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Les Iraniens rhabillent la chef de la diplomatie européenne pour l’hiver

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Avant de partir au sommet d’Istanbul pour un nouveau round de négociations avec les Iraniens, la Britannique Catherine Ashton, notre ministre européen des Affaires étrangères, avait été longuement briffée : pour ne pas violer les codes de pudeur chiites, il était impératif qu’elle évite tout contact physique (au moins en public) avec les représentants de la République islamique.

No handshake, no problem : conformément aux instructions, la dame a soigneusement gardé les mains croisées derrière le dos. En plus elle a choisi dans sa garde-robe ce qu’il y a de plus modeste en termes de couleurs et de coupe. Mais pour la presse iranienne cela n’a pas suffi.

Un clic et hop : grâce à Photoshop, les graphistes des journaux ont pu rendre à Mme Ashton le niveau requis de pudeur. A Téhéran, les femmes on ne les touche pas, on les retouche…

Diététique de l’instinct

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La chasse n’a pas bonne presse, c’est le moins qu’on puisse dire. Un écologisme bobo s’est imposé dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, par une doxa un rien oppressante. Bruno de Cessole, lui-même chasseur émérite et rédacteur en chef de Jours de chasse, a décidé de ne pas laisser persister plus longtemps le malentendu. Il consacre à sa vieille passion un Petit roman de la chasse qui tient plus de l’introduction sentimentale que du traité didactique. Il s’agit de s’adresser à un lecteur sans préjugé et d’en finir avec les idées reçues qui ont toujours eu, en la matière, la vie dure : « Dans son Dictionnaire des idées reçues, Flaubert écrivait, à l’article « Chasse » : « Excellent exercice que l’on doit feindre d’adorer. » » Une version actualisée prendrait l’exact contre-pied : « Exercice barbare et honteux. Se devoir de tonner contre. »[access capability= »lire_inedits »]

Le chasseur : amoureux, rebelle et métaphysicien

Le chasseur est une figure en voie de disparition : il concentre en lui, quand bien même ce serait à son insu, les figures plus franchement de saison de l’amoureux, du rebelle et du métaphysicien.
L’amoureux, le chasseur lui emprunte souvent son vocabulaire, à moins que ce soit le contraire. Dans la traque, l’attente, l’immobilité, l’élan soudain, les moments privilégiés comme l’aube ou le crépuscule si joliment décrits par Cessole, il y a d’évidentes et séduisantes analogies. Sans compter ce que l’auteur appelle le « paradoxe du chasseur » et « qui postule que l’amour éprouvé pour le gibier ne trouve sa conclusion que dans la mort qu’on lui inflige », ce qui n’est pas sans rappeler l’économie propre à nos tragédies classiques.

Quant à la figure du chasseur comme rebelle, elle est présente dans ce recours aux forêts théorisé par Jünger, refuge à la fois symbolique et réel où l’homme fuit le règne de la technique et de la quantité. Et Cessole d’évoquer la figure de Thoreau qui, réfugié dans les bois de Concord pour fuir l’état de son temps, est devenu à la fois la figure de référence des libertariens et des écologistes radicaux tout en étant… un chasseur acharné.

Métaphysicien enfin : la chasse suppose la mort de l’animal et renvoie très fortement à la sienne propre en suscitant des méditations que l’on a rarement l’occasion de connaître devant un écran, puisque c’est ainsi désormais que les hommes vivent. La chasse invite aussi à ce que l’on pourrait appeler une diététique des instincts : elle nous oblige à penser ce qu’il y a de plus primitif et de plus archaïque en nous et à le surmonter ou à l’exorciser par le rituel, la règle, la coutume – somme toute ce qui forme une assez bonne définition de ce qu’est la civilisation.

Comme Bruno de Cessole est également l’écrivain et le critique littéraire que l’on connaît, il nous livre quelques récits de parties de chasse tracés à la pointe sèche et il nourrit ce Petit roman de la chasse d’une multitude de références qui ne sont pas là pour appuyer un plaidoyer pro domo mais pour montrer, comme une évidence, que la chasse appartient à la civilisation elle-même et fut la grande affaire d’écrivains aussi divers que London, Tourgueniev, Rigoni Stern, Ortega y Grasset, Maupassant ou Hemingway.[/access]

Le petit roman de la chasse

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Mélenchon, le PCF et le peuple

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Mieux vaut se répéter que se contredire: ce que j’écrivais avec Aimée Joubert en mars dernier, après les régionales, sur la disparition programmée du PCF via Mélenchon, quel que soit le cas de figure, je le pense toujours : « Pour le PCF, en 2012, la perspective est donc soit d’avoir un candidat communiste autonome et disparaître, soit de s’effacer derrière Mélenchon. Et donc de disparaître aussi. »

Néanmoins, depuis quelques semaines, mon opinion sur l’itinéraire qu’empruntera ce cortège funèbre a évolué. Grosso modo, j’ai pensé assez longtemps que le PCF, traumatisé par les scores aux présidentielles de Hue en 2002 (3,37 %) et de Marie-George Buffet en 2007 (1,93 %) prendrait tous les risques pour s’accrocher à la bouée que lui lançait Mélenchon pour 2012, et mettrait toutes ses forces dans la bataille pour obtenir grâce à lui un score à deux chiffres, quitte à risquer ensuite la noyade, c’est-à-dire la dilution progressive, puis la disparition dans un Front de Gauche dont le président du PG aurait fait sa chose.

En fait, il n’est pas du tout sûr que ce soit cette voie-là que choisisse le PCF. L’opération lancée en septembre dernier par le député communiste (enfin, se disant tel) du Puy de Dôme André Chassaigne, qui affirme lui aussi vouloir porter les couleurs du Front à la présidentielle, a singulièrement compliqué la donne.

Personne, à commencer par Pierre Laurent, le subtil nouveau secrétaire national du PCF, n’envisage sérieusement que l’ectoplasmique Chassaigne – qui synthétise le charisme de Robert Hue, le punch de Méhaignerie et la pensée politique de Diam’s – puisse représenter le Front de Gauche en 2012. Néanmoins la direction du PC se plait à entretenir un semblant de suspense, et pas seulement pour faire croire que le choix du candidat sera hautement démocratique[1. Sur l’opacité, voire l’absurdité de ce processus de désignation, comme sur bien d’autres sujets afférents au PG, au PCF ou à la politique en général, on se reportera avec bonheur à l’excellent blog de Descartes qui s’adresse prioritairement à ceux «qui sont fatigués du discours politiquement correct et de la bienpensance à gauche». ] .

Non en fait, il y a une volonté du PCF de laisser gonfler sa baudruche auvergnate, pour qu’à l’arrivée le candidat – ce sera Mélenchon, sans aucun doute possible – soit contraint de constituer une sorte de ticket avec Chassaigne, supposé lui apporter sur les tribunes et les plateaux la cacherout communiste. D’un point de vue technique, ce sera bien sûr une catastrophe : imaginez Nigel Kennedy obligé de jouer le double concerto de Bach en duo avec André Rieu…

C’est cette option-là que le PCF semble avoir choisi pour assurer sa survie, avec à l’arrivée la perspective d’un score qui ne soit pas trop mauvais (comme il le serait avec un candidat issu de la maison) mais pas trop bon non plus, ce qui renforcerait bigrement Mélenchon dans sa tentative prévisible de fusion-acquisition avec la Place du colonel Fabien, et aux dépens de celle-ci.

