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Fraude et piratage: l’Arcom aux abonnés absents

La nouvelle plateforme de diffusion de la Ligue 1, DAZN, refuse de payer une partie des droits TV qu’elle doit, reprochant un manque d’investissement marketing des clubs et de la Ligue de football professionnel. Mais, le manque à gagner provient surtout de l’offre initiale à 30€/mois qui avait entrainé fraudes et piratage massifs. L’Arcom ne semble pas disposée à agir contre ces abus.


Le foot français est dans ses petits souliers (à crampons). Le groupe anglais DAZN qui a acheté les droits de retransmission du championnat de France ne veut plus cracher au bassinet de la Ligue de football professionnel (LFP), et traîne des pieds pour honorer ses engagements, faute d’un nombre d’abonnés suffisant et rentable.

Parmi les griefs du groupe anglais, le piratage des matches de foot, qui siphonne le réservoir des abonnés potentiels. Et le directeur général de DAZN-France, Brice Daumin, dans un entretien au Figaro, a dénoncé la passivité de l’Arcom, le gendarme du PAF (paysage audiovisuel français), qui les samedis et dimanches, jours de match, est aux abonnés absents : « L’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, ne travaille pas les week-ends. En Angleterre, on est capable de bloquer 10 000 liens en deux jours, en Italie, c’est 18 000. Et l’Arcom, c’est 5 000 par an. Autrement dit, l’Italie réalise en un week-end ce que l’Arcom met trois ans et demi à faire !1 »

Il faut dire que protéger les intérêts du foot n’est pas la préoccupation première de l’Arcom, Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique. Plutôt que de traquer les pirates de l’audiovisuel, elle préfère poursuivre et sanctionner les chaînes qu’elle ne juge pas politiquement correctes ; C8 et Cyril Hanouna en ont fait les frais, qui après avoir été condamnés à de lourdes amendes, se font aujourd’hui lourdés du PAF, C8 n’étant plus autorisé à émettre… ses critiques contre le gouvernement.


  1. https://www.lefigaro.fr/medias/droits-tv-de-la-ligue-1-on-ne-resout-jamais-rien-devant-un-tribunal-estime-brice-daumin-directeur-general-de-dazn-20250212 ↩︎

L’homme, ce romantique…

Aux États-Unis, l’IA est une alliée contre la solitude, offrant aux hommes seuls des partenaires robotiques sans revendications quant à la répartition des tâches. Après tout, la place du robot, c’est dans la cuisine…


Aux États-Unis, de plus en plus d’hommes sont célibataires. Si certains le sont malgré eux, d’autres ont fait le choix d’éviter les possibles inconvénients d’une vie de couple régie par les nouvelles sommations féministes sur la répartition de la « charge mentale » et le partage des tâches domestiques.

Bien sûr, certains jours, même le célibataire le plus endurci peut finir par regretter l’absence d’une épouse imaginée idéalement amoureuse, attentive et compréhensive. Le doute s’installe. L’homme s’interroge, hésite, finit par envisager la possibilité d’une vie de couple en bonne et due forme – avec tous les risques que cela comporte, selon lui. Que faire ? Que ne pas faire ? Un beau jour, une lueur d’espoir apparaît finalement sous la forme d’un prospectus publicitaire vantant les produits d’une entreprise ayant créé une gamme de robots humanoïdes issus de l’IA.

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« Pour faire face à l’étourdissante épidémie de solitude », Realbotix propose en effet des « robots-partenaires romantiques ». Pour 12 000 dollars, le client peut obtenir, pour l’installer par exemple sur la table de sa cuisine, le buste d’une ravissante jeune femme capable de converser avec lui pendant qu’il dîne. Le modèle de luxe – prévoir 175 000 dollars ! – bouge, parle, « se souvient de qui vous êtes, peut agir comme une petite amie et avoir des conversations de nature intime », assure Realbotix.

L’entreprise de robotique affirmant, par ailleurs, pouvoir reproduire des célébrités, le célibataire se prend à rêver. Il imagine une idylle avec le sosie androïde d’une actrice qu’il admire. Il n’est d’ailleurs pas impossible que cela finisse par un mariage : « Dans les deux ou trois prochaines décennies, certains États, au moins aux États-Unis, autoriseront les mariages avec les robots », prédit David Levy, auteur du livre Love and Sex with Robots.

Mais… des féministes radicales annoncent d’ores et déjà qu’elles veilleront à ce que ces nouveaux phénomènes ne perpétuent pas les « fantasmes sexuels agressifs » des hommes et les inégalités dans l’espace domestique. Décidément…

Trump, Poutine et l’Ukraine: l’Europe doit faire de la « muscu »

C’était le massacre de la Saint-Valentin! Alors que l’Arabie saoudite semble jouer un rôle clé dans les négociations de paix entre la Russie et l’Ukraine orchestrées par Donald Trump, le vice-président américain JD Vance a provoqué un électrochoc en dénonçant, le 14 février lors de la Conférence de Munich, l’affaiblissement des valeurs démocratiques sur le Vieux continent et l’incapacité des Européens à assurer leur propre sécurité. Grande analyse.


La semaine dernière, en l’espace de trois jours, Donald Trump a plongé les dirigeants européens dans un état à la fois de perplexité, d’indignation et d’angoisse existentielle. La plupart des leaders de l’Europe – c’est-à-dire de l’UE et du Royaume Uni – sans parler du commentariat des médias traditionnels, se sont mis à courir dans tous les sens comme des poules mouillées en criant que le président Trump avait cédé l’Ukraine à Vladimir Poutine, qu’il avait lâchement abandonné ses alliés du Vieux Continent, et qu’il allait laisser tomber l’OTAN. Certains ont même dressé une comparaison entre Trump et le Premier ministre britannique, Chamberlain, accusé par la postérité d’avoir cédé, de manière pusillanime, à toutes les exigences d’Adolf Hitler en 1938. La conférence sur la sécurité de Munich arrivant en fin de semaine, des références à l’« esprit munichois » se sont multipliées.

Une « surprise » annoncée depuis longtemps

La séquence en question a été initiée le 12 février quand le secrétaire à la Défense de M. Trump, Pete Hegseth, a tenu un discours au siège de l’OTAN à Bruxelles. Il a indiqué sans ambages que, pour arriver à un accord de paix entre l’Ukraine et la Russie, le pays de Volodymyr Zelensky devrait abandonner l’objectif de retrouver ses frontières d’avant 2014, qu’il ne deviendrait pas membre de l’OTAN et que sa sécurité devrait être garantie par des troupes au sol européennes plutôt qu’américaines. A peine le public de M. Hegseth avait-il commencé à digérer ces paroles, que Donald Trump a annoncé sur son réseau, Truth Social, qu’il venait d’avoir un long appel téléphonique avec Vladimir Poutine. Les deux dirigeants s’étaient mis d’accord pour lancer des négociations de paix entre la Russie et l’Ukraine. Par la suite, M. Trump a ajouté qu’il avait appelé M. Zelensky aussi. Ce weekend, les Américains ont annoncé que cette semaine, le secrétaire d’État Marco Rubio, le conseiller à la sécurité nationale Mike Waltz, et l’envoyé spécial de Trump pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, doivent se rendre en Arabie saoudite pour commencer les pourparlers avec les Russes. Il n’est pas encore certain si des représentants de l’Ukraine seront présents. Trump lui-même a parlé de rencontrer Poutine un jour en Arabie saoudite, ce dernier pays ayant visiblement servi d’intermédiaire entre les deux hommes.

Encaissant péniblement le double choc du 12 février, les Européens ont dû subir un troisième le 14, lors d’un autre discours, tenu cette fois par le vice-président américain, J. D. Vance, devant la Conférence de la sécurité de Munich. Ce discours a été vécu comme une véritable agression par ses auditeurs. Évitant de parler de la sécurité au sens conventionnel du terme dans ce milieu, c’est-à-dire des dangers qui menacent l’Europe de l’extérieur, Vance a pointé un danger créé par les Européens eux-mêmes : « Ce qui m’inquiète, c’est la menace venant de l’intérieur. C’est le recul de l’Europe par rapport à certaines de ses valeurs les plus fondamentales, les valeurs qu’elle partage avec les États-Unis d’Amérique ». Parmi ces valeurs, la liberté d’expression, que les élites européennes seraient déterminées à entraver, et la démocratie, que ces mêmes élites auraient bafouée en encourageant une immigration de masse extra-européenne pour laquelle leurs électeurs n’avaient pas voté. C’est ainsi que Vance, au lieu de présenter quelque programme de mesures pour la sécurité, a sermonné ses auditeurs en les appelant à rentrer dans le droit chemin.

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Si beaucoup d’Européens semblaient sonnés, certains, plus lucides, ont rappelé que Trump avait déjà annoncé ce changement de stratégie avant son élection l’année dernière. Le changement était même discernable lors de son premier mandat à partir de 2017. En fait, il remonte plus loin encore dans le temps. C’est en 2011 que Barack Obama avait annoncé ce qu’on a appelé par la suite son « pivot to Asia » : désormais, les préoccupations stratégiques des Etats-Unis se porteraient beaucoup plus sur ce qui se passait dans l’Indopacifique qu’en Europe. Joe Biden a poursuivi ce mouvement. En contournant la France pour créer l’AUKUS avec l’Australie et le Royaume Uni en 2021, il signalait que les Américains avaient désormais d’autres priorités que la sécurité du Vieux Continent. Certes, le massacre de la Saint-Valentin stratégique que les Européens viennent de subir est brutal, mais il n’a absolument rien d’étonnant.

L’art du deal

Comme c’est souvent le cas avec Donald Trump, ses annonces-surprises servent souvent un autre objectif que celui que leur contenu explicite ne semble indiquer. Celles du 12 février montrent surtout que c’est lui qui gère le calendrier des négociations, quelle que soit la durée de ces dernières et quel que soit leur résultat. Ensuite, selon sa méthode de négociation habituelle, exposée dans son livre The Art of the Deal, publié pour la première fois en 1987, les vraies discussions sont précédées par des déclarations extravagantes, voire contradictoires, calculées pour semer la confusion dans la tête des autres et leur mettre la pression. C’est ainsi que son projet affiché pour transformer Gaza en une nouvelle Riviera sans Gazaouis a stimulé l’Égypte et la Jordanie à formuler leurs propres plans pour la reconstruction de la Bande. Toutes ses déclarations récentes, et celles de ses lieutenants, au sujet de l’Ukraine sont destinées à mettre la pression sur les différents – et nombreux – interlocuteurs qui seront impliqués dans la recherche d’un accord pour l’Ukraine.

D’abord, Vladimir Poutine. Beaucoup de commentateurs accusent Trump d’avoir déjà cédé au dictateur russe tout ce qu’il voulait en Ukraine. En fait, le président américain n’a fait aucune véritable concession pour le moment. Il fait miroiter des possibilités : si Poutine s’engage sérieusement dans le processus de paix, il pourra être récompensé par quelque chose qu’il maquillera en victoire dans les médias russes et il pourra faire un retour complet sur la scène internationale, par exemple comme membre d’un G8. Mais en même temps, Trump a déjà menacé de ruiner l’économie russe, qui tient à un fil en ce moment, en faisant baisser le prix du pétrole. La plupart des poules mouillées en Europe ont manqué l’entretien accordé au Wall Street Journal par Vance le 13 février, où le vice-président rappelle que l’Etats-Unis disposent toujours de leviers économiques et militaires pour contraindre Poutine à faire la paix, parmi lesquels l’envoi de troupes américaines en Ukraine. Les Britanniques ont suggéré que, même si l’Amérique n’envoie pas de troupes au sol, elle pourrait fournir une couverture aérienne aux Européens, ainsi que d’autres formes de soutien stratégique. En somme, Trump envoie des signaux contradictoires aux Russes qui indiquent que tout est toujours possible en termes de coopération ou d’hostilité et qu’il est dans leur intérêt de se montrer accommodants.

En même temps, Trump met la pression sur Zelensky pour l’obliger à faire preuve de réalisme. Il est évident que l’Ukraine ne pourra pas récupérer tout le territoire perdu depuis 2014. D’ailleurs, l’Occident – les Américains de Joe Biden et les Européens – n’ont jamais donné aux Ukrainiens ce qu’il leur faudrait pour battre et repousser complètement et définitivement les forces russes. Trump met la pression aussi pour avoir accès aux terres rares qui font partie des ressources minérales de l’Ukraine et qui constituent un enjeu stratégique dans la rivalité entre les Américains et les Chinois. En même temps, il faudrait longtemps – peut-être 15 ans – avant que ces ressources ne soient exploitables commercialement. Enfin, Vance a parlé avec Zelensky à Munich pour tenter de le rassurer dans une certaine mesure.

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Enfin, Trump met la pression sur les Européens pour les obliger à assumer leurs responsabilités en matière de défense – la leur et celle de l’Ukraine dont ils prétendent vouloir garantir la souveraineté. Car, bien que l’Europe ait payé encore plus que les Etats-Unis pour soutenir l’Ukraine sur les plans militaire et économique, elle ne sera jamais en mesure de garantir la sécurité de sa voisine ou même sa propre sécurité, si elle ne s’équipe pas des forces militaires nécessaires pour se faire respecter par tout agresseur potentiel. Après que la Russie a saisi la Crimée en 2014, l’UE s’est contentée d’une série de sanctions inefficaces. Ceux qui ont de la mémoire se souviendront des efforts de l’Allemagne de Mme Merkel et de la France de M. Hollande pour faire respecter par Poutine les termes de l’accord de Minsk 2, datant de 2015. A Bruxelles, M. Hegseth a parlé d’un accord éventuel entre la Russie et l’Ukraine en disant : « Il ne faut pas que ce soit Minsk 3.0 ». Jusqu’à présent, l’UE a été considérée par les Russes – et sans doute par d’autres adversaires potentiels – comme un tigre de papier. Les Américains savent qu’il faut enfin que ce tigre montre de véritables crocs.

L’électrochoc Trump

C’est exactement ce qu’a compris Emmanuel Macron. Certes, on n’est pas souvent très tendre envers le président français dans les colonnes de Causeur, mais cette fois il faut reconnaître qu’il a compris le message de Trump mieux que quiconque. Dans un entretien avec le Financial Times publié le 14 février, il a souligné que Trump avait apporté « un élément de rupture stratégique » susceptible de galvaniser les Européens et de les convaincre – enfin – d’assumer leurs responsabilités. L’action brutale de Trump est pour Macron « un électrochoc ». Pour lui, « nous avons besoin de chocs asymétriques, nous avons besoin de chocs de l’extérieur. C’est un choc exogène pour les Européens ». Et le mot d’ordre est simple : il faut « se muscler ». En termes pratiques, cela veut dire développer en Europe « un tissu industriel et technique de la défense pleinement intégrée ». Emmanuel Macron, qui essaie depuis longtemps de persuader ses homologues européens de changer de politique de défense, voit donc en Trump le soutien dont il a besoin.

Et tout le monde commence lentement à comprendre. D’abord, qu’il faut augmenter les dépenses en matière de défense. Actuellement, en termes de parité de pouvoir d’achat, la Russie dépense plus que tous les États-membres de l’UE réunis. En 2024, la moyenne dans le bloc était de 1,9% du PIB. La France était à 2,1, le Royaume Uni à 2,3%. Keir Starmer parlait vaguement d’augmenter les dépenses à 2,5% sans donner de calendrier. De retour de Munich, il a indiqué à sa ministre des Finances que le budget de la défense devient une priorité. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, affirme que ses membres devraient viser plus de 3%. Ursula von der Leyen a annoncé que les règles fiscales seront assouplies pour permettre aux États-membres d’augmenter leur budget militaire. Ensuite, il ne faut pas seulement dépenser plus, mais faire des choix stratégiques adaptés. Les Européens doivent développer leurs propres industries d’armements, acheter leurs propres armes et même faire des achats groupés. Et tout cela nécessitera des investissements considérables. Mais quand on sait que l’UE a investi plus de 800 milliards d’euros dans son Plan de relance de 2020, peut-on rechigner quand il s’agit d’investir pour garantir la sécurité et la paix ?

Aujourd’hui, Emmanuel Macron organise une réunion au sommet à Paris avec notamment l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, la Pologne, l’Espagne, les Pays-Bas, et le Danemark, ainsi que des représentants de l’Union européenne et de l’OTAN. Ce sera soit le début d’un grand basculement dans la politique européenne, soit un pétard mouillé. Le discours de J. D. Vance, en abandonnant le langage traditionnel des platitudes et des boniments, a indiqué amicalement mais sans ambiguïté, que les Américains ont définitivement perdu patience avec les Européens. Mais si ces derniers se montrent à la hauteur de la situation, l’Oncle Sam ne va pas les abandonner. Car ce ne sera pas Trump qui fera le jeu des dictateurs, mais l’Europe en refusant de « se muscler » ou tardant à le faire. Nous en reste-t-il assez de temps ? 

