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Requiem pour un roi mort à 17 ans

Ressuscitée par l’ensemble musical Los Elementos et le Centre de musique baroque de Versailles, une messe de requiem composée pour les obsèques du roi d’Espagne, Luis 1er de Borbon y Saboya, réapparait trois siècles après sa mort.


Son règne de sept mois et demi fut l’un des plus brefs de l’histoire européenne. Et assurément le plus fugitif de l’histoire de l’Espagne.

Luis de Borbon y Saboya, Louis de Bourbon et de Savoie, roi d’Espagne, roi de Castille, de Léon, d’Aragon, des Deux-Siciles, de Jérusalem, de Navarre, de Grenade, de Tolède, de Valence, de Galice, de Majorque, de Minorque, de Séville, de Cordoue, de Cerdagne, de Corse, de Murcie, de Jaen, d’Algarve, d’Algésire, de Gibraltar, des Îles Canaries, des Indes Orientales et Occidentales, de l’Inde et du continent océanien, archiduc d’Autriche, duc de Bourgogne, de Brabant et de Milan… monta sur le trône de Madrid le 15 janvier 1724 pour mourir de la variole le 31 août de la même année. Il n’avait que 17 ans. Il avait été prénommé Louis, comme son arrière-grand-père, Louis XIV, roi de France et de Navarre. Et il avait Louis XV comme cousin germain. Doublement cousin germain même, puisque son père, Philippe V, le premier des Bourbons à régner sur l’Espagne, était le frère cadet du duc de Bourgogne, père de Louis XV, et sa mère, la reine Marie-Louise de Savoie, la propre sœur de la duchesse de Bourgogne, Marie-Adélaïde de Savoie.

Comme il devait accéder au trône des rois catholiques, en Espagne on l’appela Luis, Luis Primero, qui fut donc durant 229 jours le deuxième des rois espagnols de la maison de Bourbon, le premier à être né à Madrid. Adolescent, il consuma en fêtes un règne forcément insignifiant malgré les intrigues terribles des cours de France et d’Espagne. On lui avait fait épouser en 1721 une sienne cousine, la princesse Louise-Élisabeth d’Orléans, dite Mademoiselle de Montpensier, sacrifiée à la raison d’Etat, enfant du régent de France, Philippe, duc d’Orléans, et d’une fille légitimée de Louis XIV, sa cousine. Une enfant mariée à 12 ans et qui sera reine à 14 ans. Le duc de Saint-Simon, le mémorialiste, qui l’avait accompagnée à Madrid en tant qu’ambassadeur extraordinaire, voulant prendre congé d’elle et lui demandant ses ordres pour ses parents et pour sa grand-mère, Madame, l’épistolière princesse Palatine, ne se vit gratifié pour toute réponse que de trois rots retentissants. Avec sa sœur, Mademoiselle de Beaujolais, qui devait épouser l’infant Carlos, demi-frère de Luis (plus tard lui aussi roi d’Espagne et le plus brillant), la jeune reine sera renvoyée en France sans tambours ni trompettes quelque temps après la mort de son époux. Et Philippe V, qui avait abdiqué en faveur de l’aîné de ses fils après 24 années d’un règne qui lui pesait, dût se résigner à remonter sur le trône où il demeura jusqu’à sa mort en 1746.

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En Espagne, on ne se souvient de Luis 1er que pour la brièveté de son règne : « el reino relampago », le règne éclair. Comme son cousin français, il fut surnommé le Bien Aimé, « el Bien Amado ». Mais à l’inverse de Louis XV, Luis 1er n’aura décidemment pas le temps de se faire détester de ses sujets.

En France, en dehors des historiens et des familiers des cours, plus personne ne connaît aujourd’hui son existence. Et c’est bien ce qui fait de ce concert donné ce 28 janvier au château de Versailles, trois siècles et un an après son avènement, une chose tout à fait extraordinaire : au sein même de la Chapelle des rois de France, on ressuscite, comme surgie des brumes d’un passé oublié, la Messe de Requiem écrite en toute hâte par le maître de la Chapelle des rois d’Espagne, José de Torres y Martinez Bravo (1670-1738). Ce requiem qui célébra en 1724 les obsèques de Don Luis, frêle adolescent inhumé dans le panthéon royal de l’Escurial.

Organiste de renom, compositeur de musique religieuse aussi bien que profane, théoricien, éditeur, José de Torres y Martinez Bavo compte dans l’histoire de la musique espagnole. Il avait été organiste de la Chapelle royale du temps de Charles II, le dernier des Habsbourg d’Espagne et grand-oncle de Philippe V, en avait été expulsé lors des bouleversements survenus avec le changement de dynastie… avant d’y revenir en tant que maître de Chapelle de ce grand amateur de musique que fut le premier Bourbon d’Espagne… et de conserver son poste jusqu’à sa mort.

Certes, la cour de France avait pris le deuil quand parvint à Versailles la nouvelle de la mort du roi d’Espagne. Selon l’usage, toute la noblesse défila en grand deuil devant les souverains et la Chapelle royale accueillit les célébrations saluant la mort d’un Bourbon régnant.

Mais jamais on n’y avait entendu ce Requiem composé pour Louis 1er d’Espagne et c’est là un évènement aussi savoureux que surprenant pour l’historien comme pour l’amateur de musique. En France, berceau des Robertiens, en France devenue République où l’on chassa tour à tour du pouvoir les deux lignées d’Artois et d’Orléans, on entendra un requiem composé pour un roi mort il y a trois siècles dans un pays, l’Espagne, où règnent encore des princes de la maison de Bourbon.   


Requiem pour Louis 1er, roi d’Espagne
Avec les Pages du Centre de musique baroque de Versailles, le Chœur de l’Opéra royal et l’ensemble musical Los Elementos, sous la direction d’Alberto Miguelez Rouco.
Le 28 janvier 2025 à 20h. Chapelle royale du château de Versailles. 01 30 83 78 89 ou www.operaroyal-versailles.fr

Danseuse

Pour 6 avenue George V, son treizième livre, l’écrivain Thomas B. Reverdy tente une expérience : retourner sur les lieux de son enfance…


C’est la nouvelle marotte des éditeurs français. Convier des auteurs à passer une nuit ailleurs que chez eux à la seule fin d’écrire un livre. Les éditions Stock furent les premières à en avoir l’idée. Ma nuit au musée qui existe depuis 2018 propose des textes novateurs, poétiques. Résolument singuliers. Les éditions Flammarion leur emboîtent aujourd’hui le pas avec une collection intitulée Retour chez soi. Après le musée, la maison. Ou presque. Le concept brille par sa simplicité et son efficacité : offrir à des écrivains la possibilité de revenir, des années plus tard dans un lieu de leur enfance ou de leur adolescence.

« Un lieu du passé quitté depuis longtemps mais qui palpite encore dans la mémoire. Le temps d’une journée et d’une nuit, ils en auront, pour eux seuls, les clés. » Première en date : Mazarine Pingeot qui, à cette occasion, pousse à nouveau la porte du 11 quai Branly où elle vécut de neuf à 16 ans avec sa mère et l’ancien président François Mitterrand. Deuxième de la série : Thomas B. Reverdy. Direction le 8ème arrondissement de Paris. Au 6 avenue George V très exactement. C’est là, dans un immeuble cossu, que se trouve le studio de danse classique dans lequel sa mère s’est exercée pendant des années. Tous les samedis entre quatre et 13 ans son fils est allé l’accompagner. « Des milliers d’heures à contempler sans les comprendre les ronds de jambes et les arabesques des danseuses, les pliés, jetés, première, cinquième, dans la musique tonitruante du piano ». Aujourd’hui, alors qu’il s’apprête à fêter ses cinquante ans, l’auteur de La montée des eaux choisit de retourner dans cet ancien gynécée. Un voyage dans le passé dont il est loin de mesurer les conséquences. On ne retourne pas impunément dans son passé. D’ailleurs au moment de franchir le pas, il confie avoir hésité. Cinquante, c’est l’âge qu’avait sa mère lorsqu’elle est morte d’un cancer. « J’entre dans la décennie de sa mort, voilà ». De mort il ne sera pourtant pas question dans ce livre, mais de vie assurément. La vie d’une femme qui rêvait d’être danseuse professionnelle et dû se contenter d’un remplacement dans le ballet réduit de l’Opéra de Paris. Une femme qui ne portait jamais de pantalons. Seulement des jupes et des robes. Une femme dont le parfum l’Heure bleue imprégnait tous les vêtements. Une femme qui fréquentait le Tout Paris des années 50 mais qui finit par s’en lasser. Une femme qui fumait des gitanes à une époque où fumer était encore autorisé.

C’est son portrait que dessine son fils au fil de ses pages tendres et ardentes. Le portrait plein de grâce et de fantaisie d’une femme qui n’en manquait pas. Avec elle Thomas B. Reverdy a voyagé en Espagne, en Italie, « discuté des milliers de fois, des milliers d’heures, lu des pages de livres à voix haute dans des chambres d’hôtel et écouté de la musique en voiture, parlé de politique, d’économie, d’histoire, de philosophie et de littérature ». Avec elle il a appris l’essentiel : que seul l’art et les livres peuvent sauver une vie. Le sien est à son image : fantasque, mélancolique et joyeux.


192 pages. À paraître le 29 janvier 2025

6 avenue George V

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Méfiez-vous des filles riches!

Comme Véronique Sanson a eu sa période américaine, Monsieur Nostalgie, provincial par essence, commence l’année en évoquant un thriller romantique de 1984, se déroulant entre Los Angeles et l’île mexicaine de Cozumel, porté par un slow planétaire de Phil Collins…


Je veux revenir en 1984, au temps béni des romances électriques et d’un monde bipolaire sécurisant, des courses-poursuites en Ferrari 308 et Porsche 911, et des riches brunes incendiaires qui viendront piétiner le cœur des beaux garçons, au soleil couchant. On a beaucoup médit sur les années 1980 ; à tort, on les trouvait vulgaires, dépensières, trop clinquantes et fatalement insincères. Alors que ce fut peut-être la dernière période transparente, limpide, où le capitalisme avançait à visage découvert et où les sentiments ne passaient pas par le prisme du mensonge et de la dissimulation pieuse. Les méchants avaient des têtes de méchants et les gentils, on les savait condamnés, dès les premières minutes. La faiblesse ne pardonnait pas, l’amour n’y résisterait pas.

Mélancolique et démonstratif

Quarante ans après, la globalisation nous a rendus tous, bien timorés et suspicieux, incapables de jouir d’un cocktail alcoolisé, d’une danse cubaine un peu trop rapprochée ou d’une accélération soyeuse sur Mulholland Drive dans un cabriolet débridé de marque allemande. Le pouvoir de l’argent était jadis aphrodisiaque, il est aujourd’hui avilissant, culpabilisant. Les générations à venir, moralisantes et bêcheuses, ne comprendront rien à cette flambe californienne qui a nourri notre imaginaire d’ado campagnard. Notre enfance aura été bercée par la douce tyrannie des blockbusters, et nous en redemandions chaque mercredi après-midi, à la séance de 14 h 00. Je n’ai pas peur d’affirmer qu’Axel Foley (Eddy Murphy) et Martin Riggs (Mel Gibson) ont fait plus pour notre éducation que Jack Lang et le programme commun. Pendant que notre pays se désindustrialisait et se « moralisait », nous avions déjà un pied sur la côte Pacifique, du côté d’American Gigolo et de Beverly Hills.

