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Il faut une comparution immédiate pour les mineurs

Au cœur de l’actualité politique, médiatique et législative, la justice des mineurs demeure mal connue et mal comprise du grand public. Au-delà du fait qu’il est surprenant de voir des députés de la majorité présidentielle remettre en question le code de justice pénale des mineurs (CJPM), que leur camp a pourtant conçu et porté, notre collectif affirme que la réforme qui vient d’être adoptée par l’Assemblée nationale ne résoudra rien tant elle pèche par manque d’analyse des causes profondes des dysfonctionnements actuels.


De fait divers en fait de société, la justice pénale des mineurs est régulièrement au centre des débats, que ce soit pour critiquer son ambition affichée de donner la primauté à l’éducatif sur le répressif ou pour dénoncer le code de justice pénale des mineurs comme un ouvrage crypto-fasciste ayant pour but d’incarcérer tous les mineurs de France. Les commentateurs de tous bords semblent parfois oublier qu’on ne s’improvise pas juriste et que, tout comme ils ne s’aviseraient pas de procéder à la révision d’une centrale nucléaire sur la base de quelques vagues notions de physique, ils devraient s’abstenir de livrer des pseudo-analyses fondées sur des poncifs et des contre-vérités à propos d’un droit qu’ils maîtrisent mal et qui relève davantage de l’usine à gaz que du bel ouvrage législatif. Une mise au point s’impose, précisément dans l’intérêt du débat public, afin que chacun puisse se faire une opinion éclairée, fondée sur des informations précises et fiables.

Nous analyserons donc cinq réflexions fréquentes à propos de la justice des mineurs et tenterons de démêler le vrai du faux. Cet exercice sera également l’occasion de tenter de répondre à la question centrale pour qui voudrait réformer la Justice française : si laxisme il y a, la faute aux juges ou la faute à la loi ? Enfin, nous tâcherons d’apporter des propositions de réforme réelle, voire de véritable révolution.

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Dans l’épisode précédent[1], nous avons exposé la procédure de jugement applicable aux mineurs : la fameuse césure (pour rappel : « Kévin, tu seras privé de téléphone… dans 9 mois ») et ses limites.

De nombreux commentateurs, journalistes et politiques percevant les difficultés posées par cette césure brandissent une idée qui permettrait de les résoudre : instaurer une comparution immédiate pour les mineurs.

Qu’est-ce qu’une comparution immédiate ? C’est une procédure de jugement rapide qui permet de présenter immédiatement (d’où son nom) après sa garde-à-vue un délinquant à un tribunal correctionnel composé de trois magistrats (pour faire simple). Elle permet de sanctionner sans délai le délinquant. Pour les majeurs, cette comparution immédiate permet un jugement dans un délai maximum de quatre jours, ce qui est effectivement très rapide. Dans l’attente, le délinquant peut être placé en détention provisoire. C’est donc une procédure très stricte et très protectrice de la société.

Compte tenu des faiblesses de la procédure de césure, l’idée de pouvoir accélérer le jugement des mineurs dans les cas les plus graves en les sanctionnant rapidement fait son chemin et une proposition de loi en ce sens a été adoptée par l’Assemblée nationale le 13 février 2025[2]. Cependant, d’une part elle se heurte à des obstacles pratiques, et d’autre part ne résout pas les problèmes de fond (laxisme de la loi et des juges) qui empêchent une vraie répression des actes graves commis par les mineurs.

Bien essayé mais… Informons les nombreux commentateurs, journalistes et politiques qui se passionnent subitement pour le sujet qu’une procédure de comparution rapide existe déjà pour les mineurs : l’audience unique. Elle permet de présenter un mineur au procureur immédiatement après sa garde-à-vue, de le placer sous contrôle judiciaire ou en détention provisoire puis de le juger dans un délai compris entre 10 jours et un mois en cas de détention.

L’article 4 de la proposition de loi ajoute à cette audience unique une procédure dite de comparution immédiate qui permet de faire venir le mineur devant le tribunal pour enfants le jour même ou dans un délai maximum de 4 jours, sans attendre le délai de 10 jours imposé actuellement par la loi.

D’une part, il est à noter que le mineur peut de toute façon renoncer au délai de 10 jours avant l’audience unique et donc comparaître plus rapidement devant le tribunal. C’est même dans son intérêt puisque cela réduit le temps passé en détention provisoire. La réforme envisagée ne change donc pas grand-chose aux possibilités juridiques déjà existantes.

D’autre part et surtout, la comparution immédiate prévue par la proposition de loi est très difficile à mettre en place techniquement car elle nécessite d’avoir la possibilité de réunir un tribunal pour enfants en urgence, dans un délai maximum de 4 jours.

Or, le tribunal pour enfants est composé d’un juge des enfants et de deux assesseurs civils, ne travaillant pas habituellement dans le tribunal, « particulièrement intéressés » par la Justice des mineurs. Il s’agit en général de retraités de l’Education nationale, d’anciens éducateurs ou d’actifs prenant sur le temps libre. Il est donc plus difficile de les réunir de manière imprévue que des magistrats exerçant chaque jour leurs fonctions dans la juridiction.

Par ailleurs, si n’importe quel juge du tribunal peut présider une comparution immédiate pour les majeurs, les juges des enfants sont en nombre limité (parfois un ou deux pour tout le tribunal) et pas toujours disponibles pour présider une audience en urgence.

Instaurer une comparution immédiate pour les mineurs nécessite donc d’abord un renforcement significatif des effectifs de juges des enfants, notamment dans les petites juridictions, pour pouvoir libérer un juge pour tenir une audience en urgence. Ensuite, cela exige de modifier la composition du tribunal pour enfants en supprimant les assesseurs civils. Cela n’est pas impossible mais semble peu envisageable à court terme compte tenu des contraintes budgétaires, légales voire constitutionnelles et matérielles actuelles. A conditions constantes, on voit mal comment la comparution immédiate envisagée par la réforme votée le 13 février 2025 pourrait s’appliquer concrètement.

La procédure d’audience unique est aujourd’hui un bon compromis entre jugement rapide et contraintes juridictionnelles. Rappelons qu’elle permet de juger le mineur dans un délai maximum d’un mois tout en le plaçant en détention provisoire dans l’attente, conditions satisfaisantes pour la protection de la société, des victimes et l’évitement de la récidive. La vraie difficulté en l’état actuel du droit réside dans les conditions TRES restrictives du recours à cette audience unique.

En effet, pour les mineurs de moins de 16 ans, la peine encourue doit être égale ou supérieure à 5 ans : impossible de l’appliquer pour des faits de violence sans incapacité de travail, même commis avec une arme, ou pour des faits de vol sans circonstance aggravante, ou pour une conduite sans permis ni même un refus d’obtempérer. Pour les mineurs de 16 ans révolus, le seuil est abaissé à 3 ans, ce qui est plus raisonnable mais exclut tout de mêmes certaines menaces et la plupart des délits routiers.

Par ailleurs, pour tous les mineurs, une condition d’antécédent doit être remplie puisque le mineur doit déjà faire l’objet d’un suivi. Elle n’est donc pas applicable aux primo-délinquants, quelle que soit la gravité des faits commis.

Illustrations :

  • Matthéo deale de la cocaïne depuis trois mois. Mais c’est sa première fois. « Rentre chez toi Matthéo, l’audience unique ce sera pour la prochaine fois ».
  • Matthéo a agressé sexuellement sa petite sœur de 4 ans. Il est convoqué, il rentre chez lui et recommence. Mais il n’a que 15 ans. « Rentre chez toi Matthéo, tu seras jugé dans un an, tu es trop jeune pour être sanctionné rapidement. »
  • Matthéo a pillé un magasin pour manifester sa colère et son incompréhension devant un système social et politique inique (et au passage porter des baskets de marque). Il a 14 ans. Il est placé, il fugue. Il est à nouveau placé, en centre éducatif renforcé. Il fugue et commet un vol avec violences. « Retourne au foyer Matthéo, tu ne peux pas aller en prison, tu as moins de 16 ans. Ta victime a le nez cassé et peur de te recroiser ? C’est bien dommage, mais c’est la loi. »

Ces conditions draconiennes ne permettent pas de prendre en compte des mineurs commettant des infractions graves de plus en plus jeunes, fréquemment en-dessous de 16 ans, ni des mineurs commettant dès le début de leur « carrière » des faits graves et notamment des atteintes aux personnes. Sur ce point, une réforme simple et efficace s’impose. Peut-être le salut viendra-t-il de la proposition Attal ?

Encore raté. La proposition de loi adoptée ne s’applique que sous plusieurs conditions cumulatives, extrêmement difficiles à réunir :

  • Le mineur doit être âgé d’au moins 16 ans (exit les apprentis dealers marseillais recrutés désormais au niveau bac à sable)
  • Il doit avoir commis un délit puni de 7 ans d’emprisonnement (5 ans en cas de flagrant délit) : exit la plupart des délits routiers, les violences commises avec une seule circonstance aggravante, les agressions sexuelles simples non flagrantes, le port d’arme, les menaces de mort, le harcèlement scolaire, le vol avec violence sans incapacité de travail, les destructions en réunion (coucou les émeutiers de l’été 2023), la rébellion contre les policiers et les gendarmes, le refus d’obtempérer…
  • Il doit être en état de récidive, c’est-à-dire avoir déjà été condamné pour des faits similaires.

Résumé : Matthéo pourra éventuellement peut-être, selon la météo du jour et l’horoscope, passer en comparution immédiate si un tribunal l’a déjà condamné pour des violences aggravées (c’est pas gagné, cf la procédure de césure), qu’il a plus de 16 ans et qu’il passe à nouveau quelqu’un à tabac (mais en réunion ou avec une arme ou sous alcool sinon ça ne marche pas).

Traduction : vas-y Matthéo fais-toi plaisir. Tu as moins de 16 ans ? Tu ne risques rien. Tu n’as jamais commis de délit grave ? Tu as le droit d’en commettre un, on viendra te chercher à partir du deuxième. Tu veux voler, violenter, conduire sans permis, outrager un policier ? Pas de comparution immédiate pour toi, c’est cadeau.

Alors nous trouverons toujours quelques journalistes du Monde, de Libération ou de France Info, des chroniqueurs du plateau de France 5, quelques syndicalistes de la protection judiciaire de la jeunesse ou quelques juges des enfants[3] pour hurler à la réforme fasciste et à l’enfance outragée. La vérité, c’est que cette réforme ne changera rien, que pendant ce temps des mineurs continuent à voler, agresser, détruire, en quasi-toute impunité, et que c’est un drame pour eux, pour les victimes et pour notre société.

