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Collectif Racine : Les hussards bleus de la Marine

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« Pas de fachos dans nos écoles ! » On peut lire cette courageuse proclamation sur les affiches du Collectif anti-fasciste Paris-Banlieue placardées dans tout Paris. En cette mi-octobre, ce n’est pas l’été indien qui échauffe les beaux esprits. C’est la faute à Racine, du nom d’un collectif enseignant de soutien à Marine Le Pen[1. Pour trouver son nom, le collectif s’est inspiré du dramaturge Jean Racine en jouant sur son homonymie avec le mot «racine».] qui revendique près de 300 membres. Pour sa première sortie en ville, la coterie inattendue fait (petite) salle comble au fin fond du 15e arrondissement. À la tribune, autour de leur porte-parole Yannick Jaffré, les quatre autres signataires de l’« Appel pour le redressement de l’École » qu’avait publié Le Figaro au printemps 2013.

Aucun doute, Jaffré est brillant. Cet agrégé de philo lyonnais au verbe fluide exhibe un CV impeccable de converti au marinisme. Lycéen au début des années 1990, il ne manquait jamais une manif «antifa ». Mais ça, c’était avant.[access capability= »lire_inedits »] Aujourd’hui, ce « patriote de gauche » se dit en guerre contre l’axe du Mal « libéral- libertaire ». Ses cibles ? Sans trop de surprise, la gauche « qui parle espéranto et a oublié la République » et la « droite libérale qui parle anglais et a oublié la nation ». Du collège unique giscardien aux réformes Peillon, toutes deux complotent de concert depuis quarante ans pour démanteler l’École républicaine. En vertu de quoi un sursaut s’impose pour les Racine.

La vocation de l’École de demain sera de construire, par le retour à l’instruction publique, l’«aristocratie populaire française ». Une expression qu’on dirait traduite, un peu trop scolairement, façon dico de synonymes, du fameux « élitisme républicain » prôné il y a trente ans par Chevènement lorsqu’il était ministre de l’Éducation nationale. Et si cet excellent orateur brille sur les dossiers de fond par son esprit de sérieux, sa psycho-rigidité manifeste le dessert dans certaines envolées. On le croit plus facilement lorsqu’il fait appel aux mânes de Racine qu’à celles de Michel Audiard. Encore un effort pour fendre l’armure, camarade hussard!

Question intransigeance républicaine, Yannick Jaffré a une sérieuse concurrente en la personne de Valérie Laupies, institutrice en ZEP depuis vingt ans, qu’il présente comme le « futur maire de Tarascon ». La ci-devant prof de gauche, aujourd‘hui « conseillère à l’éducation primaire » du FN, concède sans ambages que sa corporation a été trop longtemps maltraitée par son parti. Heureusement, « avec Marine, ce temps est révolu ». La brune à l’accent chantant narre l’« aventure épuisante » qu’ont été ses années passées à inculquer les bases de la lecture, de l’écriture et des mathématiques à des « petits sauvageons ». Décidément, on n’est pas avare, ce jour-là, en références chevènementistes. Et puisqu’on est définitivement dans le registre républicain, Valérie Laupies déchaîne les applaudissements quand elle dit sa fierté d’avoir fait apprendre une poésie aux rimes cocardières à sa classe d’enfants pour moitié gitans et maghrébins. Racistes, nous, jamais ! On est mariniste, donc assimilationniste.

Et c’est vrai, jusqu’ici, rien qui puisse choquer un républicain bon teint, fût-il basané. Zéro concession au nationalisme obtus (on n’ose pas dire « de papa »). Pas de trace non plus de colis piégé, genre discrète comparaison simiesque ou allusion codée aux Poèmes de Fresnes de Brasillach. Mais l’on revient néanmoins aux fondamentaux frontistes avec Gilles Lebreton. Ce professeur de droit public décortique les conséquences de la loi Fioraso sur les universités. Classique, la critique de la « priorité internationale » accordée aux étudiants étrangers pour l’octroi d’une caution locative recycle le b.a-ba du Front national. Moins attendue, l’analyse méthodique de l’article 6 de la loi dévoile une notion sibylline : la « société inclusive » que les facs se doivent désormais de valoriser, suivant les recommandations du rapport Tuot sur le vivre-ensemble [2. Ce texte baroque remis au président de la République en mai recommande à la France de s’adapter à ses immigrés, et non l’inverse…].

Lebreton agite le spectre du multiculturalisme anglo-saxon, l’inclusion ne présageant pas l’assimilation des immigrés, ni même leur intégration. Là encore, une évidence : le Front a su renouveler son offre universitaire. On est loin du bon vieux temps des blousons noirs, des barres de fer et des casques à croix celtiques. Preuve que cette offensive de charme vient de haut, c’est Marine Le Pen en personne qui clôt la surboum. Et là, curieusement, les coutures craquent, notamment quand elle concentre ses critiques sur le fameux discours de Vincent Peillon autour de la morale laïque. Plus précisément, Marine est debout contre la thèse du ministre selon laquelle « pour donner la liberté du choix, il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel… ».

Zéro pointé, dixit Marine : pour elle, « le but d’une École laïque et républicaine ne peut être d’“arracher” l’élève à sa sphère privée, à son histoire personnelle, mais au contraire de lui permettre de la situer, de se situer donc, dans son époque et dans son pays, pour être demain citoyen dans l’espace public ». Quo vadis, cheffe ? Tout ça pour ça ? Pourquoi nous bassiner avec l’assimilation des immigrés et pilonner l’« arrachement » prôné par Peillon ? Sur ce coup-là, le ministre se montre beaucoup plus logique avec lui-même que la présidente du FN. Si celle-ci allait au bout de son raisonnement anti-arracheur, pourquoi ne pas soutenir l’enseignement des « langues et cultures d’origine » − arabe et wolof compris ? Nolens volens, Marine Le Pen défend un enracinement à la carte. Si la mouvance frontiste a entamé sa mue, il lui reste encore à s’alléger de quelques peaux mortes pour faire rimer Marine avec Marianne…[/access]

*Photo: LCHAM/SIPA. 00667238_000050.

1er décembre : enfin une manif de gauche !

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Dimanche 1er décembre, et pour l’instant dans l’indifférence médiatique, la gauche de la gauche appelle à une manifestation nationale à Paris.  Deux questions se posent tout de suite. Qu’est-ce que la gauche de la gauche, d’abord, et ensuite pourquoi va-t-elle manifester ?

Pour définir la gauche de la gauche, en France en 2013, on pourrait par exemple le faire de manière spatiale : est à gauche de la gauche, tout ce qui se trouve à gauche du parti socialiste. On trouverait ainsi le Front de Gauche, qui est à l’origine  de cette manifestation ou encore Lutte Ouvrière qui vient d’appeler à rejoindre le cortège avec des syndicats et beaucoup d’autres organisations. Mais tout de suite, une complication. L’expression « la gauche de la gauche » signifierait donc que le PS  serait de gauche. Et là, je vois des sourires crispés ou de franches rigolades à cette idée.

Certes, il y aurait encore des gens de gauche au PS. Si, si. Les gens de gauche au PS, c’est comme les cabines téléphoniques à Paris dont on apprend qu’il en reste moins de cinquante aujourd’hui. Parfois, ils se font entendre. Ou plus exactement, les médias dans leur antihollandisme primaire les laissent s’exprimer. Ouvrir un font de plus contre les socialistes au pouvoir, c’est toujours bon, c’est tellement tendance et ça fait vendre. Parmi le socialistes de gauche, on entend ainsi parfois les parlementaires Marie-Noëlle Lienemann, Jérôme Guedj ou encore, hier dans Le Figaro, Pascal Cherki, ni convaincu par la remise à part fiscale annoncée par Jean-Marc Ayrault, ni satisfait que le crédit impôt pour la compétitivité, vingt milliards accordés sans contrepartie aux entreprises, soit financé par les ménages.

Alors, cher Pascal Cherki, voyez-vous, ça, c’est vraiment une réflexion de la gauche de la gauche. On se demande bien pourquoi avec une telle vision des choses, vous ne la rejoignez pas, la gauche de la gauche, et surtout pourquoi vous ne venez pas à la manifestation nationale du 1er décembre. Justement, le mot d’ordre est fiscal.

Oui, à gauche de la gauche, on s’est dit que le sujet, la fiscalité, était tout de même trop sérieux pour être laissé à la démagogie de la droite qui matraque autant que les socialistes quand elle est au pouvoir mais qui fait semblant que non quand elle est dans l’imposition, euh pardon, mon clavier a fourché, quand elle est dans l’opposition, voulais-je dire.

On remarquera que le comble du faux-culisme a été atteint à propos de l’écotaxe, ce projet sarkozyste, que Jean-Marc Ayrault a voulu mettre en place avant de reculer devant une coalition hétéroclite de bonnets rouges qui a rappelé le bon temps des seventies quand les maoïstes n’hésitaient pas à rejoindre les post-poujadistes du CIDUNATI dirigé par Gérard Nicoud, le Doriot des années Pompidou. Ce coup-ci, dans le rôle des maoïstes, il y avait le NPA (pauvre Trotsky) qui ayant abusé du chouchen, s’était trompé de manif et a préféré Quimper à Carhaix. D’ailleurs, pour en revenir à la manif du 1er décembre, le NPA a longtemps fait la fine bouche avant de se rallier aussi.

A une lettre près, on aimerait bien aussi que NDA, Nicolas Dupont-Aignan, et son mouvement rejoigne la manif. Après tout, NDA, est l’auteur d’un rapport remarquable sur l’évasion fiscale et ce qu’elle coûte à la France par manque de volonté politique. Et ce rapport est cosigné par Alain Bocquet, député communiste, qui a préfacé aussi le livre de NDA sur la question.

On en arrive donc au mot d’ordre de la manif du 1er décembre. « Pour une révolution fiscale, la taxation du capital et l’annulation de la hausse de la TVA. » Il y a plus sexy, j’en conviens. Mais le problème de la gauche de la gauche, et son honneur, contrairement à la droite de la droite, c’est d’éviter la pulsion. On peut-être en colère et réfléchir. On doit même surtout réfléchir quand on est en colère. Sinon, on se trompe de colère et on se retrouve avec un FN à 30% et des électeurs qui regardent dans la gamelle du voisin au lieu d’aller demander des comptes à l’étage au-dessus.

La fiscalité, c’est à peu près la dernière cartouche des Etats-nations dans une Europe qui a imposé de facto, avec les critères de convergence, la même politique partout et qui connaît les réussites que l’on sait, puisque comme chacun peut le voir, l’UE vit dans le bonheur, la sérénité et le libre échange. D’ailleurs, ses citoyens, reconnaissants, s’apprêtent à élire en masse, le 25 mai prochain, des parlementaires qui seront légèrement à droite d’Attila. Mais cela ne changera rien au problème puisqu’ils n’auront aucun pouvoir ou presque en face de la Commission.

Donc, il n’y a aucune raison que la gauche de la gauche ne s’empare pas de cette question de la fiscalité et rappelle qu’une autre fiscalité est possible, que l’impôt sur le revenu est quand même une idée progressiste à condition de multiplier les tranches et que la TVA, en hausse le 1er janvier, est l’impôt le plus injuste qui soit, même quand on ose parler de TVA sociale, ce qui est tout aussi oxymoresque qu’un anthropophage végétarien.

Alors que n’importe quel expert télévisuel crache son venin en parlant du coût du travail, imposant l’idée somme toute délirante que celui qui produit les richesses par son travail est une charge pour celui qui va profiter de ces mêmes richesses, il faudra  rappeler que les cadeaux fiscaux aux grandes entreprises ont eux aussi un coût, un coût sans cesse plus élevé et qu’il y a, par conséquent,  un coût du capital autrement plus effrayant : « Au début des années 1980, un salarié travaillait, par an, neuf jours pour les actionnaires, aujourd’hui, c’est vingt-six jours » explique par exemple Michel Husson, économiste à l’Ires. Autre économiste du Front de gauche, Laurent Cordonnier (oui, ceux-là, on les voit jamais chez Calvi) remarque à ce propos du coût du capital : « À la fin des Trente Glorieuses, en moyenne 30-35 % du profit total étaient distribués aux actionnaires, aujourd’hui c’est 80 %.  »

En plus, en ces temps de moral en berne où l’on a l’impression qu’un sale climat d’hystérie à droite et de faiblesse ectoplasmique au gouvernement donne une bien mauvaise mine à Marianne, le 1er décembre, la gauche de la gauche va aussi pouvoir se compter et se réchauffer un peu.

Ce sera bon comme un vin chaud. Qui se prépare avec du rouge, comme chacun sait.

*Photo : RAFAEL YAGHOBZADEH/SIPA. 00657026_000031.

Carla Bruni remet à sa place le commissaire du people

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Patrick Cohen, c’est ce journaliste qui, en compagnie de Pascale Clark, fait régner un certain ordre à France Inter, station indépendante du pouvoir de la droite. Il n’invite pas n’importe qui, il choisit les personnalités, qu’il recevra à l’antenne pendant la tranche horaire dont il a la charge, considérant que les quelques auditeurs[1. Les derniers résultats de Médiamétrie démontrent une nouvelle baisse de l’audience cumulée de France Inter.], qui persistent à écouter la radio du gouvernement de coalition socialistes-EELV, n’ont ni l’intelligence, ni la culture nécessaires pour trier le bon grain de l’ivraie. Mme Clarke fait dans le snobisme aigre, M. Cohen, dans la ligue de vertu. On sent chez lui un extrémiste du centre, un chercheur de vérité dans la périphérie du rond. De temps en temps, il soumet un ministre à un entretien d’une rudesse, qu’un observateur sans doute injuste qualifierait parfois « de connivence ». Peut-être a-t-il un faible pour les socialistes, mais il leur préfère les socialites[2. « Socialites », en Amérique, désigne la classe des très privilégiés, distingués du reste de l’humanité par le talent, l’argent, la réputation. Le plus talentueux chroniqueur de cette mondanité particulière fut Truman Capote, le meilleur écrivain de sa génération (avis personnel). On lira également avec bonheur le roman d’Edith Wharton « Chez les heureux du monde ».].

Non content d’exercer  à l’antenne son magistère de la morale officielle des socialistes de pouvoir, il occupe un siège à la table de « C à vous », animée désormais par la piquante Anne-Sophie Lapix, bête noire de Marine Le Pen depuis qu’elle lui donna en direct une leçon de calcul mental[3.  Marine Le Pen se fait moucher par Anne-Sophie Lapix – YouTube]. Il s’était manifesté à notre attention, il y a quelque temps, en reprochant à Frédéric Taddeï de convier des gens, qu’il jugeait peu recommandables, donc indignes de paraître dans un médium public. Taddeï s’était débarrassé de l’importun (Patrick Cohen, l’homme aux ciseaux entre les dents Causeur) avec aisance et vivacité. Celui-ci était sorti de l’échange la joue embrasée, comme frappée d’un soufflet invisible.

Son visage a retrouvé cette couleur empourprée sur le plateau de France 5, le 18 novembre. M. Cohen, assuré de lui-même, crut embarrasser Carla Bruni avec ses questions de petit procureur de la classe intermédiaire, composée essentiellement de journalistes, d’intellectuels et d’artistes que Gramsci qualifiait d’organiques[4. Dans ses cahiers (ou « quaderni ») Antonio Gramsci se livre à une très subtile analyse de la fonction des intellectuels dans la société.]. M. Cohen imagine sans doute qu’il est de son « devoir » de se comporter avec Carla B. en usant de la hargne mal maîtrisée, l’ironie pataude du « france-interviouveur » qui ne s’en laisse pas compter. Invitée comme chanteuse, dont l’actualité est un CD, que, pour ma part, je trouve très réussi, elle dut répondre au commissaire du people, qui voulut lui faire avouer que, femme du président, elle n’était pas libre de ses propos. Carla Bruni réitéra sa conviction d’avoir été, d’une part, une artiste libre, d’autre part, la femme du président de la République française.

