Cela s’est passé en Hongrie dans la nuit de dimanche à lundi : une femme Rom de 45 ans, veuve, mère de famille nombreuse, a été froidement abattue dans son sommeil et sa fille (13 ans) gravement blessée. Un fait divers pas si anodin : cela fait la onzième agression de ce type en un an et la sixième victime, dont un enfant de cinq ans. Réaction de la population ? Néant, ou presque. A titre de comparaison, l’année dernière, lorsqu’un sportif s’est fait poignarder par un Rom lors d’une rixe dans une boîte de nuit, nous avions eu droit dans tout le pays à des retraites aux flambeaux suivies pas des milliers de personnes en pleurs… Les agresseurs, en fuite, avaient été immédiatement arrêtés. Lorsque nous avons manifesté à la suite du dernier crime anti-Rom, nous étions à Budapest à peine 300 énergumènes sur une ville de deux millions d’habitants… Depuis un an que se répètent ces tirs sur des Roms (toujours selon le même schéma : chez eux, à l’aube, surpris dans leur sommeil, soit chassés du lit par jet de cocktails molotov puis abattus dans leur fuite, soit, comme le dernier cas, avec entrée par effraction dans le jardin et tir par la fenêtre), les agresseurs courent toujours. Une précision : dans tous les cas, les victimes étaient des citoyens rangés, sans problème, occupant un emploi.
PACA cadeau
L’acronyme PACA « n’illustre ni la richesse, ni la diversité de ses territoires et de son patrimoine culturel exceptionnel » et « ne permet pas non plus de nommer ses habitants » : Michel Vauzelle veut que la région dont il est président change de nom. Socialo-ségoliste, Vauzelle fait preuve comme sa patronne, d’un cratylisme naïf. Ce n’est pas parce que la région Paca s’appellera « Provence » qu’elle redeviendra l’aimable Arcadie qu’elle fut à l’époque de Pagnol ou encore à celle de Fitzgerald qui y voyait une utopie concrète de vie libre au début de Tendre est la nuit.
Non, qu’on l’appelle PACA ou Provence, cette région reste une honte pour la France. Ses habitants ont un accent ridicule, son ciel bleu est d’une banalité à pleurer et l’anchoïade, le pistou et la tapenade sont absolument indigérables pour un estomac civilisé, c’est-à-dire du nord de la Loire. Non contents de promouvoir une cuisine qui fait roter, ils produisent un vin exécrable de pisseurs de vigne, affreusement chaptalisé, soufré, glycériné et emploient des travailleurs immigrés saisonniers, maghrébins ou polonais, qu’ils traitent comme des animaux avant d’aller voter Front national aux élections municipales. On fera une exception pour le vin de Jean-Christophe Comor, dont David Desgouilles a dit avec raison tout le bien qu’il fallait penser.
La région Paca est, pour le reste, essentiellement peuplée de ce que l’humanité fait de pire : spéculateurs immobiliers qui vous transforment une côte virgilienne en front de mer soviétiforme, mafieux russes gras, violents et cocaïnomanes, joueurs compulsifs, touristes pauvres entassés dans des campings concentrationnaires, touristes riches bunkerisés dans des villas californiennes qui inventent la privatisation paranoïaque de l’espace public, sans compter les maurassiens, les félibres et autres régionalistes à l’esprit étroit.
Les sports favoris en Paca sont le bronzage idiot, l’assassinat de député et l’incendie volontaire, provoqué soit par une urbanisation délirante, soit par des militaires incompétents qui tirent n’importe où comme ce fut le cas récemment près de Marseille, soit par des pyromanes psychotiques supportant mal d’être le fruit exténué d’unions consanguines : l’habitant de Paca se marie en effet toujours avec d’autres habitants de Paca : il croit que l’éternel beau temps de sa région lui donne une supériorité ontologique sur le Parisien. D’ailleurs pour l’habitant de Paca, tout élément extérieur à la région est un Parisien. On l’envie, on le méprise mais on adore son pognon, que ce soit celui du smicard pillé au Lavandou ou celui du pipaule djaitesaiteur qui débourse trois RSA pour une bouteille de mauvais champ sur une plage privée qui sent l’huile solaire et la fornication tarifée.
Pour finir, la région PACA abrite en son sein une principauté d’opérette qui possède une mauvaise équipe de foutebaule et qui est surtout un paradis fiscal au cœur de la République, dirigé par un souverain portant nom de piercing sexuel. Quand on pense qu’il faudrait un quart d’heure à une section parachutiste pour la fondre dans le département des Alpes maritimes, on se demande ce qu’attend le gouvernement.
Alors, Monsieur Vauzelle, changez de nom tant que vous voudrez, nous ne sommes pas dupes et nous attendons avec impatience que ces territoires de la honte soient directement administrés depuis Paris avec, sur place, un gouverneur militaire.
Et la loi martiale qui va avec.
Chômage, l’été meurtrier
C’est l’été et la rédaction de Causeur ne ménage pas ses efforts pour vous apporter de bonnes nouvelles. Nous sommes sûrs que vous accueillerez avec enthousiasme l’information suivante : sur 18 600 personnes disparues en France en juin 2009, nous avons réussi à en repérer 17 200, c’est-à-dire plus de 90 % ! Il s’agit bien entendu des 18 600 chômeurs en moins recensés en juin, selon les chiffres publiés par l’INSEE. En pleine crise, cette information nous a plongés dans les plus vives inquiétudes. Puisque ce n’est ni le marché du travail ni l’économie qui les ont engloutis, où diable sont-ils passés ? Comme vous le savez, dans le cas des personnes disparues, le temps est compté et la rapidité de recherches est décisive. Au cours de notre enquête nous avons appris que les nombres de « ruptures conventionnelles à l’amiable » (dispositif introduit par la loi de modernisation du marché du travail, permettant à l’employeur et à ses salariés de mettre fin d’un commun accord aux contrats de travail) ne cesse de croître. 9 200 en janvier, ils étaient 12 900 en mai et – quel coïncidence ! – 17 200 en juin ! Les voilà trouvés nos licenciés masqués et déguisés. Retournez sans inquiétudes à vos parasols et chaises longues! Nous prenons devons vous un engagement solennel : avant la rentrée nous trouverons les 1 400 autres !
Yes, we can’t !
Un grand philosophe trop tôt disparu, Robert, dit Bobby, Lapointe nous raconte, dans une parabole mammaire, qu’une certaine Françoise, que l’on appelait Framboise, était parvenue à augmenter le volume de sa poitrine grâce à « un institut d’Angers, qui peut presque tout changer, excepté ce qu’on ne peut pas ».
