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Fin de l’Euro, fin du monde ?

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De Cassandre à Casimir, il n’y a qu’un pas. Ceux qui promettaient des lendemains qui chantent avec l’euro affirment aujourd’hui qu’un retour aux monnaies nationales serait une catastrophe. C’est ainsi que Le Figaro se fait l’écho d’une sombre étude publiée par la banque ING quantifiant l’impact d’une sortie de l’euro.

Une apocalypse économique

Enfer et damnation, il n’y a pas d’autres mots pour qualifier le scénario dépeint par Mark Cliffe, responsable de la recherche de la banque : baisse de 10% du PIB sur 3 ans, près de 14% de taux de chômage, un euro à 0,85 dollar, un litre d’essence à 1,75 euros. À l’en croire, la valeur du franc se dévaluerait de 15% par rapport au mark, et la lire de 25%. En oiseau de mauvaise augure, il prédit une dévaluation de 50% pour l’Espagne et jusqu’à 80% pour la Grèce. Ces sombres perspectives s’inspirent des événements subis par l’Argentine en 2002, où le PIB avait reculé de 10%, le chômage culminé à 20%, la pauvreté à 40%, le peso étant dévalué de 72% ! Est évoquée également une pression à la baisse sur les prix et les salaires en Allemagne et en France et l’éventualité d’une conversion des dettes et anciennes créances en euro, favorisant ainsi les débiteurs plutôt que les épargnants. Une sorte de prime au vice qui signerait également la fin de l’Union Européenne.

Comment ne pas voir dans cet exercice une volonté de défendre à tout prix la monnaie unique plutôt qu’une analyse prospective rationnelle ? L’article mentionné détaille les risques que nous prendrions si le « nouveau franc » venait à dégringoler par rapport à l’« ancien euro ». Dans le même temps, le rapport d’ING confirme nos prévisions selon lesquelles la parité du « nouveau franc » se retrouverait autour du point d’équilibre vis-à-vis de l’euro, en position intermédiaire entre le mark et la lire.

En clair, personne de sérieux ne soutient aujourd’hui que le franc se trouverait dévalué par rappelons-nous du précédent qui s’était étalé de début 1999 à fin 2000, période durant laquelle l’euro était passé de près de 1,2 dollars à 0,825. Loin de pénaliser l’activité, cette dépréciation avait au contraire permis à la zone euro d’enregistrer sa plus forte croissance annuelle, 3,9% en 2000 et encore 2% en 2001, et ce malgré le krach de la bulle Internet…

Une vision caricaturale du cas argentin

Notons que l’expérience argentine fait figure de cas d’école par rapport aux scénarii envisagés en Europe. N’oublions pas que la fin de l’union monétaire en Tchécoslovaquie s’est passée de bien meilleure manière, ce qui laisse augurer une transition plus aisée de l’euro au franc. Dans sa référence obsédante à l’Argentine, l’étude d’ING oublie de souligner que Buenos Aires traversait une grave crise depuis 1999, son PIB ayant reculé de 10% de 1998 à 2001, bien avant la dévaluation. Bien au contraire, c’est la défense acharnée de l’arrimage de sa monnaie au dollar qui provoqua la crise argentine !

Si la dévaluation brutale de début 2002 explique en grande partie la violente baisse du PIB argentin en 2002 (-10%), elle provoqua ensuite un regain d’activité marqué par une croissance moyenne de 8% les trois années suivantes. Le PIB de l’Argentine en 2004 dépassait donc celui de 2001. Il n’y a aucune raison de craindre un recul de l’activité prolongé sur trois ans en Europe, a fortiori pour des pays qui ne dévalueraient pas autant que l’Argentine en son temps. Certes, l’expérience argentine s’est avérée douloureuse et non exempte de défauts (en causant une forte inflation notamment). Il n’empêche que la dévaluation a permis de doubler les exportations de produits industriels et alimentaires de 2002 à 2006 tout en maintenant la croissance à un niveau élevé.

La France d’aujourd’hui pourrait bénéficier des avantages de la sortie (hausse des exportations du fait de la dévaluation du franc nouveau par rapport au mark et au dollar) sans les inconvénients d’une dévaluation sauvage – du fait de la stabilité du franc par rapport à l’euro. Bref, une analyse rapide du scénario d’ING permet rapidement d’en pointer les limites béantes. Partant, on peut se demander s’il n’exprime pas avant tout le souhait incantatoire de faire survivre l’euro envers et contre tout, quitte à avancer un scénario catastrophe digne des pires nanars hollywoodiens.

Les nouveaux Décembristes

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On se souvient que les Décembristes étaient ces nobles éclairés qui tentèrent un coup d’état réformateur en décembre 1825 à Saint-Pétersbourg en profitant du vide laissé par la mort du tsar Alexandre Ier. Il n’est pas impossible qu’un mouvement portant le même nom surgisse de nouveau en France dans quelques années. Il ne sera pas constitué par des nobles progressistes mais plus simplement par les enfants nés en décembre qui ont, d’après une récente étude du CNRS, bien des raisons de se plaindre de leurs géniteurs qui auront trouvé intelligent de batifoler en avril, alors qu’ils auraient mieux fait de ne pas se découvrir d’un fil.

Nos nouveaux décembristes vont en effet gagner en moyenne 1, 5% de moins durant toute leur vie que s’ils étaient nés en janvier. Ils sont aussi deux fois plus nombreux à redoubler et sont plus souvent orientés dans l’enseignement professionnel. La raison est simple et ne fait d’ailleurs que confirmer scientifiquement l’intuition de nombreux enseignants : scolarisés dans une même classe avec onze mois de moins que les plus âgés de leurs camarades, ils connaissent un décalage important dans leur maturité qui peut se révéler un véritable handicap à l’école primaire. En même temps, si vous êtes nés en décembre, ne vous inquiétez pas trop. Nous sommes tous des exceptions statistiques et c’est tant mieux.

Résidences sécurisées, ça fait peur!

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Finalement, ça devait finir comme ça.
Plus personne n’aime plus personne et plus personne n’a l’impression d’avoir quoique ce soit de commun avec son voisin, son concitoyen, sa femme, son mari, son amant, sa sœur. Vous entendez bien qu’il ou elle parle la même langue que vous mais étrangement vous ne la comprenez plus. Par exemple, il vous dit « réforme », vous comprenez « progrès » et vous vous retrouvez avec la retraite à 62 ans, des médicaments déremboursés et des enfants surdiplômés stagiairisés à vie…
Qui n’a pas compris qui ?

Immergé dans sa Xbox 360

Non, l’autre n’est plus jamais le même, décidément : en politique, en amour, au boulot, dans vos plaisirs que vous ne partagez plus que rarement avec quelqu’un tant l’offre de divertissement s’est diversifiée et individualisée jusqu’au solipsisme. L’adolescent ou même l’adulescent immergé dans sa Xbox 360 est en pleine schizophrénie cyberautiste sous le même toit que son père insomniaque sur le point d’être délocalisé et qui a retrouvé Masculin/Féminin de Godard sur une de ces deux cents chaines de la fibre optique. Mais ça ne l’aide pas à comprendre la mère qui se demande pourquoi elle a besoin d’antidépresseurs pour tenir alors qu’elle s’entend si bien avec ses amies de la copropriété et que l’opération de chirurgie plastique s’est bien passée.
Il n’y a rien à faire : l’autre vous est de plus en plus mystérieux, opaque, vaguement hostile.
C’est vrai à la maison et c’est vrai dans les jeunes couples (portant, ils devraient s’aimer, ceux-là) dont plus d’un sur d’eux divorce au bout de cinq ans parce que le mariage est devenu une forme de consumérisme comme une autre.

C’est vrai au travail, où finalement l’autre est forcément un concurrent. Que ce soit dans les administrations où disparaissent par milliers des postes qui sombrent dans le néant de la rigueur, comme dans les entreprises de l’économie réelle qui désormais prennent le moindre contre coup des humeurs de la finance mondialisée.

Et c’est vrai enfin et surtout dans nos villes où s’évaporent les derniers quartiers socialement mixtes devant le creusement d’inégalités délirantes. À la place, ce que l’on connait de plus en plus, ce sont des mini-murs de Berlin parfois visibles, parfois non. Ils se dressent concrètement par des herses de police ou, de façon immatérielle, par la hausse des taxes d’habitation. Ils séparent les centres-villes gentryfiés des banlieues électrifiées, les vieux départements d’immigration et ceux de l’accession bobo à la propriété sur cinquante ans. Sans compter, comme des réserves de peaux-rouges habillés en Old England ou en Cyrillus, les îlots inquiets de la bourgeoisie du monde d’avant.

Même le prix de l’eau du robinet

Oui, ça devait finir comme ça : la guerre de tous contre tous.
C’est à dire ce qui caractérisait l’état de nature selon Hobbes. Pour Hobbes cela n’a pu cesser qu’avec l’apparition de l’Etat, avec une majuscule. La petite différence, aujourd’hui, c’est que la guerre de tous contre tous renait après la disparition de l’Etat.

