers et théologiques. C’est toute la Grâce qu’on leur souhaite.

Molécules pour les nuls

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Le prochain qui la ramène avec la cuisine moléculaire, je lui envoie un bidon d’azote liquide en travers de la tronche. Il n’y a plus une émission de télé, de radio, un papier dans le journal, une carte dans un restaurant qui ne vous les brisent menu-menu à célébrer ces chefs qui ne vont plus en cuisine sans déballer leur panoplie de petit chimiste.

Gomme de caroube, lécithine, agar-agar, alginate, calcium et xanthane : ces additifs étaient l’apanage de l’industrie agro-alimentaire et jusqu’à peu on vomissait rien qu’en lisant leur nom. On vous les sert maintenant sur assiette (ou le plus souvent en cuillère) au prix du caviar. Infantilisation des papilles et des goûts : le produit s’efface à la vue pour ne plus ressembler qu’à une vague fraise Tagada, la préhension est réduite à la cuillérée (celle que l’on donne à bébé), la mastication disparaît…

La nouvelle cuisine ne faisant plus recette, les années 1990 avaient vu les grandes tables françaises revenir au produit. On le célébrait, on en vantait les qualités, on en éprouvait le goût. On redécouvrait alors soudain ce que nos mères nourricières n’avaient jamais oublié, à savoir que l’andouillette doit un peu sentir la merde mais pas trop, que la viande se laisse mûrir agréablement, qu’il faut du beurre (beaucoup) dans la purée et qu’un fromage qui ne pue pas est aussi souriant qu’un quintal de Vache-Qui-Rit.

Et Hervé This apparut. Et Pierre Gagnaire fut son prophète. Le premier est chimiste, il a une sale manie : dès qu’il voit quelque chose de comestible, il le fout dans une éprouvette, rajoute des additifs – faut que ça mousse – et avale ça d’un trait. Bon, chacun son truc. Le problème, c’est qu’Hervé This fit des émules, à commencer par Gagnaire (New York – Paris – Hong Kong), Veyrat ou encore Biasolo. Et, par contamination, la cuisine moléculaire gagna jusqu’aux meilleurs établissements.

Seulement, tout ne semble plus être très rose au paradis des molécules. Le critique allemand Jorg Zipprik vient de publier en Espagne un livre dénonçant la cuisine moléculaire. A Londres, le restaurant The Fat Duck, tenu par Heston Blumenthal et que le Michelin avait érigé en restaurant de l’année en 2001, vous servait hier encore des platées entières de bonnes grosses molécules : il a été fermé pour intoxication alimentaire. On ne sait pas encore si c’est l’alginate ou l’agar-agar qui en est la cause, mais ça n’a pas passé.

Bon, comme on n’est pas rat, on va généreusement vous offrir une recette moléculaire. Prenez un demi-litre d’eau du robinet (H2O, résidus de CI, sels minéraux), introduisez dans ce volume une quantité d’énergie assez suffisante pour que les particules aqueuses s’agitent d’un mouvement cinétique (bref, mettez la casserole sur le feu). Plongez un œuf dans le liquide en ébullition. Abandonnez-le 3 minutes. Cassez le dessus de la coquille avec la pointe d’un couteau : vous constaterez que le miracle de la chimie aura opéré ! Sans lécithine, ni azote, sans l’aide même des tenants zélés de la cuisine moléculaire que nous invitons à aller se faire cuire un œuf.

Texte paru sur le Carnet Gastro de Tristan Brillat.

Le Livre Noir du social-mélangisme

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Comme les dentistes, la gauche a toujours été experte en amalgames. Toute la gauche, hélas, et de tout temps. Pas seulement la gauche morale en peau de lapin, celle de Zola ou Ségolène, dont le pathos apitoyé et pitoyable est l’ultima ratio ; mais aussi ma gauche rock n’roll à moi, celle qui meurt trop peu dans son lit, celle des Gracques, de Saint-Just, d’Eugène Varlin et Rosa Luxemburg. Oui, ma gauche à moi n’a pas été avare d’amalgames abjects. Sans même parler du stalinisme, ma gauche, durant la Terreur, avait pris l’habitude de glisser à dessein dans la même charrette pour la guillotine, escrocs, assassins et adversaires politiques. Mais à la décharge des uns et des autres, ces délires agrégatifs étaient ceux d’époques paroxystiques. Comme disait le poète qui voulait un Guépéou : « C’était un temps déraisonnable / On avait mis les morts à table / On faisait des châteaux de sable / On prenait les loups pour des chiens. » On n’oubliera donc pas que les gens qui en arrivèrent à de telles extrémités s’assumaient précisément comme extrémistes et que ceci explique peut-être cela. Mes circonstances atténuantes valent ce qu’elles valent, et je ne vous en voudrai pas plus que ça si vous n’achetez pas.