Déjà rosissant, M. Cohen insista, parla de contraintes, d’obligations, de devoir de réserve… Il se fit alors renvoyer dans les cordes par une série de directs, qui lui laissèrent les joues gonflées et le teint de brique cirée, qu’on lui avait déjà connus (on verra cette plaisante séquence Carla Bruni rabroue Patrick Cohen en direct dans « C à vous ») :  » Parce ce que vous, vous n’en avez pas, des contraintes, des obligations, des devoirs de réserve, tous les jours, à l’antenne […] Vous feriez mieux de faire attention à ce que vous dites. […] Et puis qu’est-ce que c’est que cette idée de voir la vie sans contraintes […] Être la femme de Nicolas Sarkozy, un carcan ? Quoi, d’être tombée folle amoureuse d’un type que j’aime ? Non, c’était un grand bonheur. D’avoir un petit enfant si tard avec lui ? Non, ça a été un miracle. Et de découvrir et rencontrer tous ces gens ? Non, ça a été une belle aventure. Mais peut-être que, pour vous, cela aurait été l’horreur ; pour moi, non ! ». Et, à la fin de l’envoi, elle touche : « Je suis très polie [mais] je n’aime pas tellement qu’on vienne me dire ce que je pense. ». Un arbitre bien attentionné eut déclaré M. Cohen K.O debout, afin de lui épargner la honte d’une défaite à genoux !

Combattons l’esclavage, pas la prostitution !

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Le mot « abolition » est séduisant. On pense immédiatement à l’abolition de l’esclavage.

Mais si l’idée d’abolir l’esclavage fût ô combien louable, et reste d’ailleurs d’une cruelle et brûlante actualité, celle d’abolir la prostitution est débile. On n’y trouve, en guise d’arguments, que des effluves de moraline, parfum bon marché dont tout esprit médiocre s’asperge pour échapper à l’hygiène fastidieuse de l’intelligence, dégageant finalement les odeurs les plus nauséabondes.

Pour qu’une idée débile attire le chaland bien-pensant, il lui faut s’appuyer sur un constat indéniable et révoltant. En effet, des femmes sont asservies par des réseaux mafieux, réduites en esclavage, elles sont forcées à se prostituer. De là, il n’y a plus qu’un pas à franchir pour se vautrer dans le bon vieux sophisme éthique qui consiste à réserver au patient la peine capitale, pour le punir d’être atteint de gangrène. Une poignée de néo-puritanisme constitue le liant de cette cuisine exécrable et voilà, le tour est joué, prostitution et esclavage ne font plus qu’un.

Najat Vallaud-Belkacem ne serait pas moins à son avantage si, ministre des transports, elle entendait abolir les voyages en Thaïlande, à Cuba, ou encore au Maroc, entre nombreuses autres destinations. Et pourtant, clouer au sol ces avions, ce serait retirer aux prédateurs sexuels, pédophiles de surcroît, leurs innocentes proies ; ce serait abolir le tourisme sexuel.

« La prostitution n’est jamais un projet de vie » nous explique NVB chez Bourdin, pour justifier la proposition de loi scélérate. « Il faut responsabiliser les clients », ajoute-t-elle, toute drapée de vertu alors que récemment, elle retournait sa veste à la télévision pour en exhiber la griffe, révélant son bon goût en matière d’emplettes ; elle ne fuit visiblement pas les grandes marques. Ignore-t-elle que ces dernières ont massivement recours à l’esclavage ? Coudre des vestes Zadig et Voltaire 12 heures par jours dans une cage à poules en échange du droit à survivre dans la misère, Najat Vallaud-Belkacem ne s’est pas demandé si c’était un projet de vie enviable. Elle ne s’est pas demandé non plus quelle était sa part de responsabilité dans cette infâme économie.

Peut-être faut-il, en effet, pénaliser les clients de commerces ayant recours à l’esclavage, mais alors, que l’on jette aux fers ces foules qui se pressent dans les centres commerciaux, lieux de perdition extrême où s’entassent les denrées les plus viles, servies par des mafias nommées « Ikea », « Apple », ou « Zara ». Que faut-il penser des usagers de l’électricité, quand on sait ce qu’est l’uranium, dans quelles conditions on l’obtient et on en fait commerce, et que dire des automobilistes et autres voyageurs à moteur, quand on connaît les pratiques de l’industrie pétrolière, et quid des usagers du système bancaire dans son ensemble, dont tout le monde a compris le fonctionnement aux conséquences catastrophiques?

Il n’est pas une économie indemne du fléau ultra libéralisé et mondialisé dont souffre hideusement l’idéal de Dignité humaine, fléau qui prit son essor avec le commerce triangulaire, pour n’en plus finir, depuis, de se globaliser.

Et parmi toutes les économies gangrénées, il y en une qui mérite d’être défendue de telles intrusions plus que n’importe quelle autre, c’est celle de la prostitution. En vérité, la prostitution n’est pas seulement noble, elle est sacrée.

Les prostitué(e)s, d’abord, méritent le plus grand respect, la plus grande considération. Je ne parle pas des aristocrates de la volupté, call girls et autres prestataires de standing, qu’aucune pénalisation ne viendra empêcher le moins du monde. Je parle de la passe humble, voire modeste, qui en sera d’autant plus glauque que la pression de la loi l’aura enfouie dans les entrailles de la société. Ces femmes, puisque ce sont surtout des femmes, n’ont certes sans doute pas rêvé de devenir prostituées, mais elles rendent un service infiniment précieux. Combien d’aides soignantes ont-elles rêvé d’une telle destinée avant de l’embrasser ? Ne passent-elles pas leur temps dans le vomi, les excréments, au contact de la souffrance et de la mort ? Leurs patients et elles souffrent-ils, pour autant, du moindre déficit de dignité ? Certainement pas. Les prostituées non plus, que cette proposition de loi pénalise tout autant que leurs clients. Il suffit de leur poser la question !

Ces femmes qui louent leur corps délibérément, elles sont un indispensable rempart contre la misère, ce sont elles qui sont capables de recueillir et d’offrir leur étreinte réconfortante à l’enfant trouvé dans les ordures, que les passants ont feint de ne pas voir pour éviter de s’en approcher. Oui, ces femmes existent, et elles ne rougissent pas de leurs services. Elles auraient bien tort, elles méritent un respect infini.

Et les hommes qui les sollicitent n’ont à rougir de rien non plus, car alors, il faudrait rougir de la condition humaine toute entière, dont les aspects les moins reluisants se trouvent bien éloignés de la nécessité poussant un homme à recourir au rapport sexuel contre rémunération avec une femme majeure et consentante.

Cette nécessité, c’est aussi celle qui est à l’origine du monde. Il faut bien, mesdames qui êtes si vertueuses, que monsieur bande pour vous engrosser, car il semble que vous souhaitiez toutefois vous reproduire de façon traditionnelle, or quand monsieur bande, il n’a pas toujours madame à proximité, surtout quand il ne dispose pas du potentiel de séduction approprié, et la bandaison, papa, ça ne se commande pas, mais à la longue, ça commande une solution, que la masturbation ne saurait toujours apporter, Jean-Luc Mélenchon et les autres messieurs aux élans libidineux admirables de romantisme le veuillent ou non.

Les hommes qui « vont aux putes » ne sont ni plus ni moins dignes que ceux qui vont chez le médecin, le psy ou le kiné, et les incriminer, les stigmatiser, c’est une saloperie.

 

Puisque l’ennemi à éradiquer, c’est l’esclavage, alors combattons l’esclavage, messieurs-dames les décideurs, mettez les moyens pour nettoyer la prostitution des réseaux mafieux, offrez aux prostitué(e)s et à leurs client(e)s des conditions dignes, sous la protection, sous le contrôle intransigeant et bienveillant de la loi ; pourquoi n’en va-t-il pas des métiers de la prostitution comme des professions médicales et paramédicales ?

Et s’il n’en est rien alors que diable, cessez votre pathétique parade de vertu criarde aux éclats racoleurs, ne venez pas emmerder les prostituté(e)s, laissez-les travailler, foutez donc la paix à leurs clients, merci d’avance.

 

Pourquoi les exclus vont au front

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On ne s’en lasse pas. Enfin, un peu tout de même. Nos grand-mères disaient que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. À force d’être cuite et recuite, servie à toutes les sauces et à tous les repas, la bouillie antifasciste finit par être indigeste même si, paradoxalement, elle semble parfaitement convenir aux estomacs délicats et aux âmes qui vont avec.

Voilà trente ans que, dans la politique française, tous les chemins mènent à Le Pen. Hier c’était le père, aujourd’hui c’est la fille, mais peu importe : il paraît que seul l’emballage a changé, que la seconde est d’autant plus dangereuse qu’elle a l’air plus fréquentable et qu’il faut être idiot ou déjà contaminé pour ne pas le voir. Ainsi Christiane Taubira a-t-elle récemment fustigé devant quelques micros « l’idéologie meurtrière et mortifère » du Front national, formule qu’elle a répétée trois fois pour être sûre que même les sourds avaient compris. À entendre une ministre de la République proférer une telle accusation, on se disait que la langue de la « peste blonde » avait dû fourcher et que le vernis républicain avait craqué, révélant une vieille nostalgie pour le IIIe Reich ou le projet de jeter tous les coiffeurs à la mer. Bernique. Ce que Madame Taubira reprochait à Marine Le Pen, c’était d’avoir débarqué une candidate coupable d’avoir tenu des propos infâmants et carrément racistes sur la madone du « mariage pour tous ». On a du mal à imaginer ce qu’aurait dit l’insultée si l’insulteuse avait été maintenue. Quoiqu’à la réflexion, elle n’eût pas forcément été plus sévère, puisqu’en faisant semblant de n’être que la fille de son père et pas sa réincarnation, Marine Le Pen ajoute la duplicité à la longue liste des péchés du « Vieux ».

On ne se prononcera pas ici sur la sincérité et sur la profondeur de la mutation bleu Marine. Il n’est d’ailleurs pas certain que nous partagions exactement le même point de vue. En revanche, nous pouvons nous accorder sur deux points : primo, l’appellation de « fascisme » ne fait qu’empêcher de penser ; deuxio, il faut être aveugle (ou imbécile) pour prétendre que rien n’a changé du FN de Jean-Marie et des blagues de fin de banquets à celui de Marine et des envolées sociales. En tout cas, il est assez curieux, voire un peu tordu, de toujours sonder le sous-texte plutôt que le texte, les arrière-pensées plutôt que les pensées et les ambitions cachées plutôt que les intentions avouées. Les défenseurs autoproclamés de la vérité factuelle ne s’intéressent qu’aux non-dits…[access capability= »lire_inedits »]

Que ferait-on sans lui ? Le FN est la bête (immonde) qui permet à chacun de se prendre pour l’ange, l’inépuisable carburant de la passion de démasquer et de la joie d’accuser. Grâce à lui, on peut appeler à la résistance le lundi et célébrer la victoire de la démocratie le mardi, comme en témoigne l’amusante litanie de « unes » du Monde consacrées au sujet ces derniers temps – et on ne parle pas des textes publiés en pages intérieures. 13 septembre : « Comment le Front national veut conquérir le pouvoir » ; 29 septembre : « Municipales : la grande peur des élus face au risque Front national » ; 4 octobre : « Le Front national, parti d’extrême droite » ; 13 octobre : « Municipales : le FN en panne de candidats ». `

Mais aux qualités du diable, le FN ajoute les vertus des matriochkas. Il engendre de multiples diablotins qui décuplent ses maléfices : certains, de Manuel Valls à Éric Zemmour (en passant, espérons-le, par les infréquentables de Causeur), « font son jeu » en parlant de ce qu’il faudrait taire, d’autres sont les agents propagateurs à peine masqués du virus de la lepénisation. C’est que la maladie est fichtrement contagieuse : si l’un de vos amis se déclare lepéniste, vous êtes fichu, sauf à prendre d’énergiques mesures de protection – rupture spectaculaire, dénonciation publique, y compris de ses propres parents : ainsi les enfants d’Alain Delon ont-ils été sommés de dénoncer publiquement leur père, coupable de quasi-lepénisme avoué. Liberté, quand tu nous tiens…

En plus des catégories précédemment évoquées, tous les hommes qui ont vu l’homme qui ont vu l’ours sont suspects. Ça fait du monde à surveiller. Heureusement, les flics à carte de presse ne manquent pas. Ils en rêvent la nuit. Le jour, ils dévoilent les vrais visages et lisent entre les lignes. Du coup, ils n’ont pas le temps de lire les lignes. Il est assez amusant, et en tout cas symptomatique, que trois éminents représentants du journalisme-de-gauche, Aude Lancelin dans Marianne, Jean Birnbaum dans Le Monde et Frédéric Martel sur slate.fr n’aient pas cherché plus loin que le bout de leur nez sensible aux odeurs des idées sales pour traiter (exécuter serait plus adapté) le livre d’Alain Finkielkraut, L’Identité malheureuse. Seul varie le degré de conscience lepéniste imputé à l’auteur – Frédéric Martel consent à croire, enfin espère, que Finkielkraut est resté républicain et que c’est à son corps défendant qu’il pousse l’électeur brignolais à la faute.

Vous direz, chers lecteurs, que tout cela n’est guère neuf, mais comment ne pas se répéter quand l’Histoire hoquette ? Depuis trente ans, le Front est la première obsession nationale, l’ennemi à détruire aussi sûrement que les Romains devaient détruire Carthage. Avec Le Pen, on rejoue en permanence les années noires. Mais personne ne veut voir que cette surproduction est une coproduction : si, d’un côté, les anti- fas ont absolument besoin de fachos, d’un autre côté, à quoi servirait- il de péter à table si personne ne se bouchait le nez ? Entre le FN et ses ennemis, c’est une vieille affaire. Une affaire qui marche.

Tentons un rapide survol au-dessus de ces trois décennies qui ont vu la France devenir l’un des spots de la planète mondialisée. Tout commence en septembre 1983, avec le « choc de Dreux » (premier d’une longue série de chocs après lesquels rien ne- sera-plus-comme-avant et tout sera toujours pareil [1. En 1983, à l’occasion d’une municipale partielle, la liste FN de Jean-Pierre Stirbois avait obtenu 17 % au premier tour, un score jamais vu jusqu’alors pour le Front. Au second tour, la liste Stirbois avait fusionné, au grand dam de la gauche, avec celle du candidat RPR, qui remporta néanmoins l’élection contre la maire PS sortante.]

Parmi les premiers missionnaires à paillettes qui s’abattent sur la ville, il y a un certain Dieudonné – dont une célèbre animatrice de radio pensera, vingt-cinq ans après, qu’il ne peut pas être antisémite puisqu’il a lutté contre le FN. Avec la création de SOS Racisme, quelques mois plus tard, l’arsenal de l’anti- fascisme de comique troupier qui servira de logiciel à la gauche durant trente ans est à peu près au point. Pierre Bergé ne craint pas d’affirmer, à propos du bondissant Harlem Désir, président de la boutique des « potes » : « Il est un des moments de la conscience humaine. Il est aussi un des moments de l’honneur de la France. » La bête immonde est de retour, suscitant des vocations résistantes en masse dans la gauche people qui est l’avant-garde éclairée du mitterrandisme. Qui  refuserait de troquer les embarras et servitudes de l’action politique contre les satisfactions du confort moral ? À ce jeu-là, on ne peut pas perdre.