Certes, ils sont nombreux à dire que c’est comme si nous étions en 1938. Mais on dirait plutôt que nous sommes en 1939.

L’Empire du Bien va peut-être laisser les enfants tranquilles

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Disney abandonne son programme « Reimagine Tomorrow », une initiative lancée en 2021 pour promouvoir la diversité et l’inclusion dans ses productions. Ce revirement marque un tournant stratégique pour le studio, qui avait intégré ces principes dans plusieurs films récents, avec des résultats mitigés. Donald Trump, de retour à la Maison-Blanche, mène une offensive contre les politiques Diversité Équité et Inclusion (DEI), et Disney devient un symbole de cette bataille culturelle.


Il y a tout juste quatre ans, je regrettais dans ces mêmes colonnes l’enrôlement de la jeunesse par L’Empire du Bien et sa cancel culture…

Je rappelais que les mouvements totalitaires ont partagé ce désir de modélisation des enfants, que cela soit avec les jeunesses hitlériennes (Hitlerjugend) ou les jeunesses soviétiques (Komsomol), et qu’on retrouvait ces ferments dans le mouvement autoproclamé de progressisme libéral du wokisme.

Jeu malsain

Véritable Empire du Bien, pour reprendre l’expression idoine de Philippe Muray, ce nouveau totalitarisme du wokisme est une entreprise d’imposition autoritaire et arbitraire d’une morale victimaire, d’une vérité historique manichéenne et d’un discours inclusif excessif, par des moyens de censure et de bannissement des idées et des individus.

Fort heureusement, l’Empire du Bien se fissure déjà…

En bons soldats, complices du mouvement woke, les marques et entreprises multinationales américaines, ont joué à fond le jeu malsain de ce nouveau puritanisme, notamment en direction des enfants.

Le géant du divertissement pour la jeunesse qu’est Disney n’est pas en reste dans ce combat idéologique en lançant en 2021 le programme de « Reimagine Tomorrow » censé promouvoir la diversité dans les contenus diffusés par des mesures sur les œuvres historiques de la firme ou sur la production actuelle.

On peut citer pêle-mêle, des avertissements (trigger warnings) pour préserver la sensibilité excessive du public en expliquant que des programmes comportent des « descriptions négatives et/ou des mauvais traitements de certains peuples ou cultures ». Cela concerne les Indiens de « Peter Pan », les chats siamois des « Aristochats », et même les corbeaux de « Dumbo » considérés comme une représentation péjorative des Afro-américains… 

Quotas d’homosexuels ou de trans dans les nouvelles fictions

Du côté des nouvelles productions, Disney s’est fait un point d’honneur par exemple à multiplier les personnages LGBT dans ses dessins animés, ou à augmenter la diversité jusqu’à faire interpréter « La Petite Sirène » dans son adaptation filmique par une actrice noire, dans ce qui restera la plus grosse polémique des années de wokisme de la firme.

Toutes les actions de Disney en matière de diversité et de représentation de la diversité ne sont pas forcément à rejeter et peuvent apparaître comme des avancées nécessaires. En effet, une entreprise quelle qu’elle soit peut et doit avoir un rôle citoyen légitime. Cependant, comme dans tout totalitarisme, le wokisme et ses petits soldats ne semblent pas laisser le choix au citoyen et au consommateur.

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Les multinationales se sentant investies d’un pouvoir politique et moral, ont souhaité imposer comment bien se comporter (alors que c’est le rôle des gouvernants) et comment bien penser (au mépris du pluralisme et de la liberté de penser).

Ce risque totalitaire est d’autant plus élevé que la multinationale Disney est d’une certaine façon quasi monopolistique et touche à un public influençable comme la jeunesse.

C’est ainsi que Disney, comme d’autres mastodontes du numérique, ont outrepassé leur rôle économique pour un rôle politique, imposant une vision du monde prétendument progressiste, et portant atteinte gravement aux principes démocratiques.

Retour de manivelle

Mais comme pour les géants de la Tech (voir le dossier spécial de Causeur ce mois-ci) on assiste à un revirement complet outre-Atlantique où les entreprises font volte-face en supprimant, comme vient de le faire Disney le 11 février, leurs programmes DEI sur la Diversité, l’Équité et l’Inclusion.

Le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis, n’y est certainement pas pour rien, lui qui a fait du wokisme une de ses cibles préférées…

Mais on aurait tort d’y voir une simple victoire (ou soumission) au nouveau locataire de la Maison Blanche.

En effet, rappelons une évidence : si Donald Trump est là, c’est parce qu’une grande majorité d’Américains l’a élu. C’est donc aussi qu’une grande majorité d’Américains partagent ses idées, notamment sur la question des excès et délires du wokisme.

Il faut rappeler une seconde évidence : la raison d’être d’une entreprise est de maximiser ses profits et d’être en phase avec la pensée majoritaire des consommateurs.

C’est pourquoi si les multinationales ont pu un temps avoir l’envie de donner du sens à leur action mercantile en se raccrochant au wagon du mouvement en poupe qu’était le wokisme, elles n’auront aucun scrupule à abandonner cette position, si elles constatent, comme c’est le cas pour Disney, que ce n’est plus profitable ni dans l’air du temps… pour le moment ! Car Business is business et Mickey is Mickey !

Touchdown: Journal de guerre

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Le wokisme a encore frappé à Bruxelles: une sculpture trop «patriarcale» remplacée par une «œuvre» féministe

Jugée trop patriarcale, une œuvre abritée dans le square de la Maturité à Bruxelles va être remplacée par des déchets de chantier, ce qui est plus raccord avec notre époque déconstruite.


Le wokisme a encore frappé : à Bruxelles, encore elle, la sculpture portant le joli nom de La Maturité sera bientôt remplacée par une œuvre… « féministe » qui sublime… les « déchets de chantier » – précisons d’emblée que l’objectif de notre réflexion n’est pas de tenter de clarifier le lien entre « féminisme » et « déchets de chantier » ; nous laisserons cette tâche aux esprits plus éveillés et moins étriqués que les nôtres.

Aperçu de ce à quoi pourrait ressembler la future oeuvre. DR.

Cancel culture : oui, mais non…

Peu semble importer que l’œuvre aujourd’hui vouée à la disparition de l’espace public, travaillée dans le marbre de Carrare par Victor Rousseau, figure depuis un siècle près de la Place du Marché au Bois dans le centre de la capitale, non loin de la Gare centrale, les médiocres censeurs de la modernité décadente ont tranché : elle est trop patriarcale. Les autorités bruxelloises ont refusé de la protéger et l’ont donc condamnée au déclassement.

Se tenant aux côtés d’un homme barbu trônant fièrement sur un drap et semblant contempler l’avenir avec assurance, des personnages féminins et… masculins figurent dans diverses positions, agenouillée, assise ou se tenant par la main. Les fleurs qui ceignent le front d’une femme et les éléments végétaux qui forment un tapis structurant, les regards qui tantôt se perdent dans le lointain, tantôt se fixent dans les yeux les plus proches, la nudité plus ou moins affichée rehaussent l’œuvre de différents niveaux de lecture, allant de la contemplation de la Beauté à l’interprétation allégorique.

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Si Victor Rousseau souhaitait une œuvre intemporelle, il ignorait que les adeptes de la cancel culture auraient raison d’elle. Mais pas totalement, nous rassure-t-on, car elle sera officiellement « conservée, restaurée et replacée dans un lieu où elle sera mise en valeur», échappant à sa réduction en gravats, sans doute parce que son auteur fut rattaché au courant progressiste. Celui-ci était un artiste reconnu, remportant le grand prix de sculpture de Rome en 1911. Mais son goût pour l’antiquité greco-romaine et sa conception du corps humain, dans sa nudité, auront eu raison de son talent.

Verbiage

Le « Rückbaukristalle » qui remplacera « La Maturité » sera réalisé par l’artiste d’origine autrichienne Aglaïa Konrad. Celle-ci est spécialisée dans les œuvres mettant en exergue l’espace urbain dans un environnement globalisé – comprenez qu’il n’y a, chez elle, que peu d’appétence pour l’enracinement et la permanence dans le temps. Les premières images de sa « chose » font craindre le pire : on peut y voir des blocs sans âme assemblés verticalement. Tout cela doit officiellement « rendre hommage [aux déchets de chantier] sous une forme tendre et sculpturale” et assurer “une représentation du développement perpétuel d’une ville.” Un charabia finalement aussi incompréhensible que l’œuvre, comme si l’art dans lequel les décadents excellent était celui d’enrober la laideur d’un verbiage dont ils sont les seuls interprètes.

Tout concourt à la déconstruction de l’identité de Bruxelles pourtant riche d’une histoire pluriséculaire : celle-ci est désormais mise à mal par une immigration massive qui sape ses fondements et une insécurité galopante – elle est la deuxième ville européenne où il y eut le plus de fusillades en 2024, derrière Naples et devant Marseille. On pouvait se rassurer en se répétant naïvement que la culture restait, une fois que tout était oublié : il n’en est désormais plus rien, même elle est attaquée au burin progressiste. 


De Soljenitsyne à JD Vance

Le discours de JD Vance qui a choqué les Européens postule également que l’Occident n’est pas condamné à se soumettre à l’émergence du Sud global.


L’Occident a enfin entendu ce que lui a dit Alexandre Soljenitsyne à Harvard, le 8 juin 1978, dans son discours sur le « déclin du courage ». Cette prise de conscience s’est exprimée par la voix du vice-président des Etats-Unis, James David Vance, le 14 février 2025 à Munich. Il y a là plus qu’un écho.

Oh, bien sûr, les deux discours sont différents. L’âme slave, et la soif d’entreprendre américaine. Le dissident exilé, et le vice-président arrivant au pouvoir. L’orthodoxe, et le catholique. Et pourtant. Deux hommes de foi, remarquablement intelligents, se faisant une haute idée de l’Occident, montrant un profond respect envers les peuples occidentaux et envers la grandeur dont ils sont capables, qui nous disent ce que nous devons impérativement entendre.

Le grand frère se fâche

Ne soyons pas naïfs : Vance sert avant tout les intérêts américains, c’est son rôle. Si enthousiasmant soit le trio qu’il forme avec Donald Trump et Elon Musk, si jubilatoire soit leur message « l’Occident est de retour ! » pour quiconque est attaché à notre civilisation, rien ne garantit que les Etats-Unis ne retomberont pas dans quatre ans entre les mains des soi-disant « progressistes », qui restent bien décidés à détruire cette civilisation. Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas nous reposer paresseusement sur le « grand frère » américain, dont l’avenir est encore incertain même s’il y a de bonnes raisons d’être optimiste. D’ailleurs, JD Vance exhorte justement l’Europe à se reprendre en main, à s’assumer, à refuser sa propre relégation aux marges de l’histoire. Il dénonce la soumission à l’immigration massive pour ce qu’elle est : un suicide. Et il invite les dirigeants européens à laisser leurs peuples s’exprimer librement et à les écouter, pour sortir par le haut de la crise démocratique actuelle.

Que le camp « progressiste » qui s’est emparé des rouages de l’UE juge un tel discours hostile en dit long. Et prouve, s’il en était besoin, que ce n’est certainement pas par un ralliement à ce camp, sous quelque prétexte que ce soit, que nous pourrons construire une Europe-puissance : toute puissance mise entre les mains des « progressistes » sera utilisée contre les peuples européens et contre la civilisation européenne, donc contre l’Europe – qu’il ne faudrait surtout pas confondre avec les institutions de l’UE.

A lire aussi, du même auteur: La France, pays des droits de l’homme ou pays des Français ?

On pourra toujours trouver à redire dans les propos de JD Vance, juger sa vision de la démocratie trop optimiste, pour ne pas dire naïve. Il y a du Périclès dans son enthousiasme, et l’hégémonie américaine sur l’Occident a sa part d’ombre, comme l’avait l’hégémonie athénienne sur la Ligue de Délos. Les Etats-Unis considèrent depuis longtemps la planète comme un plateau d’échecs qui leur appartiendrait (mais Trump bien moins que les autres présidents qui se sont succédés dans le bureau ovale depuis la fin officielle de la Guerre froide). La théorie de la « destinée manifeste » et sa religiosité peuvent amuser ou inquiéter. La soumission de l’économie mondiale au dollar ne bénéficie qu’aux Etats-Unis. Imaginer Trump et Poutine organisant un nouveau partage de Yalta – mais cette fois sans Churchill – vaut mieux qu’une Troisième Guerre mondiale, ou que le triomphe du wokisme, de l’islamisme ou des narco-traficants, mais n’a par ailleurs rien de particulièrement réjouissant. Soit.

Mais j’invite vraiment le lecteur à se faire son propre avis, à écouter ou à lire par lui-même le discours du vice-président américain. Ne vous contentez pas de ce que d’autres en disent, pas même moi ! Et vous verrez. Je n’ose y entendre les propos d’un ami : les Etats n’ont pas d’amis, seulement des intérêts. Mais ce sont assurément les paroles d’un authentique allié, qui veut ses alliés forts et dignes, et qui nous pousse à faire dans nos pays ce qu’il vient lui-même de faire dans le sien (Vance ne nie pas les errements qui furent ceux des Etats-Unis), pour relever la tête et renouer avec ce que nous n’aurions jamais dû cesser d’être – avec ce que Soljenitsyne lui aussi nous appelait à redevenir.


Ainsi, à Harvard déjà il était question de liberté d’expression : « On découvre un courant général d’idées privilégiées au sein de la presse occidentale dans son ensemble, une sorte d’esprit du temps, fait de critères de jugement reconnus par tous, d’intérêts communs, la somme de tout cela donnant le sentiment non d’une compétition, mais d’une uniformité. Il existe peut-être une liberté sans limite pour la presse, mais certainement pas pour le lecteur : les journaux ne font que transmettre avec énergie et emphase toutes ces opinions qui ne vont pas trop ouvertement contredire ce courant dominant. » Depuis, la soif de censure de la gauche et de l’extrême-centre ne se cache plus. Souvenons-nous des propos de François Sureau lors de son entrée à l’Académie française en 2022 : « Je ne sais ce que Max Gallo aurait pensé du moment où nous sommes (….) le citoyen réduit à n’être plus le souverain, mais seulement l’objet de la sollicitude de ceux qui le gouvernent et prétendent non le servir, mais le protéger, sans que l’efficacité promise, ultime justification de ces errements, soit jamais au rendez-vous. Non, je ne crois pas que ce disciple de Voltaire et de Hugo se réjouirait de l’état où nous sommes, chacun faisant appel au gouvernement, aux procureurs, aux sociétés de l’information pour interdire les opinions qui le blessent ; (….) où gouvernement et Parlement ensemble prétendent, comme si la France n’avait pas dépassé la minorité légale, en bannir toute haine, oubliant qu’il est des haines justes et que la République s’est fondée sur la haine des tyrans. La liberté, c’est être révolté, blessé, au moins surpris, par les opinions contraires. Personne n’aimerait vivre dans un pays où des institutions généralement défaillantes dans leurs fonctions essentielles, celle de la représentation comme celles de l’action, se revancheraient en nous disant quoi penser, comment parler, quand se taire. »

« Basket of deplorables » et « Gaulois réfractaires »

Depuis que JD Vance s’est exprimé, les dirigeants européens « progressistes » paniquent. Leurs relais parlent « d’ingérence » pour un simple discours, ces mêmes relais qui n’ont jamais rien trouvé à redire à l’authentique ingérence américaine lorsque les milliards de l’USAID alimentaient la propagande de leur camp. Ils tentent de détourner l’attention en la focalisant sur la question ukrainienne, allant parfois jusqu’à sombrer dans le complotisme en accusant Trump et Vance d’être inféodés à Poutine. Aujourd’hui même, le 17 février, Emmanuel Macron organise un sommet européen sur le sujet.

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Il a presque un an, je m’interrogeais sur l’étrange bellicisme de notre président et de ses soutiens dès qu’il est question de l’Ukraine, ou plus exactement sur le contraste flagrant entre ce bellicisme et une pusillanimité systématique dans tant d’autres circonstances. Soyons clairs : ceux qui invoquent de grands principes dès qu’il est question de l’Ukraine mais les « oublient » fort opportunément pour se coucher devant les Comores, l’Algérie, l’Azerbaïdjan, l’Iran, le Qatar, ne sont évidemment pas animés par les principes qu’ils invoquent – pas même dans leur approche de l’Ukraine. Il y a un an, je faisais plusieurs hypothèses sur ce que pouvaient être les motivations d’Emmanuel Macron et des « progressistes ». Avec le recul, j’en retiens surtout deux : « un prétexte pour transférer toujours plus de pouvoir aux institutions non-élues de l’UE au détriment de la démocratie, et sans doute renforcer le contrôle de l’information ; l’appétit pour les opportunités qu’une « économie de guerre » offrirait à Bercy. » Et j’en ajoute aujourd’hui deux autres.

