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Cessez-le-feu et libération des otages: le tweet problématique d’Emmanuel Macron

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Les soutiens habituels d’Israël ont critiqué le message du président français publié le soir de l’annonce de l’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, y voyant une équivalence malvenue entre les souffrances des otages et celles des civils gazaouis. La « pensée complexe » présidentielle, louée par ses admirateurs, n’est peut-être pas adaptée à des messages si courts toujours sujets à interprétation…


Le tweet du président de la République sur un possible cessez-le-feu à Gaza a suscité des réactions vives, notamment en raison de l’absence d’une mention explicite du peuple israélien et du contexte même dans lequel il s’inscrit. Cet oubli, volontaire ou non, ne peut être détaché des conséquences tragiques des attaques terroristes du 7-Octobre, ni des enjeux fondamentaux de ce conflit.

Une ambiguïté choquante

« Après quinze mois de calvaire injustifiable, soulagement immense pour les Gazaouis, espoir pour les otages et leurs familles. Ce soir, mes pensées vont à Ofer et Ohad. L’accord doit être respecté. Les otages, libérés. Les Gazaouis, secourus. Une solution politique doit advenir » écrivait Emmanuel Macron le 15 janvier peu après 21 heures.

Ce message présidentiel, en mettant sur un même plan les victimes israéliennes et les conséquences de la guerre à Gaza, crée un amalgame dérangeant.

Il existe une différence fondamentale entre le pogrom sanglant du 7 octobre — une attaque préméditée contre des civils juifs, accompagnée d’enlèvements, de viols et d’assassinats — et les pertes civiles, bien que tragiques, causées par un conflit armé. En niant cette distinction, le tweet valide indirectement le discours des islamistes qui cherchent à minimiser ou justifier leurs crimes, tout en nourrissant une confusion morale inacceptable.

Le refus de reconnaître les otages juifs comme des esclaves, déshumanisés et captifs d’une barbarie assumée, renforce ce sentiment d’ambiguïté. Même le Hamas a reconnu que la population gazaouie elle-même détient une partie des otages, révélant un fanatisme enraciné et encouragé par des décennies de haine culturelle.

Une politique sans ligne claire

Ce type de communication trahit une incapacité à nommer clairement les responsabilités et à défendre les valeurs démocratiques face à l’islamisme totalitaire.

Où sont les actes forts ? Pourquoi ne pas condamner le terme de « génocide », infondé ici, ou affirmer que la guerre d’Israël contre le Hamas est légitime ? Pourquoi continuer à financer l’UNRWA ou tolérer sur le sol français des discours appelant à l’intifada et au djihad, au mépris des principes républicains ?

Une fracture intérieure

En France, chaque mot du président sur le conflit israélo-palestinien a des répercussions directes. La communauté juive, déjà fragilisée par des décennies d’antisémitisme et des tensions croissantes, mérite un soutien clair.

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Mais ce tweet, en donnant des « gages » implicites à des narratifs islamistes, alimente les discours haineux et renforce un sentiment d’abandon.
Dans les rues de Paris, les appels à l’intifada et les manifestations pro-Hamas témoignent d’une radicalisation inquiétante que les dirigeants n’ont pas su endiguer.

Des réactions vives de nombreuses personnalités des médias et de la communauté juive

Suite aux propos présidentiels, les réactions ne se sont pas fait attendre. La journaliste Céline Pina a déclaré sur X (anciennement Twitter) : « Ce tweet est honteux : au nom de quoi l’évocation des otages doit-elle s’accompagner de gages donnés aux islamistes ? La mort de civils est malheureuse mais il y a une différence entre les horreurs d’un pogrom, la razzia d’esclaves et les cadavres volés qui s’ensuivent et les conséquences d’un bombardement ».  L’avocat Gilles-William Goldnadel a réagi sur son compte Instagram, avant de confirmer ses propos sur C News : « Le tweet d’Emmanuel Macron est tellement inqualifiable, que j’ai du mal à le qualifier. Car cela veut dire que pour les Gazaouis il y a un calvaire, mais pour les otages il n’y en n’a pas ». Du coté des réactions dans la communauté juive, celle du président du B’nai B’rith France, Philippe Meyer, résume le ressenti de beaucoup d’entre nous : « Message pour le moins ambiguë. On aurait aimé lire autre chose du président de la République, d’autres mots, dans un autre ordre. Le « en même-temps » ne justifie pas tout ».

La responsabilité des dirigeants

Les événements tragiques du 7-Octobre rappellent que les islamistes ne font aucune distinction : leur barbarie s’abat sur quiconque n’adhère pas à leur idéologie, comme les Juifs ce jour-là. Face à cette menace, la France se doit de tenir une ligne claire et de refuser tout relativisme.

Ce tweet présidentiel, en diluant la gravité des crimes contre l’humanité commis par le Hamas dans un discours généraliste et politicien, incarne l’impuissance des élites occidentales à affronter les totalitarismes modernes. Ce manque de courage moral pousse les citoyens à chercher refuge dans des figures populistes, bien que leurs solutions soient souvent tout aussi problématiques.

La France doit choisir : défendre Israël, démocratie imparfaite mais légitime, ou céder aux injonctions d’un fanatisme qui menace les valeurs mêmes de l’Occident. Il est temps pour le président de se tenir fermement aux côtés des victimes, de nommer sans détour les responsables, et de montrer que la République ne cédera pas face à l’islamisme ni à ses complices. Le futur de notre société et de nos enfants en dépend.

Causons! Le podcast hebdomadaire de Causeur

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Avec Céline Pina et Jeremy Stubbs.


Quelle est l’espérance de vie du gouvernement Bayrou? Quelles sont les stratégies adoptées par le Parti socialiste et le Rassemblement national? Bayrou peut-il sauver le soldat Macron?

Le Royaume Uni est toujours en butte au scandale des « grooming gangs », ces bandes de pédophiles composées d’hommes d’ascendance pakistanaise. Pendant des années, ces hommes ont pu agir avec un certain degré d’impunité. Aujourd’hui, certaines de leurs victimes attendent toujours que justice soit faite. Est-ce la fin du grand rêve multiculturel?

Elon Musk vs Thierry Breton: les médias ont choisi leur champion!

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Tandis que les médias de grands chemins s’inquiètent de la montée des opinions dissidentes et des changements dans le paysage numérique, l’Union européenne prépare de nouvelles mesures pour renforcer son contrôle sur les plateformes numériques au nom de la démocratie. Mais, tout ce petit monde ne disait rien quand des ingérences « progressistes » ou woke étaient constatées par le passé…


Elon Musk « promouvant l’extrême droite partout » et Mark Zuckerberg ayant décidé de se passer dorénavant des fact-checkers sur Facebook et Instagram, l’économiste Dominique Seux déclare le plus sérieusement du monde, sur France Inter : « Thierry Breton nous manque. » Le DSA (Digital Services Act) est la loi européenne sur les services numériques concoctée par M. Breton du temps où il était commissaire européen. Le but officiel de cette loi est de « réguler » les réseaux sociaux ainsi que les plateformes de partage de contenus (Youtube, Dailymotion…), d’empêcher les « propos haineux », la désinformation et la manipulation sur la toile et d’analyser les « risques systémiques qu’ils génèrent sur les processus électoraux » – voilà qui offre mille possibilités interprétatives pouvant aboutir à une censure à peine camouflée. Voire pire.


En partance pour Bank of America, Thierry Breton fait une dernière tournée des médias

Thierry Breton a malheureusement entendu Dominique Seux. Le voici de retour. En l’espace de trois jours, il a été l’invité exceptionnel de LCI, RMC, France 5, France Info (à 8h30, le 11 janvier) et France Culture (à 12H45, le même jour).

Les journalistes ont été très gentils avec lui, ne l’ont confronté à aucun contradicteur et l’ont laissé dérouler un discours archi-rodé sur le « peuple européen » sacrément bien représenté par un « Parlement européen » garant du « progrès européen », du « vivre-ensemble européen » et de la « démocratie européenne » – ces derniers seraient menacés par les vilains réseaux sociaux en général et celui du méchant Elon Musk en particulier. Sur RMC, M. Breton a déclaré que s’il était constaté des « interférences » lors des prochaines législatives allemandes, les résultats de celles-ci pourraient être remis en cause. « On l’a fait en Roumanie et il faudra le faire si c’est nécessaire en Allemagne », a-t-il menacé en faisant référence à l’annulation par la Cour constitutionnelle de Bucarest des dernières élections présidentielles roumaines au motif que le réseau social TikTok aurait été utilisé par des « éléments étrangers » pour manipuler l’opinion publique.   

A lire aussi, du même auteur: Six femmes en colère

La liberté d’expression, c’est bien. Mais c’est mieux, pensent certains, quand le cadre en est strictement délimité par les milieux informationnels qui ne manquent ni de commissaires, ni de vérificateurs, ni d’argousins médiatiques. Pour Dominique Seux, Mark Zuckerberg est passé du côté obscur de la Force numérique. « Les “vérificateurs de faits” ont fait preuve de trop de partialité politique », affirme pourtant simplement le directeur général de Meta, avant d’ajouter : « Ce qui a commencé comme un mouvement inclusif a de plus en plus été utilisé pour bloquer les opinions et exclure les personnes ayant des idées différentes ». Cette censure a été ouvertement pratiquée sur les différents réseaux sociaux, Twitter du temps où Jack Dorsey en était le propriétaire, Instagram et Facebook du temps où les Démocrates américains étaient au pouvoir et Zuckerberg à leur service. Le rachat de Twitter par Elon Musk et le revirement de Zuckerberg changent radicalement la donne. Ce dernier affirmant vouloir « supprimer un tas de restrictions sur l’immigration et le genre », les commissaires politiques de la radio publique se gargarisent de grands mots : « C’est notre modèle de démocratie qui est attaqué », gribouille sur X le journaliste Julien Pain, fact-checker officiel de France Info, avant de… bloquer les commentaires des internautes se réjouissant de la décision de Zuckerberg.

Elon Musk, le George Soros de la droite

Les médias français et la Commission européenne se plaignent de l’ingérence d’Elon Musk dans des élections européennes. Soit. On ne les a pourtant guère entendus lorsque George Soros, le discret mais très efficace financeur de centaines d’ONG immigrationnistes et d’associations wokes via son Open Society Foundation, a arrosé de ses bontés sonnantes et trébuchantes la campagne des opposants au Brexit. Aucun murmure de réprobation n’est venu entacher non plus la vidéo de soutien à Emmanuel Macron, archi-diffusée sur les réseaux sociaux entre les deux tours de la présidentielle de 2017, de l’ancien président américain Barack Obama qui, quelques mois plus tard, se rendra à Londres pour soutenir, lui aussi, la campagne contre le Brexit. Pas un mot sur Bill Gates qui, par le biais de sa fondation « philanthropique », s’insinue dans les instances internationales qui décideront demain des politiques mondiales de santé et d’alimentation. Et que dire de l’incroyable et outrancière campagne politico-médiatique européenne contre Donald Trump lors des dernières élections présidentielles américaines ou du rouleau compresseur médiatique français qui, au nom du « front républicain », a écrabouillé la campagne des dernières élections législatives ?

Il est finalement assez réjouissant de voir les journalistes progressistes paniquer en se demandant ce qui arrive. Il arrive, sommes-nous obligés de leur dire, que les digues qu’ils ont construites pour empêcher la diffusion de la libre parole commencent de se fissurer. Oh ! pas beaucoup ; mais suffisamment pour les agacer, ce qui n’est déjà pas si mal. Ne nous leurrons pas : ces digues sont si épaisses, si régulièrement réparées et même renforcées par eux-mêmes et par l’oligarchie politique, qu’il sera difficile de les abattre totalement. Il n’empêche, quelques brèches apparaissent. Aussi modestes soient-elles, elles chiffonnent ces journalistes qui ont pris l’habitude de parader dans les studios, particulièrement dans ceux de l’audiovisuel public, entre eux, sûrs d’eux, dans le confort de l’uniformité politique, la connivence et la douceur de l’endoctrinement sans accroc, en suivant la ligne définie par l’idéologie gaucho-progressiste, ligne studieusement entretenue par les crayonneurs de l’AFP et du Monde, deux éminents propagateurs de la doxa.

La presse mainstream prête à encourager les mesures coercitives et censoriales

Leur conformisme n’a d’égal que leur paresse naturelle et leur mollesse intellectuelle au moment de livrer bataille – l’adversaire est qualifié trop rapidement de réactionnaire ou de fasciste pour que l’on puisse imaginer que, derrière cette invective, se cache une argumentation intelligente, laquelle a été remplacée par le catéchisme progressiste. Ils barbotent là-dedans depuis si longtemps que la moindre résistance les blesse douloureusement. Nerveux, irascibles, peu habitués à jouter honorablement, l’existence d’une extrême droite fantasmagorique leur sert, comme d’habitude, à tenter de briser la mutinerie, aussi minime soit-elle. Leurs compatriotes regimbent et se cabrent devant leurs leçons de morale usées jusqu’à la corde ? Ils s’enferrent, frénétiques, dans un discours daté qui impressionne de moins en moins les peuples subissant les effets délétères d’une politique européenne désastreuse. Exaspérés, ils voient finalement d’un bon œil les mesures coercitives et censoriales prévues par la Commission européenne pour briser les élans patriotes.     

A lire aussi, Martin Pimentel: France Inter, l’islamophilie courageuse

Vendredi 10 janvier. Une journée ordinaire sur la radio publique. Sur France Inter, Patrick Cohen tient absolument à « rediaboliser » le RN, parti toujours aussi « raciste et antisémite » que du temps du FN de feu Jean-Marie Le Pen, selon lui. Il évoque « des chaînes où le RN est désormais comme chez lui » en rabâchant la sempiternelle litanie de messages moraux invariables et paresseux sur « l’extrême droite ». Sur la radio publique, on peut quotidiennement vouer aux gémonies les millions de Français qui n’ont pas voté comme il faut sans que l’Arcom s’émeuve. Grand castor parmi les castors, M. Cohen dit ainsi espérer que le « front républicain » opérera encore et toujours lors de prochaines élections. Autant dire que les directives de l’UE pour castoriser, de gré ou de force, les prochaines élections en Europe, ne lui font pas peur. Le même jour, sur la même radio, Pierre Haski conseillera à la Commission européenne de réagir fermement face à « l’alliance Trump-Musk ». La veille, dans l’émission “Le téléphone sonne”, Fabienne Sintes, inquiète des décisions de Zuckerberg, se sera demandé si « l’Europe est assez forte pour faire barrage avant qu’on se prenne une potentielle avalanche de bouses » sur les réseaux sociaux. France Info n’est pas en reste : Aurélie Herbemont, chef adjointe du service politique de ladite radio, s’étonne qu’Elon Musk ait « remis sur le tapis une sordide affaire de pédo-criminalité impliquant des Pakistanais il y a 10 ans » au Royaume-Uni – mais ne s’étonne pas que cette effroyable affaire, qui a duré plus de trente ans sans que les autorités anglaises, par crainte d’être taxées de xénophobie et d’islamophobie, bougent le petit doigt, n’intéresse absolument pas nos militantes féministes de gauche si promptes habituellement à réagir au moindre regard concupiscent… 

« Nous allons nous débarrasser des vérifacteurs de faits et les remplacer par des notes communautaires similaires à X, en commençant avec les États-Unis », a déclaré le PDG de Meta, Mark Zuckerberg, dans une vidéo publiée le 7 janvier 2025 © Andre M Chang/ZUMA Press Wire/Shutterstock

La nomenklatura médiatique française n’a en réalité pas grand-chose à craindre. Les fact-checkers vont pouvoir continuer de fact-checker, c’est-à-dire d’orienter l’information. Clara Chappaz, notre actuelle ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du Numérique, affirme en effet sur X : « J’ai échangé avec la direction de Meta France ce soir qui m’assure que cette fonctionnalité ne sera déployée qu’aux États-Unis pour le moment. En Europe, le Digital Service Act sera respecté. Croyez en ma vigilance sur le sujet. » Le service de censure européen veille donc au grain. Selon Mme Chappaz, les dirigeants de Meta « ont bien compris qu’en France comme en Europe, la façon dont nous définissons la liberté d’expression est différente de la façon dont elle est définie aux États-Unis ». Ne reste plus qu’à savoir ce que l’UE entend par « liberté d’expression ». Le DSA européen se verra bientôt complété par de nouvelles mesures censées protéger la démocratie mais qui, en réalité, la dépouilleront de ses derniers oripeaux. Les « vérificateurs de faits » des médias de gauche vont pouvoir continuer de dissimuler le réel et d’occulter les difficultés des sociétés européennes confrontées à l’immigration massive, l’insécurité physique et culturelle, la précarité, au déclassement d’un continent que la technocratique UE a accéléré. L’inénarrable Thierry Breton vit apparemment dans un monde parallèle. Sur LCI, il ose affirmer que « les empires déclinants – la Grande-Bretagne, la Russie, la Turquie – s’attaquent tous à l’UE » parce qu’ils sont jalouxde« nos progrès » (sic), de « notre dynamique démocratique » (resic) et de « notre projet et notre vivre-ensemble » (etsic de der). L’Europe mythologique de M. Breton doit absolument éviter de se frotter au réel, raison pour laquelle l’ex-commissaire européen prévient les propriétaires des réseaux sociaux, Elon Musk en tête : l’UE a les moyens de les interdire s’ils ne respectent pas les règles établies par lui-même, Thierry Breton, ex-démolisseur d’entreprises (Thomson, France Telecom, Atos) et ex-mamamouchi de l’oligarchie bruxelloise.

Pour conclure sur une note plus légère, signalons que Sandrine Rousseau a envoyé une missive écrite avec le pied gauche, truffée de fautes d’orthographe et d’un pléonasme intéressant, à « tou.tes les député.es du NFP », pour les inviter à quitter le réseau social X « de manière collective ». Extraits : « Ce courrier pour vous inviter à ce que (sic) nous quittions/arrêtions (sic) de poster sur la plateforme. […] X est devenue (sic) une véritable machine désinformation (sic), une arme de destruction massive de la réalité factuelle (sic), et la caisse de résonnance (sic) des courant (sic) d’extrême droite. Rester sur X, c’est en partie cautionner ce que la plateforme est devenu (sic) sous Elon Musk. » C’est beau comme du Sébastien Delogu.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Vincent Lindon, acteur militant…

Profession : belle âme ! Le public boude les derniers films de la star, ex de Sandrine Kiberlain, Claude Chirac et Caroline de Monaco, promoteur de la « taxe Jean Valjean ». C’est parce qu’au fil du temps, l’acteur s’est enfermé dans des rôles et dans des films où la moraline le dispute au politiquement correct.


Le cinéma français n’en finit plus de sombrer. Trop de films, trop de moraline, trop de propagande délayée dans des scénarios médiocres aboutissant fatalement à des réalisations insipides. Résultat : le nombre d’entrées s’effondre – mais l’argent public, lui, continue de bourrer les poches de producteurs, réalisateurs et acteurs se contentant le plus souvent de répondre au cahier des charges du CNC, de l’audiovisuel public, des ministères, des départements et des régions, sources de financement intarissables et promoteurs de la propagande woke, immigrationniste et diversitaire.

Films à gros messages

Parmi les acteurs, Vincent Lindon s’est particulièrement distingué ces dernières années. Comme il maitrise parfaitement son art, des producteurs et des réalisateurs ont placé de grands espoirs en lui. Ils espéraient attirer ainsi le public boudant les films à gros messages. Ça a marché une fois, avec Welcome. Au fil des ans, même cet acteur accompli et reconnu n’est plus parvenu à abuser les spectateurs attendant autre chose du cinéma français et préférant, pour les plus cinéphiles d’entre eux, redécouvrir les grands films qui ont fait sa réputation – les belles restaurations de Coin de Mire, Gaumont ou Pathé permettent de revoir ces merveilles dans de magnifiques conditions. Retour sur le parcours militant de cet acteur qui n’en finit plus de montrer sa grandeur d’âme à tous les passants.

