À Genève, les négociations sur le nucléaire iranien ont abouti à un accord intérimaire, une issue positive saluée conjointement par Barack Obama et Hassan Rohani.

Comme chacun sait la France est apparue début novembre comme le trouble-fête de la réconciliation américano-iranienne négociée secrètement à Oman depuis huit mois. L’accueil chaleureux réservé à François Hollande par Benjamin Netanyahou en Israël a renforcé cette impression.

A contrario, les puissances anglo-saxonnes ont semblé presser de renouer avec l’Iran. Qui se souvient encore de « l’Axe du mal » ?  L’administration Obama, plus ou moins affranchie de sa dépendance à l’égard des pétromonarchies et d’Israël, souhaite en effet jouer sa carte diplomatique asiatique dans de bonnes conditions. Or les nouvelles relations qu’elle veut construire avec la Chine et la Russie passent par le règlement de la question iranienne, laquelle a trop duré. Pour la diplomatie américaine, c’est un renversement d’alliance historique.

La volonté française de ne pas brûler les étapes peut se comprendre. Il est évident qu’il vaut mieux un accord à minima, précis et limité plutôt qu’un mauvais compromis global mais flou. L’accord intérimaire de six mois reconductible, prévoit une limitation du programme nucléaire de Téhéran en échange d’un début d’allègement des sanctions. C’est un petit pas, mais sa précision évitera les quiproquos entre l’AIEA et l’Iran comme ce fut le cas après la signature de la déclaration de Téhéran le 21 octobre 2003.

Pour contrôler l’application de cet accord, le groupe 5+1 dispose d’un atout majeur dans son jeu : l’embargo économico-financier. Lequel s’est progressivement mis en place à partir de 2006 et le vote de la résolution 1737 des Nations-Unies. Cet atout est modulable car une réversibilité des sanctions économiques est possible. Avec cet accord, la perspective d’une attaque massive israélienne s’éloigne (bien que les israéliens soient plutôt adeptes d’une guerre secrète). Et les menaces de prolifération nucléaire avec.

La fenêtre qui s’est ouverte avec l’élection du « modéré » Hassan Rohani peut se refermer assez vite. Elle correspond à un état de grâce post-électoral. Il y a quelques jours, le guide de la Révolution, Ali Khamenei, a mis la pression sur les négociateurs avec un discours qui aurait pu être prononcé par Mahmoud Ahmadinejad. Mais pour les deux parties, la volonté d’aboutir était manifeste car les alternatives sont rares. Si les négociateurs ne trouvaient pas de solution, l’Iran pouvait poursuivre sa production de plutonium et la présidence Rohani accentuer  son isolement.  En quelques mois, en l’absence d’allègement des sanctions financières, les conservateurs les plus durs auraient surfé sur la crise économique pour attaquer le nouveau Président. Ce dernier aurait été contraint de durcir son discours et de s’engager dans la surenchère anti-occidentale.

La volonté de Téhéran de se doter de l’arme nucléaire dépend malheureusement pas de la couleur politique du gouvernement iranien. Cet objectif fait l’objet d’un consensus nationaliste qui date de la coopération du Shah avec Eisenhower. Mais le coût économique est tel pour le régime des mollahs qu’il devient insoutenable et menace son existence même. Le PIB iranien s’est contracté de 5% en 2012 et le rial a perdu 60% de sa valeur depuis 2011. Cent milliards d’avoirs iraniens sont gelés dans le monde et le coût des sanctions est estimé à 120 milliards de dollars.  L’Iran a donc des motifs sérieux de s’arrêter là où il est, c’est-à-dire à ce fameux « seuil nucléaire » (l’Iran posséderait 186 kilos d’uranium enrichi. De quoi produire deux bombes atomiques). Une fois la bombe testée, l’Iran se serait trouvé dans la situation de la Corée du Nord, sans rien à négocier.

Souhaitons que pour la France cette réconciliation américano-iranienne soit l’occasion de renouveler sa politique moyen-orientale. Aujourd’hui la politique arabe voulue par le général de Gaulle se réduit à une dépendance énergétique et militaro-industrielle vis-à-vis de ses fournisseurs et clients du golfe. La normalisation des relations avec l’Iran serait une aubaine pour sortir de notre face à face mortifère avec des pétromonarchies mécènes des mouvements salafistes. La mauvaise mine de Laurent Fabius hier matin et la tonalité du communiqué de François Hollande ne sont malheureusement pas très rassurantes… Les Américains ont-ils fait pression sur la France ?

*Photo : AY-COLLECTION/SIPA. 00669972_000005.

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