Romell Broom vient de passer un sale quart d’heure. Cet Américain de 53 ans, condamné à mort pour viol et meurtre, devait être exécuté, mardi dernier, par injection létale, comme le prévoient les lois de l’Ohio. Manque de bol, ses bourreaux n’ont jamais réussi à trouver les veines ad hoc et donc à mener leur tâche à bien. Deux heures durant, ils ont tâtonné, piquouillé, injecté. En vain : c’est vivant mais hurlant de douleur que Romell a été ramené dans sa cellule. Le gouverneur de l’Etat a annoncé qu’on procéderait à une nouvelle tentative dans dix jours, le temps, sans doute, que ses dizaines d’hématomes se résorbent. Un drame comme on ne risque pas d’en voir chez nous, la peine de mort ayant été abolie, et la vaccination antigrippe n’étant pas encore obligatoire
Borloo : un scoop à l’eau

Quelles leçons tirer, avec un peu de recul (trois jours) et beaucoup d’aléas collatéraux, de la retentissante affaire de ministre pochtron débusquée par le Canard Enchaîné et des événements qui l’ont suivie ?
Tout d’abord le rappel des faits : dans leur édition de mercredi dernier, nos confrères palmés affirment que Jean-Louis Borloo était fin bourré jeudi 3 septembre, dans la cour de l’Elysée, où il venait de rencontrer, au côté du Président, Cécile Duflot, des Verts, pour causer taxe carbone. C’est après cette entrevue qu’on aurait vu le ministre de l’Ecologie trébucher à maintes reprises dans les escaliers et bafouiller quelques propos incompréhensibles en lieu et place de sa déclaration officielle sur ledit entretien. Circonstance aggravante, des images de cette virée diurne aurait été captées par un intrépide caméraman de France 2, pour être détruites aussitôt par des responsables de la chaîne publique.
Tous les ingrédients d’une bien bonne poilade étaient donc réunis, à ceci près que tous les témoins de l’après-midi en question se sont accordés pour dire que Borloo était parfaitement sobre, à commencer par Cécile Duflot. Même capilotade côté France 2 où la thèse des images « détruites » s’écroule lamentablement en 24 heures chrono. Tant pis pour la belle affaire, donc, mais le pire n’est pas là. Car comme dirait Marc Lévy : « Et si c’était vrai ? » Eh bien, à mon humble avis, il n’y avait pas non plus de quoi en faire toute une histoire (un conseil que Marc Lévy aurait dû suivre aussi, mais, justement, c’est une autre histoire).
Honnêtement, je ne vois pas bien le drame s’il avait, ce jour-là, abusé de Chassagne-Montrachet ou de Glenlivet. Parce qu’entre nous, même s’il est beurré comme un petit Lu, le Borloo, il va se passer quoi ? Il n’a pas accès au bouton rouge de la force de frappe tactique. Il n’est pas habilité à déclarer la guerre à un pays voisin, fut-il pollueur. Enfermé toute la journée dans un ministère qui ne sert à rien, son pouvoir de nuisance est par conséquence réduit à néant. Qu’il se bourre la gueule aurait été très excusable, qu’il soit de fait resté abstinent ce jeudi-là est carrément héroïque, personnellement je serais totalement incapable capable, à jeun, de supporter sans moufter les âneries de la Duflot
Deuxio, l’article du Canard contient de graves erreurs scientifiques sur l’alcoolisme, un trait de caractère qu’on impute souvent au ministre en question. Quand il a picolé, l’alcoolo ne bafouille, ni ne trébuche. Ça n’arrive, au contraire, que quand il s’est mis à la San Pé ou au Coca Zéro.
Tertio, ce même article, affirme, sans avancer la moindre preuve scientifique, que l’efficacité au travail est forcément affectée par le taux d’alcoolémie. Là encore, il s’agit d’une contrevérité flagrante. Car si tel était le cas, il y a longtemps que le Canard aurait déposé le bilan…
Ne me pique pas
Jusqu’à mardi soir, Roselyne Bachelot m’était plutôt sympathique. Et j’ai regardé le Grand Journal de Canal +1. Elle y était invitée pour nous parler de la fameuse grippe A, et nous rassurer, comme elle l’a dit elle-même.
Denisot l’a interrogée sur les projets de vaccination, massive, et sur la méfiance qui s’emparait des Français vis-à-vis du futur vaccin. Je ne vous le cache pas, je fais partie de ces méfiants. Et je le suis d’autant plus quand je sais qu’un-tiers des personnels de santé, pourtant cibles prioritaires, ne souhaite pas se faire vacciner alors que cette profession figure parmi les plus exposées. Lire la suite.
Fallait-il laisser Hosni sortir d’Egypte ?

L’Unesco, en temps normal, tout le monde s’en fiche. Il a fallu la candidature de Farouk Abdel-Aziz Hosni, actuel ministre égyptien de la Culture, à la tête de cette usine à gaz onusienne, pour qu’elle devienne un sujet de news et l’enjeu d’une bataille au couteau dans l’arrière-cuisine du pouvoir. Pourquoi donc tant de bruit ? Tout simplement parce que le candidat égyptien, qui part favori après le premier tour, est responsable de plusieurs déclarations anti-israéliennes et antisémites. Mais si BHL, Claude Lanzmann et Elie Wiesel sont sur le pied de guerre, Israël regarde ailleurs. En clair, l’Etat hébreu a donné son feu vert. L’entente de Netanyahou avec Moubarak sur ce dossier évoque vaguement l’attitude de Berne vis-à-vis de Tripoli. C’est donc l’occasion pour Bibi de réaliser un vieux rêve israélien : devenir la Suisse du Proche-Orient.
Né à Alexandrie en 1938, le héros de cette affaire se lance dans une carrière de peintre et devient rapidement un artiste engagé – dans la fonction publique. Ainsi, à l’âge de 26 ans, il occupe un emploi de « modérateur culturel » au Département général des Beaux-arts au ministère de la Culture. Il est ensuite nommé directeur du Palais de la culture d’Alexandrie, poste qu’il quitte pour celui diriger le Centre culturel égyptien à Paris (1971-1978) où il est également attaché culturel. Par le plus grand hasard, c’est lors de ce séjour diplomatique en France qu’il son art est pour la première fois couronné par le prix du festival de Cagnes-sur-Mer (1972). Quant au prix « de la culture et de la paix » qui lui a été décerné en 1993 par l’université internationale de la Söka Gakkai au Japon, ma nullité en matière de peinture abstraite contemporaine m’interdit de me prononcer. Entretemps, Hosni a passé quelques années à Rome à la tête de l’Académie égyptienne des Arts à Rome. En 1987, sa carrière est couronnée par portefeuille de la Culture qu’il détient sans discontinuer jusqu’à aujourd’hui.
On ne fait pas une telle carrière en affichant des opinions dissidentes. Être ministre de la Culture dans un pays où les intellectuels sont antisémites comme ils sont de gauche en France et où une visite à l’ambassade d’Israël au Caire suffit pour être lynché, cela demande quelques efforts. Quelques-uns, comme le prix Nobel Naguib Mahfouz ont pu se permettre d’avoir des opinions nuancées mais la légitimité morale et artistique de Farouk Hosni est trop limitée pour qu’il s’autorise de tels chichis. Il s’est donc plié aux figures imposées par la doxa locale : citons, entre autres, « l’infiltration des médias internationaux par les Juifs ». Il a également déclaré qu’« Israël n’avait jamais contribué à la civilisation à quelque époque que ce soit car il n’a jamais fait que s’approprier le bien des autres », mais il est vrai que ce n’est pas très éloigné de ce que pensent beaucoup de belles âmes alter ici. Son embarrassant CV comporte aussi une invitation lancée au négationniste Roger Garaudy. Bref, comme l’a noté Caroline Fourest dans Le Monde, « il a beau s’en défendre et dire respecter la ‘culture juive’, Farouk Hosni est à l’image des apparatchiks de sa génération : incapable de distinguer la question juive de la politique israélienne ».