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Nous avons tellement aimé cette lumière frelatée, ces beautés extatiques et la lâcheté des hommes pour accéder au confort financier, que nous aurions pu demander notre naturalisation. Nous avons été percutés de plein fouet par cette industrie du cinéma qui répondait parfaitement à nos désirs primaires. Déjà, nous bouillonnions dans un hexagone qui ressassait les errements de l’Occupation et s’enthousiasmait pour l’idée européenne. A cette leçon forcée, nous préférions le sucre glace de la ruée vers l’or. Contre toute attente de Taylor Hackford, l’époux actuel d’Helen Mirren, est le film à (re)voir en plein hiver, loin d’une France ingouvernable et titubante. Il donne chaud. Il est mélancolique et démonstratif. Il est poisseux dans ses relations et saturé par un filtre d’angoisse érotique. Les corps en sueur se collent et se décollent au gré de l’intrigue, sur des plages caribéennes ou dans des temples mayas. Il est hautement instructif car nous sommes à l’éclosion du sport-business, des défaites écologistes, des promoteurs corrompus, de la drogue « festive » et d’une dérèglementation outrancière. La mesure n’est plus à l’ordre du jour. Tous les protagonistes trichent et parient sur leur chance de l’emporter, ils se saliront les mains. Contre toute attente propage une onde maléfique et jouissive. Les collines au-dessus de L.A. ne sauveront personne, les élus comme les anonymes. Cet eldorado-là est pourri jusqu’au trognon. Ce film est un remake de La Griffe du passé de Jacques Tourneur avec Robert Mitchum, Jane Greer (au générique des deux versions, elle interprétait la fille dans le premier, elle sera la mère distante dans le second) et Kirk Douglas. L’histoire fonctionne comme un engrenage avec quelques flash-backs, un footballeur sur la touche (Jeff Bridges), l’épaule en écharpe et un genou en vrac, endetté jusqu’au cou et lâché par son équipe, est missionné par un « ami » (James Woods), patron de discothèque et producteur canaille pour retrouver son amante (Rachel Ward) qui lui a donné quelques coups de couteau en guise d’adieu et laissé son chien Sam, de race « esquimau américain ». Tout le monde court après cette jeune femme, tantôt ange perdu, tantôt vamp involontaire qui s’est réfugiée dans cette île mexicaine.

Coups de feu

Il y aura des dérapages, des coups de feu, des morts, des sales types, des avocats véreux et des dessous de table. Le film, bien aidé par la bande-son, notamment le tube Against All odds qui fit des ravages des boums berrichonnes aux duplex de Manhattan et aussi d’autres chansons interprétées par Peter Gabriel ou Kid Creole et ses Coconuts, est une ode à Rachel Ward. Au début, perplexe, car nous ne l’avons pas encore vue, on se demande pourquoi cette fille attise toutes les convoitises. Et puis Rachel apparaît, en maillot une pièce ou en pull trop ample, et là, on est frappé par sa puissance, et chacun de nous cherchera toute sa vie sa Rachel.

1h50. Visible en VOD sur MyCanal

https://vod.canalplus.com/cinema/contre-toute-attente/h/2990471_40099

Rico et Baron: un bœuf dans les nuages

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Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Voilà ce que c’est quand on est romancier ou nouvelliste. On fait vivre ou revivre des personnages, des amis, des méconnus obscurs ou célèbres, puis ils meurent. C’est affreux ; on est triste ; on mélancolise comme un Blondin sans verre ou comme un Kléber Haedens sans sa Caroline. C’est ce qui m’est arrivé avant Noël. Ce n’est guère original, comme beaucoup, je suis triste à cette période de l’année. Je me suis mis à repenser à Michel L., un copain d’école (collège Joliot-Curie, Tergnier, dans l’Aisne), puis de bals (il était un brillant accordéoniste et chanteur ; je m’esquintais les doigts sur ma guitare Elli Sound, copie Gibson SG à cornes de zébu). Cela se passait dans les années soixante-dix. Michel et moi – qui rêvions de rock’n’roll, de Keith Richards, de Brian Jones, d’Al Wilson, de Bob Hite, de Nick Drake et de quelques autres – étions devenus musiciens de bal afin d’acheter nos instruments et d’arrondir nos fins de mois pour dépenser nos francs en buvant des bières Stella ou Porter chez Berto ou au Rimbaud, cafés de Fargniers (Aisne). Les années passèrent ; il devint CRS, quitta la compagnie, puis chemina, erra peut-être. Je devins journaliste dans la presse rock et à L’Aisne Nouvelle. En 1994, lorsque j’appris sa mort, emporté par l’excès de Gauloises sans filtre, tout me revint dans la tronche. J’avais commencé à écrire des bouquins. Il me fallait laisser une trace de ce garçon épatant, généreux, au rire cristallin de peintre italien.

J’écrivis en trois mois Des petits bals sans importance ; Dominique Gaultier et le Dilettante eurent l’amabilité de le publier ; Sempé nous donna une couverture sublime, avec, en fond de l’œuvre, cette affiche qui signifiait qu’il avait tout compris : « Grand bal avec Georges Pouni et ses rythmes. 13-14 juillet, salle Boudot. » Notre orchestre, les Karl Steevens, de Gibercourt, dans l’Aisne (qui sont devenus les Franklin, frères jumeaux, batteur et organiste ?), je le transformais en Hans Eder ; Michel se transforma en Rico. François Angelier rédigea, comme à son habitude, un prière d’insérer doux et sensible : « Rico est là, sous la dalle, mort. Sa binette de gitan dégaine encore un sourire grinçant dans l’ovale sépia qui orne sa tombe. » Sa tombe, j’ai voulu la revoir, avant Noël dernier. J’ai pris ma Twingo et invité ma sauvageonne, mon amoureuse à me suivre ; direction le cimetière de Beautor (Aisne, celle des ALB – Aciérie Laminoirs de Beautor – où Rico travailla, peu avant sa mort). Il faisait froid, humide, presque nuit. Rico était là, sous la dalle. Toujours son sourire ; je me suis mis à lui parler pour que rien ne meure, pour que rien ne s’oublie de toutes ces années mortes ; ces années de cendre et de bière. Ma sauvageonne me regardait.

Il y a quelques jours, Joël C., un saxophoniste-flûtiste d’Eppeville (Somme) avec qui j’avais joué dans son groupe de free-jazz, Koït, à la fin des seventies, passa à son tour à l’Orient éternel des musiciens. Joël, avec ses sandwiches au camembert avec lesquels il empestait tout le lycée Henri-Martin de Saint-Quentin ; Joël, manière d’avant-gardiste à la tête d’Indien, qui découvrait tout avant tout le monde (la musique brésilienne, Soft Machine, etc.), en tout cas avant nous les apprentis musiciens du café des Halles, chez Odette, à Saint-Quentin. Je l’avais baptisé Baron dans mes romans La promesse des navires (Flammarion, 1998) et Les Ombres des Mohicans (Le Rocher, 2023). Dans ce dernier, il faisait de la mobylette bleue comme Brian, le héros de l’histoire. Je vous salue, Rico et Baron ; vous allez vous retrouver, sortir les instruments et faire un bœuf magnifique dans les nuages. Faites chauffer mon ampli Bandmaster Fender ; je ne vais tarder à vous rejoindre.

Des petits bals sans importance

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La promesse des navires

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Les Ombres des Mohicans

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Flacons et déraison

Dry January. Quand les débats sur l’addiction assimilent le vin aux drogues dures, c’est toute une culture française qui se voit remise en question par un puritanisme croissant


Ces temps-ci, les télévisions et radios ne sont pas avares de débats sur le thème de l’addiction. J’ai assisté à quatre de ceux-là en seulement quelques jours (sur BFM, RTL, France 2 et Slate). Chaque fois, après avoir ciblé la drogue proprement dite, la mise en accusation dérive sur l’alcool, le vin en particulier, qui, au prix d’un amalgame assez surprenant, se trouve de ce fait placé sur le même plan que le haschich, la coke ou l’héroïne. Curieuse association, en réalité.

Bien sûr, il n’est nullement question ici de nier les ravages que l’abus répété d’alcool peut générer. Il s’agit seulement de relever quelques fortes différences malheureusement passées sous silence dans les débats que j’ai suivis. Première différence, l’addiction aux drogues repose sur un délit, la circulation, le commerce et la consommation de ces substances étant illégaux. Interdit juridique qui ne frappe pas – du moins pas encore – le beaujolais ou le bas armagnac. Deuxième distinction, et de taille, l’argent mis dans la dose de came alimente un circuit qui n’a absolument rien à voir avec la paisible, la débonnaire filière vinicole française.Les éventuels différends entre vignerons d’Alsace ou d’ailleurs se règlent rarement, en effet, à la kalachnikov, et les contrats passés portent davantage, à ma connaissance, sur le volume d’hectos que sur la tête du concurrent.

Enfin, et peut-être surtout, l’amalgame évoqué évacue volontairement la puissante empreinte culturelle, civilisationnelle que portent chez nous le vin et ses dérivés. « Le vin est senti par la nation française comme un bien qui lui est propre, écrit Roland Barthes lui-même dans Mythologies. C’est une boisson-totem. » Et donc à appréhender comme telle. L’assimiler sans nuances à des saloperies d’importation criminelle revient donc à s’en prendre à une part non négligeable de notre culture. Mais peut-être bien est-ce là l’arrière-pensée de ces puritains de plateau si enclins à fourrer leur nez dans nos flacons ?

Justin Trudeau: « Ch’tu un fighter »

En v.f., « je suis un bagarreur ».


Tout « fighter » fût-il, le gouverneur démissionnaire du 51e Etat est la première cible atteinte par Donald Trump (lequel reprend le pouvoir le 20 janvier). Dans la foulée, il a fait proroger jusqu’au 24 mars prochain le parlement canadien (qui « a besoin d’un reset, de se calmer le pompon » [sic], a-t-il ajouté avec sa légendaire éloquence bilingue), afin de laisser au parti libéral du Canada un peu de temps pour choisir un successeur.

De toute manière, il était plus que temps. Depuis des années, le Canada est la risée de la communauté internationale, et voir à sa tête pendant neuf ans un guignol qui n’avait pour bagage politique qu’un nom de famille et une expérience de professeur d’art dramatique (en anglais, bien sûr), d’instructeur de surf des neiges, et de roi du déguisement carnavalesque n’a rien arrangé. « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » est un programme un peu mince, surtout quand on affecte des fonds publics à la création du poste de « représentante spéciale du Canada dans la lutte contre l’islamophobie », dont la titulaire est la propagandiste Amira Elghawaby, contemptrice éprouvée du Québec, surtout laïque.

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Rendons quand même hommage à celui qui a fait de son État le deuxième pays au monde à légaliser le cannabis.

Qui sera donc le prochain proconsul provisoire du Canada? (L’opposition a promis de faire tomber le gouvernement dès la reprise des travaux parlementaires). 

Dommage que la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, passe son tour : cette blondinette sait terroriser du regard les politiciens chinois. Quant à Marc Carney, ex-gouverneur de la banque du Canada et de la banque d’Angleterre, c’est sur une chaîne de télévision… américaine qu’il vient de lancer sa campagne. Il a pour rivale Chrystia Freeland, ex-vice Première ministre et petite-fille de collabo ukrainien.

La route semble donc sans obstacle pour Pierre Poilièvre, chef du parti conservateur du Canada, une version édulcorée de Donald Trump. D’ailleurs, au Canada, État artificiel aux frontières coloniales, tout est comme aux États-Unis, mais en plus « light ».

Roger Scruton ne plaît pas qu’à Viktor Orban…

Inspirant des figures comme Viktor Orban ou Giorgia Meloni, Roger Scruton prouvait que le conservatisme bien dosé n’est pas une idéologie rigide, mais un antidote élégant à toutes les idéologies. Il disparaissait il y a cinq ans.