À l’heure du « Yes we can ! » et du ressassement à l’infini de la possibilité d’un autre monde conçu et réalisé par des hommes meilleurs, il n’est pas inutile de rappeler cet « excepté ce qu’on ne peut pas ». Celui-ci distingue la pensée lapointienne des idéologies post-modernes de la volonté proclamant la toute-puissance de l’homme sur son destin individuel et collectif. Lapointe ne stigmatise pas le progrès des sciences et des techniques, mais il en marque la limite.
En quelques décennies, on est passé de l’utopie d’un homme nouveau bâtissant une société idéale, prospère et solidaire à une eschatologie du sauvetage en catastrophe d’une planète menacée par l’homme ancien, bousilleur impénitent de son environnement.
Il faut changer de comportement, au nom du respect que l’on doit aux générations futures, tel est l’impératif catégorique des instances dirigeantes morales et politiques qui ont trouvé là un moyen fort commode de gestion de la foule. Un citoyen culpabilisé, renvoyé sans cesse à la trace carbone qu’il laisse dans son sillage d’homo economicus, sera moins enclin à faire porter aux détenteurs du pouvoir la responsabilité de ses misères quotidiennes.
C’est ainsi que s’est imposée l’escroquerie consistant à faire croire qu’une mortification individuelle – une privation consentie des commodités liées à l’utilisation des énergies fossiles – fera de vous, le petit, le sans-grade, un sauveur de notre planète et un bienfaiteur de l’humanité à venir. Le schéma, reconnaissons-le, est loin d’être nouveau, puisqu’il a fonctionné à la satisfaction générale pendant deux millénaires : les souffrances subies en ce bas monde seraient la meilleure garantie d’une éternelle félicité dans l’autre.
La version nouvelle de la rédemption individuelle confère de surcroît aux mortels que nous sommes une illusion de puissance qui nous rapproche de ce ou ces dieux réputés morts : si je suis capable, par ma seule volonté, de faire baisser la température moyenne de la terre d’un degré, je dépasse mon humanité pour accéder à la surhumanité. Je ne subis plus mon destin, je détermine celui de mon espèce.
On n’entrera pas ici dans les querelles entre « réchauffistes » et « anti-réchauffistes ». Admettons que les prévisions apocalyptiques des premiers soient pertinentes. Même dans cette hypothèse, qui fait la part belle aux origines anthropiques du réchauffement climatique planétaire, il reste que l’on peut tout changer, excepté ce que l’on ne peut pas. On ne peut pas taxer les tâches solaires, les courants marins, les volcans, qui n’ont aucune compassion pour le sort des générations humaines à venir. À supposer, ce qui n’est pas gagné, que les populations des pays émergents acceptent de renoncer à rattraper les vieilles puissances industrielles en matière de consommation, on est encore loin du compte pour que chacun d’entre nous puisse se considérer comme le maître du climat. « Mais, au moins, on aura fait quelque chose ! », se défendent les promoteurs de l’ascèse écolo, quand on les confronte au caractère dérisoire des effets attendus de programmes de réduction des émissions de gaz à effet de serre aux coûts ophtalmocéphaliques.
Il est en effet difficilement supportable pour un être doté d’un minimum de cette common decency chère à George Orwell de se rendre sans combattre, même si l’issue du combat semble raisonnablement désespérée.
Cette attitude, qui paraît au premier abord relever d’une saine approche éthique des problèmes auxquels nous sommes confrontés, se révèle à l’examen méprisante pour nos descendants et stérilisante pour la pensée de nos contemporains.
Dans la longue durée de l’histoire de l’humanité, on a pu constater que l’espèce homo sapiens s’était adaptée avec succès à des variations climatiques de son environnement beaucoup plus importantes que celle prévue pour notre siècle par les experts de la tendance alarmiste.
C’est même une caractéristique de l’espèce de pouvoir survivre aussi bien dans les régions arctiques qu’aux alentours de l’équateur. On ne voit pas ce qui pourrait empêcher ces fameuses générations futures de déployer leur génie dans un contexte géoclimatique quelque peu modifié. Ils seront tout à fait capables de créer des stations balnéaires au Groenland si le temps le permet et d’édifier, là où cela se révélera nécessaire, les ouvrages d’art capable de protéger les côtes contre l’élévation du niveau des océans. Les Hollandais ont, dans ce domaine, une expérience qui peut être utile. Et il n’est pas interdit de penser qu’ils élaboreront de nouveaux concepts et de nouveaux produits adaptés à leur environnement car, jusqu’à preuve du contraire, l’élévation de la température ne produit pas l’abaissement concomitant du Q.I. moyen des populations.
D’autre part, la domination de la pensée apocalyptique étouffe le débat sur la politique à mettre en œuvre aujourd’hui pour parer à l’éventualité du réchauffement climatique, une fois reconnue son inévitabilité et notre impuissance relative à l’enrayer. Imaginons une pensée positive et joyeuse du réchauffement, qui en soulignerait un certain nombre de bienfaits, et qui stimulerait les énergies pour trouver des solutions aux désagréments qu’il provoque. Cela nous reposerait des jérémiades et injonctions comminatoires des flics de la pensée verte.
Morales mi corazon
Alors que la date des élections présidentielles se rapproche – elles auront lieu en décembre prochain –, le président bolivien, Evo Morales, vient d’annoncer que son gouvernement offrirait désormais une maison à chaque couple de nouveaux mariés. On comprend mieux pourquoi l’homme qui voyait les insurrections venir le soir le long des lignes de chemin de fer et Madame ont convolé : ce n’était pas pour sacrifier à une institution bourgeoise et rétrograde, mais pour toucher une baraque à La Paz.
Sappho, c’est fou !
L’épuisement, la fatigue, l’inconscience : je ne sais pas ce qui m’a pris ce jour-là, mais je me suis retrouvé à regarder, sans y être contraint, « Fan de » sur M6. Et je n’ai pas été déçu du voyage. Au programme de cette émission : « tout ce que les stars auraient préféré vous cacher ». Manquerait plus que ça, qu’elles nous cachent quelque chose. Heureusement que « Fan de » veille pour que le commun des mortels puisse se reposer de l’admiration excessive qu’il porte aux stars en allant renifler leurs petites culottes et fouiller leurs poubelles.
Au sommaire de cette émission : les petits secrets de Daniel Craig, le cancer du sein d’Anastacia, le GPS des stars, un truc sur Julien Doré que je n’ai pas eu le courage de regarder de peur qu’il ne se mette à chanter, les liftings de Nicole Kidman et le sujet qui arrache : « Lesbiennes à Hollywood ».