L’honnêteté impose cependant de rappeler qu’il a aussi été le défenseur sans faille d’une certaine laïcité. Il a qualifié le voile musulman de « pas en arrière pour les femmes égyptiennes. » « Si les femmes doivent se couvrir, les hommes devraient le faire aussi, vu qu’il n’y pas de différence entre des cheveux féminins et masculins », a-t-il dit.
Le cas Hosni a menacé de tourner à la crise diplomatique, à partir du moment où le président Moubarak a décidé de soutenir sa candidature, puis face aux premières critiques, d’en faire une question de prestige et d’honneur national pour l’Egypte.
Avant le 30 mai 2009, date limite de dépôt des candidatures, Le Caire s’est attelé à la besogne en mettant particulièrement la pression sur la France, pays hôte du siège de l’Unesco, et sur Israël, dont la magnanimité était d’autant plus indispensable que l’offensive anti-Hosni a été menée par d’éminents intellectuels juifs. De son côté, le candidat suspect s’est pris d’une soudaine passion pour les vieilles synagogues égyptiennes.
Il est clair qu’Israël ne peut guère s’offrir le luxe d’une crise majeure avec l’Egypte. Il n’en reste pas moins que dans ce jeu, l’Egypte possède d’innombrables atouts. Le Caire n’a même pas besoin de rappeler son soutien à l’Etat hébreu lors des derniers incidents à Gaza, la lutte commune contre le Hamas, le trafic d’armes et le Hezbollah, la menace iranienne qui pèse sur les deux pays, et enfin les efforts égyptiens pour faciliter la libération du soldat Shalit. Sans oublier la petite cerise sur le gâteau offert à un Netanyahou fraîchement élu : la bénédiction de Moubarak qui a chanté les louanges du chef du « gouvernement israélien le plus à droite de l’histoire » lors de sa dernière visite aux Etats-Unis il y un mois. N’oublions pas non plus que le secrétaire général actuel de la Ligue arabe est l’Egyptien Amr Moussa, dont l’hostilité à Israël est tempérée par les « conseils » de Moubarak. Bref, si le président égyptien demande à un Premier ministre israélien de lui rendre un petit service, c’est une proposition qu’il ne peut pas refuser.
Pour la France, l’Egypte et son président représentent un atout-maître. Bien au-delà de son rôle au cœur du grand projet méditerranéen d’Henri Guaino, Moubarak est le garant de la stabilité du plus grand pays arabe. La fin de règne du vieux président égyptien est une source de grandes inquiétudes, et on n’exclut pas, dans les chancelleries européennes, un scénario à l’algérienne pour l’après-Moubarak. Le moment est mal choisi pour infliger un camouflet public et international au président et à son ministre ennemi des Frères musulmans. Paris a donc déployé une intense activité pour aider M. Hosni. Le président lui a même prêté sa plume : comme l’a révélé Natalie Nougayrède dans Le Monde, c’est bien Henri Guaino qui a écrit la tribune publiée par Le Monde le 22 mai dans laquelle Hosni plaide son cas et tente de dissiper les « malentendus ». Ce qui n’a pas arrangé les relations diplomatiques entre Guaino et BHL qui continuent à se traiter de noms d’oiseaux par médias interposés. Ambiance.
Tout cela ne va pas améliorer la crédibilité de l’Unesco, qui apparaît pour ce qu’elle est : la récompense de dignitaires en fin de carrière de régimes essoufflés. C’est ainsi que fonctionne la démocratie mondiale – one state, one vote. Si ça fait plaisir à notre ami Moubarak, un antisémite à paris, ça ne changera pas la face du monde.
La révolte des Lolitas
Ça chauffe à Etampes. Le nouveau proviseur du lycée Geoffroy Saint-Hilaire avait signifié, lors de la rentrée, son refus de voir les élèves venir en tenue trop légère ou trop courte. Adieu, donc, mini-jupe, shorts et jeans troués. Un filtrage avait même été organisé à l’entrée par les surveillants avec une rigueur transformant l’établissement en véritable carré VIP. Une élève de terminale littéraire (sûrement une gauchiste glandeuse pour trainer dans des filières où l’on étudie la Princesse de Clèves) organise alors une « journée du short » et elle est suivie dans son initiative par deux cents de ses petites camarades. L’adorable spectacle dans l’été indien n’aura pas ému les autorités : la meneuse est virée. Mais la riposte se prépare déjà. Le proviseur ayant également interdit aux jeunes gens de s’embrasser sur la bouche (sans aucun doute pour de louables raisons prophylactiques en ces temps de grippe A), plusieurs organisations lycéennes appellent tous les établissements d’Etampes à une « journée du baiser » mardi prochain. La nomination d’un médiateur nous semble dans cette affaire désormais indispensable, ne serait-ce que pour prendre langue.
Faut-il castrer Berlusconi ?

Le plus chic des rendez-vous du prochain week-end se situera, samedi 19 septembre, au 90 via Cristoforo Columbo, à Rome. On attend, en effet, une palanquée de people accourus de toute l’Europe pour manifester leur soutien au quotidien italien La Repubblica, dont le siège se trouve dans cette artère dédiée au hardi navigateur génois. La direction de ce journal a battu le rappel et sonné le tocsin après que le premier ministre Silvio Berlusconi a décidé de le poursuivre en diffamation pour la campagne menée durant tout cet été par La Repubblica concernant sa vie sexuelle.
Se rassembler dans une ville agréable en cette fin d’été ensoleillée avec la bonne conscience d’airain conférée par la défense de la liberté de la presse menacée par le pouvoir politique est un luxe que même les pauvres peuvent s’offrir grâce aux compagnies aériennes low cost qui desservent la Ville éternelle.
Si Umberto Eco, Roberto Benigni, Claude Lanzmann, Daniel Pennac et toute une série de prix Nobel ont signé un texte de soutien à La Repubblica, c’est que l’affaire doit être grave et exige que tous les démocrates se mobilisent pour la liberté d’expression mise à mal par un voyou des médias reconverti dans la politique.
C’est peu dire que de ce côté-ci des Alpes, le cavaliere n’a pas bonne presse. Le parcours de ce personnage parti d’une petite entreprise de bâtiment pour devenir un magnat des médias avant de se lancer avec succès en politique fait horreur à ceux qui, à droite comme à gauche, estiment qu’il est indécent de confier les rênes de l’Etat à un personnage ayant fait sa fortune dans le commerce de la vulgarité.
Ceux qui vont au-delà des apparences assez peu classieuses de Berlusconi et examinent sans préjugés la politique intérieure et extérieure menée par les divers gouvernements qu’il a dirigés sont amenés à porter un jugement nettement plus nuancé sur le personnage.
Côté lumière, il faut le créditer d’une ardeur réformatrice, notamment en matière fiscale et sociale qui a sorti l’Italie de la spirale infernale de l’endettement causé par l’énormité et l’inefficience des services publics. Jusqu’au déclenchement de la crise économique mondiale, l’Italie faisait figure de modèle pour la manière dont elle réduisait sa dette sans que cela provoque de mouvements sociaux de l’ampleur de ceux des années 1970.
La politique étrangère de Berlusconi, fondée sur le réalisme le plus cynique et la défense active des intérêts économiques nationaux n’est peut-être pas très ragoutante, mais on ne peut lui dénier une certaine efficacité pour atteindre ses objectifs. Comme il a compris que l’Europe ne sera jamais en mesure d’être autre chose qu’un grand marché incapable de transposer sa puissance économique dans le domaine politique, il « joue perso » à l’international.