2009. Dans Welcome, Vincent Lindon, alias Simon, aide un jeune migrant kurde désirant traverser la Manche à la nage, et espère ainsi reconquérir sa femme, Marion, militante dans une association d’aide aux sans-papiers. Le film, réalisé par Philippe Lioret, attire 1 205 000 spectateurs. Il faut reconnaître que Philippe Lioret est un réalisateur talentueux. Toutes nos envies et Le Fils de Jean sont de beaux films qui n’ont pas eu le succès qu’ils méritaient. Avec Welcome, nous n’étions qu’au tout début d’une longue série de films de propagande sur l’immigration, la diversité heureuse ou l’idyllique vivre-ensemble dans les quartiers qu’on dit difficiles pour éviter de dire invivables. Ces films de plus en plus  imprégnés d’idéologie woke ou diversitaire verront le nombre de leurs spectateurs s’effondrer au fil des ans, non sans avoir profité au passage du système de financement public évoqué ci-dessus.

2015. Dans Les Chevaliers blancs, Vincent Lindon tient le rôle du président d’une ONG humanitaire qui, pour satisfaire aux demandes d’adoption de familles françaises, organise une opération compliquée afin de ramener en France 300 orphelins d’un pays africain en guerre. Malgré ce sujet alléchant, la critique de Télérama est tellement circonspecte – « Le réalisateur Joachim Lafosse a décidé de moins miser sur l’action que sur la réflexion. Pari dangereux, pas totalement abouti, mais hardi et intriguant » – que les spectateurs renâclent : seulement 196 000 iront voir ce film pourtant plein « d’émotion et de justesse », selon la critique de Franceinfo Culture.

2021. Vincent Lindon, en pompier musculeux sous stéroïdes, s’égare complètement dans un film « férocement féministe » (L’humanité) qui « détruit le male gaze pour mieux explorer l’identité humaine » (Écran Large), donc radicalement woke. La daube de Julia Ducourneau, Titane, remporte la Palme d’or au Festival de Cannes et, dans la foulée, se ramasse une méga-gamelle commerciale : 300 000 entrées seulement. [Pour info, Parasite, l’excellent film du réalisateur sud-coréen Bong Joon Ho, Palme d’or lors de l’édition précédente, a été vu par… 1 900 000 spectateurs français].

2024. Dans le film de Nicolas Boukhrief, Comme un fils, Vincent Lindon est Jacques Romand, un professeur dépressif et désabusé. Celui-ci est témoin d’une agression dans une épicerie et permet l’arrestation d’un des voleurs, Victor, un adolescent de 14 ans. Ému par la situation de ce jeune Rom, Vincent/Jacques décide de l’aider à retrouver le droit chemin. « Le film aborde avec sensibilité la question du deuil, de la filiation et de la transmission, avec en arrière-plan la question sociale de l’accueil des Roms, de leurs conditions de vie, de la violence qui s’exerce parfois sur les enfants, traitée ici avec justesse, sans caricature, et sans pathos », écrit, enthousiaste, le critique de Franceinfo Culture. Les premiers spectateurs, eux, s’ennuient profondément et tiennent à le faire savoir sur le site d’AlloCiné : « Film dégoulinant de bons sentiments » ; « On baille d’ennui devant un Vincent Lindon se plaisant à passer le costume d’un rôle qui lui est désormais familier : celui du mâle blanc d’âge mûr qui tout à la fois porte sur ses épaules le poids de la culpabilité de notre système injuste, capitaliste, postcolonial, refuse de se laisser broyer et puise dans les forces qui lui restent le ressort d’une juste colère. » Résultat : un flop. 121 000 entrées seulement.

Un documentaire à venir sur arte

2025. À partir du 22 janvier, l’on pourra voir Vincent Lindon dans le rôle d’un cheminot, veuf et père de deux garçons dont l’un est attiré par un… groupuscule d’extrême droite. Sur France Inter, Sonia Devillers a reçu l’acteur pour parler du film des sœurs Coulin, Jouer avec le feu. Ensemble, ils ont évoqué cette « jeunesse qui s’enfonce dans le rejet de l’autre » en réussissant à ne convoquer à la barre des accusés que celle qui finirait dans les bras de l’extrême droite radicalisée « façon crâne rasé et croix celtique ». Pourtant, la probabilité de voir un fils d’ouvrier attiré par un groupuscule raciste et violent d’extrême droite est aujourd’hui infiniment inférieure à celle de voir un fils de bobos aisés verser dans l’extrême gauche intolérante, furieusement woke, décolonialiste ou antisémite. La radicalisation d’une certaine jeunesse enrôlée dans des associations progressistes ou écologistes et les mouvements politiques d’extrême gauche, est d’un tout autre niveau, tant en quantité qu’en termes d’agressivité et de violence, que celle concernant les rares jeunes gens finissant dans des groupuscules d’extrême droite – pour lesquels je n’ai aucune sympathie, suis-je obligé de préciser. Vincent Lindon accepterait-il de jouer le rôle d’un cadre supérieur socialiste ou d’un enseignant mélenchoniste dont le fils se retrouve dans un groupuscule hyper-violent d’extrême gauche, genre La Jeune Garde lyonnaise, ou au sein d’un syndicat d’enseignants d’extrême gauche préconisant d’organiser des réunions racistes « non-mixtes » (sans Blancs), ou dans une association écologiste d’extrême gauche prête à toutes les exactions pour voir aboutir son projet totalitaire, ou dans les rangs d’un mouvement politique d’extrême gauche « antisioniste » ? Son talent d’acteur n’étant plus à démontrer, il trouverait là un rôle à sa mesure et le moyen d’élargir sa palette en rendant artistiquement compte d’une réalité qui semble lui échapper…

Après les films sur les gentils migrants franchissant allègrement nos frontières ou les méchants Français dérivant lamentablement vers l’extrême droite, devons-nous nous attendre à une avalanche de films ou de séries « revisitant » des œuvres classiques afin de mettre en valeur cette partie de l’humanité qui vit depuis la nuit des temps sous le joug du patriarcat et de la domination masculine, comme dirait Laure Adler ? Le 22 janvier prochain, sortira en effet sur nos écrans un film intitulé Toutes pour une. Synopsis : « Quand Sara, jeune fille en fuite, découvre que les Trois Mousquetaires qui protègent la Reine de France sont en réalité des femmes, elle décide de partir avec elles et de suivre leur exemple : se transformer pour être libre, se transformer pour être soi… » Ça donne envie, non ? Plus tard dans l’année, TF1 proposera une série dans laquelle la productrice et actrice Audrey Fleurot sera… La Comtesse de Monte-Cristo. Faut-il craindre une nouvelle adaptation des Misérables avec une Jeanne Valjean confrontée aux Thénardières et à la redoutable Javerte ? Oui, peut-être, un jour, mais pas tout de suite… une nouvelle adaptation, fidèle au roman de Victor Hugo, doit d’abord débarquer dans les salles de cinéma fin 2025. Et devinez qui tiendra le rôle de Jean Valjean. Vincent Lindon, bien entendu [1]. Avant cela, l’acteur « se dévoilera dans un documentaire à son image, passionnant portrait en forme d’introspection sur le métier d’acteur et la célébrité, sa vie intérieure angoissée, ses souvenirs d’enfant mal aimé », nous prévient-on sur le site d’Arte. Je crains le pire. Et j’affirme que, dans ce domaine aussi, c’était mieux avant. La preuve : sur Madelen, le site d’archives de l’INA, il est possible de voir et revoir, entre autres choses passionnantes, l’émission Les Monstres sacrés regroupant des extraits d’interviews de Michel Simon, Arletty, Pierre Brasseur, Fernandel, Bourvil (interviewé joyeusement, alors qu’il est en cure à Contrexéville, sous un jet d’eau de source ou lors d’une séance de massage), Michèle Morgan, Jean Gabin, Lino Ventura (entretien risqué : le journaliste interrompt l’acteur en train de dévorer une assiette de charcuterie sur le zinc d’un bistrot), Danielle Darrieux, etc. Quel plaisir d’écouter ces artistes renommés raconter simplement, parfois avec humour, souvent avec pudeur, sans jamais se prendre au sérieux, un souvenir, une rencontre décisive, une anecdote de tournage, une scène de vie, sans se croire obligés de donner ne serait-ce qu’une leçon de morale ou de politique. Mais ça, c’était avant [2]


[1] En 2020, en pleine crise sanitaire, Vincent Lindon a proposé que les plus riches de nos compatriotes contribuent exceptionnellement au redressement de l’économie française et à la lutte contre les inégalités en payant un nouvel impôt baptisé « taxe Jean Valjean ».

[2] Dans un entretien donné récemment à la chaîne Public Sénat, l’acteur Jean-Pierre Daroussin est parvenu à condenser dans une seule phrase toute la morale niaiseuse des artistes gauchisants : « La gauche tend à chercher une morale, une éthique du lien, à considérer qu’une société ne doit pas être faite de ce qui nous sépare mais doit être faite de ce qui nous relie, et donc à chercher des idées et à ne pas rejeter l’autre. » Après avoir entendu ça, histoire de me désinfecter les oreilles, j’ai réécouté Jean Rochefort dans l’émission À voix nue podcastable sur France Culture. Un pur bonheur.    

Quand la langue de Dieu tua l’école algérienne

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En décidant, dès son indépendance, que les cours scolaires seraient donnés en arabe classique et non en arabe populaire, l’Algérie a imposé la langue du Coran à tous les élèves. Selon le linguiste Alain Bentolila, l’éducation publique est devenue un outil confessionnel, non un instrument de la liberté de pensée.


À l’aube de son indépendance, l’Algérie choisit l’arabe classique comme langue de l’École, alors même que la langue du peuple (la « DARIJA ») était une langue très différente de l’arabe littéral. La langue du Coran, que l’on voulait être celle de tous les musulmans, fut donc imposée au système scolaire. Affichage religieux et panarabisme furent les ressorts d’une décision qui signa de fait la faillite de ce système. Elle eut en effet deux conséquences désastreuses. La première fut de précipiter des élèves ne parlant que l’arabe dialectal ou le berbère dans une école qui leur parlait un arabe classique qu’aucun d’eux ne comprenait. La seconde conséquence fut encore plus grave ! En choisissant la langue du Coran, on choisit une conception de la lecture qui déniait au lecteur son droit essentiel de compréhension et d’interprétation. Lire le Coran et le savoir par cœur sont en effet deux choses qui sont intimement liées dans la plupart des écoles coraniques (comme l’est d’ailleurs la lecture de la Thora dans les écoles talmudiques). En faisant de l’arabe littéral la langue de l’École algérienne, on dissuada les élèves de se faire leur propre idée d’un texte. On introduisit ainsi dans l’éducation publique une conception confessionnelle de la lecture : la capacité de lire y est donnée d’en haut, elle « tombe » sur l’élève-croyant, comme elle tomba jadis sur le prophète. Elle n’est en aucune façon le fruit d’une conquête, d’un effort personnel, encore moins l’instrument d’une liberté de pensée. Elle est le fruit d’une révélation. Or l’école, dans quelque pays que ce soit, est un lieu d’élévation intellectuelle et non pas celui de la révélation. L’école algérienne, en imposant à son école une langue inconnue de ses propres élèves orienta l’apprentissage de la lecture vers la récitation servile et leur interdit ainsi de questionner et d’interpréter le sens des textes. Le juste respect dû au texte se changea en soumission craintive, au point que la compréhension même devint offense. La juste compréhension fut ainsi exclue de l’Ecole algérienne comme l’exégèse l’était au sein des mosquées. En leur imposant l’arabe littéral, ce ne fut pas une langue nationale que l’on offrit aux petits Algériens comme cadeau d’indépendance, ce fut un nouveau joug qu’on lui imposa : la langue du religieux remplaça celle du colonisateur avec la même conséquence désastreuse pour la formation intellectuelle des petits écoliers. En bref, l’arabe classique acheva le « sale boulot » que le français avait initié : le français avait exclu pendant des décennies une partie importante des petits « indigènes » des voies de la réussite scolaire ; l’arabe du Coran condamna l’idée même d’une école algérienne libératrice. La confusion entre élévation et révélation a ainsi privé les élèves algériens de tout espoir d’émancipation, de toute capacité d’autonomie. Cette confusion priva les fidèles de leur droit d’exégèse et les écoliers de toute possibilité de compréhension singulière.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: France / Algérie: l’escalade

Depuis des dizaines d’années, les responsables algériens ont sciemment évité de cultiver la pensée des enfants comme on cultive un champ pour nourrir les siens. Ils se sont gardés de leur transmettre les valeurs universelles qui leur auraient donné le sens de leur humanité. Ils les ont privés du désir et des moyens d’analyser et de questionner qui leur auraient permis de ne pas s’en laissent conter. Ils les ont ainsi détournés du goût de l’inattendu, de l’incongru et du singulier pour mieux les soumettre à la pensée dominante. Et ces élèves devenus grands se sont enlisés, année après année, dans la connivence, les apparences identitaires, la proximité et le prévisible.    Dans ce pays, sonne chaque jour le glas annonçant la mort du verbe et de la pensée et célébrant l’asservissement des esprits ; dans cette dictature, fut enterrée profondément l’idée même de résistance. Pour une bonne moitié de la population de ce pays « confisqué », le questionnement fertile a été remplacé par la docilité servile, les « mots d’esprit » ont fait place aux « mots d’ordre », le spirituel a cédé devant le rituel et finalement, la soumission intellectuelle et spirituelle est ainsi devenue une forme de vie « acceptable ». Les dictateurs ont eu en effet le champ libre, dès lors qu’ils ont acquis l’assurance qu’une partie suffisamment importante de leur population n’avait plus ni les moyens ni le goût de la résistance intellectuelle. La parole d’État devint « parole d’Évangile » ; elle tomba sur les épaules courbées de citoyens devenus des créatures et non plus des créateurs. Une spiritualité pervertie devint alors le meilleur allié de l’asservissement social et politique. 

David Lynch, un précurseur inclassable

Plasticien, réalisateur, scénariste, acteur, photographe, musicien, designer… et adepte de la méditation transcendantale, l’Américain David Lynch vient de nous quitter à l’âge de 78 ans. Il nous laisse une œuvre d’une incroyable richesse et profondeur, ce qui ne manquera pas d’accentuer encore un peu plus le caractère sidéralement vide du reste de la création contemporaine actuelle… 


 « C’est avec un profond regret que nous, sa famille, vous annonçons le décès de l’homme et de l’artiste David Lynch. Nous aimerions avoir un peu d’intimité en ce moment. Il y a un grand trou dans le monde maintenant qu’il n’est plus parmi nous. Mais, comme il se plaisait à le dire, « Gardez un œil sur le beignet et non sur le trou » ». Ce sont par ces mots laconiques que nous apprenions le décès, ce jeudi soir, de cet immense artiste farouchement indépendant et visionnaire, frappé d’emphysème, une maladie entraînant la destruction des alvéoles pulmonaires.

Réalisateur de dix films marquants et inclassables entre 1977 (Eraserhead) et 2006 (Inland Empire), lauréat de la Palme d’or cannoise en 1990 (Sailor et Lula), César du meilleur film étranger en 1982 (Elephant Man) et 2000 (Mulholland Drive), Lion d’or vénitien pour l’ensemble de sa carrière (2006) et Oscar d’honneur, consécration suprême, en 2019, le petit gars timide et réservé du Montana a connu l’un des plus beaux destins du cinéma moderne.  

Déracinement et peinture

Combien d’artistes peuvent-ils se targuer de générer de leur vivant un adjectif caractérisant un style, une ambiance, une atmosphère, reconnaissables entre mille ? « Lynchien » (ou « lynchéen ») permet en effet de caractériser une œuvre culturelle parvenant à transcender la banalité du quotidien, l’« inquiétante étrangeté » chère au Docteur Freud, en faisant délicieusement craquer le vernis social et familier de nos sociétés occidentales tout en nous projetant dans un univers aux frontières de l’étrange, concomitamment onirique, surréaliste, mystérieux ou cauchemardesque…

Après une jeunesse marquée par le déracinement permanant aux quatre coins de son pays en raison d’un papa biologiste au Ministère de l’Agriculture, le rêveur David se passionne tout d’abord pour le dessin et les beaux-arts, ce qui le conduit à entreprendre des études dans ce domaine avec comme ambition de rencontrer son idole, le peintre expressionniste autrichien Oskar Kokoschka. Une connexion qui ne pourra hélas se faire lors d’un voyage européen organisé à la hâte avec son ami Jack Fisk. De retour au pays, le jeune David Lynch a alors l’idée de réaliser des courts-métrages en mettant en mouvement et en situation ses propres peintures avec un important travail sur la sonorisation en post-synchronisation. Ainsi naissent les matériaux hybrides et insolites Six Figures Getting Sick, The Alphabet puis The Grandmother, qui le font connaître auprès des critiques et surtout des investisseurs, disposés à lui octroyer un budget conséquent pour la fabrication de son premier long-métrage en 1977…

Premières déflagrations filmiques

Avec une bourse initiale de 10 000 dollars (qui sera finalement multipliée par 10 et renflouée par le revenu de petits travaux réalisés par l’artiste lui-même), David Lynch mettra cinq ans pour accoucher d’une œuvre unique, dérangeante, inoubliable, sans doute l’un des plus grands chocs de l’Histoire du cinéma. Dans un décor noir et blanc post-expressionniste de chaos industriel et urbain, Eraserhead nous plonge dans la psyché malade d’un couple mal assorti venant de procréer un être difforme proche d’un lapin écorché vif au long cou grêle… Difficile de faire plus glauque et sordide… et pourtant, cet essai filmique expérimental est traversé par de purs moments de poésie et d’élégie. Le film a connuun succès inespéré dans les circuits indépendants new-yorkais sur les créneaux « Midnight Movies », avant de se voir distribué un peu partout dans le pays et a été fortement apprécié par un certain Mel Brooks qui propose à Lynch un projet d’une envergure beaucoup plus importante, Elephant Man, d’après l’incroyable histoire vraie d’un certain John Merrick, victime de plusieurs malformations physiques et génétiques.

Alternant ambiances gothiques, grotesques, horrifiques et mélodramatiques, rendant hommage au séminal Freaks de Tod Browning, Lynch, en état de grâce, réussit le film parfait. Rythmée par d’impressionnantes tonalités musicales, tantôt industrielles, métalliques ou mélancoliques grâce à la géniale utilisation de l’Adagio pour cordes de Samuel Barber, cette histoire d’une incroyable humanité est par ailleurs marquée par l’incroyable performance de l’acteur John Hurt dans le rôle-titre… qui loupa toutefois l’Oscar du meilleur acteur au profit de Robert De Niro avec Raging Bull.  

Le temps était-il déjà venu de se lancer, pour son troisième film seulement, dans une des productions les plus chères et les plus ambitieuses de l’Histoire ? A savoir le défi de « l’adaptation de l’inadaptable » avec le mythique roman écolo-mystico-politico-philosophique Dune de Frank Herbert. Sous la férule encombrante de Dino De Laurentiis, nabab italien millionnaire producteur du projet, Lynch fait ce qu’il peut en répondant surtout à des directives de studio pourtant très éloignées de sa conception de créateur libre et indomptable. Il rebondira en recouvrant une certaine indépendance, toujours pour De Laurentiis, avec le formidable Blue Velvet (1986), étrange thriller «néo-noir» contaminé par de sombres pratiques sexuelles déviantes, ritualisées et fétichisées dans une bourgade pavillonnaire américaine de fausse carte postale. Personne ne pourra oublier la prestation habitée de la comédienne Isabella Rossellini (future épouse de Lynch), rudoyée et sadisée par un Dennis Hopper plus givré et cocaïnomane que jamais !

Consécration cannoise… et Lynch Mania !