RESPONSABLE PRINCIPAL : LA LOI

NOTRE PROPOSITION POUR EN SORTIR :

  • Faire juger les mineurs en comparution immédiate par le tribunal correctionnel, avec une habilitation spéciale « mineurs » du président du tribunal

La semaine prochaine, épisode 3 : « il est impossible de mettre un mineur en prison »


[1] https://www.causeur.fr/la-cesure-du-proces-penal-est-une-mauvaise-reforme-cjpm-305918

[2] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b0448_proposition-loi#

[3] https://www.liberation.fr/societe/police-justice/justice-des-mineurs-les-comparutions-immediates-ne-sont-pas-une-procedure-adaptee-20250214_F4CWGV75FZGM7L654ONRXBNXBE/

Port du voile dans les compétitions sportives: les jeunes confondent égalité et naïveté

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Teddy Riner, après avoir mis tout le monde au tapis sur les tatamis, semble malheureusement vouloir passer au judo des idées… Mais son « on perd notre temps avec le voile » est heureusement esquivé par le gouvernement. Après quelques égarements, on semble y avoir majoritairement compris qu’après la loi de 2004 à l’école les islamistes ont bien reporté leur attention et leur travail d’entrisme sur le sport, autre espace où se forge l’éducation. Le voile demeure un « enterrement vertical » rappellent les défenseurs de la laïcité. L’accepter dans le sport serait un terrible recul pour la civilisation française, explique notre chroniqueuse.


Rien ne résume mieux ce qui pose problème dans l’acceptation du voile dans le sport que la passe d’armes sur X entre Teddy Riner, le judoka moult fois médaillé et Mahyar Monshipour, qui fut champion de boxe. Dans le premier cas, on a au mieux affaire à un naïf en mode « la voix de son maître qui sert ses nouveaux employeurs qataris en diffusant les éléments de langage de l’islam politique obédience Frères musulmans » (la création de la section judo du PSG aurait été en partie liée à l’intention de s’adjoindre les services de Teddy Riner, alors en difficulté dans son club de Levallois); de l’autre un Iranien qui a vu très concrètement l’apartheid sexuel être réinstallé violemment dans son pays grâce au voile. D’un côté l’idéologie violente mais présentée en mode mièvre et dégoulinant de fausse empathie, de l’autre, la réalité de l’expérience et du vécu.

Les militantes islamistes en faveur du voile dans le foot, devant le Sénat, janvier 2022. Image: capture d’écran YOUTUBE / Le Parisien.

Teddy Riner, pas un acharné de la laïcité

La sortie de Teddy Riner sur le voile est un exemple pur de la rhétorique frèriste : « Dans certains pays voisins, tout se passe bien avec le port du voile et ça n’emmerde personne. Je crois qu’en France, on perd notre temps. Pensons plus à l’égalité plutôt que s’acharner sur une seule et même religion. » Le déploiement de cette rhétorique a ici quatre phases : premièrement il s’agit d’évacuer la signification du voile, ce qu’il symbolise et ce qu’il dit sur la place de la femme. Deuxièmement, il s’agit de nier la violence sociale que son exigence recouvre. Le « ça n’emmerde personne » vise à évacuer la question des filles considérées comme des putes si elles ne le portent pas, la pression sociale pour être considérée comme une bonne musulmane et surtout la honte de soi : la femme musulmane doit cacher ses cheveux car elle est impudique et tentatrice en soi, la seule solution qui lui reste est la dissimulation : elle doit couvrir ce qui est sale. Donc elle-même. Troisièmement, une fois cet escamotage en règle effectué, n’oubliez pas un petit coup de victimisation pour la route à coup d’ « islamophobie ». Pensez donc, en France on s’acharnerait donc sur une seule et même religion, l’islam ? Et si c’était plutôt l’islam qui aujourd’hui s’acharnait à semer la haine et la mort à travers le monde, responsable de la majorité des attentats de ces dernières années et de cette violence ethnique, religieuse et séparatiste qui se développe dans nos sociétés ? L’accusation portée contre la France escamote la réalité des horreurs vécues depuis 2012 et liées au terrorisme islamique en même temps que les revendications séparatistes mises en avant au nom de l’islam. Enfin, quatrièmement, l’inversion accusatoire. C’est là que Teddy Riner réussit un beau renversement de perspective en faisant référence à l’égalité.

Parce que mettre en avant l’égalité pour revendiquer un signe qui promeut l’apartheid sexuel et symbolise justement le refus de l’égalité de droit entre les hommes et les femmes, il fallait l’oser ! Teddy l’a fait. On peut penser que le judoka n’est pas outillé pour comprendre le rôle malsain qu’on lui fait jouer dans cette histoire. Mais on peut trouver qu’il ne faut pas sortir de Saint Cyr pour comprendre à quel point le voile est un outrage à la liberté et à l’égalité des femmes. Comme on peut aussi trouver qu’il est temps d’arrêter d’excuser un sportif grassement payé qui promeut délibérément un outil d’oppression des femmes et tire à vue sur un pilier de notre civilisation et de notre contrat social.

A lire aussi, du même auteur: Le grand remplacement de Louis Boyard

D’autant que pratiquer un sport de haut niveau ne signifie pas forcément être exempté de toute conscience morale et civique, la preuve avec Mahyar Monshipour. L’homme connait très bien ces questions et ne mâche pas ses mots dans l’interview qu’il donne au Figaro : « Les sportifs ou artistes qui prennent la parole sur ce sujet ne doivent pas devenir les idiots utiles de l’islam des Frères musulmans. » « Il faut bien comprendre le dessein derrière le voile : il s’agit de rendre habituelle la présence du fait religieux. On ne parle pas de port d’une simple croix mais de la volonté de cacher la femme avec le voile. Le voile est un linceul et le signe visible d’une inégalité entre l’homme et la femme. » L’ancien boxeur explique notamment que l’école étant protégée en France par la loi de 2004 sur le voile, les Frères ont reporté leur attention et leur travail d’entrisme sur le sport, autre espace où se forge l’éducation. La place du corps dans le sport est importante et permet l’emprise notamment sur des jeunes filles en pleine transformation physique et faciles à convaincre. Quant à l’objectif ultime des Frères musulmans, il consiste à « rendre le port du voile classique puis extraire les femmes du monde du sport ».

Dans cette interview, Mahyar Monshipour fait référence notamment au travail de la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio et du sénateur Michel Savin sur ces questions. Il a raison, car comme on l’a vu à l’école, la loi et l’implication des politiques est essentielle pour empêcher que les droits des femmes finissent par succomber aux assauts islamistes. Mais justement, sur cette question, comment ont réagi les politiques ?

Auberge de la lâcheté : COMPLET

Tout part du vote d’un amendement au Sénat interdisant le port du voile dans le sport. Cela fait réagir les Frères musulmans pour qui le sport est un terrain de propagande et de recrutement privilégié qui font monter au créneau leurs sportifs stipendiés. Comme le monde politique, malgré le sang que l’islamisme a répandu sur notre sol, pense que le sujet est clivant, le président de la République prend bien garde de ne pas se positionner. Après tout, quelle importance, il ne s’agit que de défendre l’égalité en droit pour les femmes. Quel intérêt électoral ? cela ne peut que faire baisser les votes de la jeunesse des quartiers d’un côté, sans rien rapporter de l’autre, certaines femmes se mobilisant même pour être considérées comme des ventres, des sexes sur pattes et des inférieures. C’est ainsi qu’interrogé sur le sujet, Edouard Philippe s’est livré sur France Inter à tellement de contorsions que l’on n’est pas sûr d’avoir bien compris où le pauvre homme habite. A l’auberge de la lâcheté en tout cas. Sa rhétorique était le décalque absolue de celle de Lionel Jospin lorsqu’il refuse de trancher sur le voile à l’école. Il y ajoute un discours indigent qui fait de la laïcité, la société protectrice des religions. Ce n’est pas si étonnant quand on sait les liens que l’homme entretenait avec Médine et certaines associations frèristes sur son territoire comme Havre du savoir. Il a pu être constaté, à l’occasion de cette polémique, l’absence totale de convictions et de doctrine sur la question de l’islamisme alors que cette menace est une des plus fortes qui pèse sur l’hexagone.

Côté gouvernement, la polémique a fait tanguer le bateau mais celle-ci a été tranchée par François Bayrou qui a conforté les ministres en pointe dans la lutte contre l’islamisme. Bruno Retailleau (à l’origine de l’amendement du Sénat) et Gerald Darmanin sont montés au créneau pour défendre l’interdiction, soutenus par Manuel Valls tandis que Marie Barsacq, la ministre des Sports et Elisabeth Borne, ministre de l’Education défendaient la « liberté de porter le voile ». Elles sont vite rentrées dans le rang, l’arbitrage de François Bayrou ayant été clair et les Français plébiscitant la fermeté vis-à-vis des revendications islamistes.

A gauche, en revanche, pas de surprise. Mettre des limites à l’islam est vu comme raciste, donc critiquer le voile est raciste, donc critiquer le sexisme est raciste… C’est parfaitement stupide écrit ainsi, mais dans le réel, cela fonctionne. Donc, quand la droite veut interdire le voile dans le sport car cela revient à légitimer un outil sexiste de rabaissement de la femme, la gauche s’étouffe d’indignation. Pour Jean-Luc Mélenchon, sans surprise, on est dans une « surenchère raciste » et « dans la course à l’échalote à la violence verbale ». Parole d’expert ! Pour Mathilde Panot, tout cela fleure bon « l’extrême-droite ». Marine Tondelier reprend la rhétorique hypocrite utilisée par le PS et déplore une « laïcité instrumentalisée pour cibler toujours la même religion » et se dit préoccupée par une stigmatisation des femmes musulmanes. En revanche elle ne voit pas en quoi le voile est réellement stigmatisant. Olivier Faure, lui, reste courageusement planqué.

Paris, 6 septembre 2020 © GODONG/ BSIP via AFP

Pour nos faux « progressistes », un signe stigmatisant stigmatisé…

Il n’y a donc personne à gauche pour défendre les droits des femmes. Entre les revendications des islamistes et l’égalité des droits, la gauche a choisi de servir les islamistes. En matière de hiérarchie des valeurs elle fait passer la religion avant la liberté de conscience et de pensée. Un renversement qui la sort de la quête de valeurs universelles pour servir une religion particulière. Elle oublie ainsi la leçon de Kamel Daoud qui expliquait que ce morceau d’étoffe était « un enterrement vertical ». Grâce à la gauche aujourd’hui, refuser le voile au nom de la revendication de sa liberté individuelle, c’est être traître à sa culture et à ses ancêtres. Une posture honteuse dans laquelle, au nom du clientélisme électoral, la gauche a abandonné toute honnêteté intellectuelle – pour rester polie. L’un des organes d’influence des Frères musulmans, interdit en France mais réfugié au Belgistan, le CCIE (Collectif Contre l’Islamophobie en Europe) a d’ailleurs salué le discours des écologistes ou de Teddy Riner. Quant à l’ONU, qui devient la voix du Sud global sous influence islamiste, et elle critique comme Amnesty international le choix de l’interdiction en France. Entre les droits des femmes et la soumission à l’islam, ces instances choisissent la contrainte religieuse dans son expression la plus radicale. Les femmes repasseront.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Dominique Besnehard dépose les armes aux pieds de la juge Rousseau

Pour les centristes et les macronistes, le flou reste de mise. Notre trop bavard président étant incapable d’avoir une doctrine sur les sujets véritablement politiques, le silence prévaut. Sauf dans le cas d’Aurore Bergé toujours impeccable sur ces sujets. En revanche la droite a une doctrine en la matière. De Bruno Retailleau à Laurent Wauquiez en passant par David Lisnard, tous sont clairs sur la nécessité de combattre le voile et sur le fait que ce signe est stigmatisant pour les femmes et remet en cause l’égalité des droits. Ils présentent donc un front uni et un diagnostic partagé ce qui augmente leur crédibilité. La droite nationale est, elle aussi, unie sur cette question évidemment.