Il faut dire que la peste brune arrive à point nommé. La social- démocratie, toute aux joies nouvelles du marché, s’aperçoit brutalement qu’elle va y perdre le sien, de marché, vu qu’elle a congédié, avec les vieilles lunes anticapitalistes, les électeurs qui allaient avec. Il lui faut d’urgence un nouveau produit pour assurer la survie de la marque. Au moment où le PS placardise Jaurès pour encenser le business[2. Le climat de ces années-là est admirablement restitué dans le dernier roman de Marc Weitzmann, Une matière inflammable, publié chez Stock.] , le FN offre ce que les gens de marketing appellent une « formidable opportunité de reconversion » : la gauche nouvelle est arrivée. Désormais, elle s’appellera « morale ». L’« honneur de la France » (Harlem, donc) propage la bonne parole mitonnée dans les cuisines élyséennes : il faut isoler le FN et ses électeurs derrière un « cordon sanitaire » pour empêcher le mal de se répandre – et, au passage, stériliser des milliers, puis des centaines de milliers de voix qui, sinon, se porte- raient sans doute sur la droite dite « classique ». Pas mal joué.

Trente ans après, les temps ont changé : finies les années fric, aujourd’hui, l’ennemi, c’est la finance. Harlem a grandi, voire grisonné. Le porte-parole de la jeunesse révoltée est premier secrétaire du Parti. Seul son discours n’a pas varié d’un iota. Il brandit les mêmes imprécations, avec les mêmes accents lyriques pour réclamer, comme il l’a encore fait le 5 octobre au gymnase Japy, la mise au ban de la République de ce « parti d’extrême droite », de « menteurs » et d’« incompétents ». Seulement, la mayonnaise morale prend de moins en moins. C’est que, hélas pour Harlem, le FN aussi a pris trente ans. Et des forces, par la même occasion. Le rhinocéros est bien installé au milieu du salon, mais on continue à le chasser avec un tue-mouches, comme les gentils nigauds du MJS qui arborent fièrement un pin’s proclamant : « Je dis que le FN est un parti d’extrême droite. » Et une fois que t’as dit ça, coco, tu fais quoi ?

Plus les électeurs sont nombreux, plus on s’efforce de ne pas les comprendre : du « bonnes questions, mauvaises réponses » osé par Fabius en 1984, on est passé au « rien à battre de ces blaireaux » prôné par Terra Nova dans sa quête d’une chimérique nouvelle majorité faite de minorités. Cette ânerie savante n’est pas loin d’être partagée par l’UMP à condition de remplacer dans la liste des bons élèves les artistes de rue par les business angels.

Le décalage entre la perception du FN par le bas peuple et celle que l’on a dans les hautes sphères est encore plus spectaculaire depuis l’accession de Marine Le Pen à sa présidence, en janvier 2011. Faute de dérapages à ronger, la plupart des analystes de plateaux télévisés se consolent en serinant que les poussées frontistes aux élections partielles n’expriment qu’une grogne coutumière contre le gouvernement en place. Mais ces belles paroles rassurantes se cognent contre les réalités de la géographie sociale française. Comme nous l’a expliqué Christophe Guilluy (voir pp. 22-25), le vote FN n’exprime plus seulement un coup de colère de circonstance. Il s’enracine dans la France des « perdants de la mondialisation », ces vastes zones déconnectées des agglomérations urbaines dynamiques – Île-de-France, Lyon, Toulouse, Bordeaux – où se crée l’essentiel de la richesse nationale.

Cette France sortie du film, sans modèle économique, ne raisonne plus en termes de « gauche / droite ». Elle a vainement espéré que les partis traditionnels prendraient en compte ses désirs inassouvis de sécurité personnelle, professionnelle et culturelle. Quand les autres partis pratiquent avec constance la politique de l’autisme, le FN leur répond : rétablissement des frontières, du franc, de l’État-providence et de la peine de mort. Le coup de génie de la maison Le Pen, jadis ultralibérale, est d’avoir, après bien des tâtonnements, fini par cibler son offre politique sur les intouchables, le bas du panier électoral. Pour prolonger la métaphore marketing, quand la gauche a pour modèle Agnès B. et la droite Ralph Lauren, devinez qui joue Kiabi et empoche les bénéfices monumentaux qui vont avec ? [/access]

*Photo: LCHAM/SIPA.00669594_000033.

Peut-on dénoncer les « Islamo-nazis » ?

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Une chanson qui fait du bruit « réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo ». Au fait, c’est quoi, au juste, un autodafé ? Les dictionnaires répondent : « En Espagne, à partir du XIVe  siècle, et dans l’empire espagnol, proclamation solennelle d’un jugement prononcé par l’Inquisition sur un impie, un juif ou un hérétique ; exécution du coupable, généralement par le feu.

Sens dérivé :  « destruction par le feu d’un objet (en particulier des livres) que l’on désavoue, que l’on condamne ». Alors, réclamer un autodafé pour des chiens, ne serait-ce pas un appel au meurtre pour blasphème ?

On nous dit que cette chanson est née d’une série «d’initiatives spontanées autour du film La Marche et à l’occasion de la date anniversaire des 30 ans de la Marche pour l’égalité et contre le racisme».

Dans le septième couplet, le rappeur Nekfeu, membre du collectif parisien 1995 chante: «D’t’façon y’a pas plus ringard que le raciste/Ces théoristes veulent faire taire l’islam/Quel est le vrai danger: le terrorisme ou le taylorisme?/Les miens se lèvent tôt, j’ai vu mes potos taffer/Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo».

Peut-on parler d’islamo-fascisme ? Pas sûr. La prudence s’impose. Ce serait sans doute faire injure aux fascistes et risquer un procès en diffamation. Car dans les temps modernes, ce sont les nazis et non les fascistes qui ont allumé des feux purificateurs pour exorciser les idées diaboliques et qui ont brûlé en masse les corps des humains traités en animaux nuisibles.

Nous allons bientôt savoir si l’apologie du bûcher pour les hérétiques est une opinion, une libre opinion, pas un délit.

Si l’apologie du terrorisme, déclaré préférable au taylorisme, c’est une opinion, une libre opinion, pas un délit.

Et dénoncer les islamo-nazis, ce serait quoi alors ?

 

L’avortement est-il un droit ?

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Ces derniers temps, on nous a appris que les « 343 salopes » qui signèrent jadis un manifeste pour la dépénalisation de l’avortement étaient les Jean Moulin du féminisme, en oubliant au passage que risquer sa vie pour son ventre n’est pas la même chose que risquer sa vie pour le ventre d’autrui. Le 7 novembre dernier, un rapport du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes enfonçait le clou en nous révélant que l’avortement en France, près de quarante ans après sa légalisation, serait encore un véritable parcours de la combattante, parsemé d’obstacles tant « symboliques » que pratiques. Selon ce document, remis à Najat Vallaud-Belkacem, et écrit en pseudo-langage gender  (« des professionnel-le-s qualifié-e-s ») l’accès à l’IVG serait encore « problématique » en France. Information étonnante, étant donné le nombre stable d’environ 200 000 avortements par an depuis 1976, qui ne baisse pas malgré des progrès énormes en matière de contraception.

Parmi les « obstacles » insurmontables évoqués : les déserts médicaux, qui font qu’une femme désirant avorter doit parfois faire jusqu’à 150 kilomètres pour voir un gynécologue (l’avortement de proximité serait-il un droit de l’homme ?), une « crise des vocations » des médecins (la nouvelle génération de médecins serait moins « impliquée » dans le droit à l’IVG), et surtout une culpabilisation sournoise et insidieuse qui obligeraient les femmes « à justifier le recours à l’IVG ».

Plusieurs recommandations sont préconisées pour banaliser l’avortement. On sent bien que l’objectif ultime serait d’inscrire le recours à l’avortement dans la Constitution, mais soyons réalistes, le grand soir n’est pas pour tout de suite.

Parmi l’ensemble des propositions, trois me paraissent sortir du lot par leur caractère ouvertement idéologique.

D’abord, pour déculpabiliser les femmes, on propose de remplacer dans l’article du Code de la Santé Publique qui autorise l’avortement l’expression « La femme enceinte que son état place dans une situation de détresse peut demander à un médecin l’interruption de sa grossesse » par l’expression « La femme qui ne souhaite pas poursuivre une grossesse peut demander à un-e médecin de l’interrompre ». Pour supprimer la culpabilité des femmes, il suffit de supprimer le mot « détresse » (comme il faut enlever le mot race de la Constitution pour supprimer le racisme). Autre proposition analogue : supprimer la clause de conscience du Code de la Santé publique, formulée ainsi « Un médecin n’est jamais tenu de pratiquer une interruption volontaire de grossesse », au motif que celle-ci ne servirait que de prétexte à des réactionnaires ataviques pour interdire l’accès à l’IVG à certaines femmes. Enfin, mesure radicale: la suppression du délai de réflexion obligatoire de 7 jours entre les deux rendez-vous précédant l’avortement, jugé infantilisant et culpabilisateur.

Dans les trois cas, l’objectif est bien de déconstruire la vision originaire de l’avortement comme une concession faite à la réalité par le droit, pour une conception de l’IVG comme un droit absolu de l’individu.

En effet, la loi Veil du 17 janvier 1975 (que personne ne songe réellement à remettre en cause à part une poignée d’illuminés pro-life), encadrait fermement la pratique de l’avortement, avec pour objectif d’empêcher que les IVG ne deviennent un moyen de contraception : clause de conscience, affirmation du respect dû à la vie et délai de réflexion étaient autant de barrières permettant de singulariser un acte médical pas comme les autres.

Il faut relire le discours de Simone Veil à l’Assemblée nationale lors des débats précédant l’adoption de la loi pour comprendre à quel point nous avons changé de paradigme. C’est un discours de realpolitik bien plus qu’un discours humanisto-libéral. En effet, nul référence dans ce dernier à un quelconque « droit » (le mot n’est pas une seule fois employé) à l’avortement, mais un appel à prendre des responsabilités face à une situation catastrophique, il s’agit de « mettre fin à un désordre ». La loi Veil n’a jamais eu pour objet la liberté de disposer de son corps, elle  a simplement permis la médicalisation d’actes clandestins pour éviter la mort de milliers de jeunes femmes.

Et c’est tant mieux.

Mais la nouvelle génération de féministes radicales, obsédée par la « domination symbolique », ne se contentent pas de cette concession pragmatique, elles veulent faire de l’avortement « un droit à part entière ». « L’IVG est un acte relativement courant dans la vie des femmes, puisqu’un tiers le fera dans sa vie, Pourtant le droit à l’avortement est encore perçu comme à part. Nous voulons en faire un droit à part entière et un acte comme les autres. », a ainsi déclaré Mme Bousquet, presidente du Haut Comité.

L’avortement est donc présenté comme un droit, c’est une « solution », « un évènement assez courant de la vie sexuelle », et doit devenir un « acte médical comme les autres ». Cette volonté de transformer un acte autorisé en « droit » participe de la suppression généralisée du « négatif » à l’œuvre dans nos sociétés. Impossible de penser que le droit puisse venir cautionner un « moindre mal ». Non, le droit est là toujours là pour célébrer un bien, du positif, une avancée historique dans la marche inéluctable vers le progrès. Le droit est absolu ou n’est pas. Ce qui est doit être bien, ou doit disparaitre. La prostitution ne saurait être reconnue par le droit, elle doit donc être abolie, l’avortement est reconnu par le droit, il doit être célébré. Mécanique manichéenne qui voudrait que le mal n’existe pas, que toutes les solutions soient des solutions morales ; alors qu’il n’y a pas de solutions morales, mais seulement des compromis politiques.

«Qui est pour l’avortement ? Personne, évidemment. Il faudrait être fou pour être favorable à l’avortement. ». Qui a écrit cette phrase ?  Benoit XVI ? Béatrice Bourges ? Khomeini ? Non, Pier Paolo Pasolini, l’artiste le plus subversif du XXème siècle, dans ses Lettres luthériennes. Et il ajoute un peu plus loin « Eh bien moi, je me suis prononcé contre l’avortement et pour sa légalisation».

Pasolini s’érigeait ainsi contre une vision triomphaliste de l’avortement insupportable, qui, au mépris de l’expérience réelle de milliers de femmes, voudrait faire de l’IVG un acte banal, et balaye ainsi leurs souffrances et leurs scrupules du haut d’un individualisme libéral détaché du fardeau de la conscience. Mais il refusait également de tomber dans la posture inverse, celle du fondamentalisme des ayatollah qui voudraient lapider les « avorteuses » au nom d’une morale rigide et hypocrite (et hypocrite parce que rigide). Contre ces deux facilités théoriques, il faut arriver à penser l’avortement comme un phénomène social, et déchausser nos lunettes idéologiques (libertaires ou conservatrices) pour voir la réalité d’un acte violent, parfois inévitable mais jamais triomphant.

En souhaitant faire de l’avortement un droit à part entière, les féministes cautionnent une patrimonalisation du corps des femmes (mon corps m’appartient) qu’elles rejettent pourtant en matière de prostitution.

Najat Vallaud-Belkacem devra répondre à cette contradiction : en déniant le caractère singulier de l’IVG et en niant le caractère sacré de la vie, elle se met du coté de la marchandisation du corps humain. Car, comme l’écrit encore Pasolini, « dire que la vie n’est pas sacrée et que le sentiment est chose stupide, c’est faire une immense faveur aux producteurs ».

*Photo : SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA. 00627908_000009.

Affaire Dekhar : le rouge et le blanc

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Nous ne saurons pas si Abdelhakim Dekhar a clamé « je n’aime pas les riches ! » en ouvrant le feu dans les locaux du journal d’Edouard de Rothschild, Libération . Nous ne saurons pas si Abdelhakim Dekhar a clamé « mon adversaire, c’est la finance ! » en ouvrant le feu sur le siège de la banque Société Générale. Nous ne saurons pas si Abdelhakim Dekhar a clamé « BFN TV ! » en tentant d’ouvrir le feu dans le siège de la chaîne BFM TV, rebaptisée par des collaborateurs de François Hollande « BFN TV ».

Pour autant, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Nous savions que les dérapages se multipliaient. Nous savions que la haine de l’Autre, sans doute riche, potentiellement fasciste, était exacerbée. Nous savions que l’exploitation de faits divers statistiquement isolés était à son comble lorsque la concorde des forces du mal pour un renouveau du fascisme en France rassemblait une gamine idiote tenant des propos racistes contre Madame Taubira et un journal en faillite, Minute.

Les deux têtes du monstre sont toujours les mêmes : le riche et le potentiel fasciste, étant entendu que la France compte 65 millions de fascistes potentiels puisque désormais les enfants peuvent en être. Comme on est tous l’étranger de quelqu’un, on est tous le riche de quelqu’un. C’est ainsi qu’un modeste assistant photographe d’un journal français a incarné le « riche » d’Abdelhakim Dekhar. Comme on peut désormais tous être le fasciste de quelqu’un, nous sommes tous aussi de potentiels fascistes. C’est ainsi qu’un rédacteur en chef de BFM TV a incarné le « fasciste » d’Abdelhakim Dekhar.

Du Bourget à la Défense, la gauche, sciemment ou inconsciemment, haineuse est à l’offensive. Dans sa marche triomphale, elle est en train de lever l’armée des naïfs et des paranoïaques. Abdelhakim Dekhar en est la sentinelle. Justicier antifasciste masqué, il a expliqué son geste au nom de la lutte contre le « complot fasciste ».