C’est ainsi qu’il est devenu une sorte de parrain de l’espace méditerranéen, sans se lancer pour autant dans la construction d’usines à gaz du genre Union pour la Méditerranée. C’est lui qui persuade, lors d’un coup de téléphone de dernière minute entre Kehl et Strasbourg, les Turcs d’accepter la candidature du Danois Anders Fogh Rasmussen au secrétariat général de l’OTAN. C’est lui qui convainc Kadhafi de recevoir en Libye les immigrés clandestins expulsés d’Italie, ce qui a eu pour conséquence un tarissement radical des arrivées de sans-papiers à Lampedusa. C’est lui enfin qui entretient les meilleures relations du monde avec Poutine et Medvedev, et promeut avec Gazprom le projet de gazoduc Southstream, concurrent du projet européen Nabucco, qui vise à diminuer la dépendance de l’UE par rapport au gaz russe. C’est tout bénéfice pour l’ENI, le géant italien des hydrocarbures. Berlusconi se retrouve d’ailleurs sur ce point en phase avec Angela Merkel, qui soutient l’autre projet, Northstream, destiné à amener ce gaz directement en Allemagne sans traverser la Pologne. Ce triangle Allemagne-Italie-Russie est une configuration géopolitique qui a eu, jadis un certain poids en Europe…
Côté ombre, on notera, pour la condamner, la manière dont Silvio Berlusconi a utilisé sa majorité parlementaire pour faire voter des lois le mettant à l’abri des poursuites judiciaires dans diverses affaires de corruption dont il était accusé.
Il existe donc suffisamment de bons procès à intenter, métaphoriquement s’entend, aux pratiques politiques de Silvio Berlusconi pour ne pas lui en faire de mauvais.
Car celui que mène actuellement Ezio Mauro, le directeur de La Repubblica, contre le premier ministre est du genre plutôt douteux, puisqu’il concerne exclusivement sa vie privée, en dépit des efforts du journal pour donner une dimension politique à ses accusations.
Tout commence ce printemps, avec les déclarations de Veronica Lario, l’épouse de Berlusconi, qui accuse son mari de fréquenter des jeunes filles mineures et de promouvoir dans la vie politique des jeunes femmes en fonction de leur physique. Veronica Lario, ancienne actrice et deuxième épouse de Berlusconi, agit ainsi dans le cadre d’une procédure de divorce engagée par elle, où de considérables sommes d’argent sont en jeu. Au passage elle s’étonne de la participation de son mari à l’anniversaire d’une certaine Noemi Letizia, si vous voyez ce que je veux dire…
Il n’en fallait pas plus pour lâcher la meute des paparazzis et des fouineurs à plumes aux trousses d’un Premier ministre dont on subodore la lubricité sans entraves. Va y avoir du lourd ! On presse, sans succès, la jeune Noemi de révéler la vraie nature de ses relations avec « papounet ». On fait sortir, dans des journaux étrangers[1. Berlusconi avait obtenu de la justice italienne l’interdiction de la publication de ces photos dans les medias transalpins.], des photos de fêtes données par Silvio dans sa propriété de Sardaigne, où l’on peut admirer des jeunes femmes peu farouches dans des tenues très légères. Au passage, ces photos embarrassent le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek, surpris à prendre, en public, une douche en tenue d’Adam. Enfin, pour donner une touche finale à ce tableau un rien coquin, surgit une prostituée de luxe qui affirme, enregistrements à l’appui, avoir eu des relations intimes tarifées avec l’illustre septuagénaire. S’ajoutent à cela les « promotions canapé » dont auraient bénéficié quelques jolies femmes lui ayant accordé leurs faveurs. Sur ce dernier point, le seul qui justifierait une controverse politique, on pourra remarquer qu’il n’y a pas si longtemps un de nos plus éminents présidents de la République, aujourd’hui décédé, se comportait de manière similaire sans que personne n’y trouvât à redire. Autres temps, autres mœurs…
Faut-il alors s’offusquer que Silvio Berlusconi porte plainte contre un journal réputé sérieux qui se comporte en la matière comme le plus bas de gamme des magazines pipoles ? Est-ce porter atteinte à la liberté d’expression que de défendre son droit au respect de la vie privée, même si celle-ci heurte la morale courante ? En demandant un million d’euros de dommages-intérêts à La Repubblica, Berlusconi ne cherche pas à mettre sur la paille l’un des plus prospères groupe de presse européen, pour qui cette somme constitue une broutille. Il convient donc, en la matière, de raison garder et de ne pas crier au loup quand on voit seulement un vieux cochon.
Quand l’UMP envoie du lourd
« La vie est ainsi faite qu’il est des instants où il faut dépasser nos destins personnels pour nous effacer et ne pas compromettre l’essentiel. » C’est beau comme du Cicéron ou du de Gaulle et c’est à de petites choses comme ça que l’on mesure la qualité du personnel politique français et son niveau de culture générale, y compris chez les troisièmes couteaux. En effet, qui s’exprime avec cette mâle abnégation ? Tout simplement Jean-François Raynal, conseiller général UMP, quand on lui a annoncé qu’il était inutile d’espérer se présenter à la législative partielle des 11 et 18 octobre dans la 12e circonscription des Yvelines, l’état-major du parti présidentiel ayant décidé de parachuter David Douillet, le judoka aux pièces jaunes, sur les électeurs de Poissy, Plaisir et Morainvillers, idée en soi déjà légèrement angoissante. On comprend donc mieux la grandeur d’âme de Jean-François Raynal. Douillet, ce n’est pas franchement un gabarit à la Michel Jobert, et comme disait Audiard : « Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, les types de 60 kilos les écoutent. »
Dirty Dying

Patrick Swayze est mort et il ne me donnera jamais son secret. Dans ses différents films, il a joué les seuls rôles qui m’aient vraiment fait rêver, à l’exception de celui de secrétaire général du PCF pour restaurer la ligne classe contre classe ou encore auteur d’un roman définitif, comme Ulysse ou La Recherche.
D’abord, il a embrassé Demi Moore sur Unchained Melody dans Ghost. Et Demi Moore est une des plus belles actrices au monde, quoique brune, tandis que Unchained Melody par the Righteous Brothers reste un sommet indépassable du doo-wop. Et bien que je sois un petit cartésien matérialiste, peu sensible aux brumes celtes, aux brouillards du roman gothique et aux halloweendades diverses avec fantômes, esprits et maisons hantées, je dois néanmoins avouer que je ne rate jamais une rediffusion de Ghost.
Ensuite, Patrick Swayze a sauté en parachute et fait du surf dans Point Break Extreme limite, un polar très testosteroné de l’une des plus efficaces réalisatrices de films d’action d’Hollywood, la grande Katrhyn Bigelow, qui aime les mecs, les flingues et les nanas qui en ont comme Jamie Lee Curtis dans Blue Steel.
Ce qu’il y avait de bien dans Point Break Extreme limite, c’était que Patrick Swayze était le gourou cool d’une bande de surfers qui braquaient des banques en se déguisant avec des masques de présidents américains. Ils fumaient de l’herbe, passaient leur temps à chevaucher des rouleaux impressionnants, à faire l’amour au bord de l’océan, bref à vivre dans un temps libéré de la production où le libre développement de chacun était l’unique condition du libre développement de tous. On imaginait bien, dans ce film, Swayze lire Kerouac et Brautigan dans l’aube californienne, avant d’attaquer les murs de vagues sous un gros soleil rouge.
Et puis Patrick Swayze savait danser. Et salement bien. Dirty dancing, vous vous souvenez ? C’était en 1987, mais c’était censé se passer dans les années soixante, dans l’Oregon, à l’époque où l’Amérique était encore innocente et où les corps rencontraient les corps dans cette incroyable et unique sensualité de l’espace créé par le rock.