Une chose est claire : Nicole Kidman n’est pas lesbienne. Mais elle a recours à la chirurgie esthétique, comme en témoignent les nombreux changements de coiffure qu’elle opère et que M6 a ressortis de ses archives : ça ne trompe pas. Un jour, elle porte un chignon. Le jour d’après, elle a un chapeau. La salope, elle va chez le coiffeur et, parfois, ça lui arrive de passer au maquillage avant de jouer une scène. Incredible ! Avant d’avoir vu ça, j’adorais Nicole Kidman et ses allures de blonde hitchcockienne, mais trop c’est trop.
L’essentiel n’est pourtant pas là, mais dans le sujet « Lesbiennes à Hollywood ». Lindsay Loan, que je ne connaissais pas avant de savoir qu’elle s’adonnait gaiement aux amours saphiques, s’est casée avec une autre nana, Samantha Ronson, une DJ ouvertement homo. L’an dernier, Portia di Rossi, l’une des comédiennes de la série Ally McBeal, épousait en Californie l’actrice Ellen DeGeneres. Le couple avait même fait la « une » des magazines people américains. Il suffit à M6 d’évoquer, en sus, Judy Foster et Cynthia Nixon pour en conclure : tout le monde il est lesbienne à Hollywood.
Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Les partisans néo-réactionnaires du principe suivant lequel chacun fait ce qu’il veut de son cul s’en tamponneront franchement le coquillard de savoir si Machinette Lambda est lesbienne ou hétérote. Ce qu’on demande à une actrice ou à une comédienne, c’est de bien jouer ou de bien chanter.
Seulement, ça ne marche pas comme ça quand on est « Fan de », donc modärn : ces actrices qui annoncent qu’elles aiment d’autres actrices, ça offre à la « communauté homosexuelle une visibilité énorme ». Et, à M6, on trouve ça plutôt chouette, la visibilité.
Encore qu’à M6 on n’est pas des tanches et qu’on ne se laisse pas avoir aussi facilement. Que des stars se disent ouvertement homosexuelles, ça permet peut-être de lutter contre les « préjugés lesbianophobes » (à défaut d’avoir une ouverture, les Académiciens qui ont regardé la même émission que moi auront gagné une nouvelle entrée dans leur dictionnaire), mais il reste un sacré bout de gazon maudit à parcourir, pardon, de chemin à faire pour que le petit oiseau de Lesbie prenne son envol[1. Catulle, Le Petit oiseau de Lesbie : « Passer mortuus est meae puellae, passer deliciae meae puellae, quem plus illa oculis suis amabat ; nam mellitus erat suamque norat, ipsam tam bene quam puella matrem. » (Le petit oiseau de mon amie est mort, le petit oiseau qui faisait tous ses délices, celui qu’elle aimait plus que ses yeux ; il était doux comme le miel, et la connaissait aussi bien qu’une fille connaît sa mère.)].
Sociologue interviewée par « Fan de », Marie-Hélène Bourcier le dit sans détours : « Il y a une visibilité lesbienne à Hollywood, mais la condition c’est d’être féminine, belle, jolie et sexy. » Et Ursula del Aguila, cheftaine de rubrique au magazine Têtu, abonde dans le même sens : « Des lesbiennes à Hollywood, d’accord. Mais des lesbiennes qui doivent être bankable, sexy et qui doivent exciter les garçons hétéros. Donc, effectivement, la lesbienne masculine, qui est grosse, qui n’a pas d’argent et qui est exclue de ce monde de paillettes, elle ne sera pas dans les magazines people. »
Cette valeur néo-machiste qu’est la galanterie en souffrira peut-être, mais est-il permis de rappeler à ces dames que les boudins ne font jamais la couverture des magazines people, que le propre de Hollywood est de nous présenter de l’actrice et de l’acteur bankable, du rêve et du glamour ? Qu’elles couchent avec des filles, qu’elles couchent avec des hommes ou, le plus souvent, qu’elles ne couchent pas du tout, personne ne regarde les thons, pardon les thonnes. Et Sappho, que la légende pourtant dote d’un physique disgracieux, n’y pourra rien changer.
Rappelle toi des escudos
Dans le nord du Portugal, région aimable et pluvieuse qui ressemble un peu à l’Irlande, un homme de 54 ans a été interpellé par la police. Il s’était évadé de prison en 1993; alors qu’il purgeait une peine de dix ans pour meurtre. Depuis qu’il avait joué la fille de l’air, il vivait dans des grottes près de Porto, avec vue sur l’Atlantique. Pendant seize ans, son troglodytisme érémitique rigoureux l’avait préservé de tout contact avec les hommes et leurs passions, souvent malheureuses. Ayant découvert que son pays n’avait plus ses jolis billets de cent escudos représentant Fernando Pessoa, mais les avait remplacés par des euros aux dessins assistés par ordinateur, l’homme aurait demandé aux forces de l’ordre soit de retourner en prison, soit de retrouver sa grotte.
Surveillance maritale sévère
La cour de Cassation vient d’accorder aux SMS, par un arrêt rendu le 19 juin, la même valeur qu’aux lettres manuscrites dans les affaires d’adultère. Victime d’une infortune conjugale, une femme bafouée avait produit le texto reçu par son mari de la part d’une fieffée gourgandine pour justifier sa demande de divorce et avait été déboutée en première instance, puis par la cour d’Appel. Alors m’1tenan kan tékri je t’M a ta kops, si cé pa ta fam, fofer gaffe. Bone bz kan m.
Parlons France, parlons franc !
Chers amis causeurs, à la relecture des commentaires de mon article sur les pratiques de la police, je suis impressionné par la vigueur du débat et par la force avec laquelle certains se sont exprimés.
Au risque de pratiquer une discrimination dont je ne suis pas coutumier, je veux exprimer mon admiration aux internautes enfants d’immigrés, à ceux que l’histoire familiale a un jadis déposé sur nos rivages, à ceux dont les parents ou les grands-parents, un jour vu, ont vu chez nous de la lumière et sont entrés.
À travers vos réactions, s’exprime une grande sensibilité à l’injustice, une volonté farouche de ne pas transiger sur les principes de liberté, d’égalité et de fraternité qui fondent notre République et une grande détermination à dénoncer les entorses faites aux droits de l’homme et du citoyen. Nous savons maintenant que si les libertés individuelles sont foulées au pied, balayées de la main ou même repoussées d’une pichenette, nous pouvons compter sur vos protestations et cela vous honore.
Les lois et les pratiques dans notre pays sont loin d’être parfaites et nous aurons toujours besoin d’avis éclairés sur ces questions mais je me demande si les injustices commises par les autorités en France, et je sais qu’il y en a, sont à la hauteur de votre grande capacité d’indignation. Quand par temps clair nous parvenons à distinguer les coutumes policières en usage de l’autre coté de la Méditerranée, je ne peux m’empêcher de penser aux grands défenseurs des opprimés que vous auriez fait là-bas.