Mais, peut-on dire fou quelqu’un qui voit un « complot fasciste » en France ?

L’expertise psychiatrique semblerait conclure à ses parfaites conscience et structure mentale. Le chasseur fou d’extrême-droite s’avèrerait donc être d’extrême-gauche, parfaitement raisonnable – et, sans doute, anti-chasseurs. En France, le profilage psychologique restera une fiction de télévision. Mais, alors, voir un « complot fasciste » en France ne serait-il pas une parfaite preuve de lucidité et de clairvoyance ? Les « complots fascistes » semblent en effet nombreux.

« Complot fasciste » révélé par la presse qui voit clair, tout d’abord. Dans l’ombre des couloirs des partis, va se sceller, nous dit-on très sérieusement, une alliance entre l’UMP et le Front National. Certes, tous les leaders de droite ont mille fois affirmé qu’une telle alliance était impensable. Certes, Marine Le Pen a appelé à faire battre Nicolas Sarkozy et tous les candidats UMP aux municipales. Mais, on le sait, on le sent, quelque chose se trame. Patrick Buisson que tout le monde connaît… Roland Chassain, maire d’un village de 2000 âmes qui a évoqué une « passerelle » entre l’UMP et le FN pour sa liste municipale et que l’on sait incontournable pour toute décision stratégique à l’UMP…Voilà des signes évidents. Les indices sont là.

« Complot fasciste » révélé par l’intelligentsia qui voit loin, ensuite. Alain Finkielkraut, le philosophe en tête des ventes de livres, est « passionné », « amoureux » de Renaud Camus, lui-même « amoureux » de Marine Le Pen. Peu importent leurs lignes, il faut lire entre : les sentiments y apparaissent. L’ex-soixante-huitard de gauche marié est amoureux du réactionnaire homosexuel. Que l’on ne nous raconte pas d’histoires, c’est limpide. Les faits sont là.

« Complot fasciste » révélé par le Ministre de l’Intérieur qui voit haut, enfin. Les mamans à poussettes, les papas à chèche, les jeunes hommes à mèche, les jeunes filles à ballerines préparaient secrètement un putsch. On a même saisi les appartements d’un quarteron d’officiers militants de la Manif Pour Tous pour y trouver l’armement du coup d’état : sweats, pancartes et drapeaux. À nouveau, les preuves sont là.

Le complotisme c’est voir une influence partout. Le complotisme fasciste, c’est voir une influence fasciste partout. C’est bien ce qu’inspire le récit de la haine que met en scène une certaine gauche depuis des mois. Toujours, la même scène, celle d’un interrogatoire musclé : la lumière éblouissante de la haute conscience morale assermentée, l’annuaire compilant les déclarations tronquées ou supposées et les faits imputés, et, enfin, l’accusation de fascisme. Et, les baffes tombent.

Seulement, les aveux ne viennent jamais. Alors, certains ont pu conclure au « complot fasciste », à une influence insaisissable. Les présumés coupables de fascisme s’en sortent toujours, il y a forcément une faille. Il fallait donc faire justice soi-même, celle de la justice médiatique étant défaillante. C’est ce qu’a fait Abdelhakim Dekhar, médiatiquement.

À multiplier l’accusation de fascisme, à faire peur en montant en épingle un péril fasciste, à agiter le chiffon rouge du fascisme et de la haine, la « Bêtise au front de taureau » (Baudelaire) a donc foncé, tête baissée. Et, elle a blessé. Et François Hollande l’a dit, dans sa maladresse : elle peut continuer.

Il est donc temps que le discours haineux et manipulateur cesse. Face à la prospérité de la haine, les humanistes doivent rappeler une certaine gauche dans le camp républicain. Pour que le rose reste à la rose et que jamais il ne devienne le sordide alliage du rouge du sang et du blanc de la bave.

*Photo: AP/SIPA. AP21488392_000001

 

L’Iran accepte de rester au seuil nucléaire

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À Genève, les négociations sur le nucléaire iranien ont abouti à un accord intérimaire, une issue positive saluée conjointement par Barack Obama et Hassan Rohani.

Comme chacun sait la France est apparue début novembre comme le trouble-fête de la réconciliation américano-iranienne négociée secrètement à Oman depuis huit mois. L’accueil chaleureux réservé à François Hollande par Benjamin Netanyahou en Israël a renforcé cette impression.

A contrario, les puissances anglo-saxonnes ont semblé presser de renouer avec l’Iran. Qui se souvient encore de « l’Axe du mal » ?  L’administration Obama, plus ou moins affranchie de sa dépendance à l’égard des pétromonarchies et d’Israël, souhaite en effet jouer sa carte diplomatique asiatique dans de bonnes conditions. Or les nouvelles relations qu’elle veut construire avec la Chine et la Russie passent par le règlement de la question iranienne, laquelle a trop duré. Pour la diplomatie américaine, c’est un renversement d’alliance historique.

La volonté française de ne pas brûler les étapes peut se comprendre. Il est évident qu’il vaut mieux un accord à minima, précis et limité plutôt qu’un mauvais compromis global mais flou. L’accord intérimaire de six mois reconductible, prévoit une limitation du programme nucléaire de Téhéran en échange d’un début d’allègement des sanctions. C’est un petit pas, mais sa précision évitera les quiproquos entre l’AIEA et l’Iran comme ce fut le cas après la signature de la déclaration de Téhéran le 21 octobre 2003.

Pour contrôler l’application de cet accord, le groupe 5+1 dispose d’un atout majeur dans son jeu : l’embargo économico-financier. Lequel s’est progressivement mis en place à partir de 2006 et le vote de la résolution 1737 des Nations-Unies. Cet atout est modulable car une réversibilité des sanctions économiques est possible. Avec cet accord, la perspective d’une attaque massive israélienne s’éloigne (bien que les israéliens soient plutôt adeptes d’une guerre secrète). Et les menaces de prolifération nucléaire avec.

La fenêtre qui s’est ouverte avec l’élection du « modéré » Hassan Rohani peut se refermer assez vite. Elle correspond à un état de grâce post-électoral. Il y a quelques jours, le guide de la Révolution, Ali Khamenei, a mis la pression sur les négociateurs avec un discours qui aurait pu être prononcé par Mahmoud Ahmadinejad. Mais pour les deux parties, la volonté d’aboutir était manifeste car les alternatives sont rares. Si les négociateurs ne trouvaient pas de solution, l’Iran pouvait poursuivre sa production de plutonium et la présidence Rohani accentuer  son isolement.  En quelques mois, en l’absence d’allègement des sanctions financières, les conservateurs les plus durs auraient surfé sur la crise économique pour attaquer le nouveau Président. Ce dernier aurait été contraint de durcir son discours et de s’engager dans la surenchère anti-occidentale.

La volonté de Téhéran de se doter de l’arme nucléaire dépend malheureusement pas de la couleur politique du gouvernement iranien. Cet objectif fait l’objet d’un consensus nationaliste qui date de la coopération du Shah avec Eisenhower. Mais le coût économique est tel pour le régime des mollahs qu’il devient insoutenable et menace son existence même. Le PIB iranien s’est contracté de 5% en 2012 et le rial a perdu 60% de sa valeur depuis 2011. Cent milliards d’avoirs iraniens sont gelés dans le monde et le coût des sanctions est estimé à 120 milliards de dollars.  L’Iran a donc des motifs sérieux de s’arrêter là où il est, c’est-à-dire à ce fameux « seuil nucléaire » (l’Iran posséderait 186 kilos d’uranium enrichi. De quoi produire deux bombes atomiques). Une fois la bombe testée, l’Iran se serait trouvé dans la situation de la Corée du Nord, sans rien à négocier.

Souhaitons que pour la France cette réconciliation américano-iranienne soit l’occasion de renouveler sa politique moyen-orientale. Aujourd’hui la politique arabe voulue par le général de Gaulle se réduit à une dépendance énergétique et militaro-industrielle vis-à-vis de ses fournisseurs et clients du golfe. La normalisation des relations avec l’Iran serait une aubaine pour sortir de notre face à face mortifère avec des pétromonarchies mécènes des mouvements salafistes. La mauvaise mine de Laurent Fabius hier matin et la tonalité du communiqué de François Hollande ne sont malheureusement pas très rassurantes… Les Américains ont-ils fait pression sur la France ?

*Photo : AY-COLLECTION/SIPA. 00669972_000005.

UMP : la guerre des sous-chefs

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Les élections européennes, prévues le 25 mai prochain, se préparent déjà. Alors que les têtes de liste du Front National, qui mise encore plus sur ce scrutin que sur les municipales, sont connues depuis quelques semaines, le PS vient de désigner les siennes, suscitant des mouvements divers dans la salle, comme l’écrirait le sténographe de l’Assemblée. Et l’UMP dans tout ça ? La course aux têtes de listes vient d’être lancée à droite, précisément dans ma circonscription, celle du Grand Est, regroupant Champagne-Ardenne, Lorraine, Alsace, Bourgogne et Franche-Comté. La figure de proue dans ce secteur en 2004 et 2009 était Joseph Daul, fraîchement élu président du Parti Populaire Européen (PPE), qui ne souhaite pas cumuler cette fonction avec un mandat européen.

Celle qui a lancé la course n’est pas n’importe qui. Nadine Morano, petit soldat (lorrain) du sarkozysme s’il en est, a confirmé vouloir mener cette liste sur France 2 vendredi matin. C’est peu dire que l’ancienne ministre de la Famille ne s’imagine pas ailleurs qu’en première place et souhaite recouvrer d’urgence un mandat parlementaire, elle qui a perdu son siège de député en juin dernier. Depuis sa défaite dans la circonscription de Toul, elle n’est pas restée inerte, surtout lors de la bataille Copé-Fillon où elle fut égale à elle-même, guerrière impitoyable ne s’encombrant jamais de nuances, quitte à parfois sombrer dans l’outrance[1. Elle est aussi très active dans le style sur Twitter où son dernier fait d’armes fut de comparer les journalistes de Marianne à des rats, excusez du peu.]. Ce genre de personnage, suscitant des boutons au camp adverse, existe dans tous les grands partis. Il se révèle utile dans les campagnes électorales car il catalyse la mobilisation chez les militants les plus fervents et joue un rôle de poisson-pilote sacrificiel indispensable au grand leader, toujours soucieux d’apparaître  nuancé par rapport aux plus zélés de ses partisans. C’est ainsi que Nadine Morano a su se rendre utile à Nicolas Sarkozy pendant les cinq ans de présidence. Lors de la campagne présidentielle, elle avait été mise au rencard pendant la campagne du premier tour, NKM lui étant préférée comme porte-parole, avant de revenir en grâce dans les quinze derniers jours lorsque le ton du candidat se durcissait. Morano joua un rôle comparable aux côtés de Jean-François Copé l’an dernier, lorsqu’il brigua la présidence de l’UMP. Autant dire qu’elle ne doit pas avoir que des amis du côté des proches de Fillon…

Face à elle, c’est un parlementaire européen sortant de 42 ans, Arnaud Danjean, qui a fait acte de candidature dans le JDD ce dimanche. Originaire de Louhans, où il a déjà fait trembler Arnaud Montebourg aux législatives de 2007, il est considéré comme une étoile montante de l’UMP. Ancien fonctionnaire de la DGSE, spécialiste des Balkans, il travailla étroitement avec Bernard Kouchner lorsque ce dernier administrait le Kosovo. Elu en 2009, il a vite fait son trou au Parlement européen où il préside la sous-commission sécurité et défense. Tous ces faits d’armes n’en font pas, loin s’en faut, un poulet de l’année, même de Bresse. Nicolas Sarkozy semble vouloir l’intégrer à l’équipe de jeunes quadras inconnus du grand public dont il veut s’entourer s’il revient dans l’arène pour la campagne de 2017. Sa cote de popularité auprès des élus du Grand Est est infiniment plus grande que celle de Nadine Morano.  En guise d’adoubement, Joseph Daul le désigne publiquement comme son successeur, laissant tomber à propos de la conseillère municipale de Toul : « J’ai dit à Jean-François Copé ce que je pensais de sa candidature. » Soutien de Fillon l’an dernier, Danjean bénéficie d’ores et déjà du parrainage de François Baroin et de Bruno Le Maire mais aussi de députés copéistes comme Guillaume Larrivé et Alain Chrétien.

Consensuel (qualité très courue du côté de Bruxelles et de Strasbourg), proche du commissaire européen Michel Barnier, Danjean est aussi un spécialiste des questions européennes et paraît intellectuellement plus armé que Nadine Morano pour mener cette campagne. Cependant, malgré tous ces atouts, il demeure l’outsider dans la bataille pour la tête de liste.

Car Morano a deux avantages sur Danjean : sa notoriété et sa proximité avec Jean-François Copé dont elle est la co-secrétaire nationale aux… élections. Certes, la commission nationale  d’investiture de l’UMP rassemble fillonistes et copéistes à parité mais, outre que Morano en est elle-même membre, le président du parti y exerce une grande influence. Si Copé laissait tomber l’ex-ministre, il risquerait de déclencher guerre thermonucléaire au sein de son propre dispositif.  Et la Nadine n’est pas du genre à pardonner de telles offenses. En outre, Copé et Morano ne sont pas seulement des alliés objectifs, ils partagent aussi une certaine conception de l’action politique, un style commun, que le président de l’UMP qualifie lui-même de « décomplexés ». Une telle candidate serait en fait à l’image de ce qu’il souhaite pour son parti. L’imposer constitue donc une nécessité.

Mais, au-delà des ambitions personnelles et des combinazione, quel serait l’intérêt de l’UMP ? Pour l’heureux désigné, la campagne ne s’annonce pas comme une partie de plaisir. Face à des adversaires aussi coriaces que l’ancien maire de Strasbourg Catherine Trautmann (PS), dont la notoriété égale celle de Morano mais qui connaît les arcanes du Parlement européen, ou Florian Philippot (FN), devenu une véritable bête médiatique depuis deux ans (a-t-il installé un lit de camp à BFM TV ?). Malgré son manque d’expérience, le numéro 2 frontiste possède un atout supplémentaire dans sa manche : la maîtrise des  problématiques européennes. Il faut rappeler qu’avant d’apparaître avec sa véritable identité au côté de Marine Le Pen, il animait un blog extrêmement documenté sur le sujet (« Le vrai débat ») qui suivait jour après jour les décisions européennes.

Bref,  Nadine Morano souffre mal la comparaison avec tous ces spécialistes, auxquels il faut ajouter les têtes de listes des petits partis[2. Laure Ferrari, candidate de DLR, est aussi la principale collaboratrice de Nigel Farage.]. L’ancienne ministre n’a jamais montré qu’une connaissance superficielle de ces dossiers. Mais la blonde lorraine peut retourner ce handicap à son avantage. Se détournant à dessein des débats européens, elle pourrait axer sa campagne sur un discours anti-gauche efficace, en désignant ses adversaires comme des « technos ».

La décision que prendra la commission d’investiture de l’UMP en dira long sur le style que ce parti veut imprimer à cette campagne européenne ainsi qu’aux prochains rendez-vous électoraux. La notoriété ou la compétence ? La starlette ou le spécialiste ? Le Grand Est servira de laboratoire. Pour l’heure, ne le cachons pas, même si rien n’est joué, la starlette possède quelques encablures d’avance sur le spécialiste.

*Photo :  DUPUY FLORENT/SIPA. 00664159_000047.