En conséquence de quoi, pour sauver la boutique, le PCF joue délibérément la stratégie non pas de l’échec, mais du semi-échec, comme il l’avait si bien fait dans la dernière ligne droite du référendum sur Maastricht en 1992, en axant toute sa fin de campagne sur un fumeux «non de gauche», et en tapant à bras raccourcis sur le «non de droite», juste ce qu’il fallait pour que finalement le oui l’emporte de justesse, au grand soulagement de quasiment toute la classe politique, Georges Marchais compris.

La version réactualisée de cette stratégie n’attendra pas la campagne pour se déployer : elle est déjà à l’œuvre depuis trois mois. « On ne peut pas mener une campagne sur le thème du populisme » avait averti Pierre Laurent en novembre dernier lors d’un meeting au gymnase Japy. Ce n’est certes pas du Plantu mais l’idée directrice est quand même un rien similaire… D’un point de vue politique, cela entrainera un score forcément médiocre, ou en tout cas bien moins bon qu’il pourrait l’être. Concrètement le PCF -via Chassaigne ou par tout autre moyen possible- va en permanence marquer Méluche à la culotte pour qu’il ne s’éloigne pas des dogmes du PC (au sens, cette fois, de politiquement correct).

On a pu en avoir une illustration dimanche dernier chez Demorand sur France 5: tout ce que JLM a trouvé à répondre aux questions de son hôte sur l’immigration a été un plaidoyer enflammé pour la régularisation immédiate de tous les sans-papiers. Oublié le Mélenchon qui slalome gaiement entre brutalité et complexité : on croyait voir à l’antenne un secrétaire départemental de la Ligue des Droits de l’Homme récitant tout penaud son credo sociétaliste. Pas le moindre argument en dehors de l’indignation de rigueur, pas la moindre prise en compte des questions que se pose l’électorat populaire, y compris celui issu de l’immigration. Si c’est comme ça que le président du PG compte prouver qu’il n’a rien à voir avec la présidente du FN, c’est réussi: combattre de cette façon Marine le Pen, c’est ouvrir un boulevard à Marine Le Pen.

Personnellement, s’il continue comme ça, Mélenchon est assuré de perdre ma voix: si c’est pour cautionner ce genre de sornettes sansfrontiéristes, autant aller voter comme un crétin pour le ou la candidate du PS dès le premier tour – au moins, on n’est pas trompé sur la marchandise.

Oui, il y a péril en la demeure : sous la pression du PCF et des bonnes âmes de gauche façon Plantu, JLM commet l’erreur insigne de tenter de se débarrasser des accusations de populisme et de collusion des extrêmes en se drapant dans une tunique de Nessus, au risque donc d’y laisser sa peau…

Astérix en Fiscalie

Si le disque est un secteur en berne de l’économie culturelle, l’édition – portée notamment par la bande dessinée – va plutôt bien. La BD connaît même une « explosion » en France depuis une dizaine d’années, et des développements plutôt inattendus (nouveau public issu d’internet et des blog-BD, nombreux projets d’adaptations d’albums au cinéma, etc.). Le secteur est en constante expansion (1 137 titres publiés en l’an 2000, 4 863 en 2009 et 5 165 en 2010), et le lectorat –quoique parfois intimidé par cette surproduction pléthorique- suit. Le festival international de BD d’Angoulême qui débute aujourd’hui, présidé par le dessinateur Baru, sera à nouveau l’occasion de célébrer ce qui n’est pas le moins du monde un « neuvième » art (le « huitième » étant sensé être la télévision…) mais la rencontre charnelle de la littérature et des arts plastiques. Difficile de tenter un pronostic sur le grand prix, même s’il ne serait pas étonnant que soit primée une femme (l’explosion du nombre des dessinatrices est l’un des phénomènes forts de ces dernières années) ou un album touchant à la satire politique… Nous y reviendrons certainement.

C’est dans ce contexte festif que le Fisc a décidé de frapper un grand coup. De marquer les esprits ! De faire un exemple ! En effet l’administration des impôts a soumis le dessinateur Albert Uderzo à un redressement fiscal au motif qu’il ne serait finalement pas le « co-auteur » des 24 premiers albums de la série Astérix écrite avec l’immense René Goscinny, mais le simple « illustrateur ». Ce qui a une incidence sur le calcul de l’impôt. Le dessinateur conteste, évidemment ; et bien que la dimension financière ne soit pas vraiment en jeu, il se déclare scandalisé par « la brutalité et le manque de respect avec lesquels, cinquante et un ans après la création d’Astérix, le fisc se réveille et me dénie le droit d’être le co-auteur de mon cher petit Gaulois. » Dont acte. L’artiste compte se défendre, et nous lui souhaitons un plein succès dans cette démarche.

Par son immense tact à vouloir enlever à Albert Uderzo, 84 ans, la copaternité d’un des grands mythes de la culture populaire française, le Fisc a déjà remporté – par avance – le Grand Prix du Festival de BD d’Angoulême de cette année. Dommage que René Goscinny soit définitivement parti en croisière en 1977, il aurait peut-être suggéré à Bercy qu’il n’était finalement pas lui-même « co-auteur » du symbole national ronchonnant (et de son compère débile en surpoids), mais « simple » scénariste… Est-ce le fameux signe que le ciel va bientôt nous tomber sur la tête ?

Shopping à Londres

photo : LoopZilla

Faire son shoping à Londres, quel plaisir ! Les soldes sont de vraies soldes, pas question là-bas d’attendre les dernières semaines pour bénéficier de remises à 70%. Et quel accueil ! Il n’y a pas à dire, les British savent y faire.

Courtoisie, décence, élégance, art de vivre, tout ce qui faisait de la France le pays défenseur de la civilisation occidentale bien avant d’être celui des Droits de l’homme, se retrouvent chez nos ennemis historiques d’hier. Nelson, perché sur la colonne de Trafalgar, a bien de quoi se réjouir. Son « peuple de boutiquiers » nous donne une leçon de savoir-vivre quand celui-ci, chez nous, subit un sacré revers. « Partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce et partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces[1. L’Esprit des Lois, XX, 1]. » Les remarques de Montesquieu sur la douceur du commerce qui civilise les mœurs semblent encore d’actualité chez les Grands-Bretons, n’en déplaise aux bonnes âmes antilibérales pour qui le mercantilisme anglo-saxon est le Grand Satan à abattre.
Oui, les Anglais sont des commerçants et c’est tant mieux. Ils n’ont pas oublié le double sens du mot « commerce » qui signifie, à la fois, échange de biens mais également la civilité, un comportement policé utile à la vie en société.

C’est bien simple, là-bas vous êtes un véritable client servi par des véritables vendeurs. Vous entrez dans un magasin, vous êtes visible, vous existez. Un vendeur vient vers vous. L’allure est dynamique, le ton agréable. Il vous demande, avec cet accent anglais tellement chantant qui donne tout de suite une tonalité élégante aux propos, s’il peut vous aider à trouver votre bonheur. Et alors là, il faut voir avec quel dévouement il se décarcasse pour que vous repartiez content. Il n’y a pas votre taille, « no problem », les appels fusent entre les magasins. Des retouches sont nécessaires, « no problem », elles seront faites dans journée, ça tombe bien vous êtes à Londres pour le week-end, donc attendre une semaine comme à Paris aurait été difficile. Vous êtes à la National Gallery, votre portable vibre, c’est un texto du magasin vous prévenant que vos emplettes vous attendent : le modèle à votre taille trouvé et les retouches effectuées, vous n’avez plus qu’à passer le payer. Et si vous essayez mille et une choses et que, finalement, vous préférez ne rien acheter, aucune exaspération ne vient crisper le visage du vendeur, mais un élégant « Thank you Madam, have a good day ! » vous est adressé.