Cette polémique aura eu le mérite d’éclaircir à la fois l’importance de l’influence des Frères musulmans, l’ampleur de l’entrisme de leur propagande en France et dans le milieu sportif, la domination des éléments de langage islamistes dans les références de la gauche en la matière et la clarification qui s’est imposée à droite. Mais elle montre aussi à quel point notre système politique accepte que soit attaqué sur notre sol un des piliers de notre contrat social, l’égalité en droits, à partir du moment où les femmes sont ciblées. Contester l’égalité au nom de la race entraîne de violents levers de boucliers, le faire au nom du sexe passe crème… En France revendiquer son sexisme est devenu un combat politique acceptable s’il est recouvert du manteau de la liberté religieuse. Un terrible recul civilisationnel.

Silence coupable

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Les belles âmes sont coupables

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La Tour Eiffel voilée, un rabbin agressé, un adolescent poignardé, un responsable communiste qui reconnaît l’existence du racisme anti-blanc : la violence se banalise en France, l’antisémitisme y prospère, pendant que ses dirigeants restent passifs, s’inquiète Ivan Rioufol…



Qui a mis la France dans cet état ? Ceux qui sont encore aux commandes. Parce qu’ils restent immobiles, ils sont aussi responsables des agressions qui se suivent et se ressemblent. À Orléans, samedi, un rabbin a été battu physiquement par un jeune musulman. Lundi, lors d’une rixe entre bandes, le jeune Sékou a été poignardé à mort devant son lycée professionnel de Yerres (Essonne). Le même jour, une marque de vêtements islamiques a, sur TikTok, habillé la Tour Eiffel de la tête aux pieds.

Les Juifs ne sont plus en sécurité dans les rues. Les couteaux se banalisent chez les élèves. L’islamisme exhibe ses voiles. En 1999, le journaliste Christian Jelen, aujourd’hui disparu, alertait déjà sur La guerre des rues (Plon) en pointant le lien entre l’immigration et l’insécurité, l’échec de l’intégration, l’inefficacité des « politiques de la ville ». Il dénonçait « la progression des violences scolaires (qui) date du début des années 1980 » et les excuses sociales qui occultent les différences culturelles du Maghreb et de l’Afrique noire. Depuis, tout a empiré. Un exemple : le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) conteste l’invitation faite par le gouvernement israélien à Jordan Bardella et Marion Maréchal, pour intervenir jeudi à Jérusalem dans un colloque sur l’antisémitisme. Bernard-Henri Lévy, en protestation, a annulé sa participation. Mais le Crif, en reproduisant par réflexe un rejet qui se comprenait s’agissant du RN de Jean-Marie Le Pen, n’est plus crédible dans sa protection des Juifs défendus par Marine Le Pen. « Il faut lutter farouchement contre l’antisémitisme », a redit ce mercredi Jean-Philippe Tanguy (RN) sur CNews et Europe 1. À l’image des dirigeants politiques, les institutions juives ne sont plus en phase avec leur base, avec la réalité. Il est vain de se désoler de l’ « antisémitisme d’atmosphère » en continuant à diaboliser ceux qui dénoncent une immigration ouverte à l’islam conquérant et judéophobe.

À lire aussi : Quand l’imposture « antiraciste » attise la haine de la France

En clair : il y en a marre d’entendre les belles âmes se lamenter de situations qu’elles contribuent à consolider en se pliant à des idéologies qui ont démontré leurs nuisances. Autre exemple : depuis lundi, les militantes MeeToo emplissent le prétoire du tribunal correctionnel de Paris pour soutenir l’accusation d’ « agression sexuelle » portée par deux femmes contre Gérard Depardieu, qui a décidé de se défendre contre une « terreur » féministe. Or dans le même temps, MeeToo et la presse de gauche délaissent la cause de Chahinez Daoud. Cette femme a été brûlée vive en 2021 par son mari, Mounir Boutaa, qui comparait devant les assises de la Gironde depuis lundi. L’assassin a tué son épouse parce qu’elle voulait se vêtir à l’occidental et refusait le voile. Il l’avait menacée : « Je vais te renvoyer en Algérie dans un coffre, sale pute ! ». Mais la domination de l’homme sur la femme, prescrite par le Coran, n’est pas un sujet qui intéresse celles qui ne veulent s’en prendre qu’au mâle blanc occidental vu comme un prédateur. Cet aveuglement des féministes sur la condition des femmes musulmanes s’ajoute à celui des anti-racistes qui contestent le racisme anti-Blanc et ne voient rien du nouvel antisémitisme. D’où une première question : pourquoi continuer à prendre ces gens au sérieux ? Seconde question : pourquoi ne pas leur demander réparation de leurs incuries, de leurs fautes ?

Affaire Depardieu: ce que cette époque fait à la masculinité

L’affaire de Gérard Depardieu ne semble plus relever de la justice. Elle est devenue un vaste champ de bataille…


Je regarde l’affaire Depardieu avec un mélange de malaise, de tristesse et de lucidité. Non pas parce que je veux défendre un homme, une célébrité, ou minimiser les souffrances des femmes qui disent avoir été blessées ou abusées. Mais parce que cette affaire, comme d’autres avant elle, met à nu quelque chose de plus vaste, de plus profond : notre rapport malade au pouvoir, à la masculinité, à la parole, et à la violence.

Un procès qui appelle à la réflexion collective

Gérard Depardieu n’est pas un monstre. Il est un homme, un acteur, un corps vivant et débordant, comme souvent les grands artistes. Il porte en lui l’excès, le désir, parfois la confusion des limites. Il est aussi le produit d’un monde — celui du cinéma, du pouvoir, de l’impunité masculine — qui a trop longtemps toléré des comportements douteux, et parfois inacceptables. Il est à la fois responsable de ses gestes et victime d’un système qui l’a glorifié pour cela. Le problème, ce n’est pas seulement lui. C’est ce que nous avons fait collectivement de cette confusion entre désir et domination, entre séduction et emprise.

Mais ce qui me trouble aujourd’hui, c’est que cette affaire ne semble plus relever de la justice. Elle est devenue un champ de bataille. Depardieu n’est plus un homme à juger, à comprendre, éventuellement à condamner — il est un symbole à abattre. Et ce que je vois dans cette violence, c’est une colère légitime — celle des femmes blessées, méprisées, réduites au silence — qui, dans certains discours féministes contemporains, se transforme en stratégie de prise de pouvoir.

On ne combat plus un abus de pouvoir, on combat la masculinité elle-même.

Or c’est là que je me sens obligé de parler. Car il me semble qu’on oublie une chose essentielle : la masculinité n’est pas la violence. La masculinité n’est pas l’oppression. Elle est une énergie offensive, oui, une force tournée vers l’extérieur, vers le risque, la confrontation, parfois le conflit. Et cette conflictualité-là, cette tension fondatrice de l’humain, elle existe aussi dans le registre du désir et de la séduction.

Bug de civilisation

Il faut oser le dire : la drague masculine est souvent offensive. Elle est directe, parfois maladroite, parfois insistante. Ce n’est pas un bug de civilisation, c’est une donnée anthropologique. Depuis toujours, les codes du jeu amoureux sont asymétriques, et cela ne fait pas de chaque homme un prédateur. Le désir n’est pas toujours poli. Il bouscule, il s’expose, il prend des risques — et c’est là, justement, qu’il devient humain.

Mais c’est aussi là que le basculement peut survenir : quand cette énergie devient abus de pouvoir. Et c’est cela qu’il faut nommer, distinguer, combattre. Pas l’offensive du désir, mais l’emprise du pouvoir. Pas la masculinité en tant que telle, mais ce qu’un certain patriarcat a fait de la relation : une structure de domination, souvent invisible, où l’autre devient un objet, un territoire, une proie.

Ce glissement est fondamental. Car ce n’est pas la virilité qu’il faut effacer, ni la séduction qu’il faut aseptiser, mais l’abus de pouvoir dans toutes ses formes. Et cela dépasse largement la question des sexes. Le pouvoir se prend, se garde, s’impose dans tous les espaces : au travail, en politique, dans les familles, dans les milieux culturels. Il écrase, invisibilise, humilie — parfois sans bruit. Et il n’est pas toujours masculin.

A relire: Fanny Ardant: «Je n’ai jamais voulu être une victime»

Je vois aujourd’hui dans une certaine frange du féminisme une tentation de purger l’espace public de toute forme d’ambiguïté, de tension, de complexité. Tout ce qui peut ressembler à une prise de pouvoir — même dans la séduction, même dans le langage — est immédiatement assimilé à une agression. On ne distingue plus l’offensive de la violence. Et c’est une catastrophe anthropologique.

Car la relation entre les sexes, depuis toujours, est traversée de tensions, de désirs, d’inégalités, de malentendus. Ce n’est pas une guerre. C’est une danse difficile, parfois maladroite, parfois injuste. Mais cette danse exige qu’on accepte la part conflictuelle de la rencontre humaine. Qu’on accepte de se heurter, de se chercher, de s’opposer. Pas pour dominer, mais pour créer du lien, du vrai.

Je ne dis pas que tout est acceptable. Je ne dis pas que les femmes doivent supporter des gestes ou des mots qui les blessent. Mais je dis que le monde ne se réparera pas en supprimant le masculin, en l’aseptisant, en le condamnant en bloc. Ce que nous devons combattre, c’est l’abus de pouvoir — dans toutes ses formes, qu’il soit sexuel, économique, institutionnel, ou symbolique. Et cela vaut pour les hommes, mais aussi pour les femmes. Car le pouvoir corrompt tout le monde, pas seulement les hommes.

La parole des femmes n’est pas supérieure à la parole des hommes

Je veux vivre dans un monde où la parole des femmes est entendue. Mais je veux aussi vivre dans un monde où les hommes ne sont pas réduits au silence par peur d’être mal interprétés. Où l’on peut dire « je désire », « je conteste », « je m’oppose », sans être accusé de violence.

Depardieu, qu’on le veuille ou non, nous force à penser tout cela. Il est le miroir grossissant de notre époque : celle qui ne supporte plus l’ambiguïté, qui préfère l’élimination à la réparation, la pureté morale à la complexité humaine. Et si nous n’apprenons pas à regarder ce miroir, nous continuerons à produire des figures d’exclusion, à gauche comme à droite, chez les hommes comme chez les femmes.