Collectif Racine : Les hussards bleus de la Marine

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« Pas de fachos dans nos écoles ! » On peut lire cette courageuse proclamation sur les affiches du Collectif anti-fasciste Paris-Banlieue placardées dans tout Paris. En cette mi-octobre, ce n’est pas l’été indien qui échauffe les beaux esprits. C’est la faute à Racine, du nom d’un collectif enseignant de soutien à Marine Le Pen[1. Pour trouver son nom, le collectif s’est inspiré du dramaturge Jean Racine en jouant sur son homonymie avec le mot «racine».] qui revendique près de 300 membres. Pour sa première sortie en ville, la coterie inattendue fait (petite) salle comble au fin fond du 15e arrondissement. À la tribune, autour de leur porte-parole Yannick Jaffré, les quatre autres signataires de l’« Appel pour le redressement de l’École » qu’avait publié Le Figaro au printemps 2013.

Aucun doute, Jaffré est brillant. Cet agrégé de philo lyonnais au verbe fluide exhibe un CV impeccable de converti au marinisme. Lycéen au début des années 1990, il ne manquait jamais une manif «antifa ». Mais ça, c’était avant.[access capability= »lire_inedits »] Aujourd’hui, ce « patriote de gauche » se dit en guerre contre l’axe du Mal « libéral- libertaire ». Ses cibles ? Sans trop de surprise, la gauche « qui parle espéranto et a oublié la République » et la « droite libérale qui parle anglais et a oublié la nation ». Du collège unique giscardien aux réformes Peillon, toutes deux complotent de concert depuis quarante ans pour démanteler l’École républicaine. En vertu de quoi un sursaut s’impose pour les Racine.

La vocation de l’École de demain sera de construire, par le retour à l’instruction publique, l’«aristocratie populaire française ». Une expression qu’on dirait traduite, un peu trop scolairement, façon dico de synonymes, du fameux « élitisme républicain » prôné il y a trente ans par Chevènement lorsqu’il était ministre de l’Éducation nationale. Et si cet excellent orateur brille sur les dossiers de fond par son esprit de sérieux, sa psycho-rigidité manifeste le dessert dans certaines envolées. On le croit plus facilement lorsqu’il fait appel aux mânes de Racine qu’à celles de Michel Audiard. Encore un effort pour fendre l’armure, camarade hussard!

Question intransigeance républicaine, Yannick Jaffré a une sérieuse concurrente en la personne de Valérie Laupies, institutrice en ZEP depuis vingt ans, qu’il présente comme le « futur maire de Tarascon ». La ci-devant prof de gauche, aujourd‘hui « conseillère à l’éducation primaire » du FN, concède sans ambages que sa corporation a été trop longtemps maltraitée par son parti. Heureusement, « avec Marine, ce temps est révolu ». La brune à l’accent chantant narre l’« aventure épuisante » qu’ont été ses années passées à inculquer les bases de la lecture, de l’écriture et des mathématiques à des « petits sauvageons ». Décidément, on n’est pas avare, ce jour-là, en références chevènementistes. Et puisqu’on est définitivement dans le registre républicain, Valérie Laupies déchaîne les applaudissements quand elle dit sa fierté d’avoir fait apprendre une poésie aux rimes cocardières à sa classe d’enfants pour moitié gitans et maghrébins. Racistes, nous, jamais ! On est mariniste, donc assimilationniste.

Et c’est vrai, jusqu’ici, rien qui puisse choquer un républicain bon teint, fût-il basané. Zéro concession au nationalisme obtus (on n’ose pas dire « de papa »). Pas de trace non plus de colis piégé, genre discrète comparaison simiesque ou allusion codée aux Poèmes de Fresnes de Brasillach. Mais l’on revient néanmoins aux fondamentaux frontistes avec Gilles Lebreton. Ce professeur de droit public décortique les conséquences de la loi Fioraso sur les universités. Classique, la critique de la « priorité internationale » accordée aux étudiants étrangers pour l’octroi d’une caution locative recycle le b.a-ba du Front national. Moins attendue, l’analyse méthodique de l’article 6 de la loi dévoile une notion sibylline : la « société inclusive » que les facs se doivent désormais de valoriser, suivant les recommandations du rapport Tuot sur le vivre-ensemble [2. Ce texte baroque remis au président de la République en mai recommande à la France de s’adapter à ses immigrés, et non l’inverse…].

Lebreton agite le spectre du multiculturalisme anglo-saxon, l’inclusion ne présageant pas l’assimilation des immigrés, ni même leur intégration. Là encore, une évidence : le Front a su renouveler son offre universitaire. On est loin du bon vieux temps des blousons noirs, des barres de fer et des casques à croix celtiques. Preuve que cette offensive de charme vient de haut, c’est Marine Le Pen en personne qui clôt la surboum. Et là, curieusement, les coutures craquent, notamment quand elle concentre ses critiques sur le fameux discours de Vincent Peillon autour de la morale laïque. Plus précisément, Marine est debout contre la thèse du ministre selon laquelle « pour donner la liberté du choix, il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel… ».

Zéro pointé, dixit Marine : pour elle, « le but d’une École laïque et républicaine ne peut être d’“arracher” l’élève à sa sphère privée, à son histoire personnelle, mais au contraire de lui permettre de la situer, de se situer donc, dans son époque et dans son pays, pour être demain citoyen dans l’espace public ». Quo vadis, cheffe ? Tout ça pour ça ? Pourquoi nous bassiner avec l’assimilation des immigrés et pilonner l’« arrachement » prôné par Peillon ? Sur ce coup-là, le ministre se montre beaucoup plus logique avec lui-même que la présidente du FN. Si celle-ci allait au bout de son raisonnement anti-arracheur, pourquoi ne pas soutenir l’enseignement des « langues et cultures d’origine » − arabe et wolof compris ? Nolens volens, Marine Le Pen défend un enracinement à la carte. Si la mouvance frontiste a entamé sa mue, il lui reste encore à s’alléger de quelques peaux mortes pour faire rimer Marine avec Marianne…[/access]

*Photo: LCHAM/SIPA. 00667238_000050.

1er décembre : enfin une manif de gauche !

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melenchon gauche npa

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Dimanche 1er décembre, et pour l’instant dans l’indifférence médiatique, la gauche de la gauche appelle à une manifestation nationale à Paris.  Deux questions se posent tout de suite. Qu’est-ce que la gauche de la gauche, d’abord, et ensuite pourquoi va-t-elle manifester ?

Pour définir la gauche de la gauche, en France en 2013, on pourrait par exemple le faire de manière spatiale : est à gauche de la gauche, tout ce qui se trouve à gauche du parti socialiste. On trouverait ainsi le Front de Gauche, qui est à l’origine  de cette manifestation ou encore Lutte Ouvrière qui vient d’appeler à rejoindre le cortège avec des syndicats et beaucoup d’autres organisations. Mais tout de suite, une complication. L’expression « la gauche de la gauche » signifierait donc que le PS  serait de gauche. Et là, je vois des sourires crispés ou de franches rigolades à cette idée.

Certes, il y aurait encore des gens de gauche au PS. Si, si. Les gens de gauche au PS, c’est comme les cabines téléphoniques à Paris dont on apprend qu’il en reste moins de cinquante aujourd’hui. Parfois, ils se font entendre. Ou plus exactement, les médias dans leur antihollandisme primaire les laissent s’exprimer. Ouvrir un font de plus contre les socialistes au pouvoir, c’est toujours bon, c’est tellement tendance et ça fait vendre. Parmi le socialistes de gauche, on entend ainsi parfois les parlementaires Marie-Noëlle Lienemann, Jérôme Guedj ou encore, hier dans Le Figaro, Pascal Cherki, ni convaincu par la remise à part fiscale annoncée par Jean-Marc Ayrault, ni satisfait que le crédit impôt pour la compétitivité, vingt milliards accordés sans contrepartie aux entreprises, soit financé par les ménages.

Alors, cher Pascal Cherki, voyez-vous, ça, c’est vraiment une réflexion de la gauche de la gauche. On se demande bien pourquoi avec une telle vision des choses, vous ne la rejoignez pas, la gauche de la gauche, et surtout pourquoi vous ne venez pas à la manifestation nationale du 1er décembre. Justement, le mot d’ordre est fiscal.

Oui, à gauche de la gauche, on s’est dit que le sujet, la fiscalité, était tout de même trop sérieux pour être laissé à la démagogie de la droite qui matraque autant que les socialistes quand elle est au pouvoir mais qui fait semblant que non quand elle est dans l’imposition, euh pardon, mon clavier a fourché, quand elle est dans l’opposition, voulais-je dire.

On remarquera que le comble du faux-culisme a été atteint à propos de l’écotaxe, ce projet sarkozyste, que Jean-Marc Ayrault a voulu mettre en place avant de reculer devant une coalition hétéroclite de bonnets rouges qui a rappelé le bon temps des seventies quand les maoïstes n’hésitaient pas à rejoindre les post-poujadistes du CIDUNATI dirigé par Gérard Nicoud, le Doriot des années Pompidou. Ce coup-ci, dans le rôle des maoïstes, il y avait le NPA (pauvre Trotsky) qui ayant abusé du chouchen, s’était trompé de manif et a préféré Quimper à Carhaix. D’ailleurs, pour en revenir à la manif du 1er décembre, le NPA a longtemps fait la fine bouche avant de se rallier aussi.

A une lettre près, on aimerait bien aussi que NDA, Nicolas Dupont-Aignan, et son mouvement rejoigne la manif. Après tout, NDA, est l’auteur d’un rapport remarquable sur l’évasion fiscale et ce qu’elle coûte à la France par manque de volonté politique. Et ce rapport est cosigné par Alain Bocquet, député communiste, qui a préfacé aussi le livre de NDA sur la question.

On en arrive donc au mot d’ordre de la manif du 1er décembre. « Pour une révolution fiscale, la taxation du capital et l’annulation de la hausse de la TVA. » Il y a plus sexy, j’en conviens. Mais le problème de la gauche de la gauche, et son honneur, contrairement à la droite de la droite, c’est d’éviter la pulsion. On peut-être en colère et réfléchir. On doit même surtout réfléchir quand on est en colère. Sinon, on se trompe de colère et on se retrouve avec un FN à 30% et des électeurs qui regardent dans la gamelle du voisin au lieu d’aller demander des comptes à l’étage au-dessus.

La fiscalité, c’est à peu près la dernière cartouche des Etats-nations dans une Europe qui a imposé de facto, avec les critères de convergence, la même politique partout et qui connaît les réussites que l’on sait, puisque comme chacun peut le voir, l’UE vit dans le bonheur, la sérénité et le libre échange. D’ailleurs, ses citoyens, reconnaissants, s’apprêtent à élire en masse, le 25 mai prochain, des parlementaires qui seront légèrement à droite d’Attila. Mais cela ne changera rien au problème puisqu’ils n’auront aucun pouvoir ou presque en face de la Commission.

Donc, il n’y a aucune raison que la gauche de la gauche ne s’empare pas de cette question de la fiscalité et rappelle qu’une autre fiscalité est possible, que l’impôt sur le revenu est quand même une idée progressiste à condition de multiplier les tranches et que la TVA, en hausse le 1er janvier, est l’impôt le plus injuste qui soit, même quand on ose parler de TVA sociale, ce qui est tout aussi oxymoresque qu’un anthropophage végétarien.

Alors que n’importe quel expert télévisuel crache son venin en parlant du coût du travail, imposant l’idée somme toute délirante que celui qui produit les richesses par son travail est une charge pour celui qui va profiter de ces mêmes richesses, il faudra  rappeler que les cadeaux fiscaux aux grandes entreprises ont eux aussi un coût, un coût sans cesse plus élevé et qu’il y a, par conséquent,  un coût du capital autrement plus effrayant : « Au début des années 1980, un salarié travaillait, par an, neuf jours pour les actionnaires, aujourd’hui, c’est vingt-six jours » explique par exemple Michel Husson, économiste à l’Ires. Autre économiste du Front de gauche, Laurent Cordonnier (oui, ceux-là, on les voit jamais chez Calvi) remarque à ce propos du coût du capital : « À la fin des Trente Glorieuses, en moyenne 30-35 % du profit total étaient distribués aux actionnaires, aujourd’hui c’est 80 %.  »

En plus, en ces temps de moral en berne où l’on a l’impression qu’un sale climat d’hystérie à droite et de faiblesse ectoplasmique au gouvernement donne une bien mauvaise mine à Marianne, le 1er décembre, la gauche de la gauche va aussi pouvoir se compter et se réchauffer un peu.

Ce sera bon comme un vin chaud. Qui se prépare avec du rouge, comme chacun sait.

*Photo : RAFAEL YAGHOBZADEH/SIPA. 00657026_000031.

Carla Bruni remet à sa place le commissaire du people

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Patrick Cohen, c’est ce journaliste qui, en compagnie de Pascale Clark, fait régner un certain ordre à France Inter, station indépendante du pouvoir de la droite. Il n’invite pas n’importe qui, il choisit les personnalités, qu’il recevra à l’antenne pendant la tranche horaire dont il a la charge, considérant que les quelques auditeurs[1. Les derniers résultats de Médiamétrie démontrent une nouvelle baisse de l’audience cumulée de France Inter.], qui persistent à écouter la radio du gouvernement de coalition socialistes-EELV, n’ont ni l’intelligence, ni la culture nécessaires pour trier le bon grain de l’ivraie. Mme Clarke fait dans le snobisme aigre, M. Cohen, dans la ligue de vertu. On sent chez lui un extrémiste du centre, un chercheur de vérité dans la périphérie du rond. De temps en temps, il soumet un ministre à un entretien d’une rudesse, qu’un observateur sans doute injuste qualifierait parfois « de connivence ». Peut-être a-t-il un faible pour les socialistes, mais il leur préfère les socialites[2. « Socialites », en Amérique, désigne la classe des très privilégiés, distingués du reste de l’humanité par le talent, l’argent, la réputation. Le plus talentueux chroniqueur de cette mondanité particulière fut Truman Capote, le meilleur écrivain de sa génération (avis personnel). On lira également avec bonheur le roman d’Edith Wharton « Chez les heureux du monde ».].

Non content d’exercer  à l’antenne son magistère de la morale officielle des socialistes de pouvoir, il occupe un siège à la table de « C à vous », animée désormais par la piquante Anne-Sophie Lapix, bête noire de Marine Le Pen depuis qu’elle lui donna en direct une leçon de calcul mental[3.  Marine Le Pen se fait moucher par Anne-Sophie Lapix – YouTube]. Il s’était manifesté à notre attention, il y a quelque temps, en reprochant à Frédéric Taddeï de convier des gens, qu’il jugeait peu recommandables, donc indignes de paraître dans un médium public. Taddeï s’était débarrassé de l’importun (Patrick Cohen, l’homme aux ciseaux entre les dents Causeur) avec aisance et vivacité. Celui-ci était sorti de l’échange la joue embrasée, comme frappée d’un soufflet invisible.

Son visage a retrouvé cette couleur empourprée sur le plateau de France 5, le 18 novembre. M. Cohen, assuré de lui-même, crut embarrasser Carla Bruni avec ses questions de petit procureur de la classe intermédiaire, composée essentiellement de journalistes, d’intellectuels et d’artistes que Gramsci qualifiait d’organiques[4. Dans ses cahiers (ou « quaderni ») Antonio Gramsci se livre à une très subtile analyse de la fonction des intellectuels dans la société.]. M. Cohen imagine sans doute qu’il est de son « devoir » de se comporter avec Carla B. en usant de la hargne mal maîtrisée, l’ironie pataude du « france-interviouveur » qui ne s’en laisse pas compter. Invitée comme chanteuse, dont l’actualité est un CD, que, pour ma part, je trouve très réussi, elle dut répondre au commissaire du people, qui voulut lui faire avouer que, femme du président, elle n’était pas libre de ses propos. Carla Bruni réitéra sa conviction d’avoir été, d’une part, une artiste libre, d’autre part, la femme du président de la République française.

