Si le disque est un secteur en berne de l’économie culturelle, l’édition – portée notamment par la bande dessinée – va plutôt bien. La BD connaît même une « explosion » en France depuis une dizaine d’années, et des développements plutôt inattendus (nouveau public issu d’internet et des blog-BD, nombreux projets d’adaptations d’albums au cinéma, etc.). Le secteur est en constante expansion (1 137 titres publiés en l’an 2000, 4 863 en 2009 et 5 165 en 2010), et le lectorat –quoique parfois intimidé par cette surproduction pléthorique- suit. Le festival international de BD d’Angoulême qui débute aujourd’hui, présidé par le dessinateur Baru, sera à nouveau l’occasion de célébrer ce qui n’est pas le moins du monde un « neuvième » art (le « huitième » étant sensé être la télévision…) mais la rencontre charnelle de la littérature et des arts plastiques. Difficile de tenter un pronostic sur le grand prix, même s’il ne serait pas étonnant que soit primée une femme (l’explosion du nombre des dessinatrices est l’un des phénomènes forts de ces dernières années) ou un album touchant à la satire politique… Nous y reviendrons certainement.

C’est dans ce contexte festif que le Fisc a décidé de frapper un grand coup. De marquer les esprits ! De faire un exemple ! En effet l’administration des impôts a soumis le dessinateur Albert Uderzo à un redressement fiscal au motif qu’il ne serait finalement pas le « co-auteur » des 24 premiers albums de la série Astérix écrite avec l’immense René Goscinny, mais le simple « illustrateur ». Ce qui a une incidence sur le calcul de l’impôt. Le dessinateur conteste, évidemment ; et bien que la dimension financière ne soit pas vraiment en jeu, il se déclare scandalisé par « la brutalité et le manque de respect avec lesquels, cinquante et un ans après la création d’Astérix, le fisc se réveille et me dénie le droit d’être le co-auteur de mon cher petit Gaulois. » Dont acte. L’artiste compte se défendre, et nous lui souhaitons un plein succès dans cette démarche.

Par son immense tact à vouloir enlever à Albert Uderzo, 84 ans, la copaternité d’un des grands mythes de la culture populaire française, le Fisc a déjà remporté – par avance – le Grand Prix du Festival de BD d’Angoulême de cette année. Dommage que René Goscinny soit définitivement parti en croisière en 1977, il aurait peut-être suggéré à Bercy qu’il n’était finalement pas lui-même « co-auteur » du symbole national ronchonnant (et de son compère débile en surpoids), mais « simple » scénariste… Est-ce le fameux signe que le ciel va bientôt nous tomber sur la tête ?

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