Puis arrive la fameuse et inattendue Palme d’or cannoise grâce à Sailor et Lula en 1990, d’après le livre de Barry Gifford, Wild at Heart : the Story of Sailor and Lula. «C’est exactement ce qu’il me fallait à ce moment-là. Le roman et la violence en Amérique se sont amalgamés dans mon esprit et beaucoup de choses ont surgi. C’est une histoire d’amour vraiment moderne dans un monde impitoyable. Un film sur deux êtres qui trouvent l’amour en enfer » révèle alors Lynch qui a le plaisir de retrouver sa muse Laura Dern avec qui il partagera une grande complicité jusqu’à la fin de sa carrière. Ce film sauvage et beau peut également se lire comme une démarcation et une variation hardcore de l’iconique Magicien d’Oz créé par le romancier Lyman Frank Baum en 1900 et adapté une première fois au cinéma par l’illustre Victor Fleming en 1939.

Le début des années 90 est plus que jamais synonyme de « Lynch Mania » avec le lancement interplanétaire d’une nouvelle série télévisée «Twin Peaks», co-écrite avec le romancier et scénariste Mark Frost. Un objet télévisuel non identifié ambitionnant de redéfinir ni plus ni moins les codes et archétypes des poussiéreux soap-opéras. Subjugué, Francis Bouygues, magnat de la construction, propriétaire de TF1 et récent fondateur d’une société de cinéma (CIBY 2000) convainc alors Lynch de réaliser, contre toute attente, une adaptation de la série sur grand écran. Ce sera donc Twin Peaks : Fire Walk With Me, ce feu incandescent qui consume progressivement les habitants de ladite bourgade et continue d’animer la passion créatrice du réalisateur avec une nouvelle égérie, la sulfureuse Sheryl Lee qui reviendra pour la troisième saison de Twin Peaks en 2017 (le très sibyllin et cryptique The Return).

Entre-temps, Lynch retrouvera l’univers alambiqué de Barry Gifford qui lui sied tant pour son extraordinaire Lost Highway (1997), un bad-trip sous acides aux confins de la folie, directement inspiré du retentissant procès médiatique O.J Simpson qui a bouleversé et clivé l’Amérique au mitant de la décennie 90. «O.J était bien coupable de l’atrocité des meurtres qu’il a commis, concède alors Lynch. Or, il a pu continuer à vivre en liberté, voir ses amis, jouer au golf tranquillement, ce qui est proprement hallucinant ! Comment peut réagir l’esprit de cet homme après ces crimes horribles ? Comment l’esprit peut-il se protéger contre ce souvenir, la connaissance de ces faits qui ont réellement existé ? Le fonctionnement du cerveau, y compris dans ce qu’il recèle de plus pervers et pernicieux, est fascinant et m’intéresse au plus haut point !».

Nouveau coup de maître en 2001 avec sans doute son magnum opus, Mulholland Drive, directement financé par ses soutiens français, le groupe Canal+ et Alain Sarde. «Une histoire d’amour dans la cité des rêves». S’inspirant à nouveau du fameux ruban de Moebius, le réalisateur poursuit son obsession consistant à gratter le vernis des conventions normatives et sociales tout en prenant un malin plaisir à faire tomber les masques des hypocrisies et des illusions au cœur de la fabrique à rêves et à cauchemars nommée Hollywood. Ce beau poème métaphorique et labyrinthique sur la « cité des anges foudroyés » est couvert de prix : la mise en scène à Cannes, le César du Meilleur film étranger ainsi que le Meilleur montage aux BAFTA britanniques. Il est par ailleurs régulièrement cité par les médias spécialisés et historiens du cinéma comme faisant partie du TOP 10 des plus grands films de tous les temps !

Vertige et hommage

2006, Inland Empire, la fin du voyage cinématographique avec sans conteste son film le plus exigeant, le plus abscons, celui qui divisera comme jamais la communauté lynchéenne… sans parler des critiques professionnels et du grand public.  

Parvenu au sommet de son art, n’ayant plus rien à prouver, le réalisateur décide alors de lâcher complètement les forces de son inconscient et de confectionner, en roue libre et sans filet, un étrange matériau expérimental, décousu, labyrinthique, comme directement relié aux synapses d’un cerveau malade. Concept à la fois topographique (la dénomination d’une zone métropolitaine excentrée de Los Angeles) et psychanalytique (textuellement, l’empire de l’intériorité, cette zone grise et noire des profondeurs de la psyché humaine), ce véritable OFNI (Objet Filmique Non Identifié) vaut surtout pour la prestation hallucinante de Laura Dern. Une œuvre à redécouvrir sans doute aujourd’hui…

En novembre 2020, plusieurs médias font état d’une série en préparation, désignée sous le titre Wisteria, qui serait écrite et réalisée par Lynch, en collaboration avec la productrice Sabrina S. Sutherland et diffusée sur Netflix… Mais rien ne sera ensuite confirmé.

Dernière surprise… et de taille, Spielberg offre un rôle symbolique et émouvant à Lynch dans son film autobiographique The Fabelmans en 2022. Il y incarne le légendaire réalisateur John Ford, cache-œil de corsaire, casquette de militaire et gros cigare, qui reçoit dans son bureau un tout jeune garçon (Sammy Fabelman, double de Spielberg) fasciné par le monde du septième art et avide de conseils du Maître. Un beau geste rêvant et affichant une filiation nord-américaine idéale en voulant sans doute boucler la boucle de ces créateurs de génie. Seule l’Histoire pourra à présent juger et se prononcer a posteriori sur la place qu’occupera réellement David Lynch… quelque part entre John Ford, Steven Spielberg et d’autres géants. Une chose est certaine, il nous manquera énormément…

Gave parle cash

Charles Gave publie Cessez de vous faire avoir, un manuel de gestion de patrimoine accessible et iconoclaste, pour permettre aux épargnants de ne plus avoir de sueurs froides lors des krachs boursiers.


Voilà un livre qui tombe à pic. À l’heure de la violente dégradation des comptes publics et des incertitudes grandissantes sur la viabilité de notre système de retraite, une question se pose plus que jamais aux Français : comment bien placer son argent – ou ce qu’il en reste ?

Non content de diriger, avec son fils Louis, une pépite dans le secteur des analyses économiques (la société Gavekal, basée à Hong Kong et employant 70 personnes), Charles Gave1 a créé récemment, avec sa fille Emmanuelle, l’Institut de l’épargne, qui enseigne à Paris l’art de gérer son portefeuille de manière autonome. Cessez de vous faire avoir est pour ainsi dire le précis de vulgarisation de cette formation. En rupture de stock dès les premiers jours de sa sortie, il a dû être prestement réimprimé.

Émule de Milton Friedman (« Les gouvernements n’apprennent jamais, seuls les gens apprennent ») et de Jean de La Fontaine (« Aide-toi et le ciel t’aidera »), Gave part d’un principe : ne faites confiance ni à l’État ni aux banques ! Puis il passe en revue les grandes catégories de produits financiers qui s’offrent au commun des mortels, à commencer par les obligations, les actions et l’or, dont il décrypte les comportements respectifs en fonction des cycles économiques.

Une fois ces rudiments bien posés, il ne lui reste plus qu’à dispenser sa philosophie patrimoniale, celle d’un « bon père de famille », plus imaginatif toutefois que les gestionnaires d’actifs paresseux qui se bornent aux titres souverains et aux sicav de trésorerie.

La méthode Gave, qui a fait ses preuves, évitera à ses disciples bien des sueurs froides lors des krachs boursiers. Dans les milieux économiques, il existe une expression pour définir cette stratégie : la « réduction de volatilité ». Dans la vie de tous les jours, on parlera de « s’assurer un troisième âge sans nuages ».

Le manuel contient de nombreux graphiques faciles à comprendre, qui illustrent parfaitement les propos d’un auteur tout à la fois franc du collier et pédagogue. Quel que soit son niveau de fortune, on trouvera forcément dans ces pages matière à réflexion. Tout simplement parce que Gave parle cash. Et qu’il n’a pas peur de renverser les totems de l’establishment financier.

Les lecteurs les plus convaincus seront peut-être même séduits par sa proposition de constituer un « portefeuille permanent » à la manière de Harry Browne, qui fut deux fois le candidat du Parti libertarien aux États-Unis (1996 et 2000) et qui recommandait de placer son épargne dans un panier varié d’actifs, composé de valeurs faiblement corrélées les unes par rapport aux autres. Pas de quoi dégager des performances extraordinaires mais, à long terme, le rendement dépasse de façon quasi certaine l’inflation cumulée.

Les Français ont un avantage sur nombre de pays riches : ils épargnent beaucoup. Bien davantage que les Américains, les Britanniques ou les Japonais par exemple. Seulement ils sont très incultes en matière d’investissement – à l’exception de l’achat de la résidence principale. Si son succès se confirme, ce livre réparera peut-être ce fâcheux handicap national.

Cessez de vous faire avoir. Occupez vous de votre épargne !

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  1. Charles Gave est actionnaire de Causeur. ↩︎

Emprisonnement: l’exécution à la peine

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Le collectif Au nom du peuple s’insurge: le taux de peine réellement exécutée en détention s’élèverait à 62%. 38% de la peine est donc en réalité rabotée ou convertie.


Le 24 septembre 2024, Didier Migaud, le Garde des Sceaux fraîchement (et éphémèrement) nommé a honoré de son premier déplacement la prison de la Santé à Paris, dans ce qui semble devenir une tradition depuis son auguste prédécesseur et dont on se demande si c’est une façon maladroite de soutenir l’administration pénitentiaire ou de montrer que les détenus attirent davantage l’intérêt et la sympathie que les fonctionnaires, magistrats et autres auxiliaires de Justice qui se décarcassent chaque jour pour que leur ministre puisse traverser la rue sans être atteint par un coup de couteau mal placé ou une balle perdue par un apprenti narcotrafiquant drogué au Caprisun. Laissons le bénéfice du doute à notre ex-ministre novice et concentrons-nous non pas sur la symbolique de son déplacement mais sur son contenu concret.

Devant la prison de la Santé, Didier Migaud a tenu les propos suivants : « Il faut de l’autorité, il faut de la fermeté, il faut bien évidemment des sanctions mais je crois que le laxisme de la Justice n’existe pas. ». Plus grave : « Le taux d’exécution des peines n’a jamais été aussi élevé en 2023. ». Froncement de sourcil, notre ministre est manifestement soit ignorant des choses de la vie judiciaire, soit désireux d’induire la France entière en erreur. Dans les deux cas, c’est inquiétant. Et de conclure : « Le citoyen peut penser que les sanctions sont insuffisantes [au moins, notre ministre sait lire les sondages. Et il a manifestement un amour immodéré de la liberté d’expression qui le conduit à octroyer au citoyen le droit de penser du mal de la Justice. Tant de mansuétude émeut.]. Il faut aussi de la pédagogie vis-à-vis du citoyen ». PATATRAS ! Le Garde des Sceaux était pourtant si bien parti, comment glisser dans la dernière ligne droite sur cette peau de banane condescendante qu’est la nécessité de la pédagogie. En résumé : le citoyen a le droit de penser MAIS il faut quand même bien lui expliquer qu’il a tort et ensuite il changera d’avis car il aura vu la Lumière de la Vérité (Hosanna, Hosanna !).

Cessons de nous tordre de rire et appliquons les consignes ministérielles à la lettre : éclairons le citoyen sur l’état de l’exécution des peines en France. Attachez vos ceintures, c’est imbuvable et c’est fait exprès, mais vous en sortirez avec des billes pour votre prochain dîner en ville avec le Syndicat de la magistrature et ça, ça n’a pas de prix.

L’emprisonnement ferme représente 12,4% des peines prononcées en 2023[1]

Cette proportion comprend 1 % de peines de réclusion criminelle (prononcées en répression des crimes), le reste concernant les délits. L’emprisonnement avec sursis (sans incarcération) représente 13,7% des peines prononcées. Les amendes représentent 35,8% des peines prononcées à titre principal (les statistiques sont muettes sur la part de l’amende dans le total des condamnations, celle-ci pouvant être prononcée également comme peine complémentaire). Or, les statistiques du ministère de la Justice sur l’exécution de peines ne concernent que les peines d’emprisonnement ferme. Quand Didier Migaud dit que le taux d’exécution des peines n’a jamais été aussi élevé qu’en 2023, il veut en fait dire qu’il a connaissance du taux de l’exécution de moins d’un cinquième des peines mais qu’il est totalement ignorant de l’état de l’exécution de 87,6 % des peines prononcées. Probablement un oubli.

Une peine d’emprisonnement ferme sur cinq n’est pas exécutée un an après son prononcé.

Le taux d’exécution immédiate des peines d’emprisonnement ferme a progressé, passant de 31% en 2017 à 58 % en 2023. Toutefois, en 2023, 21% des peines d’emprisonnement ferme n’étaient toujours pas exécutées un an après leur prononcé. Rassurons-nous, ce taux tombe à 9% cinq ans après le prononcé. Le délai de prescription de la peine délictuelle étant de six ans, on peut donc estimer que seul 1/10e des condamnés à une peine d’emprisonnement ferme n’exécuteront jamais leur peine, en détention ou non. Nous voici rassurés.

Entre 37 et 48 % des peines d’emprisonnement ferme ne sont pas exécutées en détention

En 2023, 49% des peines d’emprisonnement de six mois et moins prononcées ne conduisaient pas à une incarcération du condamné mais à un aménagement de peine à l’audience (26%) ou par le juge d’application des peines (23%). Ces taux étaient légèrement plus faibles pour les peines de plus de six mois (respectivement 26% et 13%), ce qui fait sens compte tenu de l’atténuation de l’obligation d’aménagement une fois le seuil de six mois franchi, voire de l’impossibilité d’aménagement lorsque la peine dépasse les 12 mois. Précisons que l’aménagement d’une peine d’emprisonnement ouvre un champ de possibilités quasi infini : la prison est magiquement transmutée au choix en amende, en travail d’intérêt général ou en détention à domicile sous surveillance électronique… Ainsi, sur la population carcérale, systématiquement présentée comme produit d’un système autoritaire et répressif, 17% des effectifs sont en réalité écroués mais non détenus (donc chez eux avec un bracelet à la cheville et l’interdiction de sortir en boîte de nuit).

A relire: Ami magistrat…

Il est à noter que ce taux de non-exécution en détention est en augmentation puisque l’étude de l’Institut pour la Justice[2] sur l’exécution des peines a établi que sur la période 2016-2020 41% des condamnés à une peine ferme n’étaient jamais incarcérés.
Sacré Didier Migaud, il a probablement oublié de le préciser lors de ce point presse improvisé lors duquel les questions acérées et imprévisibles des journalistes l’ont surpris. On lui pardonne !

Les condamnés détenus sortent en moyenne 38% plus tôt que prévu

Vous nous direz à juste titre, chers citoyens remplis du désir de pédagogie, que 50 à 60% des condamnés à une peine d’emprisonnement ferme sont tout de même incarcérés, ce qui est un bon score compte tenu de l’absence totale d’exigence de résultat qui pèse sur les services publics en général et la Justice en particulier. Encore un petit effort, amis citoyens, le voyage en absurdie n’est pas encore terminé.

Nous parlons donc désormais des peines ne faisant pas l’objet d’un aménagement, ce qui signifie :

1. Qu’elles sont supérieures à un an (donc concernent probablement des faits graves ou un délinquant multirécidiviste)

ou 2. Que la situation du condamné ne permettait pas d’envisager un aménagement (donc il est dangereux, on a tout essayé avec lui, il en est à son quatrième bracelet détruit et il a essayé d’immoler son conseiller d’insertion lors de son dernier suivi). Cela concerne donc les cas les plus graves et désespérés.

Un double mécanisme permet ce qui est poétiquement appelé « l’érosion de la peine » : d’une part, les crédits de réduction de peine, accordés par le juge d’application des peines, permettent d’amputer la peine d’emprisonnement d’une partie de sa durée, pouvant aller jusqu’à la moitié de la peine prononcée et d’autre part, une fois la moitié de la peine exécutable (après réduction) effectuée, le reliquat de peine peut être exécuté hors de la détention, sous la régime de la libération conditionnelle. Dans certains cas, cette libération conditionnelle est même obligatoire une fois atteints les 2/3 de la peine, quels que soient les faits pour lesquels l’individu a été condamné ou son comportement en détention.

Par ailleurs, un an avant que la mi-peine permettant la libération conditionnelle ait été atteinte, une mesure de bracelet électronique ou de semi-liberté probatoire peut être prononcée pour vérifier si la libération conditionnelle est adaptée à la situation du condamné.

Un exemple pour tenter de synthétiser ce gloubi-boulga judiciaire (quand on vous dit que c’est fait exprès) : soit X condamné à une peine de cinq ans et incarcéré. Le juge d’application des peines peut lui accorder des crédits de réduction de peine jusqu’à 30 mois (deux ans et demi). Sur les 30 mois restants, il est libérable conditionnel à mi-peine soit après 15 mois de détention. S’il obtient une mesure probatoire à la libération conditionnelle, il peut être libéré sous bracelet électronique après trois mois.

L’étude de l’IPJ a estimé le taux de la peine réellement exécutée en détention à 62%. 38% de la peine est donc en réalité rabotée ou convertie. La peine est pourtant statistiquement considérée comme exécutée, dans sa forme réduite ou aménagée. Il n’en demeure pas moins que la peine prononcée initialement n’a, elle, jamais été exécutée sous la forme qui était prévue par la juridiction de jugement.

Ce que Didier Migaud a donc voulu dire, c’est qu’après un délai de cinq ans, 12,4 % des peines prononcées étaient exécutées environ 9 fois sur 10, dont une fois sur deux dans une forme autre que celle prévue par le tribunal et sans jamais passer par la case prison. Mais que le citoyen devait se rassurer car les 50% de malchanceux les plus dangereux sont, eux détenus, avec une ristourne de 38% pour fidéliser le client. Beaucoup plus clair, non ?

 2017201820192020202120222023
Exécution des peines d’emprisonnement ferme En %immédiatement31323443485558
après un an73557268727679
Après 5 ansN.R.919292929291
Modalités d’exécution (peines de 6 mois et moins) En %Détention à l’audience    222424
Détention après audience    322826
Aménagement à l’audience    162226
Aménagement JAP    312623
Modalités d’exécution (peines de plus de 6 mois) En %Détention à l’audience    434444
Détention après audience    201716
Aménagement à l’audience    162226
Aménagement JAP    191513

[1] L’ensemble des chiffres cité est issu des publications du ministère de la Justice annuellement « Références Statistiques Justice », consultables librement : https://www.justice.gouv.fr/documentation/etudes-statistiques

[2] https://www.institutpourlajustice.org/dossiers/peines-de-prison-ferme-quelle-execution/

Kibboutzim: ils auront leur haine

Le 7-Octobre a tourné la page du pacifisme israélien. Ceux qui défendaient par conviction la cause palestinienne défendent aujourd’hui par devoir les frontières d’Israël. La peur, la défiance et l’accoutumance à la guerre dictent le quotidien des kibboutz situés en première ligne, au nord comme au sud. Reportage.


Pour cause de frappe iranienne, l’arrivée en Israël fut plus tourmentée que six mois auparavant. Escale à Chypre, pluie de feu au-dessus de Jérusalem, atterrissage en Jordanie au cœur de la nuit, fin du périple par la route. Et l’application signalant les intrusions de missiles, de roquettes ou de drones qui égrène, tout au long du trajet, son maudit chapelet…

À Tel-Aviv, la colère gronde dans la rue. Sur une place de la ville, la foule s’est massée pour réclamer la paix et la libération des otages. « La haine engendre la haine », crie une manifestante. On se rapproche.

« Poursuivre la guerre n’est pas une solution, lance-t-elle.

— Oui mais quelle solution alors ? lui objecte-t-on.

— En tout cas pas la solution de Nétanyahou. Il a laissé prospérer le Hamas pendant des années en pensant que c’était le meilleur moyen d’empêcher la création d’un pays palestinien. Mais qui a dit qu’un pays palestinien était une mauvaise idée ? »

En Israël, tout le monde ne partage pas cette ligne iréniste. Depuis le massacre du 7 octobre, qui a eu lieu au sud de l’État hébreu, et les 25 roquettes lancées quotidiennement depuis le Liban, dès le lendemain, sur le nord d’Israël, beaucoup ne croient plus dans la main tendue.