En revanche, je ne vois absolument pas quelles excuses on peut trouver aux sociaux-libéraux grand teint, ou aux humanistes chichiteux qui se lancent dans ce genre de confusionnisme délibéré. Le Parti socialiste a présenté cette semaine un Livre noir sur les libertés publiques, censé dresser le bilan exhaustif des menées liberticides de Nicolas Sarkozy. Plus précisément intitulé La France en libertés surveillées, cet ouvrage coordonné par Marie-Pierre de la Gontrie, secrétaire nationale du PS « aux libertés publiques et à la justice », s’organise, nous dit-on, autour d’un abécédaire composé de 89 mots-clés – de A comme ADN à Z comme Zones d’attente). Idéologiquement, ce Livre Noir s’organise autour d’une volonté d’amalgame chimiquement pure. On vient d’inventer sous nos yeux le social-mélangisme !

On passera vite sur l’amalgame directeur : le portrait du président en apprenti dictateur. Nos libertés menacées, notre République en danger[1. Et je n’exagère pas: ainsi le rassemblement du PS dimanche prochain au Zénith a pour nom Le Printemps des libertés, et pour slogan Pour la défense de la République !], c’est tout la faute à Sarko. Elle est pas simple, la vie ?

On est sidéré de voir à quel point la gauche incapable – et peu désireuse – de se frotter au sarkozysme idéologique, en particulier en ce qu’il a de novateur à droite, préfère cibler l’homme, foncièrement pervers et forcément pétri de mauvaises intentions. Cet évitement du réel, et donc du choc politique frontal, signe une volonté de non-rupture sur les questions décisives (économie de marché, protectionnisme, Europe, diversitude…), ça vaut donc la peine qu’on prenne le temps d’y revenir en profondeur une autre fois. On soulignera tout de même au passage que cette personnalisation viscérale fait écho à l’antiberlusconisme qui tient lieu de plat unique à la gauche italienne depuis vingt ans, avec le succès qu’on sait. Ici comme là-bas, la gauche politique –toutes nuances confondues – fonce droit dans le mur en pensant contourner l’obstacle.

Un seul coupable donc, mais la liste de ses méfaits est abondante. Pas une de nos libertés fondamentales ou supposée telle n’échapperait au hachoir sarkozyste. Et pour le prouver, Marie-Pierre de la Gontrie n’hésitera pas à tout triturer, à tout mélanger, bref à prendre quelques libertés. Un exemple parmi des dizaines d’autres de ce social-mélangisme : pour prouver que le droit à l’avortement est menacé, on excipera du décret n°2008-800 du 20 août 2008, lequel dispose que « l’acte d’enfant sans vie est dressé par l’officier d’état civil sur production d’un certificat médical mentionnant l’heure, le jour et le lieu de l’accouchement ». Ce qui était une revendication ancienne de certains parents d’enfants mort-nés devient chez nos amis socialistes une remise en cause radicale de la Loi Veil. Fallait y penser…