Tous ceux qui s’intéressent au libéralisme et à la philosophie politique ont lu Roger Scruton ou du moins ont entendu parler de lui. Disparu il y a cinq ans à la suite d’un cancer fulgurant, sa pensée irrigue toutefois de plus en plus les réflexions et les orientations des pouvoirs, et pas seulement ceux qui seraient naturellement accordés avec elle. Sa grande force, me semble-t-il, est de privilégier une sorte de provocation de la mesure, d’élaborer une théorie argumentée du bon sens contre tous les progressismes qui n’ont pour ambition que de battre en brèche ce qui a duré et réussi.

Le conservatisme, antidote à l’idéologie

Eugénie Bastié (Champs Libres dans Le Figaro) ne pouvait pas manquer de se pencher sur cette personnalité singulière ayant su résister à l’air du temps au bénéfice de l’universel de la raison. Ses axes fondamentaux : « critique du multiculturalisme, défenseur de la nation et de la tradition contre l’orgueil de la déconstruction… » sont d’une actualité brûlante et fournissent un exceptionnel vivier aux adeptes d’une vision conservatrice aussi éloignée de la stagnation que des humeurs systématiquement régressives.

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J’apprécie tout particulièrement ce qu’a rappelé Viktor Orban en remettant à Roger Scruton la plus haute distinction hongroise le 3 décembre 2019 : « Comme nous l’avons appris de notre bien-aimé professeur, le conservatisme est tout sauf une idéologie : c’est l’antidote à l’idéologie ». En effet, on entend trop souvent des idéologues de gauche la réplique facile que le libéralisme, l’approche conservatrice, seraient également une idéologie et pâtiraient des mêmes vices que ceux qu’on leur impute.

Il me semble que l’objection décisive qui doit contredire cette tentative de confusion est que l’idéologie, par mission et par principe, est vouée à fuir la réalité en se réfugiant dans l’abstraction des concepts partisans quand le conservatisme s’honore de ne s’appuyer que sur le réel, pour éventuellement en dénoncer les ombres afin de les changer, pour en valider les lumières et donc les sauvegarder.

Amour du foyer

Le même Premier ministre hongrois, louant l’aide apportée par Roger Scruton à la lutte contre le communisme, lui rendait hommage pour n’avoir pas été dupe des dangers des sociétés « ouvertes », constat qu’apparemment l’Union européenne qui ne cesse de cibler le gouvernement hongrois ne partage pas, partant du principe qu’il est toujours facile d’être naïf et généreux sur le dos des peuples.

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Selon Eugénie Bastié, la notion centrale de la pensée de Roger Scruton est l’oikophilie, soit l’amour du foyer. On comprend bien comment à partir de ce concept à la fois humain et civilisationnel, ce grand penseur politique a pu développer des variations essentielles sur la vie en société, l’immigration, les risques du multiculturalisme et les relations internationales. Il est intéressant de noter, sur le plan de la forme, comme l’expression de Roger Scruton s’attache à répudier toute outrance, à publier ses idées et, selon lui, ses évidences, en les présentant tout simplement, par un développement limpide et quasiment irréfutable, comme héritées du réel.

Je compare à la manière dont Jean-Marie Le Pen avait usé de la même argumentation en soulignant qu’il convenait d’abord de s’occuper du prochain plus que du lointain mais son style, son oralité mettaient de l’âpreté là où Roger Scruton nous convainc doucement.

J’ai évoqué à plusieurs reprises Viktor Orban mais une démonstration encore plus éclatante de l’influence bénéfique du philosophe politique Roger Scruton est à faire : il a inspiré à l’évidence François-Xavier Bellamy mais surtout aujourd’hui il guide Giorgia Meloni et Bruno Retailleau. Dans des genres différents, en Italie et en France, deux personnalités – une femme de pouvoir, un ministre exemplaire – qui sortent du lot ! Merci, Roger Scruton !

l'erreur et l'orgueil: penseurs de la gauche moderne

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12 milliardaires en colère

Pour exercer son deuxième mandat, le président élu Donald Trump va s’entourer d’une équipe d’hommes et de femmes fortunés. Si ses détracteurs dénoncent dans ce casting une oligarchie, on ne peut pas s’empêcher de penser que l’indépendance financière de ces nouveaux responsables politiques est, peut-être, la dernière chance des États-Unis de résister au rouleau compresseur du wokisme tout-puissant.


Les États-Unis n’ont jamais porté Karl Marx dans leur cœur. Alors que les écrits du philosophe allemand ont révolutionné la pensée politique sur le continent européen et bien au-delà, l’Amérique a tout fait pour barrer les idées de la lutte des classes et de l’égalité sociale. Pendant de longues années le « Manifeste du parti communiste » a été censuré sur le territoire américain et quasiment interdit durant la période du maccarthysme. Cependant, un siècle et demi après la naissance du marxisme, pendant que la gauche progressiste européenne est devenue, à l’image de LFI de Jean-Luc Mélenchon, un grand corps malade, la droite américaine fait sa révolution. Cette fois-ci, ce sont les forces conservatrices incarnées par des personnalités très riches qui portent, aux yeux de la majorité écrasante des citoyens américains, le message de liberté politique, de bon sens social et de prospérité économique.1

L’image de Donald Trump sur la tribune d’un meeting électoral, poing levé, visage en sang après une tentative échouée de son assassinat restera un symbole puissant de cette révolte : transcrite par le résultat des urnes lors des dernières élections présidentielles avec le vote de 312 grands électeurs (contre 226 pour sa rivale du parti démocrate, Kamala Harris). C’est d’ailleurs, après cette soirée bouleversante du 13 juillet 2024 en Pennsylvanie, qu’Elon Musk, l’homme le plus riche de la planète, a apporté publiquement son soutien au candidat républicain.

Musk, un milliardaire parmi les autres

Le ralliement de l’entrepreneur, lui-même objet des attaques du pouvoir californien, qui l’ont obligé de quitter la Silicon Valley pour le Texas, ne s’est pas seulement résumé pas la somme record de 277 millions de dollars2 pour financer la campagne de Trump. Le réseau social X dont il est propriétaire est devenu la tribune principale pour toutes les personnalités connues et inconnues du grand public, qui n’étaient pas d’accord avec la politique actuelle du gouvernement démocrate. Celle qui, selon eux, a amené leur pays à une crise migratoire sans précèdent, aux fractures sociales et culturelles provoquées par le wokisme inquisitorial et le monde entier quasiment au bord de la Troisième Guerre mondiale. Des évolutions dont les médias mainstream du pays tels le New York Times ou CNN auraient soigneusement ignoré la gravité, à les entendre. Ces derniers préférant porter toute leur attention sur les affaires judiciaires du candidat républicain…

Mais Elon Musk n’est pas l’unique milliardaire à se mettre au service du Donald Trump. Ils sont 12 à qui le 47ᵉ président des États-Unis a proposé un rôle important dans son administration, en signe de reconnaissance de leur précieux support durant sa campagne, mais sans doute également parce qu’il partage avec ces gens la même inquiétude pour le pays.  

Fin stratège, le nouveau locataire de la Maison Blanche a placé ses 12 acolytes pour couvrir pratiquement tous les domaines de la politique américaine. Pour Musk, le président élu a créé un nouveau département de l’efficacité gouvernementale, que le patron de Space X et de Tesla Motors va gérer avec un autre jeune magnat, l’étoile montante du paysage politique du pays Vivek Ramaswamy.  À 39 ans ce dernier a décidé d’abandonner son empire pharmaceutique pour d’abord se présenter aux primaires du Parti républicain en été 2023, avant de devenir l’allié inconditionnel de Trump, en mettant en avant sa formidable éloquence et la vision ‘anti-woke’ de l’Amérique.3

Deux hommes et une femme d’affaires devraient gérer les questions économiques : Scott Bessent comme secrétaire au Trésor, Howard Lutnick en tant que secrétaire au Commerce et Kelly Loeffler – chargée des petites et moyennes entreprises (Small business administration). Linda MacMahon qui, avec son mari a bâti la fortune de 3 milliards de dollars dans le divertissement, serait en tête de l’Éducation nationale et Frank Bisignano, le patron de la plus grande entreprise du FinTech américain Fiserv, prendrait la fonction de commissaire à l’administration de la Sécurité sociale. Pour le domaine régalien de la Défense, Jacob Isaacman, le magnat de l’industrie du paiement, s’apprête à piloter la NASA et Stephan Feinberg (Fonds d’Investissement) s’est vu proposer le poste de secrétaire-adjoint à la Défense. Enfin, le banquier Warren Stephens et le promoteur immobilier Charles Kushner ont été nommés les ambassadeurs des États-Unis respectivement en Grande-Bretagne et en France, pour donner un nouveau souffle à la politique américaine sur la scène internationale.4

La quête de liberté a changé de camp

La richesse cumulée de ces 12 personnalités s’élève à 360 milliards euros, ce qui est plus important que le budget de la France en 2024 (305,1M€). 240 ans après leur création, pour sortir d’une impasse existentielle, les États-Unis font appel aux forces qui incarnent le mieux le rêve américain depuis toujours : la réussite professionnelle accompagnée de la richesse matérielle. Les milliardaires américains sont, en effet, la dernière catégorie des citoyens qui, grâce à leur indépendance financière, peut encore résister à l’étrange agenda politique du parti démocrate. Qui, ivre de la victoire de l’Amérique dans la Guerre Froide s’est senti légitime à déconstruire les fondements millénaires de la civilisation occidentale s’appuyant sur les interdits moraux de la religion chrétienne et la puissance de la pensée libre, que cet ordre spirituel a créé en Europe.

Reste à voir comment la révolution des milliardaires américains va embarquer dans son élan les vieilles démocraties européennes. Quelques tweets de Musk en faveur du parti allemand l’AfD ont déjà bouleversé la dynamique des sondages sur l’intention des votes des électeurs allemands. Le parti classé à l’extrême droite a grimpé à la 2ᵉ place, avec le chiffre record de 22% des suffrages, talonnant ainsi les démocrates-chrétiens de CDU/CSU (30%) et dépassant déjà les sociaux-démocrates du chancelier actuel Olaf Scholz (16%).5 Le programme de l’AfD prévoit, entre autres, de faire sortir l’Allemagne de l’Union européenne, de lancer les déportations massives d’immigrés, de démolir les éoliennes et de réduire au minimum le support militaire à l’Ukraine. Une vision qui tranche radicalement avec les aspirations humanistes de la gauche historique, qu’ont façonné les modèles sociaux de pratiquement tous les pays du Vieux Contient. Oui, le temps de Karl Marx semble être définitivement révolu, même dans son propre pays…


  1. Marx censuré aux États-Unis, Wikipédia ↩︎
  2. Elon Musk investit 277 millions de dollars pour soutenir Trump et les candidats républicains, CBS News ↩︎
  3. 12 milliardaires, Bloomberg ↩︎
  4. Leurs rôles, The Hill  ↩︎
  5. « Remigration », sortie de l’UE… En Allemagne, l’extrême droite déroule son « plan d’avenir » avant les élections, BFM TV ↩︎

Saga Beigbeder

Avec Un homme seul (Grasset, 2025), Frédéric Beigbeder signe l’un de ses meilleurs livres, sinon le meilleur.


Il faut se méfier des enfants qui écrivent. Ils utilisent la nourriture familiale pour muscler leur univers romanesque. Les pères sont souvent sous le feu des projecteurs de nos jours. Ils n’ont pas forcément le beau rôle. L’époque déteste le virilisme et veut en découdre avec le patriarcat. Alors les écrivains, qui sont pour la plupart restés des enfants, car la littérature est le contraire de travailler comme le rappelle Georges Bataille, ouvrent les ordinateurs, fouillent dans les corbeilles, lisent les mails, scrutent l’historique des recherches sur internet, bref, se transforment en commissaire Maigret à la recherche de ce « misérable petit tas de secrets », pour reprendre la formule de Malraux, citée par Frédéric Beigbeder.