C’est ça l’esprit commerçant. Politesse oblige ! Loin d’être réservé au secteur de la mode, ce sens du service est généralisé à toute la société. Vous n’avez qu’à prendre le métro pour vous en apercevoir. Les employés de l’Underground sont à votre disposition pour vous aider et ne se sentent pas humiliés pour autant. Il est impensable qu’ils vous laissent vous dépatouiller tout seul et cela même un dimanche matin. Ils vous aident sans rouspéter ni traîner les pieds, tout simplement par sens du devoir, parce qu’ils ont une certaine idée de l’utilité publique.

Chez nous, tomber sur quelqu’un de serviable et de bien intentionné relève de l’exception. Chez les Brits, ce comportement est absolument normal. Pourquoi diable ? Et bien sans doute parce qu’ils ont une idée claire et précise de leur rôle au sein de la société et qu’ils se sentent estimés et valorisés pour leur utile contribution.
À aucun moment vous n’avez l’impression qu’ils se sentent dégradés par leur travail, comme c’est bien trop souvent le cas en France, où le sentiment conscient ou inconscient d’une humiliation sociale provoque rancœur et ressentiment à l’égard du client.

Aux esprits épris de républicanisme qui sont, en ce moment, taraudés par la question « La France est-elle en déclin ? » j’ai envie de dire : traversez la Manche et vous verrrez que la Perfide Albion nous tend le miroir où se reflète notre décadence.

Soldes

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Nicolas Bedos : NKM réclame l’interdit professionnel

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Les polémiques autour de deux saillies de Nicolas Bedos en fin de semaine dernière – la première dans son sketch chez FOG, où il dépeint Nicolas Sarkozy en VRP cocaïné, la seconde où il attribue un QI de poulpe au policier de patrouille de nuit lambda – ont le mérite de faire tomber certains masques.

Ainsi a t-on pu s’apercevoir que la gentille et tolérante Nathalie Kosciusko-Morizet a cru bon de réclamer son licenciement immédiat en déclarant ce matin sur RMC : « Si j’étais l’animateur, je ne le réinviterai pas« . En revanche, Nicolas Bedos a pu compter sur le soutien des méchants droitards et ringards du Collectif parlementaire pour la liberté d’expression – qui avait pris la défense d’Eric Zemmour il y a deux semaines au moment de son procès – parmi lesquels Christian Vanneste et Lionnel Luca.

Ce dernier a d’ailleurs déclaré, prenant le contrepied des syndicats policiers, que « Nicolas Bedos, comme d’autres, a probablement connu une mauvaise expérience. Elle doit être fondée. Les policiers doivent aussi savoir balayer devant leur porte et je ne manque jamais d’intervenir pour leur rappeler qu’ils doivent être irréprochables ».

Laissons encore la parole au député des Alpes-Maritimes, qui parle d’or: « Tant qu’il n’y a pas de calomnie ou d’insulte, les humoristes ont bien le droit de dire ce qu’ils veulent, de ne pas être d’accord. C’est leur liberté d’expression et c’est précieux, car c’est ce qui enrichit le débat d’idées. Les poursuivre en justice, ça n’est jamais bon, car c’est une forme de totalitarisme qui pourrait conduire à créer une caste d’intouchables. »

À fond les vœux !

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De Nicolas Sarkozy à Dominique de Villepin :
« Etant très occupé par les obligations liées à ma fonction, j’ai chargé mon ami Thierry Herzog de vous transmettre mes meilleurs vœux pour 2011, lors de votre prochaine rencontre dans l’île de la Cité. »[access capability= »lire_inedits »]

De Dominique de Villepin à Nicolas Sarkozy :
« Que cette année se passe, puisqu’il faut qu’elle soit !
Mais qu’advienne au plus vite, au bout de douze mois
L’heure des combats glorieux où le peuple de France
Rejoindra sa grandeur par votre déchéance.
»

De Barack Obama à Sarah Palin :
« Fuck you ! »

De Sarah Palin à Barack Obama :
« Même pas cap ! »

De Martine Aubry à Dominique Strauss-Kahn :
« Hello Dominique !
I wish you another gorgeous year in Washington and, by the way, to remain as long as possible at the head of the IMF where you are doing a fantastic job !
»
Signé : La Carpette anglaise[1. L’Académie de la Carpette anglaise vient de décerner son prix 2010 à Martine Aubry pour son usage immodéré du mot care et son slogan « What would Jaurès do ? »
L’association décerne annuellement, depuis 1999, un prix d’« indignité civique » à un membre des élites françaises qui s’est particulièrement distingué par son acharnement à promouvoir la domination de l’anglo-américain en France et dans les institutions européennes au détriment de la langue française]

De Dominique Strauss-Kahn à Martine Aubry :
« Dors ma p’tite Titine, min p’tite pouchine, min grosse rojine
J’te f’rai du chagrin, mais j’revins ptêt demain
. »

De Dany Cohn-Bendit à DSK :
« Buuuuuuut !!!! »

D’Eva Joly à Nicolas Hulot :
« Che fous prie de bien fouloir me faire parvenir pour le 1erjanvier la comptabilité complète de fotre fondation et les relevés d’heures de fol d’hélicoptères utilisés lors des tournages d’Ushuaïa. »
De Vladimir Poutine à Dmitri Medvedev :
« Dans un an tu dégages, minable !
»

De Dmitri Medvedev à Vladimir Poutine :
« Toi vendrrre trrrop tôt peau de l’ours. Toi relirrre Tolstoï et boirrre vodka, car hiver être long. »

De Christine Ockrent à Alain de Pouzilhac :
« La carte de vœux animée que je vous avais adressée se trouve sur le disque dur de l’ordinateur de Candice Marchal. Je suis désolée. »

De Jean-Luc Mélenchon à David Pujadas :
« Vous trouverez ci-joint l’enveloppe habituelle de vos étrennes de larbin et de carpette. Non…Non… ne me remerciez pas. Dans dix-huit mois, je reprends tout ! »[/access]

Ces Tunisiens effacés de l’Histoire

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la synagogue de Tunis

Depuis le déclenchement de la révolution en Tunisie, les réactions enthousiastes et les innombrables vœux de réussite prolifèrent sur la toile de la part de juifs tunisiens, notamment sur Facebook. Ils émanent essentiellement de ceux et celles de ma génération, les bientôt -ou déjà- soixantenaires qui ont quitté la Tunisie dans l’enfance ou à la fin de l’adolescence.

L’émotion de mes coreligionnaires nés comme moi dans ce pays a atteint son apogée avec les larmes de Michel Boujenah sur Canal +, repassées en boucle sur le zapping. Soit. Je ne suis pas allée jusqu’au lacrymal mais je fais partie des contents. Un peuple qui choisit la liberté mérite un total respect, comme on dit dans les cités.

Comme beaucoup ici, j’ai partagé cette joie avec quelques amis de Tunis par mail et par téléphone. Et comme beaucoup, je suis les événements jour après jour. J’écoute, je lis, je regarde les images. Les rues, les sons, la langue arabe tunisienne, cet accent si caractéristique en français, jusqu’à cet hymne national qui nous émeut, provoquent en nous une avalanche de madeleines inattendues. La révolution de jasmin ! Même son nom nous enivre. Le jasmin, c’est notre odeur.

Mais à part quelques familles juives qui y possèdent encore leur maison et leur travail, depuis 50 ans la Tunisie n’est plus notre pays et ne se souvient pas de nous. Bien sûr, d’actives associations de mémoire du patrimoine juif entretiennent la flamme et quelques personnalités tunisiennes participent à cette mémoire, mais cela ne suffit pas.