Ces pays au nord et au sud du Sahara où si, lors d’un contrôle routier, vous ne glissez pas un billet en tendant votre permis de conduire, vous pouvez passer trois heures sur le bord de la route avant que l’agent ne parvienne à lire votre nom. Ces postes-frontières où, si vous négligez la coutume des frais de douane de la main à la main, les formalités peuvent durer trois jours quand vous êtes blanc dans une voiture, rarement si vous êtes d’une autre couleur sur un bourricot. Dans ces contrées qui vous font chaud au cœur, quels serviteurs de la justice et quels pourfendeurs des discriminations vous auriez pu faire !
Vous n’auriez sans doute pas eu à y dénoncer le délit d’outrage car je ne pense pas que les lois en vigueur aient prévu d’alourdir le dispositif judiciaire de procédures aussi compliquées là où le coup de bâton est si efficace pour réprimer l’insulte adressée à un policier, mais vous auriez été héroïque dans les manifestations offrant vos poitrines aux tirs à balles réelles.
Sensibles aux dérives d’un Etat policier, quels combattants du droit vous feriez aujourd’hui en Iran ! Dénonçant sans relâche un régime où les citoyennes sont des citoyens de seconde zone, vous pourriez y exercer vos talents contestataires. Quand la répression actuelle assassine ou emprisonne sans que les rues de nos villes soient envahies par des musulmans en colère, vos voix manquent là-bas pour défendre les libertés en danger. Vous auriez été les premiers à dénoncer les bourreaux de ces jeunes filles, condamnées à mort et exécutées, non sans avoir été violées par leurs geôliers après un simulacre de mariage parce que l’islam interdit la peine de mort pour les femmes sans époux.
Partout dans le monde où vos cultures d’origine sont à l’honneur, les exemples ne manquent pas d’exactions, corruptions, extorsions, séquestrations, stigmatisations, discriminations, humiliations, aliénations et spoliations. Et le destin a voulu que votre détermination à dénoncer les atteintes aux droits et aux libertés s’exerçât dans notre pays. Vous nous en voyez honorés et, à n’en pas douter, c’est une chance pour la France de compter parmi les Français des citoyens si attachés à son histoire humaniste et à ses valeurs.
La France de Zola, celle qui accuse et se dresse contre l’injustice, peut être fière de ses enfants adoptifs et reconnaissante envers tous ceux qui la rappellent sans relâche à son devoir d’exemplarité, ces belles âmes que l’intransigeance caractérise, ces hommes et ces femmes venus d’ailleurs qui lui permettent, par leurs critiques sévères mais justes, de rester elle-même, terre de liberté, d’égalité et de fraternité, terre d’asile pour tous les opprimés – bref la France éternelle que nous aimons.
Meurtres à France Télécom
C’est le polar de l’été. Michel D., 51 ans, a été retrouvé assassiné à son domicile. Il était salarié de France Télécom à Marseille et son corps sans vie a été découvert le 14 juillet. L’inquiétude grandit à la direction, car le mystère reste entier. Il semblerait en effet qu’un redoutable serial quileur ait décidé de semer la panique dans la prestigieuse entreprise. C’est la dix-huitième fois qu’il frappe depuis février 2008, faisant en moyenne une victime par mois, sans compter une dizaine d’autres tentatives, heureusement déjouées in extremis.
Qui peut en vouloir à ce point à notre fleuron national de l’industrie des télécommunications, modèle d’une privatisation réussie dans le bonheur, l’harmonie et d’une exemplaire concertation entre partenaires sociaux travaillant de concert sous les bienveillantes directives bruxelloises ? Un concurrent étranger ? Une secte adoratrice de l’orange et qui ne supporte pas l’utilisation publicitaire d’une couleur sacrée ? Des anarcho-autonomes luddites ? Oui, qui veut faire échouer ce bel exemple de modernisation et de restructuration réussies ?
On le voit, les pistes sont multiples, mais le pire réside dans l’incroyable perversité du sérial quileur, qui n’hésite pas à maquiller ces assassinats en suicides pour discréditer l’image de France Télécom comme modèle social. Jack l’éventreur, Ted Bundy, Guy Georges sont ici largement battus et font figure d’amateurs sans imagination. Ainsi a-t-on retrouvé près du corps de Michel D., comme chez les autres victimes, une lettre manifestement fausse qui met en cause « l’urgence permanente », « la désorganisation totale de l’entreprise », voire « le management par la terreur».
Heureusement, les autorités ne se sont pas laissé duper. Il faut dire que le sérial quileur en a quand même fait un peu trop.
À qui fera-t-on croire de telles énormités ? Surtout quand on lit à propos de cette tragique affaire l’entretien donné par le directeur des relations sociales de France Télécom dans l’édition du 28 juillet du Parisien-Aujourd’hui en France : « Quand on fait bouger une entreprise comme France Télécom, qui compte plus de 100 000 salariés, en si peu de temps, on remue tout le corps social. Mais cette mue s’est mise en place avec des mesures d’accompagnement comme la mise en place d’espaces d’écoute et la formation de manageurs pour repérer ce qu’on appelle des “signaux faibles” pour les salariés. »
Un tel humanisme dans la démarche discrédite évidemment la thèse aberrante des suicides à répétition.
Et pourtant… Certains n’hésitent pas, en toute irresponsabilité, à l’exploiter cyniquement. Ainsi quelques cadres surmutualisés de la CGC et des gauchistes de SUD-PTT n’ont ils pas hésité à mettre en place un « Observatoire du stress et des mobilités forcées à France Télécom » et dénoncé « le silence assourdissant de la direction ».
Les salauds. Il n’y a pas d’autre terme pour désigner ces archéo-syndicalistes qui n’ont pas conscience que leurs gesticulations indignes font le jeu d’un tueur en série tapi dans l’ombre et qui, n’en doutons pas, s’apprête encore à frapper.
Plutôt que de faire front avec leur direction, ils instrumentalisent un atroce fait divers pour ranimer la lutte des classes, ou pire encore, allez savoir, pour nous faire revenir à l’inefficacité du vieux service public et des incroyables prébendes que s’accordaient alors des fonctionnaires privilégiés et fainéants.
Faudra-t-il attendre que le chiffre de vingt sui…, euh pardon, de vingt assassinats soit dépassé pour qu’ils aient enfin la décence, ces syndicalistes, d’œuvrer efficacement à la recherche du tueur, ou alors de se taire, une fois pour toutes ?
On peut toujours rêver.