Ce père qu’il croyait détester

Disons-le d’entrée de jeu, Un homme seul est sûrement l’un des meilleurs livres de Beigbeder, sinon le meilleur. L’analyse y est pertinente et le style épuré ; la formule claque et l’émotion surgit là où le récit semblait froid comme le granit, surtout au moment d’atteindre les trop courts chapitres 30 et 31, c’est-à-dire de prendre congé de Jean-Michel Beigbeder (1938-2023), père de Frédéric. Il en fait un véritable personnage de roman, à situer à mi-chemin entre Roger Martin du Gard – totalement oublié aujourd’hui – et Ian Fleming : « C’était un Français qui s’est cru Américain alors qu’il était Anglais ». On avait vaguement entendu parler de cet homme à la forte corpulence qui, après de solides études de management à Harvard Business School, avait importé en France le métier de « chasseur de têtes » (executive search), « plaçant » tous les dirigeants du CAC 40 durant cinquante ans. Un homme sans foi, ni loi, en quelque sorte, utilisant des pratiques immorales dans un système réfutant toutes les valeurs suprêmes et les remplaçant par un seul mot d’ordre : faire du fric. Le très lettré – hypokhâgne, khâgne – et habile Jean-Michel n’hésitait pas à débaucher les personnes douées pour les intégrer dans des organigrammes de sociétés prestigieuses. Sa devise : « La guerre économique est la seule dont les déserteurs sont récompensés ». Pas de quoi rendre l’homme sympathique, malgré une trajectoire digne de L’homme pressé, roman électrique de Paul Morand, avec l’hypothèse probable d’avoir été un correspondant de la CIA, c’est-à-dire un « agent » agissant contre les intérêts de la France puisque les Américains ont toujours tenté de déstabiliser notre pays, notamment sous de Gaulle qui connaissait le sens du mot indépendance.

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Père brillant, jouisseur, égoïste, pour ne pas dire narcissique, indifférent surtout à ses deux fils, Charles et Frédéric. Celui qui fut jadis un beau jeune homme au regard ténébreux, cheveux bien coiffés, raie nette sur le côté, est mort totalement ruiné, seul, d’un cancer des voies biliaires, après un lent et irrémédiable délabrement physique dû à la maladie de Parkinson. La mort du vieil homme fut une délivrance. Le fils écrivain raconte : « Vers la fin, dans ma salle de bains de Guéthary, il m’a demandé de lui laver les cheveux. Il s’est mis torse nu, il avait perdu cinquante kilos et sa peau pendait sur son ventre comme de la guimauve dans une fête foraine. Pieds gonflés, sans chevilles. Seins en gants de toilette. Goître moucheté de taches de vieillesse. » L’écrivain ajoute : « Ne rigole pas, tu seras pareil, pauvre con. » Plus loin dans le récit, l’écrivain reconnait avoir été injuste avec lui dans ses livres précédents. « Je l’ai pris pour un salaud qui avait quitté ma mère alors que c’est elle qui l’a largué », confesse-t-il. Il dit encore : « Il n’a jamais réagi car il ne lisait pas mes livres : il les faisait lire à sa compagne, qui ‘’avait bien aimé’’. » Insupportable camouflet. Mais la mort a gommé la rancœur, et l’écrivain a décidé de mener l’enquête sur ce père pas si détestable que ça.

Infernal pensionnat

Françoise Sagan – que Beigbeder aime ; il ne cesse de citer son nom ; c’est bien qu’un écrivain de talent sauve d’un possible oubli un autre écrivain de talent – Sagan, donc, a écrit qu’à neuf ans, on a saisi l’essentiel de la vie. Tout est joué. Alors il convient de déjouer le système pour s’en jouer. Le cauchemar de Jean-Michel a commencé à huit ans, quand il fut mis en pension par ses parents. C’est l’incompréhensible abandon ; c’est l’entrée dans l’enfer des brimades, des coups, des humiliations, et peut-être pire… L’enfer porte un nom, Sorèze, un pensionnat catholique situé dans le Tarn. Incompréhensible, oui, quand on sait que les parents de Jean-Michel ont caché – et sauvé – une famille juive dans leur villa. Alors pourquoi avoir livré leur fils aux « kapos à chapelets » ? Frédéric Beigbeder écrit : « Quoi qu’il en soit, conditionné à la survie solitaire en milieu hostile, son caractère s’est fermé. Jean-Michel est devenu un humain claquemuré. » Son fils est parvenu à l’exfiltrer de cette forteresse invisible. L’écrivain possède des pouvoirs de démiurge. Ne les fréquentez qu’en cas de forte poussée sentimentale.

La fin est bouleversante, dégraissée de tout pathos. Frédéric l’appelle enfin « papa ». On comprend pourquoi quand il nous livre une anecdote que je vous laisse découvrir.

Frédéric Beigbeder avoue encore : « Au ciel, il ne sera plus jamais seul. Je suis heureux pour lui et triste pour moi parce qu’à partir de ce jour, l’homme seul, c’est moi. »

Jean-Michel repose sous une pierre rose de la Rhune, à Guéthary. Une tombe avec vue sur les flots fougueux. Comme Chateaubriand.

Frédéric Beigbeder, Un homme seul, Grasset. 224 pages.

Un homme seul

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Cessez-le-feu et libération des otages: le tweet problématique d’Emmanuel Macron

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Les soutiens habituels d’Israël ont critiqué le message du président français publié le soir de l’annonce de l’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, y voyant une équivalence malvenue entre les souffrances des otages et celles des civils gazaouis. La « pensée complexe » présidentielle, louée par ses admirateurs, n’est peut-être pas adaptée à des messages si courts toujours sujets à interprétation…


Le tweet du président de la République sur un possible cessez-le-feu à Gaza a suscité des réactions vives, notamment en raison de l’absence d’une mention explicite du peuple israélien et du contexte même dans lequel il s’inscrit. Cet oubli, volontaire ou non, ne peut être détaché des conséquences tragiques des attaques terroristes du 7-Octobre, ni des enjeux fondamentaux de ce conflit.

Une ambiguïté choquante

« Après quinze mois de calvaire injustifiable, soulagement immense pour les Gazaouis, espoir pour les otages et leurs familles. Ce soir, mes pensées vont à Ofer et Ohad. L’accord doit être respecté. Les otages, libérés. Les Gazaouis, secourus. Une solution politique doit advenir » écrivait Emmanuel Macron le 15 janvier peu après 21 heures.

Ce message présidentiel, en mettant sur un même plan les victimes israéliennes et les conséquences de la guerre à Gaza, crée un amalgame dérangeant.

Il existe une différence fondamentale entre le pogrom sanglant du 7 octobre — une attaque préméditée contre des civils juifs, accompagnée d’enlèvements, de viols et d’assassinats — et les pertes civiles, bien que tragiques, causées par un conflit armé. En niant cette distinction, le tweet valide indirectement le discours des islamistes qui cherchent à minimiser ou justifier leurs crimes, tout en nourrissant une confusion morale inacceptable.

Le refus de reconnaître les otages juifs comme des esclaves, déshumanisés et captifs d’une barbarie assumée, renforce ce sentiment d’ambiguïté. Même le Hamas a reconnu que la population gazaouie elle-même détient une partie des otages, révélant un fanatisme enraciné et encouragé par des décennies de haine culturelle.

Une politique sans ligne claire

Ce type de communication trahit une incapacité à nommer clairement les responsabilités et à défendre les valeurs démocratiques face à l’islamisme totalitaire.

Où sont les actes forts ? Pourquoi ne pas condamner le terme de « génocide », infondé ici, ou affirmer que la guerre d’Israël contre le Hamas est légitime ? Pourquoi continuer à financer l’UNRWA ou tolérer sur le sol français des discours appelant à l’intifada et au djihad, au mépris des principes républicains ?

Une fracture intérieure

En France, chaque mot du président sur le conflit israélo-palestinien a des répercussions directes. La communauté juive, déjà fragilisée par des décennies d’antisémitisme et des tensions croissantes, mérite un soutien clair.

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Mais ce tweet, en donnant des « gages » implicites à des narratifs islamistes, alimente les discours haineux et renforce un sentiment d’abandon.
Dans les rues de Paris, les appels à l’intifada et les manifestations pro-Hamas témoignent d’une radicalisation inquiétante que les dirigeants n’ont pas su endiguer.

Des réactions vives de nombreuses personnalités des médias et de la communauté juive

Suite aux propos présidentiels, les réactions ne se sont pas fait attendre. La journaliste Céline Pina a déclaré sur X (anciennement Twitter) : « Ce tweet est honteux : au nom de quoi l’évocation des otages doit-elle s’accompagner de gages donnés aux islamistes ? La mort de civils est malheureuse mais il y a une différence entre les horreurs d’un pogrom, la razzia d’esclaves et les cadavres volés qui s’ensuivent et les conséquences d’un bombardement ».  L’avocat Gilles-William Goldnadel a réagi sur son compte Instagram, avant de confirmer ses propos sur C News : « Le tweet d’Emmanuel Macron est tellement inqualifiable, que j’ai du mal à le qualifier. Car cela veut dire que pour les Gazaouis il y a un calvaire, mais pour les otages il n’y en n’a pas ». Du coté des réactions dans la communauté juive, celle du président du B’nai B’rith France, Philippe Meyer, résume le ressenti de beaucoup d’entre nous : « Message pour le moins ambiguë. On aurait aimé lire autre chose du président de la République, d’autres mots, dans un autre ordre. Le « en même-temps » ne justifie pas tout ».

La responsabilité des dirigeants

Les événements tragiques du 7-Octobre rappellent que les islamistes ne font aucune distinction : leur barbarie s’abat sur quiconque n’adhère pas à leur idéologie, comme les Juifs ce jour-là. Face à cette menace, la France se doit de tenir une ligne claire et de refuser tout relativisme.

Ce tweet présidentiel, en diluant la gravité des crimes contre l’humanité commis par le Hamas dans un discours généraliste et politicien, incarne l’impuissance des élites occidentales à affronter les totalitarismes modernes. Ce manque de courage moral pousse les citoyens à chercher refuge dans des figures populistes, bien que leurs solutions soient souvent tout aussi problématiques.

La France doit choisir : défendre Israël, démocratie imparfaite mais légitime, ou céder aux injonctions d’un fanatisme qui menace les valeurs mêmes de l’Occident. Il est temps pour le président de se tenir fermement aux côtés des victimes, de nommer sans détour les responsables, et de montrer que la République ne cédera pas face à l’islamisme ni à ses complices. Le futur de notre société et de nos enfants en dépend.

Requiem pour un roi mort à 17 ans

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Louis, prince des Asturies (détail), par Michel-Ange Houasse, 1717. DR.

Ressuscitée par l’ensemble musical Los Elementos et le Centre de musique baroque de Versailles, une messe de requiem composée pour les obsèques du roi d’Espagne, Luis 1er de Borbon y Saboya, réapparait trois siècles après sa mort.


Son règne de sept mois et demi fut l’un des plus brefs de l’histoire européenne. Et assurément le plus fugitif de l’histoire de l’Espagne.