Nous, on s’était cru malin jusqu’à cette date parce qu’on ne se débrouillait pas trop mal dans les mariages et que l’on s’en tirait en frimant avec les deux mêmes passes acrobatiques apprises par une cousine très patiente, dix ans auparavant. Et voilà que toutes nos illusions s’écroulaient avec Patrick Swayze qui semblait faire l’amour tout habillé, sur Love Man d’Otis Redding.
Incarnation de cet hédonisme aimable, presque libertaire, qui est l’un des aspects les plus séduisants des USA, Patrick Swayze a finalement été dans les années 1980 et 1990 de la contre-révolution reaganienne une manière de contrepoint souriant et sexy à une époque assez sombre, comme une survivance presque anachronique, une poche temporelle échappée des années Kennedy.
Espérons que Patrick Swayze y trouvera, avec des filles pour danser et des planches de surf pour glisser sur l’éternité, un asile politique définitif.
Brève de comptoir
On sait tout le bien qu’on a pensé ici de Monsieur Bob, la biographie du génial écrivain-buveur Robert Giraud écrite par Olivier Bailly. Et bien ceusses qui ont aimé pourront rencontrer l’auteur – autour d’un verre, faut-il le dire ! – pas plus tard que ce soir à 18 h à la librairie La Friche, 36 rue Léon Frot , Paris XIe. D’après nos services de renseignements, il n’est pas à exclure que cette manifestation culturelle se poursuive dans le fameux bistrot à vins de Jacques Mélac, qui n’est vraiment qu’à trois pas de là, à condition, bien sûr, de marcher droit…
Un coup téléphoné

Ainsi le président de la République a-t-il jugé indispensable d’intervenir personnellement, lors de son déjeuner de lundi dernier avec les députés UMP, dans le débat sur l’octroi d’une quatrième licence téléphonique. En soi ce n’est pas un scandale, au contraire. La part du budget « portable » ne cesse de s’accroître dans les comptes des familles. Il s’agit, par ailleurs, d’un enjeu industriel stratégique, les petites ondes en question étant appelées, à terme, à remplacer tant les antennes râteau ou satellite qui défigurent votre cheminée que les câbles divers qui traînent encore un peu partout dans votre salon. Une mutation certes déjà engagée, mais loin d’être achevée, comme le prouve le succès phénoménal de l’iPhone et de ses suiveurs.
A l’horizon 2015, ce n’est plus un banal téléphone, même amélioré, qui déformera la poche de votre jean, mais bel et bien un terminal informatique embarqué, qui aura obsolétisé depuis longtemps non seulement appareils photos, baladeurs, autoradios et autres babioles techno, mais aussi probablement votre carte bleue, votre ligne de téléphone fixe et votre abonnement ADSL. Et dans quelques années, avec les progrès exponentiels des écrans souples et du papier électronique, il n’est pas exclu qu’on feuillette son quotidien du matin après en avoir téléchargé le contenu via le même joujou portable. L’enjeu économique, mais aussi idéologique est donc monstrueux, et que le président s’en mêle est a priori heureux.
Le problème, car il y en a un, et lourd, c’est la teneur de l’intervention : Nicolas Sarkozy a expliqué aux députés UMP réunis à l’Elysée qu’il n’y aurait pas de quatrième larron dans le portable. En clair, que Free – seul impétrant déclaré – ne viendrait pas enquiquiner les trois opérateurs historiques qui se partagent le bon gâteau. En encore plus clair, que le portable low cost, puisque chacun sait que tel est l’objectif du candidat à la quatrième licence, est enterré sans fleur ni couronnes.
On observera tout d’abord que cette prise de position viole les fondamentaux déclarés du sarkozysme.
Primo, la relance du pouvoir d’achat par la baisse des prix (on a oublié depuis longtemps ses promesses de buveur d’eau sur le candidat de la feuille de paye). Depuis 15 ans, Orange, SFR et Bouygues, se sont, de fait, entendus, pour maintenir les prix à de l’abonnement à un niveau exceptionnellement élevé. On rappellera au passage que les trois entreprises concernées, celles que le président a choisi de soutenir mordicus, n’ont pas un casier judiciaire vierge, loin s’en faut : elles ont déjà condamnés en 2005 par le Conseil de la concurrence, pour entente illicite sur les tarifs du portable, à des sanctions pécuniaires, pour un montant cumulé de 534 millions d’euros ! Le président de l’UFC-Que choisir (qu’on ne peut absolument pas soupçonner de lobbying pro-Free, l’association et l’opérateur étant en perpétuel procès sur le dossier ADSL) a donc raison de ne pas mâcher ces mots sur son blog : « Pensez donc : un quatrième opérateur ! Et pourquoi pas une vraie concurrence (au lieu de l’oligopole actuel) ? Et tant qu’on y est, allons-y, une guerre des prix au profit du consommateur ? »
Ce qui nous amène logiquement à la deuxième loi fondamentale du sarkozysme violée par son propre père fondateur : la libre entreprise, la concurrence non faussée, la prime à l’innovation, etc. Toutes vertus exaltées sans cesse dans le programme du candidat comme dans les discours du président et qu’on a donc enterrées aussi en choisissant de verrouiller le dossier – et aussi au passage le débat dans l’UMP sur cette question.
En ce qui me concerne, je n’ai jamais trop cru à ce refrain-là. En vieux marxiste maintenu, je pense que l’innovation n’est pas, n’est plus, structurellement liée au grand capital, qui n’aime rien tant que les situations de quasi-monopole ou le siphonage de l’argent public. En revanche, cet hymne à la modernitude dopée par la libre concurrence, je n’ai aucune raison valable de croire que le président n’y ait pas cru lui-même. Et je me dis qu’il a fallu que se mettent en branle des leviers très puissants pour que Nicolas Sarkozy foule aux pieds ce qu’il a adoré. Comme il ne faut pas confondre causeur et branleur, on abandonnera d’emblée les hypothèses conspirationnistes. On négligera aussi les pistes canardenchaînistes (caisses noires des partis politiques, force de frappe publicitaire des trois grands, etc.). On éclatera de rire devant les arguments des opérateurs historiques (comme quoi la quatrième licence serait une catastrophe sociale, qui supprimerait 10 000, voire 30 000 emplois) qu’on a du mal à voir rhabillés en chevaliers blancs du syndicalisme ouvrier.
Reste une hypothèse, et ça tombe bien, c’est ici et nulle part ailleurs qu’elle a été maintes fois développée, et notamment par Elisabeth. Elle implique, pour être comprise, de dépolluer nos cerveaux de quelques schémas traditionnels mais caducs, pour pouvoir reposer le problème à l’endroit. On n’a pas affaire à un pouvoir avide de contrôler les médias, mais bel et bien à un pouvoir contrôlé par ces mêmes médias. Incapable de se mouvoir à l’extérieur du créneau que ceux-ci veulent bien lui affecter. Ça vaut pour l’actuel chef de l’Etat, ça vaut aussi pour ses opposants officiels, et ça vaudra aussi pour ses successeurs. Or quand on parle de SFR, de Bouygues, d’Orange, on parle de trois acteurs décisifs du Parti des médias, puisque suivant l’exemple de Bouygues-TF1 et de SFR-Canal+, Orange a fait de la télévision un de ses axes majeurs de croissance et y a investi pour ce faire des sommes considérables (on a tous en mémoire l’interminable surenchère pour les droits de retransmission du foot).
On s’est longtemps inquiété dans ce pays des dérives dues à l’existence d’un complexe militaro-médiatique. Certains continuent de regretter qu’on puisse à la fois marchand d’armes, comme Lagardère ou Dassault, et propriétaire du Figaro ou d’Europe 1. Là encore, il va falloir apprendre à remettre le problème sur ses pieds. Ce qui est désormais dangereux ce n’est plus que des industriels possèdent des moyens d’information, mais l’inverse. Au XXIe siècle, le parti des médias est au cœur du jeu économique, et bien malin qui voudra le contrer.
Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy a choisi Goliath contre David.