La première est la fin de l’USAID. Les « progressistes » gouvernent contre les peuples, par définition : des deux côtés de l’Atlantique, ils veulent imposer ce qu’ils appellent « progrès » aux « basket of deplorables » et aux « Gaulois réfractaires ». Ils ne sont au pouvoir que grâce à une propagande éhontée, imposée dès l’enfance. Or, nous découvrons aujourd’hui que cette propagande bénéficiait très largement de l’USAID, voire en dépendait. La fin de l’USAID, le fait que les GAFAM et même Disney affirment renoncer à leur obsession pour la politique wokiste dite DEI (Diversité, Equité, Inclusion), montre aux « progressistes » européens que leur pouvoir vacille, et que l’un des principaux piliers de leurs situations confortables disparaît. Il leur faut donc de toute urgence un prétexte pour raffermir leur contrôle sur des peuples qui, si la propagande permanente ne les endort plus, pourraient bien leur demander des comptes.

La seconde est, peut-être, encore plus importante : Donald Trump, James David Vance et Elon Musk prouvent au monde entier que l’action est possible, et donc que si nos dirigeants ne font rien ce n’est pas parce qu’ils ne le peuvent pas, mais parce qu’ils ne le veulent pas. Que ce soit parce que la tiers-mondisation de nos pays sert leurs intérêts, ou parce qu’ils sont trop lâches pour s’y opposer. Depuis le 20 janvier 2025, l’Amérique nous montre qu’il n’y a pas de « sens de l’histoire » auquel il faudrait impérativement se plier, que le désenchantement n’est pas inéluctable, que le déclin de l’Occident devant le « Sud global », et la soumission des peuples occidentaux à la « diversité », ne sont pas une fatalité. Qu’un peuple qui relève la tête peut redevenir maître de son destin. Voilà ce que craignent plus que tout les « progressistes » : que les peuples européens relèvent la tête. Et c’est précisément ce à quoi Soljenitsyne et Vance nous invitent.

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Conseil Constitutionnel, référendum: Macron ou l’horreur du vide

A l’exception de Philippe Bas qui semble faire l’unanimité, tous les noms proposés pour rejoindre les Sages du Conseil constitutionnel font polémique. Pendant ce temps, le locataire de l’Elysée se demande quelle question il pourrait bien soumettre à référendum.


Alors que la fin de son mandat se rapproche, Emmanuel Macron ne sait plus quoi penser pour faire oublier que, de par la cohabitation d’un autre type qu’il a provoquée, sa présidence est réduite à une sorte de néant qu’il assume de façon erratique. Et l’on passera sur les images délirantes et dégradantes qu’il a mises sur les réseaux le mettant en scène pour illustrer l’IA son nouveau cheval de bataille.

C’est donc sur le Conseil Constitutionnel (CC) et, une fois encore sur le référendum, que l’actuel locataire de l’Elysée se défoule.

Quant au CC, le mandat de Laurent Fabius, nommé par F. Hollande en 2016,  à la tête du Conseil arrive donc à son terme. Que l’on apprécie ou pas l’ancien Premier ministre, on ne peut contester ses qualités en matière institutionnelle. Enarque, conseiller d’Etat de formation, il a été ministre à plusieurs reprises et surtout à Matignon. Ainsi qu’il l’a confié durant un colloque voici quelques années déjà, il « apprit aussi beaucoup de la Constitution aux côtés de Mitterrand et Charasse ».

Déséquilibre

Bien évidemment sous sa présidence, la jurisprudence du CC a plutôt penchée nettement du côté « droit de l’hommisme ». Les dernières décisions en attestent (y compris sur le concept de fraternité ou le suivi des terroristes sortant de prison). Tous les analystes autorisés se rejoignent pour dire que, jusqu’en 2019 date de l’arrivée d’Alain Juppé, l’ancien maire du Grand-Quevilly règne en maitre sur le Conseil. Il n’y a en effet pas un seul juriste digne de ce nom dans ce cénacle (anciens magistrats, avocats, fonctionnaire parlementaire, élue locale). On veut dire par là qu’il n’y a plus au Conseil un seul constitutionnaliste. La dernière fut Nicole Belloubet, professeur de droit public (dont l’activité scientifique est tout de même réduite à la portion congrue) de 2013 à 2017. Et pourtant au sein des neuf Sages, il y eut des personnalités éminentes du droit public mais aussi du droit privé. Pas moins de douze professeurs, essentiellement de droit public, depuis la création du Conseil constitutionnel, ont accédé à l’institution. Si l’on ne devait en citer qu’un seul, ce serait le doyen Georges Vedel, que nous avons eu l’honneur de connaitre. Si le droit avait un prix Nobel, il lui serait revenu sans conteste. L’influence du doyen Georges Vedel sur notre droit a été décisive. Il a apporté au droit administratif, au droit constitutionnel et à la science politique un enrichissement sans borne. Plus particulièrement, il a marqué également de son empreinte son passage au Conseil constitutionnel. Georges Vedel a été nommé comme membre en février 1980 par le président Valéry Giscard d’Estaing, sur une suggestion, dit-on, de Raymond Barre. Au demeurant, il est seulement, au moment de son entrée en fonction, le 6ème professeur de droit, après René Cassin, Marcel Waline, François Luchaire, Paul Coste-Floret et François Goguel à avoir été désigné membre du Conseil constitutionnel. Toutefois, la pratique des nominations semble implicitement obéir aussi  à des « quotas » de manière à préserver les équilibres selon les spécialités ou les fonctions occupées avant l’entrée en fonction des membres. De fait, une place reviendrait donc à un universitaire. Ainsi, au titre des professeurs de droit, Georges Vedel succède à François Goguel et il sera lui-même remplacé, à sa sortie en février 1989, par Jacques Robert. Lui-même étant remplacé par notre maitre Jean-Claude Colliard. N’oublions pas non plus dans cette galerie de grands conseillers, Robert Badinter professeur de droit privé. Il s’avère que la contribution de ces universitaires à l’élaboration et à l’essor des méthodes de travail et de la jurisprudence du Conseil constitutionnel a été considérable, au point d’approfondir les rapports entre fonction doctrinale et fonction de juger. Mais étant donné que, et même la présence de Mme Belloubet n’y a rien changé, il n’y a plus ce genre de membres, il ne faut pas s’étonner que la jurisprudence du Conseil ait assez largement perdu en qualité. Le plus souvent des décisions militantes ont succédé à des décisions structurantes.

Alors E. Macron a donc décidé de récompenser un des derniers grognards de sa campagne de 2017 : Richard Ferrand. Comme l’ont souligné la majorité de nos collègues, ce choix traduit davantage une amitié politique qu’un arbitrage fondé sur les compétences et garantissant l’autorité institutionnelle des Sages. Bien sûr des présidents ont déjà nommé des proches. Ainsi Mitterrand avec Badinter et Charasse. On a parlé ci-dessus des qualités éminentes du premier. On ne peut nier celles du second, praticien hors pair de la constitution. Bien évidemment ils étaient des socialistes bons teints. On fera une exception avec Roland Dumas. Avocat certes. Mais qui était considéré comme fort sulfureux. Mitterrand avoua un jour : « j’ai deux avocats : Robert Badinter pour le droit et Roland Dumas pour le tordu ».

Chirac ne dérogea pas à la nomination de proches avec notamment Pierre Mazeaud et Jean-Louis Debré. On ne peut reprocher à ceux-ci de ne pas être juristes et des connaisseurs éclairés du texte constitutionnel. Le second étant même né dedans en quelque sorte (titulaire d’une thèse de droit relative aux idées constitutionnelles du général de Gaulle).

Emmanuel Macron fait partie de ces présidents qui, depuis Nicolas Sarkozy, ne connaissent strictement rien à notre texte fondamental. Rappelons tout de même que Richard Ferrand est un des personnages centraux de l’ « Affaire des Mutuelles de Bretagne » (qui débute en 2010). En octobre 2022, la Cour de cassation confirme la prescription des faits sans conclure sur le fond de l’affaire. L’arrêt de la Cour devrait mettre fin aux poursuites contre Richard Ferrand. Il existe aussi des soupçons d’emploi fictif de son fils et d’un proche à l’Assemblée nationale. De même citons un achat immobilier avec son indemnité de représentation parlementaire.

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Alors non seulement ce personnage est un ami proche du chef de l’Etat mais il est aussi sulfureux. Surtout, s’il a fait un peu de droit à Toulouse et Paris V (en tout deux ans), il est avant tout un peu entrepreneur mais surtout apparatchik socialiste qui va monter les échelons de l’élu local puis, en 2016,  découvrir et œuvrer pour la macronie. Son seul titre de gloire est d’avoir été porté par celle-ci à la tête de l’Assemblée nationale de 2017 à 2022. Il y sera le défenseur zélé de son mentor élyséen. Cet homme a-t-il seulement lu une seule fois notre Constitution ?

Rappelons qu’au titre de l’art. 13 C le Parlement peut contester cette nomination puisqu’en son ultime alinéa il est précisé : « le pouvoir de nomination du Président de la République s’exerce après avis public de la commission permanente compétente de chaque assemblée. Le Président de la République ne peut procéder à une nomination lorsque l’addition des votes négatifs dans chaque commission représente au moins trois cinquièmes des suffrages exprimés au sein des deux commissions ». Dans le cas de Richard Ferrand ça le mériterait.

Avec une présidence pareille, le CC est en danger. Déjà que, selon nous, il dérive gravement contre notre société. Droits humains prennent le pas sur les droits des citoyens.  Nous reprenons pleinement à notre compte l’analyse de Jean-Eric Schoettl. Le Conseil comme le Conseil d’Etat d’ailleurs se fourvoient trop souvent depuis quelques décennies. On en arrive de toute évidence à quelque chose de grave : une Démocratie au péril des prétoires (Gallimard, « Le Débat », 2022).

Il va y avoir d’autres nominations. Mme Braun-Pivet a annoncé Laurence Vichnievsky. L’ancienne juge (affaire Elf) et ex-député Modem du Puy-de-Dôme qui n’a pas plus de références constitutionnelles (voire moins) que Mme Luquiens qu’elle doit remplacer. En revanche M. Larcher devrait se tourner vers Philippe Bas, conseiller d’Etat, sénateur, qui dirigea le Secrétariat général de l’Elysée sous Chirac et fut aussi son ministre. Son expertise ainsi que ses rapports font autorité (rappelons celui sur l’affaire Benalla). C’est la seule de ces trois nominations qui fera, à coup sûr l’unanimité.

Référendum : le président s’amuse !

La seconde grande affaire d’Emmanuel Macron (avec l’IA) c’est une fois encore le référendum. Nous l’avons souligné à plusieurs reprises dans ces colonnes, le président « s’amuse ». Il ne sait plus quoi faire pour recoller à une opinion qui lui a complètement échappé. Ainsi d’ici au début du printemps, il aura arrêté sa réflexion sur le ou les sujets sur lesquels il veut consulter les Français. Il l’avait déjà évoqué le 31 décembre dernier. Il se trouve que depuis vingt ans exactement, il n’y a plus eu de référendum en France. Le dernier date du 29 mai 2005. Jacques Chirac avait alors soumis à ratification le projet de traité constitutionnel européen, élaboré durant les mois précédents. 54,7% des Français avaient rejeté celui-ci. Par la suite, ce « non » inattendu avait généré un profond traumatisme. Ni Nicolas Sarkozy ni François Hollande n’avaient voulu rééditer l’expérience malheureuse de leur prédécesseur, qui après ce désaveu avait connu une fin de présidence sans rebond possible.

Deux choses essentielles doivent habiter l’esprit, un peu agité en ce moment, du chef de l’Etat. D’abord que, vu l’état de défiance que lui voue l’opinion (moins de 20% de soutiens), quelle que soit la question posée, le Non risque de l’emporter. Car, les votants s’intéresseront plus à celui qui pose la question (et dont ils ne veulent plus) qu’à la question posée. Même s’il y a dans la population une envie certaine de référendum. Plusieurs études montrent que  les Français semblent avoir des priorités bien définies quant aux thèmes sur lesquels ils souhaiteraient être consultés. En tête des préoccupations : la question de la fin de vie, avec 84 % de répondants qui se disent favorables à une consultation sur ce sujet et avec 53 % « tout à fait favorables ». L’immigration arrive juste derrière, avec 74 % souhaitant pouvoir s’exprimer, notamment sur les aspects sociaux (accès au logement, aux allocations, etc.). Les thématiques liées au travail suscitent un même niveau d’intérêt (74 %), qu’il s’agisse de la durée du travail, de l’âge de la retraite, de la semaine de trois ou quatre jours ou encore des jours fériés. Tout çà ne peut que mûrir dans l’esprit aux aguets (aux abois) du président Macron. Mais, et c’est le deuxième bémol,  le champ du référendum, nous l’avons dit ici aussi, est délimité assez strictement par l’art.  11 C al 1 : « Le Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux assemblées, publiées au Journal officiel, peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique ou sociale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d’un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions » . Dans tout ce qui « plait » aux Français, hormis les réformes relatives au travail, le reste n’entre pas dans le champ référendaire actuel. La fin de vie (sujet beaucoup trop sensible) et l’immigration (encore plus) n’y sont pas. Imagine-t-on un instant des questions aussi stupides que : êtes-vous pour le suicide assisté ou êtes-vous pour ou contre l’immigration ? Avec la valse des crimes commis par des OQTF sur notre territoire depuis quelques temps, la seconde question serait assez vite réglée ! Même s’il est clair que la France ne peut plus faire l’économie d’une vaste réforme structurelle de son immigration. Seule une modification du champ référendaire pourrait permettre de lancer de nouveaux référendums. Mais cela nécessite une révision constitutionnelle et, étant donné le contexte politique actuel, cela relève d’une gageure complète. Une révision avec l’art. 89 C est illusoire dans le contexte politique actuel. Quant au recours à l’art 11 C, on retombe dans les affres citées ci-dessus.

Nous assistons à la fin d’un mandat qui, irrémédiablement tiré vers le bas,  cherche tout de même comment sortir par le haut. Vaste programme !… Le seul référendum qui vaudrait la peine selon nous est celui où, quel que soit le sujet, le président saurait tirer les conséquences d’un résultat négatif. La plus impérieuse serait de quitter le pouvoir.


Pour comprendre son pays, Monsieur le candidat (NDLR : E. Macron), il faut l’aimer comme on aime ses parents, avec bienveillance ce qui n’exclut pas la lucidité. Cela s’appelle le patriotisme et je l’attends d’un Président. Vous l’avez sacrifié dans une expression torturée. Vous avez choisi sans doute ce que vous pensiez être l’intérêt de votre image médiatique dans la pensée convenue. Vous avez marqué votre mépris pour ces générations modestes et laborieuses qui ont su construire dans les épreuves comme dans les pages de gloire, en métropole comme en outremer. Le désamour de la France n’est pas digne de votre ambition (Gérard Longuet).

Les ventres de Paris

Traiteur, boulanger, torréfacteur, fromager… Chacun possède ses « bonnes adresses », son fournisseur attitré, réputé dans son quartier, ou au-delà, pour la fraicheur de ses produits, pour leur qualité voire leur originalité. Dans ce domaine, la capitale n’est pas en reste. Petit tour de la ville pour remplir son assiette.


Il existe une géographie sentimentale de la ville qui ne peut s’exprimer que par la poésie, celle éprouvée, au quotidien, par celui qui y vit, et qui sait avoir été peu à peu « façonné » par elle.

Personnages singuliers

Paris, malgré toutes ses blessures, continue à nous inspirer des pensées, des sentiments, des tendresses. En marchant, nous accordons notre respiration à la sienne, nous sentons ses odeurs, nous captons ses lumières et la fatigue que nous ressentons se mue en joie : celle de découvrir un « terroir parisien » toujours existant, toujours renouvelé, plein de ressources et peuplé de personnages singuliers qui sont le sel de cette capitale.