Déjà rosissant, M. Cohen insista, parla de contraintes, d’obligations, de devoir de réserve… Il se fit alors renvoyer dans les cordes par une série de directs, qui lui laissèrent les joues gonflées et le teint de brique cirée, qu’on lui avait déjà connus (on verra cette plaisante séquence Carla Bruni rabroue Patrick Cohen en direct dans « C à vous ») :  » Parce ce que vous, vous n’en avez pas, des contraintes, des obligations, des devoirs de réserve, tous les jours, à l’antenne […] Vous feriez mieux de faire attention à ce que vous dites. […] Et puis qu’est-ce que c’est que cette idée de voir la vie sans contraintes […] Être la femme de Nicolas Sarkozy, un carcan ? Quoi, d’être tombée folle amoureuse d’un type que j’aime ? Non, c’était un grand bonheur. D’avoir un petit enfant si tard avec lui ? Non, ça a été un miracle. Et de découvrir et rencontrer tous ces gens ? Non, ça a été une belle aventure. Mais peut-être que, pour vous, cela aurait été l’horreur ; pour moi, non ! ». Et, à la fin de l’envoi, elle touche : « Je suis très polie [mais] je n’aime pas tellement qu’on vienne me dire ce que je pense. ». Un arbitre bien attentionné eut déclaré M. Cohen K.O debout, afin de lui épargner la honte d’une défaite à genoux !

Combattons l’esclavage, pas la prostitution !

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prostitution esclavage 343

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Le mot « abolition » est séduisant. On pense immédiatement à l’abolition de l’esclavage.

Mais si l’idée d’abolir l’esclavage fût ô combien louable, et reste d’ailleurs d’une cruelle et brûlante actualité, celle d’abolir la prostitution est débile. On n’y trouve, en guise d’arguments, que des effluves de moraline, parfum bon marché dont tout esprit médiocre s’asperge pour échapper à l’hygiène fastidieuse de l’intelligence, dégageant finalement les odeurs les plus nauséabondes.

Pour qu’une idée débile attire le chaland bien-pensant, il lui faut s’appuyer sur un constat indéniable et révoltant. En effet, des femmes sont asservies par des réseaux mafieux, réduites en esclavage, elles sont forcées à se prostituer. De là, il n’y a plus qu’un pas à franchir pour se vautrer dans le bon vieux sophisme éthique qui consiste à réserver au patient la peine capitale, pour le punir d’être atteint de gangrène. Une poignée de néo-puritanisme constitue le liant de cette cuisine exécrable et voilà, le tour est joué, prostitution et esclavage ne font plus qu’un.

Najat Vallaud-Belkacem ne serait pas moins à son avantage si, ministre des transports, elle entendait abolir les voyages en Thaïlande, à Cuba, ou encore au Maroc, entre nombreuses autres destinations. Et pourtant, clouer au sol ces avions, ce serait retirer aux prédateurs sexuels, pédophiles de surcroît, leurs innocentes proies ; ce serait abolir le tourisme sexuel.

« La prostitution n’est jamais un projet de vie » nous explique NVB chez Bourdin, pour justifier la proposition de loi scélérate. « Il faut responsabiliser les clients », ajoute-t-elle, toute drapée de vertu alors que récemment, elle retournait sa veste à la télévision pour en exhiber la griffe, révélant son bon goût en matière d’emplettes ; elle ne fuit visiblement pas les grandes marques. Ignore-t-elle que ces dernières ont massivement recours à l’esclavage ? Coudre des vestes Zadig et Voltaire 12 heures par jours dans une cage à poules en échange du droit à survivre dans la misère, Najat Vallaud-Belkacem ne s’est pas demandé si c’était un projet de vie enviable. Elle ne s’est pas demandé non plus quelle était sa part de responsabilité dans cette infâme économie.

Peut-être faut-il, en effet, pénaliser les clients de commerces ayant recours à l’esclavage, mais alors, que l’on jette aux fers ces foules qui se pressent dans les centres commerciaux, lieux de perdition extrême où s’entassent les denrées les plus viles, servies par des mafias nommées « Ikea », « Apple », ou « Zara ». Que faut-il penser des usagers de l’électricité, quand on sait ce qu’est l’uranium, dans quelles conditions on l’obtient et on en fait commerce, et que dire des automobilistes et autres voyageurs à moteur, quand on connaît les pratiques de l’industrie pétrolière, et quid des usagers du système bancaire dans son ensemble, dont tout le monde a compris le fonctionnement aux conséquences catastrophiques?

Il n’est pas une économie indemne du fléau ultra libéralisé et mondialisé dont souffre hideusement l’idéal de Dignité humaine, fléau qui prit son essor avec le commerce triangulaire, pour n’en plus finir, depuis, de se globaliser.

Et parmi toutes les économies gangrénées, il y en une qui mérite d’être défendue de telles intrusions plus que n’importe quelle autre, c’est celle de la prostitution. En vérité, la prostitution n’est pas seulement noble, elle est sacrée.

Les prostitué(e)s, d’abord, méritent le plus grand respect, la plus grande considération. Je ne parle pas des aristocrates de la volupté, call girls et autres prestataires de standing, qu’aucune pénalisation ne viendra empêcher le moins du monde. Je parle de la passe humble, voire modeste, qui en sera d’autant plus glauque que la pression de la loi l’aura enfouie dans les entrailles de la société. Ces femmes, puisque ce sont surtout des femmes, n’ont certes sans doute pas rêvé de devenir prostituées, mais elles rendent un service infiniment précieux. Combien d’aides soignantes ont-elles rêvé d’une telle destinée avant de l’embrasser ? Ne passent-elles pas leur temps dans le vomi, les excréments, au contact de la souffrance et de la mort ? Leurs patients et elles souffrent-ils, pour autant, du moindre déficit de dignité ? Certainement pas. Les prostituées non plus, que cette proposition de loi pénalise tout autant que leurs clients. Il suffit de leur poser la question !

Ces femmes qui louent leur corps délibérément, elles sont un indispensable rempart contre la misère, ce sont elles qui sont capables de recueillir et d’offrir leur étreinte réconfortante à l’enfant trouvé dans les ordures, que les passants ont feint de ne pas voir pour éviter de s’en approcher. Oui, ces femmes existent, et elles ne rougissent pas de leurs services. Elles auraient bien tort, elles méritent un respect infini.

Et les hommes qui les sollicitent n’ont à rougir de rien non plus, car alors, il faudrait rougir de la condition humaine toute entière, dont les aspects les moins reluisants se trouvent bien éloignés de la nécessité poussant un homme à recourir au rapport sexuel contre rémunération avec une femme majeure et consentante.

Cette nécessité, c’est aussi celle qui est à l’origine du monde. Il faut bien, mesdames qui êtes si vertueuses, que monsieur bande pour vous engrosser, car il semble que vous souhaitiez toutefois vous reproduire de façon traditionnelle, or quand monsieur bande, il n’a pas toujours madame à proximité, surtout quand il ne dispose pas du potentiel de séduction approprié, et la bandaison, papa, ça ne se commande pas, mais à la longue, ça commande une solution, que la masturbation ne saurait toujours apporter, Jean-Luc Mélenchon et les autres messieurs aux élans libidineux admirables de romantisme le veuillent ou non.

Les hommes qui « vont aux putes » ne sont ni plus ni moins dignes que ceux qui vont chez le médecin, le psy ou le kiné, et les incriminer, les stigmatiser, c’est une saloperie.

 

Puisque l’ennemi à éradiquer, c’est l’esclavage, alors combattons l’esclavage, messieurs-dames les décideurs, mettez les moyens pour nettoyer la prostitution des réseaux mafieux, offrez aux prostitué(e)s et à leurs client(e)s des conditions dignes, sous la protection, sous le contrôle intransigeant et bienveillant de la loi ; pourquoi n’en va-t-il pas des métiers de la prostitution comme des professions médicales et paramédicales ?

Et s’il n’en est rien alors que diable, cessez votre pathétique parade de vertu criarde aux éclats racoleurs, ne venez pas emmerder les prostituté(e)s, laissez-les travailler, foutez donc la paix à leurs clients, merci d’avance.

 

Pourquoi les exclus vont au front

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On ne s’en lasse pas. Enfin, un peu tout de même. Nos grand-mères disaient que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. À force d’être cuite et recuite, servie à toutes les sauces et à tous les repas, la bouillie antifasciste finit par être indigeste même si, paradoxalement, elle semble parfaitement convenir aux estomacs délicats et aux âmes qui vont avec.

Voilà trente ans que, dans la politique française, tous les chemins mènent à Le Pen. Hier c’était le père, aujourd’hui c’est la fille, mais peu importe : il paraît que seul l’emballage a changé, que la seconde est d’autant plus dangereuse qu’elle a l’air plus fréquentable et qu’il faut être idiot ou déjà contaminé pour ne pas le voir. Ainsi Christiane Taubira a-t-elle récemment fustigé devant quelques micros « l’idéologie meurtrière et mortifère » du Front national, formule qu’elle a répétée trois fois pour être sûre que même les sourds avaient compris. À entendre une ministre de la République proférer une telle accusation, on se disait que la langue de la « peste blonde » avait dû fourcher et que le vernis républicain avait craqué, révélant une vieille nostalgie pour le IIIe Reich ou le projet de jeter tous les coiffeurs à la mer. Bernique. Ce que Madame Taubira reprochait à Marine Le Pen, c’était d’avoir débarqué une candidate coupable d’avoir tenu des propos infâmants et carrément racistes sur la madone du « mariage pour tous ». On a du mal à imaginer ce qu’aurait dit l’insultée si l’insulteuse avait été maintenue. Quoiqu’à la réflexion, elle n’eût pas forcément été plus sévère, puisqu’en faisant semblant de n’être que la fille de son père et pas sa réincarnation, Marine Le Pen ajoute la duplicité à la longue liste des péchés du « Vieux ».

On ne se prononcera pas ici sur la sincérité et sur la profondeur de la mutation bleu Marine. Il n’est d’ailleurs pas certain que nous partagions exactement le même point de vue. En revanche, nous pouvons nous accorder sur deux points : primo, l’appellation de « fascisme » ne fait qu’empêcher de penser ; deuxio, il faut être aveugle (ou imbécile) pour prétendre que rien n’a changé du FN de Jean-Marie et des blagues de fin de banquets à celui de Marine et des envolées sociales. En tout cas, il est assez curieux, voire un peu tordu, de toujours sonder le sous-texte plutôt que le texte, les arrière-pensées plutôt que les pensées et les ambitions cachées plutôt que les intentions avouées. Les défenseurs autoproclamés de la vérité factuelle ne s’intéressent qu’aux non-dits…[access capability= »lire_inedits »]

Que ferait-on sans lui ? Le FN est la bête (immonde) qui permet à chacun de se prendre pour l’ange, l’inépuisable carburant de la passion de démasquer et de la joie d’accuser. Grâce à lui, on peut appeler à la résistance le lundi et célébrer la victoire de la démocratie le mardi, comme en témoigne l’amusante litanie de « unes » du Monde consacrées au sujet ces derniers temps – et on ne parle pas des textes publiés en pages intérieures. 13 septembre : « Comment le Front national veut conquérir le pouvoir » ; 29 septembre : « Municipales : la grande peur des élus face au risque Front national » ; 4 octobre : « Le Front national, parti d’extrême droite » ; 13 octobre : « Municipales : le FN en panne de candidats ». `

Mais aux qualités du diable, le FN ajoute les vertus des matriochkas. Il engendre de multiples diablotins qui décuplent ses maléfices : certains, de Manuel Valls à Éric Zemmour (en passant, espérons-le, par les infréquentables de Causeur), « font son jeu » en parlant de ce qu’il faudrait taire, d’autres sont les agents propagateurs à peine masqués du virus de la lepénisation. C’est que la maladie est fichtrement contagieuse : si l’un de vos amis se déclare lepéniste, vous êtes fichu, sauf à prendre d’énergiques mesures de protection – rupture spectaculaire, dénonciation publique, y compris de ses propres parents : ainsi les enfants d’Alain Delon ont-ils été sommés de dénoncer publiquement leur père, coupable de quasi-lepénisme avoué. Liberté, quand tu nous tiens…

En plus des catégories précédemment évoquées, tous les hommes qui ont vu l’homme qui ont vu l’ours sont suspects. Ça fait du monde à surveiller. Heureusement, les flics à carte de presse ne manquent pas. Ils en rêvent la nuit. Le jour, ils dévoilent les vrais visages et lisent entre les lignes. Du coup, ils n’ont pas le temps de lire les lignes. Il est assez amusant, et en tout cas symptomatique, que trois éminents représentants du journalisme-de-gauche, Aude Lancelin dans Marianne, Jean Birnbaum dans Le Monde et Frédéric Martel sur slate.fr n’aient pas cherché plus loin que le bout de leur nez sensible aux odeurs des idées sales pour traiter (exécuter serait plus adapté) le livre d’Alain Finkielkraut, L’Identité malheureuse. Seul varie le degré de conscience lepéniste imputé à l’auteur – Frédéric Martel consent à croire, enfin espère, que Finkielkraut est resté républicain et que c’est à son corps défendant qu’il pousse l’électeur brignolais à la faute.

Vous direz, chers lecteurs, que tout cela n’est guère neuf, mais comment ne pas se répéter quand l’Histoire hoquette ? Depuis trente ans, le Front est la première obsession nationale, l’ennemi à détruire aussi sûrement que les Romains devaient détruire Carthage. Avec Le Pen, on rejoue en permanence les années noires. Mais personne ne veut voir que cette surproduction est une coproduction : si, d’un côté, les anti- fas ont absolument besoin de fachos, d’un autre côté, à quoi servirait- il de péter à table si personne ne se bouchait le nez ? Entre le FN et ses ennemis, c’est une vieille affaire. Une affaire qui marche.

Tentons un rapide survol au-dessus de ces trois décennies qui ont vu la France devenir l’un des spots de la planète mondialisée. Tout commence en septembre 1983, avec le « choc de Dreux » (premier d’une longue série de chocs après lesquels rien ne- sera-plus-comme-avant et tout sera toujours pareil [1. En 1983, à l’occasion d’une municipale partielle, la liste FN de Jean-Pierre Stirbois avait obtenu 17 % au premier tour, un score jamais vu jusqu’alors pour le Front. Au second tour, la liste Stirbois avait fusionné, au grand dam de la gauche, avec celle du candidat RPR, qui remporta néanmoins l’élection contre la maire PS sortante.]

Parmi les premiers missionnaires à paillettes qui s’abattent sur la ville, il y a un certain Dieudonné – dont une célèbre animatrice de radio pensera, vingt-cinq ans après, qu’il ne peut pas être antisémite puisqu’il a lutté contre le FN. Avec la création de SOS Racisme, quelques mois plus tard, l’arsenal de l’anti- fascisme de comique troupier qui servira de logiciel à la gauche durant trente ans est à peu près au point. Pierre Bergé ne craint pas d’affirmer, à propos du bondissant Harlem Désir, président de la boutique des « potes » : « Il est un des moments de la conscience humaine. Il est aussi un des moments de l’honneur de la France. » La bête immonde est de retour, suscitant des vocations résistantes en masse dans la gauche people qui est l’avant-garde éclairée du mitterrandisme. Qui  refuserait de troquer les embarras et servitudes de l’action politique contre les satisfactions du confort moral ? À ce jeu-là, on ne peut pas perdre.