Ne me pique pas (Disco Remix)
Romell Broom vient de passer un sale quart d’heure. Cet Américain de 53 ans, condamné à mort pour viol et meurtre, devait être exécuté, mardi dernier, par injection létale, comme le prévoient les lois de l’Ohio. Manque de bol, ses bourreaux n’ont jamais réussi à trouver les veines ad hoc et donc à mener leur tâche à bien. Deux heures durant, ils ont tâtonné, piquouillé, injecté. En vain : c’est vivant mais hurlant de douleur que Romell a été ramené dans sa cellule. Le gouverneur de l’Etat a annoncé qu’on procéderait à une nouvelle tentative dans dix jours, le temps, sans doute, que ses dizaines d’hématomes se résorbent. Un drame comme on ne risque pas d’en voir chez nous, la peine de mort ayant été abolie, et la vaccination antigrippe n’étant pas encore obligatoire
Borloo : un scoop à l’eau

Quelles leçons tirer, avec un peu de recul (trois jours) et beaucoup d’aléas collatéraux, de la retentissante affaire de ministre pochtron débusquée par le Canard Enchaîné et des événements qui l’ont suivie ?
Tout d’abord le rappel des faits : dans leur édition de mercredi dernier, nos confrères palmés affirment que Jean-Louis Borloo était fin bourré jeudi 3 septembre, dans la cour de l’Elysée, où il venait de rencontrer, au côté du Président, Cécile Duflot, des Verts, pour causer taxe carbone. C’est après cette entrevue qu’on aurait vu le ministre de l’Ecologie trébucher à maintes reprises dans les escaliers et bafouiller quelques propos incompréhensibles en lieu et place de sa déclaration officielle sur ledit entretien. Circonstance aggravante, des images de cette virée diurne aurait été captées par un intrépide caméraman de France 2, pour être détruites aussitôt par des responsables de la chaîne publique.
Tous les ingrédients d’une bien bonne poilade étaient donc réunis, à ceci près que tous les témoins de l’après-midi en question se sont accordés pour dire que Borloo était parfaitement sobre, à commencer par Cécile Duflot. Même capilotade côté France 2 où la thèse des images « détruites » s’écroule lamentablement en 24 heures chrono. Tant pis pour la belle affaire, donc, mais le pire n’est pas là. Car comme dirait Marc Lévy : « Et si c’était vrai ? » Eh bien, à mon humble avis, il n’y avait pas non plus de quoi en faire toute une histoire (un conseil que Marc Lévy aurait dû suivre aussi, mais, justement, c’est une autre histoire).
Honnêtement, je ne vois pas bien le drame s’il avait, ce jour-là, abusé de Chassagne-Montrachet ou de Glenlivet. Parce qu’entre nous, même s’il est beurré comme un petit Lu, le Borloo, il va se passer quoi ? Il n’a pas accès au bouton rouge de la force de frappe tactique. Il n’est pas habilité à déclarer la guerre à un pays voisin, fut-il pollueur. Enfermé toute la journée dans un ministère qui ne sert à rien, son pouvoir de nuisance est par conséquence réduit à néant. Qu’il se bourre la gueule aurait été très excusable, qu’il soit de fait resté abstinent ce jeudi-là est carrément héroïque, personnellement je serais totalement incapable capable, à jeun, de supporter sans moufter les âneries de la Duflot
Deuxio, l’article du Canard contient de graves erreurs scientifiques sur l’alcoolisme, un trait de caractère qu’on impute souvent au ministre en question. Quand il a picolé, l’alcoolo ne bafouille, ni ne trébuche. Ça n’arrive, au contraire, que quand il s’est mis à la San Pé ou au Coca Zéro.
Tertio, ce même article, affirme, sans avancer la moindre preuve scientifique, que l’efficacité au travail est forcément affectée par le taux d’alcoolémie. Là encore, il s’agit d’une contrevérité flagrante. Car si tel était le cas, il y a longtemps que le Canard aurait déposé le bilan…
Ne me pique pas
Jusqu’à mardi soir, Roselyne Bachelot m’était plutôt sympathique. Et j’ai regardé le Grand Journal de Canal +1. Elle y était invitée pour nous parler de la fameuse grippe A, et nous rassurer, comme elle l’a dit elle-même.
Denisot l’a interrogée sur les projets de vaccination, massive, et sur la méfiance qui s’emparait des Français vis-à-vis du futur vaccin. Je ne vous le cache pas, je fais partie de ces méfiants. Et je le suis d’autant plus quand je sais qu’un-tiers des personnels de santé, pourtant cibles prioritaires, ne souhaite pas se faire vacciner alors que cette profession figure parmi les plus exposées. Lire la suite.
Fallait-il laisser Hosni sortir d’Egypte ?

L’Unesco, en temps normal, tout le monde s’en fiche. Il a fallu la candidature de Farouk Abdel-Aziz Hosni, actuel ministre égyptien de la Culture, à la tête de cette usine à gaz onusienne, pour qu’elle devienne un sujet de news et l’enjeu d’une bataille au couteau dans l’arrière-cuisine du pouvoir. Pourquoi donc tant de bruit ? Tout simplement parce que le candidat égyptien, qui part favori après le premier tour, est responsable de plusieurs déclarations anti-israéliennes et antisémites. Mais si BHL, Claude Lanzmann et Elie Wiesel sont sur le pied de guerre, Israël regarde ailleurs. En clair, l’Etat hébreu a donné son feu vert. L’entente de Netanyahou avec Moubarak sur ce dossier évoque vaguement l’attitude de Berne vis-à-vis de Tripoli. C’est donc l’occasion pour Bibi de réaliser un vieux rêve israélien : devenir la Suisse du Proche-Orient.
Né à Alexandrie en 1938, le héros de cette affaire se lance dans une carrière de peintre et devient rapidement un artiste engagé – dans la fonction publique. Ainsi, à l’âge de 26 ans, il occupe un emploi de « modérateur culturel » au Département général des Beaux-arts au ministère de la Culture. Il est ensuite nommé directeur du Palais de la culture d’Alexandrie, poste qu’il quitte pour celui diriger le Centre culturel égyptien à Paris (1971-1978) où il est également attaché culturel. Par le plus grand hasard, c’est lors de ce séjour diplomatique en France qu’il son art est pour la première fois couronné par le prix du festival de Cagnes-sur-Mer (1972). Quant au prix « de la culture et de la paix » qui lui a été décerné en 1993 par l’université internationale de la Söka Gakkai au Japon, ma nullité en matière de peinture abstraite contemporaine m’interdit de me prononcer. Entretemps, Hosni a passé quelques années à Rome à la tête de l’Académie égyptienne des Arts à Rome. En 1987, sa carrière est couronnée par portefeuille de la Culture qu’il détient sans discontinuer jusqu’à aujourd’hui.
On ne fait pas une telle carrière en affichant des opinions dissidentes. Être ministre de la Culture dans un pays où les intellectuels sont antisémites comme ils sont de gauche en France et où une visite à l’ambassade d’Israël au Caire suffit pour être lynché, cela demande quelques efforts. Quelques-uns, comme le prix Nobel Naguib Mahfouz ont pu se permettre d’avoir des opinions nuancées mais la légitimité morale et artistique de Farouk Hosni est trop limitée pour qu’il s’autorise de tels chichis. Il s’est donc plié aux figures imposées par la doxa locale : citons, entre autres, « l’infiltration des médias internationaux par les Juifs ». Il a également déclaré qu’« Israël n’avait jamais contribué à la civilisation à quelque époque que ce soit car il n’a jamais fait que s’approprier le bien des autres », mais il est vrai que ce n’est pas très éloigné de ce que pensent beaucoup de belles âmes alter ici. Son embarrassant CV comporte aussi une invitation lancée au négationniste Roger Garaudy. Bref, comme l’a noté Caroline Fourest dans Le Monde, « il a beau s’en défendre et dire respecter la ‘culture juive’, Farouk Hosni est à l’image des apparatchiks de sa génération : incapable de distinguer la question juive de la politique israélienne ».