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Ainsi vouons-nous, depuis toujours, une tendresse particulière à ces adresses vieillottes qui ne paient pas de mine, devant lesquelles on passe et qui ne font pas la une des gazettes. Elles ont pourtant traversé le temps ! Je songe à la Boulangerie-Pâtisserie Dupuis, créée en 1980, rue Cadet (dans le 9e arrondissement), dont la spécialité demeure la tarte Tatin. Tous les matins, Monsieur Dupuis pèle plusieurs kilos de pommes à la main. Sa tarte bien caramélisée est exquise réchauffée et servie avec une cuillère de crème fraîche. Je songe aussi à ce petit traiteur grec, Produits de Grèce, ouvert en 1978 rue Lagrange (5e) par les Crétois Dimitri et Fotini Kalantzakis qui furent les premiers à faire découvrir le tarama aux Parisiens… Chez eux, tout est fait maison dès cinq heures du matin (aubergines farcies, moussaka, gâteau moelleux traditionnel à l’orange et au yaourt). Leur cuisine n’est pas grasse et leurs produits sont tous délicieux, à l’image de l’huile d’olive de Crète (« c’est un cousin qui la fait »), ou du miel de thym et de la confiture de pétales de rose faite par des moines du Péloponnèse… Dans cet ancien fief des ébénistes et des menuisiers qu’est la rue du Faubourg-Saint-Antoine (11e), j’aime rendre visite, chaque dimanche, à un couple charmant, Sebastina et Nino Pinna, deux Sardes dont les gnocchis, les raviolis et les lasagnes maison sont toujours un régal. Créée en 1986, leur boutique, réputée dans tout le quartier, s’appelle Soboa (« la jeune fille » en patois sarde).

Le second plus ancien marché de Paris

À cent mètres de là, c’est toujours un bonheur que d’aller s’immerger dans le petit « village » d’Aligre. Né en 1618, ce marché (le plus ancien de Paris après celui des Enfants-Rouges) était alors situé hors de la capitale, face à l’abbaye Saint-Antoine-des-Champs (devenue l’hôpital Saint-Antoine). Il était tenu par les bouchers qui louaient le terrain aux religieuses. Peu à peu, il fut envahi par les marchands ambulants et les vendeurs de foin auprès de qui venaient s’approvisionner tous les propriétaires de chevaux de Paris. Accueillant toutes les classes sociales, Aligre se visite aujourd’hui comme un écomusée vivant (à l’image de sa célèbre Graineterie, la dernière de Paris, fondée en 1895), dont la singularité est de regrouper trois marchés en un : le découvert (destiné aux fruits et légumes), les puces et les fripes (où les « gens de peu » viennent se meubler et se vêtir pour pas cher) et le marché couvert (plus chic) inauguré en 1781 sous le nom de marché Beauvau. C’est là, sous sa charpente en bois, que s’est installé en août 2020 le torréfacteur irlandais Joseph Loughney. Ce Dublinois massif a appris l’art du « café de spécialité » en Australie avant de faire le tour du monde des meilleurs producteurs de café. Vêtu d’un tablier en cuir, il torréfie lui-même chaque jour ses somptueux crus du Honduras, d’Éthiopie et du Costa-Rica, dont il cherche à exprimer l’âme naturelle. Le dimanche matin, son échoppe bondée attire tous les artistes, écrivains et journalistes du faubourg Saint-Antoine, comme si le centre de gravité culturel de Paris était insensiblement passé ces dernières années du 6e au 11e arrondissement… Il y a dix ans, Paris passait encore pour être la capitale où le café était le plus médiocre ; aujourd’hui, on y compte des centaines de lieux où le café d’exception est honoré, à l’image de l’atelier de torréfaction de Joseph Loughney auquel il a donné le joli nom d’Early Bird.

La ville a été inventée pour répondre aux besoins du ventre, du cœur et de la tête, c’est pourquoi nous lui sommes soumis à la façon d’une ruche. Quand j’ai besoin d’un produit précis, ma boussole m’indique toujours une adresse infaillible. Ainsi, pour trouver le meilleur riz du monde, je vais à l’épicerie Nishikidôri, rue Villédo (près du Palais-Royal) : le riz japonais cultivé en terrasse est unique par sa pureté, son goût rond et sa délicatesse. Il faut le rincer plusieurs fois avant de le cuire à la vapeur sans sel. Le lendemain, on peut griller les restes à la poêle avec du beurre, de l’ail, du gingembre frais, des herbes, des champignons et du vinaigre de riz : un régal ! Si j’ai besoin d’olives noires de Sicile, croquantes et gorgées de jus, je vais rue Sainte-Marthe (10e) à La Tête dans les Olives, fondée par Cédric Casanova qui avait commencé sa carrière dans le cirque (encore un sacré loustic !). Si je veux offrir un beau bouquet de fleurs, je me rends chez Stanislas Draber, rue Racine, près de l’Odéon. Cet ancien parfumeur de chez Guerlain a ouvert sa boutique dans un atelier de sculpteur où il propose les plus belles fleurs de saison, cultivées en plein champ par des petits producteurs d’Île-de-France, coupées à la main le matin même. Des raretés pleines de parfums, alors que la plupart des fleurs, importées des Pays-Bas, ne sentent rien et ne suscitent aucune émotion.

Mais le plus beau de tous les commerces, c’est la fromagerie, qui n’existe qu’en France, et que l’on admire à l’égal d’une bijouterie de luxe. La Fromagerie Goncourt, rue Abel-Rabaud (11e) a été créée par le jeune Clément Brossault qui était contrôleur de gestion à la Société Générale avant d’être licencié à la suite de l’affaire Kerviel. Clément est alors parti à vélo du canal Saint-Martin faire le tour de France des producteurs de fromages (3 500 kilomètres !). Un an après, il a ouvert sa boutique. On est émerveillé par la pureté et la précision de ses fromages de saison au lait cru qu’il sait affiner avec douceur : je vous recommande notamment son bleu de Gex, son gaperon fermier d’Auvergne à l’ail et au persil, sa tomme de brebis d’estive du pic du Midi, et son soumaintrain de l’Yonne.

Et il y aurait encore tant d’adresses à donner…


Boulangerie-Pâtisserie Dupuis, 13, rue Cadet, 75009 Paris.

Produits de Grèce, 15, rue Lagrange, 75005 Paris.

Soboa, 187, rue du Faubourg Saint-Antoine, 75011 Paris.

Marché d’Aligre, place d’Aligre, 75012 Paris.

Nishikidôri, 6, rue Villédo, 75001 Paris.

La Tête dans les Olives, 2, rue Sainte-Marthe, 75010 Paris.

Stanislas Draber, 19, rue Racine, 75006 Paris.

La Fromagerie Goncourt, 1, rue Abel-Rabaud, 75011 Paris.

Un dimanche soir dans le Comté de Midsomer

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Ce soir, France 3 diffuse le dernier épisode de la 24ème saison de l’inspecteur Barnaby. Monsieur Nostalgie essaye de comprendre la mécanique télévisuelle du dimanche soir. Ses rites et son onde qui rappellent l’enfance !


Un dimanche devant la télé répond à des règles, un ordonnancement bien précis hérité d’il y a très longtemps, plus de quarante ans. Chaque petit Français, surtout si on était en hiver et s’il habitait loin des centres urbains et des loisirs à profusion, devait enjamber cette journée particulière, exagérément longue et interminable, inactive et accessoire où rien ne se passait. C’est parce que rien ne se passait, qu’aucun événement venait perturber la douce léthargie des existences raisonnables que la télévision capitale à notre survie en profitait pour nous imposer son rythme, ses répétitions, ses moments de dérapages plus ou moins contrôlés et son actualité molle. Nous étions prisonniers de cette grille et nous finissions par aimer cette rengaine infernale.

Le confort de l’habitude

Il ne fallait surtout pas s’amuser à intervertir les émissions ou à supprimer une série américaine, nous foulions les mêmes terres avec une régularité exemplaire. L’habitude est le confort des peuples jadis civilisés. La télé nous aidait à traverser cette journée de repos, les enfants et les vieillards subissaient alors le même traitement. Il n’y avait pas alors conflit générationnel car nous partagions les mêmes programmes. Les trois chaines structuraient notre espace d’évasion et nous apportaient sur un plateau des sujets de conversation. Cette journée sans fin, qui chaque dimanche, avait le même goût, le même parfum, la même couleur n’était pas un supplice pour autant ; au contraire, sa mécanique lancinante était une borne, un socle sur lequel nous pouvions laisser notre esprit dériver à la fainéante. C’était une aire sous contrôle, la mort ne nous attendait pas au tournant de la rue. Aucune surprise, aucun drame, aucune irruption désagréable de la réalité ne viendraient corrompre notre dimanche. Ce jour était figé à jamais dans des tons gris et vaguement somnolents. Et cette grisaille, nous l’avons comprise bien plus tard, n’est pas un signe d’aphasie, de tristesse ou d’abandon, elle serait plutôt une parka chaude qui protège et réconforte. Une Atlantide.

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Nos dimanches n’étaient pas agressés par les infos en continu, par la déliquescence du monde extérieur, par le fracas des individus en proie à une violence exacerbée. La seule violence admissible à cette époque-là était Starsky et Hutch coursant des méchants au volant d’une Torino à bande blanche. L’ennui était le luxe des nations apaisées. Le dimanche 17 février 1985, par exemple, au hasard, nous nous calions dans un canapé et entamions un marathon télévisuel. Le sport était déjà roi. La gym tonic nous venait d’Amérique. Jean-Michel Leulliot officiait sur la Une et Robert Chapatte à Stade 2. Jacques Martin prenait l’antenne à 11 h 15 pour ne la rendre qu’à l’heure de l’apéro, Sacha Distel de sa voix de velours faisait tourner les têtes de nos grands-mères. Tout ça était prévisible, huilé, et hautement estimable.

Vieilles recettes

Notre dimanche roulait, les heures défilaient, rendant la perspective du lundi matin douce-amère, avec un mélange à la fois d’anxiété et d’excitation. La recette n’a pas changé. France 3 est fidèle à cette diésélisation des mentalités, nécessaire à l’édification d’un peuple heureux. Espérons qu’elle continue sur cette lancée et qu’elle n’invente pas un programme « disruptif », maladie sénile du progressisme. Ce soir, la chaîne publique diffuse le quatrième et dernier épisode de la 24ème saison de « Barnaby » intitulé « Un climat de mort ». L’inspecteur et son adjoint seront une fois de plus les piliers et les garants de notre sécurité. Dans Barnaby, série vendue partout sur la planète, les morts sont nombreuses et étranges, la résolution de l’enquête n’arrive qu’à partir du troisième ou quatrième cadavre. Le téléspectateur n’est pas pressé. Chez « Barnaby », la mort est anecdotique, elle a presque un ressort comique. Car nous savons qu’à Causton, dans le Comté de Midsomer, rien n’est vraiment vrai, ni grave. La série est tellement ancrée que John Barnaby (Neil Dudgeon) a remplacé son cousin Tom Barnaby (John Nettles) au bout de 13 saisons. L’alternance s’est faite sans un couac, nous avons même assisté à leur cohabitation. On ne badine pas avec la démocratie au Royaume-Uni. Aujourd’hui, on visite ce village comme le parc Astérix, des cars entiers veulent sentir l’ambiance frissonnante des cottages et d’un voisinage inquiétant. Une 25ème saison est en préparation. Nos dimanches sont donc sauvés !

Tendre est la province

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Haro sur le Bayrou!

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Mediapart, qui bien sûr ne roule pas pour l’extrême-gauche déçue de ne pas être aux manettes, sort en toute objectivité une enquête qui tente de mettre en cause François Bayrou dans une affaire de maltraitances supposées. Et les grands médias, qui n’ont apparemment pas d’autres chats à fouetter à un moment où J.D. Vance envoie balader l’Europe en général et l’Ukraine en particulier, brodent à l’infini sur une « affaire » montée de toutes pièces. Alors notre chroniqueur ironise…


Le Figaro vient opportunément de sortir le rapport de l’Inspection Générale issu d’une enquête opérée il y a 25 ans dans l’institution scolaire de Bétharram. Un rapport diligenté par l’Education nationale, alors dirigée par François Bayrou : le ministre, alerté par les rumeurs et par une plainte déposée par un parent d’élève, n’avait pas hésité à lancer les inquisiteurs de l’Education nationale sur cette cité scolaire privée aux méthodes quelque peu archaïques. Est-ce là le réflexe d’un homme qui se sent coupable ?

On ne saurait le lui reprocher, n’en déplaise aux ayatollahs de Mediapart / LFI, qui soulignent, scrogneugneu, que le ministre y avait inscrit certains de ses enfants (et comme il l’a fait remarquer, quel malade mettrait ses gosses dans une institution que l’on soupçonne de crimes sexuels ? Pas même les gens de LFI…), et que son épouse y dispensait des cours de catéchisme — au lieu d’enseigner la vulgate du lambertisme. Haro !

Que dit ce rapport ? « Notre-Dame de Bétharram n’est pas un établissement où les élèves sont brutalisés », affirme l’inspecteur. Il ajoute que « tous ceux » qu’il a entendus, à l’exception d’un, « plus nuancé », vivent leur scolarité « très normalement », « sans subir de châtiment corporel et dans un climat de confiance ».

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Alors certes, un surveillant a eu la main un peu leste — ce qui arrivait journellement dans les années 1960, époque lointaine où Bétharram, qui n’est pas exactement à la pointe des pédagogies nouvelles, semble s’être arrêté. So what ? « Selon le représentant des victimes, précise France 3-Régions, cette violence constituait  « l’ADN de cet établissement ». C’est pour ça que nos parents, parfois, nous y mettaient ! Pour redresser soi-disant les enfants pas sages ! Le règne du silence, c’était, Bétharram ».

C’était il y a presque trente ans. Alors oui, Bétharram était passé à côté de l’élève au centre acteur de son propre savoir, selon la formule instaurée par la loi Jospin en 1989. Et ses enseignants n’avaient pas été formés dans les IUFM nouvellement créés…

Sauf une, apparemment :

« Le rapport s’intéresse ensuite à une professeur de mathématiques. Il s’agit de Mme G., enseignante qui a témoigné dans ce même article de Mediapart mettant en cause l’actuel Premier ministre, François Bayrou. En juillet 2024, elle s’était aussi exprimée dans Le Point, dénonçant des maltraitances sur les élèves. L’enseignante qui a travaillé dans l’établissement de 1994 à 1996, assure dans ces médias en avoir parlé à l’époque de vive voix à François Bayrou. Le rapport d’inspection évoque justement son cas. Le 6 avril 1996, blessée par un élève sorti en courant d’une salle de cours, elle a demandé à son avocat de porter plainte.

L’inspecteur décrit une professeur qui « connaît de sérieuses difficultés dans ses classes ». Les témoignages de « ses collègues professeurs montrent qu’[elle] est arrivée dans ce collège avec un état d’esprit très négatif. Elle aurait exprimé son intention de « démolir Bétharram » considérant que cet établissement utilise des méthodes d’un autre âge », constate le rapport, avant d’affirmer qu’elle n’a pas été agressée. Il recommande de « trouver une solution afin que Madame G. n’enseigne plus dans cet établissement ». »

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Sans doute en est-il allé ainsi, sinon Mme G. n’aurait pas en elle autant de hargne recuite. Sinon elle n’aurait pas tiré les sonnettes de la presse — mais en 2024, on ne s’intéressait pas encore à Bayrou. Il a fallu que le Béarnais devienne Premier ministre, en lieu et place de Mélenchon, pour qu’un média (part) ramasse sa rengaine dans le caniveau.

Peut-on reprocher quoi que ce soit au ministre qui a diligenté l’enquête ? Certes, le rapport est rédigé par de hauts fonctionnaires, et pas par les amis de Louis Boyard, le recalé de Villeneuve-Saint-Georges, ou de Sébastien Delogu, récemment condamné pour violences envers des enseignants à Marseille, et partisan d’affecter la vente de drogues légalisées aux narco-trafiquants. Deux grandes consciences de notre démocratie chancelante, comme on voit. Faut-il les affecter à une contre-expertise, puisque leur parti réclame une enquête parlementaire ?

On se souvient de la Fontaine, dans « Les Animaux malades de la peste » : « À ces mots, on cria Haro sur le baudet ! » À tout pouvoir et à tout contre-pouvoir, il faut un bouc émissaire. Le maire de Pau et actuel Premier ministre passe pour un maillon faible d’une droite incertaine. Mais c’est une feinte : moi qui le connais un peu, je peux affirmer que le Gascon est plus fin, plus adroit manœuvrier et in fine plus courageux que les hyènes qui lui courent aux basques.

L'école sous emprise

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Fraude et piratage: l’Arcom aux abonnés absents

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© Mourad_ALLILI/SIPA

La nouvelle plateforme de diffusion de la Ligue 1, DAZN, refuse de payer une partie des droits TV qu’elle doit, reprochant un manque d’investissement marketing des clubs et de la Ligue de football professionnel. Mais, le manque à gagner provient surtout de l’offre initiale à 30€/mois qui avait entrainé fraudes et piratage massifs. L’Arcom ne semble pas disposée à agir contre ces abus.


Le foot français est dans ses petits souliers (à crampons). Le groupe anglais DAZN qui a acheté les droits de retransmission du championnat de France ne veut plus cracher au bassinet de la Ligue de football professionnel (LFP), et traîne des pieds pour honorer ses engagements, faute d’un nombre d’abonnés suffisant et rentable.