Le pays ne nous est pas interdit, loin de là. Nous y séjournons avec joie. Comme de simples touristes. Nous y avons des amis chaleureux. Le tampon d’Israël sur le passeport n’a jamais posé de problèmes. Ben Ali avait même tenté de faire revenir les juifs tunisiens, affirmant qu’ils étaient des citoyens à part entière et qu’ils pouvaient revenir dans leur pays librement. Certains y avaient vu un appel aux investisseurs, d’autres une volonté de valoriser une identité tunisienne propre, loin des clivages religieux. Qui sait. Il faut dire que face à lui l’islamiste Rached Gannouchi, dont on entend parler en ce moment éructait sur « la honteuse poignée de mains entre le ministre des Affaires étrangères de l’entité sioniste et raciste et de son homologue tunisien… » en insistant sur le risque de « saper les fondements de l’identité arabo-musulmane ».

Aujourd’hui faisons le rêve d’une Tunisie nouvelle et libre de tout diktat. Bourguiba en son temps avait su imposer une identité propre à son pays, quitte à « adapter le Coran », comme il le revendiquait fièrement, notamment concernant le droit des femmes et l’avortement, envers et contre tous.
Pour fabriquer un avenir libre, un pays doit réintégrer son passé dans l’enseignement prodigué aux générations présentes et à venir. Or, L’histoire et la présence des juifs en Tunisie sont ignorées par les jeunes là-bas. (Combien de serveurs s’étonnent que vous parliez arabe dans un café quand vous affirmez être juive et tunisienne.)
L’histoire de la Tunisie est imprégnée par la présence bimillénaire de la communauté juive dans tous les domaines. Cette Histoire s’est achevée il y a 50 ans, sous le règne du Combattant suprême.

L’avenir du pays, qui s’écrit aujourd’hui, devra mettre fin au silence sur la présence incontournable de nos ancêtres juifs depuis la nuit des temps ainsi que leur départ.
Cet acte de reconnaissance ne sera que justice.
Et ce jour-là, nous acclamerons les révoltés avec une fraternité encore plus confiante.

Histoire des Juifs de Tunisie: Des origines à nos jours

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L’effet salaire…

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Avec tout ce qui se passé de l’autre côté de la Méditerranée, j’ai failli oublier de vous relater un évènement d’importance survenu outre-Atlantique il y a deux semaines: la dixième édition de No pants subway ride à New York, épicentre d’un phénomène qui touche désormais de nombreuses villes américaines et plus de vingt de pays dans le monde. Cela consiste, à un moment précis, à baisser simultanément jupes et pantalons dans le métro, quelle que soit la température mais en gardant évidemment ses sous-vêtements. On hésite sur les interprétations à donner à cette manifestation : accès de festivisme bobo qui aurait intéressé Muray ? Ou art très anglo-saxon du nonsense ?

A moins que… A moins qu’il ne s’agisse d’une forme de protestation symbolique contre les extrémités auxquelles sont réduits les citoyens américains depuis que les plans de rigueurs portent essentiellement sur ceux qui prennent le métro, justement. Il est donc fort probable que la prochaine édition de No pants subway ride en 2012 s’étende à un certain nombre de pays européens pour ne pas dire à tous. Mais comme les populations grecque, espagnole, irlandaise, portugaise, roumaine, italienne et peut-être bien française seront déjà en slip, cela risque de virer à l’exhibitionnisme continental face à une police en sous-effectif qui ne saura plus où donner du procès-verbal.

En texto, où, c’est nulle part

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Normalement, je n’aime pas trop raconter ma vie. Enfin, pas à mes lecteurs. D’ailleurs, ça tombe bien, parce qu’eux n’ont pas la moindre envie que je les ennuie avec mes crises d’âme. Et pourtant, je vais vous parler à tous d’un truc super intime puisqu’il s’agit du doudou dont aucun adulte ne peut plus se passer, l’« objet transactionnel » universel : le téléphone portable. Mon téléphone portable.[access capability= »lire_inedits »]

Il y a quelques semaines, le mien présentant des signes inquiétants de grave maladie, je me suis laissé convaincre par un vendeur enthousiaste d’adopter un appareil équipé d’un véritable clavier reproduisant celui de mon ordinateur. Au passage, j’ai choisi un appareil de la même marque que le précédent, pensant naïvement que cela faciliterait le transfert de données de l’un à l’autre. C’était oublier que, derrière chaque merveille technologique, se cache un groupe de sadiques décidés à rendre fou l’utilisateur lambda. Après tout, il ne m’a fallu que quelques heures et autant de litres de café pour venir à bout des pièges planqués dans la diabolique petite boîte. Passons.

J’étais donc en passe d’atteindre la félicité : avec cet appareil, pensé-je, j’allais pouvoir écrire en français sans avoir à tapoter frénétiquement sur les touches avec l’application d’un élève de cours préparatoire. Je me réjouissais d’éviter les regards méprisants des détenteurs d’iPhone qui, comme tous les clients de la marque Apple, font penser à des convertis qui n’ont rien de plus urgent que de vous faire entrer dans la communauté des croyants. Parce que là, moi aussi, je possédais un engin dernier cri, dernière génération, usages multiples et variés. La seule « fonctionnalité » qui ne semblait pas prévue, c’était qu’il m’appelle quand personne n’y pense. Mais j’en suis convaincue, ce sera pour le prochain.

À ce stade, chers lecteurs, je vous dois un aveu. Contrairement aux apparences, je vis avec mon temps. Je suis donc devenue une adepte du SMS, également dit « texto » : d’abord, parce qu’il me permet de combattre ma propension coupable au bavardage, ensuite parce que j’aime la chose écrite. Qu’il s’agisse d’envoyer des mots doux, de balancer des vacheries, de prendre un rendez-vous ou d’annoncer courageusement à un rédac’ chef que vous êtes en retard, le texto conjugue l’instantanéité du téléphone et la délicieuse distance de l’écriture.

Je décidai donc d’étrenner mon nouveau jouet en rédigeant un beau message. Je dénichai le point, la virgule, le circonflexe et même le c cédille en majuscule. Le bonheur. Et voilà que tout s’écroula : impossible de repérer le u accent grave, pourtant indispensable à l’adverbe « où » qui désigne un lieu – ex : où es-tu ? Soucieuse de m’épargner la lecture du mode d’emploi écrit en chinois, au propre et au figuré, je filai interroger le vendeur à qui personne n’avait jamais posé une question pareille. Plein de bonne volonté, il tenta de trouver la lettre volée, avant de me dire l’atroce vérité : le u accent grave n’existe pas sur l’appareil que j’avais acheté. Devant mon air incrédule il se risqua : « Mais qu’est-ce que ça peut vous faire ? » Je hoquetai : « Pardon ? Mais c’est très grave ! Je suis allergique aux fautes d’orthographe. » Lui, aggravant son cas : « Mais personne ne vous le reprochera ! » Je m’étranglai : « Mais moi, je me le reprocherai ! » Il me gratifia du sourire bizarre du type qui va appeler l’ambulance et conclut, d’une voix étrangement douce, qu’il ne pouvait rien faire pour moi.