Mais on n’a pas encore touché le fond. Ou plutôt si, on touche le fond du problème, du pataquès méthodologique quand Mme de la Gontrie stigmatise le « triptyque ravageur » qui nous menace tous : « le traitement répressif de la précarité, l’étouffement généralisé des contre-pouvoirs et l’instauration d’une société de surveillance » (page 11). « Dans cette optique, le recours à la mise hors-circuit, c’est-à-dire à l’enfermement, se généralise » (page 12). Essaierait-on par hasard de nous suggérer que les pauvres (« la précarité ») et les magistrats ou les journalistes (« les contre-pouvoirs ») sont en bloc menacés du goulag par l’arbitraire sarkozyste ? Ben oui ! La preuve, page 14 : « Les mesures prises contre les prostituées, les gens du voyage, les ravers ou les SDF avaient toutes en commun non de régler des situations de conflit ou de différend entre parties, mais simplement de remettre dans le droit chemin, de normaliser des individus qui s’éloignaient des usages communément admis de la société. (…) Si la tendance à la répression et à la stigmatisation des classes supposées dangereuses s’est poursuivie, notamment pour les jeunes, les étrangers et les sans-abri, si la délégitimation et l’entrave à l’action des défenseurs des libertés a pris un nouvel essor, l’ensemble des garde-fous républicains face à l’autoritarisme est désormais menacé. Magistrats, enseignants, journalistes, élus subissent désormais les foudres d’un pouvoir qui souhaite avoir les deux mains libres. » On croyait qu’il n’y avait que quelques blogueurs décérébrés pour confondre Nicolas Sarkozy et Nicolas Ceaucescu… Eh non !

Ce ne sont là que quelques citations extraites de l’intro. L’ambition générale est d’ériger le tout-répressif sarkozyste en catégorie philosophique. Une fois ce tour de passe-passe acquis, on mélangera les interpellations de manifestants qui ne peuvent plus faire de bruit pendant les discours présidentiels et les prisons pleines à craquer, on assimilera l’homophobie à Edwige. On projettera le fantasme d’une société orwellienne (au sens de la vulgate journalistique) sur la tendance lourde sécuritaire de la société – en oubliant juste de se demander pourquoi elle si largement consentie par les Français d’en bas. Plutôt que de faire de la politique, le PS relooké An II proclame la République en danger (tout en flétrissant le jacobinisme comme liberticide, mais on n’en est plus à une contradiction près…). L’appel au peuple n’étant ni dans ses vues, ni dans ses moyens, Solférino en appelle aux mânes des grands ancêtres. Pas Jaurès ou Blum, cette fois, mais plutôt les grands cadavres chics du structuralisme : comme le disco qui lui fut contemporain, la french theory revient en force ! Marie-Pierre de la Gonthrie cite à tout va son Bourdieu (c’est à lui qu’on doit la métaphore, plusieurs fois réquisitionnée dans le Livre Noir, du pouvoir qui veut avoir « les deux mains libres »). Mais l’ensemble sent encore plus fort son Derrida (tout ce qui est minoritaire, exclu et illégal est forcément porteur d’espoir) et surtout son Michel Foucault, sans trop le dire mais en le disant quand même avec la référence répétée dans le texte aux « classes dangereuses ». On nage en plein délire, issu tout droit d’une lecture cursive – et honteuse – de Surveiller et punir. Pour les besoins de la cause, on mélangera donc allègrement l’interdiction du don de sang pour les homos avec les interventions des flics contre les grévistes.

Comme toujours au PS, le nœud du problème est sociétal (faut protéger les fous, les SDF, les journalistes, les parlementaires, les juges et les toxicos) ; les ouvriers, on s’en fout, ou disons qu’on leur fera l’honneur de les considérer comme une minorité opprimée, au même titre que les prostitué(e)s ou les punks à chiens.

Travelos, prolos, même combat : le livre Noir du PS, c’est Michel Foucault expliqué aux masses par Jean-Pierre Foucault.

« C’est une analyse malheureusement froide des faits » a commenté Martine Aubry, lors de la présentation du Livre Noir à la presse. C’est presque vrai, Martine, à une nuance près : le Livre Noir, c’est une analyse malheureusement givrée des faits…

Sac de nœuds

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Depuis une douzaine d’années, nos fashionistas suiveuses ne jurent que par les sacs à mains géants, limite cabas. Une façon de montrer que, même à minuit chez Régine, on reste une femme hyperactive, à la vie terriblement trépidante. Cette manie, lancée d’abord aux USA, fut hélas exportée chez nous à l’occasion des défilés via les épouvantables chroniqueuses du New York Times et du Vogue US, pour qui tout ce qui est ugly est forcément beautiful. Aussi, nous ne pourrons qu’applaudir l’excellent Karl Lagerfeld, qui a expliqué sur Paris Première, lors de son dernier défilé, ce qu’il pensait de cette tendance lourde : « Quand je vois ces pauvres filles qui s’acharnent à fouiller au fond de leur sac pour essayer de retrouver leur portable, j’ai l’impression qu’elles font les poubelles. »