Il est temps de reconstruire une culture du lien. Une culture du masculin non-violent mais pas castré. Une culture de la parole libre mais responsable. Une culture où le conflit n’est pas évité, mais traversé, ensemble.

Sinon, nous serons tous perdants (et les gagnants seront ceux qui voudront  nous imposer un patriarcat régressif et violent).

Ras-le-bol de tapiner pour l’État !

Notre pays n’est pas un paradis néolibéral mais un enfer collectiviste. La classe politique ne comprend rien à l’économie et se repose sur un secteur privé exsangue pour entretenir un État qui ne regarde pas à la dépense. Entre déni du réel et aveuglement idéologique, nos gouvernants ne sont pas près d’inverser la tendance.


On en parle peu, mais l’économie française va mal et même très mal. Carnet de commandes en berne, manque de visibilité, instabilité gouvernementale, dette abyssale, tout concourt à tuer la confiance et à nous plonger dans la récession. Résultat, une stagnation voire une baisse du niveau de vie : aux États-Unis, il est, pour le même poste de travail, supérieur de 40 %.

Une classe politique déconnectée des réalités économiques

Face à ce désastre, patrons et entrepreneurs observent les errances d’une classe politique qui de toute évidence ne comprend rien à l’économie. La plupart n’ont jamais eu qu’à dépenser des budgets qui tombaient du ciel, ils n’ont jamais gagné d’argent. La panoplie d’impôts imaginés par l’extrême gauche en dit long sur ce monde qui évoque l’Ancien Régime. Bien au chaud à Paris, cette aristocratie dépense et répartit 60 % des richesses créées par le travail des combattants des tranchées. Autrement dit, le secteur privé doit cravacher pour fournir les recettes que dépenseront les donneurs de leçons de morale.

À lire aussi, Elisabeth Lévy & Jean-Baptiste Roques : Merci patrons !

Sur 100 euros facturés par une entreprise, l’État au sens large (incluant la Sécurité sociale) ponctionne 60 à 70 euros, entre charges sociales, TVA, taxes, IS. Et le salaire net de l’employé sera lui aussi taxé par la TVA et ses impôts (habitation, foncier, revenu). L’État a faim, très faim. En quarante ans, il est devenu un obèse tentaculaire en roue libre vers son probable AVC.

Au final, les patrons et leurs salariés sont les plus sociaux des acteurs économiques : combien de RSA, de lits d’hôpital, de feuilles de soins leurs entreprises payent-elles ?

En somme, ils sont des hauts fonctionnaires qui rapportent versus ceux qui dépensent.

Un État qui vampirise le secteur privé

Et pourtant, certains prétendent sans rire que la France est un paradis néolibéral. En réalité, elle s’apparente de plus en plus à un pays collectiviste qui sombre à petit feu en dévorant les restes de son secteur privé.

L’État est le proxénète des patrons. Nous tapinons pour payer ses folies. Les millions de salariés du privé sont obligés d’être hyperproductifs pour satisfaire l’appétit dément de l’ogre étatique, véritables « serfs » d’une oligarchie qui vit sur la bête – sureffectifs, budgets associatifs à la limite du clientélisme, médias étatiques subventionnés, agences publiques présentes à tous les étages du millefeuille territorial. Le nombre de burn-out n’explose pas pour rien.

En ce cas, dira-t-on, pourquoi les patrons ne descendent-ils pas dans l’arène politique ? C’est simple : ils n’ont pas le temps. Travailler cinquante à soixante heures par semaine leur permet à peine de payer leur mac.

À lire aussi, Jean-Baptiste Roques : Le blues du businessman

De surcroît, au lieu de dessiller les citoyens pour qu’enfin la restructuration en profondeur du pays soit engagée, les gouvernants se complaisent dans le déni, refusant avec constance toute évaluation des politiques menées. Le plus bel exemple de mensonge d’État par omission réside dans la présentation de la dette, toujours rapportée au PIB, comme si cette dette avait été contractée par les entreprises, alors qu’elle est constituée par le déficit de l’État (et de ses proxys). Ainsi, quand on affirme que la dette représente 5 % du PIB, toute personne vivant dans la vraie vie, qui sait ce qu’est un déficit, pense naturellement que les recettes de l’État sont inférieures de 5 % à ses dépenses. Si on compare le déficit public au budget et non pas au PIB, on découvre que, depuis des années, il oscille entre 20 et 25 %.

Un peu comme si un foyer dépensait 4 000 euros en gagnant 3 000 euros par mois

Une impasse économique inéluctable

Ainsi, en 2025, le budget prévisionnel[1]  annonce 545 milliards de recettes contre 686 milliards de dépenses, le différentiel étant de 141 milliards, soit 25 %. On comprend mieux l’explosion de la dette depuis quarante ans. Notre État est un vrai junky (140 milliards de doses sur une seule année). Les marchés financiers lui fournissent sa came tous les dix ou quinze jours.

Un particulier ou une entreprise qui gérerait aussi mal ses finances déposerait son bilan et serait interdit de gestion…

Comment expliquer par ailleurs que tant de gens éduqués, intelligents et parfaitement conscients de la catastrophe manquent à ce point de courage ? L’une des raisons est sans doute que les caractères trempés ne vont plus vers la politique. Elle attire plutôt les « offusqués » de profession, comme ces syndicalistes lycéens puis étudiants qui deviennent députés ou syndicalistes et font le commerce des promesses, additionnées d’une bonne soupe de moraline : l’enfer qu’ils ont créé est pavé de bonnes intentions – dites « humanistes » ou « progressistes ».

Qu’on ne compte pas sur l’université pour les déniaiser. Sandrine Rousseau a été enseignante-chercheuse en économie et vice-présidente de l’université de Lille, c’est dire. Les théories absurdes enseignées aux étudiants qui deviennent professeurs, deviennent ensuite la pensée dominante qui valide les théories, qui brodent autour d’une certitude de fer : « le privé c’est mal, le public c’est bien ». « La dépense publique crée du bonheur », dit Mélenchon.

L’idéologie continuera à gouverner tandis que les entrepreneurs continueront à se colleter à la réalité. Dans le vrai monde, celui des entreprises, on ne peut pas se payer de mots. On doit chercher ce qui marche. Exemple, on sait que le CESE (Conseil économique, social et environnemental) ne sert à rien, sinon à récompenser quelques amis, et coûte 50 millions par an. Un patron – ou un véritable homme d’État – fermerait ce machin en trois à six mois. Et il existe des centaines de structures, comités, agences tout aussi inutiles.

Pour retrouver le moral, les patrons et les salariés du privé ont besoin de savoir que le courage est de retour au sommet de l’État. Ils ne vont pas continuer à trimer pour que leur travail soit ruiné par le sabotage public. Certains partiront, la plupart resteront mais baisseront les bras, et géreront la décroissance tant souhaitée par certains pour tenir quelques années avant de voir les entreprises, puis l’économie et les services publics s’écrouler sous le regard ahuri de l’ogre et des donneurs de leçons. Le FMI débarquera, et nous serons tous pauvres et égaux.

*Je ne signe pas de mon nom car la démocratie est attaquée depuis des années par l’hégémonie de l’extrême gauche dans la justice, une partie des médias, beaucoup de facultés et dans bien des corps d’État : je serais rapidement désigné comme cible et socialement exécuté. Nous vivons un peu comme dans l’Europe de l’Est racontée par Kundera.

Un Occident kidnappé: ou la tragédie de l'Europe centrale

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[1] Source : www.budget.gouv.fr/budget-etat.

Candide au théâtre : des raisons d’être… optimiste

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Candide ou l’Optimisme, de Voltaire au Théâtre de Poche-Montparnasse, un spectacle d’une heure quarante tourbillonnant.


Il y a une raison toute simple et – apparemment – paradoxale qui fait que nombreux sont ceux qui renoncent à aller au théâtre : la pléthore des propositions – et l’embarras du choix subséquent (nous parlons de Paris – mais non seulement). D’où que l’on se permette d’intervenir, parfois, pour signaler un spectacle, une mise en scène, qui valent le déplacement. Le dépaysement. Le voyage.

Prenez Candide ou l’Optimisme, de Voltaire, mis en scène et adapté par Didier Long au Théâtre de Poche, en ce moment. Fidèle à sa tradition – puisqu’elle l’est devenue – le Théâtre des Tesson fait revivre des écrivains, hommes et femmes (Montaigne et Rabelais, Yourcenar et Sagan, Anouilh et Dumas, etc.) – et des textes. Il les donne à entendre, et à vivre. C’est une « alternative » joyeuse à une autre activité très joyeuse : la lecture. La position est la même – nous sommes assis. Mais l’effet est différent – comme la fin : nous avons bien remarqué qu’il y a peu d’applaudissements lorsqu’on quitte sa table de travail après avoir lu et écrit pendant six heures.

À lire aussi : « – Oublions tout… – Oublions tout … » : sublime Werther au Théâtre des Champs-Élysées

Nous n’avions pas lu Candide depuis bien longtemps. Nous sommes donc allé voir le Candide de Didier Long – pour en ranimer le souvenir, entendre ce que le texte était devenu. Et c’est un ravissement. Nous avions oublié comme Candide est drôle, impertinent, substantiel, iconoclaste. Ah ! cette démonstration-raisonnement imparable de Pangloss : « Toute chose a sa raison d’être qui est nécessairement la meilleure qui soit. Remarquez bien que les nez ont été fait d’une forme à porter des lunettes : aussi avons-nous des lunettes. »

Les rires fusaient, d’ailleurs, pendant la représentation qu’honorent l’énergie et l’allant de chacun de trois comédiens – Charles Templon, Sylvain Katan, Cassandre Vittu de Kerraoul (qui incarnent Candide, Pangloss et Cunégonde – mais qui savent apparaître grimés ou déguisés pour les autres silhouettes du conte philosophique).

Une heure quarante trépidante, virevoltante, qui donne (certes) envie de cultiver son jardin – sans renoncer nécessairement, pardon Voltaire, aux curiosités philosophiques, voire métaphysiques. Ni au théâtre, donc. Et c’est ainsi que Voltaire est grand.


Candide ou l’Optimisme, de Voltaire. Mise en scène et adaptation de Didier Long. Avec Charles Templon, Sylvain Katan, Cassandre Vittu de Kerraoul. Théâtre de Poche-Montparnasse, Paris VI. Du mardi au samedi à 21H, dimanche 17H.

Et toujours : Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés, de François Kasbi, Éditions de Paris-Max Chaleil – à propos de 600 écrivains, femmes et hommes, de France et d’ailleurs.

Patrick Besson: «Quel est le con… qui a écrit ce livre?»