Depuis, je me creuse le citron pour faire des phrases ne comportant pas l’adverbe maudit. Quant aux fadaises sur le fait que, grâce au texto, les jeunes redécouvrent les charmes de l’écriture, mieux vaut les éviter devant moi. Je mords. Parfois, je ne trouve pas mes mots.[/access]

Dictionnaire français-SMS

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Les Iraniens rhabillent la chef de la diplomatie européenne pour l’hiver

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Avant de partir au sommet d’Istanbul pour un nouveau round de négociations avec les Iraniens, la Britannique Catherine Ashton, notre ministre européen des Affaires étrangères, avait été longuement briffée : pour ne pas violer les codes de pudeur chiites, il était impératif qu’elle évite tout contact physique (au moins en public) avec les représentants de la République islamique.

No handshake, no problem : conformément aux instructions, la dame a soigneusement gardé les mains croisées derrière le dos. En plus elle a choisi dans sa garde-robe ce qu’il y a de plus modeste en termes de couleurs et de coupe. Mais pour la presse iranienne cela n’a pas suffi.

Un clic et hop : grâce à Photoshop, les graphistes des journaux ont pu rendre à Mme Ashton le niveau requis de pudeur. A Téhéran, les femmes on ne les touche pas, on les retouche…

Diététique de l’instinct

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La chasse n’a pas bonne presse, c’est le moins qu’on puisse dire. Un écologisme bobo s’est imposé dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, par une doxa un rien oppressante. Bruno de Cessole, lui-même chasseur émérite et rédacteur en chef de Jours de chasse, a décidé de ne pas laisser persister plus longtemps le malentendu. Il consacre à sa vieille passion un Petit roman de la chasse qui tient plus de l’introduction sentimentale que du traité didactique. Il s’agit de s’adresser à un lecteur sans préjugé et d’en finir avec les idées reçues qui ont toujours eu, en la matière, la vie dure : « Dans son Dictionnaire des idées reçues, Flaubert écrivait, à l’article « Chasse » : « Excellent exercice que l’on doit feindre d’adorer. » » Une version actualisée prendrait l’exact contre-pied : « Exercice barbare et honteux. Se devoir de tonner contre. »[access capability= »lire_inedits »]

Le chasseur : amoureux, rebelle et métaphysicien

Le chasseur est une figure en voie de disparition : il concentre en lui, quand bien même ce serait à son insu, les figures plus franchement de saison de l’amoureux, du rebelle et du métaphysicien.
L’amoureux, le chasseur lui emprunte souvent son vocabulaire, à moins que ce soit le contraire. Dans la traque, l’attente, l’immobilité, l’élan soudain, les moments privilégiés comme l’aube ou le crépuscule si joliment décrits par Cessole, il y a d’évidentes et séduisantes analogies. Sans compter ce que l’auteur appelle le « paradoxe du chasseur » et « qui postule que l’amour éprouvé pour le gibier ne trouve sa conclusion que dans la mort qu’on lui inflige », ce qui n’est pas sans rappeler l’économie propre à nos tragédies classiques.

Quant à la figure du chasseur comme rebelle, elle est présente dans ce recours aux forêts théorisé par Jünger, refuge à la fois symbolique et réel où l’homme fuit le règne de la technique et de la quantité. Et Cessole d’évoquer la figure de Thoreau qui, réfugié dans les bois de Concord pour fuir l’état de son temps, est devenu à la fois la figure de référence des libertariens et des écologistes radicaux tout en étant… un chasseur acharné.

Métaphysicien enfin : la chasse suppose la mort de l’animal et renvoie très fortement à la sienne propre en suscitant des méditations que l’on a rarement l’occasion de connaître devant un écran, puisque c’est ainsi désormais que les hommes vivent. La chasse invite aussi à ce que l’on pourrait appeler une diététique des instincts : elle nous oblige à penser ce qu’il y a de plus primitif et de plus archaïque en nous et à le surmonter ou à l’exorciser par le rituel, la règle, la coutume – somme toute ce qui forme une assez bonne définition de ce qu’est la civilisation.

Comme Bruno de Cessole est également l’écrivain et le critique littéraire que l’on connaît, il nous livre quelques récits de parties de chasse tracés à la pointe sèche et il nourrit ce Petit roman de la chasse d’une multitude de références qui ne sont pas là pour appuyer un plaidoyer pro domo mais pour montrer, comme une évidence, que la chasse appartient à la civilisation elle-même et fut la grande affaire d’écrivains aussi divers que London, Tourgueniev, Rigoni Stern, Ortega y Grasset, Maupassant ou Hemingway.[/access]

Le petit roman de la chasse

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Mélenchon, le PCF et le peuple

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Mieux vaut se répéter que se contredire: ce que j’écrivais avec Aimée Joubert en mars dernier, après les régionales, sur la disparition programmée du PCF via Mélenchon, quel que soit le cas de figure, je le pense toujours : « Pour le PCF, en 2012, la perspective est donc soit d’avoir un candidat communiste autonome et disparaître, soit de s’effacer derrière Mélenchon. Et donc de disparaître aussi. »

Néanmoins, depuis quelques semaines, mon opinion sur l’itinéraire qu’empruntera ce cortège funèbre a évolué. Grosso modo, j’ai pensé assez longtemps que le PCF, traumatisé par les scores aux présidentielles de Hue en 2002 (3,37 %) et de Marie-George Buffet en 2007 (1,93 %) prendrait tous les risques pour s’accrocher à la bouée que lui lançait Mélenchon pour 2012, et mettrait toutes ses forces dans la bataille pour obtenir grâce à lui un score à deux chiffres, quitte à risquer ensuite la noyade, c’est-à-dire la dilution progressive, puis la disparition dans un Front de Gauche dont le président du PG aurait fait sa chose.

En fait, il n’est pas du tout sûr que ce soit cette voie-là que choisisse le PCF. L’opération lancée en septembre dernier par le député communiste (enfin, se disant tel) du Puy de Dôme André Chassaigne, qui affirme lui aussi vouloir porter les couleurs du Front à la présidentielle, a singulièrement compliqué la donne.

Personne, à commencer par Pierre Laurent, le subtil nouveau secrétaire national du PCF, n’envisage sérieusement que l’ectoplasmique Chassaigne – qui synthétise le charisme de Robert Hue, le punch de Méhaignerie et la pensée politique de Diam’s – puisse représenter le Front de Gauche en 2012. Néanmoins la direction du PC se plait à entretenir un semblant de suspense, et pas seulement pour faire croire que le choix du candidat sera hautement démocratique[1. Sur l’opacité, voire l’absurdité de ce processus de désignation, comme sur bien d’autres sujets afférents au PG, au PCF ou à la politique en général, on se reportera avec bonheur à l’excellent blog de Descartes qui s’adresse prioritairement à ceux «qui sont fatigués du discours politiquement correct et de la bienpensance à gauche». ] .

Non en fait, il y a une volonté du PCF de laisser gonfler sa baudruche auvergnate, pour qu’à l’arrivée le candidat – ce sera Mélenchon, sans aucun doute possible – soit contraint de constituer une sorte de ticket avec Chassaigne, supposé lui apporter sur les tribunes et les plateaux la cacherout communiste. D’un point de vue technique, ce sera bien sûr une catastrophe : imaginez Nigel Kennedy obligé de jouer le double concerto de Bach en duo avec André Rieu…

C’est cette option-là que le PCF semble avoir choisi pour assurer sa survie, avec à l’arrivée la perspective d’un score qui ne soit pas trop mauvais (comme il le serait avec un candidat issu de la maison) mais pas trop bon non plus, ce qui renforcerait bigrement Mélenchon dans sa tentative prévisible de fusion-acquisition avec la Place du colonel Fabien, et aux dépens de celle-ci.