Il faut dire que la peste brune arrive à point nommé. La social- démocratie, toute aux joies nouvelles du marché, s’aperçoit brutalement qu’elle va y perdre le sien, de marché, vu qu’elle a congédié, avec les vieilles lunes anticapitalistes, les électeurs qui allaient avec. Il lui faut d’urgence un nouveau produit pour assurer la survie de la marque. Au moment où le PS placardise Jaurès pour encenser le business[2. Le climat de ces années-là est admirablement restitué dans le dernier roman de Marc Weitzmann, Une matière inflammable, publié chez Stock.] , le FN offre ce que les gens de marketing appellent une « formidable opportunité de reconversion » : la gauche nouvelle est arrivée. Désormais, elle s’appellera « morale ». L’« honneur de la France » (Harlem, donc) propage la bonne parole mitonnée dans les cuisines élyséennes : il faut isoler le FN et ses électeurs derrière un « cordon sanitaire » pour empêcher le mal de se répandre – et, au passage, stériliser des milliers, puis des centaines de milliers de voix qui, sinon, se porte- raient sans doute sur la droite dite « classique ». Pas mal joué.

Trente ans après, les temps ont changé : finies les années fric, aujourd’hui, l’ennemi, c’est la finance. Harlem a grandi, voire grisonné. Le porte-parole de la jeunesse révoltée est premier secrétaire du Parti. Seul son discours n’a pas varié d’un iota. Il brandit les mêmes imprécations, avec les mêmes accents lyriques pour réclamer, comme il l’a encore fait le 5 octobre au gymnase Japy, la mise au ban de la République de ce « parti d’extrême droite », de « menteurs » et d’« incompétents ». Seulement, la mayonnaise morale prend de moins en moins. C’est que, hélas pour Harlem, le FN aussi a pris trente ans. Et des forces, par la même occasion. Le rhinocéros est bien installé au milieu du salon, mais on continue à le chasser avec un tue-mouches, comme les gentils nigauds du MJS qui arborent fièrement un pin’s proclamant : « Je dis que le FN est un parti d’extrême droite. » Et une fois que t’as dit ça, coco, tu fais quoi ?

Plus les électeurs sont nombreux, plus on s’efforce de ne pas les comprendre : du « bonnes questions, mauvaises réponses » osé par Fabius en 1984, on est passé au « rien à battre de ces blaireaux » prôné par Terra Nova dans sa quête d’une chimérique nouvelle majorité faite de minorités. Cette ânerie savante n’est pas loin d’être partagée par l’UMP à condition de remplacer dans la liste des bons élèves les artistes de rue par les business angels.

Le décalage entre la perception du FN par le bas peuple et celle que l’on a dans les hautes sphères est encore plus spectaculaire depuis l’accession de Marine Le Pen à sa présidence, en janvier 2011. Faute de dérapages à ronger, la plupart des analystes de plateaux télévisés se consolent en serinant que les poussées frontistes aux élections partielles n’expriment qu’une grogne coutumière contre le gouvernement en place. Mais ces belles paroles rassurantes se cognent contre les réalités de la géographie sociale française. Comme nous l’a expliqué Christophe Guilluy (voir pp. 22-25), le vote FN n’exprime plus seulement un coup de colère de circonstance. Il s’enracine dans la France des « perdants de la mondialisation », ces vastes zones déconnectées des agglomérations urbaines dynamiques – Île-de-France, Lyon, Toulouse, Bordeaux – où se crée l’essentiel de la richesse nationale.

Cette France sortie du film, sans modèle économique, ne raisonne plus en termes de « gauche / droite ». Elle a vainement espéré que les partis traditionnels prendraient en compte ses désirs inassouvis de sécurité personnelle, professionnelle et culturelle. Quand les autres partis pratiquent avec constance la politique de l’autisme, le FN leur répond : rétablissement des frontières, du franc, de l’État-providence et de la peine de mort. Le coup de génie de la maison Le Pen, jadis ultralibérale, est d’avoir, après bien des tâtonnements, fini par cibler son offre politique sur les intouchables, le bas du panier électoral. Pour prolonger la métaphore marketing, quand la gauche a pour modèle Agnès B. et la droite Ralph Lauren, devinez qui joue Kiabi et empoche les bénéfices monumentaux qui vont avec ? [/access]

*Photo: LCHAM/SIPA.00669594_000033.

Peut-on dénoncer les « Islamo-nazis » ?

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Une chanson qui fait du bruit « réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo ». Au fait, c’est quoi, au juste, un autodafé ? Les dictionnaires répondent : « En Espagne, à partir du XIVe  siècle, et dans l’empire espagnol, proclamation solennelle d’un jugement prononcé par l’Inquisition sur un impie, un juif ou un hérétique ; exécution du coupable, généralement par le feu.

Sens dérivé :  « destruction par le feu d’un objet (en particulier des livres) que l’on désavoue, que l’on condamne ». Alors, réclamer un autodafé pour des chiens, ne serait-ce pas un appel au meurtre pour blasphème ?

On nous dit que cette chanson est née d’une série «d’initiatives spontanées autour du film La Marche et à l’occasion de la date anniversaire des 30 ans de la Marche pour l’égalité et contre le racisme».

Dans le septième couplet, le rappeur Nekfeu, membre du collectif parisien 1995 chante: «D’t’façon y’a pas plus ringard que le raciste/Ces théoristes veulent faire taire l’islam/Quel est le vrai danger: le terrorisme ou le taylorisme?/Les miens se lèvent tôt, j’ai vu mes potos taffer/Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo».

Peut-on parler d’islamo-fascisme ? Pas sûr. La prudence s’impose. Ce serait sans doute faire injure aux fascistes et risquer un procès en diffamation. Car dans les temps modernes, ce sont les nazis et non les fascistes qui ont allumé des feux purificateurs pour exorciser les idées diaboliques et qui ont brûlé en masse les corps des humains traités en animaux nuisibles.

Nous allons bientôt savoir si l’apologie du bûcher pour les hérétiques est une opinion, une libre opinion, pas un délit.

Si l’apologie du terrorisme, déclaré préférable au taylorisme, c’est une opinion, une libre opinion, pas un délit.

Et dénoncer les islamo-nazis, ce serait quoi alors ?

 

L’avortement est-il un droit ?

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Ces derniers temps, on nous a appris que les « 343 salopes » qui signèrent jadis un manifeste pour la dépénalisation de l’avortement étaient les Jean Moulin du féminisme, en oubliant au passage que risquer sa vie pour son ventre n’est pas la même chose que risquer sa vie pour le ventre d’autrui. Le 7 novembre dernier, un rapport du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes enfonçait le clou en nous révélant que l’avortement en France, près de quarante ans après sa légalisation, serait encore un véritable parcours de la combattante, parsemé d’obstacles tant « symboliques » que pratiques. Selon ce document, remis à Najat Vallaud-Belkacem, et écrit en pseudo-langage gender  (« des professionnel-le-s qualifié-e-s ») l’accès à l’IVG serait encore « problématique » en France. Information étonnante, étant donné le nombre stable d’environ 200 000 avortements par an depuis 1976, qui ne baisse pas malgré des progrès énormes en matière de contraception.

Parmi les « obstacles » insurmontables évoqués : les déserts médicaux, qui font qu’une femme désirant avorter doit parfois faire jusqu’à 150 kilomètres pour voir un gynécologue (l’avortement de proximité serait-il un droit de l’homme ?), une « crise des vocations » des médecins (la nouvelle génération de médecins serait moins « impliquée » dans le droit à l’IVG), et surtout une culpabilisation sournoise et insidieuse qui obligeraient les femmes « à justifier le recours à l’IVG ».

Plusieurs recommandations sont préconisées pour banaliser l’avortement. On sent bien que l’objectif ultime serait d’inscrire le recours à l’avortement dans la Constitution, mais soyons réalistes, le grand soir n’est pas pour tout de suite.

Parmi l’ensemble des propositions, trois me paraissent sortir du lot par leur caractère ouvertement idéologique.

D’abord, pour déculpabiliser les femmes, on propose de remplacer dans l’article du Code de la Santé Publique qui autorise l’avortement l’expression « La femme enceinte que son état place dans une situation de détresse peut demander à un médecin l’interruption de sa grossesse » par l’expression « La femme qui ne souhaite pas poursuivre une grossesse peut demander à un-e médecin de l’interrompre ». Pour supprimer la culpabilité des femmes, il suffit de supprimer le mot « détresse » (comme il faut enlever le mot race de la Constitution pour supprimer le racisme). Autre proposition analogue : supprimer la clause de conscience du Code de la Santé publique, formulée ainsi « Un médecin n’est jamais tenu de pratiquer une interruption volontaire de grossesse », au motif que celle-ci ne servirait que de prétexte à des réactionnaires ataviques pour interdire l’accès à l’IVG à certaines femmes. Enfin, mesure radicale: la suppression du délai de réflexion obligatoire de 7 jours entre les deux rendez-vous précédant l’avortement, jugé infantilisant et culpabilisateur.

Dans les trois cas, l’objectif est bien de déconstruire la vision originaire de l’avortement comme une concession faite à la réalité par le droit, pour une conception de l’IVG comme un droit absolu de l’individu.

En effet, la loi Veil du 17 janvier 1975 (que personne ne songe réellement à remettre en cause à part une poignée d’illuminés pro-life), encadrait fermement la pratique de l’avortement, avec pour objectif d’empêcher que les IVG ne deviennent un moyen de contraception : clause de conscience, affirmation du respect dû à la vie et délai de réflexion étaient autant de barrières permettant de singulariser un acte médical pas comme les autres.

Il faut relire le discours de Simone Veil à l’Assemblée nationale lors des débats précédant l’adoption de la loi pour comprendre à quel point nous avons changé de paradigme. C’est un discours de realpolitik bien plus qu’un discours humanisto-libéral. En effet, nul référence dans ce dernier à un quelconque « droit » (le mot n’est pas une seule fois employé) à l’avortement, mais un appel à prendre des responsabilités face à une situation catastrophique, il s’agit de « mettre fin à un désordre ». La loi Veil n’a jamais eu pour objet la liberté de disposer de son corps, elle  a simplement permis la médicalisation d’actes clandestins pour éviter la mort de milliers de jeunes femmes.

Et c’est tant mieux.

Mais la nouvelle génération de féministes radicales, obsédée par la « domination symbolique », ne se contentent pas de cette concession pragmatique, elles veulent faire de l’avortement « un droit à part entière ». « L’IVG est un acte relativement courant dans la vie des femmes, puisqu’un tiers le fera dans sa vie, Pourtant le droit à l’avortement est encore perçu comme à part. Nous voulons en faire un droit à part entière et un acte comme les autres. », a ainsi déclaré Mme Bousquet, presidente du Haut Comité.

L’avortement est donc présenté comme un droit, c’est une « solution », « un évènement assez courant de la vie sexuelle », et doit devenir un « acte médical comme les autres ». Cette volonté de transformer un acte autorisé en « droit » participe de la suppression généralisée du « négatif » à l’œuvre dans nos sociétés. Impossible de penser que le droit puisse venir cautionner un « moindre mal ». Non, le droit est là toujours là pour célébrer un bien, du positif, une avancée historique dans la marche inéluctable vers le progrès. Le droit est absolu ou n’est pas. Ce qui est doit être bien, ou doit disparaitre. La prostitution ne saurait être reconnue par le droit, elle doit donc être abolie, l’avortement est reconnu par le droit, il doit être célébré. Mécanique manichéenne qui voudrait que le mal n’existe pas, que toutes les solutions soient des solutions morales ; alors qu’il n’y a pas de solutions morales, mais seulement des compromis politiques.

«Qui est pour l’avortement ? Personne, évidemment. Il faudrait être fou pour être favorable à l’avortement. ». Qui a écrit cette phrase ?  Benoit XVI ? Béatrice Bourges ? Khomeini ? Non, Pier Paolo Pasolini, l’artiste le plus subversif du XXème siècle, dans ses Lettres luthériennes. Et il ajoute un peu plus loin « Eh bien moi, je me suis prononcé contre l’avortement et pour sa légalisation».

Pasolini s’érigeait ainsi contre une vision triomphaliste de l’avortement insupportable, qui, au mépris de l’expérience réelle de milliers de femmes, voudrait faire de l’IVG un acte banal, et balaye ainsi leurs souffrances et leurs scrupules du haut d’un individualisme libéral détaché du fardeau de la conscience. Mais il refusait également de tomber dans la posture inverse, celle du fondamentalisme des ayatollah qui voudraient lapider les « avorteuses » au nom d’une morale rigide et hypocrite (et hypocrite parce que rigide). Contre ces deux facilités théoriques, il faut arriver à penser l’avortement comme un phénomène social, et déchausser nos lunettes idéologiques (libertaires ou conservatrices) pour voir la réalité d’un acte violent, parfois inévitable mais jamais triomphant.

En souhaitant faire de l’avortement un droit à part entière, les féministes cautionnent une patrimonalisation du corps des femmes (mon corps m’appartient) qu’elles rejettent pourtant en matière de prostitution.

Najat Vallaud-Belkacem devra répondre à cette contradiction : en déniant le caractère singulier de l’IVG et en niant le caractère sacré de la vie, elle se met du coté de la marchandisation du corps humain. Car, comme l’écrit encore Pasolini, « dire que la vie n’est pas sacrée et que le sentiment est chose stupide, c’est faire une immense faveur aux producteurs ».

*Photo : SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA. 00627908_000009.

Affaire Dekhar : le rouge et le blanc

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Nous ne saurons pas si Abdelhakim Dekhar a clamé « je n’aime pas les riches ! » en ouvrant le feu dans les locaux du journal d’Edouard de Rothschild, Libération . Nous ne saurons pas si Abdelhakim Dekhar a clamé « mon adversaire, c’est la finance ! » en ouvrant le feu sur le siège de la banque Société Générale. Nous ne saurons pas si Abdelhakim Dekhar a clamé « BFN TV ! » en tentant d’ouvrir le feu dans le siège de la chaîne BFM TV, rebaptisée par des collaborateurs de François Hollande « BFN TV ».

Pour autant, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Nous savions que les dérapages se multipliaient. Nous savions que la haine de l’Autre, sans doute riche, potentiellement fasciste, était exacerbée. Nous savions que l’exploitation de faits divers statistiquement isolés était à son comble lorsque la concorde des forces du mal pour un renouveau du fascisme en France rassemblait une gamine idiote tenant des propos racistes contre Madame Taubira et un journal en faillite, Minute.

Les deux têtes du monstre sont toujours les mêmes : le riche et le potentiel fasciste, étant entendu que la France compte 65 millions de fascistes potentiels puisque désormais les enfants peuvent en être. Comme on est tous l’étranger de quelqu’un, on est tous le riche de quelqu’un. C’est ainsi qu’un modeste assistant photographe d’un journal français a incarné le « riche » d’Abdelhakim Dekhar. Comme on peut désormais tous être le fasciste de quelqu’un, nous sommes tous aussi de potentiels fascistes. C’est ainsi qu’un rédacteur en chef de BFM TV a incarné le « fasciste » d’Abdelhakim Dekhar.

Du Bourget à la Défense, la gauche, sciemment ou inconsciemment, haineuse est à l’offensive. Dans sa marche triomphale, elle est en train de lever l’armée des naïfs et des paranoïaques. Abdelhakim Dekhar en est la sentinelle. Justicier antifasciste masqué, il a expliqué son geste au nom de la lutte contre le « complot fasciste ».