En publiant deux livres presque simultanément, Patrick Besson fait coup double. Quel est le con… est un recueil de certaines de ses chroniques du Point, et Presque tout Corneille un thriller complètement barré, inspiré par la tragédie classique. À l’occasion de ces publications, il s’est prêté à un petit jeu des questions / réponses.


Patrick Besson nous donne à lire deux opus en à peine deux mois. Et c’est du bon, de l’excellent ! Quel est le con…, le premier livre (publié chez le très rock et audacieux éditeur Erick Bonnier) est un recueil de certaines de ses chroniques du Point. Le second, Presque tout Corneille, est un court thriller bien allumé, à la fois cruel et drolatique, inspiré par la tragédie classique, ici incarnée par le créateur du Cid. On rigole ; on s’indigne. On se régale. Nous l’avons rencontré. Interview coup de poing dans la gueule aux idées reçues et toutes faites.


Causeur. Les chroniques de Quel est le con… sont-elles inédites ou ont-elles déjà été publiées ? Si c’est le cas, dans quels journaux ou revues ?

Patrick Besson. Toutes ont été publiées dans Le Point.

Et pourquoi cet excellent titre ?

Quel est le con… qui a écrit ce livre ?

Que veux-tu montrer ou dénoncer ou affirmer avec ce recueil ?

Mon ennemi : le pompiérisme idéologique et ses ridicules manifestations…

« Brasillach dans la poche » s’attaque à l’intolérance rance qui pollue l’époque. Peux-tu revenir là-dessus ?

Rebatet, Céline, Morand, Charonne, Drieu et Fraigneau sont encore en librairie : pourquoi pas Brasillach ?

A lire aussi: Patrick Besson : pas de quartier !

« Faim de carrière » évoque l’inénarrable Jack Lang. Que penses-tu du personnage ?

Il me fait rire, c’est déjà pas mal.

Page 136, tu rappelles qu’au XVIIe siècle, tous les écrivains français portaient une épée. Tu pourrais en porter une, si tu rejoignais l’Académie française ? Ça ne te tenterait pas ?

J’attends ma centième année pour te répondre.

Tu publies ton recueil chez Erick Bonnier, dans une collection sacrément rock’n’roll. Comment vous êtes-vous rencontrés ? T’a-t-il sollicité ? Ou est-ce toi qui as fait la démarche ? Et parles-nous de tes goûts en matière de rock ?

C’est Marc Dolisi qui me l’a présenté ; c’est le fils d’Henry Bonnier que j’aimais bien quand j’ai signé chez Albin Michel. Mes goûts en rock ? John Lennon, c’est tout.

 « Tu connais quelqu’un qui parle bulgare, toi ? »

Passons à Presque tout Corneille. Rarement polar n’aura été aussi original tant dans la forme que dans le fond. Pourquoi un tel livre ?

Il n’y a aucune raison logique.

As-tu lu tout Corneille pour écrire ce roman ? L’apprécies-tu ?

Presque tout Corneille. J’aime beaucoup cet auteur surtout les pièces qu’il a écrites sous le nom de Molière (Le Misanthrope, Les femmes savantes, etc.).

Pourquoi l’avoir situé en Corse ? As-tu visité l’île de Beauté ?

J’ai découvert la Corse avec ma troisième ex-femme, à moitié corse. C’est une jolie terre d’amour.

La vengeance est presqu’un personnage de ton livre ; pourquoi (en dehors de Corneille, bien sûr) ? Serais-tu rancunier ?

Je pardonne mais je n’oublie pas.

Ne crains-tu pas d’effrayer les rédacteurs en chef et/ou directeurs de publication qui t’emploient ?

Ils sont encore plus durs que moi.

Pourquoi nous présenter un enseignant de langue bulgare. Aimes-tu ou non la Bulgarie ? Ne crains-tu pas de te faire piquer par un parapluie ?

Tu connais quelqu’un qui parle bulgare, toi ?

Tu as choisi de mettre dans la bouche de ton inspecteur une cigarette électronique. Pourquoi ? Les vapoteurs te gonfleraient-ils ?

J’ai horreur de l’électronique, y compris dans les cigarettes. Toutes ces vapeurs, on dirait des vieux trains.

Prépares-tu un nouveau livre ? Roman ? Chroniques ? Nouvelles ? Essai ? Pour quand ?

Je viens de terminer un roman : Jennifer Carpenter. J’en prépare un autre, beaucoup plus drôle : La vieillesse, la solitude, la maladie et la mort. Je dois aussi donner à Plon Le dictionnaire amoureux du communisme.


Patrick Besson ; Quel est le con… ; éd. Erick Bonnier ; coll. Encre Rock ; 152 p.
Patrick Besson ; Presque tout Corneille ; Stock ; 111 p.

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« Mickey 17 » de Bong Joon Ho: un chef d’œuvre

Bong Joon Ho revient avec Mickey 17, une fable de science-fiction où Robert Pattinson affronte ses propres clones sous l’emprise d’un leader populiste glaçant incarné par Mark Ruffalo. Une œuvre sombre et politique, dans la lignée du cinéma visionnaire du réalisateur de Parasite.


Bien sûr, vous vous rappelez Parasite (2019). Mais vous souvenez-vous de cet objet déjà post-apocalyptique qu’était Snowpiercer (2013) ? Bong Joon Ho a déjà flirté avec la science-fiction — et comme chacun sait, c’est un genre qui sert essentiellement à parler du présent.
Parasite a triomphé à Cannes et aux Oscars parce qu’il évoquait les relations sociales de la Corée natale du réalisateur, et, au-delà, les relations monstrueuses entre classes sociales. Mickey 17, premier film à capitaux américains de Bong, évoque prioritairement ces démagogues monstrueux que l’Amérique engendre et exporte.

C’est encore le site Polygon qui en parle le mieux : « Mickey 17 [is] perhaps Bong’s most thinly veiled political analogy yet. The movie’s villain, the opportunistic leader Kenneth Marshall (Mark Ruffalo), is a distinctly Trump-like figure whose dangerous associations with religious zealotry and white nationalism are mere avenues to earn political credibility among his base. » Ruffalo (acteur prodigieux déjà fort apprécié dans Blackwater) est un composite de Trump, dont il a la mèche, additionné d’Elon Musk, Zuckerberg, Jeff Bezos et autres illuminés du post-humanisme. Un cauchemar fait homme, sans cesse suivi par un réalisateur qui filme ses moindres faits et gestes, et accablé d’une épouse (Toni Collette, magistralement inhumaine) qui lui souffle à l’oreille les bonnes décisions à prendre.

À lire aussi, Jean-Paul Brighelli : Black dog, de Guan Hu : demain, les chiens ?

Le héros est interprété par Robert Pattinson. Si en 2012 Bel-Ami m’avait moyennement convaincu — le rôle-titre était la seule faiblesse dans le casting magnifique de cette reconstitution au plus près du roman —, il m’avait impressionné dans The Lighthouse (2019), splendeur baroque en noir et blanc où il donnait la réplique à Willem Dafoe, qui lui n’a plus rien à prouver. Il est ici impeccable — d’autant qu’il se donne la réplique à lui-même, puisque cette histoire d’« expendables », clones de soi-même régénéré après chaque mort du sujet, avec une mémoire soigneusement conservée, se double d’un récit de « multiples », puisqu’on a produit une nouvelle version alors que la précédente (la 17 — 16 sont déjà morts, et salement) était encore en vie, sur une planète franchement hostile où le politicien mégalomane envisage de faire repartir l’humanité de zéro.

Le film lorgne vers ses grands prédécesseurs. Il a la force d’Alien 1 & 2, des éléments sont empruntés à Blade Runner, la vilaine (mais sympathique) bestiole qui vit sur la planète glacée arrive tout droit de…

Lire la fin de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli

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« –  Oublions tout… –  Oublions tout … » : sublime Werther au Théâtre des Champs-Élysées

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Notre Benjamin Bernheim national surplombe un casting vocal de haute volée dans l’opéra de Massenet, actuellement à l’affiche à Paris.


Tout le monde n’est pas obligé d’aimer Massenet. À un éminent critique musical de ma connaissance, votre serviteur annonce sa soif d’assister à la première de Werther, au Théâtre des Champs-Elysées (c’était samedi dernier).  Lui : « Werther ? Ça alors !  Quelle purge ! ».

Chef-d’œuvre idéalement français 

Moi j’en étais resté à la énième reprise de cet opéra, adaptation, comme l’on sait, des Souffrances du jeune Werther, l’illustre roman de Goethe, sur un livret d’Edouard Blau, Paul Millet et Georges Hartmann – la quintessence de la musique lyrique « fin de siècle ». C’était à l’Opéra-Bastille, en janvier 2016. Certes, la mise en scène laborieusement littérale de Benoît Jacquot, ci-devant cinéaste qui, de toujours, affiche une prédilection marquée pour les transpositions littéraires à l’écran (cf.  son film Adolphe, en 2002, tiré du chef d’œuvre de Benjamin Constant), n’est pas assurée de figurer dans les annales du génie scénographique. Mais, Plasson au pupitre, Piotr Beczala prenant alors la suite de Jonas Kaufmann, dans le rôle-titre en 2010, et Elina Garanca celle de Sophie Koch pour camper Charlotte, –  le spectacle tenait la route, comme on dit. Au quatrième acte, quand le couple, au seuil de la mort, se répond dans un extatique et définitif « Oublions tout … », la sublime mélodie arracherait des sanglots à une statue de pierre.   

A lire aussi: Dernières leçons de maintien en date de tous ces cultureux qui me fatiguent…

Encore faut-il consentir à voir en Massenet davantage que ce pour quoi il fut, en son temps, (dé)considéré par certains, comme compositeur officiel du lyrique à la française tel que l’affectionnait le public bourgeois : d’un raffinement suave, un peu décadent, mâtiné d’exotisme, qui lui assure de triompher – Le roi de Lahore (1877), Hérodiade (1881), Manon (1884), Le Cid (1885), Esclarmonde (1889)… Werther (1892), œuvre de maturité – Jules a passé la cinquantaine –  est quasi contemporain de Pelléas et Mélisande. Que Massenet ne soit pas Debussy en termes de nouveauté stylistique, c’est entendu. Reste que, dans le genre, Werther est musicalement insurpassable.

Photo: Vincent Pontet

Ce « drame lyrique en quatre actes et cinq tableaux » revient pourtant de loin. Massenet y songeait dès l’aube des années 1880, et plus encore après avoir entendu Parsifal à Bayreuth, en 1886. Mais Carvalho, le puissant directeur de l’Opéra-Comique, n’aime pas le livret. Là-dessus, en mai 1887, l’Opéra-Comique disparaît dans un incendie. Résultat, c’est à Vienne, au théâtre impérial, que Werther sera créé, en 1892, soit plus de cinq ans après la mise au net de la partition. Ironie de l’histoire, la critique d’alors étrille un supposé « wagnérisme ». L’unicité du tissu sonore, avec ces motifs récurrents qui construisent des morceaux mélodiques d’une suprême transparence, où s’intriquent voix et orchestre avec une finesse, une élégance qui rapproche son écriture de la musique de chambre, voilà ce qui fait de Werther un chef d’œuvre, –  un chef d’œuvre idéalement français ! En 2025, c’est précisément cette onctuosité, cette « fadeur » tellement datée, dont on raffole, n’en déplaise à certains.