Parmi les griefs du groupe anglais, le piratage des matches de foot, qui siphonne le réservoir des abonnés potentiels. Et le directeur général de DAZN-France, Brice Daumin, dans un entretien au Figaro, a dénoncé la passivité de l’Arcom, le gendarme du PAF (paysage audiovisuel français), qui les samedis et dimanches, jours de match, est aux abonnés absents : « L’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, ne travaille pas les week-ends. En Angleterre, on est capable de bloquer 10 000 liens en deux jours, en Italie, c’est 18 000. Et l’Arcom, c’est 5 000 par an. Autrement dit, l’Italie réalise en un week-end ce que l’Arcom met trois ans et demi à faire !1 »

Il faut dire que protéger les intérêts du foot n’est pas la préoccupation première de l’Arcom, Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique. Plutôt que de traquer les pirates de l’audiovisuel, elle préfère poursuivre et sanctionner les chaînes qu’elle ne juge pas politiquement correctes ; C8 et Cyril Hanouna en ont fait les frais, qui après avoir été condamnés à de lourdes amendes, se font aujourd’hui lourdés du PAF, C8 n’étant plus autorisé à émettre… ses critiques contre le gouvernement.


  1. https://www.lefigaro.fr/medias/droits-tv-de-la-ligue-1-on-ne-resout-jamais-rien-devant-un-tribunal-estime-brice-daumin-directeur-general-de-dazn-20250212 ↩︎

L’homme, ce romantique…

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© D.R.

Aux États-Unis, l’IA est une alliée contre la solitude, offrant aux hommes seuls des partenaires robotiques sans revendications quant à la répartition des tâches. Après tout, la place du robot, c’est dans la cuisine…


Aux États-Unis, de plus en plus d’hommes sont célibataires. Si certains le sont malgré eux, d’autres ont fait le choix d’éviter les possibles inconvénients d’une vie de couple régie par les nouvelles sommations féministes sur la répartition de la « charge mentale » et le partage des tâches domestiques.

Bien sûr, certains jours, même le célibataire le plus endurci peut finir par regretter l’absence d’une épouse imaginée idéalement amoureuse, attentive et compréhensive. Le doute s’installe. L’homme s’interroge, hésite, finit par envisager la possibilité d’une vie de couple en bonne et due forme – avec tous les risques que cela comporte, selon lui. Que faire ? Que ne pas faire ? Un beau jour, une lueur d’espoir apparaît finalement sous la forme d’un prospectus publicitaire vantant les produits d’une entreprise ayant créé une gamme de robots humanoïdes issus de l’IA.

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« Pour faire face à l’étourdissante épidémie de solitude », Realbotix propose en effet des « robots-partenaires romantiques ». Pour 12 000 dollars, le client peut obtenir, pour l’installer par exemple sur la table de sa cuisine, le buste d’une ravissante jeune femme capable de converser avec lui pendant qu’il dîne. Le modèle de luxe – prévoir 175 000 dollars ! – bouge, parle, « se souvient de qui vous êtes, peut agir comme une petite amie et avoir des conversations de nature intime », assure Realbotix.

L’entreprise de robotique affirmant, par ailleurs, pouvoir reproduire des célébrités, le célibataire se prend à rêver. Il imagine une idylle avec le sosie androïde d’une actrice qu’il admire. Il n’est d’ailleurs pas impossible que cela finisse par un mariage : « Dans les deux ou trois prochaines décennies, certains États, au moins aux États-Unis, autoriseront les mariages avec les robots », prédit David Levy, auteur du livre Love and Sex with Robots.

Mais… des féministes radicales annoncent d’ores et déjà qu’elles veilleront à ce que ces nouveaux phénomènes ne perpétuent pas les « fantasmes sexuels agressifs » des hommes et les inégalités dans l’espace domestique. Décidément…

Trump, Poutine et l’Ukraine: l’Europe doit faire de la « muscu »

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Le Vice-président des Etats-Unis d'Amérique J.D. Vance prononce un discours à la "Munich Security Conference" Allemagne, 14 février 2025 © Sven Hoppe/DPA/SIPA

C’était le massacre de la Saint-Valentin! Alors que l’Arabie saoudite semble jouer un rôle clé dans les négociations de paix entre la Russie et l’Ukraine orchestrées par Donald Trump, le vice-président américain JD Vance a provoqué un électrochoc en dénonçant, le 14 février lors de la Conférence de Munich, l’affaiblissement des valeurs démocratiques sur le Vieux continent et l’incapacité des Européens à assurer leur propre sécurité. Grande analyse.


La semaine dernière, en l’espace de trois jours, Donald Trump a plongé les dirigeants européens dans un état à la fois de perplexité, d’indignation et d’angoisse existentielle. La plupart des leaders de l’Europe – c’est-à-dire de l’UE et du Royaume Uni – sans parler du commentariat des médias traditionnels, se sont mis à courir dans tous les sens comme des poules mouillées en criant que le président Trump avait cédé l’Ukraine à Vladimir Poutine, qu’il avait lâchement abandonné ses alliés du Vieux Continent, et qu’il allait laisser tomber l’OTAN. Certains ont même dressé une comparaison entre Trump et le Premier ministre britannique, Chamberlain, accusé par la postérité d’avoir cédé, de manière pusillanime, à toutes les exigences d’Adolf Hitler en 1938. La conférence sur la sécurité de Munich arrivant en fin de semaine, des références à l’« esprit munichois » se sont multipliées.

Une « surprise » annoncée depuis longtemps

La séquence en question a été initiée le 12 février quand le secrétaire à la Défense de M. Trump, Pete Hegseth, a tenu un discours au siège de l’OTAN à Bruxelles. Il a indiqué sans ambages que, pour arriver à un accord de paix entre l’Ukraine et la Russie, le pays de Volodymyr Zelensky devrait abandonner l’objectif de retrouver ses frontières d’avant 2014, qu’il ne deviendrait pas membre de l’OTAN et que sa sécurité devrait être garantie par des troupes au sol européennes plutôt qu’américaines. A peine le public de M. Hegseth avait-il commencé à digérer ces paroles, que Donald Trump a annoncé sur son réseau, Truth Social, qu’il venait d’avoir un long appel téléphonique avec Vladimir Poutine. Les deux dirigeants s’étaient mis d’accord pour lancer des négociations de paix entre la Russie et l’Ukraine. Par la suite, M. Trump a ajouté qu’il avait appelé M. Zelensky aussi. Ce weekend, les Américains ont annoncé que cette semaine, le secrétaire d’État Marco Rubio, le conseiller à la sécurité nationale Mike Waltz, et l’envoyé spécial de Trump pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, doivent se rendre en Arabie saoudite pour commencer les pourparlers avec les Russes. Il n’est pas encore certain si des représentants de l’Ukraine seront présents. Trump lui-même a parlé de rencontrer Poutine un jour en Arabie saoudite, ce dernier pays ayant visiblement servi d’intermédiaire entre les deux hommes.

Encaissant péniblement le double choc du 12 février, les Européens ont dû subir un troisième le 14, lors d’un autre discours, tenu cette fois par le vice-président américain, J. D. Vance, devant la Conférence de la sécurité de Munich. Ce discours a été vécu comme une véritable agression par ses auditeurs. Évitant de parler de la sécurité au sens conventionnel du terme dans ce milieu, c’est-à-dire des dangers qui menacent l’Europe de l’extérieur, Vance a pointé un danger créé par les Européens eux-mêmes : « Ce qui m’inquiète, c’est la menace venant de l’intérieur. C’est le recul de l’Europe par rapport à certaines de ses valeurs les plus fondamentales, les valeurs qu’elle partage avec les États-Unis d’Amérique ». Parmi ces valeurs, la liberté d’expression, que les élites européennes seraient déterminées à entraver, et la démocratie, que ces mêmes élites auraient bafouée en encourageant une immigration de masse extra-européenne pour laquelle leurs électeurs n’avaient pas voté. C’est ainsi que Vance, au lieu de présenter quelque programme de mesures pour la sécurité, a sermonné ses auditeurs en les appelant à rentrer dans le droit chemin.

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Si beaucoup d’Européens semblaient sonnés, certains, plus lucides, ont rappelé que Trump avait déjà annoncé ce changement de stratégie avant son élection l’année dernière. Le changement était même discernable lors de son premier mandat à partir de 2017. En fait, il remonte plus loin encore dans le temps. C’est en 2011 que Barack Obama avait annoncé ce qu’on a appelé par la suite son « pivot to Asia » : désormais, les préoccupations stratégiques des Etats-Unis se porteraient beaucoup plus sur ce qui se passait dans l’Indopacifique qu’en Europe. Joe Biden a poursuivi ce mouvement. En contournant la France pour créer l’AUKUS avec l’Australie et le Royaume Uni en 2021, il signalait que les Américains avaient désormais d’autres priorités que la sécurité du Vieux Continent. Certes, le massacre de la Saint-Valentin stratégique que les Européens viennent de subir est brutal, mais il n’a absolument rien d’étonnant.

L’art du deal

Comme c’est souvent le cas avec Donald Trump, ses annonces-surprises servent souvent un autre objectif que celui que leur contenu explicite ne semble indiquer. Celles du 12 février montrent surtout que c’est lui qui gère le calendrier des négociations, quelle que soit la durée de ces dernières et quel que soit leur résultat. Ensuite, selon sa méthode de négociation habituelle, exposée dans son livre The Art of the Deal, publié pour la première fois en 1987, les vraies discussions sont précédées par des déclarations extravagantes, voire contradictoires, calculées pour semer la confusion dans la tête des autres et leur mettre la pression. C’est ainsi que son projet affiché pour transformer Gaza en une nouvelle Riviera sans Gazaouis a stimulé l’Égypte et la Jordanie à formuler leurs propres plans pour la reconstruction de la Bande. Toutes ses déclarations récentes, et celles de ses lieutenants, au sujet de l’Ukraine sont destinées à mettre la pression sur les différents – et nombreux – interlocuteurs qui seront impliqués dans la recherche d’un accord pour l’Ukraine.

D’abord, Vladimir Poutine. Beaucoup de commentateurs accusent Trump d’avoir déjà cédé au dictateur russe tout ce qu’il voulait en Ukraine. En fait, le président américain n’a fait aucune véritable concession pour le moment. Il fait miroiter des possibilités : si Poutine s’engage sérieusement dans le processus de paix, il pourra être récompensé par quelque chose qu’il maquillera en victoire dans les médias russes et il pourra faire un retour complet sur la scène internationale, par exemple comme membre d’un G8. Mais en même temps, Trump a déjà menacé de ruiner l’économie russe, qui tient à un fil en ce moment, en faisant baisser le prix du pétrole. La plupart des poules mouillées en Europe ont manqué l’entretien accordé au Wall Street Journal par Vance le 13 février, où le vice-président rappelle que l’Etats-Unis disposent toujours de leviers économiques et militaires pour contraindre Poutine à faire la paix, parmi lesquels l’envoi de troupes américaines en Ukraine. Les Britanniques ont suggéré que, même si l’Amérique n’envoie pas de troupes au sol, elle pourrait fournir une couverture aérienne aux Européens, ainsi que d’autres formes de soutien stratégique. En somme, Trump envoie des signaux contradictoires aux Russes qui indiquent que tout est toujours possible en termes de coopération ou d’hostilité et qu’il est dans leur intérêt de se montrer accommodants.

En même temps, Trump met la pression sur Zelensky pour l’obliger à faire preuve de réalisme. Il est évident que l’Ukraine ne pourra pas récupérer tout le territoire perdu depuis 2014. D’ailleurs, l’Occident – les Américains de Joe Biden et les Européens – n’ont jamais donné aux Ukrainiens ce qu’il leur faudrait pour battre et repousser complètement et définitivement les forces russes. Trump met la pression aussi pour avoir accès aux terres rares qui font partie des ressources minérales de l’Ukraine et qui constituent un enjeu stratégique dans la rivalité entre les Américains et les Chinois. En même temps, il faudrait longtemps – peut-être 15 ans – avant que ces ressources ne soient exploitables commercialement. Enfin, Vance a parlé avec Zelensky à Munich pour tenter de le rassurer dans une certaine mesure.

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Enfin, Trump met la pression sur les Européens pour les obliger à assumer leurs responsabilités en matière de défense – la leur et celle de l’Ukraine dont ils prétendent vouloir garantir la souveraineté. Car, bien que l’Europe ait payé encore plus que les Etats-Unis pour soutenir l’Ukraine sur les plans militaire et économique, elle ne sera jamais en mesure de garantir la sécurité de sa voisine ou même sa propre sécurité, si elle ne s’équipe pas des forces militaires nécessaires pour se faire respecter par tout agresseur potentiel. Après que la Russie a saisi la Crimée en 2014, l’UE s’est contentée d’une série de sanctions inefficaces. Ceux qui ont de la mémoire se souviendront des efforts de l’Allemagne de Mme Merkel et de la France de M. Hollande pour faire respecter par Poutine les termes de l’accord de Minsk 2, datant de 2015. A Bruxelles, M. Hegseth a parlé d’un accord éventuel entre la Russie et l’Ukraine en disant : « Il ne faut pas que ce soit Minsk 3.0 ». Jusqu’à présent, l’UE a été considérée par les Russes – et sans doute par d’autres adversaires potentiels – comme un tigre de papier. Les Américains savent qu’il faut enfin que ce tigre montre de véritables crocs.

L’électrochoc Trump

C’est exactement ce qu’a compris Emmanuel Macron. Certes, on n’est pas souvent très tendre envers le président français dans les colonnes de Causeur, mais cette fois il faut reconnaître qu’il a compris le message de Trump mieux que quiconque. Dans un entretien avec le Financial Times publié le 14 février, il a souligné que Trump avait apporté « un élément de rupture stratégique » susceptible de galvaniser les Européens et de les convaincre – enfin – d’assumer leurs responsabilités. L’action brutale de Trump est pour Macron « un électrochoc ». Pour lui, « nous avons besoin de chocs asymétriques, nous avons besoin de chocs de l’extérieur. C’est un choc exogène pour les Européens ». Et le mot d’ordre est simple : il faut « se muscler ». En termes pratiques, cela veut dire développer en Europe « un tissu industriel et technique de la défense pleinement intégrée ». Emmanuel Macron, qui essaie depuis longtemps de persuader ses homologues européens de changer de politique de défense, voit donc en Trump le soutien dont il a besoin.

Et tout le monde commence lentement à comprendre. D’abord, qu’il faut augmenter les dépenses en matière de défense. Actuellement, en termes de parité de pouvoir d’achat, la Russie dépense plus que tous les États-membres de l’UE réunis. En 2024, la moyenne dans le bloc était de 1,9% du PIB. La France était à 2,1, le Royaume Uni à 2,3%. Keir Starmer parlait vaguement d’augmenter les dépenses à 2,5% sans donner de calendrier. De retour de Munich, il a indiqué à sa ministre des Finances que le budget de la défense devient une priorité. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, affirme que ses membres devraient viser plus de 3%. Ursula von der Leyen a annoncé que les règles fiscales seront assouplies pour permettre aux États-membres d’augmenter leur budget militaire. Ensuite, il ne faut pas seulement dépenser plus, mais faire des choix stratégiques adaptés. Les Européens doivent développer leurs propres industries d’armements, acheter leurs propres armes et même faire des achats groupés. Et tout cela nécessitera des investissements considérables. Mais quand on sait que l’UE a investi plus de 800 milliards d’euros dans son Plan de relance de 2020, peut-on rechigner quand il s’agit d’investir pour garantir la sécurité et la paix ?

Aujourd’hui, Emmanuel Macron organise une réunion au sommet à Paris avec notamment l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, la Pologne, l’Espagne, les Pays-Bas, et le Danemark, ainsi que des représentants de l’Union européenne et de l’OTAN. Ce sera soit le début d’un grand basculement dans la politique européenne, soit un pétard mouillé. Le discours de J. D. Vance, en abandonnant le langage traditionnel des platitudes et des boniments, a indiqué amicalement mais sans ambiguïté, que les Américains ont définitivement perdu patience avec les Européens. Mais si ces derniers se montrent à la hauteur de la situation, l’Oncle Sam ne va pas les abandonner. Car ce ne sera pas Trump qui fera le jeu des dictateurs, mais l’Europe en refusant de « se muscler » ou tardant à le faire. Nous en reste-t-il assez de temps ? 

Certes, ils sont nombreux à dire que c’est comme si nous étions en 1938. Mais on dirait plutôt que nous sommes en 1939.