Peste à Buda
Cela s’est passé en Hongrie dans la nuit de dimanche à lundi : une femme Rom de 45 ans, veuve, mère de famille nombreuse, a été froidement abattue dans son sommeil et sa fille (13 ans) gravement blessée. Un fait divers pas si anodin : cela fait la onzième agression de ce type en un an et la sixième victime, dont un enfant de cinq ans. Réaction de la population ? Néant, ou presque. A titre de comparaison, l’année dernière, lorsqu’un sportif s’est fait poignarder par un Rom lors d’une rixe dans une boîte de nuit, nous avions eu droit dans tout le pays à des retraites aux flambeaux suivies pas des milliers de personnes en pleurs… Les agresseurs, en fuite, avaient été immédiatement arrêtés. Lorsque nous avons manifesté à la suite du dernier crime anti-Rom, nous étions à Budapest à peine 300 énergumènes sur une ville de deux millions d’habitants… Depuis un an que se répètent ces tirs sur des Roms (toujours selon le même schéma : chez eux, à l’aube, surpris dans leur sommeil, soit chassés du lit par jet de cocktails molotov puis abattus dans leur fuite, soit, comme le dernier cas, avec entrée par effraction dans le jardin et tir par la fenêtre), les agresseurs courent toujours. Une précision : dans tous les cas, les victimes étaient des citoyens rangés, sans problème, occupant un emploi.
PACA cadeau
L’acronyme PACA « n’illustre ni la richesse, ni la diversité de ses territoires et de son patrimoine culturel exceptionnel » et « ne permet pas non plus de nommer ses habitants » : Michel Vauzelle veut que la région dont il est président change de nom. Socialo-ségoliste, Vauzelle fait preuve comme sa patronne, d’un cratylisme naïf. Ce n’est pas parce que la région Paca s’appellera « Provence » qu’elle redeviendra l’aimable Arcadie qu’elle fut à l’époque de Pagnol ou encore à celle de Fitzgerald qui y voyait une utopie concrète de vie libre au début de Tendre est la nuit.
Non, qu’on l’appelle PACA ou Provence, cette région reste une honte pour la France. Ses habitants ont un accent ridicule, son ciel bleu est d’une banalité à pleurer et l’anchoïade, le pistou et la tapenade sont absolument indigérables pour un estomac civilisé, c’est-à-dire du nord de la Loire. Non contents de promouvoir une cuisine qui fait roter, ils produisent un vin exécrable de pisseurs de vigne, affreusement chaptalisé, soufré, glycériné et emploient des travailleurs immigrés saisonniers, maghrébins ou polonais, qu’ils traitent comme des animaux avant d’aller voter Front national aux élections municipales. On fera une exception pour le vin de Jean-Christophe Comor, dont David Desgouilles a dit avec raison tout le bien qu’il fallait penser.
La région Paca est, pour le reste, essentiellement peuplée de ce que l’humanité fait de pire : spéculateurs immobiliers qui vous transforment une côte virgilienne en front de mer soviétiforme, mafieux russes gras, violents et cocaïnomanes, joueurs compulsifs, touristes pauvres entassés dans des campings concentrationnaires, touristes riches bunkerisés dans des villas californiennes qui inventent la privatisation paranoïaque de l’espace public, sans compter les maurassiens, les félibres et autres régionalistes à l’esprit étroit.
Les sports favoris en Paca sont le bronzage idiot, l’assassinat de député et l’incendie volontaire, provoqué soit par une urbanisation délirante, soit par des militaires incompétents qui tirent n’importe où comme ce fut le cas récemment près de Marseille, soit par des pyromanes psychotiques supportant mal d’être le fruit exténué d’unions consanguines : l’habitant de Paca se marie en effet toujours avec d’autres habitants de Paca : il croit que l’éternel beau temps de sa région lui donne une supériorité ontologique sur le Parisien. D’ailleurs pour l’habitant de Paca, tout élément extérieur à la région est un Parisien. On l’envie, on le méprise mais on adore son pognon, que ce soit celui du smicard pillé au Lavandou ou celui du pipaule djaitesaiteur qui débourse trois RSA pour une bouteille de mauvais champ sur une plage privée qui sent l’huile solaire et la fornication tarifée.
Pour finir, la région PACA abrite en son sein une principauté d’opérette qui possède une mauvaise équipe de foutebaule et qui est surtout un paradis fiscal au cœur de la République, dirigé par un souverain portant nom de piercing sexuel. Quand on pense qu’il faudrait un quart d’heure à une section parachutiste pour la fondre dans le département des Alpes maritimes, on se demande ce qu’attend le gouvernement.
Alors, Monsieur Vauzelle, changez de nom tant que vous voudrez, nous ne sommes pas dupes et nous attendons avec impatience que ces territoires de la honte soient directement administrés depuis Paris avec, sur place, un gouverneur militaire.
Et la loi martiale qui va avec.
Chômage, l’été meurtrier
C’est l’été et la rédaction de Causeur ne ménage pas ses efforts pour vous apporter de bonnes nouvelles. Nous sommes sûrs que vous accueillerez avec enthousiasme l’information suivante : sur 18 600 personnes disparues en France en juin 2009, nous avons réussi à en repérer 17 200, c’est-à-dire plus de 90 % ! Il s’agit bien entendu des 18 600 chômeurs en moins recensés en juin, selon les chiffres publiés par l’INSEE. En pleine crise, cette information nous a plongés dans les plus vives inquiétudes. Puisque ce n’est ni le marché du travail ni l’économie qui les ont engloutis, où diable sont-ils passés ? Comme vous le savez, dans le cas des personnes disparues, le temps est compté et la rapidité de recherches est décisive. Au cours de notre enquête nous avons appris que les nombres de « ruptures conventionnelles à l’amiable » (dispositif introduit par la loi de modernisation du marché du travail, permettant à l’employeur et à ses salariés de mettre fin d’un commun accord aux contrats de travail) ne cesse de croître. 9 200 en janvier, ils étaient 12 900 en mai et – quel coïncidence ! – 17 200 en juin ! Les voilà trouvés nos licenciés masqués et déguisés. Retournez sans inquiétudes à vos parasols et chaises longues! Nous prenons devons vous un engagement solennel : avant la rentrée nous trouverons les 1 400 autres !
Yes, we can’t !
Un grand philosophe trop tôt disparu, Robert, dit Bobby, Lapointe nous raconte, dans une parabole mammaire, qu’une certaine Françoise, que l’on appelait Framboise, était parvenue à augmenter le volume de sa poitrine grâce à « un institut d’Angers, qui peut presque tout changer, excepté ce qu’on ne peut pas ».