La drôle de crise

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Nous sommes officiellement en crise depuis septembre, comme nous fûmes officiellement en guerre à partir de septembre 1939. Aujourd’hui comme à l’époque, on parle de quelque chose de grave, de très grave, d’encore plus grave qu’avant. En 1939, c’était 1914 qui servait de référence à cette chose catastrophique qui couvait et qu’on soupçonnait d’être encore plus grave, mais sans savoir exactement quel visage aurait cette « gravité », à quel point il y aurait rupture entre le connu et l’inédit. Maintenant, c’est 1929 – l’antichambre de 1939 – qui hante notre imaginaire et alimente tous les fantasmes.

Mais puisque l’histoire, on le sait bien, ne se répète pas bêtement, il y a tout de même quelques différences entre ces deux moments de l’histoire – la drôle de guerre de 39-40 avait ses chansons. Côté français, on déterra la Madelon de 1914 pour remettre le monde dans l’ambiance « poilu », ce mélange vaudevillo-militaire à base de cul et de pinard : « Quand Madelon vient nous servir à boire, Sous la tonnelle on frôle son jupon… » Les Britanniques, quant à eux, débarquaient en France, promettant à pleins poumons et en rimes, non sans un certain culot, d’aller pendre leur linge sur la ligne Siegfried (« We’re going to hang out the washing on the Siegfried Line »). Et le PCF, pour ajouter la petite touche comique dont on le sait coutumier, lançait son mot d’ordre : « Une heure de moins pour la production, c’est une de plus pour la révolution. » Comme quoi pour certains, aujourd’hui comme jadis, le pire semble tout près – un petit effort et on y est !

Sans chansons ni communistes, notre drôle de guerre est un peu tristounette. On nous promet des horreurs, des fin-du-monde-tel-qu’on-l’avait-connu. Et on nous dit que ce truc qui nous est tombé dessus, comme la neige le 15 août, tout le monde l’avait prédit… Du coup on n’a qu’une seule hâte : que ça commence bientôt, que ça arrive, qu’on puisse enfin voir sa gueule, quoi !

Côté bouffe, on est prêt ! Après des décennies d’anathème culinaire, les topinambours et les rutabagas resurgissent dans les meilleurs établissements gastronomiques sous le label rétro de « légumes oubliés », comme quoi le devoir de mémoire ne s’arrête pas à la porte de la cuisine. Fort heureusement, nous n’aurons pas à débourser un centime pour acquérir ces tubercules « qui ont presque le goût de la pomme de terre ». Car, prévoyant comme d’habitude, le gouvernement a fait voter récemment une loi permettant l’utilisation de tickets-restaurant pour l’achat de fruits et légumes, signalant ainsi – mais discrètement pour éviter des mouvements de panique – un retour vers les tickets d’alimentation qui nous rappellent, comme dit l’autre, les marchés les plus noirs de notre histoire.

Et, qui plus est, les ersatz de café et de sucre de jadis – chicorée, orge grillée etc. – ont aujourd’hui droit de cité et sont même plus chers encore que l’original. Les frustrations et privations de nos aïeux sont aujourd’hui tendance.

La récup’ est à la mode, le tricot fait main revient très fort et on nous rebat les oreilles avec le pouvoir d’achat qui dégringole – la parenthèse « baby-boom » se referme et nous redeviendrons pauvres, exactement comme nos grand-parents ! La boucle est bouclée. Qu’elle vienne donc cette crise, et qu’on en finisse car on en a déjà marre !

Football en crise

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crise-foot

Du mauvais goût ? A peine. À l’issue du match LOSC-Lyon disputé au Stade de France, deux jeunes supporters ont été tués, happés par un RER, alors qu’ils tentaient de regagner leur bus. Retrouvez chaque jour les impubliables de Babouse sur son Carnet.