Créée l’an passé à la Scala de Milan, la présente production qu’accueille le TCE pour quelques représentations choisit, sous les auspices du metteur en scène Christof Loy, de transposer l’action à l’époque contemporaine, quelque part entre les années 50 et 60, dans un éclairage assez froid et presque constant, sur un décor rigide qui – mur tendu d’un papier peint à rayures – évoque le salon d’une maison bourgeoise dont la double porte centrale, coulissante, ouvre, en arrière-plan, sur une salle à manger donnant elle-même sur un jardin, au fond, planté d’un arbre dont les ramures marqueront, au fil du spectacle, le passage des saisons.

Romantisme exacerbé

Au pupitre, le très jeune chef franco-bolivien Marc Leroy Calatayud, qui dirige pour la première fois, de main de maître, le fameux orchestre Les Siècles, dont le jeu sur instruments d’époque est la marque de fabrique, les voix d’enfants (qui chantent ici Noël, comme l’on sait, au dénouement tragique de l’opéra) provenant de la Maîtrise des Hauts-de-Seine. Legato impeccable, belle amplitude lyrique, sans proscrire pour autant ces ralentendi si conformes au romantisme exacerbé des deux derniers actes, en particulier.

A lire aussi: Glaçante Dominique Reymond

Surplombe de très haut, dans un casting vocal de haute volée, notre Benjamin Bernheim national –  son inévitable costume bleu roi à gilet jaune prendra, au dernière acte, la couleur noire anticipant sa propre mort –  à l’articulation, au phrasé superlativement nuancés, plus remarquable encore dans le pianissimo que dans l’émission puissante qu’exigent les éclats torturants du transi suicidaire. Les déplorations de Charlotte s’interdisant l’aveu de sa passion par fidélité à sa promesse d’épouser le pitoyable Albert pétri de jalousie (excelle, dans ce rôle, le baryton Jean-Sébastien Bou) qu’elle n’aime pas, puis son exaltation amoureuse, à la toute fin, sont incarnées par la mezzo-soprano Marina Viotti avec l’intensité, la fulgurance qu’on lui connaît, tandis que la soprano franco-américaine Sandra Hamaoui campe Sophie, en âpre rivale de Charlotte plutôt qu’en demoiselle à la pureté intacte. Prenant ses aises avec les indications du livret, la mise en scène imposera sa présence muette dans le dernier tableau, ainsi que celle d’Albert relisant comme un forcené les lettres maudites, et allant même jusqu’à assister, silencieux, à l’agonie des amants enlacés… Parti pris discutable en effet, qui vaut à Christof Loy quelques huées au tomber de rideau, vite couvertes par l’ovation générale faite aux chanteurs.  

On s’apprête à retrouver Christof Loy dans quelques semaines à peine, à l’Opéra-Bastille cette fois, à la régie du célèbre triptyque puccinien qui raccorde, conçus comme un tout par le compositeur lui-même en 1918, Gianni Schicchi , Il Tabarro et Suor Angelica. Une nouvelle production, en lien avec le Festival de Salzbourg.


Werther. Drame lyrique en quatre actes et cinq tableaux, de Jules Massenet. Avec Benjamin Bernheim, Marina Viotti… Mise en scène : Christof Loy. Direction : Marc Leroy-Calatayud. Orchestre Les Siècles.

Durée : 2h10.

Théâtre des Champs-Elysées, les 28, 31 mars, 3 et 6 avril à 19h30

Glaçante Dominique Reymond

Dominique Reymond est saisissante dans le rôle d’une meurtrière incapable d’expliquer son crime. « L’Amante anglaise », de Marguerite Duras, au théâtre de l’Odéon.


Une mise en scène d’une rigueur toute janséniste ; une direction d’acteurs aussi fouillée qu’elle est épurée ; des interprètes remarquables s’interdisant tout effet convenu, pour toucher à la perfection… User après cela de superlatifs pour louer cette production de L’Amante anglaise de Marguerite Duras apparaîtrait parfaitement déplacé. Et pourtant ! Cette réalisation d’Emilie Charriot servie par des acteurs comme Nicolas Bouchaud, l’Interrogateur, Laurent Poitrenaux, le mari, Dominique Reymond, la meurtrière, justifierait bien des exclamations, sinon des dithyrambes. 

« Je l’ai sorti de son cercueil »

On sait que pour écrire L’Amante anglaise, Duras s’était inspirée d’un sombre drame survenu dans l’immédiat après-guerre,  rue de la Paix, à Savigny-sur-Orge, en Ile-de-France. Une femme, Amélie Rabilloud, dont le seul nom révèle tout un monde, avait subitement  assassiné son époux, un ancien adjudant, après des années de vie étriquée et de violences, l’avait dépecé et, nuit après nuit, s’était débarrassée des tronçons du cadavre en les lançant notamment du haut d’un viaduc voisin sur des trains de marchandises qui circulaient en contrebas. Ce qui permit au cadavre de se voir éparpillé avec beaucoup de fantaisie aux quatre coins de la France.

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Dans la pièce de Duras, c’est sa cousine germaine, grosse fille bonne vivante qui assumait les fonctions ménagères de la demeure du couple, que Claire Lannes, la meurtrière, a tuée et découpée en morceaux, alors que son mari, Pierre Lannes, ne soupçonnera rien de ce crime avant que la police ne vienne arrêter son épouse.

« Mais pourquoi tue-t-elle sa cousine, sourde et muette, dans votre histoire ? », demandera-t-on à Marguerite Duras lors d’un entretien publié en décembre 1968.

« Parce que je voulais savoir qui était le mari et avoir son témoignage sur sa femme. Je l’ai sorti de son cercueil pour qu’il soit entendu de tous, une fois dans sa vie. Il était aussi sourd et muet que la victime : c’est la petite bourgeoisie française, morte vive dès qu’elle est en âge de « penser », tuée par l’héritage ancestral du formalisme ».

Un meurtre inexplicable

La pièce se réduit à deux interrogatoires successifs. Celui du mari tout d’abord qui tente d’expliquer la psychologie de sa femme, le désastre de sa vie conjugale dont il ne mesure pas la portée, et son propre aveuglement.  Celui de la coupable ensuite,  mené lui aussi par l’Interrogateur qui n’est jamais que le double de l’écrivaine. Duras avait parfois rempli cette même tâche d’enquêteur lorsqu’elle rendait compte pour des journaux de crimes particulièrement horribles…  avant de se couvrir de ridicule et d’indignité au moment de l’Affaire Gregory en désignant comme coupable la mère de l’enfant noyé.      

Cherchant à comprendre ce qui a pu conduire au meurtre  inexplicable de la malheureuse cousine, quand celle qui a tué ne parvient pas elle-même à se l’expliquer, Duras tente de cerner la psyché de cette dernière en lui prêtant des propos d’une intensité inouïe comme d’une parfaite banalité, en s’abîmant dans des questions qui souvent demeurent sans réponses convaincantes. Et dévoile avec une accablante véracité le cheminement mental de gens terriblement ordinaires.

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Dans le rôle de l’Interrogateur, Nicolas Bouchaud est sur scène du début à la fin de la pièce, alors que Laurent Poitrenaux et Dominique Reymond, questionnées tour à tour durant une heure chacun ne se la partagent donc que la moitié du temps.

Mais c’est lui peut-être qui endosse le rôle le moins difficile, car, aussi inquisiteur qu’il soit, il demeure toujours dans une certaine neutralité prudente, assumée sans ciller de bout en bout.

Dans le rôle du mari, Laurent Poitrenaux est étonnant d’authenticité. Il n’est pas un seul instant un acteur jouant un personnage tant il est juste dans le registre de  médiocrité très ordinaire d’un Pierre Lannes.

Sidérante, presqu’effrayante

Ce ne sera pas faire injure à deux excellents interprètes que de voir en Dominique Reymond la figure la plus exceptionnelle de cette distribution. Succédant dans ce rôle de Claire Lannes à Madeleine Renaud et à Suzanne Flon, la comédienne n’apparaît pas comme habitant son personnage. Elle est plutôt envahie, phagocytée par lui. Elle s’efface si absolument derrière la figure de cette meurtrière sans doute à demi-folle qu’elle en devient sidérante, presqu’effrayante. Avec une aisance qui déconcerte et un vraisemblable plaisir à exister enfin, mais aussi une forme d’habileté dans l’esquive, Claire Lannes répond sans état d’âme apparent aux questions qu’on lui pose. Elle offre même une candeur, une simplicité dans le crime qui vous plongent dans la plus grande perplexité. Ses regards fuyants, ses sourires malicieux sont de ceux qu’on peut surprendre chez les imbéciles, mais qui font qu’on doute brusquement de leur imbécillité. Elle dont le mari dévoile qu’elle n’a jamais ouvert un livre, elle qui écrit « la mante en glaise » pour évoquer la menthe anglaise s’épanouissant dans ce jardin qui est son seul refuge, a cependant de surprenantes lueurs d’intelligence et de lucidité.  Est-ce le fait que Dominique Reymond, parallèlement à sa vie d’actrice, s’adonne avec un art pénétrant et d’un trait plein de caractère à la peinture de portraits ?  La mobilité maîtrisée de son visage, la justesse de ses expressions les plus torves, ou tout au contraire un masque subitement figé, traduisent un travail d’observation époustouflant.  Au fur et à mesure, on se persuade que Claire Lannes est assurément folle, mais de cette folie impalpable, insoupçonnable, qui peut néanmoins conduire à des actes insensés. On comprend aussi qu’elle a un jour si brutalement souffert que son âme de primaire s’est subitement desséchée et qu’elle est également une victime.  Tout cela, Dominique Reymond ne fait que le suggérer par petites touches  éloquentes, venimeuses ou glaçantes, qui sont du très grand art. Elle est simplement prodigieuse.


L’Amante anglaise, de Marguerite Duras. Jusqu’au 13 avril 2025.

Théâtre de l’Odéon, Ateliers Berthier ; 01 44 85 40 40

L'Amante anglaise

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Il faut une comparution immédiate pour les mineurs

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L'ancien Premier ministre Gabriel Attal, ici photographié le 20 février, a fait voter un texte qui durcit la justice des mineurs © OLIVIER JUSZCZAK/SIPA

Au cœur de l’actualité politique, médiatique et législative, la justice des mineurs demeure mal connue et mal comprise du grand public. Au-delà du fait qu’il est surprenant de voir des députés de la majorité présidentielle remettre en question le code de justice pénale des mineurs (CJPM), que leur camp a pourtant conçu et porté, notre collectif affirme que la réforme qui vient d’être adoptée par l’Assemblée nationale ne résoudra rien tant elle pèche par manque d’analyse des causes profondes des dysfonctionnements actuels.