On s’étonnera, plus tard, de l’espèce de folie pure, d’irréalité, qui aura régné à notre époque et qui aura consisté à faire croire à des peuples entiers que ce qui était à eux, collectivement et naturellement, en fait ne l’était pas et pouvait faire l’objet de marchés, d’appels d’offres, de profits et de marges bénéficiaires pour certains.

C’est allé de la façon dont on les soignait, dont on les éduquait, dont on les transportait à celle dont on les éclairait et les réchauffait. On trouvera du plus haut comique, par exemple, que le prix de l’eau au robinet ait varié du simple au quadruple dans deux communes distantes de cinq kilomètres, parce que l’une avait une régie municipale et que l’autre avait sous-traité à Veolia. Ou que, montant dans un train ou un avion, il était pratiquement impossible de trouver deux passagers ayant payé le même prix pour le même trajet, confirmant la vieille théorie de Marx sur l’écart de plus en plus schizophrénique qui se creuse entre la valeur d’usage et la valeur d’échange dans les économies capitalistes.

Fragmentation du réel

Et c’est en ce dimanche de fin d’année, dans Le Monde, que l’on découvre le stade ultime de cette fragmentation du réel, de cette séparation à l’œuvre telle que l’a définie le situationnisme il y a déjà cinquante ans : la privatisation et même la libanisation de l’espace public que représente le boom des résidences sécurisées. Entendons nous bien, quand on parle de résidences sécurisées, il ne s’agit pas d’immeubles équipés de digicodes ni même de zones dans lesquelles on demande à des sociétés de sécurité de faire patrouiller un vigile avec un chien.

Non, il s’agit de construire dans les zones rurbanisées de véritables ghettos dorés sur le modèle des « gated communities » américaines. Le syndrome du pont-levis, en quelque sorte. On se retrouve totalement isolés de l’extérieur et on atteint le comble de l’entre soi. Un règlement intérieur draconien pourra même éliminer pour vous la tentation de vous livrer à certaines nuisances impardonnables : fumer, faire des enfants, avoir un chien. Quand on vous a tellement foutu la trouille depuis des générations, la servitude volontaire, ça va de soi. La Boétie l’avait bien compris en son temps.

On nous informe notamment que 13% des nouveaux ensembles résidentiels construits chaque année (avec des pics à 20% dans le sud-est) le sont sur ce modèle de communautés fermées où vous vous promenez badgés derrière de hauts murs et où vous devez prévenir quand quelqu’un vient vous voir ou que vous sortez.
On pourrait en rire, de ces classes moyennes supérieures, décidées à se retrancher (à tous les sens du terme.) Finalement, le grand JG Ballard dans Le massacre de Pangbourne avait déjà prophétisé les névroses mortifères qui finissent par se développer dans ce genre de lieu et finissent dans des explosions de violentes qui valent bien celles que l’on voulait fuir à l’extérieur.

Mais c’est beaucoup moins drôle quand on sait dans le même temps que les maires qui autorisent ce genre de constructions, comme celui d’Etiolles dans l’Essonne, s’entendent dire par leur administrés, à propos des 20% de logements sociaux obligatoires dans la loi SRU sous peine d’amende : « Payez, payez mais n’en faites pas. »

On voit bien où tout cela va nous mener si rien ne change : à un nouveau Moyen Âge qui ressemblera à ces films post-apocalyptiques des années 70. Des hordes de nouveaux gueux viendront assiéger des citadelles en béton armé.

On espère simplement qu’à l’intérieur, ils paieront bien leur milice privée et que les prétoriens seront bien entrainés, parce qu’il ne faudra plus trop compter sur les forces de l’ordre. Elles ne seront plus assez nombreuses, mal équipées et assez peu motivées par les salaires réduits de 30% par le FMI.
Si ça se trouve, elles ne se dérangeront même plus.

Le Massacre de Pangbourne

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Quand les flics ont les boules

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Depuis les roaring sixties, Rudy le Rouge et la grande époque des squats de Kreutzberg, on savait les jeunes Berlinois particulièrement inventifs en matière de guérilla urbaine et notamment de projectiles destinés aux forces de l’ordre. Mais l’Allemagne est une terre de traditions, et même le dernier des gauchistes y respecte, à sa façon, la trêve des confiseurs.

C’est ce qu’à pu vérifier ce week-end une escouade de feldpandores diligentés dans un quartier chaud de la capitale allemande pour mettre fin à une supposée rixe entre jeunes. Ladite rixe s’est révélée être une banale bataille de boules de neige impliquant une quarantaine de garnements. Sommés de mettre fin immédiatement à ces agissements illégaux, les contrevenants de deux bandes n’ont pas obtempéré. Au contraire, à l’instar des commères brivistes de Brassens, les belligérants des deux camps ont conjugué leurs forces pour défendre face à la police le droit séculaire à la bataille de boules de neige, en bombardant celle-ci de projectiles exclusivement composés d’H20 gélifiée.

Pas fair play pour un pfennig, les agents ont riposté avec des bombes à poivre…

Guantanamo restera ouvert pendant les Fêtes

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« La fermeture du camp de Guantanamo ne sera pas effective avant un certain temps ». Cette déclaration du porte-parole de la Maison Blanche augure d’un deuxième anniversaire teinté de gris pour la présidence de Barack Obama. Arrivé au pouvoir le 20 janvier 2009, sa première décision – et donc la plus forte symboliquement – avait été d’annoncer la fermeture du fameux camp extraterritorial « dans l’année ». Pour le rookie du Bureau Ovale, il s’agissait ni plus ni moins que de concrétiser une des promesses emblématiques de sa campagne – partagée aussi, rappelons-le pas son adversaire d’alors John McCain -, engagement d’ailleurs réitéré le 11 janvier 2009, quinze jours seulement avant son intronisation.

A la décharge du président versatile, il faut préciser que les Republicains mènent de leur côté une guéguerre d’usure sur ce dossier empêchant de fait de dégager une quelconque solution de replacement, comme par exemple le transfert, un temps envisagé, des détenus sur le territoire américain

En attendant une hypothétique solution, 174 détenus suspectés d’appartenance à Al-Qaida restent encore internés à Guantanamo (contre 775 au début). Un statu quo qui comme nous l’avions déjà signalé, n’est pas sans induire quelques collateral damages en matière de Droits de l’Homme: faute de solution adéquate de rétention, les services secrets recourent de plus en plus volontiers aux assassinats ciblés. If you can’t jail them, kill them…

La double peine ne me peine pas

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La fin d’année nous guette et, avec elle, l’angoisse du bilan. Je me retourne et je crains qu’on se méprenne : ce n’est pas parce que je suis catholique que je n’en suis pas pour autant un salaud de droite. Ou presque. Bien sûr, j’ai ma droite, qui n’est pas celle que vous croyez, mais l’autre.

Mais après réflexion, et en dépit du confort d’être de gauche, je continue de penser que l’on peut être de droite et se regarder dans une glace propre. Propre parce que le mec de droite aime l’ordre alors que la glace du mec de gauche est sale, d’ailleurs il n’est pas rasé.

Je dois ce sursaut de conscience à celui qui, parce qu’il n’a pas dit que du mal de Nicolas Sarkozy durant la campagne, et interviewa un traître, passa pour en être un, alors qu’il voulait simplement réfléchir plutôt qu’aboyer : Claude Askolovitch. Etonnamment d’ailleurs et alors que je me réjouissais de pouvoir être en désaccord avec lui, je me trouve assez d’accord, en mec de droite, alors que lui l’est en mec de gauche. De ceci, d’ailleurs, je n’ai jamais douté puisqu’il portait un t-shirt noir quand je l’ai rencontré et qu’il n’était pas rasé.

Sur une variation autour d’une « sagesse » insaisissable, Asko dénonce très justement à l’influence prise par la droite populaire. Nous divergeons toutefois probablement sur la perspective : lui regrette que Nicolas Sarkozy s’écarte de celui qu’il était lorsqu’il a supprimé la « double peine », moi, je suis satisfait qu’il ne l’ait pas vraiment fait.

Parce que moi, je n’ai changé. Je n’ai toujours rien contre – la « double peine ». Certes, pour signaler que l’on a un cœur, il faudrait être contre. Et Bertrand Tavernier relancerait volontiers ses amis pétitionnaires, si Josiane Balasko ne le coiffe au poteau. Mais non. Et, tenez, je me souviens de l’avoir assumé en examen. Alors que, soucieux de ne pas m’aliéner mon jury de « grand O », j’exposais avec délicatesse les arguments respectifs en faveur et en défaveur de la prétendue double peine, un examinateur, pas n’importe lequel, m’interrompit et me demanda : « mais vous, personnellement, vous êtes pour, ou contre ? ». Courageux mais pas trop, je répondis qu’il ne me paraissait pas scandaleux qu’un étranger qui a violé les lois du pays qui l’accueille en soit exclu. J’aurai fini d’annihiler mon mérite quand je vous aurai dit que l’examinateur concerné était Georges Fenech[1. Certes pas aussi connu et pas encore député à l’époque].