À l’heure du « Yes we can ! » et du ressassement à l’infini de la possibilité d’un autre monde conçu et réalisé par des hommes meilleurs, il n’est pas inutile de rappeler cet « excepté ce qu’on ne peut pas ». Celui-ci distingue la pensée lapointienne des idéologies post-modernes de la volonté proclamant la toute-puissance de l’homme sur son destin individuel et collectif. Lapointe ne stigmatise pas le progrès des sciences et des techniques, mais il en marque la limite.
En quelques décennies, on est passé de l’utopie d’un homme nouveau bâtissant une société idéale, prospère et solidaire à une eschatologie du sauvetage en catastrophe d’une planète menacée par l’homme ancien, bousilleur impénitent de son environnement.
Il faut changer de comportement, au nom du respect que l’on doit aux générations futures, tel est l’impératif catégorique des instances dirigeantes morales et politiques qui ont trouvé là un moyen fort commode de gestion de la foule. Un citoyen culpabilisé, renvoyé sans cesse à la trace carbone qu’il laisse dans son sillage d’homo economicus, sera moins enclin à faire porter aux détenteurs du pouvoir la responsabilité de ses misères quotidiennes.
C’est ainsi que s’est imposée l’escroquerie consistant à faire croire qu’une mortification individuelle – une privation consentie des commodités liées à l’utilisation des énergies fossiles – fera de vous, le petit, le sans-grade, un sauveur de notre planète et un bienfaiteur de l’humanité à venir. Le schéma, reconnaissons-le, est loin d’être nouveau, puisqu’il a fonctionné à la satisfaction générale pendant deux millénaires : les souffrances subies en ce bas monde seraient la meilleure garantie d’une éternelle félicité dans l’autre.
La version nouvelle de la rédemption individuelle confère de surcroît aux mortels que nous sommes une illusion de puissance qui nous rapproche de ce ou ces dieux réputés morts : si je suis capable, par ma seule volonté, de faire baisser la température moyenne de la terre d’un degré, je dépasse mon humanité pour accéder à la surhumanité. Je ne subis plus mon destin, je détermine celui de mon espèce.
On n’entrera pas ici dans les querelles entre « réchauffistes » et « anti-réchauffistes ». Admettons que les prévisions apocalyptiques des premiers soient pertinentes. Même dans cette hypothèse, qui fait la part belle aux origines anthropiques du réchauffement climatique planétaire, il reste que l’on peut tout changer, excepté ce que l’on ne peut pas. On ne peut pas taxer les tâches solaires, les courants marins, les volcans, qui n’ont aucune compassion pour le sort des générations humaines à venir. À supposer, ce qui n’est pas gagné, que les populations des pays émergents acceptent de renoncer à rattraper les vieilles puissances industrielles en matière de consommation, on est encore loin du compte pour que chacun d’entre nous puisse se considérer comme le maître du climat. « Mais, au moins, on aura fait quelque chose ! », se défendent les promoteurs de l’ascèse écolo, quand on les confronte au caractère dérisoire des effets attendus de programmes de réduction des émissions de gaz à effet de serre aux coûts ophtalmocéphaliques.
Il est en effet difficilement supportable pour un être doté d’un minimum de cette common decency chère à George Orwell de se rendre sans combattre, même si l’issue du combat semble raisonnablement désespérée.
Cette attitude, qui paraît au premier abord relever d’une saine approche éthique des problèmes auxquels nous sommes confrontés, se révèle à l’examen méprisante pour nos descendants et stérilisante pour la pensée de nos contemporains.
Dans la longue durée de l’histoire de l’humanité, on a pu constater que l’espèce homo sapiens s’était adaptée avec succès à des variations climatiques de son environnement beaucoup plus importantes que celle prévue pour notre siècle par les experts de la tendance alarmiste.
C’est même une caractéristique de l’espèce de pouvoir survivre aussi bien dans les régions arctiques qu’aux alentours de l’équateur. On ne voit pas ce qui pourrait empêcher ces fameuses générations futures de déployer leur génie dans un contexte géoclimatique quelque peu modifié. Ils seront tout à fait capables de créer des stations balnéaires au Groenland si le temps le permet et d’édifier, là où cela se révélera nécessaire, les ouvrages d’art capable de protéger les côtes contre l’élévation du niveau des océans. Les Hollandais ont, dans ce domaine, une expérience qui peut être utile. Et il n’est pas interdit de penser qu’ils élaboreront de nouveaux concepts et de nouveaux produits adaptés à leur environnement car, jusqu’à preuve du contraire, l’élévation de la température ne produit pas l’abaissement concomitant du Q.I. moyen des populations.
D’autre part, la domination de la pensée apocalyptique étouffe le débat sur la politique à mettre en œuvre aujourd’hui pour parer à l’éventualité du réchauffement climatique, une fois reconnue son inévitabilité et notre impuissance relative à l’enrayer. Imaginons une pensée positive et joyeuse du réchauffement, qui en soulignerait un certain nombre de bienfaits, et qui stimulerait les énergies pour trouver des solutions aux désagréments qu’il provoque. Cela nous reposerait des jérémiades et injonctions comminatoires des flics de la pensée verte.
Morales mi corazon
Alors que la date des élections présidentielles se rapproche – elles auront lieu en décembre prochain –, le président bolivien, Evo Morales, vient d’annoncer que son gouvernement offrirait désormais une maison à chaque couple de nouveaux mariés. On comprend mieux pourquoi l’homme qui voyait les insurrections venir le soir le long des lignes de chemin de fer et Madame ont convolé : ce n’était pas pour sacrifier à une institution bourgeoise et rétrograde, mais pour toucher une baraque à La Paz.
Sappho, c’est fou !
L’épuisement, la fatigue, l’inconscience : je ne sais pas ce qui m’a pris ce jour-là, mais je me suis retrouvé à regarder, sans y être contraint, « Fan de » sur M6. Et je n’ai pas été déçu du voyage. Au programme de cette émission : « tout ce que les stars auraient préféré vous cacher ». Manquerait plus que ça, qu’elles nous cachent quelque chose. Heureusement que « Fan de » veille pour que le commun des mortels puisse se reposer de l’admiration excessive qu’il porte aux stars en allant renifler leurs petites culottes et fouiller leurs poubelles.
Au sommaire de cette émission : les petits secrets de Daniel Craig, le cancer du sein d’Anastacia, le GPS des stars, un truc sur Julien Doré que je n’ai pas eu le courage de regarder de peur qu’il ne se mette à chanter, les liftings de Nicole Kidman et le sujet qui arrache : « Lesbiennes à Hollywood ».