La crise œcuménique s’aggrave

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Aux dernières informations, il semblerait que l’OPA hostile menée depuis vingt ans par la SARL FSSPX[1. Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X.] à l’encontre de l’EUSCA[2. Eglise Une Sainte Catholique et Apostolique.] Inc. n’aboutisse pas. Il n’y aura ni fusion, ni absorption. A travers ce rapprochement, les gérants de l’entreprise familiale sise à Ecône comptaient en effet imposer leurs méthodes commerciales à leur nouveau partenaire. Ils espéraient lui faire abandonner le plan marketing – décidé au Vatican, entre 1962 et 1965 – qu’ils jugeaient un peu audacieux et contraire à leurs statuts. Ils considéraient aussi qu’il s’était accompagné d’une baisse significative de la qualité de la production due, selon eux, à un mauvais respect du savoir-faire traditionnel. La constitution d’une telle holding aurait permis à la FSSPX de devenir leader mondial dans son domaine. En attendant, elle va devoir continuer à affronter la concurrence de l’UCIU[3. Union Catholique Internationale d’Utrecht (Eglise « vieille-catholique »).] et de la CAEF[4. Communautés et Assemblées Evangéliques de France.], cette dernière lui prenant des parts de marché croissantes. Si l’on ajoute la désastreuse campagne publicitaire – bien que n’étant pas conçue par Séguéla – lancée récemment par le country manager de sa branche argentine, la FSSPX traverse une sérieuse période de turbulences qui pourrait bien se répercuter sur sa cote en Bourse. Un jeudi noir en perspective ?

La querelle des amis et des friends

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Facebook est mon drame. Avant le lancement de la fameuse plate-forme de socialisation je lisais beaucoup, je voyais des amis, je m’asseyais à la terrasse des cafés de la Contrescarpe pour regarder passer les filles en lisant du Claudel. Bref je vivais. Mais depuis que j’ai un compte sur Facebook, c’est fini. Rideau ! Plus de littérature ! Plus de potes ! Plus de filles ! Maintenant, dès que j’ai cinq minutes à perdre je vais sur Facebook… j’espionne ce que font mes « ex », je m’abonne à des groupes d’intérêt débiles, j’affiche ma pride d’être « fan » de l’Atomium de Bruxelles ou de Xavier Darcos, je laisse des commentaires spirituels sous les photos de mes « friends ». C’est tellement plus moderne d’avoir des « friends » que d’avoir des « amis ». Les amis, ce sont les collègues du bureau, les anciens de la fac, les potes du club de squash. C’est pas top. Les « friends », c’est autre chose. Je compte parmi mes friends de vraies pointures, genre Yves Montand (car, oui, sur Facebook on peut être ami avec des morts)… mais, pour être honnête, ceux que je préfère, ce sont les hommes et les femmes politiques.

Eux je ne sais pas comment ils font avec Facebook. Où vont-ils chercher le temps de renseigner ou modifier leurs profils ? Car sur Facebook, on n’a pas de personnalité, mais un « profil ». Et il faut l’entretenir ce profil, le mettre à jour, changer l’eau des plantes, aérer de temps en temps. Penser à mettre à jour sa « situation » amoureuse. Comment font-ils, mes « friends » politiques pour s’occuper de tout ça ? Parce que c’est du boulot. Il ne faut pas cocher une case à la légère… sur Facebook, tout est question de cases à cocher. Lorsque toute la complexité de l’égo humain se réduit à un « profil » numérique, l’homme ne recherche plus que quatre grandes choses dans la vie : l’amitié, cochez 1, des rencontres, cochez 2, une relation, cochez 3, ou le réseau professionnel, cochez 4. Comment font-ils ces politiques qui possèdent des profils sur Facebook ?

Je sais bien comment ils font : ils font faire le boulot par leurs esclaves habituels. Car l’enjeu est de taille. Communiquer via un « média » aussi moderne qu’un site de socialisation, modernise mécaniquement le discours d’un politique, aussi ringard soit-il. Avoir son « profil » sur Facebook c’est « exister » dans le monde numérique. C’est-à-dire dans le monde moderne.

Un politique, sur Facebook, nous informe d’abord de son emploi du temps, de son activité du moment, et des dossiers sur lesquels il travaille. L’utilisateur de Facebook peut aisément dire au monde entier ce qu’il est en train de faire grâce à la fonction « statut ». L’interface vous demande « Que faites-vous en ce moment ? » – nul ne semble avoir mesuré le caractère policier de cette question. C’est vrai, bordel, que faisiez-vous rue Quincampoix entre 17 heures et 19 heures ? Réponds ! Alors il faut bien dire ce que l’on est en train de faire. Nous autres, mortels, nous avons des vies quotidiennes. Nos « friends » politiques, eux, ont une actualité, qui se déploie dans un emploi du temps diaboliquement serré.