En conséquence de quoi, pour sauver la boutique, le PCF joue délibérément la stratégie non pas de l’échec, mais du semi-échec, comme il l’avait si bien fait dans la dernière ligne droite du référendum sur Maastricht en 1992, en axant toute sa fin de campagne sur un fumeux «non de gauche», et en tapant à bras raccourcis sur le «non de droite», juste ce qu’il fallait pour que finalement le oui l’emporte de justesse, au grand soulagement de quasiment toute la classe politique, Georges Marchais compris.

La version réactualisée de cette stratégie n’attendra pas la campagne pour se déployer : elle est déjà à l’œuvre depuis trois mois. « On ne peut pas mener une campagne sur le thème du populisme » avait averti Pierre Laurent en novembre dernier lors d’un meeting au gymnase Japy. Ce n’est certes pas du Plantu mais l’idée directrice est quand même un rien similaire… D’un point de vue politique, cela entrainera un score forcément médiocre, ou en tout cas bien moins bon qu’il pourrait l’être. Concrètement le PCF -via Chassaigne ou par tout autre moyen possible- va en permanence marquer Méluche à la culotte pour qu’il ne s’éloigne pas des dogmes du PC (au sens, cette fois, de politiquement correct).

On a pu en avoir une illustration dimanche dernier chez Demorand sur France 5: tout ce que JLM a trouvé à répondre aux questions de son hôte sur l’immigration a été un plaidoyer enflammé pour la régularisation immédiate de tous les sans-papiers. Oublié le Mélenchon qui slalome gaiement entre brutalité et complexité : on croyait voir à l’antenne un secrétaire départemental de la Ligue des Droits de l’Homme récitant tout penaud son credo sociétaliste. Pas le moindre argument en dehors de l’indignation de rigueur, pas la moindre prise en compte des questions que se pose l’électorat populaire, y compris celui issu de l’immigration. Si c’est comme ça que le président du PG compte prouver qu’il n’a rien à voir avec la présidente du FN, c’est réussi: combattre de cette façon Marine le Pen, c’est ouvrir un boulevard à Marine Le Pen.

Personnellement, s’il continue comme ça, Mélenchon est assuré de perdre ma voix: si c’est pour cautionner ce genre de sornettes sansfrontiéristes, autant aller voter comme un crétin pour le ou la candidate du PS dès le premier tour – au moins, on n’est pas trompé sur la marchandise.

Oui, il y a péril en la demeure : sous la pression du PCF et des bonnes âmes de gauche façon Plantu, JLM commet l’erreur insigne de tenter de se débarrasser des accusations de populisme et de collusion des extrêmes en se drapant dans une tunique de Nessus, au risque donc d’y laisser sa peau…

Astérix en Fiscalie

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Si le disque est un secteur en berne de l’économie culturelle, l’édition – portée notamment par la bande dessinée – va plutôt bien. La BD connaît même une « explosion » en France depuis une dizaine d’années, et des développements plutôt inattendus (nouveau public issu d’internet et des blog-BD, nombreux projets d’adaptations d’albums au cinéma, etc.). Le secteur est en constante expansion (1 137 titres publiés en l’an 2000, 4 863 en 2009 et 5 165 en 2010), et le lectorat –quoique parfois intimidé par cette surproduction pléthorique- suit. Le festival international de BD d’Angoulême qui débute aujourd’hui, présidé par le dessinateur Baru, sera à nouveau l’occasion de célébrer ce qui n’est pas le moins du monde un « neuvième » art (le « huitième » étant sensé être la télévision…) mais la rencontre charnelle de la littérature et des arts plastiques. Difficile de tenter un pronostic sur le grand prix, même s’il ne serait pas étonnant que soit primée une femme (l’explosion du nombre des dessinatrices est l’un des phénomènes forts de ces dernières années) ou un album touchant à la satire politique… Nous y reviendrons certainement.

C’est dans ce contexte festif que le Fisc a décidé de frapper un grand coup. De marquer les esprits ! De faire un exemple ! En effet l’administration des impôts a soumis le dessinateur Albert Uderzo à un redressement fiscal au motif qu’il ne serait finalement pas le « co-auteur » des 24 premiers albums de la série Astérix écrite avec l’immense René Goscinny, mais le simple « illustrateur ». Ce qui a une incidence sur le calcul de l’impôt. Le dessinateur conteste, évidemment ; et bien que la dimension financière ne soit pas vraiment en jeu, il se déclare scandalisé par « la brutalité et le manque de respect avec lesquels, cinquante et un ans après la création d’Astérix, le fisc se réveille et me dénie le droit d’être le co-auteur de mon cher petit Gaulois. » Dont acte. L’artiste compte se défendre, et nous lui souhaitons un plein succès dans cette démarche.

Par son immense tact à vouloir enlever à Albert Uderzo, 84 ans, la copaternité d’un des grands mythes de la culture populaire française, le Fisc a déjà remporté – par avance – le Grand Prix du Festival de BD d’Angoulême de cette année. Dommage que René Goscinny soit définitivement parti en croisière en 1977, il aurait peut-être suggéré à Bercy qu’il n’était finalement pas lui-même « co-auteur » du symbole national ronchonnant (et de son compère débile en surpoids), mais « simple » scénariste… Est-ce le fameux signe que le ciel va bientôt nous tomber sur la tête ?

Shopping à Londres

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photo : LoopZilla
photo : LoopZilla

Faire son shoping à Londres, quel plaisir ! Les soldes sont de vraies soldes, pas question là-bas d’attendre les dernières semaines pour bénéficier de remises à 70%. Et quel accueil ! Il n’y a pas à dire, les British savent y faire.

Courtoisie, décence, élégance, art de vivre, tout ce qui faisait de la France le pays défenseur de la civilisation occidentale bien avant d’être celui des Droits de l’homme, se retrouvent chez nos ennemis historiques d’hier. Nelson, perché sur la colonne de Trafalgar, a bien de quoi se réjouir. Son « peuple de boutiquiers » nous donne une leçon de savoir-vivre quand celui-ci, chez nous, subit un sacré revers. « Partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce et partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces[1. L’Esprit des Lois, XX, 1]. » Les remarques de Montesquieu sur la douceur du commerce qui civilise les mœurs semblent encore d’actualité chez les Grands-Bretons, n’en déplaise aux bonnes âmes antilibérales pour qui le mercantilisme anglo-saxon est le Grand Satan à abattre.
Oui, les Anglais sont des commerçants et c’est tant mieux. Ils n’ont pas oublié le double sens du mot « commerce » qui signifie, à la fois, échange de biens mais également la civilité, un comportement policé utile à la vie en société.

C’est bien simple, là-bas vous êtes un véritable client servi par des véritables vendeurs. Vous entrez dans un magasin, vous êtes visible, vous existez. Un vendeur vient vers vous. L’allure est dynamique, le ton agréable. Il vous demande, avec cet accent anglais tellement chantant qui donne tout de suite une tonalité élégante aux propos, s’il peut vous aider à trouver votre bonheur. Et alors là, il faut voir avec quel dévouement il se décarcasse pour que vous repartiez content. Il n’y a pas votre taille, « no problem », les appels fusent entre les magasins. Des retouches sont nécessaires, « no problem », elles seront faites dans journée, ça tombe bien vous êtes à Londres pour le week-end, donc attendre une semaine comme à Paris aurait été difficile. Vous êtes à la National Gallery, votre portable vibre, c’est un texto du magasin vous prévenant que vos emplettes vous attendent : le modèle à votre taille trouvé et les retouches effectuées, vous n’avez plus qu’à passer le payer. Et si vous essayez mille et une choses et que, finalement, vous préférez ne rien acheter, aucune exaspération ne vient crisper le visage du vendeur, mais un élégant « Thank you Madam, have a good day ! » vous est adressé.