Luis de Borbon y Saboya, Louis de Bourbon et de Savoie, roi d’Espagne, roi de Castille, de Léon, d’Aragon, des Deux-Siciles, de Jérusalem, de Navarre, de Grenade, de Tolède, de Valence, de Galice, de Majorque, de Minorque, de Séville, de Cordoue, de Cerdagne, de Corse, de Murcie, de Jaen, d’Algarve, d’Algésire, de Gibraltar, des Îles Canaries, des Indes Orientales et Occidentales, de l’Inde et du continent océanien, archiduc d’Autriche, duc de Bourgogne, de Brabant et de Milan… monta sur le trône de Madrid le 15 janvier 1724 pour mourir de la variole le 31 août de la même année. Il n’avait que 17 ans. Il avait été prénommé Louis, comme son arrière-grand-père, Louis XIV, roi de France et de Navarre. Et il avait Louis XV comme cousin germain. Doublement cousin germain même, puisque son père, Philippe V, le premier des Bourbons à régner sur l’Espagne, était le frère cadet du duc de Bourgogne, père de Louis XV, et sa mère, la reine Marie-Louise de Savoie, la propre sœur de la duchesse de Bourgogne, Marie-Adélaïde de Savoie.

Comme il devait accéder au trône des rois catholiques, en Espagne on l’appela Luis, Luis Primero, qui fut donc durant 229 jours le deuxième des rois espagnols de la maison de Bourbon, le premier à être né à Madrid. Adolescent, il consuma en fêtes un règne forcément insignifiant malgré les intrigues terribles des cours de France et d’Espagne. On lui avait fait épouser en 1721 une sienne cousine, la princesse Louise-Élisabeth d’Orléans, dite Mademoiselle de Montpensier, sacrifiée à la raison d’Etat, enfant du régent de France, Philippe, duc d’Orléans, et d’une fille légitimée de Louis XIV, sa cousine. Une enfant mariée à 12 ans et qui sera reine à 14 ans. Le duc de Saint-Simon, le mémorialiste, qui l’avait accompagnée à Madrid en tant qu’ambassadeur extraordinaire, voulant prendre congé d’elle et lui demandant ses ordres pour ses parents et pour sa grand-mère, Madame, l’épistolière princesse Palatine, ne se vit gratifié pour toute réponse que de trois rots retentissants. Avec sa sœur, Mademoiselle de Beaujolais, qui devait épouser l’infant Carlos, demi-frère de Luis (plus tard lui aussi roi d’Espagne et le plus brillant), la jeune reine sera renvoyée en France sans tambours ni trompettes quelque temps après la mort de son époux. Et Philippe V, qui avait abdiqué en faveur de l’aîné de ses fils après 24 années d’un règne qui lui pesait, dût se résigner à remonter sur le trône où il demeura jusqu’à sa mort en 1746.

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En Espagne, on ne se souvient de Luis 1er que pour la brièveté de son règne : « el reino relampago », le règne éclair. Comme son cousin français, il fut surnommé le Bien Aimé, « el Bien Amado ». Mais à l’inverse de Louis XV, Luis 1er n’aura décidemment pas le temps de se faire détester de ses sujets.

En France, en dehors des historiens et des familiers des cours, plus personne ne connaît aujourd’hui son existence. Et c’est bien ce qui fait de ce concert donné ce 28 janvier au château de Versailles, trois siècles et un an après son avènement, une chose tout à fait extraordinaire : au sein même de la Chapelle des rois de France, on ressuscite, comme surgie des brumes d’un passé oublié, la Messe de Requiem écrite en toute hâte par le maître de la Chapelle des rois d’Espagne, José de Torres y Martinez Bravo (1670-1738). Ce requiem qui célébra en 1724 les obsèques de Don Luis, frêle adolescent inhumé dans le panthéon royal de l’Escurial.

Organiste de renom, compositeur de musique religieuse aussi bien que profane, théoricien, éditeur, José de Torres y Martinez Bavo compte dans l’histoire de la musique espagnole. Il avait été organiste de la Chapelle royale du temps de Charles II, le dernier des Habsbourg d’Espagne et grand-oncle de Philippe V, en avait été expulsé lors des bouleversements survenus avec le changement de dynastie… avant d’y revenir en tant que maître de Chapelle de ce grand amateur de musique que fut le premier Bourbon d’Espagne… et de conserver son poste jusqu’à sa mort.

Certes, la cour de France avait pris le deuil quand parvint à Versailles la nouvelle de la mort du roi d’Espagne. Selon l’usage, toute la noblesse défila en grand deuil devant les souverains et la Chapelle royale accueillit les célébrations saluant la mort d’un Bourbon régnant.

Mais jamais on n’y avait entendu ce Requiem composé pour Louis 1er d’Espagne et c’est là un évènement aussi savoureux que surprenant pour l’historien comme pour l’amateur de musique. En France, berceau des Robertiens, en France devenue République où l’on chassa tour à tour du pouvoir les deux lignées d’Artois et d’Orléans, on entendra un requiem composé pour un roi mort il y a trois siècles dans un pays, l’Espagne, où règnent encore des princes de la maison de Bourbon.   


Requiem pour Louis 1er, roi d’Espagne
Avec les Pages du Centre de musique baroque de Versailles, le Chœur de l’Opéra royal et l’ensemble musical Los Elementos, sous la direction d’Alberto Miguelez Rouco.
Le 28 janvier 2025 à 20h. Chapelle royale du château de Versailles. 01 30 83 78 89 ou www.operaroyal-versailles.fr

Danseuse

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Thomas B. Reverdy devant le 6 avenue George V © Quentin Houdas, Éditions Flammarion

Pour 6 avenue George V, son treizième livre, l’écrivain Thomas B. Reverdy tente une expérience : retourner sur les lieux de son enfance…


C’est la nouvelle marotte des éditeurs français. Convier des auteurs à passer une nuit ailleurs que chez eux à la seule fin d’écrire un livre. Les éditions Stock furent les premières à en avoir l’idée. Ma nuit au musée qui existe depuis 2018 propose des textes novateurs, poétiques. Résolument singuliers. Les éditions Flammarion leur emboîtent aujourd’hui le pas avec une collection intitulée Retour chez soi. Après le musée, la maison. Ou presque. Le concept brille par sa simplicité et son efficacité : offrir à des écrivains la possibilité de revenir, des années plus tard dans un lieu de leur enfance ou de leur adolescence.

« Un lieu du passé quitté depuis longtemps mais qui palpite encore dans la mémoire. Le temps d’une journée et d’une nuit, ils en auront, pour eux seuls, les clés. » Première en date : Mazarine Pingeot qui, à cette occasion, pousse à nouveau la porte du 11 quai Branly où elle vécut de neuf à 16 ans avec sa mère et l’ancien président François Mitterrand. Deuxième de la série : Thomas B. Reverdy. Direction le 8ème arrondissement de Paris. Au 6 avenue George V très exactement. C’est là, dans un immeuble cossu, que se trouve le studio de danse classique dans lequel sa mère s’est exercée pendant des années. Tous les samedis entre quatre et 13 ans son fils est allé l’accompagner. « Des milliers d’heures à contempler sans les comprendre les ronds de jambes et les arabesques des danseuses, les pliés, jetés, première, cinquième, dans la musique tonitruante du piano ». Aujourd’hui, alors qu’il s’apprête à fêter ses cinquante ans, l’auteur de La montée des eaux choisit de retourner dans cet ancien gynécée. Un voyage dans le passé dont il est loin de mesurer les conséquences. On ne retourne pas impunément dans son passé. D’ailleurs au moment de franchir le pas, il confie avoir hésité. Cinquante, c’est l’âge qu’avait sa mère lorsqu’elle est morte d’un cancer. « J’entre dans la décennie de sa mort, voilà ». De mort il ne sera pourtant pas question dans ce livre, mais de vie assurément. La vie d’une femme qui rêvait d’être danseuse professionnelle et dû se contenter d’un remplacement dans le ballet réduit de l’Opéra de Paris. Une femme qui ne portait jamais de pantalons. Seulement des jupes et des robes. Une femme dont le parfum l’Heure bleue imprégnait tous les vêtements. Une femme qui fréquentait le Tout Paris des années 50 mais qui finit par s’en lasser. Une femme qui fumait des gitanes à une époque où fumer était encore autorisé.

C’est son portrait que dessine son fils au fil de ses pages tendres et ardentes. Le portrait plein de grâce et de fantaisie d’une femme qui n’en manquait pas. Avec elle Thomas B. Reverdy a voyagé en Espagne, en Italie, « discuté des milliers de fois, des milliers d’heures, lu des pages de livres à voix haute dans des chambres d’hôtel et écouté de la musique en voiture, parlé de politique, d’économie, d’histoire, de philosophie et de littérature ». Avec elle il a appris l’essentiel : que seul l’art et les livres peuvent sauver une vie. Le sien est à son image : fantasque, mélancolique et joyeux.


192 pages. À paraître le 29 janvier 2025

6 avenue George V

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Méfiez-vous des filles riches!

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Jeff Bridges et Rachel Ward dans "Contre toute attente" (Against All Odds) de Taylor Hackford, 1984 © WEBER ANITA/SIPA

Comme Véronique Sanson a eu sa période américaine, Monsieur Nostalgie, provincial par essence, commence l’année en évoquant un thriller romantique de 1984, se déroulant entre Los Angeles et l’île mexicaine de Cozumel, porté par un slow planétaire de Phil Collins…


Je veux revenir en 1984, au temps béni des romances électriques et d’un monde bipolaire sécurisant, des courses-poursuites en Ferrari 308 et Porsche 911, et des riches brunes incendiaires qui viendront piétiner le cœur des beaux garçons, au soleil couchant. On a beaucoup médit sur les années 1980 ; à tort, on les trouvait vulgaires, dépensières, trop clinquantes et fatalement insincères. Alors que ce fut peut-être la dernière période transparente, limpide, où le capitalisme avançait à visage découvert et où les sentiments ne passaient pas par le prisme du mensonge et de la dissimulation pieuse. Les méchants avaient des têtes de méchants et les gentils, on les savait condamnés, dès les premières minutes. La faiblesse ne pardonnait pas, l’amour n’y résisterait pas.

Mélancolique et démonstratif

Quarante ans après, la globalisation nous a rendus tous, bien timorés et suspicieux, incapables de jouir d’un cocktail alcoolisé, d’une danse cubaine un peu trop rapprochée ou d’une accélération soyeuse sur Mulholland Drive dans un cabriolet débridé de marque allemande. Le pouvoir de l’argent était jadis aphrodisiaque, il est aujourd’hui avilissant, culpabilisant. Les générations à venir, moralisantes et bêcheuses, ne comprendront rien à cette flambe californienne qui a nourri notre imaginaire d’ado campagnard. Notre enfance aura été bercée par la douce tyrannie des blockbusters, et nous en redemandions chaque mercredi après-midi, à la séance de 14 h 00. Je n’ai pas peur d’affirmer qu’Axel Foley (Eddy Murphy) et Martin Riggs (Mel Gibson) ont fait plus pour notre éducation que Jack Lang et le programme commun. Pendant que notre pays se désindustrialisait et se « moralisait », nous avions déjà un pied sur la côte Pacifique, du côté d’American Gigolo et de Beverly Hills.