Rendez-vous avec Yoël, 38 ans. Un « modéré » né dans le kibboutz Yehiam, à 9 kilomètres de la frontière entre Israël et le Liban, où il vit avec sa femme et leur fils.

Acteur de profession, il a mis en pause ses projets parisiens à cause du Covid, puis de la guerre. Son père fut un temps le secrétaire général international du Mapam, un parti à l’origine marxiste qui a fusionné en 1992 avec d’autres formations israéliennes progressistes pour constituer le Meretz, le « camp de la paix », favorable à une solution à deux États et donc au retrait des territoires occupés.

« Quand j’étais enfant, avant les accords d’Oslo, mon père disait qu’il fallait parler avec le Fatah, se souvient Yoël. Beaucoup de gens lui rétorquaient : “Mais tu es fou. Parler avec qui ? Avec des terroristes ?”

— Vous partagez le sentiment de votre père ?

— On a défendu longtemps cette idée… Les extrémistes disaient tout le temps : ils veulent tous nous tuer. Mais nous, on ne voulait pas écouter, on ne voulait pas entendre ça. On disait non, ils disent ça mais en fait ils préfèrent mieux diriger la bande de Gaza plutôt que nous tuer, c’est n’importe quoi. Aujourd’hui, on entrevoit que ce n’est pas n’importe quoi finalement… »

Yoël fait partie de ces Israéliens qui ont longtemps cru à une coexistence heureuse avec les Palestiniens. Comme les kibboutzniks au sud du pays, qui, avant le 7-Octobre, aidaient volontiers les Gazaouis, les emmenaient à l’hôpital, leur donnaient du travail.

« Ces Israéliens aimaient sincèrement vivre auprès des Arabes, rappelle Yoël. Sauf que ce sont les mêmes Arabes qui les ont massacrés dans leur lit ou ont laissé entrer ceux qui l’ont fait.

— À quoi votre vie quotidienne ressemble-t-elle depuis ce jour-là ?

— Au début, je me suis demandé s’il ne fallait pas partir. On a un enfant et ma femme, originaire d’une région plus calme, avait un peu peur. On a même pensé s’installer dans le centre du pays, où c’est moins dangereux. Et puis on a repris petit à petit confiance. Finalement on est restés.

— Que faites-vous lorsqu’il y a une alerte aérienne ?

— Il n’y a pas d’abri dans notre maison, c’est une construction ancienne. On se réfugie dans un petit couloir au milieu du bâtiment et on attend, en espérant que ça ne nous tombe pas sur la tête. Mais nous avons confiance dans le Dôme de fer. D’ailleurs, on a pris une certaine habitude maintenant. Même quand il y a des “boums” partout autour de nous, on continue la conversation. »

Chez tout Israélien, l’ombre du soldat n’est jamais loin. Yoël a combattu en 2006 au Liban, dans une unité d’infanterie. À présent il est réserviste. Il a rejoint son bataillon au Nord il y a deux mois mais a dû rentrer chez lui après s’être cassé le pied. Si l’armée le rappelle, il répondra présent sans hésiter.

« C’est mon devoir, explique-t-il. Je pense souvent à une vidéo qui a fait le tour des réseaux sociaux. C’est un soldat israélien qui l’a filmée peu de temps avant de mourir début octobre sur le front nord. Il y explique qu’il fait la guerre non pas parce qu’il déteste ceux d’en face, mais parce qu’il aime les siens.

— Vous non plus, vous ne détestez pas vos ennemis ?

— C’est pour ça que je fais cette guerre, parce que j’aime ma famille et ma communauté, et que je ne veux pas qu’il leur arrive ce qui est arrivé aux familles des kibboutzim proches de Gaza. Ce déchaînement de haine… Quand j’étais au Liban en 2006, je me souviens d’avoir trouvé un cahier de classe dans la chambre d’un enfant. Il était ouvert sur un exercice consistant à tracer des lignes entre des mots et des images. Les images représentaient des bombes, des mitraillettes, des missiles… Sur la couverture, il y avait une étiquette : “Ali, 6 ans”. Ça m’a bouleversé. Il allait avoir le temps de gagner sa haine, ce n’était pas nécessaire de commencer à 6 ans…

— Justement, ne croyez-vous pas qu’Israël va trop loin et devrait arrêter le conflit maintenant ?

— Ce que veulent Nétanyahou, Nasrallah, Sinouar… La guerre et l’élimination de l’autre. Nous le peuple, nous ne sommes que des pions. S’il y a la guerre, on va à la guerre, on ne se pose pas de questions. Même si on se demande forcément : “Bon, mais après ?” Parce qu’adviendra forcément ce jour. On a une expression pour ça ici : “On se voit à 6 heures, après la guerre !” Or, là, on ne sait pas précisément ce qui est prévu ou même pensé… On a parfois l’impression d’une fuite en avant.

— Tsahal a quand même des buts de guerre précis ?

— Pour le moment, l’objectif est de tirer sur la corde plus fort que celui d’en face. J’espère qu’à ce jeu-là l’armée israélienne affaiblira le Hezbollah pour que d’autres groupes, pourquoi pas, puissent prendre le pouvoir au Liban.

— Et pour l’Iran ?

— Oui, aussi. Le vrai problème, c’est l’Iran. C’est fou de penser qu’avant 1979, il y avait une ambassade israélienne à Téhéran. Imaginez la situation dans laquelle on se trouverait si Khomeini n’avait pas réussi sa révolution… »

Le 7 octobre 2023, le Hamas a frappé précisément ceux qui aujourd’hui pourraient le mieux défendre la cause palestinienne. Le 8 octobre 2023, le Hezbollah brisait à son tour la confiance de beaucoup d’Israéliens en lançant des roquettes sur le nord de leur pays.

Début octobre dernier, les soldats de Tsahal ont pénétré en territoire libanais, dévoilant plusieurs tunnels creusés par la milice chiite, dont certains situés juste à côté des positions de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL).

Le non-respect patent de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui, depuis 2006, interdit toute présence armée du Hezbollah dans la zone frontière jusqu’au fleuve Litani, est difficile à pardonner pour les Israéliens. Dans les tunnels, ces derniers auraient découvert les plans d’un projet d’attaque, « Conquête de la Galilée », étonnamment similaire à celui déployé par le Hamas.

Pour la première fois dans l’histoire du pays, les autorités israéliennes ont été contraintes d’évacuer la population de la zone nord, jusqu’à cinq kilomètres sous la frontière. Le kibboutz de Yoël, qui abrite environ 800 habitants, se trouve juste en dessous.

Depuis quelques semaines, la plupart des résidents sont revenus sur place. Seuls quelques-uns ont décidé de déménager définitivement. Yoël n’a pas fait ce choix. On lui en demande la raison. Il répond en des termes imagés : « Si on éteignait tout Israël et qu’on allumait une bougie simplement chez les kibboutzim, on verrait la carte d’Israël. C’est pour ça qu’il est important de vivre sur la frontière. C’est un peu comme si on la gardait. »

Autre enfant des kibboutzim rencontré à Tel-Aviv : Kfir, 37 ans. Il est né à Sasa, à trois kilomètres de la frontière libanaise. Un kibboutz dont les 400 habitants ont tous été évacués, à l’exception d’une petite équipe de surveillance civile qui mène la garde et à laquelle appartient son père.

Kfir a créé une petite société, baptisée « Guru Zuzu », qui organise des ateliers de danse dans les entreprises. Comme Yoël, il a été élevé dans le culte des valeurs collectivistes. Cela se ressent dans son travail. « Mon métier, c’est d’aider les gens à être bien ensemble, résume-t-il. Quand on se regarde bouger les uns avec les autres, ça guérit l’âme et le corps. Mais depuis la guerre j’ai dû revoir le contenu de mes animations, développer quelque chose de plus profond, pour aider les groupes à exprimer leur gratitude, leur joie d’être réunis, de ne pas se retrouver isolés dans la tourmente. »

À l’instar de Yoël, Kfir est également réserviste, plus précisément capitaine dans l’infanterie, avec 120 soldats sous ses ordres. Il peut être mobilisé à tout moment.

« Quand j’étais enfant, mon père n’était pas souvent à la maison parce qu’il appartenait à une unité spéciale et partait combattre dans le Nord, confie-t-il. J’en ai souffert. Alors imaginez à quel point ce sera tragique si je suis appelé au nord pour protéger ma famille. C’est un terrible cercle vicieux…

— Une perspective cruelle mais inéluctable ?

— Hélas. Ce qui se passe dans le Nord n’est pas une guerre contre le Liban, c’est une guerre contre le Hezbollah. Ils n’ont aucune velléité de dialogue, de paix ou de créer quelque chose qui ne soit pas la guerre, la violence ou le crime. Pour moi c’est clair. Donc à partir de là, on prend nos responsabilités.

— Pas d’état d’âme alors ?

— Pas d’état d’âme. Mais une interrogation tout de même. Quelle doit être notre priorité ? Devons-nous nous concentrer sur la destruction de l’ennemi ? Ou sur la libération des 101 otages ? Personnellement, je serai heureux quand je reverrai mon peuple à la maison. Et quand tout sera fini. Nous méritons tous mieux. »

La mère de Kfir, Angelica, d’origine italienne, est comme lui une digne représentante de l’esprit des kibboutzim. C’est une artiste reconnue en Israël. Créatrice et directrice de la Fondation Beresheet LaShalom (« Un début pour la paix »), en Haute Galilée, elle a également ouvert un théâtre, Arcobaleno Arcobaleno (« Arc-en-ciel, arc-en-ciel »), où des jeunes artistes, juifs, arabes, chrétiens, musulmans et druzes, se produisent ensemble dans des spectacles de mime et de danse, et où ils racontent ce qui se passe dans la tête des adolescents vivant par temps de guerre.

Son engagement en faveur du dialogue entre les peuples lui a valu de nombreux prix et même, en 2005, une nomination au Nobel de la paix. Quand Kfir était petit, Angelica lui racontait souvent une histoire. Une ancienne légende juive. Elle se déroule dans un champ d’orge. Un homme aperçoit soudain un petit oiseau couché sur le sol, les ailes ouvertes, qui regarde le ciel. Il lui demande :

« Que fais-tu, petit oiseau ?

— J’ai entendu dire que Dieu veut prendre le ciel et le jeter sur la Terre, alors j’essaie de nous protéger.

— Tu crois que tu vas sauver la Terre en restant là, en te couchant et en ouvrant tes ailes ?

— Je fais de mon mieux, tu sais. »

Le Pen avant Jean-Marie

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Jean-Marie Le Pen a finalement tiré sa révérence. Il était le dernier dinosaure de la IVème République, une époque politique depuis longtemps oubliée.


Le décès de Jean-Marie Le Pen clôt définitivement la période de l’après-guerre en France. Dernier témoin et acteur de la IVème République, dont il était l’ultime député encore vivant, Le Pen a mis du temps avant de pleinement endosser le costume de Jean-Marie. C’est peut-être cette période de sa vie, qui occupe intégralement le premier tome de ses mémoires sous le titre de Fils de la Nation, qui reste aujourd’hui encore la plus méconnue mais aussi la plus riche d’enseignements pour l’Histoire.

Une force de la nature

Véritable force de la nature, le Menhir avait tout du personnage de romans d’aventure ou de la personnalité du corsaire breton qu’il se plaisait parfois à imiter. Pupille de la nation frappé par le deuil durant la période formatrice de l’adolescence, où son père périt en mer frappé par une mine allemande au large de La Trinité-sur-Mer, ce tempérament rebelle a traversé les époques sans jamais se départir de son opiniâtreté ni d’un penchant naturel pour la transgression. Son ami de jeunesse Claude Chabrol le décrivait d’ailleurs ainsi en 1999, se remémorant leur compagnonnage au sein de la Corpo de droit : « Mais j’étais copain comme cochon avec Le Pen entre, voyons, que je ne dise pas de bêtises, entre 1949 et 1952, à peu près. Hé oui ! C’est marrant : Le Pen, c’était un fout-la-merde magnifique ! Je suis persuadé qu’il y a dans sa démarche une volonté très nette de foutre la merde. Je n’ai jamais été inquiété par le Front national, je sais pas. Mais par lui, non ! Le Pen entrerait là, on se taperait sur l’épaule, quoi, pas de doute ! Bon, faudrait pas qu’il tape trop fort, c’est un type très costaud ! »

Réduire Le Pen au personnage du « trublion » ou de l’anarchiste de droite serait néanmoins faux. Il fut bien plus que ça au cours de ses décennies de vie publique commencées très jeune, puisqu’il fut élu député de Paris à la surprise générale en 1956 à 27 ans, porté par l’élan poujadiste que connaissait alors le pays. Son deuxième de liste était Roger Sauvage, vétéran de l’escadrille Normandie-Niemen. Quelques mois plus tard, Le Pen renommé entre-temps Jean-Marie après que son épouse Pierrette lui conseilla d’adosser à son prénom de baptême Jean une référence mariale susceptible de lui attirer les grâces de la droite catholique, il obtint de l’Assemblée nationale l’autorisation de servir six mois en Algérie. Ainsi naquit la légende. Mais aussi les incompréhensions sur une personnalité dont la mentalité, les opinions et la manière d’être furent bien plus marquées par la génération de la IVème République que par celle qui suivit.

A lire aussi: Jean-Marie Le Pen: « J’ai marché droit »

Jean-Marie Le Pen était un homme de l’après-guerre et de la décolonisation, profondément traumatisé par les évènements d’une période qui a contraint les Français à faire le deuil de « la plus grande France ». Il fut aussi façonné par les « tribuns » et le parlementarisme agressif de sa jeunesse qui était alors ontologique de la République française. Sa proximité avec Jean-Louis Tixier Vignancour, autre figure de la droite anti-gaulliste de la période, jusqu’à appeler à voter Mitterrand contre le général ce qui provoqua la rupture avec son lieutenant Le Pen, ne fut pas que politique mais bien intellectuelle. On pourrait à ce titre emprunter ces mots écrits dans Le Monde après la disparition de ce « ténor des prétoires à la voix de Tolède » et les appliquer à Le Pen : « Quel souvenir gardera la postérité de ce bretteur incorrigible jusqu’à la fin ? Retiendra-t-elle l’« anarchiste de droite » tant de fois décrit et auquel cette appellation convenait si bien parce qu’elle était à ses yeux la plus flatteuse, sinon la plus acceptable ? Ou seulement l’avocat politique si habile dans le sous-entendu, si venimeux dans l’insolence instinctive, comme s’il avait pu être de tous les complots, de toutes les intrigues ? Ou encore l’avocat tout court qui, lui, savait fort bien, sûr d’un talent archireconnu, s’en tenir au classicisme de bon aloi, dès lors qu’il n’éprouvait plus le besoin de céder à ses démons ? »

Anticommunisme et réconciliation nationale

Lorsque le jeune Le Pen s’engage chez les paras afin de participer aux combats algériens, il est alors animé d’un profond sentiment anticommuniste. Il craignait à juste titre la dislocation de l’Empire et l’influence soviétique sur la classe politique française. Traumatisé comme tant d’autres personnes de sa génération par les épisodes atroces de la période de l’épuration, il a aussi vécu l’Indochine et sa perte en tant que correspondant de guerre, où il rencontra Alain Delon qui devint son ami pour la vie. Son engagement algérien s’inscrit donc dans une réflexion géostratégique globale partagée par l’essentiel de la classe politique de la IVème République. Le gouvernement était alors dirigé par le socialiste Guy Mollet, dont le second ministre de l’Intérieur et de la Justice n’était autre qu’un certain François Mitterrand. Jean-Marie Le Pen, aujourd’hui dépeint comme un personnage central de cette guerre, n’était au moment où il partit qu’un exécutant, simple officier subalterne d’une affaire décidée par d’autres.

François Mitterrand à qui il ne fut jamais fait le reproche de son rôle dans cette guerre de son vivant fut pourtant l’homme de la bataille d’Alger mais aussi de la loi d’amnistie et de celle de mars 1956 qui donna tout pouvoir à l’armée en matière de justice sur le sol algérien. Le futur président socialiste a été l’homme du volet politique de la contre-insurrection algérienne, à laquelle a notamment participé Aussaresses ou encore le lieutenant-colonel Galula. C’est lui qui dès 1954 dit à la tribune de l’Assemblée nationale : « La rébellion algérienne ne peut trouver qu’une forme terminale : la guerre. L’Algérie c’est la France ». C’est aussi lui qui autorisa dans ce cadre les exécutions de militants du FLN. Il a refusé de gracier 80% des condamnés à mort dont les dossiers lui furent présentés.

A lire aussi, Ivan Rioufol: Jean-Marie Le Pen a gagné sa bataille culturelle

De fait, la France luttait alors contre un mouvement jugé terroriste et qui avait commis des attentats contre des civils. Il ne s’agissait pas d’une guerre contre un autre pays mais d’un conflit civil localisé à ce moment-là en Algérie et qui menaçait de s’étendre au territoire métropolitain. Jean-Marie Le Pen n’a pas joué un rôle de cette envergure et rien ne dit qu’il participa effectivement au système de « la torture ». Il le conteste dans ses Mémoires, déclarant notamment : « L’armée française revenait d’Indochine. Là-bas, elle avait vu des violences horribles qui passent l’imagination et font paraître l’arrachage d’un ongle pour presque humain (…) Cette horreur, notre mission était d’y mettre fin. Alors, oui, l’armée française a bien pratiqué la question pour obtenir des informations durant la bataille d’Alger, mais les moyens qu’elle y employa furent les moins violents possibles ». Il a aussi dénoncé une « machination politique contre un parti qui avait le vent en poupe », jugeant les accusations « bidons ». Et éminemment paradoxales puisqu’elles sont parties dans les années 1980 de membres du Parti socialiste, mais peut-être avaient-ils accès aux archives secrètes qu’ils avaient eux-mêmes compilées durant les années où ils participaient avec zèle à la guerre !

Attention aux jugements anachroniques

Ce n’est qu’après la Guerre d’Algérie, ou plutôt à son crépuscule, que la mue de Le Pen en Jean-Marie s’acheva. Alors qu’il eut l’opportunité de rejoindre le nouveau pouvoir gaulliste, Le Pen refusa. Excédé par la perte de l’Algérie mais aussi l’abandon des pieds-noirs et des arabes qui ont aidé la France, à l’image de son ami Ahmed Djebbour qu’il fit élire à l’Assemblée nationale sur la liste du Front national des combattants, le « menhir » entra alors dans une errance politique qui dura plus d’une décennie avant que le Front National créé en 1972 ne devienne au milieu des années 1980 une force majeure de la vie politique française.

D’autres n’ont pas eu sa résilience ou son acharnement. Ainsi de Pierre Lagaillarde, fondateur de l’OAS à l’issue de la Semaine des Barricades, qui au terme de son exil renonça à toute activité politique. Pont entre les diverses tendances de la droite anticommuniste d’après-guerre, Jean-Marie Le Pen finit par fédérer les anciens résistants déçus du gaullisme, les poujadistes et d’autres réprouvés parfois plus ou moins présentables autour de son charisme et de sa figure tutélaire. Personnage bien plus contrasté que ce qu’on en dit parfois, il est indissociable de la France de la deuxième moitié du XXIème siècle, dont il fut le bouc-émissaire et le « diable ». Mais n’en était-il pas plutôt la mauvaise conscience et la Sibylle ? L’Histoire jugera.

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Cessez-le-feu et libération des otages: le tweet problématique d’Emmanuel Macron

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Un homme tient une pancarte avec la photo d'Ohad Yahalomi, détenu en otage à Gaza, lors d'une manifestation à Tel Aviv, 14 septembre 2024 © SOPA Images/SIPA

Les soutiens habituels d’Israël ont critiqué le message du président français publié le soir de l’annonce de l’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, y voyant une équivalence malvenue entre les souffrances des otages et celles des civils gazaouis. La « pensée complexe » présidentielle, louée par ses admirateurs, n’est peut-être pas adaptée à des messages si courts toujours sujets à interprétation…


Le tweet du président de la République sur un possible cessez-le-feu à Gaza a suscité des réactions vives, notamment en raison de l’absence d’une mention explicite du peuple israélien et du contexte même dans lequel il s’inscrit. Cet oubli, volontaire ou non, ne peut être détaché des conséquences tragiques des attaques terroristes du 7-Octobre, ni des enjeux fondamentaux de ce conflit.