L’honnêteté impose cependant de rappeler qu’il a aussi été le défenseur sans faille d’une certaine laïcité. Il a qualifié le voile musulman de « pas en arrière pour les femmes égyptiennes. » « Si les femmes doivent se couvrir, les hommes devraient le faire aussi, vu qu’il n’y pas de différence entre des cheveux féminins et masculins », a-t-il dit.
Le cas Hosni a menacé de tourner à la crise diplomatique, à partir du moment où le président Moubarak a décidé de soutenir sa candidature, puis face aux premières critiques, d’en faire une question de prestige et d’honneur national pour l’Egypte.
Avant le 30 mai 2009, date limite de dépôt des candidatures, Le Caire s’est attelé à la besogne en mettant particulièrement la pression sur la France, pays hôte du siège de l’Unesco, et sur Israël, dont la magnanimité était d’autant plus indispensable que l’offensive anti-Hosni a été menée par d’éminents intellectuels juifs. De son côté, le candidat suspect s’est pris d’une soudaine passion pour les vieilles synagogues égyptiennes.
Il est clair qu’Israël ne peut guère s’offrir le luxe d’une crise majeure avec l’Egypte. Il n’en reste pas moins que dans ce jeu, l’Egypte possède d’innombrables atouts. Le Caire n’a même pas besoin de rappeler son soutien à l’Etat hébreu lors des derniers incidents à Gaza, la lutte commune contre le Hamas, le trafic d’armes et le Hezbollah, la menace iranienne qui pèse sur les deux pays, et enfin les efforts égyptiens pour faciliter la libération du soldat Shalit. Sans oublier la petite cerise sur le gâteau offert à un Netanyahou fraîchement élu : la bénédiction de Moubarak qui a chanté les louanges du chef du « gouvernement israélien le plus à droite de l’histoire » lors de sa dernière visite aux Etats-Unis il y un mois. N’oublions pas non plus que le secrétaire général actuel de la Ligue arabe est l’Egyptien Amr Moussa, dont l’hostilité à Israël est tempérée par les « conseils » de Moubarak. Bref, si le président égyptien demande à un Premier ministre israélien de lui rendre un petit service, c’est une proposition qu’il ne peut pas refuser.
Pour la France, l’Egypte et son président représentent un atout-maître. Bien au-delà de son rôle au cœur du grand projet méditerranéen d’Henri Guaino, Moubarak est le garant de la stabilité du plus grand pays arabe. La fin de règne du vieux président égyptien est une source de grandes inquiétudes, et on n’exclut pas, dans les chancelleries européennes, un scénario à l’algérienne pour l’après-Moubarak. Le moment est mal choisi pour infliger un camouflet public et international au président et à son ministre ennemi des Frères musulmans. Paris a donc déployé une intense activité pour aider M. Hosni. Le président lui a même prêté sa plume : comme l’a révélé Natalie Nougayrède dans Le Monde, c’est bien Henri Guaino qui a écrit la tribune publiée par Le Monde le 22 mai dans laquelle Hosni plaide son cas et tente de dissiper les « malentendus ». Ce qui n’a pas arrangé les relations diplomatiques entre Guaino et BHL qui continuent à se traiter de noms d’oiseaux par médias interposés. Ambiance.
Tout cela ne va pas améliorer la crédibilité de l’Unesco, qui apparaît pour ce qu’elle est : la récompense de dignitaires en fin de carrière de régimes essoufflés. C’est ainsi que fonctionne la démocratie mondiale – one state, one vote. Si ça fait plaisir à notre ami Moubarak, un antisémite à paris, ça ne changera pas la face du monde.
La révolte des Lolitas
Ça chauffe à Etampes. Le nouveau proviseur du lycée Geoffroy Saint-Hilaire avait signifié, lors de la rentrée, son refus de voir les élèves venir en tenue trop légère ou trop courte. Adieu, donc, mini-jupe, shorts et jeans troués. Un filtrage avait même été organisé à l’entrée par les surveillants avec une rigueur transformant l’établissement en véritable carré VIP. Une élève de terminale littéraire (sûrement une gauchiste glandeuse pour trainer dans des filières où l’on étudie la Princesse de Clèves) organise alors une « journée du short » et elle est suivie dans son initiative par deux cents de ses petites camarades. L’adorable spectacle dans l’été indien n’aura pas ému les autorités : la meneuse est virée. Mais la riposte se prépare déjà. Le proviseur ayant également interdit aux jeunes gens de s’embrasser sur la bouche (sans aucun doute pour de louables raisons prophylactiques en ces temps de grippe A), plusieurs organisations lycéennes appellent tous les établissements d’Etampes à une « journée du baiser » mardi prochain. La nomination d’un médiateur nous semble dans cette affaire désormais indispensable, ne serait-ce que pour prendre langue.
Faut-il castrer Berlusconi ?

Le plus chic des rendez-vous du prochain week-end se situera, samedi 19 septembre, au 90 via Cristoforo Columbo, à Rome. On attend, en effet, une palanquée de people accourus de toute l’Europe pour manifester leur soutien au quotidien italien La Repubblica, dont le siège se trouve dans cette artère dédiée au hardi navigateur génois. La direction de ce journal a battu le rappel et sonné le tocsin après que le premier ministre Silvio Berlusconi a décidé de le poursuivre en diffamation pour la campagne menée durant tout cet été par La Repubblica concernant sa vie sexuelle.
Se rassembler dans une ville agréable en cette fin d’été ensoleillée avec la bonne conscience d’airain conférée par la défense de la liberté de la presse menacée par le pouvoir politique est un luxe que même les pauvres peuvent s’offrir grâce aux compagnies aériennes low cost qui desservent la Ville éternelle.
Si Umberto Eco, Roberto Benigni, Claude Lanzmann, Daniel Pennac et toute une série de prix Nobel ont signé un texte de soutien à La Repubblica, c’est que l’affaire doit être grave et exige que tous les démocrates se mobilisent pour la liberté d’expression mise à mal par un voyou des médias reconverti dans la politique.
C’est peu dire que de ce côté-ci des Alpes, le cavaliere n’a pas bonne presse. Le parcours de ce personnage parti d’une petite entreprise de bâtiment pour devenir un magnat des médias avant de se lancer avec succès en politique fait horreur à ceux qui, à droite comme à gauche, estiment qu’il est indécent de confier les rênes de l’Etat à un personnage ayant fait sa fortune dans le commerce de la vulgarité.
Ceux qui vont au-delà des apparences assez peu classieuses de Berlusconi et examinent sans préjugés la politique intérieure et extérieure menée par les divers gouvernements qu’il a dirigés sont amenés à porter un jugement nettement plus nuancé sur le personnage.
Côté lumière, il faut le créditer d’une ardeur réformatrice, notamment en matière fiscale et sociale qui a sorti l’Italie de la spirale infernale de l’endettement causé par l’énormité et l’inefficience des services publics. Jusqu’au déclenchement de la crise économique mondiale, l’Italie faisait figure de modèle pour la manière dont elle réduisait sa dette sans que cela provoque de mouvements sociaux de l’ampleur de ceux des années 1970.
La politique étrangère de Berlusconi, fondée sur le réalisme le plus cynique et la défense active des intérêts économiques nationaux n’est peut-être pas très ragoutante, mais on ne peut lui dénier une certaine efficacité pour atteindre ses objectifs. Comme il a compris que l’Europe ne sera jamais en mesure d’être autre chose qu’un grand marché incapable de transposer sa puissance économique dans le domaine politique, il « joue perso » à l’international.