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Nous avons tellement aimé cette lumière frelatée, ces beautés extatiques et la lâcheté des hommes pour accéder au confort financier, que nous aurions pu demander notre naturalisation. Nous avons été percutés de plein fouet par cette industrie du cinéma qui répondait parfaitement à nos désirs primaires. Déjà, nous bouillonnions dans un hexagone qui ressassait les errements de l’Occupation et s’enthousiasmait pour l’idée européenne. A cette leçon forcée, nous préférions le sucre glace de la ruée vers l’or. Contre toute attente de Taylor Hackford, l’époux actuel d’Helen Mirren, est le film à (re)voir en plein hiver, loin d’une France ingouvernable et titubante. Il donne chaud. Il est mélancolique et démonstratif. Il est poisseux dans ses relations et saturé par un filtre d’angoisse érotique. Les corps en sueur se collent et se décollent au gré de l’intrigue, sur des plages caribéennes ou dans des temples mayas. Il est hautement instructif car nous sommes à l’éclosion du sport-business, des défaites écologistes, des promoteurs corrompus, de la drogue « festive » et d’une dérèglementation outrancière. La mesure n’est plus à l’ordre du jour. Tous les protagonistes trichent et parient sur leur chance de l’emporter, ils se saliront les mains. Contre toute attente propage une onde maléfique et jouissive. Les collines au-dessus de L.A. ne sauveront personne, les élus comme les anonymes. Cet eldorado-là est pourri jusqu’au trognon. Ce film est un remake de La Griffe du passé de Jacques Tourneur avec Robert Mitchum, Jane Greer (au générique des deux versions, elle interprétait la fille dans le premier, elle sera la mère distante dans le second) et Kirk Douglas. L’histoire fonctionne comme un engrenage avec quelques flash-backs, un footballeur sur la touche (Jeff Bridges), l’épaule en écharpe et un genou en vrac, endetté jusqu’au cou et lâché par son équipe, est missionné par un « ami » (James Woods), patron de discothèque et producteur canaille pour retrouver son amante (Rachel Ward) qui lui a donné quelques coups de couteau en guise d’adieu et laissé son chien Sam, de race « esquimau américain ». Tout le monde court après cette jeune femme, tantôt ange perdu, tantôt vamp involontaire qui s’est réfugiée dans cette île mexicaine.

Coups de feu

Il y aura des dérapages, des coups de feu, des morts, des sales types, des avocats véreux et des dessous de table. Le film, bien aidé par la bande-son, notamment le tube Against All odds qui fit des ravages des boums berrichonnes aux duplex de Manhattan et aussi d’autres chansons interprétées par Peter Gabriel ou Kid Creole et ses Coconuts, est une ode à Rachel Ward. Au début, perplexe, car nous ne l’avons pas encore vue, on se demande pourquoi cette fille attise toutes les convoitises. Et puis Rachel apparaît, en maillot une pièce ou en pull trop ample, et là, on est frappé par sa puissance, et chacun de nous cherchera toute sa vie sa Rachel.

1h50. Visible en VOD sur MyCanal

https://vod.canalplus.com/cinema/contre-toute-attente/h/2990471_40099

Rico et Baron: un bœuf dans les nuages

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DR.

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Voilà ce que c’est quand on est romancier ou nouvelliste. On fait vivre ou revivre des personnages, des amis, des méconnus obscurs ou célèbres, puis ils meurent. C’est affreux ; on est triste ; on mélancolise comme un Blondin sans verre ou comme un Kléber Haedens sans sa Caroline. C’est ce qui m’est arrivé avant Noël. Ce n’est guère original, comme beaucoup, je suis triste à cette période de l’année. Je me suis mis à repenser à Michel L., un copain d’école (collège Joliot-Curie, Tergnier, dans l’Aisne), puis de bals (il était un brillant accordéoniste et chanteur ; je m’esquintais les doigts sur ma guitare Elli Sound, copie Gibson SG à cornes de zébu). Cela se passait dans les années soixante-dix. Michel et moi – qui rêvions de rock’n’roll, de Keith Richards, de Brian Jones, d’Al Wilson, de Bob Hite, de Nick Drake et de quelques autres – étions devenus musiciens de bal afin d’acheter nos instruments et d’arrondir nos fins de mois pour dépenser nos francs en buvant des bières Stella ou Porter chez Berto ou au Rimbaud, cafés de Fargniers (Aisne). Les années passèrent ; il devint CRS, quitta la compagnie, puis chemina, erra peut-être. Je devins journaliste dans la presse rock et à L’Aisne Nouvelle. En 1994, lorsque j’appris sa mort, emporté par l’excès de Gauloises sans filtre, tout me revint dans la tronche. J’avais commencé à écrire des bouquins. Il me fallait laisser une trace de ce garçon épatant, généreux, au rire cristallin de peintre italien.

J’écrivis en trois mois Des petits bals sans importance ; Dominique Gaultier et le Dilettante eurent l’amabilité de le publier ; Sempé nous donna une couverture sublime, avec, en fond de l’œuvre, cette affiche qui signifiait qu’il avait tout compris : « Grand bal avec Georges Pouni et ses rythmes. 13-14 juillet, salle Boudot. » Notre orchestre, les Karl Steevens, de Gibercourt, dans l’Aisne (qui sont devenus les Franklin, frères jumeaux, batteur et organiste ?), je le transformais en Hans Eder ; Michel se transforma en Rico. François Angelier rédigea, comme à son habitude, un prière d’insérer doux et sensible : « Rico est là, sous la dalle, mort. Sa binette de gitan dégaine encore un sourire grinçant dans l’ovale sépia qui orne sa tombe. » Sa tombe, j’ai voulu la revoir, avant Noël dernier. J’ai pris ma Twingo et invité ma sauvageonne, mon amoureuse à me suivre ; direction le cimetière de Beautor (Aisne, celle des ALB – Aciérie Laminoirs de Beautor – où Rico travailla, peu avant sa mort). Il faisait froid, humide, presque nuit. Rico était là, sous la dalle. Toujours son sourire ; je me suis mis à lui parler pour que rien ne meure, pour que rien ne s’oublie de toutes ces années mortes ; ces années de cendre et de bière. Ma sauvageonne me regardait.

Il y a quelques jours, Joël C., un saxophoniste-flûtiste d’Eppeville (Somme) avec qui j’avais joué dans son groupe de free-jazz, Koït, à la fin des seventies, passa à son tour à l’Orient éternel des musiciens. Joël, avec ses sandwiches au camembert avec lesquels il empestait tout le lycée Henri-Martin de Saint-Quentin ; Joël, manière d’avant-gardiste à la tête d’Indien, qui découvrait tout avant tout le monde (la musique brésilienne, Soft Machine, etc.), en tout cas avant nous les apprentis musiciens du café des Halles, chez Odette, à Saint-Quentin. Je l’avais baptisé Baron dans mes romans La promesse des navires (Flammarion, 1998) et Les Ombres des Mohicans (Le Rocher, 2023). Dans ce dernier, il faisait de la mobylette bleue comme Brian, le héros de l’histoire. Je vous salue, Rico et Baron ; vous allez vous retrouver, sortir les instruments et faire un bœuf magnifique dans les nuages. Faites chauffer mon ampli Bandmaster Fender ; je ne vais tarder à vous rejoindre.

Des petits bals sans importance

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La promesse des navires

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Les Ombres des Mohicans

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Flacons et déraison

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© D.R.

Dry January. Quand les débats sur l’addiction assimilent le vin aux drogues dures, c’est toute une culture française qui se voit remise en question par un puritanisme croissant


Ces temps-ci, les télévisions et radios ne sont pas avares de débats sur le thème de l’addiction. J’ai assisté à quatre de ceux-là en seulement quelques jours (sur BFM, RTL, France 2 et Slate). Chaque fois, après avoir ciblé la drogue proprement dite, la mise en accusation dérive sur l’alcool, le vin en particulier, qui, au prix d’un amalgame assez surprenant, se trouve de ce fait placé sur le même plan que le haschich, la coke ou l’héroïne. Curieuse association, en réalité.

Bien sûr, il n’est nullement question ici de nier les ravages que l’abus répété d’alcool peut générer. Il s’agit seulement de relever quelques fortes différences malheureusement passées sous silence dans les débats que j’ai suivis. Première différence, l’addiction aux drogues repose sur un délit, la circulation, le commerce et la consommation de ces substances étant illégaux. Interdit juridique qui ne frappe pas – du moins pas encore – le beaujolais ou le bas armagnac. Deuxième distinction, et de taille, l’argent mis dans la dose de came alimente un circuit qui n’a absolument rien à voir avec la paisible, la débonnaire filière vinicole française.Les éventuels différends entre vignerons d’Alsace ou d’ailleurs se règlent rarement, en effet, à la kalachnikov, et les contrats passés portent davantage, à ma connaissance, sur le volume d’hectos que sur la tête du concurrent.

Enfin, et peut-être surtout, l’amalgame évoqué évacue volontairement la puissante empreinte culturelle, civilisationnelle que portent chez nous le vin et ses dérivés. « Le vin est senti par la nation française comme un bien qui lui est propre, écrit Roland Barthes lui-même dans Mythologies. C’est une boisson-totem. » Et donc à appréhender comme telle. L’assimiler sans nuances à des saloperies d’importation criminelle revient donc à s’en prendre à une part non négligeable de notre culture. Mais peut-être bien est-ce là l’arrière-pensée de ces puritains de plateau si enclins à fourrer leur nez dans nos flacons ?

Justin Trudeau: « Ch’tu un fighter »

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Le très "woke" dirigeant canadien Justin Trudeau annonce son départ, 6 janvier 2025, Ottawa © Adrian Wyld/AP/SIPA

En v.f., « je suis un bagarreur ».


Tout « fighter » fût-il, le gouverneur démissionnaire du 51e Etat est la première cible atteinte par Donald Trump (lequel reprend le pouvoir le 20 janvier). Dans la foulée, il a fait proroger jusqu’au 24 mars prochain le parlement canadien (qui « a besoin d’un reset, de se calmer le pompon » [sic], a-t-il ajouté avec sa légendaire éloquence bilingue), afin de laisser au parti libéral du Canada un peu de temps pour choisir un successeur.

De toute manière, il était plus que temps. Depuis des années, le Canada est la risée de la communauté internationale, et voir à sa tête pendant neuf ans un guignol qui n’avait pour bagage politique qu’un nom de famille et une expérience de professeur d’art dramatique (en anglais, bien sûr), d’instructeur de surf des neiges, et de roi du déguisement carnavalesque n’a rien arrangé. « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » est un programme un peu mince, surtout quand on affecte des fonds publics à la création du poste de « représentante spéciale du Canada dans la lutte contre l’islamophobie », dont la titulaire est la propagandiste Amira Elghawaby, contemptrice éprouvée du Québec, surtout laïque.

A lire aussi: «Surprise ! Ton grand-père est sur la liste des collabos»: le fiasco des archives néerlandaises

Rendons quand même hommage à celui qui a fait de son État le deuxième pays au monde à légaliser le cannabis.

Qui sera donc le prochain proconsul provisoire du Canada? (L’opposition a promis de faire tomber le gouvernement dès la reprise des travaux parlementaires). 

Dommage que la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, passe son tour : cette blondinette sait terroriser du regard les politiciens chinois. Quant à Marc Carney, ex-gouverneur de la banque du Canada et de la banque d’Angleterre, c’est sur une chaîne de télévision… américaine qu’il vient de lancer sa campagne. Il a pour rivale Chrystia Freeland, ex-vice Première ministre et petite-fille de collabo ukrainien.

La route semble donc sans obstacle pour Pierre Poilièvre, chef du parti conservateur du Canada, une version édulcorée de Donald Trump. D’ailleurs, au Canada, État artificiel aux frontières coloniales, tout est comme aux États-Unis, mais en plus « light ».

Roger Scruton ne plaît pas qu’à Viktor Orban…

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Roger Scruton en 2012 © Christopher Jones / Rex/REX/SIPA

Inspirant des figures comme Viktor Orban ou Giorgia Meloni, Roger Scruton prouvait que le conservatisme bien dosé n’est pas une idéologie rigide, mais un antidote élégant à toutes les idéologies. Il disparaissait il y a cinq ans.