Aussi populaire soit-elle, la « sagesse populaire » qui analyse cette question à la lumière des lois de l’hospitalité ne me parait pas disqualifiée – à condition que l’on applique le principe avec humanité. Si un invité vole mon argenterie, je le mets à la porte (surtout s’il est plus petit que moi), mais s’il met ses couverts en ailes de canard, il a droit à une seconde chance. De la même manière, que l’interdiction du territoire français soit limitée aux infractions les plus graves relève d’une simple et élémentaire justice.

Que l’on écarte cette mesure dans les cas de parents d’enfants français, de personnes établies en France depuis de longues années ou qui n’ont pas de lien avec leur pays d’origine, voilà qui est également bienvenu. La pratique contraire aurait parfois des airs de bannissement.

Or, il se trouve que c’est là l’état du droit. Comme le rappelaient certains il y a cinq ans, ou aujourd’hui, la peine complémentaire d’interdiction du territoire français n’a pas été supprimée de notre code pénal. Elle figure toujours, ainsi que ses modalités d’application, aux articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal. Contrairement à ce qu’annonçait Nicolas Sarkozy, il n’avait donc pas purement et simplement supprimé la « double peine » mais transposé les critères d’exclusion existant alors pour les arrêtés d’expulsion et de reconduite à la frontière (art. L.521-2 et L.521-3 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile) à l’application de la peine complémentaire. N’était-ce que de la com’, alors ? De la com’, assurément, mais pas seulement, et qui répondait à la com’ de ceux qui occultaient les cas d’expulsions légitimes pour ne présenter que les cas d’émotion légitime.

Voilà donc, vous dis-je, un état du droit qui me paraît satisfaisant, son application relevant ensuite des tribunaux et cours d’assises, bref, du fonctionnement de la justice. Nul besoin de le modifier, nul besoin de le durcir. En raison, d’ailleurs, de quelle prétendue indulgence malvenue ?
Alors, pourquoi suis-je en phase avec Claude Askolovitch ? Eh bien, avec quelques nuances de fond et de forme, à cause de ces deux passages :
« Beaufisme, nationalisme « sam’suffit », le peuple sain chassera lui-même l’étranger criminel et on ne l’embêtera plus au volant. La « droite populaire », ce collectif radical ou caricatural, donne désormais le ton. »
et « La droitisation de l’UMP, censée protéger Nicolas Sarkozy, balaie en réalité ce que le sarkozysme avait eu de plus digne. La fermeté routière et la suppression de la double peine avaient toutes deux été portées par le Sarkozy ministre de l’Intérieur des années 2002-2007. Ainsi se consume un pouvoir qui se perpétue en se laissant nier. »

Mes réserves ? Elles portent sur la « suppression » d’une « double peine », elles portent un peu aussi sur cette réforme assez minime du permis à points. En revanche, je rejoins Asko dans le rejet du leadership que semble prendre la droite populaire sur la droite, je trouve très juste le qualificatif « radical ou caricatural » appliqué à un collectif qui se complaît dans une pensée vulgaire, sûre de l’approbation populaire.

Quand donc le pouvoir mettra-t-il un frein à cet engrenage qui, dans la meilleure des hypothèses, l’entraîne à la remorque d’un collectif lui-même à la remorque[2. Sur la question de la construction des mosquées, comme de la double peine] de ce que notre voisin suisse fait de plus ouvertement xénophobe, l’UDC ?

Mediator ? Vous avez dit Mediator ?

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Monsieur Servier des laboratoires Servier n’est pas content. Il a déclaré : « Nous sommes sidérés, stupéfaits ! C’est à se demander si cette affaire est une fabrication ! » L’affaire, c’est celle désormais bien médiatisée du sinistre médicament pour les diabétiques prescrits à l’occasion comme coupe-faim, le Mediator. Tout est parti du livre d’une pneumologue de Brest, le docteur Irène Frachon, manière d’Erin Brockovich bretonne, qui a dénoncé le scandale de ce produit retiré du marché seulement en novembre 2009 alors que sa dangerosité est reconnue depuis la fin des années 90 et que l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé recommandait aux médecins de ne plus le prescrire depuis 2007. Ce sont les laboratoires de Monsieur Servier qui fabriquaient le Mediator. Et Monsieur Servier, un rien fayot, genre « je suis copain avec le surgé », de continuer : « Il y a peut-être l’idée d’embêter le gouvernement. » Peut-être, Monsieur Servier, peut-être, mais en attendant il y a entre 500 (estimation basse) et 2000 malades (estimation haute) qui n’embêteront plus personne : ils sont morts.

Sarko, Dutroux : même motif, même punition?

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Ce n’est pas innocemment que Nicolas Sarkozy a utilisé le procédé rhétorique de la prosopopée pour transformer fictivement en pédophile le journaliste de l’AFP qui l’interpellait, à Lisbonne sur l’« affaire Karachi ».
Consciemment ou inconsciemment, il avait en tête l’affaire Dutroux, qui fit fantasmer la Belgique à la fin des années 1990. Quel rapport ? Les ingrédients qui permettent de concocter une vision paranoïaque et fantasmatique d’un événement hors du commun sont rassemblés dans les deux cas : la mort atroce des jeunes filles belges et celle, horrible, de braves techniciens français au Pakistan.[access capability= »lire_inedits »]

Si ces affaires ont provoqué dans le public une émotion si considérable, c’est en raison de l’irruption dans le débat public de victimes qui ne se contentent pas de gérer leur deuil dans l’intimité familiale. En Belgique, ce sont les familles des jeunes filles séquestrées et violées par le pervers de Charleroi qui ont soulevé le pays dans ces fameuses « marches blanches » rassemblant des dizaines de milliers de personnes. En France, c’est la sortie du livre de deux filles d’employés de la Direction des constructions navales (DCN[1. Sandrine Leclerc, Magali Drouet : On nous appelle « les Karachi », éditions Fleuve Noir.]) victimes de l’attentat de 2002 qui a relancé de manière tonitruante une affaire qui n’avait pas « pris » dans l’opinion, malgré les banderilles plantées depuis plusieurs mois par quelques journalistes dits d’investigation.

Dans les deux cas, un même processus est à l’œuvre : des gens simples ont subi un malheur incommensurable, la perte inattendue d’un être cher. Les auteurs du crime sont arrêtés en Belgique : une bande de semi-marginaux manipulés par Marc Dutroux, un prédateur sadique porté sur les jeunes filles pré-pubères. Les assassins des quinze victimes de l’attentat de Karachi (dont onze Français) ne sont pas formellement identifiés, mais appartiennent assurément à la nébuleuse djihadiste active au Pakistan.

Les victimes veulent une « vérité » à la mesure de leur souffrance

Les familles des victimes, traumatisées, ne peuvent se satisfaire d’une vérité trop ordinaire : les coupables présumés proposés par la police et la justice ne sont, dans leur esprit, que des leurres brandis pour dissimuler la « vérité vraie », celle dont l’énormité scandaleuse est à la mesure de leur souffrance.

À Liège, les parents de Mélissa Russo et de Julie Lejeune, que Marc Dutroux a laissé mourir de faim dans une cave, sont encore aujourd’hui persuadés que leurs enfants ont été victimes d’un vaste réseau de pédophilie impliquant les plus hauts personnages du royaume. Dutroux n’aurait été, dans cette hypothèse, que le « fournisseur » de chair fraîche chargé de satisfaire la lubricité des puissants. Cette parole a été relayée par quelques juges et policiers à qui la compassion pour les victimes avait fait perdre prudence et raison. La grande majorité des médias belges et français ont fait leurs choux gras de ces hypothèses, à grand renfort de témoignages de jeunes femmes racontant dans les plus sordides détails les horreurs que leur avaient fait subir des notables hauts placés. Elles ne citaient bien sûr, aucun nom, car elles craignaient encore la vengeance de leurs bourreaux. Mais la rumeur courait et, dans les estaminets, il se murmurait que des membres de la famille royale, du gouvernement et même du haut clergé auraient été dans le coup… Ces femmes se révéleront toutes des mythomanes, et aucune investigation policière ou judiciaire sérieuse ne viendra conforter la moindre de leurs accusations. Mais rien n’y fait : si, aujourd’hui, on réalisait un sondage en Belgique, il y a fort à parier que la majorité de la population estimerait que la théorie du « réseau pédophile » est plus proche de la vérité que la thèse du « prédateur isolé », devenue entre-temps vérité judiciaire.