De fait divers en fait de société, la justice pénale des mineurs est régulièrement au centre des débats, que ce soit pour critiquer son ambition affichée de donner la primauté à l’éducatif sur le répressif ou pour dénoncer le code de justice pénale des mineurs comme un ouvrage crypto-fasciste ayant pour but d’incarcérer tous les mineurs de France. Les commentateurs de tous bords semblent parfois oublier qu’on ne s’improvise pas juriste et que, tout comme ils ne s’aviseraient pas de procéder à la révision d’une centrale nucléaire sur la base de quelques vagues notions de physique, ils devraient s’abstenir de livrer des pseudo-analyses fondées sur des poncifs et des contre-vérités à propos d’un droit qu’ils maîtrisent mal et qui relève davantage de l’usine à gaz que du bel ouvrage législatif. Une mise au point s’impose, précisément dans l’intérêt du débat public, afin que chacun puisse se faire une opinion éclairée, fondée sur des informations précises et fiables.

Nous analyserons donc cinq réflexions fréquentes à propos de la justice des mineurs et tenterons de démêler le vrai du faux. Cet exercice sera également l’occasion de tenter de répondre à la question centrale pour qui voudrait réformer la Justice française : si laxisme il y a, la faute aux juges ou la faute à la loi ? Enfin, nous tâcherons d’apporter des propositions de réforme réelle, voire de véritable révolution.

épisode 1 épisode 3 épisode 4 épisode 5


Dans l’épisode précédent[1], nous avons exposé la procédure de jugement applicable aux mineurs : la fameuse césure (pour rappel : « Kévin, tu seras privé de téléphone… dans 9 mois ») et ses limites.

De nombreux commentateurs, journalistes et politiques percevant les difficultés posées par cette césure brandissent une idée qui permettrait de les résoudre : instaurer une comparution immédiate pour les mineurs.

Qu’est-ce qu’une comparution immédiate ? C’est une procédure de jugement rapide qui permet de présenter immédiatement (d’où son nom) après sa garde-à-vue un délinquant à un tribunal correctionnel composé de trois magistrats (pour faire simple). Elle permet de sanctionner sans délai le délinquant. Pour les majeurs, cette comparution immédiate permet un jugement dans un délai maximum de quatre jours, ce qui est effectivement très rapide. Dans l’attente, le délinquant peut être placé en détention provisoire. C’est donc une procédure très stricte et très protectrice de la société.

Compte tenu des faiblesses de la procédure de césure, l’idée de pouvoir accélérer le jugement des mineurs dans les cas les plus graves en les sanctionnant rapidement fait son chemin et une proposition de loi en ce sens a été adoptée par l’Assemblée nationale le 13 février 2025[2]. Cependant, d’une part elle se heurte à des obstacles pratiques, et d’autre part ne résout pas les problèmes de fond (laxisme de la loi et des juges) qui empêchent une vraie répression des actes graves commis par les mineurs.

Bien essayé mais… Informons les nombreux commentateurs, journalistes et politiques qui se passionnent subitement pour le sujet qu’une procédure de comparution rapide existe déjà pour les mineurs : l’audience unique. Elle permet de présenter un mineur au procureur immédiatement après sa garde-à-vue, de le placer sous contrôle judiciaire ou en détention provisoire puis de le juger dans un délai compris entre 10 jours et un mois en cas de détention.

L’article 4 de la proposition de loi ajoute à cette audience unique une procédure dite de comparution immédiate qui permet de faire venir le mineur devant le tribunal pour enfants le jour même ou dans un délai maximum de 4 jours, sans attendre le délai de 10 jours imposé actuellement par la loi.

D’une part, il est à noter que le mineur peut de toute façon renoncer au délai de 10 jours avant l’audience unique et donc comparaître plus rapidement devant le tribunal. C’est même dans son intérêt puisque cela réduit le temps passé en détention provisoire. La réforme envisagée ne change donc pas grand-chose aux possibilités juridiques déjà existantes.

D’autre part et surtout, la comparution immédiate prévue par la proposition de loi est très difficile à mettre en place techniquement car elle nécessite d’avoir la possibilité de réunir un tribunal pour enfants en urgence, dans un délai maximum de 4 jours.

Or, le tribunal pour enfants est composé d’un juge des enfants et de deux assesseurs civils, ne travaillant pas habituellement dans le tribunal, « particulièrement intéressés » par la Justice des mineurs. Il s’agit en général de retraités de l’Education nationale, d’anciens éducateurs ou d’actifs prenant sur le temps libre. Il est donc plus difficile de les réunir de manière imprévue que des magistrats exerçant chaque jour leurs fonctions dans la juridiction.

Par ailleurs, si n’importe quel juge du tribunal peut présider une comparution immédiate pour les majeurs, les juges des enfants sont en nombre limité (parfois un ou deux pour tout le tribunal) et pas toujours disponibles pour présider une audience en urgence.

Instaurer une comparution immédiate pour les mineurs nécessite donc d’abord un renforcement significatif des effectifs de juges des enfants, notamment dans les petites juridictions, pour pouvoir libérer un juge pour tenir une audience en urgence. Ensuite, cela exige de modifier la composition du tribunal pour enfants en supprimant les assesseurs civils. Cela n’est pas impossible mais semble peu envisageable à court terme compte tenu des contraintes budgétaires, légales voire constitutionnelles et matérielles actuelles. A conditions constantes, on voit mal comment la comparution immédiate envisagée par la réforme votée le 13 février 2025 pourrait s’appliquer concrètement.

La procédure d’audience unique est aujourd’hui un bon compromis entre jugement rapide et contraintes juridictionnelles. Rappelons qu’elle permet de juger le mineur dans un délai maximum d’un mois tout en le plaçant en détention provisoire dans l’attente, conditions satisfaisantes pour la protection de la société, des victimes et l’évitement de la récidive. La vraie difficulté en l’état actuel du droit réside dans les conditions TRES restrictives du recours à cette audience unique.

En effet, pour les mineurs de moins de 16 ans, la peine encourue doit être égale ou supérieure à 5 ans : impossible de l’appliquer pour des faits de violence sans incapacité de travail, même commis avec une arme, ou pour des faits de vol sans circonstance aggravante, ou pour une conduite sans permis ni même un refus d’obtempérer. Pour les mineurs de 16 ans révolus, le seuil est abaissé à 3 ans, ce qui est plus raisonnable mais exclut tout de mêmes certaines menaces et la plupart des délits routiers.

Par ailleurs, pour tous les mineurs, une condition d’antécédent doit être remplie puisque le mineur doit déjà faire l’objet d’un suivi. Elle n’est donc pas applicable aux primo-délinquants, quelle que soit la gravité des faits commis.

Illustrations :

  • Matthéo deale de la cocaïne depuis trois mois. Mais c’est sa première fois. « Rentre chez toi Matthéo, l’audience unique ce sera pour la prochaine fois ».
  • Matthéo a agressé sexuellement sa petite sœur de 4 ans. Il est convoqué, il rentre chez lui et recommence. Mais il n’a que 15 ans. « Rentre chez toi Matthéo, tu seras jugé dans un an, tu es trop jeune pour être sanctionné rapidement. »
  • Matthéo a pillé un magasin pour manifester sa colère et son incompréhension devant un système social et politique inique (et au passage porter des baskets de marque). Il a 14 ans. Il est placé, il fugue. Il est à nouveau placé, en centre éducatif renforcé. Il fugue et commet un vol avec violences. « Retourne au foyer Matthéo, tu ne peux pas aller en prison, tu as moins de 16 ans. Ta victime a le nez cassé et peur de te recroiser ? C’est bien dommage, mais c’est la loi. »

Ces conditions draconiennes ne permettent pas de prendre en compte des mineurs commettant des infractions graves de plus en plus jeunes, fréquemment en-dessous de 16 ans, ni des mineurs commettant dès le début de leur « carrière » des faits graves et notamment des atteintes aux personnes. Sur ce point, une réforme simple et efficace s’impose. Peut-être le salut viendra-t-il de la proposition Attal ?

Encore raté. La proposition de loi adoptée ne s’applique que sous plusieurs conditions cumulatives, extrêmement difficiles à réunir :

  • Le mineur doit être âgé d’au moins 16 ans (exit les apprentis dealers marseillais recrutés désormais au niveau bac à sable)
  • Il doit avoir commis un délit puni de 7 ans d’emprisonnement (5 ans en cas de flagrant délit) : exit la plupart des délits routiers, les violences commises avec une seule circonstance aggravante, les agressions sexuelles simples non flagrantes, le port d’arme, les menaces de mort, le harcèlement scolaire, le vol avec violence sans incapacité de travail, les destructions en réunion (coucou les émeutiers de l’été 2023), la rébellion contre les policiers et les gendarmes, le refus d’obtempérer…
  • Il doit être en état de récidive, c’est-à-dire avoir déjà été condamné pour des faits similaires.

Résumé : Matthéo pourra éventuellement peut-être, selon la météo du jour et l’horoscope, passer en comparution immédiate si un tribunal l’a déjà condamné pour des violences aggravées (c’est pas gagné, cf la procédure de césure), qu’il a plus de 16 ans et qu’il passe à nouveau quelqu’un à tabac (mais en réunion ou avec une arme ou sous alcool sinon ça ne marche pas).

Traduction : vas-y Matthéo fais-toi plaisir. Tu as moins de 16 ans ? Tu ne risques rien. Tu n’as jamais commis de délit grave ? Tu as le droit d’en commettre un, on viendra te chercher à partir du deuxième. Tu veux voler, violenter, conduire sans permis, outrager un policier ? Pas de comparution immédiate pour toi, c’est cadeau.

Alors nous trouverons toujours quelques journalistes du Monde, de Libération ou de France Info, des chroniqueurs du plateau de France 5, quelques syndicalistes de la protection judiciaire de la jeunesse ou quelques juges des enfants[3] pour hurler à la réforme fasciste et à l’enfance outragée. La vérité, c’est que cette réforme ne changera rien, que pendant ce temps des mineurs continuent à voler, agresser, détruire, en quasi-toute impunité, et que c’est un drame pour eux, pour les victimes et pour notre société.