Tous ceux qui s’intéressent au libéralisme et à la philosophie politique ont lu Roger Scruton ou du moins ont entendu parler de lui. Disparu il y a cinq ans à la suite d’un cancer fulgurant, sa pensée irrigue toutefois de plus en plus les réflexions et les orientations des pouvoirs, et pas seulement ceux qui seraient naturellement accordés avec elle. Sa grande force, me semble-t-il, est de privilégier une sorte de provocation de la mesure, d’élaborer une théorie argumentée du bon sens contre tous les progressismes qui n’ont pour ambition que de battre en brèche ce qui a duré et réussi.

Le conservatisme, antidote à l’idéologie

Eugénie Bastié (Champs Libres dans Le Figaro) ne pouvait pas manquer de se pencher sur cette personnalité singulière ayant su résister à l’air du temps au bénéfice de l’universel de la raison. Ses axes fondamentaux : « critique du multiculturalisme, défenseur de la nation et de la tradition contre l’orgueil de la déconstruction… » sont d’une actualité brûlante et fournissent un exceptionnel vivier aux adeptes d’une vision conservatrice aussi éloignée de la stagnation que des humeurs systématiquement régressives.

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J’apprécie tout particulièrement ce qu’a rappelé Viktor Orban en remettant à Roger Scruton la plus haute distinction hongroise le 3 décembre 2019 : « Comme nous l’avons appris de notre bien-aimé professeur, le conservatisme est tout sauf une idéologie : c’est l’antidote à l’idéologie ». En effet, on entend trop souvent des idéologues de gauche la réplique facile que le libéralisme, l’approche conservatrice, seraient également une idéologie et pâtiraient des mêmes vices que ceux qu’on leur impute.

Il me semble que l’objection décisive qui doit contredire cette tentative de confusion est que l’idéologie, par mission et par principe, est vouée à fuir la réalité en se réfugiant dans l’abstraction des concepts partisans quand le conservatisme s’honore de ne s’appuyer que sur le réel, pour éventuellement en dénoncer les ombres afin de les changer, pour en valider les lumières et donc les sauvegarder.

Amour du foyer

Le même Premier ministre hongrois, louant l’aide apportée par Roger Scruton à la lutte contre le communisme, lui rendait hommage pour n’avoir pas été dupe des dangers des sociétés « ouvertes », constat qu’apparemment l’Union européenne qui ne cesse de cibler le gouvernement hongrois ne partage pas, partant du principe qu’il est toujours facile d’être naïf et généreux sur le dos des peuples.

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Selon Eugénie Bastié, la notion centrale de la pensée de Roger Scruton est l’oikophilie, soit l’amour du foyer. On comprend bien comment à partir de ce concept à la fois humain et civilisationnel, ce grand penseur politique a pu développer des variations essentielles sur la vie en société, l’immigration, les risques du multiculturalisme et les relations internationales. Il est intéressant de noter, sur le plan de la forme, comme l’expression de Roger Scruton s’attache à répudier toute outrance, à publier ses idées et, selon lui, ses évidences, en les présentant tout simplement, par un développement limpide et quasiment irréfutable, comme héritées du réel.

Je compare à la manière dont Jean-Marie Le Pen avait usé de la même argumentation en soulignant qu’il convenait d’abord de s’occuper du prochain plus que du lointain mais son style, son oralité mettaient de l’âpreté là où Roger Scruton nous convainc doucement.

J’ai évoqué à plusieurs reprises Viktor Orban mais une démonstration encore plus éclatante de l’influence bénéfique du philosophe politique Roger Scruton est à faire : il a inspiré à l’évidence François-Xavier Bellamy mais surtout aujourd’hui il guide Giorgia Meloni et Bruno Retailleau. Dans des genres différents, en Italie et en France, deux personnalités – une femme de pouvoir, un ministre exemplaire – qui sortent du lot ! Merci, Roger Scruton !

l'erreur et l'orgueil: penseurs de la gauche moderne

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12 milliardaires en colère

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Le président de la Chambre des représentants Mike Johnson, R-La., de gauche à droite, marche avec Vivek Ramaswamy et Elon Musk pour une table ronde à propos projet d'efficacité du département du gouvernement du président élu Donald Trump, sur Capitol Hill à Washington, le jeudi 5 décembre 2024 © AP Photo/Jose Luis Magana /DCJL113/24340695028166//2412052102

Pour exercer son deuxième mandat, le président élu Donald Trump va s’entourer d’une équipe d’hommes et de femmes fortunés. Si ses détracteurs dénoncent dans ce casting une oligarchie, on ne peut pas s’empêcher de penser que l’indépendance financière de ces nouveaux responsables politiques est, peut-être, la dernière chance des États-Unis de résister au rouleau compresseur du wokisme tout-puissant.


Les États-Unis n’ont jamais porté Karl Marx dans leur cœur. Alors que les écrits du philosophe allemand ont révolutionné la pensée politique sur le continent européen et bien au-delà, l’Amérique a tout fait pour barrer les idées de la lutte des classes et de l’égalité sociale. Pendant de longues années le « Manifeste du parti communiste » a été censuré sur le territoire américain et quasiment interdit durant la période du maccarthysme. Cependant, un siècle et demi après la naissance du marxisme, pendant que la gauche progressiste européenne est devenue, à l’image de LFI de Jean-Luc Mélenchon, un grand corps malade, la droite américaine fait sa révolution. Cette fois-ci, ce sont les forces conservatrices incarnées par des personnalités très riches qui portent, aux yeux de la majorité écrasante des citoyens américains, le message de liberté politique, de bon sens social et de prospérité économique.1

L’image de Donald Trump sur la tribune d’un meeting électoral, poing levé, visage en sang après une tentative échouée de son assassinat restera un symbole puissant de cette révolte : transcrite par le résultat des urnes lors des dernières élections présidentielles avec le vote de 312 grands électeurs (contre 226 pour sa rivale du parti démocrate, Kamala Harris). C’est d’ailleurs, après cette soirée bouleversante du 13 juillet 2024 en Pennsylvanie, qu’Elon Musk, l’homme le plus riche de la planète, a apporté publiquement son soutien au candidat républicain.

Musk, un milliardaire parmi les autres

Le ralliement de l’entrepreneur, lui-même objet des attaques du pouvoir californien, qui l’ont obligé de quitter la Silicon Valley pour le Texas, ne s’est pas seulement résumé pas la somme record de 277 millions de dollars2 pour financer la campagne de Trump. Le réseau social X dont il est propriétaire est devenu la tribune principale pour toutes les personnalités connues et inconnues du grand public, qui n’étaient pas d’accord avec la politique actuelle du gouvernement démocrate. Celle qui, selon eux, a amené leur pays à une crise migratoire sans précèdent, aux fractures sociales et culturelles provoquées par le wokisme inquisitorial et le monde entier quasiment au bord de la Troisième Guerre mondiale. Des évolutions dont les médias mainstream du pays tels le New York Times ou CNN auraient soigneusement ignoré la gravité, à les entendre. Ces derniers préférant porter toute leur attention sur les affaires judiciaires du candidat républicain…

Mais Elon Musk n’est pas l’unique milliardaire à se mettre au service du Donald Trump. Ils sont 12 à qui le 47ᵉ président des États-Unis a proposé un rôle important dans son administration, en signe de reconnaissance de leur précieux support durant sa campagne, mais sans doute également parce qu’il partage avec ces gens la même inquiétude pour le pays.  

Fin stratège, le nouveau locataire de la Maison Blanche a placé ses 12 acolytes pour couvrir pratiquement tous les domaines de la politique américaine. Pour Musk, le président élu a créé un nouveau département de l’efficacité gouvernementale, que le patron de Space X et de Tesla Motors va gérer avec un autre jeune magnat, l’étoile montante du paysage politique du pays Vivek Ramaswamy.  À 39 ans ce dernier a décidé d’abandonner son empire pharmaceutique pour d’abord se présenter aux primaires du Parti républicain en été 2023, avant de devenir l’allié inconditionnel de Trump, en mettant en avant sa formidable éloquence et la vision ‘anti-woke’ de l’Amérique.3

Deux hommes et une femme d’affaires devraient gérer les questions économiques : Scott Bessent comme secrétaire au Trésor, Howard Lutnick en tant que secrétaire au Commerce et Kelly Loeffler – chargée des petites et moyennes entreprises (Small business administration). Linda MacMahon qui, avec son mari a bâti la fortune de 3 milliards de dollars dans le divertissement, serait en tête de l’Éducation nationale et Frank Bisignano, le patron de la plus grande entreprise du FinTech américain Fiserv, prendrait la fonction de commissaire à l’administration de la Sécurité sociale. Pour le domaine régalien de la Défense, Jacob Isaacman, le magnat de l’industrie du paiement, s’apprête à piloter la NASA et Stephan Feinberg (Fonds d’Investissement) s’est vu proposer le poste de secrétaire-adjoint à la Défense. Enfin, le banquier Warren Stephens et le promoteur immobilier Charles Kushner ont été nommés les ambassadeurs des États-Unis respectivement en Grande-Bretagne et en France, pour donner un nouveau souffle à la politique américaine sur la scène internationale.4

La quête de liberté a changé de camp

La richesse cumulée de ces 12 personnalités s’élève à 360 milliards euros, ce qui est plus important que le budget de la France en 2024 (305,1M€). 240 ans après leur création, pour sortir d’une impasse existentielle, les États-Unis font appel aux forces qui incarnent le mieux le rêve américain depuis toujours : la réussite professionnelle accompagnée de la richesse matérielle. Les milliardaires américains sont, en effet, la dernière catégorie des citoyens qui, grâce à leur indépendance financière, peut encore résister à l’étrange agenda politique du parti démocrate. Qui, ivre de la victoire de l’Amérique dans la Guerre Froide s’est senti légitime à déconstruire les fondements millénaires de la civilisation occidentale s’appuyant sur les interdits moraux de la religion chrétienne et la puissance de la pensée libre, que cet ordre spirituel a créé en Europe.

Reste à voir comment la révolution des milliardaires américains va embarquer dans son élan les vieilles démocraties européennes. Quelques tweets de Musk en faveur du parti allemand l’AfD ont déjà bouleversé la dynamique des sondages sur l’intention des votes des électeurs allemands. Le parti classé à l’extrême droite a grimpé à la 2ᵉ place, avec le chiffre record de 22% des suffrages, talonnant ainsi les démocrates-chrétiens de CDU/CSU (30%) et dépassant déjà les sociaux-démocrates du chancelier actuel Olaf Scholz (16%).5 Le programme de l’AfD prévoit, entre autres, de faire sortir l’Allemagne de l’Union européenne, de lancer les déportations massives d’immigrés, de démolir les éoliennes et de réduire au minimum le support militaire à l’Ukraine. Une vision qui tranche radicalement avec les aspirations humanistes de la gauche historique, qu’ont façonné les modèles sociaux de pratiquement tous les pays du Vieux Contient. Oui, le temps de Karl Marx semble être définitivement révolu, même dans son propre pays…


  1. Marx censuré aux États-Unis, Wikipédia ↩︎
  2. Elon Musk investit 277 millions de dollars pour soutenir Trump et les candidats républicains, CBS News ↩︎
  3. 12 milliardaires, Bloomberg ↩︎
  4. Leurs rôles, The Hill  ↩︎
  5. « Remigration », sortie de l’UE… En Allemagne, l’extrême droite déroule son « plan d’avenir » avant les élections, BFM TV ↩︎

Saga Beigbeder

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Frédéric Beigbeder © Hannah Assouline

Avec Un homme seul (Grasset, 2025), Frédéric Beigbeder signe l’un de ses meilleurs livres, sinon le meilleur.