Une ambiguïté choquante

« Après quinze mois de calvaire injustifiable, soulagement immense pour les Gazaouis, espoir pour les otages et leurs familles. Ce soir, mes pensées vont à Ofer et Ohad. L’accord doit être respecté. Les otages, libérés. Les Gazaouis, secourus. Une solution politique doit advenir » écrivait Emmanuel Macron le 15 janvier peu après 21 heures.

Ce message présidentiel, en mettant sur un même plan les victimes israéliennes et les conséquences de la guerre à Gaza, crée un amalgame dérangeant.

Il existe une différence fondamentale entre le pogrom sanglant du 7 octobre — une attaque préméditée contre des civils juifs, accompagnée d’enlèvements, de viols et d’assassinats — et les pertes civiles, bien que tragiques, causées par un conflit armé. En niant cette distinction, le tweet valide indirectement le discours des islamistes qui cherchent à minimiser ou justifier leurs crimes, tout en nourrissant une confusion morale inacceptable.

Le refus de reconnaître les otages juifs comme des esclaves, déshumanisés et captifs d’une barbarie assumée, renforce ce sentiment d’ambiguïté. Même le Hamas a reconnu que la population gazaouie elle-même détient une partie des otages, révélant un fanatisme enraciné et encouragé par des décennies de haine culturelle.

Une politique sans ligne claire

Ce type de communication trahit une incapacité à nommer clairement les responsabilités et à défendre les valeurs démocratiques face à l’islamisme totalitaire.

Où sont les actes forts ? Pourquoi ne pas condamner le terme de « génocide », infondé ici, ou affirmer que la guerre d’Israël contre le Hamas est légitime ? Pourquoi continuer à financer l’UNRWA ou tolérer sur le sol français des discours appelant à l’intifada et au djihad, au mépris des principes républicains ?

Une fracture intérieure

En France, chaque mot du président sur le conflit israélo-palestinien a des répercussions directes. La communauté juive, déjà fragilisée par des décennies d’antisémitisme et des tensions croissantes, mérite un soutien clair.

A lire aussi: Kibboutzim: ils auront leur haine

Mais ce tweet, en donnant des « gages » implicites à des narratifs islamistes, alimente les discours haineux et renforce un sentiment d’abandon.
Dans les rues de Paris, les appels à l’intifada et les manifestations pro-Hamas témoignent d’une radicalisation inquiétante que les dirigeants n’ont pas su endiguer.

Des réactions vives de nombreuses personnalités des médias et de la communauté juive

Suite aux propos présidentiels, les réactions ne se sont pas fait attendre. La journaliste Céline Pina a déclaré sur X (anciennement Twitter) : « Ce tweet est honteux : au nom de quoi l’évocation des otages doit-elle s’accompagner de gages donnés aux islamistes ? La mort de civils est malheureuse mais il y a une différence entre les horreurs d’un pogrom, la razzia d’esclaves et les cadavres volés qui s’ensuivent et les conséquences d’un bombardement ».  L’avocat Gilles-William Goldnadel a réagi sur son compte Instagram, avant de confirmer ses propos sur C News : « Le tweet d’Emmanuel Macron est tellement inqualifiable, que j’ai du mal à le qualifier. Car cela veut dire que pour les Gazaouis il y a un calvaire, mais pour les otages il n’y en n’a pas ». Du coté des réactions dans la communauté juive, celle du président du B’nai B’rith France, Philippe Meyer, résume le ressenti de beaucoup d’entre nous : « Message pour le moins ambiguë. On aurait aimé lire autre chose du président de la République, d’autres mots, dans un autre ordre. Le « en même-temps » ne justifie pas tout ».

La responsabilité des dirigeants

Les événements tragiques du 7-Octobre rappellent que les islamistes ne font aucune distinction : leur barbarie s’abat sur quiconque n’adhère pas à leur idéologie, comme les Juifs ce jour-là. Face à cette menace, la France se doit de tenir une ligne claire et de refuser tout relativisme.

Ce tweet présidentiel, en diluant la gravité des crimes contre l’humanité commis par le Hamas dans un discours généraliste et politicien, incarne l’impuissance des élites occidentales à affronter les totalitarismes modernes. Ce manque de courage moral pousse les citoyens à chercher refuge dans des figures populistes, bien que leurs solutions soient souvent tout aussi problématiques.

La France doit choisir : défendre Israël, démocratie imparfaite mais légitime, ou céder aux injonctions d’un fanatisme qui menace les valeurs mêmes de l’Occident. Il est temps pour le président de se tenir fermement aux côtés des victimes, de nommer sans détour les responsables, et de montrer que la République ne cédera pas face à l’islamisme ni à ses complices. Le futur de notre société et de nos enfants en dépend.

Causons! Le podcast hebdomadaire de Causeur

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Marche contre les bandes de pédophiles organisée par l'activiste Tommy Robinson à Telford, 29/1/2022 Licensed by Story Picture Agency/SIPA

Avec Céline Pina et Jeremy Stubbs.


Quelle est l’espérance de vie du gouvernement Bayrou? Quelles sont les stratégies adoptées par le Parti socialiste et le Rassemblement national? Bayrou peut-il sauver le soldat Macron?

Le Royaume Uni est toujours en butte au scandale des « grooming gangs », ces bandes de pédophiles composées d’hommes d’ascendance pakistanaise. Pendant des années, ces hommes ont pu agir avec un certain degré d’impunité. Aujourd’hui, certaines de leurs victimes attendent toujours que justice soit faite. Est-ce la fin du grand rêve multiculturel?

Elon Musk vs Thierry Breton: les médias ont choisi leur champion!

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© Jonas Ekströmer/AP/SIPA © Michel Euler/AP/SIPA

Tandis que les médias de grands chemins s’inquiètent de la montée des opinions dissidentes et des changements dans le paysage numérique, l’Union européenne prépare de nouvelles mesures pour renforcer son contrôle sur les plateformes numériques au nom de la démocratie. Mais, tout ce petit monde ne disait rien quand des ingérences « progressistes » ou woke étaient constatées par le passé…


Elon Musk « promouvant l’extrême droite partout » et Mark Zuckerberg ayant décidé de se passer dorénavant des fact-checkers sur Facebook et Instagram, l’économiste Dominique Seux déclare le plus sérieusement du monde, sur France Inter : « Thierry Breton nous manque. » Le DSA (Digital Services Act) est la loi européenne sur les services numériques concoctée par M. Breton du temps où il était commissaire européen. Le but officiel de cette loi est de « réguler » les réseaux sociaux ainsi que les plateformes de partage de contenus (Youtube, Dailymotion…), d’empêcher les « propos haineux », la désinformation et la manipulation sur la toile et d’analyser les « risques systémiques qu’ils génèrent sur les processus électoraux » – voilà qui offre mille possibilités interprétatives pouvant aboutir à une censure à peine camouflée. Voire pire.


En partance pour Bank of America, Thierry Breton fait une dernière tournée des médias

Thierry Breton a malheureusement entendu Dominique Seux. Le voici de retour. En l’espace de trois jours, il a été l’invité exceptionnel de LCI, RMC, France 5, France Info (à 8h30, le 11 janvier) et France Culture (à 12H45, le même jour).

Les journalistes ont été très gentils avec lui, ne l’ont confronté à aucun contradicteur et l’ont laissé dérouler un discours archi-rodé sur le « peuple européen » sacrément bien représenté par un « Parlement européen » garant du « progrès européen », du « vivre-ensemble européen » et de la « démocratie européenne » – ces derniers seraient menacés par les vilains réseaux sociaux en général et celui du méchant Elon Musk en particulier. Sur RMC, M. Breton a déclaré que s’il était constaté des « interférences » lors des prochaines législatives allemandes, les résultats de celles-ci pourraient être remis en cause. « On l’a fait en Roumanie et il faudra le faire si c’est nécessaire en Allemagne », a-t-il menacé en faisant référence à l’annulation par la Cour constitutionnelle de Bucarest des dernières élections présidentielles roumaines au motif que le réseau social TikTok aurait été utilisé par des « éléments étrangers » pour manipuler l’opinion publique.   

A lire aussi, du même auteur: Six femmes en colère

La liberté d’expression, c’est bien. Mais c’est mieux, pensent certains, quand le cadre en est strictement délimité par les milieux informationnels qui ne manquent ni de commissaires, ni de vérificateurs, ni d’argousins médiatiques. Pour Dominique Seux, Mark Zuckerberg est passé du côté obscur de la Force numérique. « Les “vérificateurs de faits” ont fait preuve de trop de partialité politique », affirme pourtant simplement le directeur général de Meta, avant d’ajouter : « Ce qui a commencé comme un mouvement inclusif a de plus en plus été utilisé pour bloquer les opinions et exclure les personnes ayant des idées différentes ». Cette censure a été ouvertement pratiquée sur les différents réseaux sociaux, Twitter du temps où Jack Dorsey en était le propriétaire, Instagram et Facebook du temps où les Démocrates américains étaient au pouvoir et Zuckerberg à leur service. Le rachat de Twitter par Elon Musk et le revirement de Zuckerberg changent radicalement la donne. Ce dernier affirmant vouloir « supprimer un tas de restrictions sur l’immigration et le genre », les commissaires politiques de la radio publique se gargarisent de grands mots : « C’est notre modèle de démocratie qui est attaqué », gribouille sur X le journaliste Julien Pain, fact-checker officiel de France Info, avant de… bloquer les commentaires des internautes se réjouissant de la décision de Zuckerberg.

Elon Musk, le George Soros de la droite

Les médias français et la Commission européenne se plaignent de l’ingérence d’Elon Musk dans des élections européennes. Soit. On ne les a pourtant guère entendus lorsque George Soros, le discret mais très efficace financeur de centaines d’ONG immigrationnistes et d’associations wokes via son Open Society Foundation, a arrosé de ses bontés sonnantes et trébuchantes la campagne des opposants au Brexit. Aucun murmure de réprobation n’est venu entacher non plus la vidéo de soutien à Emmanuel Macron, archi-diffusée sur les réseaux sociaux entre les deux tours de la présidentielle de 2017, de l’ancien président américain Barack Obama qui, quelques mois plus tard, se rendra à Londres pour soutenir, lui aussi, la campagne contre le Brexit. Pas un mot sur Bill Gates qui, par le biais de sa fondation « philanthropique », s’insinue dans les instances internationales qui décideront demain des politiques mondiales de santé et d’alimentation. Et que dire de l’incroyable et outrancière campagne politico-médiatique européenne contre Donald Trump lors des dernières élections présidentielles américaines ou du rouleau compresseur médiatique français qui, au nom du « front républicain », a écrabouillé la campagne des dernières élections législatives ?

Il est finalement assez réjouissant de voir les journalistes progressistes paniquer en se demandant ce qui arrive. Il arrive, sommes-nous obligés de leur dire, que les digues qu’ils ont construites pour empêcher la diffusion de la libre parole commencent de se fissurer. Oh ! pas beaucoup ; mais suffisamment pour les agacer, ce qui n’est déjà pas si mal. Ne nous leurrons pas : ces digues sont si épaisses, si régulièrement réparées et même renforcées par eux-mêmes et par l’oligarchie politique, qu’il sera difficile de les abattre totalement. Il n’empêche, quelques brèches apparaissent. Aussi modestes soient-elles, elles chiffonnent ces journalistes qui ont pris l’habitude de parader dans les studios, particulièrement dans ceux de l’audiovisuel public, entre eux, sûrs d’eux, dans le confort de l’uniformité politique, la connivence et la douceur de l’endoctrinement sans accroc, en suivant la ligne définie par l’idéologie gaucho-progressiste, ligne studieusement entretenue par les crayonneurs de l’AFP et du Monde, deux éminents propagateurs de la doxa.

La presse mainstream prête à encourager les mesures coercitives et censoriales

Leur conformisme n’a d’égal que leur paresse naturelle et leur mollesse intellectuelle au moment de livrer bataille – l’adversaire est qualifié trop rapidement de réactionnaire ou de fasciste pour que l’on puisse imaginer que, derrière cette invective, se cache une argumentation intelligente, laquelle a été remplacée par le catéchisme progressiste. Ils barbotent là-dedans depuis si longtemps que la moindre résistance les blesse douloureusement. Nerveux, irascibles, peu habitués à jouter honorablement, l’existence d’une extrême droite fantasmagorique leur sert, comme d’habitude, à tenter de briser la mutinerie, aussi minime soit-elle. Leurs compatriotes regimbent et se cabrent devant leurs leçons de morale usées jusqu’à la corde ? Ils s’enferrent, frénétiques, dans un discours daté qui impressionne de moins en moins les peuples subissant les effets délétères d’une politique européenne désastreuse. Exaspérés, ils voient finalement d’un bon œil les mesures coercitives et censoriales prévues par la Commission européenne pour briser les élans patriotes.     

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Vendredi 10 janvier. Une journée ordinaire sur la radio publique. Sur France Inter, Patrick Cohen tient absolument à « rediaboliser » le RN, parti toujours aussi « raciste et antisémite » que du temps du FN de feu Jean-Marie Le Pen, selon lui. Il évoque « des chaînes où le RN est désormais comme chez lui » en rabâchant la sempiternelle litanie de messages moraux invariables et paresseux sur « l’extrême droite ». Sur la radio publique, on peut quotidiennement vouer aux gémonies les millions de Français qui n’ont pas voté comme il faut sans que l’Arcom s’émeuve. Grand castor parmi les castors, M. Cohen dit ainsi espérer que le « front républicain » opérera encore et toujours lors de prochaines élections. Autant dire que les directives de l’UE pour castoriser, de gré ou de force, les prochaines élections en Europe, ne lui font pas peur. Le même jour, sur la même radio, Pierre Haski conseillera à la Commission européenne de réagir fermement face à « l’alliance Trump-Musk ». La veille, dans l’émission “Le téléphone sonne”, Fabienne Sintes, inquiète des décisions de Zuckerberg, se sera demandé si « l’Europe est assez forte pour faire barrage avant qu’on se prenne une potentielle avalanche de bouses » sur les réseaux sociaux. France Info n’est pas en reste : Aurélie Herbemont, chef adjointe du service politique de ladite radio, s’étonne qu’Elon Musk ait « remis sur le tapis une sordide affaire de pédo-criminalité impliquant des Pakistanais il y a 10 ans » au Royaume-Uni – mais ne s’étonne pas que cette effroyable affaire, qui a duré plus de trente ans sans que les autorités anglaises, par crainte d’être taxées de xénophobie et d’islamophobie, bougent le petit doigt, n’intéresse absolument pas nos militantes féministes de gauche si promptes habituellement à réagir au moindre regard concupiscent… 

« Nous allons nous débarrasser des vérifacteurs de faits et les remplacer par des notes communautaires similaires à X, en commençant avec les États-Unis », a déclaré le PDG de Meta, Mark Zuckerberg, dans une vidéo publiée le 7 janvier 2025 © Andre M Chang/ZUMA Press Wire/Shutterstock

La nomenklatura médiatique française n’a en réalité pas grand-chose à craindre. Les fact-checkers vont pouvoir continuer de fact-checker, c’est-à-dire d’orienter l’information. Clara Chappaz, notre actuelle ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du Numérique, affirme en effet sur X : « J’ai échangé avec la direction de Meta France ce soir qui m’assure que cette fonctionnalité ne sera déployée qu’aux États-Unis pour le moment. En Europe, le Digital Service Act sera respecté. Croyez en ma vigilance sur le sujet. » Le service de censure européen veille donc au grain. Selon Mme Chappaz, les dirigeants de Meta « ont bien compris qu’en France comme en Europe, la façon dont nous définissons la liberté d’expression est différente de la façon dont elle est définie aux États-Unis ». Ne reste plus qu’à savoir ce que l’UE entend par « liberté d’expression ». Le DSA européen se verra bientôt complété par de nouvelles mesures censées protéger la démocratie mais qui, en réalité, la dépouilleront de ses derniers oripeaux. Les « vérificateurs de faits » des médias de gauche vont pouvoir continuer de dissimuler le réel et d’occulter les difficultés des sociétés européennes confrontées à l’immigration massive, l’insécurité physique et culturelle, la précarité, au déclassement d’un continent que la technocratique UE a accéléré. L’inénarrable Thierry Breton vit apparemment dans un monde parallèle. Sur LCI, il ose affirmer que « les empires déclinants – la Grande-Bretagne, la Russie, la Turquie – s’attaquent tous à l’UE » parce qu’ils sont jalouxde« nos progrès » (sic), de « notre dynamique démocratique » (resic) et de « notre projet et notre vivre-ensemble » (etsic de der). L’Europe mythologique de M. Breton doit absolument éviter de se frotter au réel, raison pour laquelle l’ex-commissaire européen prévient les propriétaires des réseaux sociaux, Elon Musk en tête : l’UE a les moyens de les interdire s’ils ne respectent pas les règles établies par lui-même, Thierry Breton, ex-démolisseur d’entreprises (Thomson, France Telecom, Atos) et ex-mamamouchi de l’oligarchie bruxelloise.

Pour conclure sur une note plus légère, signalons que Sandrine Rousseau a envoyé une missive écrite avec le pied gauche, truffée de fautes d’orthographe et d’un pléonasme intéressant, à « tou.tes les député.es du NFP », pour les inviter à quitter le réseau social X « de manière collective ». Extraits : « Ce courrier pour vous inviter à ce que (sic) nous quittions/arrêtions (sic) de poster sur la plateforme. […] X est devenue (sic) une véritable machine désinformation (sic), une arme de destruction massive de la réalité factuelle (sic), et la caisse de résonnance (sic) des courant (sic) d’extrême droite. Rester sur X, c’est en partie cautionner ce que la plateforme est devenu (sic) sous Elon Musk. » C’est beau comme du Sébastien Delogu.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Vincent Lindon, acteur militant…

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Dans "Jouer avec le feu" de Delphine et Muriel Coulin, Vincent Lindon interprète un cheminot dont le fils bascule dans l'extrème droite © Felicita - Curiosa Films - France 3 Cinema

Profession : belle âme ! Le public boude les derniers films de la star, ex de Sandrine Kiberlain, Claude Chirac et Caroline de Monaco, promoteur de la « taxe Jean Valjean ». C’est parce qu’au fil du temps, l’acteur s’est enfermé dans des rôles et dans des films où la moraline le dispute au politiquement correct.


Le cinéma français n’en finit plus de sombrer. Trop de films, trop de moraline, trop de propagande délayée dans des scénarios médiocres aboutissant fatalement à des réalisations insipides. Résultat : le nombre d’entrées s’effondre – mais l’argent public, lui, continue de bourrer les poches de producteurs, réalisateurs et acteurs se contentant le plus souvent de répondre au cahier des charges du CNC, de l’audiovisuel public, des ministères, des départements et des régions, sources de financement intarissables et promoteurs de la propagande woke, immigrationniste et diversitaire.

Films à gros messages

Parmi les acteurs, Vincent Lindon s’est particulièrement distingué ces dernières années. Comme il maitrise parfaitement son art, des producteurs et des réalisateurs ont placé de grands espoirs en lui. Ils espéraient attirer ainsi le public boudant les films à gros messages. Ça a marché une fois, avec Welcome. Au fil des ans, même cet acteur accompli et reconnu n’est plus parvenu à abuser les spectateurs attendant autre chose du cinéma français et préférant, pour les plus cinéphiles d’entre eux, redécouvrir les grands films qui ont fait sa réputation – les belles restaurations de Coin de Mire, Gaumont ou Pathé permettent de revoir ces merveilles dans de magnifiques conditions. Retour sur le parcours militant de cet acteur qui n’en finit plus de montrer sa grandeur d’âme à tous les passants.