Une chose est claire : Nicole Kidman n’est pas lesbienne. Mais elle a recours à la chirurgie esthétique, comme en témoignent les nombreux changements de coiffure qu’elle opère et que M6 a ressortis de ses archives : ça ne trompe pas. Un jour, elle porte un chignon. Le jour d’après, elle a un chapeau. La salope, elle va chez le coiffeur et, parfois, ça lui arrive de passer au maquillage avant de jouer une scène. Incredible ! Avant d’avoir vu ça, j’adorais Nicole Kidman et ses allures de blonde hitchcockienne, mais trop c’est trop.
L’essentiel n’est pourtant pas là, mais dans le sujet « Lesbiennes à Hollywood ». Lindsay Loan, que je ne connaissais pas avant de savoir qu’elle s’adonnait gaiement aux amours saphiques, s’est casée avec une autre nana, Samantha Ronson, une DJ ouvertement homo. L’an dernier, Portia di Rossi, l’une des comédiennes de la série Ally McBeal, épousait en Californie l’actrice Ellen DeGeneres. Le couple avait même fait la « une » des magazines people américains. Il suffit à M6 d’évoquer, en sus, Judy Foster et Cynthia Nixon pour en conclure : tout le monde il est lesbienne à Hollywood.
Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Les partisans néo-réactionnaires du principe suivant lequel chacun fait ce qu’il veut de son cul s’en tamponneront franchement le coquillard de savoir si Machinette Lambda est lesbienne ou hétérote. Ce qu’on demande à une actrice ou à une comédienne, c’est de bien jouer ou de bien chanter.
Seulement, ça ne marche pas comme ça quand on est « Fan de », donc modärn : ces actrices qui annoncent qu’elles aiment d’autres actrices, ça offre à la « communauté homosexuelle une visibilité énorme ». Et, à M6, on trouve ça plutôt chouette, la visibilité.
Encore qu’à M6 on n’est pas des tanches et qu’on ne se laisse pas avoir aussi facilement. Que des stars se disent ouvertement homosexuelles, ça permet peut-être de lutter contre les « préjugés lesbianophobes » (à défaut d’avoir une ouverture, les Académiciens qui ont regardé la même émission que moi auront gagné une nouvelle entrée dans leur dictionnaire), mais il reste un sacré bout de gazon maudit à parcourir, pardon, de chemin à faire pour que le petit oiseau de Lesbie prenne son envol[1. Catulle, Le Petit oiseau de Lesbie : « Passer mortuus est meae puellae, passer deliciae meae puellae, quem plus illa oculis suis amabat ; nam mellitus erat suamque norat, ipsam tam bene quam puella matrem. » (Le petit oiseau de mon amie est mort, le petit oiseau qui faisait tous ses délices, celui qu’elle aimait plus que ses yeux ; il était doux comme le miel, et la connaissait aussi bien qu’une fille connaît sa mère.)].
Sociologue interviewée par « Fan de », Marie-Hélène Bourcier le dit sans détours : « Il y a une visibilité lesbienne à Hollywood, mais la condition c’est d’être féminine, belle, jolie et sexy. » Et Ursula del Aguila, cheftaine de rubrique au magazine Têtu, abonde dans le même sens : « Des lesbiennes à Hollywood, d’accord. Mais des lesbiennes qui doivent être bankable, sexy et qui doivent exciter les garçons hétéros. Donc, effectivement, la lesbienne masculine, qui est grosse, qui n’a pas d’argent et qui est exclue de ce monde de paillettes, elle ne sera pas dans les magazines people. »
Cette valeur néo-machiste qu’est la galanterie en souffrira peut-être, mais est-il permis de rappeler à ces dames que les boudins ne font jamais la couverture des magazines people, que le propre de Hollywood est de nous présenter de l’actrice et de l’acteur bankable, du rêve et du glamour ? Qu’elles couchent avec des filles, qu’elles couchent avec des hommes ou, le plus souvent, qu’elles ne couchent pas du tout, personne ne regarde les thons, pardon les thonnes. Et Sappho, que la légende pourtant dote d’un physique disgracieux, n’y pourra rien changer.
Rappelle toi des escudos
Dans le nord du Portugal, région aimable et pluvieuse qui ressemble un peu à l’Irlande, un homme de 54 ans a été interpellé par la police. Il s’était évadé de prison en 1993; alors qu’il purgeait une peine de dix ans pour meurtre. Depuis qu’il avait joué la fille de l’air, il vivait dans des grottes près de Porto, avec vue sur l’Atlantique. Pendant seize ans, son troglodytisme érémitique rigoureux l’avait préservé de tout contact avec les hommes et leurs passions, souvent malheureuses. Ayant découvert que son pays n’avait plus ses jolis billets de cent escudos représentant Fernando Pessoa, mais les avait remplacés par des euros aux dessins assistés par ordinateur, l’homme aurait demandé aux forces de l’ordre soit de retourner en prison, soit de retrouver sa grotte.
Surveillance maritale sévère
La cour de Cassation vient d’accorder aux SMS, par un arrêt rendu le 19 juin, la même valeur qu’aux lettres manuscrites dans les affaires d’adultère. Victime d’une infortune conjugale, une femme bafouée avait produit le texto reçu par son mari de la part d’une fieffée gourgandine pour justifier sa demande de divorce et avait été déboutée en première instance, puis par la cour d’Appel. Alors m’1tenan kan tékri je t’M a ta kops, si cé pa ta fam, fofer gaffe. Bone bz kan m.
Parlons France, parlons franc !
Chers amis causeurs, à la relecture des commentaires de mon article sur les pratiques de la police, je suis impressionné par la vigueur du débat et par la force avec laquelle certains se sont exprimés.
Au risque de pratiquer une discrimination dont je ne suis pas coutumier, je veux exprimer mon admiration aux internautes enfants d’immigrés, à ceux que l’histoire familiale a un jadis déposé sur nos rivages, à ceux dont les parents ou les grands-parents, un jour vu, ont vu chez nous de la lumière et sont entrés.
À travers vos réactions, s’exprime une grande sensibilité à l’injustice, une volonté farouche de ne pas transiger sur les principes de liberté, d’égalité et de fraternité qui fondent notre République et une grande détermination à dénoncer les entorses faites aux droits de l’homme et du citoyen. Nous savons maintenant que si les libertés individuelles sont foulées au pied, balayées de la main ou même repoussées d’une pichenette, nous pouvons compter sur vos protestations et cela vous honore.
Les lois et les pratiques dans notre pays sont loin d’être parfaites et nous aurons toujours besoin d’avis éclairés sur ces questions mais je me demande si les injustices commises par les autorités en France, et je sais qu’il y en a, sont à la hauteur de votre grande capacité d’indignation. Quand par temps clair nous parvenons à distinguer les coutumes policières en usage de l’autre coté de la Méditerranée, je ne peux m’empêcher de penser aux grands défenseurs des opprimés que vous auriez fait là-bas.