Par exemple, Michel Barnier, le ministre de l’Agriculture, nous informe en ces termes de son actualité : « Savoie : nouveau drame de la montagne. Je serai demain au Lycée agricole de La Motte-Servolex pour dire notre émotion et notre solidarité. » La montagne, cette salope, a encore frappé ! De son côté, Mike Borowsky, des jeunes UMP, est indigné : « Les Jeunes Sarkozystes condamnent l’expédition punitive faite dans un lycée de Gagny. » Qui ne condamnerait pas ce genre d’activités espiègles ? Nicole Guedj, ancienne ministre des « victimes » dans le gouvernement Raffarin, elle-même victime d’un remaniement, nous donne – pêle-mêle – ses opinions sur le dîner du Crif, ou sur le droit des homosexuels. Elle nous informe : « Je me suis tout autant félicitée de l’excellent discours de Richard Prasquier, président du Crif, que de la remarquable intervention de François Fillon. » Nous voilà bien contents.

Certains politiques sont très « agenda »… ils ne vivent que sur rendez-vous. Yves Jégo nous indique ainsi – dans son statut – qu’il « est l’invité de J-M Apathie ce lundi sur RTL », ce qui provoque un certain nombre de réactions enthousiastes de militants : « Bonne chance », « Excellente prestation monsieur le Ministre ! » On voit, d’ailleurs, sur le profil de Jégo cette mention énigmatique : « Yves est désormais marié(e) à Ann-Katrin Jégo. » Le profil de Ann-Katrin renvoie à la fiche d’une jolie blonde souriante. Roger Karoutchi, de son côté, ne parle pas de mariage, il est sur le terrain: « Roger Karoutchi sera avec les adhérents du 16e arrondissement mercredi 11 mars à 19 heures. » Mais à force de creuser son sillon, Karoutchi a laissé passer quelques fautes de goût notoires sur son profil. On repère parmi ses films favoris quelques nanars de bas étages tels que Taxi ou Les rivières pourpres… Ah ! Jeunisme quand tu nous tiens ! Le bougre prétend adorer « faire les courses au Monoprix ». J’offre un calva à la terrasse du Flore à toute caissière de Monoprix ayant croisé un jour Karoutchi.

Le ministre Eric Woerth, de son côté, lâche : « Je serai ce soir l’invité de Laurence Ferrari au JT de TF1 » Le chanceux… immédiatement après le « rendez-vous », les réactions ne tardent pas, de la part des « friends » impressionnés. « Bravo pour votre intervention sur TF1 », « Bravo monsieur le ministre, je suis d’accord avec vous », « Très bonne prestation, toujours aussi brillant et décontracté ! » Facebook, école de l’éloge et de la flatterie. Nathalie Kosciusko-Morizet indique, quant à elle, 4918 amis… et dire que moi je plafonne à 260 environ. Les dés sont pipés d’avance. Nous ne sommes pas du même monde elle et moi…bien qu’elle avoue aimer Barbara et Serge Gainsbourg… Son statut précise : « Nathalie Kosciusko-Morizet discute avec Gilbert Montagné du numérique pour dépasser le handicap. Il est formidable. » Oui, il est foooooooormidable !

Le dissident le plus rebelle de toute l’histoire de l’UMP, J-L Romero n’y va pas avec le dos de la main morte… il s’engage pour de bon, pour en découdre avec les ignobles ennemis de la liberté : « Jean-Luc Romero appelle à la mobilisation pour Florence Cassez ! » Et bien… pas moi. Une admiratrice répond : « que pouvons-nous faire pour Florence Cassez ?? Si je peux vous aider en quoi que ce soit… » Encore une âme de bonne volonté qui va finir par coller des affiches ou ronéotyper des tracts !

A gauche, le profil de Bertrand Delanoë est une perle du genre. Le brillant édile y précise que ses « employeurs » sont « les Parisiennes et les Parisiens »… et leur adresse ces mots pétris d’humanité et d’amour : « J’ai été très touché par vos soutiens, par le nombre et par la qualité des échanges. » Son adjointe, Anne Hidalgo, indique sur son propre profil : « Anne a assisté au triomphe des féminines du Rugby Club Paris XV »… et c’est vrai, un triooooooomphe… Et puis Anne n’est pas la moitié d’une femme, et elle le prouve : « Anne se mobilise en vue de la Journée Internationale des Femmes. » Et moi aussi. J’ai invité une copine au restaurant, et c’est elle qui a payé !