L’affaire de Karachi fonctionne selon le même schéma, à la notable différence près que des factions politiques s’en sont emparées pour régler leurs comptes. En l’occurrence, les « chiraquiens », du moins ceux qui n’ont pas opportunément rejoint le giron sarkozyste, ont saisi l’occasion pour régler de vieux comptes avec les « balladuriens ». Les premiers ont payé les pots cassés judiciaires et politiques du financement illégal du RPR (mairie de Paris, Françafrique), en sacrifiant des officiers (Michel Roussin, Alain Juppé) pour sauver (provisoirement ?) le général en chef. Les seconds, jusque-là, s’étaient sortis sans dommage collatéral notable des financements occultes de la campagne présidentielle de 1995, grâce notamment à la complicité du président du Conseil constitutionnel de l’époque, l’expert en coups tordus Roland Dumas. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de les coincer, tâche dévolue à un « cabinet noir » mis en place à partir de 1995 à l’Elysée par son secrétaire général, Dominique de Villepin, assisté de l’avocat Francis Szpiner.

Un laissé-pour-compte du chiraquisme, Charles Millon, et un Dominique de Villepin animé d’une haine inextinguible pour Nicolas Sarkozy ont pensé que l’heure de la vengeance avait sonné. Ils savent tous deux très bien que le lien entre l’interruption par l’Elysée du versement de commissions aux intermédiaires dans des contrats d’armement avec le Pakistan et l’Arabie saoudite et l’attentat de Karachi n’est pas établi. Ils n’ont d’ailleurs aucun intérêt à ce que le public y croie, car ils pourraient être rendus indirectement responsables du drame. Mais ils profitent de la « plus-value émotionnelle » injectée dans cette affaire par le rapprochement de ces deux dossiers pour mettre en difficulté Nicolas Sarkozy.

C’est de bonne guerre, et il est assez intéressant d’observer le comportement des uns et des autres dans ce jeu de massacre. On notera la surprenante modération de l’opposition socialiste dans ce dossier. Il faut dire qu’entre 1997 et 2002, un certain Lionel Jospin aurait été en position de fourrer son nez dans cette ténébreuse affaire et qu’il ne l’a pas fait.

Donnez-moi un homme politique à la limite de la démence, un juge avide de notoriété, quelques journalistes qui rêvent d’accrocher Nicolas Sarkozy à leur tableau de chasse et le peuple dans le rôle du chœur antique, et je vous construis une tragédie d’Etat. Ce sera plutôt du Grand-Guignol que du Shakespeare, mais on n’a que ça en magasin.[/access]

Identitaires made in UK : l’English Defence League

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S’il avait été un peu plus soigneux, Tommy Robinson, le Fabrice Robert britannique dont il était l’invité personnel, aurait pu jouer les guest-stars aux « Assises internationales contre l’islamisation ». Mais Tommy-tête-en-l’air avait perdu son passeport et fut donc privé du plaisir d’expliquer aux participants les « méthodes d’action » de son mouvement l’English defence league (EDL).

Pas de Tommy à Charenton donc, et c’est bien dommage. Parce que Tommy avait beaucoup de choses à dire, et des plus intéressantes. Alors que Fabrice Robert se contente pour le moment de constater et de déplorer une situation de « confrontation avec l’Islam qui est une question de vie ou de mort, un enjeu civilisationnel », avec la tentation incantatoire qu’induit l’inaction forcée (on pense en particulier à sa conclusion « Comme à Poitiers et à Vienne, nous vaincrons »), Tommy Robinson est passé immédiatement de la théorie à la pratique. Avec une appréciable longueur d’avance, il nous offre une projection concrète du discours encore virtuel du Bloc identitaire. On ne va pas bouder notre plaisir, d’autant que c’est gratuit. Il suffit d’écouter et de regarder. Discours et méthode.

Sur le papier un mouvement bien sous tous rapports

Formée en juin 2009 sur les décombres d’un communautarisme qui a surtout abouti aux attentats de Londres en juillet 2005, l’EDL entend dénoncer l’Islam radical de façon pacifique et ne perd pas une occasion pour préciser qu’elle n’est pas raciste. Elle ne déteste pas les musulmans mais uniquement les extrémistes. « Les autres sont nos amis », affirme Tommy, dont le porte-parole est un sikh débonnaire. Les homosexuels et les femmes y sont représentés et les drapeaux israéliens sont systématiquement de sortie à chaque manifestation publique. Fasciste, vous avez dit fasciste ? Anti-intégriste mais officiellement multiraciale, surfant efficacement sur la crise économique, la Ligue est en passe de marginaliser le BNP, le British National Party. Avec sa centaine de « divisions », un site Facebook toujours plus visité, elle fait recette chez les hommes jeunes, blancs, issus de la working class et inquiets des dérives d’une communauté musulmane mal intégrée. Le BNP ne s’y est pas trompé. Après quelques appels du pied, il a dénoncé l’EDL comme un mouvement provocateur et interdit à ses membres d’y adhérer sous peine d’exclusion. On ne saurait être plus clair. Et l’on repense au Bloc identitaire qui s’est transformé en parti politique et marche ouvertement sur les plates-bandes du FN, refusant désormais l’étiquette « extrême droite », dénonçant l’exploitation des travailleurs par « le grand actionnariat international » ou la mondialisation. Il est loin le temps où Fabrice Robert était condamné pour un tract ouvertement révisionniste dans les années 90. Le Bloc a des pudeurs de jeune fille dès qu’on lui parle de sionisme.

Sur le terrain, gros bras et petits cerveaux

Sur le terrain, l’invité spécial montre un visage nettement moins convivial. Sa fameuse méthode d’action, celle qu’il venait exposer à Paris, se résume aux plus traditionnelles des bastonnades et autres bagarres de rues classiques. Du brutal. Dans toutes les grandes villes anglaises à forte présence musulmane, le scénario est immuable. Avertis par le site Facebook SIOE (stop islamisation of Europe), des bus déversent les sympathisants dûment cagoulés dans les centres-villes dont ils prennent possession sous la surveillance étroite de la police qui doit empêcher les contacts rapprochés avec les associations musulmanes. Sans pouvoir toujours éviter quelques dérapages malheureux. Le gros des bataillons de la Ligue est recruté parmi les hooligans, les tristement célèbres supporters du foot anglais connus pour leurs aptitudes remarquables à l’échauffourée, et autres skinheads de Combat 18 ou British freedom fighters. Du bien beau linge. Pour s’assurer d’une forte mobilisation, les premières manifestations publiques étaient d’ailleurs organisées les jours de match à proximité des stades.

Spécificité anglaise ? Sans doute. Les militants du Bloc identitaire sont plus politisés et n’ont pas besoin des tape-dur de la tribune Boulogne pour convaincre. Contrairement à l’EDL, ils ont fait le choix des élections et donc du jeu démocratique. Mais ils courent le risque du « Qui se ressemble s’assemble ». En déroulant le tapis rouge devant un gros bras dont la dernière comparution pour coups et blessure remonte au 22 novembre 2010, Fabrice Robert démontre qu’il n’a pas encore tout fait viré sa cutie ligueuse ni rompu avec certaines pratiques douteuses qui permettent de se poser quelques questions sur la qualité de l’eau qu’il a versée dans son vin islamophobe.

Comptes de Noël

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Faudra-t-il envoyer un mot de remerciement à Pierre Arditti, Maxime le Forestier et autres pipoles qui étaient venus plaider leur cause de quasi nouveaux pauvres auprès du président, avec le soutien appuyé de la First Lady ?

D’un côté, on pourrait croire que non, because ce lobbying VIP intensif va entrainer une hausse de la TVA «Triple play» sur les forfaits internet et Smartphones, et là, c’est nous qu’on paye, puisque la quasi totalité des opérateurs a décidé de répercuter cette hausse.

Mais il y a un lot de consolation, et pas des moindres. Cette nouvelle TVA entraine ce qu’on appelle dans le jargon des fournisseurs d’accès une «modification substantielle du contrat». Or une telle modification permet à l’abonné de résilier son contrat, même s’il s’était engagé pour 12 ou 24 mois. En clair, vous avez payé votre Iphone à 99 Euros, alors qu’il en vaut 800, en échange de deux ans de fidélité obligatoire à Bouygues ou Orange ; et bien vous allez pouvoir, grâce à une simple lettre recommandée, le garder en pleine propriété, et migrer, pourquoi pas chez un opérateur moins vorace, chez qui vous n’aurez pas besoin de prendre d’engagement, puisque votre iPhone ou votre Black, vous en êtes déjà propriétaire. Amusant, non ?

Dans l’état de mes connaissances actuelles, je ne sais pas si cette combine ultra-légale fonctionne aussi sur les offres iPad 3G, mais si tel est le cas, vous me trouverez sans aucun doute ce lundi matin à faire la queue devant mon agence Orange…

Fin de l’Euro, fin du monde ?