C’est ainsi qu’il est devenu une sorte de parrain de l’espace méditerranéen, sans se lancer pour autant dans la construction d’usines à gaz du genre Union pour la Méditerranée. C’est lui qui persuade, lors d’un coup de téléphone de dernière minute entre Kehl et Strasbourg, les Turcs d’accepter la candidature du Danois Anders Fogh Rasmussen au secrétariat général de l’OTAN. C’est lui qui convainc Kadhafi de recevoir en Libye les immigrés clandestins expulsés d’Italie, ce qui a eu pour conséquence un tarissement radical des arrivées de sans-papiers à Lampedusa. C’est lui enfin qui entretient les meilleures relations du monde avec Poutine et Medvedev, et promeut avec Gazprom le projet de gazoduc Southstream, concurrent du projet européen Nabucco, qui vise à diminuer la dépendance de l’UE par rapport au gaz russe. C’est tout bénéfice pour l’ENI, le géant italien des hydrocarbures. Berlusconi se retrouve d’ailleurs sur ce point en phase avec Angela Merkel, qui soutient l’autre projet, Northstream, destiné à amener ce gaz directement en Allemagne sans traverser la Pologne. Ce triangle Allemagne-Italie-Russie est une configuration géopolitique qui a eu, jadis un certain poids en Europe…
Côté ombre, on notera, pour la condamner, la manière dont Silvio Berlusconi a utilisé sa majorité parlementaire pour faire voter des lois le mettant à l’abri des poursuites judiciaires dans diverses affaires de corruption dont il était accusé.
Il existe donc suffisamment de bons procès à intenter, métaphoriquement s’entend, aux pratiques politiques de Silvio Berlusconi pour ne pas lui en faire de mauvais.
Car celui que mène actuellement Ezio Mauro, le directeur de La Repubblica, contre le premier ministre est du genre plutôt douteux, puisqu’il concerne exclusivement sa vie privée, en dépit des efforts du journal pour donner une dimension politique à ses accusations.
Tout commence ce printemps, avec les déclarations de Veronica Lario, l’épouse de Berlusconi, qui accuse son mari de fréquenter des jeunes filles mineures et de promouvoir dans la vie politique des jeunes femmes en fonction de leur physique. Veronica Lario, ancienne actrice et deuxième épouse de Berlusconi, agit ainsi dans le cadre d’une procédure de divorce engagée par elle, où de considérables sommes d’argent sont en jeu. Au passage elle s’étonne de la participation de son mari à l’anniversaire d’une certaine Noemi Letizia, si vous voyez ce que je veux dire…
Il n’en fallait pas plus pour lâcher la meute des paparazzis et des fouineurs à plumes aux trousses d’un Premier ministre dont on subodore la lubricité sans entraves. Va y avoir du lourd ! On presse, sans succès, la jeune Noemi de révéler la vraie nature de ses relations avec « papounet ». On fait sortir, dans des journaux étrangers[1. Berlusconi avait obtenu de la justice italienne l’interdiction de la publication de ces photos dans les medias transalpins.], des photos de fêtes données par Silvio dans sa propriété de Sardaigne, où l’on peut admirer des jeunes femmes peu farouches dans des tenues très légères. Au passage, ces photos embarrassent le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek, surpris à prendre, en public, une douche en tenue d’Adam. Enfin, pour donner une touche finale à ce tableau un rien coquin, surgit une prostituée de luxe qui affirme, enregistrements à l’appui, avoir eu des relations intimes tarifées avec l’illustre septuagénaire. S’ajoutent à cela les « promotions canapé » dont auraient bénéficié quelques jolies femmes lui ayant accordé leurs faveurs. Sur ce dernier point, le seul qui justifierait une controverse politique, on pourra remarquer qu’il n’y a pas si longtemps un de nos plus éminents présidents de la République, aujourd’hui décédé, se comportait de manière similaire sans que personne n’y trouvât à redire. Autres temps, autres mœurs…
Faut-il alors s’offusquer que Silvio Berlusconi porte plainte contre un journal réputé sérieux qui se comporte en la matière comme le plus bas de gamme des magazines pipoles ? Est-ce porter atteinte à la liberté d’expression que de défendre son droit au respect de la vie privée, même si celle-ci heurte la morale courante ? En demandant un million d’euros de dommages-intérêts à La Repubblica, Berlusconi ne cherche pas à mettre sur la paille l’un des plus prospères groupe de presse européen, pour qui cette somme constitue une broutille. Il convient donc, en la matière, de raison garder et de ne pas crier au loup quand on voit seulement un vieux cochon.
Quand l’UMP envoie du lourd
« La vie est ainsi faite qu’il est des instants où il faut dépasser nos destins personnels pour nous effacer et ne pas compromettre l’essentiel. » C’est beau comme du Cicéron ou du de Gaulle et c’est à de petites choses comme ça que l’on mesure la qualité du personnel politique français et son niveau de culture générale, y compris chez les troisièmes couteaux. En effet, qui s’exprime avec cette mâle abnégation ? Tout simplement Jean-François Raynal, conseiller général UMP, quand on lui a annoncé qu’il était inutile d’espérer se présenter à la législative partielle des 11 et 18 octobre dans la 12e circonscription des Yvelines, l’état-major du parti présidentiel ayant décidé de parachuter David Douillet, le judoka aux pièces jaunes, sur les électeurs de Poissy, Plaisir et Morainvillers, idée en soi déjà légèrement angoissante. On comprend donc mieux la grandeur d’âme de Jean-François Raynal. Douillet, ce n’est pas franchement un gabarit à la Michel Jobert, et comme disait Audiard : « Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, les types de 60 kilos les écoutent. »
Dirty Dying

Patrick Swayze est mort et il ne me donnera jamais son secret. Dans ses différents films, il a joué les seuls rôles qui m’aient vraiment fait rêver, à l’exception de celui de secrétaire général du PCF pour restaurer la ligne classe contre classe ou encore auteur d’un roman définitif, comme Ulysse ou La Recherche.
D’abord, il a embrassé Demi Moore sur Unchained Melody dans Ghost. Et Demi Moore est une des plus belles actrices au monde, quoique brune, tandis que Unchained Melody par the Righteous Brothers reste un sommet indépassable du doo-wop. Et bien que je sois un petit cartésien matérialiste, peu sensible aux brumes celtes, aux brouillards du roman gothique et aux halloweendades diverses avec fantômes, esprits et maisons hantées, je dois néanmoins avouer que je ne rate jamais une rediffusion de Ghost.
Ensuite, Patrick Swayze a sauté en parachute et fait du surf dans Point Break Extreme limite, un polar très testosteroné de l’une des plus efficaces réalisatrices de films d’action d’Hollywood, la grande Katrhyn Bigelow, qui aime les mecs, les flingues et les nanas qui en ont comme Jamie Lee Curtis dans Blue Steel.
Ce qu’il y avait de bien dans Point Break Extreme limite, c’était que Patrick Swayze était le gourou cool d’une bande de surfers qui braquaient des banques en se déguisant avec des masques de présidents américains. Ils fumaient de l’herbe, passaient leur temps à chevaucher des rouleaux impressionnants, à faire l’amour au bord de l’océan, bref à vivre dans un temps libéré de la production où le libre développement de chacun était l’unique condition du libre développement de tous. On imaginait bien, dans ce film, Swayze lire Kerouac et Brautigan dans l’aube californienne, avant d’attaquer les murs de vagues sous un gros soleil rouge.
Et puis Patrick Swayze savait danser. Et salement bien. Dirty dancing, vous vous souvenez ? C’était en 1987, mais c’était censé se passer dans les années soixante, dans l’Oregon, à l’époque où l’Amérique était encore innocente et où les corps rencontraient les corps dans cette incroyable et unique sensualité de l’espace créé par le rock.