Sans surprise, la plupart des politiques se sont saisis de ce nouveau média de « socialisation » pour en faire un très classique outil de propagande, véhiculant toujours cette même satanée langue de bois. Ces « profils » fantomatiques sont parfaitement inhabités… car les politiques ne sont véritablement accessibles ni à leurs « friends », ni à leurs électeurs. La vraie vie privée c’est pour les « amis », par pour les « friends » – heureusement d’ailleurs. Facebook devait être un nouveau continent à explorer. Ce n’est qu’une ville-fantôme.

Vertige de la mort

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La musique se passe, peut-être, comme la littérature, de bons sentiments. Elles n’en épousent pas pour autant, toutes deux, les mauvais. Ni les larmes ni les pleurs ne font jamais une bonne musique, ni un bon texte non plus. Il faut de la vie, de la joie, de l’amour, beaucoup de vie, de joie et d’amour jusqu’à l’excès, pour pouvoir créer quelque chose qui vous surpasse et échappe au nihilisme de tout temps. La chose est claire depuis Bach : Jésus, que ma joie demeure reste l’unique leitmotiv de tout art possible.

Bashung est mort. Il est mort ce soir. On le savait malade, d’une crétinerie qu’on appelle le cancer et qui est, depuis que les médecins se sont mêlés de ces histoires-là, l’autre nom de la vie-même. Il n’avait pas oublié Bach ; il le continuait juste par d’autres moyens. Il y avait même du Kurt Weill, chez cet homme-là : Bashung admirait Weill qu’il avait découvert dans sa jeunesse alsacienne. Et toute l’œuvre d’Alain Bashung n’est jamais qu’une autre tentative sans cesse répétée d’écrire un nouvel Opéra de Quatre-Sous. Ni plus, ni moins.

Voyez, vous qui croyez au rock, vous qui n’y croyez pas, les épousailles célestes de Joséphine et de Mackie Messer. Et Gabi regarde du coin de l’œil. Ils s’aiment et se retrouvent à présent, comme si seule la musique pouvait nous procurer, à nous autres les hommes, les vertiges vrais de l’amour.

L’un de ses plus proches amis, Rodolphe Burger, vous le dira : Bashung était devenu un vrai chanteur à la fin de sa vie. Il avait trouvé sa voix. Non pas celle du crooner aigu qu’il avait été à ses tout débuts, mais cette voix qui unifie le rythme, les paroles et la musique dans un même mouvement.

Et puis, et puis, Alain était un homme. Un vrai. Si vrai que Diogène n’aurait pas eu longtemps à chercher pour en trouver un en notre monde. Loin des people et des show-business plan qui font les mauvais artistes, il était resté lui-même. La première fois que nous nous sommes rencontrés, au hasard des gatherings de la Laiterie à Strasbourg (surprenant et inoubliable bœuf avec Burger, Higelin, Balibar et Bashung), je l’avais entrepris sur Elsass blues, l’une des ses plus inconnues chansons et l’une de mes préférées. Il était déjà malade, mais loin de me traiter de con ou d’importun, nous avons passé deux heures à parler de la musique, de la vie et de nos grands-mères alsaconnes. « Nul chagrin ne peut être supporté si l’on n’en raconte pas l’histoire. » Voilà toute l’histoire du blues, du rock et de la vie qui va : une petite entreprise où l’on recoud sans cesse les cœurs déchirés et les héroïques épopées du hasard.

Bashung est mort, ce soir. Pas de larmes, pas de drame. Aucun œil humide. Un homme ne pleure pas. Juste quelques mots, un petit air de rien. « Faisons envie, restons en vie. Afin que rien ne meure pour que jamais, tu ne m’oublies.[1. Alain Bashung, Faisons envie, album L’imprudence, 2002.] » Et merde, je pleure ce soir. Et je chiale comme un môme qui est déjà un homme.

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Niquez la crise !