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De Cassandre à Casimir, il n’y a qu’un pas. Ceux qui promettaient des lendemains qui chantent avec l’euro affirment aujourd’hui qu’un retour aux monnaies nationales serait une catastrophe. C’est ainsi que Le Figaro se fait l’écho d’une sombre étude publiée par la banque ING quantifiant l’impact d’une sortie de l’euro.

Une apocalypse économique

Enfer et damnation, il n’y a pas d’autres mots pour qualifier le scénario dépeint par Mark Cliffe, responsable de la recherche de la banque : baisse de 10% du PIB sur 3 ans, près de 14% de taux de chômage, un euro à 0,85 dollar, un litre d’essence à 1,75 euros. À l’en croire, la valeur du franc se dévaluerait de 15% par rapport au mark, et la lire de 25%. En oiseau de mauvaise augure, il prédit une dévaluation de 50% pour l’Espagne et jusqu’à 80% pour la Grèce. Ces sombres perspectives s’inspirent des événements subis par l’Argentine en 2002, où le PIB avait reculé de 10%, le chômage culminé à 20%, la pauvreté à 40%, le peso étant dévalué de 72% ! Est évoquée également une pression à la baisse sur les prix et les salaires en Allemagne et en France et l’éventualité d’une conversion des dettes et anciennes créances en euro, favorisant ainsi les débiteurs plutôt que les épargnants. Une sorte de prime au vice qui signerait également la fin de l’Union Européenne.

Comment ne pas voir dans cet exercice une volonté de défendre à tout prix la monnaie unique plutôt qu’une analyse prospective rationnelle ? L’article mentionné détaille les risques que nous prendrions si le « nouveau franc » venait à dégringoler par rapport à l’« ancien euro ». Dans le même temps, le rapport d’ING confirme nos prévisions selon lesquelles la parité du « nouveau franc » se retrouverait autour du point d’équilibre vis-à-vis de l’euro, en position intermédiaire entre le mark et la lire.

En clair, personne de sérieux ne soutient aujourd’hui que le franc se trouverait dévalué par rappelons-nous du précédent qui s’était étalé de début 1999 à fin 2000, période durant laquelle l’euro était passé de près de 1,2 dollars à 0,825. Loin de pénaliser l’activité, cette dépréciation avait au contraire permis à la zone euro d’enregistrer sa plus forte croissance annuelle, 3,9% en 2000 et encore 2% en 2001, et ce malgré le krach de la bulle Internet…

Une vision caricaturale du cas argentin

Notons que l’expérience argentine fait figure de cas d’école par rapport aux scénarii envisagés en Europe. N’oublions pas que la fin de l’union monétaire en Tchécoslovaquie s’est passée de bien meilleure manière, ce qui laisse augurer une transition plus aisée de l’euro au franc. Dans sa référence obsédante à l’Argentine, l’étude d’ING oublie de souligner que Buenos Aires traversait une grave crise depuis 1999, son PIB ayant reculé de 10% de 1998 à 2001, bien avant la dévaluation. Bien au contraire, c’est la défense acharnée de l’arrimage de sa monnaie au dollar qui provoqua la crise argentine !

Si la dévaluation brutale de début 2002 explique en grande partie la violente baisse du PIB argentin en 2002 (-10%), elle provoqua ensuite un regain d’activité marqué par une croissance moyenne de 8% les trois années suivantes. Le PIB de l’Argentine en 2004 dépassait donc celui de 2001. Il n’y a aucune raison de craindre un recul de l’activité prolongé sur trois ans en Europe, a fortiori pour des pays qui ne dévalueraient pas autant que l’Argentine en son temps. Certes, l’expérience argentine s’est avérée douloureuse et non exempte de défauts (en causant une forte inflation notamment). Il n’empêche que la dévaluation a permis de doubler les exportations de produits industriels et alimentaires de 2002 à 2006 tout en maintenant la croissance à un niveau élevé.

La France d’aujourd’hui pourrait bénéficier des avantages de la sortie (hausse des exportations du fait de la dévaluation du franc nouveau par rapport au mark et au dollar) sans les inconvénients d’une dévaluation sauvage – du fait de la stabilité du franc par rapport à l’euro. Bref, une analyse rapide du scénario d’ING permet rapidement d’en pointer les limites béantes. Partant, on peut se demander s’il n’exprime pas avant tout le souhait incantatoire de faire survivre l’euro envers et contre tout, quitte à avancer un scénario catastrophe digne des pires nanars hollywoodiens.

Les nouveaux Décembristes

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On se souvient que les Décembristes étaient ces nobles éclairés qui tentèrent un coup d’état réformateur en décembre 1825 à Saint-Pétersbourg en profitant du vide laissé par la mort du tsar Alexandre Ier. Il n’est pas impossible qu’un mouvement portant le même nom surgisse de nouveau en France dans quelques années. Il ne sera pas constitué par des nobles progressistes mais plus simplement par les enfants nés en décembre qui ont, d’après une récente étude du CNRS, bien des raisons de se plaindre de leurs géniteurs qui auront trouvé intelligent de batifoler en avril, alors qu’ils auraient mieux fait de ne pas se découvrir d’un fil.

Nos nouveaux décembristes vont en effet gagner en moyenne 1, 5% de moins durant toute leur vie que s’ils étaient nés en janvier. Ils sont aussi deux fois plus nombreux à redoubler et sont plus souvent orientés dans l’enseignement professionnel. La raison est simple et ne fait d’ailleurs que confirmer scientifiquement l’intuition de nombreux enseignants : scolarisés dans une même classe avec onze mois de moins que les plus âgés de leurs camarades, ils connaissent un décalage important dans leur maturité qui peut se révéler un véritable handicap à l’école primaire. En même temps, si vous êtes nés en décembre, ne vous inquiétez pas trop. Nous sommes tous des exceptions statistiques et c’est tant mieux.

Résidences sécurisées, ça fait peur!

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Finalement, ça devait finir comme ça.
Plus personne n’aime plus personne et plus personne n’a l’impression d’avoir quoique ce soit de commun avec son voisin, son concitoyen, sa femme, son mari, son amant, sa sœur. Vous entendez bien qu’il ou elle parle la même langue que vous mais étrangement vous ne la comprenez plus. Par exemple, il vous dit « réforme », vous comprenez « progrès » et vous vous retrouvez avec la retraite à 62 ans, des médicaments déremboursés et des enfants surdiplômés stagiairisés à vie…
Qui n’a pas compris qui ?

Immergé dans sa Xbox 360

Non, l’autre n’est plus jamais le même, décidément : en politique, en amour, au boulot, dans vos plaisirs que vous ne partagez plus que rarement avec quelqu’un tant l’offre de divertissement s’est diversifiée et individualisée jusqu’au solipsisme. L’adolescent ou même l’adulescent immergé dans sa Xbox 360 est en pleine schizophrénie cyberautiste sous le même toit que son père insomniaque sur le point d’être délocalisé et qui a retrouvé Masculin/Féminin de Godard sur une de ces deux cents chaines de la fibre optique. Mais ça ne l’aide pas à comprendre la mère qui se demande pourquoi elle a besoin d’antidépresseurs pour tenir alors qu’elle s’entend si bien avec ses amies de la copropriété et que l’opération de chirurgie plastique s’est bien passée.
Il n’y a rien à faire : l’autre vous est de plus en plus mystérieux, opaque, vaguement hostile.
C’est vrai à la maison et c’est vrai dans les jeunes couples (portant, ils devraient s’aimer, ceux-là) dont plus d’un sur d’eux divorce au bout de cinq ans parce que le mariage est devenu une forme de consumérisme comme une autre.

C’est vrai au travail, où finalement l’autre est forcément un concurrent. Que ce soit dans les administrations où disparaissent par milliers des postes qui sombrent dans le néant de la rigueur, comme dans les entreprises de l’économie réelle qui désormais prennent le moindre contre coup des humeurs de la finance mondialisée.

Et c’est vrai enfin et surtout dans nos villes où s’évaporent les derniers quartiers socialement mixtes devant le creusement d’inégalités délirantes. À la place, ce que l’on connait de plus en plus, ce sont des mini-murs de Berlin parfois visibles, parfois non. Ils se dressent concrètement par des herses de police ou, de façon immatérielle, par la hausse des taxes d’habitation. Ils séparent les centres-villes gentryfiés des banlieues électrifiées, les vieux départements d’immigration et ceux de l’accession bobo à la propriété sur cinquante ans. Sans compter, comme des réserves de peaux-rouges habillés en Old England ou en Cyrillus, les îlots inquiets de la bourgeoisie du monde d’avant.

Même le prix de l’eau du robinet

Oui, ça devait finir comme ça : la guerre de tous contre tous.
C’est à dire ce qui caractérisait l’état de nature selon Hobbes. Pour Hobbes cela n’a pu cesser qu’avec l’apparition de l’Etat, avec une majuscule. La petite différence, aujourd’hui, c’est que la guerre de tous contre tous renait après la disparition de l’Etat.

