Le mot « abolition » est séduisant. On pense immédiatement à l’abolition de l’esclavage.

Mais si l’idée d’abolir l’esclavage fût ô combien louable, et reste d’ailleurs d’une cruelle et brûlante actualité, celle d’abolir la prostitution est débile. On n’y trouve, en guise d’arguments, que des effluves de moraline, parfum bon marché dont tout esprit médiocre s’asperge pour échapper à l’hygiène fastidieuse de l’intelligence, dégageant finalement les odeurs les plus nauséabondes.

Pour qu’une idée débile attire le chaland bien-pensant, il lui faut s’appuyer sur un constat indéniable et révoltant. En effet, des femmes sont asservies par des réseaux mafieux, réduites en esclavage, elles sont forcées à se prostituer. De là, il n’y a plus qu’un pas à franchir pour se vautrer dans le bon vieux sophisme éthique qui consiste à réserver au patient la peine capitale, pour le punir d’être atteint de gangrène. Une poignée de néo-puritanisme constitue le liant de cette cuisine exécrable et voilà, le tour est joué, prostitution et esclavage ne font plus qu’un.

Najat Vallaud-Belkacem ne serait pas moins à son avantage si, ministre des transports, elle entendait abolir les voyages en Thaïlande, à Cuba, ou encore au Maroc, entre nombreuses autres destinations. Et pourtant, clouer au sol ces avions, ce serait retirer aux prédateurs sexuels, pédophiles de surcroît, leurs innocentes proies ; ce serait abolir le tourisme sexuel.

« La prostitution n’est jamais un projet de vie » nous explique NVB chez Bourdin, pour justifier la proposition de loi scélérate. « Il faut responsabiliser les clients », ajoute-t-elle, toute drapée de vertu alors que récemment, elle retournait sa veste à la télévision pour en exhiber la griffe, révélant son bon goût en matière d’emplettes ; elle ne fuit visiblement pas les grandes marques. Ignore-t-elle que ces dernières ont massivement recours à l’esclavage ? Coudre des vestes Zadig et Voltaire 12 heures par jours dans une cage à poules en échange du droit à survivre dans la misère, Najat Vallaud-Belkacem ne s’est pas demandé si c’était un projet de vie enviable. Elle ne s’est pas demandé non plus quelle était sa part de responsabilité dans cette infâme économie.

Peut-être faut-il, en effet, pénaliser les clients de commerces ayant recours à l’esclavage, mais alors, que l’on jette aux fers ces foules qui se pressent dans les centres commerciaux, lieux de perdition extrême où s’entassent les denrées les plus viles, servies par des mafias nommées « Ikea », « Apple », ou « Zara ». Que faut-il penser des usagers de l’électricité, quand on sait ce qu’est l’uranium, dans quelles conditions on l’obtient et on en fait commerce, et que dire des automobilistes et autres voyageurs à moteur, quand on connaît les pratiques de l’industrie pétrolière, et quid des usagers du système bancaire dans son ensemble, dont tout le monde a compris le fonctionnement aux conséquences catastrophiques?

Il n’est pas une économie indemne du fléau ultra libéralisé et mondialisé dont souffre hideusement l’idéal de Dignité humaine, fléau qui prit son essor avec le commerce triangulaire, pour n’en plus finir, depuis, de se globaliser.

Et parmi toutes les économies gangrénées, il y en une qui mérite d’être défendue de telles intrusions plus que n’importe quelle autre, c’est celle de la prostitution. En vérité, la prostitution n’est pas seulement noble, elle est sacrée.

Les prostitué(e)s, d’abord, méritent le plus grand respect, la plus grande considération. Je ne parle pas des aristocrates de la volupté, call girls et autres prestataires de standing, qu’aucune pénalisation ne viendra empêcher le moins du monde. Je parle de la passe humble, voire modeste, qui en sera d’autant plus glauque que la pression de la loi l’aura enfouie dans les entrailles de la société. Ces femmes, puisque ce sont surtout des femmes, n’ont certes sans doute pas rêvé de devenir prostituées, mais elles rendent un service infiniment précieux. Combien d’aides soignantes ont-elles rêvé d’une telle destinée avant de l’embrasser ? Ne passent-elles pas leur temps dans le vomi, les excréments, au contact de la souffrance et de la mort ? Leurs patients et elles souffrent-ils, pour autant, du moindre déficit de dignité ? Certainement pas. Les prostituées non plus, que cette proposition de loi pénalise tout autant que leurs clients. Il suffit de leur poser la question !

Ces femmes qui louent leur corps délibérément, elles sont un indispensable rempart contre la misère, ce sont elles qui sont capables de recueillir et d’offrir leur étreinte réconfortante à l’enfant trouvé dans les ordures, que les passants ont feint de ne pas voir pour éviter de s’en approcher. Oui, ces femmes existent, et elles ne rougissent pas de leurs services. Elles auraient bien tort, elles méritent un respect infini.

Et les hommes qui les sollicitent n’ont à rougir de rien non plus, car alors, il faudrait rougir de la condition humaine toute entière, dont les aspects les moins reluisants se trouvent bien éloignés de la nécessité poussant un homme à recourir au rapport sexuel contre rémunération avec une femme majeure et consentante.

Cette nécessité, c’est aussi celle qui est à l’origine du monde. Il faut bien, mesdames qui êtes si vertueuses, que monsieur bande pour vous engrosser, car il semble que vous souhaitiez toutefois vous reproduire de façon traditionnelle, or quand monsieur bande, il n’a pas toujours madame à proximité, surtout quand il ne dispose pas du potentiel de séduction approprié, et la bandaison, papa, ça ne se commande pas, mais à la longue, ça commande une solution, que la masturbation ne saurait toujours apporter, Jean-Luc Mélenchon et les autres messieurs aux élans libidineux admirables de romantisme le veuillent ou non.

Les hommes qui « vont aux putes » ne sont ni plus ni moins dignes que ceux qui vont chez le médecin, le psy ou le kiné, et les incriminer, les stigmatiser, c’est une saloperie.

 

Puisque l’ennemi à éradiquer, c’est l’esclavage, alors combattons l’esclavage, messieurs-dames les décideurs, mettez les moyens pour nettoyer la prostitution des réseaux mafieux, offrez aux prostitué(e)s et à leurs client(e)s des conditions dignes, sous la protection, sous le contrôle intransigeant et bienveillant de la loi ; pourquoi n’en va-t-il pas des métiers de la prostitution comme des professions médicales et paramédicales ?

Et s’il n’en est rien alors que diable, cessez votre pathétique parade de vertu criarde aux éclats racoleurs, ne venez pas emmerder les prostituté(e)s, laissez-les travailler, foutez donc la paix à leurs clients, merci d’avance.

 

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