C’est ça l’esprit commerçant. Politesse oblige ! Loin d’être réservé au secteur de la mode, ce sens du service est généralisé à toute la société. Vous n’avez qu’à prendre le métro pour vous en apercevoir. Les employés de l’Underground sont à votre disposition pour vous aider et ne se sentent pas humiliés pour autant. Il est impensable qu’ils vous laissent vous dépatouiller tout seul et cela même un dimanche matin. Ils vous aident sans rouspéter ni traîner les pieds, tout simplement par sens du devoir, parce qu’ils ont une certaine idée de l’utilité publique.

Chez nous, tomber sur quelqu’un de serviable et de bien intentionné relève de l’exception. Chez les Brits, ce comportement est absolument normal. Pourquoi diable ? Et bien sans doute parce qu’ils ont une idée claire et précise de leur rôle au sein de la société et qu’ils se sentent estimés et valorisés pour leur utile contribution.
À aucun moment vous n’avez l’impression qu’ils se sentent dégradés par leur travail, comme c’est bien trop souvent le cas en France, où le sentiment conscient ou inconscient d’une humiliation sociale provoque rancœur et ressentiment à l’égard du client.

Aux esprits épris de républicanisme qui sont, en ce moment, taraudés par la question « La France est-elle en déclin ? » j’ai envie de dire : traversez la Manche et vous verrrez que la Perfide Albion nous tend le miroir où se reflète notre décadence.

Soldes

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Nicolas Bedos : NKM réclame l’interdit professionnel

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Les polémiques autour de deux saillies de Nicolas Bedos en fin de semaine dernière – la première dans son sketch chez FOG, où il dépeint Nicolas Sarkozy en VRP cocaïné, la seconde où il attribue un QI de poulpe au policier de patrouille de nuit lambda – ont le mérite de faire tomber certains masques.

Ainsi a t-on pu s’apercevoir que la gentille et tolérante Nathalie Kosciusko-Morizet a cru bon de réclamer son licenciement immédiat en déclarant ce matin sur RMC : « Si j’étais l’animateur, je ne le réinviterai pas« . En revanche, Nicolas Bedos a pu compter sur le soutien des méchants droitards et ringards du Collectif parlementaire pour la liberté d’expression – qui avait pris la défense d’Eric Zemmour il y a deux semaines au moment de son procès – parmi lesquels Christian Vanneste et Lionnel Luca.

Ce dernier a d’ailleurs déclaré, prenant le contrepied des syndicats policiers, que « Nicolas Bedos, comme d’autres, a probablement connu une mauvaise expérience. Elle doit être fondée. Les policiers doivent aussi savoir balayer devant leur porte et je ne manque jamais d’intervenir pour leur rappeler qu’ils doivent être irréprochables ».

Laissons encore la parole au député des Alpes-Maritimes, qui parle d’or: « Tant qu’il n’y a pas de calomnie ou d’insulte, les humoristes ont bien le droit de dire ce qu’ils veulent, de ne pas être d’accord. C’est leur liberté d’expression et c’est précieux, car c’est ce qui enrichit le débat d’idées. Les poursuivre en justice, ça n’est jamais bon, car c’est une forme de totalitarisme qui pourrait conduire à créer une caste d’intouchables. »

À fond les vœux !

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De Nicolas Sarkozy à Dominique de Villepin :
« Etant très occupé par les obligations liées à ma fonction, j’ai chargé mon ami Thierry Herzog de vous transmettre mes meilleurs vœux pour 2011, lors de votre prochaine rencontre dans l’île de la Cité. »[access capability= »lire_inedits »]

De Dominique de Villepin à Nicolas Sarkozy :
« Que cette année se passe, puisqu’il faut qu’elle soit !
Mais qu’advienne au plus vite, au bout de douze mois
L’heure des combats glorieux où le peuple de France
Rejoindra sa grandeur par votre déchéance.
»

De Barack Obama à Sarah Palin :
« Fuck you ! »

De Sarah Palin à Barack Obama :
« Même pas cap ! »

De Martine Aubry à Dominique Strauss-Kahn :
« Hello Dominique !
I wish you another gorgeous year in Washington and, by the way, to remain as long as possible at the head of the IMF where you are doing a fantastic job !
»
Signé : La Carpette anglaise[1. L’Académie de la Carpette anglaise vient de décerner son prix 2010 à Martine Aubry pour son usage immodéré du mot care et son slogan « What would Jaurès do ? »
L’association décerne annuellement, depuis 1999, un prix d’« indignité civique » à un membre des élites françaises qui s’est particulièrement distingué par son acharnement à promouvoir la domination de l’anglo-américain en France et dans les institutions européennes au détriment de la langue française]

De Dominique Strauss-Kahn à Martine Aubry :
« Dors ma p’tite Titine, min p’tite pouchine, min grosse rojine
J’te f’rai du chagrin, mais j’revins ptêt demain
. »

De Dany Cohn-Bendit à DSK :
« Buuuuuuut !!!! »

D’Eva Joly à Nicolas Hulot :
« Che fous prie de bien fouloir me faire parvenir pour le 1erjanvier la comptabilité complète de fotre fondation et les relevés d’heures de fol d’hélicoptères utilisés lors des tournages d’Ushuaïa. »
De Vladimir Poutine à Dmitri Medvedev :
« Dans un an tu dégages, minable !
»

De Dmitri Medvedev à Vladimir Poutine :
« Toi vendrrre trrrop tôt peau de l’ours. Toi relirrre Tolstoï et boirrre vodka, car hiver être long. »

De Christine Ockrent à Alain de Pouzilhac :
« La carte de vœux animée que je vous avais adressée se trouve sur le disque dur de l’ordinateur de Candice Marchal. Je suis désolée. »

De Jean-Luc Mélenchon à David Pujadas :
« Vous trouverez ci-joint l’enveloppe habituelle de vos étrennes de larbin et de carpette. Non…Non… ne me remerciez pas. Dans dix-huit mois, je reprends tout ! »[/access]

Ces Tunisiens effacés de l’Histoire

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la synagogue de Tunis
la synagogue de Tunis

Depuis le déclenchement de la révolution en Tunisie, les réactions enthousiastes et les innombrables vœux de réussite prolifèrent sur la toile de la part de juifs tunisiens, notamment sur Facebook. Ils émanent essentiellement de ceux et celles de ma génération, les bientôt -ou déjà- soixantenaires qui ont quitté la Tunisie dans l’enfance ou à la fin de l’adolescence.

L’émotion de mes coreligionnaires nés comme moi dans ce pays a atteint son apogée avec les larmes de Michel Boujenah sur Canal +, repassées en boucle sur le zapping. Soit. Je ne suis pas allée jusqu’au lacrymal mais je fais partie des contents. Un peuple qui choisit la liberté mérite un total respect, comme on dit dans les cités.

Comme beaucoup ici, j’ai partagé cette joie avec quelques amis de Tunis par mail et par téléphone. Et comme beaucoup, je suis les événements jour après jour. J’écoute, je lis, je regarde les images. Les rues, les sons, la langue arabe tunisienne, cet accent si caractéristique en français, jusqu’à cet hymne national qui nous émeut, provoquent en nous une avalanche de madeleines inattendues. La révolution de jasmin ! Même son nom nous enivre. Le jasmin, c’est notre odeur.

Mais à part quelques familles juives qui y possèdent encore leur maison et leur travail, depuis 50 ans la Tunisie n’est plus notre pays et ne se souvient pas de nous. Bien sûr, d’actives associations de mémoire du patrimoine juif entretiennent la flamme et quelques personnalités tunisiennes participent à cette mémoire, mais cela ne suffit pas.