On s’étonnera, plus tard, de l’espèce de folie pure, d’irréalité, qui aura régné à notre époque et qui aura consisté à faire croire à des peuples entiers que ce qui était à eux, collectivement et naturellement, en fait ne l’était pas et pouvait faire l’objet de marchés, d’appels d’offres, de profits et de marges bénéficiaires pour certains.

C’est allé de la façon dont on les soignait, dont on les éduquait, dont on les transportait à celle dont on les éclairait et les réchauffait. On trouvera du plus haut comique, par exemple, que le prix de l’eau au robinet ait varié du simple au quadruple dans deux communes distantes de cinq kilomètres, parce que l’une avait une régie municipale et que l’autre avait sous-traité à Veolia. Ou que, montant dans un train ou un avion, il était pratiquement impossible de trouver deux passagers ayant payé le même prix pour le même trajet, confirmant la vieille théorie de Marx sur l’écart de plus en plus schizophrénique qui se creuse entre la valeur d’usage et la valeur d’échange dans les économies capitalistes.

Fragmentation du réel

Et c’est en ce dimanche de fin d’année, dans Le Monde, que l’on découvre le stade ultime de cette fragmentation du réel, de cette séparation à l’œuvre telle que l’a définie le situationnisme il y a déjà cinquante ans : la privatisation et même la libanisation de l’espace public que représente le boom des résidences sécurisées. Entendons nous bien, quand on parle de résidences sécurisées, il ne s’agit pas d’immeubles équipés de digicodes ni même de zones dans lesquelles on demande à des sociétés de sécurité de faire patrouiller un vigile avec un chien.

Non, il s’agit de construire dans les zones rurbanisées de véritables ghettos dorés sur le modèle des « gated communities » américaines. Le syndrome du pont-levis, en quelque sorte. On se retrouve totalement isolés de l’extérieur et on atteint le comble de l’entre soi. Un règlement intérieur draconien pourra même éliminer pour vous la tentation de vous livrer à certaines nuisances impardonnables : fumer, faire des enfants, avoir un chien. Quand on vous a tellement foutu la trouille depuis des générations, la servitude volontaire, ça va de soi. La Boétie l’avait bien compris en son temps.

On nous informe notamment que 13% des nouveaux ensembles résidentiels construits chaque année (avec des pics à 20% dans le sud-est) le sont sur ce modèle de communautés fermées où vous vous promenez badgés derrière de hauts murs et où vous devez prévenir quand quelqu’un vient vous voir ou que vous sortez.
On pourrait en rire, de ces classes moyennes supérieures, décidées à se retrancher (à tous les sens du terme.) Finalement, le grand JG Ballard dans Le massacre de Pangbourne avait déjà prophétisé les névroses mortifères qui finissent par se développer dans ce genre de lieu et finissent dans des explosions de violentes qui valent bien celles que l’on voulait fuir à l’extérieur.

Mais c’est beaucoup moins drôle quand on sait dans le même temps que les maires qui autorisent ce genre de constructions, comme celui d’Etiolles dans l’Essonne, s’entendent dire par leur administrés, à propos des 20% de logements sociaux obligatoires dans la loi SRU sous peine d’amende : « Payez, payez mais n’en faites pas. »

On voit bien où tout cela va nous mener si rien ne change : à un nouveau Moyen Âge qui ressemblera à ces films post-apocalyptiques des années 70. Des hordes de nouveaux gueux viendront assiéger des citadelles en béton armé.

On espère simplement qu’à l’intérieur, ils paieront bien leur milice privée et que les prétoriens seront bien entrainés, parce qu’il ne faudra plus trop compter sur les forces de l’ordre. Elles ne seront plus assez nombreuses, mal équipées et assez peu motivées par les salaires réduits de 30% par le FMI.
Si ça se trouve, elles ne se dérangeront même plus.

Le Massacre de Pangbourne

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Quand les flics ont les boules

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Depuis les roaring sixties, Rudy le Rouge et la grande époque des squats de Kreutzberg, on savait les jeunes Berlinois particulièrement inventifs en matière de guérilla urbaine et notamment de projectiles destinés aux forces de l’ordre. Mais l’Allemagne est une terre de traditions, et même le dernier des gauchistes y respecte, à sa façon, la trêve des confiseurs.

C’est ce qu’à pu vérifier ce week-end une escouade de feldpandores diligentés dans un quartier chaud de la capitale allemande pour mettre fin à une supposée rixe entre jeunes. Ladite rixe s’est révélée être une banale bataille de boules de neige impliquant une quarantaine de garnements. Sommés de mettre fin immédiatement à ces agissements illégaux, les contrevenants de deux bandes n’ont pas obtempéré. Au contraire, à l’instar des commères brivistes de Brassens, les belligérants des deux camps ont conjugué leurs forces pour défendre face à la police le droit séculaire à la bataille de boules de neige, en bombardant celle-ci de projectiles exclusivement composés d’H20 gélifiée.

Pas fair play pour un pfennig, les agents ont riposté avec des bombes à poivre…

Guantanamo restera ouvert pendant les Fêtes

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« La fermeture du camp de Guantanamo ne sera pas effective avant un certain temps ». Cette déclaration du porte-parole de la Maison Blanche augure d’un deuxième anniversaire teinté de gris pour la présidence de Barack Obama. Arrivé au pouvoir le 20 janvier 2009, sa première décision – et donc la plus forte symboliquement – avait été d’annoncer la fermeture du fameux camp extraterritorial « dans l’année ». Pour le rookie du Bureau Ovale, il s’agissait ni plus ni moins que de concrétiser une des promesses emblématiques de sa campagne – partagée aussi, rappelons-le pas son adversaire d’alors John McCain -, engagement d’ailleurs réitéré le 11 janvier 2009, quinze jours seulement avant son intronisation.

A la décharge du président versatile, il faut préciser que les Republicains mènent de leur côté une guéguerre d’usure sur ce dossier empêchant de fait de dégager une quelconque solution de replacement, comme par exemple le transfert, un temps envisagé, des détenus sur le territoire américain

En attendant une hypothétique solution, 174 détenus suspectés d’appartenance à Al-Qaida restent encore internés à Guantanamo (contre 775 au début). Un statu quo qui comme nous l’avions déjà signalé, n’est pas sans induire quelques collateral damages en matière de Droits de l’Homme: faute de solution adéquate de rétention, les services secrets recourent de plus en plus volontiers aux assassinats ciblés. If you can’t jail them, kill them…

La double peine ne me peine pas

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La fin d’année nous guette et, avec elle, l’angoisse du bilan. Je me retourne et je crains qu’on se méprenne : ce n’est pas parce que je suis catholique que je n’en suis pas pour autant un salaud de droite. Ou presque. Bien sûr, j’ai ma droite, qui n’est pas celle que vous croyez, mais l’autre.

Mais après réflexion, et en dépit du confort d’être de gauche, je continue de penser que l’on peut être de droite et se regarder dans une glace propre. Propre parce que le mec de droite aime l’ordre alors que la glace du mec de gauche est sale, d’ailleurs il n’est pas rasé.

Je dois ce sursaut de conscience à celui qui, parce qu’il n’a pas dit que du mal de Nicolas Sarkozy durant la campagne, et interviewa un traître, passa pour en être un, alors qu’il voulait simplement réfléchir plutôt qu’aboyer : Claude Askolovitch. Etonnamment d’ailleurs et alors que je me réjouissais de pouvoir être en désaccord avec lui, je me trouve assez d’accord, en mec de droite, alors que lui l’est en mec de gauche. De ceci, d’ailleurs, je n’ai jamais douté puisqu’il portait un t-shirt noir quand je l’ai rencontré et qu’il n’était pas rasé.

Sur une variation autour d’une « sagesse » insaisissable, Asko dénonce très justement à l’influence prise par la droite populaire. Nous divergeons toutefois probablement sur la perspective : lui regrette que Nicolas Sarkozy s’écarte de celui qu’il était lorsqu’il a supprimé la « double peine », moi, je suis satisfait qu’il ne l’ait pas vraiment fait.

Parce que moi, je n’ai changé. Je n’ai toujours rien contre – la « double peine ». Certes, pour signaler que l’on a un cœur, il faudrait être contre. Et Bertrand Tavernier relancerait volontiers ses amis pétitionnaires, si Josiane Balasko ne le coiffe au poteau. Mais non. Et, tenez, je me souviens de l’avoir assumé en examen. Alors que, soucieux de ne pas m’aliéner mon jury de « grand O », j’exposais avec délicatesse les arguments respectifs en faveur et en défaveur de la prétendue double peine, un examinateur, pas n’importe lequel, m’interrompit et me demanda : « mais vous, personnellement, vous êtes pour, ou contre ? ». Courageux mais pas trop, je répondis qu’il ne me paraissait pas scandaleux qu’un étranger qui a violé les lois du pays qui l’accueille en soit exclu. J’aurai fini d’annihiler mon mérite quand je vous aurai dit que l’examinateur concerné était Georges Fenech[1. Certes pas aussi connu et pas encore député à l’époque].