Il faut se méfier des enfants qui écrivent. Ils utilisent la nourriture familiale pour muscler leur univers romanesque. Les pères sont souvent sous le feu des projecteurs de nos jours. Ils n’ont pas forcément le beau rôle. L’époque déteste le virilisme et veut en découdre avec le patriarcat. Alors les écrivains, qui sont pour la plupart restés des enfants, car la littérature est le contraire de travailler comme le rappelle Georges Bataille, ouvrent les ordinateurs, fouillent dans les corbeilles, lisent les mails, scrutent l’historique des recherches sur internet, bref, se transforment en commissaire Maigret à la recherche de ce « misérable petit tas de secrets », pour reprendre la formule de Malraux, citée par Frédéric Beigbeder.

Ce père qu’il croyait détester

Disons-le d’entrée de jeu, Un homme seul est sûrement l’un des meilleurs livres de Beigbeder, sinon le meilleur. L’analyse y est pertinente et le style épuré ; la formule claque et l’émotion surgit là où le récit semblait froid comme le granit, surtout au moment d’atteindre les trop courts chapitres 30 et 31, c’est-à-dire de prendre congé de Jean-Michel Beigbeder (1938-2023), père de Frédéric. Il en fait un véritable personnage de roman, à situer à mi-chemin entre Roger Martin du Gard – totalement oublié aujourd’hui – et Ian Fleming : « C’était un Français qui s’est cru Américain alors qu’il était Anglais ». On avait vaguement entendu parler de cet homme à la forte corpulence qui, après de solides études de management à Harvard Business School, avait importé en France le métier de « chasseur de têtes » (executive search), « plaçant » tous les dirigeants du CAC 40 durant cinquante ans. Un homme sans foi, ni loi, en quelque sorte, utilisant des pratiques immorales dans un système réfutant toutes les valeurs suprêmes et les remplaçant par un seul mot d’ordre : faire du fric. Le très lettré – hypokhâgne, khâgne – et habile Jean-Michel n’hésitait pas à débaucher les personnes douées pour les intégrer dans des organigrammes de sociétés prestigieuses. Sa devise : « La guerre économique est la seule dont les déserteurs sont récompensés ». Pas de quoi rendre l’homme sympathique, malgré une trajectoire digne de L’homme pressé, roman électrique de Paul Morand, avec l’hypothèse probable d’avoir été un correspondant de la CIA, c’est-à-dire un « agent » agissant contre les intérêts de la France puisque les Américains ont toujours tenté de déstabiliser notre pays, notamment sous de Gaulle qui connaissait le sens du mot indépendance.

A lire aussi: Quand la télé donnait faim!

Père brillant, jouisseur, égoïste, pour ne pas dire narcissique, indifférent surtout à ses deux fils, Charles et Frédéric. Celui qui fut jadis un beau jeune homme au regard ténébreux, cheveux bien coiffés, raie nette sur le côté, est mort totalement ruiné, seul, d’un cancer des voies biliaires, après un lent et irrémédiable délabrement physique dû à la maladie de Parkinson. La mort du vieil homme fut une délivrance. Le fils écrivain raconte : « Vers la fin, dans ma salle de bains de Guéthary, il m’a demandé de lui laver les cheveux. Il s’est mis torse nu, il avait perdu cinquante kilos et sa peau pendait sur son ventre comme de la guimauve dans une fête foraine. Pieds gonflés, sans chevilles. Seins en gants de toilette. Goître moucheté de taches de vieillesse. » L’écrivain ajoute : « Ne rigole pas, tu seras pareil, pauvre con. » Plus loin dans le récit, l’écrivain reconnait avoir été injuste avec lui dans ses livres précédents. « Je l’ai pris pour un salaud qui avait quitté ma mère alors que c’est elle qui l’a largué », confesse-t-il. Il dit encore : « Il n’a jamais réagi car il ne lisait pas mes livres : il les faisait lire à sa compagne, qui ‘’avait bien aimé’’. » Insupportable camouflet. Mais la mort a gommé la rancœur, et l’écrivain a décidé de mener l’enquête sur ce père pas si détestable que ça.

Infernal pensionnat

Françoise Sagan – que Beigbeder aime ; il ne cesse de citer son nom ; c’est bien qu’un écrivain de talent sauve d’un possible oubli un autre écrivain de talent – Sagan, donc, a écrit qu’à neuf ans, on a saisi l’essentiel de la vie. Tout est joué. Alors il convient de déjouer le système pour s’en jouer. Le cauchemar de Jean-Michel a commencé à huit ans, quand il fut mis en pension par ses parents. C’est l’incompréhensible abandon ; c’est l’entrée dans l’enfer des brimades, des coups, des humiliations, et peut-être pire… L’enfer porte un nom, Sorèze, un pensionnat catholique situé dans le Tarn. Incompréhensible, oui, quand on sait que les parents de Jean-Michel ont caché – et sauvé – une famille juive dans leur villa. Alors pourquoi avoir livré leur fils aux « kapos à chapelets » ? Frédéric Beigbeder écrit : « Quoi qu’il en soit, conditionné à la survie solitaire en milieu hostile, son caractère s’est fermé. Jean-Michel est devenu un humain claquemuré. » Son fils est parvenu à l’exfiltrer de cette forteresse invisible. L’écrivain possède des pouvoirs de démiurge. Ne les fréquentez qu’en cas de forte poussée sentimentale.

La fin est bouleversante, dégraissée de tout pathos. Frédéric l’appelle enfin « papa ». On comprend pourquoi quand il nous livre une anecdote que je vous laisse découvrir.

Frédéric Beigbeder avoue encore : « Au ciel, il ne sera plus jamais seul. Je suis heureux pour lui et triste pour moi parce qu’à partir de ce jour, l’homme seul, c’est moi. »

Jean-Michel repose sous une pierre rose de la Rhune, à Guéthary. Une tombe avec vue sur les flots fougueux. Comme Chateaubriand.

Frédéric Beigbeder, Un homme seul, Grasset. 224 pages.

Un homme seul

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Cessez-le-feu et libération des otages: le tweet problématique d’Emmanuel Macron

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Un homme tient une pancarte avec la photo d'Ohad Yahalomi, détenu en otage à Gaza, lors d'une manifestation à Tel Aviv, 14 septembre 2024 © SOPA Images/SIPA

Les soutiens habituels d’Israël ont critiqué le message du président français publié le soir de l’annonce de l’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, y voyant une équivalence malvenue entre les souffrances des otages et celles des civils gazaouis. La « pensée complexe » présidentielle, louée par ses admirateurs, n’est peut-être pas adaptée à des messages si courts toujours sujets à interprétation…


Le tweet du président de la République sur un possible cessez-le-feu à Gaza a suscité des réactions vives, notamment en raison de l’absence d’une mention explicite du peuple israélien et du contexte même dans lequel il s’inscrit. Cet oubli, volontaire ou non, ne peut être détaché des conséquences tragiques des attaques terroristes du 7-Octobre, ni des enjeux fondamentaux de ce conflit.

Une ambiguïté choquante

« Après quinze mois de calvaire injustifiable, soulagement immense pour les Gazaouis, espoir pour les otages et leurs familles. Ce soir, mes pensées vont à Ofer et Ohad. L’accord doit être respecté. Les otages, libérés. Les Gazaouis, secourus. Une solution politique doit advenir » écrivait Emmanuel Macron le 15 janvier peu après 21 heures.

Ce message présidentiel, en mettant sur un même plan les victimes israéliennes et les conséquences de la guerre à Gaza, crée un amalgame dérangeant.

Il existe une différence fondamentale entre le pogrom sanglant du 7 octobre — une attaque préméditée contre des civils juifs, accompagnée d’enlèvements, de viols et d’assassinats — et les pertes civiles, bien que tragiques, causées par un conflit armé. En niant cette distinction, le tweet valide indirectement le discours des islamistes qui cherchent à minimiser ou justifier leurs crimes, tout en nourrissant une confusion morale inacceptable.

Le refus de reconnaître les otages juifs comme des esclaves, déshumanisés et captifs d’une barbarie assumée, renforce ce sentiment d’ambiguïté. Même le Hamas a reconnu que la population gazaouie elle-même détient une partie des otages, révélant un fanatisme enraciné et encouragé par des décennies de haine culturelle.

Une politique sans ligne claire

Ce type de communication trahit une incapacité à nommer clairement les responsabilités et à défendre les valeurs démocratiques face à l’islamisme totalitaire.

Où sont les actes forts ? Pourquoi ne pas condamner le terme de « génocide », infondé ici, ou affirmer que la guerre d’Israël contre le Hamas est légitime ? Pourquoi continuer à financer l’UNRWA ou tolérer sur le sol français des discours appelant à l’intifada et au djihad, au mépris des principes républicains ?

Une fracture intérieure

En France, chaque mot du président sur le conflit israélo-palestinien a des répercussions directes. La communauté juive, déjà fragilisée par des décennies d’antisémitisme et des tensions croissantes, mérite un soutien clair.

A lire aussi: Kibboutzim: ils auront leur haine

Mais ce tweet, en donnant des « gages » implicites à des narratifs islamistes, alimente les discours haineux et renforce un sentiment d’abandon.
Dans les rues de Paris, les appels à l’intifada et les manifestations pro-Hamas témoignent d’une radicalisation inquiétante que les dirigeants n’ont pas su endiguer.

Des réactions vives de nombreuses personnalités des médias et de la communauté juive

Suite aux propos présidentiels, les réactions ne se sont pas fait attendre. La journaliste Céline Pina a déclaré sur X (anciennement Twitter) : « Ce tweet est honteux : au nom de quoi l’évocation des otages doit-elle s’accompagner de gages donnés aux islamistes ? La mort de civils est malheureuse mais il y a une différence entre les horreurs d’un pogrom, la razzia d’esclaves et les cadavres volés qui s’ensuivent et les conséquences d’un bombardement ».  L’avocat Gilles-William Goldnadel a réagi sur son compte Instagram, avant de confirmer ses propos sur C News : « Le tweet d’Emmanuel Macron est tellement inqualifiable, que j’ai du mal à le qualifier. Car cela veut dire que pour les Gazaouis il y a un calvaire, mais pour les otages il n’y en n’a pas ». Du coté des réactions dans la communauté juive, celle du président du B’nai B’rith France, Philippe Meyer, résume le ressenti de beaucoup d’entre nous : « Message pour le moins ambiguë. On aurait aimé lire autre chose du président de la République, d’autres mots, dans un autre ordre. Le « en même-temps » ne justifie pas tout ».

La responsabilité des dirigeants

Les événements tragiques du 7-Octobre rappellent que les islamistes ne font aucune distinction : leur barbarie s’abat sur quiconque n’adhère pas à leur idéologie, comme les Juifs ce jour-là. Face à cette menace, la France se doit de tenir une ligne claire et de refuser tout relativisme.

Ce tweet présidentiel, en diluant la gravité des crimes contre l’humanité commis par le Hamas dans un discours généraliste et politicien, incarne l’impuissance des élites occidentales à affronter les totalitarismes modernes. Ce manque de courage moral pousse les citoyens à chercher refuge dans des figures populistes, bien que leurs solutions soient souvent tout aussi problématiques.

La France doit choisir : défendre Israël, démocratie imparfaite mais légitime, ou céder aux injonctions d’un fanatisme qui menace les valeurs mêmes de l’Occident. Il est temps pour le président de se tenir fermement aux côtés des victimes, de nommer sans détour les responsables, et de montrer que la République ne cédera pas face à l’islamisme ni à ses complices. Le futur de notre société et de nos enfants en dépend.