Nous, on s’était cru malin jusqu’à cette date parce qu’on ne se débrouillait pas trop mal dans les mariages et que l’on s’en tirait en frimant avec les deux mêmes passes acrobatiques apprises par une cousine très patiente, dix ans auparavant. Et voilà que toutes nos illusions s’écroulaient avec Patrick Swayze qui semblait faire l’amour tout habillé, sur Love Man d’Otis Redding.
Incarnation de cet hédonisme aimable, presque libertaire, qui est l’un des aspects les plus séduisants des USA, Patrick Swayze a finalement été dans les années 1980 et 1990 de la contre-révolution reaganienne une manière de contrepoint souriant et sexy à une époque assez sombre, comme une survivance presque anachronique, une poche temporelle échappée des années Kennedy.
Espérons que Patrick Swayze y trouvera, avec des filles pour danser et des planches de surf pour glisser sur l’éternité, un asile politique définitif.
Brève de comptoir
On sait tout le bien qu’on a pensé ici de Monsieur Bob, la biographie du génial écrivain-buveur Robert Giraud écrite par Olivier Bailly. Et bien ceusses qui ont aimé pourront rencontrer l’auteur – autour d’un verre, faut-il le dire ! – pas plus tard que ce soir à 18 h à la librairie La Friche, 36 rue Léon Frot , Paris XIe. D’après nos services de renseignements, il n’est pas à exclure que cette manifestation culturelle se poursuive dans le fameux bistrot à vins de Jacques Mélac, qui n’est vraiment qu’à trois pas de là, à condition, bien sûr, de marcher droit…
Un coup téléphoné

Ainsi le président de la République a-t-il jugé indispensable d’intervenir personnellement, lors de son déjeuner de lundi dernier avec les députés UMP, dans le débat sur l’octroi d’une quatrième licence téléphonique. En soi ce n’est pas un scandale, au contraire. La part du budget « portable » ne cesse de s’accroître dans les comptes des familles. Il s’agit, par ailleurs, d’un enjeu industriel stratégique, les petites ondes en question étant appelées, à terme, à remplacer tant les antennes râteau ou satellite qui défigurent votre cheminée que les câbles divers qui traînent encore un peu partout dans votre salon. Une mutation certes déjà engagée, mais loin d’être achevée, comme le prouve le succès phénoménal de l’iPhone et de ses suiveurs.
A l’horizon 2015, ce n’est plus un banal téléphone, même amélioré, qui déformera la poche de votre jean, mais bel et bien un terminal informatique embarqué, qui aura obsolétisé depuis longtemps non seulement appareils photos, baladeurs, autoradios et autres babioles techno, mais aussi probablement votre carte bleue, votre ligne de téléphone fixe et votre abonnement ADSL. Et dans quelques années, avec les progrès exponentiels des écrans souples et du papier électronique, il n’est pas exclu qu’on feuillette son quotidien du matin après en avoir téléchargé le contenu via le même joujou portable. L’enjeu économique, mais aussi idéologique est donc monstrueux, et que le président s’en mêle est a priori heureux.
Le problème, car il y en a un, et lourd, c’est la teneur de l’intervention : Nicolas Sarkozy a expliqué aux députés UMP réunis à l’Elysée qu’il n’y aurait pas de quatrième larron dans le portable. En clair, que Free – seul impétrant déclaré – ne viendrait pas enquiquiner les trois opérateurs historiques qui se partagent le bon gâteau. En encore plus clair, que le portable low cost, puisque chacun sait que tel est l’objectif du candidat à la quatrième licence, est enterré sans fleur ni couronnes.
On observera tout d’abord que cette prise de position viole les fondamentaux déclarés du sarkozysme.
Primo, la relance du pouvoir d’achat par la baisse des prix (on a oublié depuis longtemps ses promesses de buveur d’eau sur le candidat de la feuille de paye). Depuis 15 ans, Orange, SFR et Bouygues, se sont, de fait, entendus, pour maintenir les prix à de l’abonnement à un niveau exceptionnellement élevé. On rappellera au passage que les trois entreprises concernées, celles que le président a choisi de soutenir mordicus, n’ont pas un casier judiciaire vierge, loin s’en faut : elles ont déjà condamnés en 2005 par le Conseil de la concurrence, pour entente illicite sur les tarifs du portable, à des sanctions pécuniaires, pour un montant cumulé de 534 millions d’euros ! Le président de l’UFC-Que choisir (qu’on ne peut absolument pas soupçonner de lobbying pro-Free, l’association et l’opérateur étant en perpétuel procès sur le dossier ADSL) a donc raison de ne pas mâcher ces mots sur son blog : « Pensez donc : un quatrième opérateur ! Et pourquoi pas une vraie concurrence (au lieu de l’oligopole actuel) ? Et tant qu’on y est, allons-y, une guerre des prix au profit du consommateur ? »
Ce qui nous amène logiquement à la deuxième loi fondamentale du sarkozysme violée par son propre père fondateur : la libre entreprise, la concurrence non faussée, la prime à l’innovation, etc. Toutes vertus exaltées sans cesse dans le programme du candidat comme dans les discours du président et qu’on a donc enterrées aussi en choisissant de verrouiller le dossier – et aussi au passage le débat dans l’UMP sur cette question.
En ce qui me concerne, je n’ai jamais trop cru à ce refrain-là. En vieux marxiste maintenu, je pense que l’innovation n’est pas, n’est plus, structurellement liée au grand capital, qui n’aime rien tant que les situations de quasi-monopole ou le siphonage de l’argent public. En revanche, cet hymne à la modernitude dopée par la libre concurrence, je n’ai aucune raison valable de croire que le président n’y ait pas cru lui-même. Et je me dis qu’il a fallu que se mettent en branle des leviers très puissants pour que Nicolas Sarkozy foule aux pieds ce qu’il a adoré. Comme il ne faut pas confondre causeur et branleur, on abandonnera d’emblée les hypothèses conspirationnistes. On négligera aussi les pistes canardenchaînistes (caisses noires des partis politiques, force de frappe publicitaire des trois grands, etc.). On éclatera de rire devant les arguments des opérateurs historiques (comme quoi la quatrième licence serait une catastrophe sociale, qui supprimerait 10 000, voire 30 000 emplois) qu’on a du mal à voir rhabillés en chevaliers blancs du syndicalisme ouvrier.
Reste une hypothèse, et ça tombe bien, c’est ici et nulle part ailleurs qu’elle a été maintes fois développée, et notamment par Elisabeth. Elle implique, pour être comprise, de dépolluer nos cerveaux de quelques schémas traditionnels mais caducs, pour pouvoir reposer le problème à l’endroit. On n’a pas affaire à un pouvoir avide de contrôler les médias, mais bel et bien à un pouvoir contrôlé par ces mêmes médias. Incapable de se mouvoir à l’extérieur du créneau que ceux-ci veulent bien lui affecter. Ça vaut pour l’actuel chef de l’Etat, ça vaut aussi pour ses opposants officiels, et ça vaudra aussi pour ses successeurs. Or quand on parle de SFR, de Bouygues, d’Orange, on parle de trois acteurs décisifs du Parti des médias, puisque suivant l’exemple de Bouygues-TF1 et de SFR-Canal+, Orange a fait de la télévision un de ses axes majeurs de croissance et y a investi pour ce faire des sommes considérables (on a tous en mémoire l’interminable surenchère pour les droits de retransmission du foot).
On s’est longtemps inquiété dans ce pays des dérives dues à l’existence d’un complexe militaro-médiatique. Certains continuent de regretter qu’on puisse à la fois marchand d’armes, comme Lagardère ou Dassault, et propriétaire du Figaro ou d’Europe 1. Là encore, il va falloir apprendre à remettre le problème sur ses pieds. Ce qui est désormais dangereux ce n’est plus que des industriels possèdent des moyens d’information, mais l’inverse. Au XXIe siècle, le parti des médias est au cœur du jeu économique, et bien malin qui voudra le contrer.
Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy a choisi Goliath contre David.