Aussi populaire soit-elle, la « sagesse populaire » qui analyse cette question à la lumière des lois de l’hospitalité ne me parait pas disqualifiée – à condition que l’on applique le principe avec humanité. Si un invité vole mon argenterie, je le mets à la porte (surtout s’il est plus petit que moi), mais s’il met ses couverts en ailes de canard, il a droit à une seconde chance. De la même manière, que l’interdiction du territoire français soit limitée aux infractions les plus graves relève d’une simple et élémentaire justice.

Que l’on écarte cette mesure dans les cas de parents d’enfants français, de personnes établies en France depuis de longues années ou qui n’ont pas de lien avec leur pays d’origine, voilà qui est également bienvenu. La pratique contraire aurait parfois des airs de bannissement.

Or, il se trouve que c’est là l’état du droit. Comme le rappelaient certains il y a cinq ans, ou aujourd’hui, la peine complémentaire d’interdiction du territoire français n’a pas été supprimée de notre code pénal. Elle figure toujours, ainsi que ses modalités d’application, aux articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal. Contrairement à ce qu’annonçait Nicolas Sarkozy, il n’avait donc pas purement et simplement supprimé la « double peine » mais transposé les critères d’exclusion existant alors pour les arrêtés d’expulsion et de reconduite à la frontière (art. L.521-2 et L.521-3 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile) à l’application de la peine complémentaire. N’était-ce que de la com’, alors ? De la com’, assurément, mais pas seulement, et qui répondait à la com’ de ceux qui occultaient les cas d’expulsions légitimes pour ne présenter que les cas d’émotion légitime.

Voilà donc, vous dis-je, un état du droit qui me paraît satisfaisant, son application relevant ensuite des tribunaux et cours d’assises, bref, du fonctionnement de la justice. Nul besoin de le modifier, nul besoin de le durcir. En raison, d’ailleurs, de quelle prétendue indulgence malvenue ?
Alors, pourquoi suis-je en phase avec Claude Askolovitch ? Eh bien, avec quelques nuances de fond et de forme, à cause de ces deux passages :
« Beaufisme, nationalisme « sam’suffit », le peuple sain chassera lui-même l’étranger criminel et on ne l’embêtera plus au volant. La « droite populaire », ce collectif radical ou caricatural, donne désormais le ton. »
et « La droitisation de l’UMP, censée protéger Nicolas Sarkozy, balaie en réalité ce que le sarkozysme avait eu de plus digne. La fermeté routière et la suppression de la double peine avaient toutes deux été portées par le Sarkozy ministre de l’Intérieur des années 2002-2007. Ainsi se consume un pouvoir qui se perpétue en se laissant nier. »

Mes réserves ? Elles portent sur la « suppression » d’une « double peine », elles portent un peu aussi sur cette réforme assez minime du permis à points. En revanche, je rejoins Asko dans le rejet du leadership que semble prendre la droite populaire sur la droite, je trouve très juste le qualificatif « radical ou caricatural » appliqué à un collectif qui se complaît dans une pensée vulgaire, sûre de l’approbation populaire.

Quand donc le pouvoir mettra-t-il un frein à cet engrenage qui, dans la meilleure des hypothèses, l’entraîne à la remorque d’un collectif lui-même à la remorque[2. Sur la question de la construction des mosquées, comme de la double peine] de ce que notre voisin suisse fait de plus ouvertement xénophobe, l’UDC ?

Mediator ? Vous avez dit Mediator ?

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Monsieur Servier des laboratoires Servier n’est pas content. Il a déclaré : « Nous sommes sidérés, stupéfaits ! C’est à se demander si cette affaire est une fabrication ! » L’affaire, c’est celle désormais bien médiatisée du sinistre médicament pour les diabétiques prescrits à l’occasion comme coupe-faim, le Mediator. Tout est parti du livre d’une pneumologue de Brest, le docteur Irène Frachon, manière d’Erin Brockovich bretonne, qui a dénoncé le scandale de ce produit retiré du marché seulement en novembre 2009 alors que sa dangerosité est reconnue depuis la fin des années 90 et que l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé recommandait aux médecins de ne plus le prescrire depuis 2007. Ce sont les laboratoires de Monsieur Servier qui fabriquaient le Mediator. Et Monsieur Servier, un rien fayot, genre « je suis copain avec le surgé », de continuer : « Il y a peut-être l’idée d’embêter le gouvernement. » Peut-être, Monsieur Servier, peut-être, mais en attendant il y a entre 500 (estimation basse) et 2000 malades (estimation haute) qui n’embêteront plus personne : ils sont morts.

Sarko, Dutroux : même motif, même punition?

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Ce n’est pas innocemment que Nicolas Sarkozy a utilisé le procédé rhétorique de la prosopopée pour transformer fictivement en pédophile le journaliste de l’AFP qui l’interpellait, à Lisbonne sur l’« affaire Karachi ».
Consciemment ou inconsciemment, il avait en tête l’affaire Dutroux, qui fit fantasmer la Belgique à la fin des années 1990. Quel rapport ? Les ingrédients qui permettent de concocter une vision paranoïaque et fantasmatique d’un événement hors du commun sont rassemblés dans les deux cas : la mort atroce des jeunes filles belges et celle, horrible, de braves techniciens français au Pakistan.[access capability= »lire_inedits »]

Si ces affaires ont provoqué dans le public une émotion si considérable, c’est en raison de l’irruption dans le débat public de victimes qui ne se contentent pas de gérer leur deuil dans l’intimité familiale. En Belgique, ce sont les familles des jeunes filles séquestrées et violées par le pervers de Charleroi qui ont soulevé le pays dans ces fameuses « marches blanches » rassemblant des dizaines de milliers de personnes. En France, c’est la sortie du livre de deux filles d’employés de la Direction des constructions navales (DCN[1. Sandrine Leclerc, Magali Drouet : On nous appelle « les Karachi », éditions Fleuve Noir.]) victimes de l’attentat de 2002 qui a relancé de manière tonitruante une affaire qui n’avait pas « pris » dans l’opinion, malgré les banderilles plantées depuis plusieurs mois par quelques journalistes dits d’investigation.

Dans les deux cas, un même processus est à l’œuvre : des gens simples ont subi un malheur incommensurable, la perte inattendue d’un être cher. Les auteurs du crime sont arrêtés en Belgique : une bande de semi-marginaux manipulés par Marc Dutroux, un prédateur sadique porté sur les jeunes filles pré-pubères. Les assassins des quinze victimes de l’attentat de Karachi (dont onze Français) ne sont pas formellement identifiés, mais appartiennent assurément à la nébuleuse djihadiste active au Pakistan.

Les victimes veulent une « vérité » à la mesure de leur souffrance

Les familles des victimes, traumatisées, ne peuvent se satisfaire d’une vérité trop ordinaire : les coupables présumés proposés par la police et la justice ne sont, dans leur esprit, que des leurres brandis pour dissimuler la « vérité vraie », celle dont l’énormité scandaleuse est à la mesure de leur souffrance.

À Liège, les parents de Mélissa Russo et de Julie Lejeune, que Marc Dutroux a laissé mourir de faim dans une cave, sont encore aujourd’hui persuadés que leurs enfants ont été victimes d’un vaste réseau de pédophilie impliquant les plus hauts personnages du royaume. Dutroux n’aurait été, dans cette hypothèse, que le « fournisseur » de chair fraîche chargé de satisfaire la lubricité des puissants. Cette parole a été relayée par quelques juges et policiers à qui la compassion pour les victimes avait fait perdre prudence et raison. La grande majorité des médias belges et français ont fait leurs choux gras de ces hypothèses, à grand renfort de témoignages de jeunes femmes racontant dans les plus sordides détails les horreurs que leur avaient fait subir des notables hauts placés. Elles ne citaient bien sûr, aucun nom, car elles craignaient encore la vengeance de leurs bourreaux. Mais la rumeur courait et, dans les estaminets, il se murmurait que des membres de la famille royale, du gouvernement et même du haut clergé auraient été dans le coup… Ces femmes se révéleront toutes des mythomanes, et aucune investigation policière ou judiciaire sérieuse ne viendra conforter la moindre de leurs accusations. Mais rien n’y fait : si, aujourd’hui, on réalisait un sondage en Belgique, il y a fort à parier que la majorité de la population estimerait que la théorie du « réseau pédophile » est plus proche de la vérité que la thèse du « prédateur isolé », devenue entre-temps vérité judiciaire.