Mais, peut-on dire fou quelqu’un qui voit un « complot fasciste » en France ?

L’expertise psychiatrique semblerait conclure à ses parfaites conscience et structure mentale. Le chasseur fou d’extrême-droite s’avèrerait donc être d’extrême-gauche, parfaitement raisonnable – et, sans doute, anti-chasseurs. En France, le profilage psychologique restera une fiction de télévision. Mais, alors, voir un « complot fasciste » en France ne serait-il pas une parfaite preuve de lucidité et de clairvoyance ? Les « complots fascistes » semblent en effet nombreux.

« Complot fasciste » révélé par la presse qui voit clair, tout d’abord. Dans l’ombre des couloirs des partis, va se sceller, nous dit-on très sérieusement, une alliance entre l’UMP et le Front National. Certes, tous les leaders de droite ont mille fois affirmé qu’une telle alliance était impensable. Certes, Marine Le Pen a appelé à faire battre Nicolas Sarkozy et tous les candidats UMP aux municipales. Mais, on le sait, on le sent, quelque chose se trame. Patrick Buisson que tout le monde connaît… Roland Chassain, maire d’un village de 2000 âmes qui a évoqué une « passerelle » entre l’UMP et le FN pour sa liste municipale et que l’on sait incontournable pour toute décision stratégique à l’UMP…Voilà des signes évidents. Les indices sont là.

« Complot fasciste » révélé par l’intelligentsia qui voit loin, ensuite. Alain Finkielkraut, le philosophe en tête des ventes de livres, est « passionné », « amoureux » de Renaud Camus, lui-même « amoureux » de Marine Le Pen. Peu importent leurs lignes, il faut lire entre : les sentiments y apparaissent. L’ex-soixante-huitard de gauche marié est amoureux du réactionnaire homosexuel. Que l’on ne nous raconte pas d’histoires, c’est limpide. Les faits sont là.

« Complot fasciste » révélé par le Ministre de l’Intérieur qui voit haut, enfin. Les mamans à poussettes, les papas à chèche, les jeunes hommes à mèche, les jeunes filles à ballerines préparaient secrètement un putsch. On a même saisi les appartements d’un quarteron d’officiers militants de la Manif Pour Tous pour y trouver l’armement du coup d’état : sweats, pancartes et drapeaux. À nouveau, les preuves sont là.

Le complotisme c’est voir une influence partout. Le complotisme fasciste, c’est voir une influence fasciste partout. C’est bien ce qu’inspire le récit de la haine que met en scène une certaine gauche depuis des mois. Toujours, la même scène, celle d’un interrogatoire musclé : la lumière éblouissante de la haute conscience morale assermentée, l’annuaire compilant les déclarations tronquées ou supposées et les faits imputés, et, enfin, l’accusation de fascisme. Et, les baffes tombent.

Seulement, les aveux ne viennent jamais. Alors, certains ont pu conclure au « complot fasciste », à une influence insaisissable. Les présumés coupables de fascisme s’en sortent toujours, il y a forcément une faille. Il fallait donc faire justice soi-même, celle de la justice médiatique étant défaillante. C’est ce qu’a fait Abdelhakim Dekhar, médiatiquement.

À multiplier l’accusation de fascisme, à faire peur en montant en épingle un péril fasciste, à agiter le chiffon rouge du fascisme et de la haine, la « Bêtise au front de taureau » (Baudelaire) a donc foncé, tête baissée. Et, elle a blessé. Et François Hollande l’a dit, dans sa maladresse : elle peut continuer.

Il est donc temps que le discours haineux et manipulateur cesse. Face à la prospérité de la haine, les humanistes doivent rappeler une certaine gauche dans le camp républicain. Pour que le rose reste à la rose et que jamais il ne devienne le sordide alliage du rouge du sang et du blanc de la bave.

*Photo: AP/SIPA. AP21488392_000001

 

L’Iran accepte de rester au seuil nucléaire

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iran nucleaire france

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À Genève, les négociations sur le nucléaire iranien ont abouti à un accord intérimaire, une issue positive saluée conjointement par Barack Obama et Hassan Rohani.

Comme chacun sait la France est apparue début novembre comme le trouble-fête de la réconciliation américano-iranienne négociée secrètement à Oman depuis huit mois. L’accueil chaleureux réservé à François Hollande par Benjamin Netanyahou en Israël a renforcé cette impression.

A contrario, les puissances anglo-saxonnes ont semblé presser de renouer avec l’Iran. Qui se souvient encore de « l’Axe du mal » ?  L’administration Obama, plus ou moins affranchie de sa dépendance à l’égard des pétromonarchies et d’Israël, souhaite en effet jouer sa carte diplomatique asiatique dans de bonnes conditions. Or les nouvelles relations qu’elle veut construire avec la Chine et la Russie passent par le règlement de la question iranienne, laquelle a trop duré. Pour la diplomatie américaine, c’est un renversement d’alliance historique.

La volonté française de ne pas brûler les étapes peut se comprendre. Il est évident qu’il vaut mieux un accord à minima, précis et limité plutôt qu’un mauvais compromis global mais flou. L’accord intérimaire de six mois reconductible, prévoit une limitation du programme nucléaire de Téhéran en échange d’un début d’allègement des sanctions. C’est un petit pas, mais sa précision évitera les quiproquos entre l’AIEA et l’Iran comme ce fut le cas après la signature de la déclaration de Téhéran le 21 octobre 2003.

Pour contrôler l’application de cet accord, le groupe 5+1 dispose d’un atout majeur dans son jeu : l’embargo économico-financier. Lequel s’est progressivement mis en place à partir de 2006 et le vote de la résolution 1737 des Nations-Unies. Cet atout est modulable car une réversibilité des sanctions économiques est possible. Avec cet accord, la perspective d’une attaque massive israélienne s’éloigne (bien que les israéliens soient plutôt adeptes d’une guerre secrète). Et les menaces de prolifération nucléaire avec.

La fenêtre qui s’est ouverte avec l’élection du « modéré » Hassan Rohani peut se refermer assez vite. Elle correspond à un état de grâce post-électoral. Il y a quelques jours, le guide de la Révolution, Ali Khamenei, a mis la pression sur les négociateurs avec un discours qui aurait pu être prononcé par Mahmoud Ahmadinejad. Mais pour les deux parties, la volonté d’aboutir était manifeste car les alternatives sont rares. Si les négociateurs ne trouvaient pas de solution, l’Iran pouvait poursuivre sa production de plutonium et la présidence Rohani accentuer  son isolement.  En quelques mois, en l’absence d’allègement des sanctions financières, les conservateurs les plus durs auraient surfé sur la crise économique pour attaquer le nouveau Président. Ce dernier aurait été contraint de durcir son discours et de s’engager dans la surenchère anti-occidentale.

La volonté de Téhéran de se doter de l’arme nucléaire dépend malheureusement pas de la couleur politique du gouvernement iranien. Cet objectif fait l’objet d’un consensus nationaliste qui date de la coopération du Shah avec Eisenhower. Mais le coût économique est tel pour le régime des mollahs qu’il devient insoutenable et menace son existence même. Le PIB iranien s’est contracté de 5% en 2012 et le rial a perdu 60% de sa valeur depuis 2011. Cent milliards d’avoirs iraniens sont gelés dans le monde et le coût des sanctions est estimé à 120 milliards de dollars.  L’Iran a donc des motifs sérieux de s’arrêter là où il est, c’est-à-dire à ce fameux « seuil nucléaire » (l’Iran posséderait 186 kilos d’uranium enrichi. De quoi produire deux bombes atomiques). Une fois la bombe testée, l’Iran se serait trouvé dans la situation de la Corée du Nord, sans rien à négocier.

Souhaitons que pour la France cette réconciliation américano-iranienne soit l’occasion de renouveler sa politique moyen-orientale. Aujourd’hui la politique arabe voulue par le général de Gaulle se réduit à une dépendance énergétique et militaro-industrielle vis-à-vis de ses fournisseurs et clients du golfe. La normalisation des relations avec l’Iran serait une aubaine pour sortir de notre face à face mortifère avec des pétromonarchies mécènes des mouvements salafistes. La mauvaise mine de Laurent Fabius hier matin et la tonalité du communiqué de François Hollande ne sont malheureusement pas très rassurantes… Les Américains ont-ils fait pression sur la France ?

*Photo : AY-COLLECTION/SIPA. 00669972_000005.

UMP : la guerre des sous-chefs

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morano danjean ump

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Les élections européennes, prévues le 25 mai prochain, se préparent déjà. Alors que les têtes de liste du Front National, qui mise encore plus sur ce scrutin que sur les municipales, sont connues depuis quelques semaines, le PS vient de désigner les siennes, suscitant des mouvements divers dans la salle, comme l’écrirait le sténographe de l’Assemblée. Et l’UMP dans tout ça ? La course aux têtes de listes vient d’être lancée à droite, précisément dans ma circonscription, celle du Grand Est, regroupant Champagne-Ardenne, Lorraine, Alsace, Bourgogne et Franche-Comté. La figure de proue dans ce secteur en 2004 et 2009 était Joseph Daul, fraîchement élu président du Parti Populaire Européen (PPE), qui ne souhaite pas cumuler cette fonction avec un mandat européen.

Celle qui a lancé la course n’est pas n’importe qui. Nadine Morano, petit soldat (lorrain) du sarkozysme s’il en est, a confirmé vouloir mener cette liste sur France 2 vendredi matin. C’est peu dire que l’ancienne ministre de la Famille ne s’imagine pas ailleurs qu’en première place et souhaite recouvrer d’urgence un mandat parlementaire, elle qui a perdu son siège de député en juin dernier. Depuis sa défaite dans la circonscription de Toul, elle n’est pas restée inerte, surtout lors de la bataille Copé-Fillon où elle fut égale à elle-même, guerrière impitoyable ne s’encombrant jamais de nuances, quitte à parfois sombrer dans l’outrance[1. Elle est aussi très active dans le style sur Twitter où son dernier fait d’armes fut de comparer les journalistes de Marianne à des rats, excusez du peu.]. Ce genre de personnage, suscitant des boutons au camp adverse, existe dans tous les grands partis. Il se révèle utile dans les campagnes électorales car il catalyse la mobilisation chez les militants les plus fervents et joue un rôle de poisson-pilote sacrificiel indispensable au grand leader, toujours soucieux d’apparaître  nuancé par rapport aux plus zélés de ses partisans. C’est ainsi que Nadine Morano a su se rendre utile à Nicolas Sarkozy pendant les cinq ans de présidence. Lors de la campagne présidentielle, elle avait été mise au rencard pendant la campagne du premier tour, NKM lui étant préférée comme porte-parole, avant de revenir en grâce dans les quinze derniers jours lorsque le ton du candidat se durcissait. Morano joua un rôle comparable aux côtés de Jean-François Copé l’an dernier, lorsqu’il brigua la présidence de l’UMP. Autant dire qu’elle ne doit pas avoir que des amis du côté des proches de Fillon…

Face à elle, c’est un parlementaire européen sortant de 42 ans, Arnaud Danjean, qui a fait acte de candidature dans le JDD ce dimanche. Originaire de Louhans, où il a déjà fait trembler Arnaud Montebourg aux législatives de 2007, il est considéré comme une étoile montante de l’UMP. Ancien fonctionnaire de la DGSE, spécialiste des Balkans, il travailla étroitement avec Bernard Kouchner lorsque ce dernier administrait le Kosovo. Elu en 2009, il a vite fait son trou au Parlement européen où il préside la sous-commission sécurité et défense. Tous ces faits d’armes n’en font pas, loin s’en faut, un poulet de l’année, même de Bresse. Nicolas Sarkozy semble vouloir l’intégrer à l’équipe de jeunes quadras inconnus du grand public dont il veut s’entourer s’il revient dans l’arène pour la campagne de 2017. Sa cote de popularité auprès des élus du Grand Est est infiniment plus grande que celle de Nadine Morano.  En guise d’adoubement, Joseph Daul le désigne publiquement comme son successeur, laissant tomber à propos de la conseillère municipale de Toul : « J’ai dit à Jean-François Copé ce que je pensais de sa candidature. » Soutien de Fillon l’an dernier, Danjean bénéficie d’ores et déjà du parrainage de François Baroin et de Bruno Le Maire mais aussi de députés copéistes comme Guillaume Larrivé et Alain Chrétien.

Consensuel (qualité très courue du côté de Bruxelles et de Strasbourg), proche du commissaire européen Michel Barnier, Danjean est aussi un spécialiste des questions européennes et paraît intellectuellement plus armé que Nadine Morano pour mener cette campagne. Cependant, malgré tous ces atouts, il demeure l’outsider dans la bataille pour la tête de liste.

Car Morano a deux avantages sur Danjean : sa notoriété et sa proximité avec Jean-François Copé dont elle est la co-secrétaire nationale aux… élections. Certes, la commission nationale  d’investiture de l’UMP rassemble fillonistes et copéistes à parité mais, outre que Morano en est elle-même membre, le président du parti y exerce une grande influence. Si Copé laissait tomber l’ex-ministre, il risquerait de déclencher guerre thermonucléaire au sein de son propre dispositif.  Et la Nadine n’est pas du genre à pardonner de telles offenses. En outre, Copé et Morano ne sont pas seulement des alliés objectifs, ils partagent aussi une certaine conception de l’action politique, un style commun, que le président de l’UMP qualifie lui-même de « décomplexés ». Une telle candidate serait en fait à l’image de ce qu’il souhaite pour son parti. L’imposer constitue donc une nécessité.

Mais, au-delà des ambitions personnelles et des combinazione, quel serait l’intérêt de l’UMP ? Pour l’heureux désigné, la campagne ne s’annonce pas comme une partie de plaisir. Face à des adversaires aussi coriaces que l’ancien maire de Strasbourg Catherine Trautmann (PS), dont la notoriété égale celle de Morano mais qui connaît les arcanes du Parlement européen, ou Florian Philippot (FN), devenu une véritable bête médiatique depuis deux ans (a-t-il installé un lit de camp à BFM TV ?). Malgré son manque d’expérience, le numéro 2 frontiste possède un atout supplémentaire dans sa manche : la maîtrise des  problématiques européennes. Il faut rappeler qu’avant d’apparaître avec sa véritable identité au côté de Marine Le Pen, il animait un blog extrêmement documenté sur le sujet (« Le vrai débat ») qui suivait jour après jour les décisions européennes.

Bref,  Nadine Morano souffre mal la comparaison avec tous ces spécialistes, auxquels il faut ajouter les têtes de listes des petits partis[2. Laure Ferrari, candidate de DLR, est aussi la principale collaboratrice de Nigel Farage.]. L’ancienne ministre n’a jamais montré qu’une connaissance superficielle de ces dossiers. Mais la blonde lorraine peut retourner ce handicap à son avantage. Se détournant à dessein des débats européens, elle pourrait axer sa campagne sur un discours anti-gauche efficace, en désignant ses adversaires comme des « technos ».

La décision que prendra la commission d’investiture de l’UMP en dira long sur le style que ce parti veut imprimer à cette campagne européenne ainsi qu’aux prochains rendez-vous électoraux. La notoriété ou la compétence ? La starlette ou le spécialiste ? Le Grand Est servira de laboratoire. Pour l’heure, ne le cachons pas, même si rien n’est joué, la starlette possède quelques encablures d’avance sur le spécialiste.

*Photo :  DUPUY FLORENT/SIPA. 00664159_000047.