L’Empire du Bien va peut-être laisser les enfants tranquilles

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Parade de Thanksgiving, New York, 28 novembre 2024 © John Angelillo/UPI/Shutterstock/SIPA

Disney abandonne son programme « Reimagine Tomorrow », une initiative lancée en 2021 pour promouvoir la diversité et l’inclusion dans ses productions. Ce revirement marque un tournant stratégique pour le studio, qui avait intégré ces principes dans plusieurs films récents, avec des résultats mitigés. Donald Trump, de retour à la Maison-Blanche, mène une offensive contre les politiques Diversité Équité et Inclusion (DEI), et Disney devient un symbole de cette bataille culturelle.


Il y a tout juste quatre ans, je regrettais dans ces mêmes colonnes l’enrôlement de la jeunesse par L’Empire du Bien et sa cancel culture…

Je rappelais que les mouvements totalitaires ont partagé ce désir de modélisation des enfants, que cela soit avec les jeunesses hitlériennes (Hitlerjugend) ou les jeunesses soviétiques (Komsomol), et qu’on retrouvait ces ferments dans le mouvement autoproclamé de progressisme libéral du wokisme.

Jeu malsain

Véritable Empire du Bien, pour reprendre l’expression idoine de Philippe Muray, ce nouveau totalitarisme du wokisme est une entreprise d’imposition autoritaire et arbitraire d’une morale victimaire, d’une vérité historique manichéenne et d’un discours inclusif excessif, par des moyens de censure et de bannissement des idées et des individus.

Fort heureusement, l’Empire du Bien se fissure déjà…

En bons soldats, complices du mouvement woke, les marques et entreprises multinationales américaines, ont joué à fond le jeu malsain de ce nouveau puritanisme, notamment en direction des enfants.

Le géant du divertissement pour la jeunesse qu’est Disney n’est pas en reste dans ce combat idéologique en lançant en 2021 le programme de « Reimagine Tomorrow » censé promouvoir la diversité dans les contenus diffusés par des mesures sur les œuvres historiques de la firme ou sur la production actuelle.

On peut citer pêle-mêle, des avertissements (trigger warnings) pour préserver la sensibilité excessive du public en expliquant que des programmes comportent des « descriptions négatives et/ou des mauvais traitements de certains peuples ou cultures ». Cela concerne les Indiens de « Peter Pan », les chats siamois des « Aristochats », et même les corbeaux de « Dumbo » considérés comme une représentation péjorative des Afro-américains… 

Quotas d’homosexuels ou de trans dans les nouvelles fictions

Du côté des nouvelles productions, Disney s’est fait un point d’honneur par exemple à multiplier les personnages LGBT dans ses dessins animés, ou à augmenter la diversité jusqu’à faire interpréter « La Petite Sirène » dans son adaptation filmique par une actrice noire, dans ce qui restera la plus grosse polémique des années de wokisme de la firme.

Toutes les actions de Disney en matière de diversité et de représentation de la diversité ne sont pas forcément à rejeter et peuvent apparaître comme des avancées nécessaires. En effet, une entreprise quelle qu’elle soit peut et doit avoir un rôle citoyen légitime. Cependant, comme dans tout totalitarisme, le wokisme et ses petits soldats ne semblent pas laisser le choix au citoyen et au consommateur.

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Les multinationales se sentant investies d’un pouvoir politique et moral, ont souhaité imposer comment bien se comporter (alors que c’est le rôle des gouvernants) et comment bien penser (au mépris du pluralisme et de la liberté de penser).

Ce risque totalitaire est d’autant plus élevé que la multinationale Disney est d’une certaine façon quasi monopolistique et touche à un public influençable comme la jeunesse.

C’est ainsi que Disney, comme d’autres mastodontes du numérique, ont outrepassé leur rôle économique pour un rôle politique, imposant une vision du monde prétendument progressiste, et portant atteinte gravement aux principes démocratiques.

Retour de manivelle

Mais comme pour les géants de la Tech (voir le dossier spécial de Causeur ce mois-ci) on assiste à un revirement complet outre-Atlantique où les entreprises font volte-face en supprimant, comme vient de le faire Disney le 11 février, leurs programmes DEI sur la Diversité, l’Équité et l’Inclusion.

Le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis, n’y est certainement pas pour rien, lui qui a fait du wokisme une de ses cibles préférées…

Mais on aurait tort d’y voir une simple victoire (ou soumission) au nouveau locataire de la Maison Blanche.

En effet, rappelons une évidence : si Donald Trump est là, c’est parce qu’une grande majorité d’Américains l’a élu. C’est donc aussi qu’une grande majorité d’Américains partagent ses idées, notamment sur la question des excès et délires du wokisme.

Il faut rappeler une seconde évidence : la raison d’être d’une entreprise est de maximiser ses profits et d’être en phase avec la pensée majoritaire des consommateurs.

C’est pourquoi si les multinationales ont pu un temps avoir l’envie de donner du sens à leur action mercantile en se raccrochant au wagon du mouvement en poupe qu’était le wokisme, elles n’auront aucun scrupule à abandonner cette position, si elles constatent, comme c’est le cas pour Disney, que ce n’est plus profitable ni dans l’air du temps… pour le moment ! Car Business is business et Mickey is Mickey !

Touchdown: Journal de guerre

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Le wokisme a encore frappé à Bruxelles: une sculpture trop «patriarcale» remplacée par une «œuvre» féministe

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La Maturité, Victor Rousseau, Bruxelles. Wikimedia commons.

Jugée trop patriarcale, une œuvre abritée dans le square de la Maturité à Bruxelles va être remplacée par des déchets de chantier, ce qui est plus raccord avec notre époque déconstruite.


Le wokisme a encore frappé : à Bruxelles, encore elle, la sculpture portant le joli nom de La Maturité sera bientôt remplacée par une œuvre… « féministe » qui sublime… les « déchets de chantier » – précisons d’emblée que l’objectif de notre réflexion n’est pas de tenter de clarifier le lien entre « féminisme » et « déchets de chantier » ; nous laisserons cette tâche aux esprits plus éveillés et moins étriqués que les nôtres.

Aperçu de ce à quoi pourrait ressembler la future oeuvre. DR.

Cancel culture : oui, mais non…

Peu semble importer que l’œuvre aujourd’hui vouée à la disparition de l’espace public, travaillée dans le marbre de Carrare par Victor Rousseau, figure depuis un siècle près de la Place du Marché au Bois dans le centre de la capitale, non loin de la Gare centrale, les médiocres censeurs de la modernité décadente ont tranché : elle est trop patriarcale. Les autorités bruxelloises ont refusé de la protéger et l’ont donc condamnée au déclassement.

Se tenant aux côtés d’un homme barbu trônant fièrement sur un drap et semblant contempler l’avenir avec assurance, des personnages féminins et… masculins figurent dans diverses positions, agenouillée, assise ou se tenant par la main. Les fleurs qui ceignent le front d’une femme et les éléments végétaux qui forment un tapis structurant, les regards qui tantôt se perdent dans le lointain, tantôt se fixent dans les yeux les plus proches, la nudité plus ou moins affichée rehaussent l’œuvre de différents niveaux de lecture, allant de la contemplation de la Beauté à l’interprétation allégorique.

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Si Victor Rousseau souhaitait une œuvre intemporelle, il ignorait que les adeptes de la cancel culture auraient raison d’elle. Mais pas totalement, nous rassure-t-on, car elle sera officiellement « conservée, restaurée et replacée dans un lieu où elle sera mise en valeur», échappant à sa réduction en gravats, sans doute parce que son auteur fut rattaché au courant progressiste. Celui-ci était un artiste reconnu, remportant le grand prix de sculpture de Rome en 1911. Mais son goût pour l’antiquité greco-romaine et sa conception du corps humain, dans sa nudité, auront eu raison de son talent.

Verbiage

Le « Rückbaukristalle » qui remplacera « La Maturité » sera réalisé par l’artiste d’origine autrichienne Aglaïa Konrad. Celle-ci est spécialisée dans les œuvres mettant en exergue l’espace urbain dans un environnement globalisé – comprenez qu’il n’y a, chez elle, que peu d’appétence pour l’enracinement et la permanence dans le temps. Les premières images de sa « chose » font craindre le pire : on peut y voir des blocs sans âme assemblés verticalement. Tout cela doit officiellement « rendre hommage [aux déchets de chantier] sous une forme tendre et sculpturale” et assurer “une représentation du développement perpétuel d’une ville.” Un charabia finalement aussi incompréhensible que l’œuvre, comme si l’art dans lequel les décadents excellent était celui d’enrober la laideur d’un verbiage dont ils sont les seuls interprètes.

Tout concourt à la déconstruction de l’identité de Bruxelles pourtant riche d’une histoire pluriséculaire : celle-ci est désormais mise à mal par une immigration massive qui sape ses fondements et une insécurité galopante – elle est la deuxième ville européenne où il y eut le plus de fusillades en 2024, derrière Naples et devant Marseille. On pouvait se rassurer en se répétant naïvement que la culture restait, une fois que tout était oublié : il n’en est désormais plus rien, même elle est attaquée au burin progressiste. 


De Soljenitsyne à JD Vance

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Alexander Soljenitsyne aux États-Unis, septembre 1991 © LINE/SIPA, et JD Vance à la conférence de Munich sur la sécurité, Allemagne, 14 février 2025 © dts News Agency Germany/Shutters/SIPA

Le discours de JD Vance qui a choqué les Européens postule également que l’Occident n’est pas condamné à se soumettre à l’émergence du Sud global.


L’Occident a enfin entendu ce que lui a dit Alexandre Soljenitsyne à Harvard, le 8 juin 1978, dans son discours sur le « déclin du courage ». Cette prise de conscience s’est exprimée par la voix du vice-président des Etats-Unis, James David Vance, le 14 février 2025 à Munich. Il y a là plus qu’un écho.

Oh, bien sûr, les deux discours sont différents. L’âme slave, et la soif d’entreprendre américaine. Le dissident exilé, et le vice-président arrivant au pouvoir. L’orthodoxe, et le catholique. Et pourtant. Deux hommes de foi, remarquablement intelligents, se faisant une haute idée de l’Occident, montrant un profond respect envers les peuples occidentaux et envers la grandeur dont ils sont capables, qui nous disent ce que nous devons impérativement entendre.

Le grand frère se fâche

Ne soyons pas naïfs : Vance sert avant tout les intérêts américains, c’est son rôle. Si enthousiasmant soit le trio qu’il forme avec Donald Trump et Elon Musk, si jubilatoire soit leur message « l’Occident est de retour ! » pour quiconque est attaché à notre civilisation, rien ne garantit que les Etats-Unis ne retomberont pas dans quatre ans entre les mains des soi-disant « progressistes », qui restent bien décidés à détruire cette civilisation. Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas nous reposer paresseusement sur le « grand frère » américain, dont l’avenir est encore incertain même s’il y a de bonnes raisons d’être optimiste. D’ailleurs, JD Vance exhorte justement l’Europe à se reprendre en main, à s’assumer, à refuser sa propre relégation aux marges de l’histoire. Il dénonce la soumission à l’immigration massive pour ce qu’elle est : un suicide. Et il invite les dirigeants européens à laisser leurs peuples s’exprimer librement et à les écouter, pour sortir par le haut de la crise démocratique actuelle.

Que le camp « progressiste » qui s’est emparé des rouages de l’UE juge un tel discours hostile en dit long. Et prouve, s’il en était besoin, que ce n’est certainement pas par un ralliement à ce camp, sous quelque prétexte que ce soit, que nous pourrons construire une Europe-puissance : toute puissance mise entre les mains des « progressistes » sera utilisée contre les peuples européens et contre la civilisation européenne, donc contre l’Europe – qu’il ne faudrait surtout pas confondre avec les institutions de l’UE.

A lire aussi, du même auteur: La France, pays des droits de l’homme ou pays des Français ?

On pourra toujours trouver à redire dans les propos de JD Vance, juger sa vision de la démocratie trop optimiste, pour ne pas dire naïve. Il y a du Périclès dans son enthousiasme, et l’hégémonie américaine sur l’Occident a sa part d’ombre, comme l’avait l’hégémonie athénienne sur la Ligue de Délos. Les Etats-Unis considèrent depuis longtemps la planète comme un plateau d’échecs qui leur appartiendrait (mais Trump bien moins que les autres présidents qui se sont succédés dans le bureau ovale depuis la fin officielle de la Guerre froide). La théorie de la « destinée manifeste » et sa religiosité peuvent amuser ou inquiéter. La soumission de l’économie mondiale au dollar ne bénéficie qu’aux Etats-Unis. Imaginer Trump et Poutine organisant un nouveau partage de Yalta – mais cette fois sans Churchill – vaut mieux qu’une Troisième Guerre mondiale, ou que le triomphe du wokisme, de l’islamisme ou des narco-traficants, mais n’a par ailleurs rien de particulièrement réjouissant. Soit.

Mais j’invite vraiment le lecteur à se faire son propre avis, à écouter ou à lire par lui-même le discours du vice-président américain. Ne vous contentez pas de ce que d’autres en disent, pas même moi ! Et vous verrez. Je n’ose y entendre les propos d’un ami : les Etats n’ont pas d’amis, seulement des intérêts. Mais ce sont assurément les paroles d’un authentique allié, qui veut ses alliés forts et dignes, et qui nous pousse à faire dans nos pays ce qu’il vient lui-même de faire dans le sien (Vance ne nie pas les errements qui furent ceux des Etats-Unis), pour relever la tête et renouer avec ce que nous n’aurions jamais dû cesser d’être – avec ce que Soljenitsyne lui aussi nous appelait à redevenir.


Ainsi, à Harvard déjà il était question de liberté d’expression : « On découvre un courant général d’idées privilégiées au sein de la presse occidentale dans son ensemble, une sorte d’esprit du temps, fait de critères de jugement reconnus par tous, d’intérêts communs, la somme de tout cela donnant le sentiment non d’une compétition, mais d’une uniformité. Il existe peut-être une liberté sans limite pour la presse, mais certainement pas pour le lecteur : les journaux ne font que transmettre avec énergie et emphase toutes ces opinions qui ne vont pas trop ouvertement contredire ce courant dominant. » Depuis, la soif de censure de la gauche et de l’extrême-centre ne se cache plus. Souvenons-nous des propos de François Sureau lors de son entrée à l’Académie française en 2022 : « Je ne sais ce que Max Gallo aurait pensé du moment où nous sommes (….) le citoyen réduit à n’être plus le souverain, mais seulement l’objet de la sollicitude de ceux qui le gouvernent et prétendent non le servir, mais le protéger, sans que l’efficacité promise, ultime justification de ces errements, soit jamais au rendez-vous. Non, je ne crois pas que ce disciple de Voltaire et de Hugo se réjouirait de l’état où nous sommes, chacun faisant appel au gouvernement, aux procureurs, aux sociétés de l’information pour interdire les opinions qui le blessent ; (….) où gouvernement et Parlement ensemble prétendent, comme si la France n’avait pas dépassé la minorité légale, en bannir toute haine, oubliant qu’il est des haines justes et que la République s’est fondée sur la haine des tyrans. La liberté, c’est être révolté, blessé, au moins surpris, par les opinions contraires. Personne n’aimerait vivre dans un pays où des institutions généralement défaillantes dans leurs fonctions essentielles, celle de la représentation comme celles de l’action, se revancheraient en nous disant quoi penser, comment parler, quand se taire. »

« Basket of deplorables » et « Gaulois réfractaires »

Depuis que JD Vance s’est exprimé, les dirigeants européens « progressistes » paniquent. Leurs relais parlent « d’ingérence » pour un simple discours, ces mêmes relais qui n’ont jamais rien trouvé à redire à l’authentique ingérence américaine lorsque les milliards de l’USAID alimentaient la propagande de leur camp. Ils tentent de détourner l’attention en la focalisant sur la question ukrainienne, allant parfois jusqu’à sombrer dans le complotisme en accusant Trump et Vance d’être inféodés à Poutine. Aujourd’hui même, le 17 février, Emmanuel Macron organise un sommet européen sur le sujet.

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Il a presque un an, je m’interrogeais sur l’étrange bellicisme de notre président et de ses soutiens dès qu’il est question de l’Ukraine, ou plus exactement sur le contraste flagrant entre ce bellicisme et une pusillanimité systématique dans tant d’autres circonstances. Soyons clairs : ceux qui invoquent de grands principes dès qu’il est question de l’Ukraine mais les « oublient » fort opportunément pour se coucher devant les Comores, l’Algérie, l’Azerbaïdjan, l’Iran, le Qatar, ne sont évidemment pas animés par les principes qu’ils invoquent – pas même dans leur approche de l’Ukraine. Il y a un an, je faisais plusieurs hypothèses sur ce que pouvaient être les motivations d’Emmanuel Macron et des « progressistes ». Avec le recul, j’en retiens surtout deux : « un prétexte pour transférer toujours plus de pouvoir aux institutions non-élues de l’UE au détriment de la démocratie, et sans doute renforcer le contrôle de l’information ; l’appétit pour les opportunités qu’une « économie de guerre » offrirait à Bercy. » Et j’en ajoute aujourd’hui deux autres.