L’affaire de Karachi fonctionne selon le même schéma, à la notable différence près que des factions politiques s’en sont emparées pour régler leurs comptes. En l’occurrence, les « chiraquiens », du moins ceux qui n’ont pas opportunément rejoint le giron sarkozyste, ont saisi l’occasion pour régler de vieux comptes avec les « balladuriens ». Les premiers ont payé les pots cassés judiciaires et politiques du financement illégal du RPR (mairie de Paris, Françafrique), en sacrifiant des officiers (Michel Roussin, Alain Juppé) pour sauver (provisoirement ?) le général en chef. Les seconds, jusque-là, s’étaient sortis sans dommage collatéral notable des financements occultes de la campagne présidentielle de 1995, grâce notamment à la complicité du président du Conseil constitutionnel de l’époque, l’expert en coups tordus Roland Dumas. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de les coincer, tâche dévolue à un « cabinet noir » mis en place à partir de 1995 à l’Elysée par son secrétaire général, Dominique de Villepin, assisté de l’avocat Francis Szpiner.

Un laissé-pour-compte du chiraquisme, Charles Millon, et un Dominique de Villepin animé d’une haine inextinguible pour Nicolas Sarkozy ont pensé que l’heure de la vengeance avait sonné. Ils savent tous deux très bien que le lien entre l’interruption par l’Elysée du versement de commissions aux intermédiaires dans des contrats d’armement avec le Pakistan et l’Arabie saoudite et l’attentat de Karachi n’est pas établi. Ils n’ont d’ailleurs aucun intérêt à ce que le public y croie, car ils pourraient être rendus indirectement responsables du drame. Mais ils profitent de la « plus-value émotionnelle » injectée dans cette affaire par le rapprochement de ces deux dossiers pour mettre en difficulté Nicolas Sarkozy.

C’est de bonne guerre, et il est assez intéressant d’observer le comportement des uns et des autres dans ce jeu de massacre. On notera la surprenante modération de l’opposition socialiste dans ce dossier. Il faut dire qu’entre 1997 et 2002, un certain Lionel Jospin aurait été en position de fourrer son nez dans cette ténébreuse affaire et qu’il ne l’a pas fait.

Donnez-moi un homme politique à la limite de la démence, un juge avide de notoriété, quelques journalistes qui rêvent d’accrocher Nicolas Sarkozy à leur tableau de chasse et le peuple dans le rôle du chœur antique, et je vous construis une tragédie d’Etat. Ce sera plutôt du Grand-Guignol que du Shakespeare, mais on n’a que ça en magasin.[/access]

Identitaires made in UK : l’English Defence League

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S’il avait été un peu plus soigneux, Tommy Robinson, le Fabrice Robert britannique dont il était l’invité personnel, aurait pu jouer les guest-stars aux « Assises internationales contre l’islamisation ». Mais Tommy-tête-en-l’air avait perdu son passeport et fut donc privé du plaisir d’expliquer aux participants les « méthodes d’action » de son mouvement l’English defence league (EDL).

Pas de Tommy à Charenton donc, et c’est bien dommage. Parce que Tommy avait beaucoup de choses à dire, et des plus intéressantes. Alors que Fabrice Robert se contente pour le moment de constater et de déplorer une situation de « confrontation avec l’Islam qui est une question de vie ou de mort, un enjeu civilisationnel », avec la tentation incantatoire qu’induit l’inaction forcée (on pense en particulier à sa conclusion « Comme à Poitiers et à Vienne, nous vaincrons »), Tommy Robinson est passé immédiatement de la théorie à la pratique. Avec une appréciable longueur d’avance, il nous offre une projection concrète du discours encore virtuel du Bloc identitaire. On ne va pas bouder notre plaisir, d’autant que c’est gratuit. Il suffit d’écouter et de regarder. Discours et méthode.

Sur le papier un mouvement bien sous tous rapports

Formée en juin 2009 sur les décombres d’un communautarisme qui a surtout abouti aux attentats de Londres en juillet 2005, l’EDL entend dénoncer l’Islam radical de façon pacifique et ne perd pas une occasion pour préciser qu’elle n’est pas raciste. Elle ne déteste pas les musulmans mais uniquement les extrémistes. « Les autres sont nos amis », affirme Tommy, dont le porte-parole est un sikh débonnaire. Les homosexuels et les femmes y sont représentés et les drapeaux israéliens sont systématiquement de sortie à chaque manifestation publique. Fasciste, vous avez dit fasciste ? Anti-intégriste mais officiellement multiraciale, surfant efficacement sur la crise économique, la Ligue est en passe de marginaliser le BNP, le British National Party. Avec sa centaine de « divisions », un site Facebook toujours plus visité, elle fait recette chez les hommes jeunes, blancs, issus de la working class et inquiets des dérives d’une communauté musulmane mal intégrée. Le BNP ne s’y est pas trompé. Après quelques appels du pied, il a dénoncé l’EDL comme un mouvement provocateur et interdit à ses membres d’y adhérer sous peine d’exclusion. On ne saurait être plus clair. Et l’on repense au Bloc identitaire qui s’est transformé en parti politique et marche ouvertement sur les plates-bandes du FN, refusant désormais l’étiquette « extrême droite », dénonçant l’exploitation des travailleurs par « le grand actionnariat international » ou la mondialisation. Il est loin le temps où Fabrice Robert était condamné pour un tract ouvertement révisionniste dans les années 90. Le Bloc a des pudeurs de jeune fille dès qu’on lui parle de sionisme.

Sur le terrain, gros bras et petits cerveaux

Sur le terrain, l’invité spécial montre un visage nettement moins convivial. Sa fameuse méthode d’action, celle qu’il venait exposer à Paris, se résume aux plus traditionnelles des bastonnades et autres bagarres de rues classiques. Du brutal. Dans toutes les grandes villes anglaises à forte présence musulmane, le scénario est immuable. Avertis par le site Facebook SIOE (stop islamisation of Europe), des bus déversent les sympathisants dûment cagoulés dans les centres-villes dont ils prennent possession sous la surveillance étroite de la police qui doit empêcher les contacts rapprochés avec les associations musulmanes. Sans pouvoir toujours éviter quelques dérapages malheureux. Le gros des bataillons de la Ligue est recruté parmi les hooligans, les tristement célèbres supporters du foot anglais connus pour leurs aptitudes remarquables à l’échauffourée, et autres skinheads de Combat 18 ou British freedom fighters. Du bien beau linge. Pour s’assurer d’une forte mobilisation, les premières manifestations publiques étaient d’ailleurs organisées les jours de match à proximité des stades.

Spécificité anglaise ? Sans doute. Les militants du Bloc identitaire sont plus politisés et n’ont pas besoin des tape-dur de la tribune Boulogne pour convaincre. Contrairement à l’EDL, ils ont fait le choix des élections et donc du jeu démocratique. Mais ils courent le risque du « Qui se ressemble s’assemble ». En déroulant le tapis rouge devant un gros bras dont la dernière comparution pour coups et blessure remonte au 22 novembre 2010, Fabrice Robert démontre qu’il n’a pas encore tout fait viré sa cutie ligueuse ni rompu avec certaines pratiques douteuses qui permettent de se poser quelques questions sur la qualité de l’eau qu’il a versée dans son vin islamophobe.

Comptes de Noël

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Faudra-t-il envoyer un mot de remerciement à Pierre Arditti, Maxime le Forestier et autres pipoles qui étaient venus plaider leur cause de quasi nouveaux pauvres auprès du président, avec le soutien appuyé de la First Lady ?

D’un côté, on pourrait croire que non, because ce lobbying VIP intensif va entrainer une hausse de la TVA «Triple play» sur les forfaits internet et Smartphones, et là, c’est nous qu’on paye, puisque la quasi totalité des opérateurs a décidé de répercuter cette hausse.

Mais il y a un lot de consolation, et pas des moindres. Cette nouvelle TVA entraine ce qu’on appelle dans le jargon des fournisseurs d’accès une «modification substantielle du contrat». Or une telle modification permet à l’abonné de résilier son contrat, même s’il s’était engagé pour 12 ou 24 mois. En clair, vous avez payé votre Iphone à 99 Euros, alors qu’il en vaut 800, en échange de deux ans de fidélité obligatoire à Bouygues ou Orange ; et bien vous allez pouvoir, grâce à une simple lettre recommandée, le garder en pleine propriété, et migrer, pourquoi pas chez un opérateur moins vorace, chez qui vous n’aurez pas besoin de prendre d’engagement, puisque votre iPhone ou votre Black, vous en êtes déjà propriétaire. Amusant, non ?

Dans l’état de mes connaissances actuelles, je ne sais pas si cette combine ultra-légale fonctionne aussi sur les offres iPad 3G, mais si tel est le cas, vous me trouverez sans aucun doute ce lundi matin à faire la queue devant mon agence Orange…