2009. Dans Welcome, Vincent Lindon, alias Simon, aide un jeune migrant kurde désirant traverser la Manche à la nage, et espère ainsi reconquérir sa femme, Marion, militante dans une association d’aide aux sans-papiers. Le film, réalisé par Philippe Lioret, attire 1 205 000 spectateurs. Il faut reconnaître que Philippe Lioret est un réalisateur talentueux. Toutes nos envies et Le Fils de Jean sont de beaux films qui n’ont pas eu le succès qu’ils méritaient. Avec Welcome, nous n’étions qu’au tout début d’une longue série de films de propagande sur l’immigration, la diversité heureuse ou l’idyllique vivre-ensemble dans les quartiers qu’on dit difficiles pour éviter de dire invivables. Ces films de plus en plus  imprégnés d’idéologie woke ou diversitaire verront le nombre de leurs spectateurs s’effondrer au fil des ans, non sans avoir profité au passage du système de financement public évoqué ci-dessus.

2015. Dans Les Chevaliers blancs, Vincent Lindon tient le rôle du président d’une ONG humanitaire qui, pour satisfaire aux demandes d’adoption de familles françaises, organise une opération compliquée afin de ramener en France 300 orphelins d’un pays africain en guerre. Malgré ce sujet alléchant, la critique de Télérama est tellement circonspecte – « Le réalisateur Joachim Lafosse a décidé de moins miser sur l’action que sur la réflexion. Pari dangereux, pas totalement abouti, mais hardi et intriguant » – que les spectateurs renâclent : seulement 196 000 iront voir ce film pourtant plein « d’émotion et de justesse », selon la critique de Franceinfo Culture.

2021. Vincent Lindon, en pompier musculeux sous stéroïdes, s’égare complètement dans un film « férocement féministe » (L’humanité) qui « détruit le male gaze pour mieux explorer l’identité humaine » (Écran Large), donc radicalement woke. La daube de Julia Ducourneau, Titane, remporte la Palme d’or au Festival de Cannes et, dans la foulée, se ramasse une méga-gamelle commerciale : 300 000 entrées seulement. [Pour info, Parasite, l’excellent film du réalisateur sud-coréen Bong Joon Ho, Palme d’or lors de l’édition précédente, a été vu par… 1 900 000 spectateurs français].

2024. Dans le film de Nicolas Boukhrief, Comme un fils, Vincent Lindon est Jacques Romand, un professeur dépressif et désabusé. Celui-ci est témoin d’une agression dans une épicerie et permet l’arrestation d’un des voleurs, Victor, un adolescent de 14 ans. Ému par la situation de ce jeune Rom, Vincent/Jacques décide de l’aider à retrouver le droit chemin. « Le film aborde avec sensibilité la question du deuil, de la filiation et de la transmission, avec en arrière-plan la question sociale de l’accueil des Roms, de leurs conditions de vie, de la violence qui s’exerce parfois sur les enfants, traitée ici avec justesse, sans caricature, et sans pathos », écrit, enthousiaste, le critique de Franceinfo Culture. Les premiers spectateurs, eux, s’ennuient profondément et tiennent à le faire savoir sur le site d’AlloCiné : « Film dégoulinant de bons sentiments » ; « On baille d’ennui devant un Vincent Lindon se plaisant à passer le costume d’un rôle qui lui est désormais familier : celui du mâle blanc d’âge mûr qui tout à la fois porte sur ses épaules le poids de la culpabilité de notre système injuste, capitaliste, postcolonial, refuse de se laisser broyer et puise dans les forces qui lui restent le ressort d’une juste colère. » Résultat : un flop. 121 000 entrées seulement.

Un documentaire à venir sur arte

2025. À partir du 22 janvier, l’on pourra voir Vincent Lindon dans le rôle d’un cheminot, veuf et père de deux garçons dont l’un est attiré par un… groupuscule d’extrême droite. Sur France Inter, Sonia Devillers a reçu l’acteur pour parler du film des sœurs Coulin, Jouer avec le feu. Ensemble, ils ont évoqué cette « jeunesse qui s’enfonce dans le rejet de l’autre » en réussissant à ne convoquer à la barre des accusés que celle qui finirait dans les bras de l’extrême droite radicalisée « façon crâne rasé et croix celtique ». Pourtant, la probabilité de voir un fils d’ouvrier attiré par un groupuscule raciste et violent d’extrême droite est aujourd’hui infiniment inférieure à celle de voir un fils de bobos aisés verser dans l’extrême gauche intolérante, furieusement woke, décolonialiste ou antisémite. La radicalisation d’une certaine jeunesse enrôlée dans des associations progressistes ou écologistes et les mouvements politiques d’extrême gauche, est d’un tout autre niveau, tant en quantité qu’en termes d’agressivité et de violence, que celle concernant les rares jeunes gens finissant dans des groupuscules d’extrême droite – pour lesquels je n’ai aucune sympathie, suis-je obligé de préciser. Vincent Lindon accepterait-il de jouer le rôle d’un cadre supérieur socialiste ou d’un enseignant mélenchoniste dont le fils se retrouve dans un groupuscule hyper-violent d’extrême gauche, genre La Jeune Garde lyonnaise, ou au sein d’un syndicat d’enseignants d’extrême gauche préconisant d’organiser des réunions racistes « non-mixtes » (sans Blancs), ou dans une association écologiste d’extrême gauche prête à toutes les exactions pour voir aboutir son projet totalitaire, ou dans les rangs d’un mouvement politique d’extrême gauche « antisioniste » ? Son talent d’acteur n’étant plus à démontrer, il trouverait là un rôle à sa mesure et le moyen d’élargir sa palette en rendant artistiquement compte d’une réalité qui semble lui échapper…

Après les films sur les gentils migrants franchissant allègrement nos frontières ou les méchants Français dérivant lamentablement vers l’extrême droite, devons-nous nous attendre à une avalanche de films ou de séries « revisitant » des œuvres classiques afin de mettre en valeur cette partie de l’humanité qui vit depuis la nuit des temps sous le joug du patriarcat et de la domination masculine, comme dirait Laure Adler ? Le 22 janvier prochain, sortira en effet sur nos écrans un film intitulé Toutes pour une. Synopsis : « Quand Sara, jeune fille en fuite, découvre que les Trois Mousquetaires qui protègent la Reine de France sont en réalité des femmes, elle décide de partir avec elles et de suivre leur exemple : se transformer pour être libre, se transformer pour être soi… » Ça donne envie, non ? Plus tard dans l’année, TF1 proposera une série dans laquelle la productrice et actrice Audrey Fleurot sera… La Comtesse de Monte-Cristo. Faut-il craindre une nouvelle adaptation des Misérables avec une Jeanne Valjean confrontée aux Thénardières et à la redoutable Javerte ? Oui, peut-être, un jour, mais pas tout de suite… une nouvelle adaptation, fidèle au roman de Victor Hugo, doit d’abord débarquer dans les salles de cinéma fin 2025. Et devinez qui tiendra le rôle de Jean Valjean. Vincent Lindon, bien entendu [1]. Avant cela, l’acteur « se dévoilera dans un documentaire à son image, passionnant portrait en forme d’introspection sur le métier d’acteur et la célébrité, sa vie intérieure angoissée, ses souvenirs d’enfant mal aimé », nous prévient-on sur le site d’Arte. Je crains le pire. Et j’affirme que, dans ce domaine aussi, c’était mieux avant. La preuve : sur Madelen, le site d’archives de l’INA, il est possible de voir et revoir, entre autres choses passionnantes, l’émission Les Monstres sacrés regroupant des extraits d’interviews de Michel Simon, Arletty, Pierre Brasseur, Fernandel, Bourvil (interviewé joyeusement, alors qu’il est en cure à Contrexéville, sous un jet d’eau de source ou lors d’une séance de massage), Michèle Morgan, Jean Gabin, Lino Ventura (entretien risqué : le journaliste interrompt l’acteur en train de dévorer une assiette de charcuterie sur le zinc d’un bistrot), Danielle Darrieux, etc. Quel plaisir d’écouter ces artistes renommés raconter simplement, parfois avec humour, souvent avec pudeur, sans jamais se prendre au sérieux, un souvenir, une rencontre décisive, une anecdote de tournage, une scène de vie, sans se croire obligés de donner ne serait-ce qu’une leçon de morale ou de politique. Mais ça, c’était avant [2]


[1] En 2020, en pleine crise sanitaire, Vincent Lindon a proposé que les plus riches de nos compatriotes contribuent exceptionnellement au redressement de l’économie française et à la lutte contre les inégalités en payant un nouvel impôt baptisé « taxe Jean Valjean ».

[2] Dans un entretien donné récemment à la chaîne Public Sénat, l’acteur Jean-Pierre Daroussin est parvenu à condenser dans une seule phrase toute la morale niaiseuse des artistes gauchisants : « La gauche tend à chercher une morale, une éthique du lien, à considérer qu’une société ne doit pas être faite de ce qui nous sépare mais doit être faite de ce qui nous relie, et donc à chercher des idées et à ne pas rejeter l’autre. » Après avoir entendu ça, histoire de me désinfecter les oreilles, j’ai réécouté Jean Rochefort dans l’émission À voix nue podcastable sur France Culture. Un pur bonheur.    

Quand la langue de Dieu tua l’école algérienne

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Alger, septembre 2023 © AP/SIPA

En décidant, dès son indépendance, que les cours scolaires seraient donnés en arabe classique et non en arabe populaire, l’Algérie a imposé la langue du Coran à tous les élèves. Selon le linguiste Alain Bentolila, l’éducation publique est devenue un outil confessionnel, non un instrument de la liberté de pensée.


À l’aube de son indépendance, l’Algérie choisit l’arabe classique comme langue de l’École, alors même que la langue du peuple (la « DARIJA ») était une langue très différente de l’arabe littéral. La langue du Coran, que l’on voulait être celle de tous les musulmans, fut donc imposée au système scolaire. Affichage religieux et panarabisme furent les ressorts d’une décision qui signa de fait la faillite de ce système. Elle eut en effet deux conséquences désastreuses. La première fut de précipiter des élèves ne parlant que l’arabe dialectal ou le berbère dans une école qui leur parlait un arabe classique qu’aucun d’eux ne comprenait. La seconde conséquence fut encore plus grave ! En choisissant la langue du Coran, on choisit une conception de la lecture qui déniait au lecteur son droit essentiel de compréhension et d’interprétation. Lire le Coran et le savoir par cœur sont en effet deux choses qui sont intimement liées dans la plupart des écoles coraniques (comme l’est d’ailleurs la lecture de la Thora dans les écoles talmudiques). En faisant de l’arabe littéral la langue de l’École algérienne, on dissuada les élèves de se faire leur propre idée d’un texte. On introduisit ainsi dans l’éducation publique une conception confessionnelle de la lecture : la capacité de lire y est donnée d’en haut, elle « tombe » sur l’élève-croyant, comme elle tomba jadis sur le prophète. Elle n’est en aucune façon le fruit d’une conquête, d’un effort personnel, encore moins l’instrument d’une liberté de pensée. Elle est le fruit d’une révélation. Or l’école, dans quelque pays que ce soit, est un lieu d’élévation intellectuelle et non pas celui de la révélation. L’école algérienne, en imposant à son école une langue inconnue de ses propres élèves orienta l’apprentissage de la lecture vers la récitation servile et leur interdit ainsi de questionner et d’interpréter le sens des textes. Le juste respect dû au texte se changea en soumission craintive, au point que la compréhension même devint offense. La juste compréhension fut ainsi exclue de l’Ecole algérienne comme l’exégèse l’était au sein des mosquées. En leur imposant l’arabe littéral, ce ne fut pas une langue nationale que l’on offrit aux petits Algériens comme cadeau d’indépendance, ce fut un nouveau joug qu’on lui imposa : la langue du religieux remplaça celle du colonisateur avec la même conséquence désastreuse pour la formation intellectuelle des petits écoliers. En bref, l’arabe classique acheva le « sale boulot » que le français avait initié : le français avait exclu pendant des décennies une partie importante des petits « indigènes » des voies de la réussite scolaire ; l’arabe du Coran condamna l’idée même d’une école algérienne libératrice. La confusion entre élévation et révélation a ainsi privé les élèves algériens de tout espoir d’émancipation, de toute capacité d’autonomie. Cette confusion priva les fidèles de leur droit d’exégèse et les écoliers de toute possibilité de compréhension singulière.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: France / Algérie: l’escalade

Depuis des dizaines d’années, les responsables algériens ont sciemment évité de cultiver la pensée des enfants comme on cultive un champ pour nourrir les siens. Ils se sont gardés de leur transmettre les valeurs universelles qui leur auraient donné le sens de leur humanité. Ils les ont privés du désir et des moyens d’analyser et de questionner qui leur auraient permis de ne pas s’en laissent conter. Ils les ont ainsi détournés du goût de l’inattendu, de l’incongru et du singulier pour mieux les soumettre à la pensée dominante. Et ces élèves devenus grands se sont enlisés, année après année, dans la connivence, les apparences identitaires, la proximité et le prévisible.    Dans ce pays, sonne chaque jour le glas annonçant la mort du verbe et de la pensée et célébrant l’asservissement des esprits ; dans cette dictature, fut enterrée profondément l’idée même de résistance. Pour une bonne moitié de la population de ce pays « confisqué », le questionnement fertile a été remplacé par la docilité servile, les « mots d’esprit » ont fait place aux « mots d’ordre », le spirituel a cédé devant le rituel et finalement, la soumission intellectuelle et spirituelle est ainsi devenue une forme de vie « acceptable ». Les dictateurs ont eu en effet le champ libre, dès lors qu’ils ont acquis l’assurance qu’une partie suffisamment importante de leur population n’avait plus ni les moyens ni le goût de la résistance intellectuelle. La parole d’État devint « parole d’Évangile » ; elle tomba sur les épaules courbées de citoyens devenus des créatures et non plus des créateurs. Une spiritualité pervertie devint alors le meilleur allié de l’asservissement social et politique. 

David Lynch, un précurseur inclassable

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David Lynch photographié à Oslo en 2010 © BERIT ROALD/NTB SCANPIX/SIPA

Plasticien, réalisateur, scénariste, acteur, photographe, musicien, designer… et adepte de la méditation transcendantale, l’Américain David Lynch vient de nous quitter à l’âge de 78 ans. Il nous laisse une œuvre d’une incroyable richesse et profondeur, ce qui ne manquera pas d’accentuer encore un peu plus le caractère sidéralement vide du reste de la création contemporaine actuelle… 


 « C’est avec un profond regret que nous, sa famille, vous annonçons le décès de l’homme et de l’artiste David Lynch. Nous aimerions avoir un peu d’intimité en ce moment. Il y a un grand trou dans le monde maintenant qu’il n’est plus parmi nous. Mais, comme il se plaisait à le dire, « Gardez un œil sur le beignet et non sur le trou » ». Ce sont par ces mots laconiques que nous apprenions le décès, ce jeudi soir, de cet immense artiste farouchement indépendant et visionnaire, frappé d’emphysème, une maladie entraînant la destruction des alvéoles pulmonaires.

Réalisateur de dix films marquants et inclassables entre 1977 (Eraserhead) et 2006 (Inland Empire), lauréat de la Palme d’or cannoise en 1990 (Sailor et Lula), César du meilleur film étranger en 1982 (Elephant Man) et 2000 (Mulholland Drive), Lion d’or vénitien pour l’ensemble de sa carrière (2006) et Oscar d’honneur, consécration suprême, en 2019, le petit gars timide et réservé du Montana a connu l’un des plus beaux destins du cinéma moderne.  

Déracinement et peinture

Combien d’artistes peuvent-ils se targuer de générer de leur vivant un adjectif caractérisant un style, une ambiance, une atmosphère, reconnaissables entre mille ? « Lynchien » (ou « lynchéen ») permet en effet de caractériser une œuvre culturelle parvenant à transcender la banalité du quotidien, l’« inquiétante étrangeté » chère au Docteur Freud, en faisant délicieusement craquer le vernis social et familier de nos sociétés occidentales tout en nous projetant dans un univers aux frontières de l’étrange, concomitamment onirique, surréaliste, mystérieux ou cauchemardesque…

Après une jeunesse marquée par le déracinement permanant aux quatre coins de son pays en raison d’un papa biologiste au Ministère de l’Agriculture, le rêveur David se passionne tout d’abord pour le dessin et les beaux-arts, ce qui le conduit à entreprendre des études dans ce domaine avec comme ambition de rencontrer son idole, le peintre expressionniste autrichien Oskar Kokoschka. Une connexion qui ne pourra hélas se faire lors d’un voyage européen organisé à la hâte avec son ami Jack Fisk. De retour au pays, le jeune David Lynch a alors l’idée de réaliser des courts-métrages en mettant en mouvement et en situation ses propres peintures avec un important travail sur la sonorisation en post-synchronisation. Ainsi naissent les matériaux hybrides et insolites Six Figures Getting Sick, The Alphabet puis The Grandmother, qui le font connaître auprès des critiques et surtout des investisseurs, disposés à lui octroyer un budget conséquent pour la fabrication de son premier long-métrage en 1977…

Premières déflagrations filmiques

Avec une bourse initiale de 10 000 dollars (qui sera finalement multipliée par 10 et renflouée par le revenu de petits travaux réalisés par l’artiste lui-même), David Lynch mettra cinq ans pour accoucher d’une œuvre unique, dérangeante, inoubliable, sans doute l’un des plus grands chocs de l’Histoire du cinéma. Dans un décor noir et blanc post-expressionniste de chaos industriel et urbain, Eraserhead nous plonge dans la psyché malade d’un couple mal assorti venant de procréer un être difforme proche d’un lapin écorché vif au long cou grêle… Difficile de faire plus glauque et sordide… et pourtant, cet essai filmique expérimental est traversé par de purs moments de poésie et d’élégie. Le film a connuun succès inespéré dans les circuits indépendants new-yorkais sur les créneaux « Midnight Movies », avant de se voir distribué un peu partout dans le pays et a été fortement apprécié par un certain Mel Brooks qui propose à Lynch un projet d’une envergure beaucoup plus importante, Elephant Man, d’après l’incroyable histoire vraie d’un certain John Merrick, victime de plusieurs malformations physiques et génétiques.

Alternant ambiances gothiques, grotesques, horrifiques et mélodramatiques, rendant hommage au séminal Freaks de Tod Browning, Lynch, en état de grâce, réussit le film parfait. Rythmée par d’impressionnantes tonalités musicales, tantôt industrielles, métalliques ou mélancoliques grâce à la géniale utilisation de l’Adagio pour cordes de Samuel Barber, cette histoire d’une incroyable humanité est par ailleurs marquée par l’incroyable performance de l’acteur John Hurt dans le rôle-titre… qui loupa toutefois l’Oscar du meilleur acteur au profit de Robert De Niro avec Raging Bull.  

Le temps était-il déjà venu de se lancer, pour son troisième film seulement, dans une des productions les plus chères et les plus ambitieuses de l’Histoire ? A savoir le défi de « l’adaptation de l’inadaptable » avec le mythique roman écolo-mystico-politico-philosophique Dune de Frank Herbert. Sous la férule encombrante de Dino De Laurentiis, nabab italien millionnaire producteur du projet, Lynch fait ce qu’il peut en répondant surtout à des directives de studio pourtant très éloignées de sa conception de créateur libre et indomptable. Il rebondira en recouvrant une certaine indépendance, toujours pour De Laurentiis, avec le formidable Blue Velvet (1986), étrange thriller «néo-noir» contaminé par de sombres pratiques sexuelles déviantes, ritualisées et fétichisées dans une bourgade pavillonnaire américaine de fausse carte postale. Personne ne pourra oublier la prestation habitée de la comédienne Isabella Rossellini (future épouse de Lynch), rudoyée et sadisée par un Dennis Hopper plus givré et cocaïnomane que jamais !

Consécration cannoise… et Lynch Mania !