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Ridicules. Profondément ridicules, les news magazines, qui se nomment hebdomadaires d’information, parce que ça en jette et que ça fait sérieux. Les lecteurs vont donc se bouffer du franc-mac, comme tous les ans une fois au moins. Et deux fois la même semaine, pour deux fois le prix… Il s’agit de démontrer que les Frères noyautent la présidence, le gouvernement et le Parlement. Comme on nous l’a annoncé et vendu déjà pour tous les présidents, tous les gouvernements, tous les Parlements. Rien de neuf donc, dormez braves gens, on se fout de vous, on vous fourgue de la daube, parce qu’on vous prend pour des gogos, des cibles de marketing.

Pire encore, si les Rouletabille du Point et de L’Express avaient fait leurs propres enquêtes, on aurait pu se dire que c’était du journalisme d’investigation, vous savez, cet alpha et cet oméga des gens de plume. Eh bien, non ! Voilà deux hebdos qui font en couv la promotion d’un bouquin, même pas encore paru, de Sophie Coignard, intitulé Un Etat dans l’Etat. Le nouveau journalisme consiste à faire du copié-collé !

Rassurez-vous, personne, dans les rédactions concernées, ne se mettra en grève. La semaine prochaine nous aurons droit au salaire des cadres, ou à Sarkozy et l’argent, à moins que cela n’ait déjà été fait. Encore que les bis repetita ne font pas peur à FOG et Barbier. Plutôt que de porter dans tous les médias la bonne parole hypertinente, on aimerait qu’ils se comportent en laborieux besogneux, et fassent preuve d’imagination.

Et L’Obs, alors ? Le roi des hebdos n’a rien publié sur les francs-maçons, qui pire que les trotskystes noyautent, vérolent et prébendent. Là-bas, un crétin, qu’il me pardonne ma franchise confraternelle, un crétin impardonnable, prétendait tout m’apprendre sur les prix de l’immobilier dans ma région. Peut-être bien que je l’ai attendu ce crétin-marketingueur pour savoir comment se portent les prix de l’immobilier chez moi. Pour cela, j’ai une presse locale et régionale, des journaux d’annonces et des agences à la pelle à un bistrot de distance. Et je n’ai pas attendu qu’un veni-vidi-connerie vienne m’apprendre ce que je sais mieux et plus vite que lui. Mais, dans ce cas encore, il doit se trouver des gogos qui s’imaginent que c’est mieux quand ça vient de Paris, sur papier glacé.

Quand des types payés très cher pour penser, pour réfléchir, pour imaginer, comprendront que ce marketing à la noix, qu’ils mettent à la une chaque semaine est éculé, en dessous de la ligne de flottaison, qu’ils déshonorent une profession entière et qu’ils ne respectent pas leurs clients, qui vont les quitter de plus en plus nombreux, on aura avancé. On peut les prendre pour des prunes, les lecteurs, mais jamais trop longtemps, ils finissent par s’en apercevoir et désertent les kiosques.

Ces remarques, je le sais, sont bien peu confraternelles, mais je n’en retire pas un mot. Parce que ce que tous ces myopes à l’égo enflé sont en train de faire gonfler la bulle qui va les faire crever. Tous ceux qui ne le savaient pas avant l’auront appris de la crise. Une bulle se forme toujours quand on vend quelque chose qui n’a pas de contrepartie. Des actions pourries, des certificats de dette vérolés, et de l’information qui n’en est pas. Pas grave. Ensuite, on ira mendier du fric à l’Etat. Tout en défendant avec des trémolos dans la voix la pluralité, la liberté de la presse et la démocratie et tutti quanti.

Vous, je ne sais pas, mais moi j’ai décidé de ne plus les acheter ces « hebdomadaires d’information », j’aime qu’on me respecte et que pour trois euros cinquante je n’aie pas en plus l’impression, qu’une fois encore, on m’a pris pour une bille. Trois mags à trois cinquante la semaine, multiplié par 52 cela me fait économiser 546 euros par an. En pleine crise, ce n’est pas rien. Cela me rembourse en tout cas largement le prix de ma liaison haut débit. Et, vous allez rire, on en apprend plus et mieux sur la France dans la presse étrangère disponible sur internet que dans nos feuilles nationales. Tant mieux pour elle, tant pis pour elles. Dona eis requiem.

Texte paru sur Homoimbecillus, le carnet de Gérard Scheer.