Ces pays au nord et au sud du Sahara où si, lors d’un contrôle routier, vous ne glissez pas un billet en tendant votre permis de conduire, vous pouvez passer trois heures sur le bord de la route avant que l’agent ne parvienne à lire votre nom. Ces postes-frontières où, si vous négligez la coutume des frais de douane de la main à la main, les formalités peuvent durer trois jours quand vous êtes blanc dans une voiture, rarement si vous êtes d’une autre couleur sur un bourricot. Dans ces contrées qui vous font chaud au cœur, quels serviteurs de la justice et quels pourfendeurs des discriminations vous auriez pu faire !
Vous n’auriez sans doute pas eu à y dénoncer le délit d’outrage car je ne pense pas que les lois en vigueur aient prévu d’alourdir le dispositif judiciaire de procédures aussi compliquées là où le coup de bâton est si efficace pour réprimer l’insulte adressée à un policier, mais vous auriez été héroïque dans les manifestations offrant vos poitrines aux tirs à balles réelles.
Sensibles aux dérives d’un Etat policier, quels combattants du droit vous feriez aujourd’hui en Iran ! Dénonçant sans relâche un régime où les citoyennes sont des citoyens de seconde zone, vous pourriez y exercer vos talents contestataires. Quand la répression actuelle assassine ou emprisonne sans que les rues de nos villes soient envahies par des musulmans en colère, vos voix manquent là-bas pour défendre les libertés en danger. Vous auriez été les premiers à dénoncer les bourreaux de ces jeunes filles, condamnées à mort et exécutées, non sans avoir été violées par leurs geôliers après un simulacre de mariage parce que l’islam interdit la peine de mort pour les femmes sans époux.
Partout dans le monde où vos cultures d’origine sont à l’honneur, les exemples ne manquent pas d’exactions, corruptions, extorsions, séquestrations, stigmatisations, discriminations, humiliations, aliénations et spoliations. Et le destin a voulu que votre détermination à dénoncer les atteintes aux droits et aux libertés s’exerçât dans notre pays. Vous nous en voyez honorés et, à n’en pas douter, c’est une chance pour la France de compter parmi les Français des citoyens si attachés à son histoire humaniste et à ses valeurs.
La France de Zola, celle qui accuse et se dresse contre l’injustice, peut être fière de ses enfants adoptifs et reconnaissante envers tous ceux qui la rappellent sans relâche à son devoir d’exemplarité, ces belles âmes que l’intransigeance caractérise, ces hommes et ces femmes venus d’ailleurs qui lui permettent, par leurs critiques sévères mais justes, de rester elle-même, terre de liberté, d’égalité et de fraternité, terre d’asile pour tous les opprimés – bref la France éternelle que nous aimons.
Meurtres à France Télécom
C’est le polar de l’été. Michel D., 51 ans, a été retrouvé assassiné à son domicile. Il était salarié de France Télécom à Marseille et son corps sans vie a été découvert le 14 juillet. L’inquiétude grandit à la direction, car le mystère reste entier. Il semblerait en effet qu’un redoutable serial quileur ait décidé de semer la panique dans la prestigieuse entreprise. C’est la dix-huitième fois qu’il frappe depuis février 2008, faisant en moyenne une victime par mois, sans compter une dizaine d’autres tentatives, heureusement déjouées in extremis.
Qui peut en vouloir à ce point à notre fleuron national de l’industrie des télécommunications, modèle d’une privatisation réussie dans le bonheur, l’harmonie et d’une exemplaire concertation entre partenaires sociaux travaillant de concert sous les bienveillantes directives bruxelloises ? Un concurrent étranger ? Une secte adoratrice de l’orange et qui ne supporte pas l’utilisation publicitaire d’une couleur sacrée ? Des anarcho-autonomes luddites ? Oui, qui veut faire échouer ce bel exemple de modernisation et de restructuration réussies ?
On le voit, les pistes sont multiples, mais le pire réside dans l’incroyable perversité du sérial quileur, qui n’hésite pas à maquiller ces assassinats en suicides pour discréditer l’image de France Télécom comme modèle social. Jack l’éventreur, Ted Bundy, Guy Georges sont ici largement battus et font figure d’amateurs sans imagination. Ainsi a-t-on retrouvé près du corps de Michel D., comme chez les autres victimes, une lettre manifestement fausse qui met en cause « l’urgence permanente », « la désorganisation totale de l’entreprise », voire « le management par la terreur».
Heureusement, les autorités ne se sont pas laissé duper. Il faut dire que le sérial quileur en a quand même fait un peu trop.
À qui fera-t-on croire de telles énormités ? Surtout quand on lit à propos de cette tragique affaire l’entretien donné par le directeur des relations sociales de France Télécom dans l’édition du 28 juillet du Parisien-Aujourd’hui en France : « Quand on fait bouger une entreprise comme France Télécom, qui compte plus de 100 000 salariés, en si peu de temps, on remue tout le corps social. Mais cette mue s’est mise en place avec des mesures d’accompagnement comme la mise en place d’espaces d’écoute et la formation de manageurs pour repérer ce qu’on appelle des “signaux faibles” pour les salariés. »
Un tel humanisme dans la démarche discrédite évidemment la thèse aberrante des suicides à répétition.
Et pourtant… Certains n’hésitent pas, en toute irresponsabilité, à l’exploiter cyniquement. Ainsi quelques cadres surmutualisés de la CGC et des gauchistes de SUD-PTT n’ont ils pas hésité à mettre en place un « Observatoire du stress et des mobilités forcées à France Télécom » et dénoncé « le silence assourdissant de la direction ».
Les salauds. Il n’y a pas d’autre terme pour désigner ces archéo-syndicalistes qui n’ont pas conscience que leurs gesticulations indignes font le jeu d’un tueur en série tapi dans l’ombre et qui, n’en doutons pas, s’apprête encore à frapper.
Plutôt que de faire front avec leur direction, ils instrumentalisent un atroce fait divers pour ranimer la lutte des classes, ou pire encore, allez savoir, pour nous faire revenir à l’inefficacité du vieux service public et des incroyables prébendes que s’accordaient alors des fonctionnaires privilégiés et fainéants.
Faudra-t-il attendre que le chiffre de vingt sui…, euh pardon, de vingt assassinats soit dépassé pour qu’ils aient enfin la décence, ces syndicalistes, d’œuvrer efficacement à la recherche du tueur, ou alors de se taire, une fois pour toutes ?
On peut toujours rêver.