Le pays ne nous est pas interdit, loin de là. Nous y séjournons avec joie. Comme de simples touristes. Nous y avons des amis chaleureux. Le tampon d’Israël sur le passeport n’a jamais posé de problèmes. Ben Ali avait même tenté de faire revenir les juifs tunisiens, affirmant qu’ils étaient des citoyens à part entière et qu’ils pouvaient revenir dans leur pays librement. Certains y avaient vu un appel aux investisseurs, d’autres une volonté de valoriser une identité tunisienne propre, loin des clivages religieux. Qui sait. Il faut dire que face à lui l’islamiste Rached Gannouchi, dont on entend parler en ce moment éructait sur « la honteuse poignée de mains entre le ministre des Affaires étrangères de l’entité sioniste et raciste et de son homologue tunisien… » en insistant sur le risque de « saper les fondements de l’identité arabo-musulmane ».

Aujourd’hui faisons le rêve d’une Tunisie nouvelle et libre de tout diktat. Bourguiba en son temps avait su imposer une identité propre à son pays, quitte à « adapter le Coran », comme il le revendiquait fièrement, notamment concernant le droit des femmes et l’avortement, envers et contre tous.
Pour fabriquer un avenir libre, un pays doit réintégrer son passé dans l’enseignement prodigué aux générations présentes et à venir. Or, L’histoire et la présence des juifs en Tunisie sont ignorées par les jeunes là-bas. (Combien de serveurs s’étonnent que vous parliez arabe dans un café quand vous affirmez être juive et tunisienne.)
L’histoire de la Tunisie est imprégnée par la présence bimillénaire de la communauté juive dans tous les domaines. Cette Histoire s’est achevée il y a 50 ans, sous le règne du Combattant suprême.

L’avenir du pays, qui s’écrit aujourd’hui, devra mettre fin au silence sur la présence incontournable de nos ancêtres juifs depuis la nuit des temps ainsi que leur départ.
Cet acte de reconnaissance ne sera que justice.
Et ce jour-là, nous acclamerons les révoltés avec une fraternité encore plus confiante.

Histoire des Juifs de Tunisie: Des origines à nos jours

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L’effet salaire…

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Avec tout ce qui se passé de l’autre côté de la Méditerranée, j’ai failli oublier de vous relater un évènement d’importance survenu outre-Atlantique il y a deux semaines: la dixième édition de No pants subway ride à New York, épicentre d’un phénomène qui touche désormais de nombreuses villes américaines et plus de vingt de pays dans le monde. Cela consiste, à un moment précis, à baisser simultanément jupes et pantalons dans le métro, quelle que soit la température mais en gardant évidemment ses sous-vêtements. On hésite sur les interprétations à donner à cette manifestation : accès de festivisme bobo qui aurait intéressé Muray ? Ou art très anglo-saxon du nonsense ?

A moins que… A moins qu’il ne s’agisse d’une forme de protestation symbolique contre les extrémités auxquelles sont réduits les citoyens américains depuis que les plans de rigueurs portent essentiellement sur ceux qui prennent le métro, justement. Il est donc fort probable que la prochaine édition de No pants subway ride en 2012 s’étende à un certain nombre de pays européens pour ne pas dire à tous. Mais comme les populations grecque, espagnole, irlandaise, portugaise, roumaine, italienne et peut-être bien française seront déjà en slip, cela risque de virer à l’exhibitionnisme continental face à une police en sous-effectif qui ne saura plus où donner du procès-verbal.

En texto, où, c’est nulle part

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sms

Normalement, je n’aime pas trop raconter ma vie. Enfin, pas à mes lecteurs. D’ailleurs, ça tombe bien, parce qu’eux n’ont pas la moindre envie que je les ennuie avec mes crises d’âme. Et pourtant, je vais vous parler à tous d’un truc super intime puisqu’il s’agit du doudou dont aucun adulte ne peut plus se passer, l’« objet transactionnel » universel : le téléphone portable. Mon téléphone portable.[access capability= »lire_inedits »]

Il y a quelques semaines, le mien présentant des signes inquiétants de grave maladie, je me suis laissé convaincre par un vendeur enthousiaste d’adopter un appareil équipé d’un véritable clavier reproduisant celui de mon ordinateur. Au passage, j’ai choisi un appareil de la même marque que le précédent, pensant naïvement que cela faciliterait le transfert de données de l’un à l’autre. C’était oublier que, derrière chaque merveille technologique, se cache un groupe de sadiques décidés à rendre fou l’utilisateur lambda. Après tout, il ne m’a fallu que quelques heures et autant de litres de café pour venir à bout des pièges planqués dans la diabolique petite boîte. Passons.

J’étais donc en passe d’atteindre la félicité : avec cet appareil, pensé-je, j’allais pouvoir écrire en français sans avoir à tapoter frénétiquement sur les touches avec l’application d’un élève de cours préparatoire. Je me réjouissais d’éviter les regards méprisants des détenteurs d’iPhone qui, comme tous les clients de la marque Apple, font penser à des convertis qui n’ont rien de plus urgent que de vous faire entrer dans la communauté des croyants. Parce que là, moi aussi, je possédais un engin dernier cri, dernière génération, usages multiples et variés. La seule « fonctionnalité » qui ne semblait pas prévue, c’était qu’il m’appelle quand personne n’y pense. Mais j’en suis convaincue, ce sera pour le prochain.

À ce stade, chers lecteurs, je vous dois un aveu. Contrairement aux apparences, je vis avec mon temps. Je suis donc devenue une adepte du SMS, également dit « texto » : d’abord, parce qu’il me permet de combattre ma propension coupable au bavardage, ensuite parce que j’aime la chose écrite. Qu’il s’agisse d’envoyer des mots doux, de balancer des vacheries, de prendre un rendez-vous ou d’annoncer courageusement à un rédac’ chef que vous êtes en retard, le texto conjugue l’instantanéité du téléphone et la délicieuse distance de l’écriture.

Je décidai donc d’étrenner mon nouveau jouet en rédigeant un beau message. Je dénichai le point, la virgule, le circonflexe et même le c cédille en majuscule. Le bonheur. Et voilà que tout s’écroula : impossible de repérer le u accent grave, pourtant indispensable à l’adverbe « où » qui désigne un lieu – ex : où es-tu ? Soucieuse de m’épargner la lecture du mode d’emploi écrit en chinois, au propre et au figuré, je filai interroger le vendeur à qui personne n’avait jamais posé une question pareille. Plein de bonne volonté, il tenta de trouver la lettre volée, avant de me dire l’atroce vérité : le u accent grave n’existe pas sur l’appareil que j’avais acheté. Devant mon air incrédule il se risqua : « Mais qu’est-ce que ça peut vous faire ? » Je hoquetai : « Pardon ? Mais c’est très grave ! Je suis allergique aux fautes d’orthographe. » Lui, aggravant son cas : « Mais personne ne vous le reprochera ! » Je m’étranglai : « Mais moi, je me le reprocherai ! » Il me gratifia du sourire bizarre du type qui va appeler l’ambulance et conclut, d’une voix étrangement douce, qu’il ne pouvait rien faire pour moi.

Depuis, je me creuse le citron pour faire des phrases ne comportant pas l’adverbe maudit. Quant aux fadaises sur le fait que, grâce au texto, les jeunes redécouvrent les charmes de l’écriture, mieux vaut les éviter devant moi. Je mords. Parfois, je ne trouve pas mes mots.[/access]

Dictionnaire français-SMS

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