La première est la fin de l’USAID. Les « progressistes » gouvernent contre les peuples, par définition : des deux côtés de l’Atlantique, ils veulent imposer ce qu’ils appellent « progrès » aux « basket of deplorables » et aux « Gaulois réfractaires ». Ils ne sont au pouvoir que grâce à une propagande éhontée, imposée dès l’enfance. Or, nous découvrons aujourd’hui que cette propagande bénéficiait très largement de l’USAID, voire en dépendait. La fin de l’USAID, le fait que les GAFAM et même Disney affirment renoncer à leur obsession pour la politique wokiste dite DEI (Diversité, Equité, Inclusion), montre aux « progressistes » européens que leur pouvoir vacille, et que l’un des principaux piliers de leurs situations confortables disparaît. Il leur faut donc de toute urgence un prétexte pour raffermir leur contrôle sur des peuples qui, si la propagande permanente ne les endort plus, pourraient bien leur demander des comptes.

La seconde est, peut-être, encore plus importante : Donald Trump, James David Vance et Elon Musk prouvent au monde entier que l’action est possible, et donc que si nos dirigeants ne font rien ce n’est pas parce qu’ils ne le peuvent pas, mais parce qu’ils ne le veulent pas. Que ce soit parce que la tiers-mondisation de nos pays sert leurs intérêts, ou parce qu’ils sont trop lâches pour s’y opposer. Depuis le 20 janvier 2025, l’Amérique nous montre qu’il n’y a pas de « sens de l’histoire » auquel il faudrait impérativement se plier, que le désenchantement n’est pas inéluctable, que le déclin de l’Occident devant le « Sud global », et la soumission des peuples occidentaux à la « diversité », ne sont pas une fatalité. Qu’un peuple qui relève la tête peut redevenir maître de son destin. Voilà ce que craignent plus que tout les « progressistes » : que les peuples européens relèvent la tête. Et c’est précisément ce à quoi Soljenitsyne et Vance nous invitent.

Le déclin du courage: Discours de Harvard, juin 1978

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Hillbilly Elegy: A Memoir of a Family and Culture in Crisis

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Conseil Constitutionnel, référendum: Macron ou l’horreur du vide

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Ricahrd Ferrand et Emmanuel Macron, Paris, 20 février 2019 © Erez Lichtfeld/SIPA

A l’exception de Philippe Bas qui semble faire l’unanimité, tous les noms proposés pour rejoindre les Sages du Conseil constitutionnel font polémique. Pendant ce temps, le locataire de l’Elysée se demande quelle question il pourrait bien soumettre à référendum.


Alors que la fin de son mandat se rapproche, Emmanuel Macron ne sait plus quoi penser pour faire oublier que, de par la cohabitation d’un autre type qu’il a provoquée, sa présidence est réduite à une sorte de néant qu’il assume de façon erratique. Et l’on passera sur les images délirantes et dégradantes qu’il a mises sur les réseaux le mettant en scène pour illustrer l’IA son nouveau cheval de bataille.

C’est donc sur le Conseil Constitutionnel (CC) et, une fois encore sur le référendum, que l’actuel locataire de l’Elysée se défoule.

Quant au CC, le mandat de Laurent Fabius, nommé par F. Hollande en 2016,  à la tête du Conseil arrive donc à son terme. Que l’on apprécie ou pas l’ancien Premier ministre, on ne peut contester ses qualités en matière institutionnelle. Enarque, conseiller d’Etat de formation, il a été ministre à plusieurs reprises et surtout à Matignon. Ainsi qu’il l’a confié durant un colloque voici quelques années déjà, il « apprit aussi beaucoup de la Constitution aux côtés de Mitterrand et Charasse ».

Déséquilibre

Bien évidemment sous sa présidence, la jurisprudence du CC a plutôt penchée nettement du côté « droit de l’hommisme ». Les dernières décisions en attestent (y compris sur le concept de fraternité ou le suivi des terroristes sortant de prison). Tous les analystes autorisés se rejoignent pour dire que, jusqu’en 2019 date de l’arrivée d’Alain Juppé, l’ancien maire du Grand-Quevilly règne en maitre sur le Conseil. Il n’y a en effet pas un seul juriste digne de ce nom dans ce cénacle (anciens magistrats, avocats, fonctionnaire parlementaire, élue locale). On veut dire par là qu’il n’y a plus au Conseil un seul constitutionnaliste. La dernière fut Nicole Belloubet, professeur de droit public (dont l’activité scientifique est tout de même réduite à la portion congrue) de 2013 à 2017. Et pourtant au sein des neuf Sages, il y eut des personnalités éminentes du droit public mais aussi du droit privé. Pas moins de douze professeurs, essentiellement de droit public, depuis la création du Conseil constitutionnel, ont accédé à l’institution. Si l’on ne devait en citer qu’un seul, ce serait le doyen Georges Vedel, que nous avons eu l’honneur de connaitre. Si le droit avait un prix Nobel, il lui serait revenu sans conteste. L’influence du doyen Georges Vedel sur notre droit a été décisive. Il a apporté au droit administratif, au droit constitutionnel et à la science politique un enrichissement sans borne. Plus particulièrement, il a marqué également de son empreinte son passage au Conseil constitutionnel. Georges Vedel a été nommé comme membre en février 1980 par le président Valéry Giscard d’Estaing, sur une suggestion, dit-on, de Raymond Barre. Au demeurant, il est seulement, au moment de son entrée en fonction, le 6ème professeur de droit, après René Cassin, Marcel Waline, François Luchaire, Paul Coste-Floret et François Goguel à avoir été désigné membre du Conseil constitutionnel. Toutefois, la pratique des nominations semble implicitement obéir aussi  à des « quotas » de manière à préserver les équilibres selon les spécialités ou les fonctions occupées avant l’entrée en fonction des membres. De fait, une place reviendrait donc à un universitaire. Ainsi, au titre des professeurs de droit, Georges Vedel succède à François Goguel et il sera lui-même remplacé, à sa sortie en février 1989, par Jacques Robert. Lui-même étant remplacé par notre maitre Jean-Claude Colliard. N’oublions pas non plus dans cette galerie de grands conseillers, Robert Badinter professeur de droit privé. Il s’avère que la contribution de ces universitaires à l’élaboration et à l’essor des méthodes de travail et de la jurisprudence du Conseil constitutionnel a été considérable, au point d’approfondir les rapports entre fonction doctrinale et fonction de juger. Mais étant donné que, et même la présence de Mme Belloubet n’y a rien changé, il n’y a plus ce genre de membres, il ne faut pas s’étonner que la jurisprudence du Conseil ait assez largement perdu en qualité. Le plus souvent des décisions militantes ont succédé à des décisions structurantes.

Alors E. Macron a donc décidé de récompenser un des derniers grognards de sa campagne de 2017 : Richard Ferrand. Comme l’ont souligné la majorité de nos collègues, ce choix traduit davantage une amitié politique qu’un arbitrage fondé sur les compétences et garantissant l’autorité institutionnelle des Sages. Bien sûr des présidents ont déjà nommé des proches. Ainsi Mitterrand avec Badinter et Charasse. On a parlé ci-dessus des qualités éminentes du premier. On ne peut nier celles du second, praticien hors pair de la constitution. Bien évidemment ils étaient des socialistes bons teints. On fera une exception avec Roland Dumas. Avocat certes. Mais qui était considéré comme fort sulfureux. Mitterrand avoua un jour : « j’ai deux avocats : Robert Badinter pour le droit et Roland Dumas pour le tordu ».

Chirac ne dérogea pas à la nomination de proches avec notamment Pierre Mazeaud et Jean-Louis Debré. On ne peut reprocher à ceux-ci de ne pas être juristes et des connaisseurs éclairés du texte constitutionnel. Le second étant même né dedans en quelque sorte (titulaire d’une thèse de droit relative aux idées constitutionnelles du général de Gaulle).

Emmanuel Macron fait partie de ces présidents qui, depuis Nicolas Sarkozy, ne connaissent strictement rien à notre texte fondamental. Rappelons tout de même que Richard Ferrand est un des personnages centraux de l’ « Affaire des Mutuelles de Bretagne » (qui débute en 2010). En octobre 2022, la Cour de cassation confirme la prescription des faits sans conclure sur le fond de l’affaire. L’arrêt de la Cour devrait mettre fin aux poursuites contre Richard Ferrand. Il existe aussi des soupçons d’emploi fictif de son fils et d’un proche à l’Assemblée nationale. De même citons un achat immobilier avec son indemnité de représentation parlementaire.

A lire aussi, Jean-Eric Schoettl: Loi immigration : désaveu d’échec

Alors non seulement ce personnage est un ami proche du chef de l’Etat mais il est aussi sulfureux. Surtout, s’il a fait un peu de droit à Toulouse et Paris V (en tout deux ans), il est avant tout un peu entrepreneur mais surtout apparatchik socialiste qui va monter les échelons de l’élu local puis, en 2016,  découvrir et œuvrer pour la macronie. Son seul titre de gloire est d’avoir été porté par celle-ci à la tête de l’Assemblée nationale de 2017 à 2022. Il y sera le défenseur zélé de son mentor élyséen. Cet homme a-t-il seulement lu une seule fois notre Constitution ?

Rappelons qu’au titre de l’art. 13 C le Parlement peut contester cette nomination puisqu’en son ultime alinéa il est précisé : « le pouvoir de nomination du Président de la République s’exerce après avis public de la commission permanente compétente de chaque assemblée. Le Président de la République ne peut procéder à une nomination lorsque l’addition des votes négatifs dans chaque commission représente au moins trois cinquièmes des suffrages exprimés au sein des deux commissions ». Dans le cas de Richard Ferrand ça le mériterait.

Avec une présidence pareille, le CC est en danger. Déjà que, selon nous, il dérive gravement contre notre société. Droits humains prennent le pas sur les droits des citoyens.  Nous reprenons pleinement à notre compte l’analyse de Jean-Eric Schoettl. Le Conseil comme le Conseil d’Etat d’ailleurs se fourvoient trop souvent depuis quelques décennies. On en arrive de toute évidence à quelque chose de grave : une Démocratie au péril des prétoires (Gallimard, « Le Débat », 2022).

Il va y avoir d’autres nominations. Mme Braun-Pivet a annoncé Laurence Vichnievsky. L’ancienne juge (affaire Elf) et ex-député Modem du Puy-de-Dôme qui n’a pas plus de références constitutionnelles (voire moins) que Mme Luquiens qu’elle doit remplacer. En revanche M. Larcher devrait se tourner vers Philippe Bas, conseiller d’Etat, sénateur, qui dirigea le Secrétariat général de l’Elysée sous Chirac et fut aussi son ministre. Son expertise ainsi que ses rapports font autorité (rappelons celui sur l’affaire Benalla). C’est la seule de ces trois nominations qui fera, à coup sûr l’unanimité.

Référendum : le président s’amuse !

La seconde grande affaire d’Emmanuel Macron (avec l’IA) c’est une fois encore le référendum. Nous l’avons souligné à plusieurs reprises dans ces colonnes, le président « s’amuse ». Il ne sait plus quoi faire pour recoller à une opinion qui lui a complètement échappé. Ainsi d’ici au début du printemps, il aura arrêté sa réflexion sur le ou les sujets sur lesquels il veut consulter les Français. Il l’avait déjà évoqué le 31 décembre dernier. Il se trouve que depuis vingt ans exactement, il n’y a plus eu de référendum en France. Le dernier date du 29 mai 2005. Jacques Chirac avait alors soumis à ratification le projet de traité constitutionnel européen, élaboré durant les mois précédents. 54,7% des Français avaient rejeté celui-ci. Par la suite, ce « non » inattendu avait généré un profond traumatisme. Ni Nicolas Sarkozy ni François Hollande n’avaient voulu rééditer l’expérience malheureuse de leur prédécesseur, qui après ce désaveu avait connu une fin de présidence sans rebond possible.

Deux choses essentielles doivent habiter l’esprit, un peu agité en ce moment, du chef de l’Etat. D’abord que, vu l’état de défiance que lui voue l’opinion (moins de 20% de soutiens), quelle que soit la question posée, le Non risque de l’emporter. Car, les votants s’intéresseront plus à celui qui pose la question (et dont ils ne veulent plus) qu’à la question posée. Même s’il y a dans la population une envie certaine de référendum. Plusieurs études montrent que  les Français semblent avoir des priorités bien définies quant aux thèmes sur lesquels ils souhaiteraient être consultés. En tête des préoccupations : la question de la fin de vie, avec 84 % de répondants qui se disent favorables à une consultation sur ce sujet et avec 53 % « tout à fait favorables ». L’immigration arrive juste derrière, avec 74 % souhaitant pouvoir s’exprimer, notamment sur les aspects sociaux (accès au logement, aux allocations, etc.). Les thématiques liées au travail suscitent un même niveau d’intérêt (74 %), qu’il s’agisse de la durée du travail, de l’âge de la retraite, de la semaine de trois ou quatre jours ou encore des jours fériés. Tout çà ne peut que mûrir dans l’esprit aux aguets (aux abois) du président Macron. Mais, et c’est le deuxième bémol,  le champ du référendum, nous l’avons dit ici aussi, est délimité assez strictement par l’art.  11 C al 1 : « Le Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux assemblées, publiées au Journal officiel, peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique ou sociale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d’un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions » . Dans tout ce qui « plait » aux Français, hormis les réformes relatives au travail, le reste n’entre pas dans le champ référendaire actuel. La fin de vie (sujet beaucoup trop sensible) et l’immigration (encore plus) n’y sont pas. Imagine-t-on un instant des questions aussi stupides que : êtes-vous pour le suicide assisté ou êtes-vous pour ou contre l’immigration ? Avec la valse des crimes commis par des OQTF sur notre territoire depuis quelques temps, la seconde question serait assez vite réglée ! Même s’il est clair que la France ne peut plus faire l’économie d’une vaste réforme structurelle de son immigration. Seule une modification du champ référendaire pourrait permettre de lancer de nouveaux référendums. Mais cela nécessite une révision constitutionnelle et, étant donné le contexte politique actuel, cela relève d’une gageure complète. Une révision avec l’art. 89 C est illusoire dans le contexte politique actuel. Quant au recours à l’art 11 C, on retombe dans les affres citées ci-dessus.

Nous assistons à la fin d’un mandat qui, irrémédiablement tiré vers le bas,  cherche tout de même comment sortir par le haut. Vaste programme !… Le seul référendum qui vaudrait la peine selon nous est celui où, quel que soit le sujet, le président saurait tirer les conséquences d’un résultat négatif. La plus impérieuse serait de quitter le pouvoir.


Pour comprendre son pays, Monsieur le candidat (NDLR : E. Macron), il faut l’aimer comme on aime ses parents, avec bienveillance ce qui n’exclut pas la lucidité. Cela s’appelle le patriotisme et je l’attends d’un Président. Vous l’avez sacrifié dans une expression torturée. Vous avez choisi sans doute ce que vous pensiez être l’intérêt de votre image médiatique dans la pensée convenue. Vous avez marqué votre mépris pour ces générations modestes et laborieuses qui ont su construire dans les épreuves comme dans les pages de gloire, en métropole comme en outremer. Le désamour de la France n’est pas digne de votre ambition (Gérard Longuet).

Les ventres de Paris

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Sebastina et Nino Pinna, rue du Faubourg-Saint-Antoine © Emmanuel Tresmontant

Traiteur, boulanger, torréfacteur, fromager… Chacun possède ses « bonnes adresses », son fournisseur attitré, réputé dans son quartier, ou au-delà, pour la fraicheur de ses produits, pour leur qualité voire leur originalité. Dans ce domaine, la capitale n’est pas en reste. Petit tour de la ville pour remplir son assiette.


Il existe une géographie sentimentale de la ville qui ne peut s’exprimer que par la poésie, celle éprouvée, au quotidien, par celui qui y vit, et qui sait avoir été peu à peu « façonné » par elle.

Personnages singuliers

Paris, malgré toutes ses blessures, continue à nous inspirer des pensées, des sentiments, des tendresses. En marchant, nous accordons notre respiration à la sienne, nous sentons ses odeurs, nous captons ses lumières et la fatigue que nous ressentons se mue en joie : celle de découvrir un « terroir parisien » toujours existant, toujours renouvelé, plein de ressources et peuplé de personnages singuliers qui sont le sel de cette capitale.