Puis arrive la fameuse et inattendue Palme d’or cannoise grâce à Sailor et Lula en 1990, d’après le livre de Barry Gifford, Wild at Heart : the Story of Sailor and Lula. «C’est exactement ce qu’il me fallait à ce moment-là. Le roman et la violence en Amérique se sont amalgamés dans mon esprit et beaucoup de choses ont surgi. C’est une histoire d’amour vraiment moderne dans un monde impitoyable. Un film sur deux êtres qui trouvent l’amour en enfer » révèle alors Lynch qui a le plaisir de retrouver sa muse Laura Dern avec qui il partagera une grande complicité jusqu’à la fin de sa carrière. Ce film sauvage et beau peut également se lire comme une démarcation et une variation hardcore de l’iconique Magicien d’Oz créé par le romancier Lyman Frank Baum en 1900 et adapté une première fois au cinéma par l’illustre Victor Fleming en 1939.

Le début des années 90 est plus que jamais synonyme de « Lynch Mania » avec le lancement interplanétaire d’une nouvelle série télévisée «Twin Peaks», co-écrite avec le romancier et scénariste Mark Frost. Un objet télévisuel non identifié ambitionnant de redéfinir ni plus ni moins les codes et archétypes des poussiéreux soap-opéras. Subjugué, Francis Bouygues, magnat de la construction, propriétaire de TF1 et récent fondateur d’une société de cinéma (CIBY 2000) convainc alors Lynch de réaliser, contre toute attente, une adaptation de la série sur grand écran. Ce sera donc Twin Peaks : Fire Walk With Me, ce feu incandescent qui consume progressivement les habitants de ladite bourgade et continue d’animer la passion créatrice du réalisateur avec une nouvelle égérie, la sulfureuse Sheryl Lee qui reviendra pour la troisième saison de Twin Peaks en 2017 (le très sibyllin et cryptique The Return).

Entre-temps, Lynch retrouvera l’univers alambiqué de Barry Gifford qui lui sied tant pour son extraordinaire Lost Highway (1997), un bad-trip sous acides aux confins de la folie, directement inspiré du retentissant procès médiatique O.J Simpson qui a bouleversé et clivé l’Amérique au mitant de la décennie 90. «O.J était bien coupable de l’atrocité des meurtres qu’il a commis, concède alors Lynch. Or, il a pu continuer à vivre en liberté, voir ses amis, jouer au golf tranquillement, ce qui est proprement hallucinant ! Comment peut réagir l’esprit de cet homme après ces crimes horribles ? Comment l’esprit peut-il se protéger contre ce souvenir, la connaissance de ces faits qui ont réellement existé ? Le fonctionnement du cerveau, y compris dans ce qu’il recèle de plus pervers et pernicieux, est fascinant et m’intéresse au plus haut point !».

Nouveau coup de maître en 2001 avec sans doute son magnum opus, Mulholland Drive, directement financé par ses soutiens français, le groupe Canal+ et Alain Sarde. «Une histoire d’amour dans la cité des rêves». S’inspirant à nouveau du fameux ruban de Moebius, le réalisateur poursuit son obsession consistant à gratter le vernis des conventions normatives et sociales tout en prenant un malin plaisir à faire tomber les masques des hypocrisies et des illusions au cœur de la fabrique à rêves et à cauchemars nommée Hollywood. Ce beau poème métaphorique et labyrinthique sur la « cité des anges foudroyés » est couvert de prix : la mise en scène à Cannes, le César du Meilleur film étranger ainsi que le Meilleur montage aux BAFTA britanniques. Il est par ailleurs régulièrement cité par les médias spécialisés et historiens du cinéma comme faisant partie du TOP 10 des plus grands films de tous les temps !

Vertige et hommage

2006, Inland Empire, la fin du voyage cinématographique avec sans conteste son film le plus exigeant, le plus abscons, celui qui divisera comme jamais la communauté lynchéenne… sans parler des critiques professionnels et du grand public.  

Parvenu au sommet de son art, n’ayant plus rien à prouver, le réalisateur décide alors de lâcher complètement les forces de son inconscient et de confectionner, en roue libre et sans filet, un étrange matériau expérimental, décousu, labyrinthique, comme directement relié aux synapses d’un cerveau malade. Concept à la fois topographique (la dénomination d’une zone métropolitaine excentrée de Los Angeles) et psychanalytique (textuellement, l’empire de l’intériorité, cette zone grise et noire des profondeurs de la psyché humaine), ce véritable OFNI (Objet Filmique Non Identifié) vaut surtout pour la prestation hallucinante de Laura Dern. Une œuvre à redécouvrir sans doute aujourd’hui…

En novembre 2020, plusieurs médias font état d’une série en préparation, désignée sous le titre Wisteria, qui serait écrite et réalisée par Lynch, en collaboration avec la productrice Sabrina S. Sutherland et diffusée sur Netflix… Mais rien ne sera ensuite confirmé.

Dernière surprise… et de taille, Spielberg offre un rôle symbolique et émouvant à Lynch dans son film autobiographique The Fabelmans en 2022. Il y incarne le légendaire réalisateur John Ford, cache-œil de corsaire, casquette de militaire et gros cigare, qui reçoit dans son bureau un tout jeune garçon (Sammy Fabelman, double de Spielberg) fasciné par le monde du septième art et avide de conseils du Maître. Un beau geste rêvant et affichant une filiation nord-américaine idéale en voulant sans doute boucler la boucle de ces créateurs de génie. Seule l’Histoire pourra à présent juger et se prononcer a posteriori sur la place qu’occupera réellement David Lynch… quelque part entre John Ford, Steven Spielberg et d’autres géants. Une chose est certaine, il nous manquera énormément…

Gave parle cash

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Charles Gave © Hannah Assouline

Charles Gave publie Cessez de vous faire avoir, un manuel de gestion de patrimoine accessible et iconoclaste, pour permettre aux épargnants de ne plus avoir de sueurs froides lors des krachs boursiers.


Voilà un livre qui tombe à pic. À l’heure de la violente dégradation des comptes publics et des incertitudes grandissantes sur la viabilité de notre système de retraite, une question se pose plus que jamais aux Français : comment bien placer son argent – ou ce qu’il en reste ?

Non content de diriger, avec son fils Louis, une pépite dans le secteur des analyses économiques (la société Gavekal, basée à Hong Kong et employant 70 personnes), Charles Gave1 a créé récemment, avec sa fille Emmanuelle, l’Institut de l’épargne, qui enseigne à Paris l’art de gérer son portefeuille de manière autonome. Cessez de vous faire avoir est pour ainsi dire le précis de vulgarisation de cette formation. En rupture de stock dès les premiers jours de sa sortie, il a dû être prestement réimprimé.

Émule de Milton Friedman (« Les gouvernements n’apprennent jamais, seuls les gens apprennent ») et de Jean de La Fontaine (« Aide-toi et le ciel t’aidera »), Gave part d’un principe : ne faites confiance ni à l’État ni aux banques ! Puis il passe en revue les grandes catégories de produits financiers qui s’offrent au commun des mortels, à commencer par les obligations, les actions et l’or, dont il décrypte les comportements respectifs en fonction des cycles économiques.

Une fois ces rudiments bien posés, il ne lui reste plus qu’à dispenser sa philosophie patrimoniale, celle d’un « bon père de famille », plus imaginatif toutefois que les gestionnaires d’actifs paresseux qui se bornent aux titres souverains et aux sicav de trésorerie.

La méthode Gave, qui a fait ses preuves, évitera à ses disciples bien des sueurs froides lors des krachs boursiers. Dans les milieux économiques, il existe une expression pour définir cette stratégie : la « réduction de volatilité ». Dans la vie de tous les jours, on parlera de « s’assurer un troisième âge sans nuages ».

Le manuel contient de nombreux graphiques faciles à comprendre, qui illustrent parfaitement les propos d’un auteur tout à la fois franc du collier et pédagogue. Quel que soit son niveau de fortune, on trouvera forcément dans ces pages matière à réflexion. Tout simplement parce que Gave parle cash. Et qu’il n’a pas peur de renverser les totems de l’establishment financier.

Les lecteurs les plus convaincus seront peut-être même séduits par sa proposition de constituer un « portefeuille permanent » à la manière de Harry Browne, qui fut deux fois le candidat du Parti libertarien aux États-Unis (1996 et 2000) et qui recommandait de placer son épargne dans un panier varié d’actifs, composé de valeurs faiblement corrélées les unes par rapport aux autres. Pas de quoi dégager des performances extraordinaires mais, à long terme, le rendement dépasse de façon quasi certaine l’inflation cumulée.

Les Français ont un avantage sur nombre de pays riches : ils épargnent beaucoup. Bien davantage que les Américains, les Britanniques ou les Japonais par exemple. Seulement ils sont très incultes en matière d’investissement – à l’exception de l’achat de la résidence principale. Si son succès se confirme, ce livre réparera peut-être ce fâcheux handicap national.

Cessez de vous faire avoir. Occupez vous de votre épargne !

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  1. Charles Gave est actionnaire de Causeur. ↩︎

Emprisonnement: l’exécution à la peine

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L'ancienne ministre française de la Justice, Christiane Taubira, est photographiée alors qu'elle visite la prison de Saint-Martin-de-Ré, sur l'île de Ré, France le 29 août 2014 © ROBERT/NOSSANT/SIPA

Le collectif Au nom du peuple s’insurge: le taux de peine réellement exécutée en détention s’élèverait à 62%. 38% de la peine est donc en réalité rabotée ou convertie.


Le 24 septembre 2024, Didier Migaud, le Garde des Sceaux fraîchement (et éphémèrement) nommé a honoré de son premier déplacement la prison de la Santé à Paris, dans ce qui semble devenir une tradition depuis son auguste prédécesseur et dont on se demande si c’est une façon maladroite de soutenir l’administration pénitentiaire ou de montrer que les détenus attirent davantage l’intérêt et la sympathie que les fonctionnaires, magistrats et autres auxiliaires de Justice qui se décarcassent chaque jour pour que leur ministre puisse traverser la rue sans être atteint par un coup de couteau mal placé ou une balle perdue par un apprenti narcotrafiquant drogué au Caprisun. Laissons le bénéfice du doute à notre ex-ministre novice et concentrons-nous non pas sur la symbolique de son déplacement mais sur son contenu concret.

Devant la prison de la Santé, Didier Migaud a tenu les propos suivants : « Il faut de l’autorité, il faut de la fermeté, il faut bien évidemment des sanctions mais je crois que le laxisme de la Justice n’existe pas. ». Plus grave : « Le taux d’exécution des peines n’a jamais été aussi élevé en 2023. ». Froncement de sourcil, notre ministre est manifestement soit ignorant des choses de la vie judiciaire, soit désireux d’induire la France entière en erreur. Dans les deux cas, c’est inquiétant. Et de conclure : « Le citoyen peut penser que les sanctions sont insuffisantes [au moins, notre ministre sait lire les sondages. Et il a manifestement un amour immodéré de la liberté d’expression qui le conduit à octroyer au citoyen le droit de penser du mal de la Justice. Tant de mansuétude émeut.]. Il faut aussi de la pédagogie vis-à-vis du citoyen ». PATATRAS ! Le Garde des Sceaux était pourtant si bien parti, comment glisser dans la dernière ligne droite sur cette peau de banane condescendante qu’est la nécessité de la pédagogie. En résumé : le citoyen a le droit de penser MAIS il faut quand même bien lui expliquer qu’il a tort et ensuite il changera d’avis car il aura vu la Lumière de la Vérité (Hosanna, Hosanna !).

Cessons de nous tordre de rire et appliquons les consignes ministérielles à la lettre : éclairons le citoyen sur l’état de l’exécution des peines en France. Attachez vos ceintures, c’est imbuvable et c’est fait exprès, mais vous en sortirez avec des billes pour votre prochain dîner en ville avec le Syndicat de la magistrature et ça, ça n’a pas de prix.

L’emprisonnement ferme représente 12,4% des peines prononcées en 2023[1]

Cette proportion comprend 1 % de peines de réclusion criminelle (prononcées en répression des crimes), le reste concernant les délits. L’emprisonnement avec sursis (sans incarcération) représente 13,7% des peines prononcées. Les amendes représentent 35,8% des peines prononcées à titre principal (les statistiques sont muettes sur la part de l’amende dans le total des condamnations, celle-ci pouvant être prononcée également comme peine complémentaire). Or, les statistiques du ministère de la Justice sur l’exécution de peines ne concernent que les peines d’emprisonnement ferme. Quand Didier Migaud dit que le taux d’exécution des peines n’a jamais été aussi élevé qu’en 2023, il veut en fait dire qu’il a connaissance du taux de l’exécution de moins d’un cinquième des peines mais qu’il est totalement ignorant de l’état de l’exécution de 87,6 % des peines prononcées. Probablement un oubli.

Une peine d’emprisonnement ferme sur cinq n’est pas exécutée un an après son prononcé.

Le taux d’exécution immédiate des peines d’emprisonnement ferme a progressé, passant de 31% en 2017 à 58 % en 2023. Toutefois, en 2023, 21% des peines d’emprisonnement ferme n’étaient toujours pas exécutées un an après leur prononcé. Rassurons-nous, ce taux tombe à 9% cinq ans après le prononcé. Le délai de prescription de la peine délictuelle étant de six ans, on peut donc estimer que seul 1/10e des condamnés à une peine d’emprisonnement ferme n’exécuteront jamais leur peine, en détention ou non. Nous voici rassurés.

Entre 37 et 48 % des peines d’emprisonnement ferme ne sont pas exécutées en détention

En 2023, 49% des peines d’emprisonnement de six mois et moins prononcées ne conduisaient pas à une incarcération du condamné mais à un aménagement de peine à l’audience (26%) ou par le juge d’application des peines (23%). Ces taux étaient légèrement plus faibles pour les peines de plus de six mois (respectivement 26% et 13%), ce qui fait sens compte tenu de l’atténuation de l’obligation d’aménagement une fois le seuil de six mois franchi, voire de l’impossibilité d’aménagement lorsque la peine dépasse les 12 mois. Précisons que l’aménagement d’une peine d’emprisonnement ouvre un champ de possibilités quasi infini : la prison est magiquement transmutée au choix en amende, en travail d’intérêt général ou en détention à domicile sous surveillance électronique… Ainsi, sur la population carcérale, systématiquement présentée comme produit d’un système autoritaire et répressif, 17% des effectifs sont en réalité écroués mais non détenus (donc chez eux avec un bracelet à la cheville et l’interdiction de sortir en boîte de nuit).

A relire: Ami magistrat…

Il est à noter que ce taux de non-exécution en détention est en augmentation puisque l’étude de l’Institut pour la Justice[2] sur l’exécution des peines a établi que sur la période 2016-2020 41% des condamnés à une peine ferme n’étaient jamais incarcérés.
Sacré Didier Migaud, il a probablement oublié de le préciser lors de ce point presse improvisé lors duquel les questions acérées et imprévisibles des journalistes l’ont surpris. On lui pardonne !

Les condamnés détenus sortent en moyenne 38% plus tôt que prévu

Vous nous direz à juste titre, chers citoyens remplis du désir de pédagogie, que 50 à 60% des condamnés à une peine d’emprisonnement ferme sont tout de même incarcérés, ce qui est un bon score compte tenu de l’absence totale d’exigence de résultat qui pèse sur les services publics en général et la Justice en particulier. Encore un petit effort, amis citoyens, le voyage en absurdie n’est pas encore terminé.

Nous parlons donc désormais des peines ne faisant pas l’objet d’un aménagement, ce qui signifie :

1. Qu’elles sont supérieures à un an (donc concernent probablement des faits graves ou un délinquant multirécidiviste)

ou 2. Que la situation du condamné ne permettait pas d’envisager un aménagement (donc il est dangereux, on a tout essayé avec lui, il en est à son quatrième bracelet détruit et il a essayé d’immoler son conseiller d’insertion lors de son dernier suivi). Cela concerne donc les cas les plus graves et désespérés.

Un double mécanisme permet ce qui est poétiquement appelé « l’érosion de la peine » : d’une part, les crédits de réduction de peine, accordés par le juge d’application des peines, permettent d’amputer la peine d’emprisonnement d’une partie de sa durée, pouvant aller jusqu’à la moitié de la peine prononcée et d’autre part, une fois la moitié de la peine exécutable (après réduction) effectuée, le reliquat de peine peut être exécuté hors de la détention, sous la régime de la libération conditionnelle. Dans certains cas, cette libération conditionnelle est même obligatoire une fois atteints les 2/3 de la peine, quels que soient les faits pour lesquels l’individu a été condamné ou son comportement en détention.

Par ailleurs, un an avant que la mi-peine permettant la libération conditionnelle ait été atteinte, une mesure de bracelet électronique ou de semi-liberté probatoire peut être prononcée pour vérifier si la libération conditionnelle est adaptée à la situation du condamné.

Un exemple pour tenter de synthétiser ce gloubi-boulga judiciaire (quand on vous dit que c’est fait exprès) : soit X condamné à une peine de cinq ans et incarcéré. Le juge d’application des peines peut lui accorder des crédits de réduction de peine jusqu’à 30 mois (deux ans et demi). Sur les 30 mois restants, il est libérable conditionnel à mi-peine soit après 15 mois de détention. S’il obtient une mesure probatoire à la libération conditionnelle, il peut être libéré sous bracelet électronique après trois mois.

L’étude de l’IPJ a estimé le taux de la peine réellement exécutée en détention à 62%. 38% de la peine est donc en réalité rabotée ou convertie. La peine est pourtant statistiquement considérée comme exécutée, dans sa forme réduite ou aménagée. Il n’en demeure pas moins que la peine prononcée initialement n’a, elle, jamais été exécutée sous la forme qui était prévue par la juridiction de jugement.

Ce que Didier Migaud a donc voulu dire, c’est qu’après un délai de cinq ans, 12,4 % des peines prononcées étaient exécutées environ 9 fois sur 10, dont une fois sur deux dans une forme autre que celle prévue par le tribunal et sans jamais passer par la case prison. Mais que le citoyen devait se rassurer car les 50% de malchanceux les plus dangereux sont, eux détenus, avec une ristourne de 38% pour fidéliser le client. Beaucoup plus clair, non ?

 2017201820192020202120222023
Exécution des peines d’emprisonnement ferme En %immédiatement31323443485558
après un an73557268727679
Après 5 ansN.R.919292929291
Modalités d’exécution (peines de 6 mois et moins) En %Détention à l’audience    222424
Détention après audience    322826
Aménagement à l’audience    162226
Aménagement JAP    312623
Modalités d’exécution (peines de plus de 6 mois) En %Détention à l’audience    434444
Détention après audience    201716
Aménagement à l’audience    162226
Aménagement JAP    191513

[1] L’ensemble des chiffres cité est issu des publications du ministère de la Justice annuellement « Références Statistiques Justice », consultables librement : https://www.justice.gouv.fr/documentation/etudes-statistiques

[2] https://www.institutpourlajustice.org/dossiers/peines-de-prison-ferme-quelle-execution/

Kibboutzim: ils auront leur haine

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Commémoration des victimes du massacre du 7 octobre 2023 lors d’un événement à Re’im, Israël, 28 novembre 2023 © AP Photo/Ohad Zwigenberg)/SIPA

Le 7-Octobre a tourné la page du pacifisme israélien. Ceux qui défendaient par conviction la cause palestinienne défendent aujourd’hui par devoir les frontières d’Israël. La peur, la défiance et l’accoutumance à la guerre dictent le quotidien des kibboutz situés en première ligne, au nord comme au sud. Reportage.


Pour cause de frappe iranienne, l’arrivée en Israël fut plus tourmentée que six mois auparavant. Escale à Chypre, pluie de feu au-dessus de Jérusalem, atterrissage en Jordanie au cœur de la nuit, fin du périple par la route. Et l’application signalant les intrusions de missiles, de roquettes ou de drones qui égrène, tout au long du trajet, son maudit chapelet…

À Tel-Aviv, la colère gronde dans la rue. Sur une place de la ville, la foule s’est massée pour réclamer la paix et la libération des otages. « La haine engendre la haine », crie une manifestante. On se rapproche.

« Poursuivre la guerre n’est pas une solution, lance-t-elle.