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Ainsi vouons-nous, depuis toujours, une tendresse particulière à ces adresses vieillottes qui ne paient pas de mine, devant lesquelles on passe et qui ne font pas la une des gazettes. Elles ont pourtant traversé le temps ! Je songe à la Boulangerie-Pâtisserie Dupuis, créée en 1980, rue Cadet (dans le 9e arrondissement), dont la spécialité demeure la tarte Tatin. Tous les matins, Monsieur Dupuis pèle plusieurs kilos de pommes à la main. Sa tarte bien caramélisée est exquise réchauffée et servie avec une cuillère de crème fraîche. Je songe aussi à ce petit traiteur grec, Produits de Grèce, ouvert en 1978 rue Lagrange (5e) par les Crétois Dimitri et Fotini Kalantzakis qui furent les premiers à faire découvrir le tarama aux Parisiens… Chez eux, tout est fait maison dès cinq heures du matin (aubergines farcies, moussaka, gâteau moelleux traditionnel à l’orange et au yaourt). Leur cuisine n’est pas grasse et leurs produits sont tous délicieux, à l’image de l’huile d’olive de Crète (« c’est un cousin qui la fait »), ou du miel de thym et de la confiture de pétales de rose faite par des moines du Péloponnèse… Dans cet ancien fief des ébénistes et des menuisiers qu’est la rue du Faubourg-Saint-Antoine (11e), j’aime rendre visite, chaque dimanche, à un couple charmant, Sebastina et Nino Pinna, deux Sardes dont les gnocchis, les raviolis et les lasagnes maison sont toujours un régal. Créée en 1986, leur boutique, réputée dans tout le quartier, s’appelle Soboa (« la jeune fille » en patois sarde).

Le second plus ancien marché de Paris

À cent mètres de là, c’est toujours un bonheur que d’aller s’immerger dans le petit « village » d’Aligre. Né en 1618, ce marché (le plus ancien de Paris après celui des Enfants-Rouges) était alors situé hors de la capitale, face à l’abbaye Saint-Antoine-des-Champs (devenue l’hôpital Saint-Antoine). Il était tenu par les bouchers qui louaient le terrain aux religieuses. Peu à peu, il fut envahi par les marchands ambulants et les vendeurs de foin auprès de qui venaient s’approvisionner tous les propriétaires de chevaux de Paris. Accueillant toutes les classes sociales, Aligre se visite aujourd’hui comme un écomusée vivant (à l’image de sa célèbre Graineterie, la dernière de Paris, fondée en 1895), dont la singularité est de regrouper trois marchés en un : le découvert (destiné aux fruits et légumes), les puces et les fripes (où les « gens de peu » viennent se meubler et se vêtir pour pas cher) et le marché couvert (plus chic) inauguré en 1781 sous le nom de marché Beauvau. C’est là, sous sa charpente en bois, que s’est installé en août 2020 le torréfacteur irlandais Joseph Loughney. Ce Dublinois massif a appris l’art du « café de spécialité » en Australie avant de faire le tour du monde des meilleurs producteurs de café. Vêtu d’un tablier en cuir, il torréfie lui-même chaque jour ses somptueux crus du Honduras, d’Éthiopie et du Costa-Rica, dont il cherche à exprimer l’âme naturelle. Le dimanche matin, son échoppe bondée attire tous les artistes, écrivains et journalistes du faubourg Saint-Antoine, comme si le centre de gravité culturel de Paris était insensiblement passé ces dernières années du 6e au 11e arrondissement… Il y a dix ans, Paris passait encore pour être la capitale où le café était le plus médiocre ; aujourd’hui, on y compte des centaines de lieux où le café d’exception est honoré, à l’image de l’atelier de torréfaction de Joseph Loughney auquel il a donné le joli nom d’Early Bird.

La ville a été inventée pour répondre aux besoins du ventre, du cœur et de la tête, c’est pourquoi nous lui sommes soumis à la façon d’une ruche. Quand j’ai besoin d’un produit précis, ma boussole m’indique toujours une adresse infaillible. Ainsi, pour trouver le meilleur riz du monde, je vais à l’épicerie Nishikidôri, rue Villédo (près du Palais-Royal) : le riz japonais cultivé en terrasse est unique par sa pureté, son goût rond et sa délicatesse. Il faut le rincer plusieurs fois avant de le cuire à la vapeur sans sel. Le lendemain, on peut griller les restes à la poêle avec du beurre, de l’ail, du gingembre frais, des herbes, des champignons et du vinaigre de riz : un régal ! Si j’ai besoin d’olives noires de Sicile, croquantes et gorgées de jus, je vais rue Sainte-Marthe (10e) à La Tête dans les Olives, fondée par Cédric Casanova qui avait commencé sa carrière dans le cirque (encore un sacré loustic !). Si je veux offrir un beau bouquet de fleurs, je me rends chez Stanislas Draber, rue Racine, près de l’Odéon. Cet ancien parfumeur de chez Guerlain a ouvert sa boutique dans un atelier de sculpteur où il propose les plus belles fleurs de saison, cultivées en plein champ par des petits producteurs d’Île-de-France, coupées à la main le matin même. Des raretés pleines de parfums, alors que la plupart des fleurs, importées des Pays-Bas, ne sentent rien et ne suscitent aucune émotion.

Mais le plus beau de tous les commerces, c’est la fromagerie, qui n’existe qu’en France, et que l’on admire à l’égal d’une bijouterie de luxe. La Fromagerie Goncourt, rue Abel-Rabaud (11e) a été créée par le jeune Clément Brossault qui était contrôleur de gestion à la Société Générale avant d’être licencié à la suite de l’affaire Kerviel. Clément est alors parti à vélo du canal Saint-Martin faire le tour de France des producteurs de fromages (3 500 kilomètres !). Un an après, il a ouvert sa boutique. On est émerveillé par la pureté et la précision de ses fromages de saison au lait cru qu’il sait affiner avec douceur : je vous recommande notamment son bleu de Gex, son gaperon fermier d’Auvergne à l’ail et au persil, sa tomme de brebis d’estive du pic du Midi, et son soumaintrain de l’Yonne.

Et il y aurait encore tant d’adresses à donner…


Boulangerie-Pâtisserie Dupuis, 13, rue Cadet, 75009 Paris.

Produits de Grèce, 15, rue Lagrange, 75005 Paris.

Soboa, 187, rue du Faubourg Saint-Antoine, 75011 Paris.

Marché d’Aligre, place d’Aligre, 75012 Paris.

Nishikidôri, 6, rue Villédo, 75001 Paris.

La Tête dans les Olives, 2, rue Sainte-Marthe, 75010 Paris.

Stanislas Draber, 19, rue Racine, 75006 Paris.

La Fromagerie Goncourt, 1, rue Abel-Rabaud, 75011 Paris.

Un dimanche soir dans le Comté de Midsomer

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Neil Dudgeon et Nick Hendrix. "Midsomer Murders" (Inspecteur Barnaby) © ITV/REX/SIPA

Ce soir, France 3 diffuse le dernier épisode de la 24ème saison de l’inspecteur Barnaby. Monsieur Nostalgie essaye de comprendre la mécanique télévisuelle du dimanche soir. Ses rites et son onde qui rappellent l’enfance !


Un dimanche devant la télé répond à des règles, un ordonnancement bien précis hérité d’il y a très longtemps, plus de quarante ans. Chaque petit Français, surtout si on était en hiver et s’il habitait loin des centres urbains et des loisirs à profusion, devait enjamber cette journée particulière, exagérément longue et interminable, inactive et accessoire où rien ne se passait. C’est parce que rien ne se passait, qu’aucun événement venait perturber la douce léthargie des existences raisonnables que la télévision capitale à notre survie en profitait pour nous imposer son rythme, ses répétitions, ses moments de dérapages plus ou moins contrôlés et son actualité molle. Nous étions prisonniers de cette grille et nous finissions par aimer cette rengaine infernale.

Le confort de l’habitude

Il ne fallait surtout pas s’amuser à intervertir les émissions ou à supprimer une série américaine, nous foulions les mêmes terres avec une régularité exemplaire. L’habitude est le confort des peuples jadis civilisés. La télé nous aidait à traverser cette journée de repos, les enfants et les vieillards subissaient alors le même traitement. Il n’y avait pas alors conflit générationnel car nous partagions les mêmes programmes. Les trois chaines structuraient notre espace d’évasion et nous apportaient sur un plateau des sujets de conversation. Cette journée sans fin, qui chaque dimanche, avait le même goût, le même parfum, la même couleur n’était pas un supplice pour autant ; au contraire, sa mécanique lancinante était une borne, un socle sur lequel nous pouvions laisser notre esprit dériver à la fainéante. C’était une aire sous contrôle, la mort ne nous attendait pas au tournant de la rue. Aucune surprise, aucun drame, aucune irruption désagréable de la réalité ne viendraient corrompre notre dimanche. Ce jour était figé à jamais dans des tons gris et vaguement somnolents. Et cette grisaille, nous l’avons comprise bien plus tard, n’est pas un signe d’aphasie, de tristesse ou d’abandon, elle serait plutôt une parka chaude qui protège et réconforte. Une Atlantide.

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Nos dimanches n’étaient pas agressés par les infos en continu, par la déliquescence du monde extérieur, par le fracas des individus en proie à une violence exacerbée. La seule violence admissible à cette époque-là était Starsky et Hutch coursant des méchants au volant d’une Torino à bande blanche. L’ennui était le luxe des nations apaisées. Le dimanche 17 février 1985, par exemple, au hasard, nous nous calions dans un canapé et entamions un marathon télévisuel. Le sport était déjà roi. La gym tonic nous venait d’Amérique. Jean-Michel Leulliot officiait sur la Une et Robert Chapatte à Stade 2. Jacques Martin prenait l’antenne à 11 h 15 pour ne la rendre qu’à l’heure de l’apéro, Sacha Distel de sa voix de velours faisait tourner les têtes de nos grands-mères. Tout ça était prévisible, huilé, et hautement estimable.

Vieilles recettes

Notre dimanche roulait, les heures défilaient, rendant la perspective du lundi matin douce-amère, avec un mélange à la fois d’anxiété et d’excitation. La recette n’a pas changé. France 3 est fidèle à cette diésélisation des mentalités, nécessaire à l’édification d’un peuple heureux. Espérons qu’elle continue sur cette lancée et qu’elle n’invente pas un programme « disruptif », maladie sénile du progressisme. Ce soir, la chaîne publique diffuse le quatrième et dernier épisode de la 24ème saison de « Barnaby » intitulé « Un climat de mort ». L’inspecteur et son adjoint seront une fois de plus les piliers et les garants de notre sécurité. Dans Barnaby, série vendue partout sur la planète, les morts sont nombreuses et étranges, la résolution de l’enquête n’arrive qu’à partir du troisième ou quatrième cadavre. Le téléspectateur n’est pas pressé. Chez « Barnaby », la mort est anecdotique, elle a presque un ressort comique. Car nous savons qu’à Causton, dans le Comté de Midsomer, rien n’est vraiment vrai, ni grave. La série est tellement ancrée que John Barnaby (Neil Dudgeon) a remplacé son cousin Tom Barnaby (John Nettles) au bout de 13 saisons. L’alternance s’est faite sans un couac, nous avons même assisté à leur cohabitation. On ne badine pas avec la démocratie au Royaume-Uni. Aujourd’hui, on visite ce village comme le parc Astérix, des cars entiers veulent sentir l’ambiance frissonnante des cottages et d’un voisinage inquiétant. Une 25ème saison est en préparation. Nos dimanches sont donc sauvés !

Tendre est la province

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Haro sur le Bayrou!

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Manifestants près du collège-lycée Notre-Dame de Bétharram, dans les Pyrénées-Atlantiques, 12 février 2025 © Mael Garnier/SIPA

Mediapart, qui bien sûr ne roule pas pour l’extrême-gauche déçue de ne pas être aux manettes, sort en toute objectivité une enquête qui tente de mettre en cause François Bayrou dans une affaire de maltraitances supposées. Et les grands médias, qui n’ont apparemment pas d’autres chats à fouetter à un moment où J.D. Vance envoie balader l’Europe en général et l’Ukraine en particulier, brodent à l’infini sur une « affaire » montée de toutes pièces. Alors notre chroniqueur ironise…


Le Figaro vient opportunément de sortir le rapport de l’Inspection Générale issu d’une enquête opérée il y a 25 ans dans l’institution scolaire de Bétharram. Un rapport diligenté par l’Education nationale, alors dirigée par François Bayrou : le ministre, alerté par les rumeurs et par une plainte déposée par un parent d’élève, n’avait pas hésité à lancer les inquisiteurs de l’Education nationale sur cette cité scolaire privée aux méthodes quelque peu archaïques. Est-ce là le réflexe d’un homme qui se sent coupable ?

On ne saurait le lui reprocher, n’en déplaise aux ayatollahs de Mediapart / LFI, qui soulignent, scrogneugneu, que le ministre y avait inscrit certains de ses enfants (et comme il l’a fait remarquer, quel malade mettrait ses gosses dans une institution que l’on soupçonne de crimes sexuels ? Pas même les gens de LFI…), et que son épouse y dispensait des cours de catéchisme — au lieu d’enseigner la vulgate du lambertisme. Haro !

Que dit ce rapport ? « Notre-Dame de Bétharram n’est pas un établissement où les élèves sont brutalisés », affirme l’inspecteur. Il ajoute que « tous ceux » qu’il a entendus, à l’exception d’un, « plus nuancé », vivent leur scolarité « très normalement », « sans subir de châtiment corporel et dans un climat de confiance ».

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Alors certes, un surveillant a eu la main un peu leste — ce qui arrivait journellement dans les années 1960, époque lointaine où Bétharram, qui n’est pas exactement à la pointe des pédagogies nouvelles, semble s’être arrêté. So what ? « Selon le représentant des victimes, précise France 3-Régions, cette violence constituait  « l’ADN de cet établissement ». C’est pour ça que nos parents, parfois, nous y mettaient ! Pour redresser soi-disant les enfants pas sages ! Le règne du silence, c’était, Bétharram ».

C’était il y a presque trente ans. Alors oui, Bétharram était passé à côté de l’élève au centre acteur de son propre savoir, selon la formule instaurée par la loi Jospin en 1989. Et ses enseignants n’avaient pas été formés dans les IUFM nouvellement créés…

Sauf une, apparemment :

« Le rapport s’intéresse ensuite à une professeur de mathématiques. Il s’agit de Mme G., enseignante qui a témoigné dans ce même article de Mediapart mettant en cause l’actuel Premier ministre, François Bayrou. En juillet 2024, elle s’était aussi exprimée dans Le Point, dénonçant des maltraitances sur les élèves. L’enseignante qui a travaillé dans l’établissement de 1994 à 1996, assure dans ces médias en avoir parlé à l’époque de vive voix à François Bayrou. Le rapport d’inspection évoque justement son cas. Le 6 avril 1996, blessée par un élève sorti en courant d’une salle de cours, elle a demandé à son avocat de porter plainte.

L’inspecteur décrit une professeur qui « connaît de sérieuses difficultés dans ses classes ». Les témoignages de « ses collègues professeurs montrent qu’[elle] est arrivée dans ce collège avec un état d’esprit très négatif. Elle aurait exprimé son intention de « démolir Bétharram » considérant que cet établissement utilise des méthodes d’un autre âge », constate le rapport, avant d’affirmer qu’elle n’a pas été agressée. Il recommande de « trouver une solution afin que Madame G. n’enseigne plus dans cet établissement ». »

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Sans doute en est-il allé ainsi, sinon Mme G. n’aurait pas en elle autant de hargne recuite. Sinon elle n’aurait pas tiré les sonnettes de la presse — mais en 2024, on ne s’intéressait pas encore à Bayrou. Il a fallu que le Béarnais devienne Premier ministre, en lieu et place de Mélenchon, pour qu’un média (part) ramasse sa rengaine dans le caniveau.

Peut-on reprocher quoi que ce soit au ministre qui a diligenté l’enquête ? Certes, le rapport est rédigé par de hauts fonctionnaires, et pas par les amis de Louis Boyard, le recalé de Villeneuve-Saint-Georges, ou de Sébastien Delogu, récemment condamné pour violences envers des enseignants à Marseille, et partisan d’affecter la vente de drogues légalisées aux narco-trafiquants. Deux grandes consciences de notre démocratie chancelante, comme on voit. Faut-il les affecter à une contre-expertise, puisque leur parti réclame une enquête parlementaire ?

On se souvient de la Fontaine, dans « Les Animaux malades de la peste » : « À ces mots, on cria Haro sur le baudet ! » À tout pouvoir et à tout contre-pouvoir, il faut un bouc émissaire. Le maire de Pau et actuel Premier ministre passe pour un maillon faible d’une droite incertaine. Mais c’est une feinte : moi qui le connais un peu, je peux affirmer que le Gascon est plus fin, plus adroit manœuvrier et in fine plus courageux que les hyènes qui lui courent aux basques.

L'école sous emprise

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