— Oui mais quelle solution alors ? lui objecte-t-on.

— En tout cas pas la solution de Nétanyahou. Il a laissé prospérer le Hamas pendant des années en pensant que c’était le meilleur moyen d’empêcher la création d’un pays palestinien. Mais qui a dit qu’un pays palestinien était une mauvaise idée ? »

En Israël, tout le monde ne partage pas cette ligne iréniste. Depuis le massacre du 7 octobre, qui a eu lieu au sud de l’État hébreu, et les 25 roquettes lancées quotidiennement depuis le Liban, dès le lendemain, sur le nord d’Israël, beaucoup ne croient plus dans la main tendue.

Rendez-vous avec Yoël, 38 ans. Un « modéré » né dans le kibboutz Yehiam, à 9 kilomètres de la frontière entre Israël et le Liban, où il vit avec sa femme et leur fils.

Acteur de profession, il a mis en pause ses projets parisiens à cause du Covid, puis de la guerre. Son père fut un temps le secrétaire général international du Mapam, un parti à l’origine marxiste qui a fusionné en 1992 avec d’autres formations israéliennes progressistes pour constituer le Meretz, le « camp de la paix », favorable à une solution à deux États et donc au retrait des territoires occupés.

« Quand j’étais enfant, avant les accords d’Oslo, mon père disait qu’il fallait parler avec le Fatah, se souvient Yoël. Beaucoup de gens lui rétorquaient : “Mais tu es fou. Parler avec qui ? Avec des terroristes ?”

— Vous partagez le sentiment de votre père ?

— On a défendu longtemps cette idée… Les extrémistes disaient tout le temps : ils veulent tous nous tuer. Mais nous, on ne voulait pas écouter, on ne voulait pas entendre ça. On disait non, ils disent ça mais en fait ils préfèrent mieux diriger la bande de Gaza plutôt que nous tuer, c’est n’importe quoi. Aujourd’hui, on entrevoit que ce n’est pas n’importe quoi finalement… »

Yoël fait partie de ces Israéliens qui ont longtemps cru à une coexistence heureuse avec les Palestiniens. Comme les kibboutzniks au sud du pays, qui, avant le 7-Octobre, aidaient volontiers les Gazaouis, les emmenaient à l’hôpital, leur donnaient du travail.

« Ces Israéliens aimaient sincèrement vivre auprès des Arabes, rappelle Yoël. Sauf que ce sont les mêmes Arabes qui les ont massacrés dans leur lit ou ont laissé entrer ceux qui l’ont fait.

— À quoi votre vie quotidienne ressemble-t-elle depuis ce jour-là ?

— Au début, je me suis demandé s’il ne fallait pas partir. On a un enfant et ma femme, originaire d’une région plus calme, avait un peu peur. On a même pensé s’installer dans le centre du pays, où c’est moins dangereux. Et puis on a repris petit à petit confiance. Finalement on est restés.

— Que faites-vous lorsqu’il y a une alerte aérienne ?

— Il n’y a pas d’abri dans notre maison, c’est une construction ancienne. On se réfugie dans un petit couloir au milieu du bâtiment et on attend, en espérant que ça ne nous tombe pas sur la tête. Mais nous avons confiance dans le Dôme de fer. D’ailleurs, on a pris une certaine habitude maintenant. Même quand il y a des “boums” partout autour de nous, on continue la conversation. »

Chez tout Israélien, l’ombre du soldat n’est jamais loin. Yoël a combattu en 2006 au Liban, dans une unité d’infanterie. À présent il est réserviste. Il a rejoint son bataillon au Nord il y a deux mois mais a dû rentrer chez lui après s’être cassé le pied. Si l’armée le rappelle, il répondra présent sans hésiter.

« C’est mon devoir, explique-t-il. Je pense souvent à une vidéo qui a fait le tour des réseaux sociaux. C’est un soldat israélien qui l’a filmée peu de temps avant de mourir début octobre sur le front nord. Il y explique qu’il fait la guerre non pas parce qu’il déteste ceux d’en face, mais parce qu’il aime les siens.

— Vous non plus, vous ne détestez pas vos ennemis ?

— C’est pour ça que je fais cette guerre, parce que j’aime ma famille et ma communauté, et que je ne veux pas qu’il leur arrive ce qui est arrivé aux familles des kibboutzim proches de Gaza. Ce déchaînement de haine… Quand j’étais au Liban en 2006, je me souviens d’avoir trouvé un cahier de classe dans la chambre d’un enfant. Il était ouvert sur un exercice consistant à tracer des lignes entre des mots et des images. Les images représentaient des bombes, des mitraillettes, des missiles… Sur la couverture, il y avait une étiquette : “Ali, 6 ans”. Ça m’a bouleversé. Il allait avoir le temps de gagner sa haine, ce n’était pas nécessaire de commencer à 6 ans…

— Justement, ne croyez-vous pas qu’Israël va trop loin et devrait arrêter le conflit maintenant ?

— Ce que veulent Nétanyahou, Nasrallah, Sinouar… La guerre et l’élimination de l’autre. Nous le peuple, nous ne sommes que des pions. S’il y a la guerre, on va à la guerre, on ne se pose pas de questions. Même si on se demande forcément : “Bon, mais après ?” Parce qu’adviendra forcément ce jour. On a une expression pour ça ici : “On se voit à 6 heures, après la guerre !” Or, là, on ne sait pas précisément ce qui est prévu ou même pensé… On a parfois l’impression d’une fuite en avant.

— Tsahal a quand même des buts de guerre précis ?

— Pour le moment, l’objectif est de tirer sur la corde plus fort que celui d’en face. J’espère qu’à ce jeu-là l’armée israélienne affaiblira le Hezbollah pour que d’autres groupes, pourquoi pas, puissent prendre le pouvoir au Liban.

— Et pour l’Iran ?

— Oui, aussi. Le vrai problème, c’est l’Iran. C’est fou de penser qu’avant 1979, il y avait une ambassade israélienne à Téhéran. Imaginez la situation dans laquelle on se trouverait si Khomeini n’avait pas réussi sa révolution… »

Le 7 octobre 2023, le Hamas a frappé précisément ceux qui aujourd’hui pourraient le mieux défendre la cause palestinienne. Le 8 octobre 2023, le Hezbollah brisait à son tour la confiance de beaucoup d’Israéliens en lançant des roquettes sur le nord de leur pays.

Début octobre dernier, les soldats de Tsahal ont pénétré en territoire libanais, dévoilant plusieurs tunnels creusés par la milice chiite, dont certains situés juste à côté des positions de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL).

Le non-respect patent de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui, depuis 2006, interdit toute présence armée du Hezbollah dans la zone frontière jusqu’au fleuve Litani, est difficile à pardonner pour les Israéliens. Dans les tunnels, ces derniers auraient découvert les plans d’un projet d’attaque, « Conquête de la Galilée », étonnamment similaire à celui déployé par le Hamas.

Pour la première fois dans l’histoire du pays, les autorités israéliennes ont été contraintes d’évacuer la population de la zone nord, jusqu’à cinq kilomètres sous la frontière. Le kibboutz de Yoël, qui abrite environ 800 habitants, se trouve juste en dessous.

Depuis quelques semaines, la plupart des résidents sont revenus sur place. Seuls quelques-uns ont décidé de déménager définitivement. Yoël n’a pas fait ce choix. On lui en demande la raison. Il répond en des termes imagés : « Si on éteignait tout Israël et qu’on allumait une bougie simplement chez les kibboutzim, on verrait la carte d’Israël. C’est pour ça qu’il est important de vivre sur la frontière. C’est un peu comme si on la gardait. »

Autre enfant des kibboutzim rencontré à Tel-Aviv : Kfir, 37 ans. Il est né à Sasa, à trois kilomètres de la frontière libanaise. Un kibboutz dont les 400 habitants ont tous été évacués, à l’exception d’une petite équipe de surveillance civile qui mène la garde et à laquelle appartient son père.

Kfir a créé une petite société, baptisée « Guru Zuzu », qui organise des ateliers de danse dans les entreprises. Comme Yoël, il a été élevé dans le culte des valeurs collectivistes. Cela se ressent dans son travail. « Mon métier, c’est d’aider les gens à être bien ensemble, résume-t-il. Quand on se regarde bouger les uns avec les autres, ça guérit l’âme et le corps. Mais depuis la guerre j’ai dû revoir le contenu de mes animations, développer quelque chose de plus profond, pour aider les groupes à exprimer leur gratitude, leur joie d’être réunis, de ne pas se retrouver isolés dans la tourmente. »

À l’instar de Yoël, Kfir est également réserviste, plus précisément capitaine dans l’infanterie, avec 120 soldats sous ses ordres. Il peut être mobilisé à tout moment.

« Quand j’étais enfant, mon père n’était pas souvent à la maison parce qu’il appartenait à une unité spéciale et partait combattre dans le Nord, confie-t-il. J’en ai souffert. Alors imaginez à quel point ce sera tragique si je suis appelé au nord pour protéger ma famille. C’est un terrible cercle vicieux…

— Une perspective cruelle mais inéluctable ?

— Hélas. Ce qui se passe dans le Nord n’est pas une guerre contre le Liban, c’est une guerre contre le Hezbollah. Ils n’ont aucune velléité de dialogue, de paix ou de créer quelque chose qui ne soit pas la guerre, la violence ou le crime. Pour moi c’est clair. Donc à partir de là, on prend nos responsabilités.

— Pas d’état d’âme alors ?

— Pas d’état d’âme. Mais une interrogation tout de même. Quelle doit être notre priorité ? Devons-nous nous concentrer sur la destruction de l’ennemi ? Ou sur la libération des 101 otages ? Personnellement, je serai heureux quand je reverrai mon peuple à la maison. Et quand tout sera fini. Nous méritons tous mieux. »

La mère de Kfir, Angelica, d’origine italienne, est comme lui une digne représentante de l’esprit des kibboutzim. C’est une artiste reconnue en Israël. Créatrice et directrice de la Fondation Beresheet LaShalom (« Un début pour la paix »), en Haute Galilée, elle a également ouvert un théâtre, Arcobaleno Arcobaleno (« Arc-en-ciel, arc-en-ciel »), où des jeunes artistes, juifs, arabes, chrétiens, musulmans et druzes, se produisent ensemble dans des spectacles de mime et de danse, et où ils racontent ce qui se passe dans la tête des adolescents vivant par temps de guerre.

Son engagement en faveur du dialogue entre les peuples lui a valu de nombreux prix et même, en 2005, une nomination au Nobel de la paix. Quand Kfir était petit, Angelica lui racontait souvent une histoire. Une ancienne légende juive. Elle se déroule dans un champ d’orge. Un homme aperçoit soudain un petit oiseau couché sur le sol, les ailes ouvertes, qui regarde le ciel. Il lui demande :

« Que fais-tu, petit oiseau ?

— J’ai entendu dire que Dieu veut prendre le ciel et le jeter sur la Terre, alors j’essaie de nous protéger.

— Tu crois que tu vas sauver la Terre en restant là, en te couchant et en ouvrant tes ailes ?

— Je fais de mon mieux, tu sais. »

Le Pen avant Jean-Marie

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Messe pour Jean-Marie Le Pen, église Notre-Dame du Val-de-Grâce, Paris, 16 janvier 2025 © Tom Nicholson/Shutterstock/SIPA

Jean-Marie Le Pen a finalement tiré sa révérence. Il était le dernier dinosaure de la IVème République, une époque politique depuis longtemps oubliée.


Le décès de Jean-Marie Le Pen clôt définitivement la période de l’après-guerre en France. Dernier témoin et acteur de la IVème République, dont il était l’ultime député encore vivant, Le Pen a mis du temps avant de pleinement endosser le costume de Jean-Marie. C’est peut-être cette période de sa vie, qui occupe intégralement le premier tome de ses mémoires sous le titre de Fils de la Nation, qui reste aujourd’hui encore la plus méconnue mais aussi la plus riche d’enseignements pour l’Histoire.

Une force de la nature

Véritable force de la nature, le Menhir avait tout du personnage de romans d’aventure ou de la personnalité du corsaire breton qu’il se plaisait parfois à imiter. Pupille de la nation frappé par le deuil durant la période formatrice de l’adolescence, où son père périt en mer frappé par une mine allemande au large de La Trinité-sur-Mer, ce tempérament rebelle a traversé les époques sans jamais se départir de son opiniâtreté ni d’un penchant naturel pour la transgression. Son ami de jeunesse Claude Chabrol le décrivait d’ailleurs ainsi en 1999, se remémorant leur compagnonnage au sein de la Corpo de droit : « Mais j’étais copain comme cochon avec Le Pen entre, voyons, que je ne dise pas de bêtises, entre 1949 et 1952, à peu près. Hé oui ! C’est marrant : Le Pen, c’était un fout-la-merde magnifique ! Je suis persuadé qu’il y a dans sa démarche une volonté très nette de foutre la merde. Je n’ai jamais été inquiété par le Front national, je sais pas. Mais par lui, non ! Le Pen entrerait là, on se taperait sur l’épaule, quoi, pas de doute ! Bon, faudrait pas qu’il tape trop fort, c’est un type très costaud ! »

Réduire Le Pen au personnage du « trublion » ou de l’anarchiste de droite serait néanmoins faux. Il fut bien plus que ça au cours de ses décennies de vie publique commencées très jeune, puisqu’il fut élu député de Paris à la surprise générale en 1956 à 27 ans, porté par l’élan poujadiste que connaissait alors le pays. Son deuxième de liste était Roger Sauvage, vétéran de l’escadrille Normandie-Niemen. Quelques mois plus tard, Le Pen renommé entre-temps Jean-Marie après que son épouse Pierrette lui conseilla d’adosser à son prénom de baptême Jean une référence mariale susceptible de lui attirer les grâces de la droite catholique, il obtint de l’Assemblée nationale l’autorisation de servir six mois en Algérie. Ainsi naquit la légende. Mais aussi les incompréhensions sur une personnalité dont la mentalité, les opinions et la manière d’être furent bien plus marquées par la génération de la IVème République que par celle qui suivit.

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Jean-Marie Le Pen était un homme de l’après-guerre et de la décolonisation, profondément traumatisé par les évènements d’une période qui a contraint les Français à faire le deuil de « la plus grande France ». Il fut aussi façonné par les « tribuns » et le parlementarisme agressif de sa jeunesse qui était alors ontologique de la République française. Sa proximité avec Jean-Louis Tixier Vignancour, autre figure de la droite anti-gaulliste de la période, jusqu’à appeler à voter Mitterrand contre le général ce qui provoqua la rupture avec son lieutenant Le Pen, ne fut pas que politique mais bien intellectuelle. On pourrait à ce titre emprunter ces mots écrits dans Le Monde après la disparition de ce « ténor des prétoires à la voix de Tolède » et les appliquer à Le Pen : « Quel souvenir gardera la postérité de ce bretteur incorrigible jusqu’à la fin ? Retiendra-t-elle l’« anarchiste de droite » tant de fois décrit et auquel cette appellation convenait si bien parce qu’elle était à ses yeux la plus flatteuse, sinon la plus acceptable ? Ou seulement l’avocat politique si habile dans le sous-entendu, si venimeux dans l’insolence instinctive, comme s’il avait pu être de tous les complots, de toutes les intrigues ? Ou encore l’avocat tout court qui, lui, savait fort bien, sûr d’un talent archireconnu, s’en tenir au classicisme de bon aloi, dès lors qu’il n’éprouvait plus le besoin de céder à ses démons ? »

Anticommunisme et réconciliation nationale

Lorsque le jeune Le Pen s’engage chez les paras afin de participer aux combats algériens, il est alors animé d’un profond sentiment anticommuniste. Il craignait à juste titre la dislocation de l’Empire et l’influence soviétique sur la classe politique française. Traumatisé comme tant d’autres personnes de sa génération par les épisodes atroces de la période de l’épuration, il a aussi vécu l’Indochine et sa perte en tant que correspondant de guerre, où il rencontra Alain Delon qui devint son ami pour la vie. Son engagement algérien s’inscrit donc dans une réflexion géostratégique globale partagée par l’essentiel de la classe politique de la IVème République. Le gouvernement était alors dirigé par le socialiste Guy Mollet, dont le second ministre de l’Intérieur et de la Justice n’était autre qu’un certain François Mitterrand. Jean-Marie Le Pen, aujourd’hui dépeint comme un personnage central de cette guerre, n’était au moment où il partit qu’un exécutant, simple officier subalterne d’une affaire décidée par d’autres.

François Mitterrand à qui il ne fut jamais fait le reproche de son rôle dans cette guerre de son vivant fut pourtant l’homme de la bataille d’Alger mais aussi de la loi d’amnistie et de celle de mars 1956 qui donna tout pouvoir à l’armée en matière de justice sur le sol algérien. Le futur président socialiste a été l’homme du volet politique de la contre-insurrection algérienne, à laquelle a notamment participé Aussaresses ou encore le lieutenant-colonel Galula. C’est lui qui dès 1954 dit à la tribune de l’Assemblée nationale : « La rébellion algérienne ne peut trouver qu’une forme terminale : la guerre. L’Algérie c’est la France ». C’est aussi lui qui autorisa dans ce cadre les exécutions de militants du FLN. Il a refusé de gracier 80% des condamnés à mort dont les dossiers lui furent présentés.

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De fait, la France luttait alors contre un mouvement jugé terroriste et qui avait commis des attentats contre des civils. Il ne s’agissait pas d’une guerre contre un autre pays mais d’un conflit civil localisé à ce moment-là en Algérie et qui menaçait de s’étendre au territoire métropolitain. Jean-Marie Le Pen n’a pas joué un rôle de cette envergure et rien ne dit qu’il participa effectivement au système de « la torture ». Il le conteste dans ses Mémoires, déclarant notamment : « L’armée française revenait d’Indochine. Là-bas, elle avait vu des violences horribles qui passent l’imagination et font paraître l’arrachage d’un ongle pour presque humain (…) Cette horreur, notre mission était d’y mettre fin. Alors, oui, l’armée française a bien pratiqué la question pour obtenir des informations durant la bataille d’Alger, mais les moyens qu’elle y employa furent les moins violents possibles ». Il a aussi dénoncé une « machination politique contre un parti qui avait le vent en poupe », jugeant les accusations « bidons ». Et éminemment paradoxales puisqu’elles sont parties dans les années 1980 de membres du Parti socialiste, mais peut-être avaient-ils accès aux archives secrètes qu’ils avaient eux-mêmes compilées durant les années où ils participaient avec zèle à la guerre !

Attention aux jugements anachroniques

Ce n’est qu’après la Guerre d’Algérie, ou plutôt à son crépuscule, que la mue de Le Pen en Jean-Marie s’acheva. Alors qu’il eut l’opportunité de rejoindre le nouveau pouvoir gaulliste, Le Pen refusa. Excédé par la perte de l’Algérie mais aussi l’abandon des pieds-noirs et des arabes qui ont aidé la France, à l’image de son ami Ahmed Djebbour qu’il fit élire à l’Assemblée nationale sur la liste du Front national des combattants, le « menhir » entra alors dans une errance politique qui dura plus d’une décennie avant que le Front National créé en 1972 ne devienne au milieu des années 1980 une force majeure de la vie politique française.

D’autres n’ont pas eu sa résilience ou son acharnement. Ainsi de Pierre Lagaillarde, fondateur de l’OAS à l’issue de la Semaine des Barricades, qui au terme de son exil renonça à toute activité politique. Pont entre les diverses tendances de la droite anticommuniste d’après-guerre, Jean-Marie Le Pen finit par fédérer les anciens résistants déçus du gaullisme, les poujadistes et d’autres réprouvés parfois plus ou moins présentables autour de son charisme et de sa figure tutélaire. Personnage bien plus contrasté que ce qu’on en dit parfois, il est indissociable de la France de la deuxième moitié du XXIème siècle, dont il fut le bouc-émissaire et le « diable ». Mais n’en était-il pas plutôt la mauvaise conscience et la Sibylle ? L’Histoire jugera.

Mémoires : Fils de la nation

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