RESPONSABLE PRINCIPAL : LA LOI

NOTRE PROPOSITION POUR EN SORTIR :

  • Faire juger les mineurs en comparution immédiate par le tribunal correctionnel, avec une habilitation spéciale « mineurs » du président du tribunal

La semaine prochaine, épisode 3 : « il est impossible de mettre un mineur en prison »


[1] https://www.causeur.fr/la-cesure-du-proces-penal-est-une-mauvaise-reforme-cjpm-305918

[2] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b0448_proposition-loi#

[3] https://www.liberation.fr/societe/police-justice/justice-des-mineurs-les-comparutions-immediates-ne-sont-pas-une-procedure-adaptee-20250214_F4CWGV75FZGM7L654ONRXBNXBE/

Port du voile dans les compétitions sportives: les jeunes confondent égalité et naïveté

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Le champion Teddy Riner. Paris, 4 février 2025 © JP PARIENTE/SIPA

Teddy Riner, après avoir mis tout le monde au tapis sur les tatamis, semble malheureusement vouloir passer au judo des idées… Mais son « on perd notre temps avec le voile » est heureusement esquivé par le gouvernement. Après quelques égarements, on semble y avoir majoritairement compris qu’après la loi de 2004 à l’école les islamistes ont bien reporté leur attention et leur travail d’entrisme sur le sport, autre espace où se forge l’éducation. Le voile demeure un « enterrement vertical » rappellent les défenseurs de la laïcité. L’accepter dans le sport serait un terrible recul pour la civilisation française, explique notre chroniqueuse.


Rien ne résume mieux ce qui pose problème dans l’acceptation du voile dans le sport que la passe d’armes sur X entre Teddy Riner, le judoka moult fois médaillé et Mahyar Monshipour, qui fut champion de boxe. Dans le premier cas, on a au mieux affaire à un naïf en mode « la voix de son maître qui sert ses nouveaux employeurs qataris en diffusant les éléments de langage de l’islam politique obédience Frères musulmans » (la création de la section judo du PSG aurait été en partie liée à l’intention de s’adjoindre les services de Teddy Riner, alors en difficulté dans son club de Levallois); de l’autre un Iranien qui a vu très concrètement l’apartheid sexuel être réinstallé violemment dans son pays grâce au voile. D’un côté l’idéologie violente mais présentée en mode mièvre et dégoulinant de fausse empathie, de l’autre, la réalité de l’expérience et du vécu.

Les militantes islamistes en faveur du voile dans le foot, devant le Sénat, janvier 2022. Image: capture d’écran YOUTUBE / Le Parisien.

Teddy Riner, pas un acharné de la laïcité

La sortie de Teddy Riner sur le voile est un exemple pur de la rhétorique frèriste : « Dans certains pays voisins, tout se passe bien avec le port du voile et ça n’emmerde personne. Je crois qu’en France, on perd notre temps. Pensons plus à l’égalité plutôt que s’acharner sur une seule et même religion. » Le déploiement de cette rhétorique a ici quatre phases : premièrement il s’agit d’évacuer la signification du voile, ce qu’il symbolise et ce qu’il dit sur la place de la femme. Deuxièmement, il s’agit de nier la violence sociale que son exigence recouvre. Le « ça n’emmerde personne » vise à évacuer la question des filles considérées comme des putes si elles ne le portent pas, la pression sociale pour être considérée comme une bonne musulmane et surtout la honte de soi : la femme musulmane doit cacher ses cheveux car elle est impudique et tentatrice en soi, la seule solution qui lui reste est la dissimulation : elle doit couvrir ce qui est sale. Donc elle-même. Troisièmement, une fois cet escamotage en règle effectué, n’oubliez pas un petit coup de victimisation pour la route à coup d’ « islamophobie ». Pensez donc, en France on s’acharnerait donc sur une seule et même religion, l’islam ? Et si c’était plutôt l’islam qui aujourd’hui s’acharnait à semer la haine et la mort à travers le monde, responsable de la majorité des attentats de ces dernières années et de cette violence ethnique, religieuse et séparatiste qui se développe dans nos sociétés ? L’accusation portée contre la France escamote la réalité des horreurs vécues depuis 2012 et liées au terrorisme islamique en même temps que les revendications séparatistes mises en avant au nom de l’islam. Enfin, quatrièmement, l’inversion accusatoire. C’est là que Teddy Riner réussit un beau renversement de perspective en faisant référence à l’égalité.

Parce que mettre en avant l’égalité pour revendiquer un signe qui promeut l’apartheid sexuel et symbolise justement le refus de l’égalité de droit entre les hommes et les femmes, il fallait l’oser ! Teddy l’a fait. On peut penser que le judoka n’est pas outillé pour comprendre le rôle malsain qu’on lui fait jouer dans cette histoire. Mais on peut trouver qu’il ne faut pas sortir de Saint Cyr pour comprendre à quel point le voile est un outrage à la liberté et à l’égalité des femmes. Comme on peut aussi trouver qu’il est temps d’arrêter d’excuser un sportif grassement payé qui promeut délibérément un outil d’oppression des femmes et tire à vue sur un pilier de notre civilisation et de notre contrat social.

A lire aussi, du même auteur: Le grand remplacement de Louis Boyard

D’autant que pratiquer un sport de haut niveau ne signifie pas forcément être exempté de toute conscience morale et civique, la preuve avec Mahyar Monshipour. L’homme connait très bien ces questions et ne mâche pas ses mots dans l’interview qu’il donne au Figaro : « Les sportifs ou artistes qui prennent la parole sur ce sujet ne doivent pas devenir les idiots utiles de l’islam des Frères musulmans. » « Il faut bien comprendre le dessein derrière le voile : il s’agit de rendre habituelle la présence du fait religieux. On ne parle pas de port d’une simple croix mais de la volonté de cacher la femme avec le voile. Le voile est un linceul et le signe visible d’une inégalité entre l’homme et la femme. » L’ancien boxeur explique notamment que l’école étant protégée en France par la loi de 2004 sur le voile, les Frères ont reporté leur attention et leur travail d’entrisme sur le sport, autre espace où se forge l’éducation. La place du corps dans le sport est importante et permet l’emprise notamment sur des jeunes filles en pleine transformation physique et faciles à convaincre. Quant à l’objectif ultime des Frères musulmans, il consiste à « rendre le port du voile classique puis extraire les femmes du monde du sport ».

Dans cette interview, Mahyar Monshipour fait référence notamment au travail de la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio et du sénateur Michel Savin sur ces questions. Il a raison, car comme on l’a vu à l’école, la loi et l’implication des politiques est essentielle pour empêcher que les droits des femmes finissent par succomber aux assauts islamistes. Mais justement, sur cette question, comment ont réagi les politiques ?

Auberge de la lâcheté : COMPLET

Tout part du vote d’un amendement au Sénat interdisant le port du voile dans le sport. Cela fait réagir les Frères musulmans pour qui le sport est un terrain de propagande et de recrutement privilégié qui font monter au créneau leurs sportifs stipendiés. Comme le monde politique, malgré le sang que l’islamisme a répandu sur notre sol, pense que le sujet est clivant, le président de la République prend bien garde de ne pas se positionner. Après tout, quelle importance, il ne s’agit que de défendre l’égalité en droit pour les femmes. Quel intérêt électoral ? cela ne peut que faire baisser les votes de la jeunesse des quartiers d’un côté, sans rien rapporter de l’autre, certaines femmes se mobilisant même pour être considérées comme des ventres, des sexes sur pattes et des inférieures. C’est ainsi qu’interrogé sur le sujet, Edouard Philippe s’est livré sur France Inter à tellement de contorsions que l’on n’est pas sûr d’avoir bien compris où le pauvre homme habite. A l’auberge de la lâcheté en tout cas. Sa rhétorique était le décalque absolue de celle de Lionel Jospin lorsqu’il refuse de trancher sur le voile à l’école. Il y ajoute un discours indigent qui fait de la laïcité, la société protectrice des religions. Ce n’est pas si étonnant quand on sait les liens que l’homme entretenait avec Médine et certaines associations frèristes sur son territoire comme Havre du savoir. Il a pu être constaté, à l’occasion de cette polémique, l’absence totale de convictions et de doctrine sur la question de l’islamisme alors que cette menace est une des plus fortes qui pèse sur l’hexagone.

Côté gouvernement, la polémique a fait tanguer le bateau mais celle-ci a été tranchée par François Bayrou qui a conforté les ministres en pointe dans la lutte contre l’islamisme. Bruno Retailleau (à l’origine de l’amendement du Sénat) et Gerald Darmanin sont montés au créneau pour défendre l’interdiction, soutenus par Manuel Valls tandis que Marie Barsacq, la ministre des Sports et Elisabeth Borne, ministre de l’Education défendaient la « liberté de porter le voile ». Elles sont vite rentrées dans le rang, l’arbitrage de François Bayrou ayant été clair et les Français plébiscitant la fermeté vis-à-vis des revendications islamistes.

A gauche, en revanche, pas de surprise. Mettre des limites à l’islam est vu comme raciste, donc critiquer le voile est raciste, donc critiquer le sexisme est raciste… C’est parfaitement stupide écrit ainsi, mais dans le réel, cela fonctionne. Donc, quand la droite veut interdire le voile dans le sport car cela revient à légitimer un outil sexiste de rabaissement de la femme, la gauche s’étouffe d’indignation. Pour Jean-Luc Mélenchon, sans surprise, on est dans une « surenchère raciste » et « dans la course à l’échalote à la violence verbale ». Parole d’expert ! Pour Mathilde Panot, tout cela fleure bon « l’extrême-droite ». Marine Tondelier reprend la rhétorique hypocrite utilisée par le PS et déplore une « laïcité instrumentalisée pour cibler toujours la même religion » et se dit préoccupée par une stigmatisation des femmes musulmanes. En revanche elle ne voit pas en quoi le voile est réellement stigmatisant. Olivier Faure, lui, reste courageusement planqué.

Paris, 6 septembre 2020 © GODONG/ BSIP via AFP

Pour nos faux « progressistes », un signe stigmatisant stigmatisé…

Il n’y a donc personne à gauche pour défendre les droits des femmes. Entre les revendications des islamistes et l’égalité des droits, la gauche a choisi de servir les islamistes. En matière de hiérarchie des valeurs elle fait passer la religion avant la liberté de conscience et de pensée. Un renversement qui la sort de la quête de valeurs universelles pour servir une religion particulière. Elle oublie ainsi la leçon de Kamel Daoud qui expliquait que ce morceau d’étoffe était « un enterrement vertical ». Grâce à la gauche aujourd’hui, refuser le voile au nom de la revendication de sa liberté individuelle, c’est être traître à sa culture et à ses ancêtres. Une posture honteuse dans laquelle, au nom du clientélisme électoral, la gauche a abandonné toute honnêteté intellectuelle – pour rester polie. L’un des organes d’influence des Frères musulmans, interdit en France mais réfugié au Belgistan, le CCIE (Collectif Contre l’Islamophobie en Europe) a d’ailleurs salué le discours des écologistes ou de Teddy Riner. Quant à l’ONU, qui devient la voix du Sud global sous influence islamiste, et elle critique comme Amnesty international le choix de l’interdiction en France. Entre les droits des femmes et la soumission à l’islam, ces instances choisissent la contrainte religieuse dans son expression la plus radicale. Les femmes repasseront.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Dominique Besnehard dépose les armes aux pieds de la juge Rousseau

Pour les centristes et les macronistes, le flou reste de mise. Notre trop bavard président étant incapable d’avoir une doctrine sur les sujets véritablement politiques, le silence prévaut. Sauf dans le cas d’Aurore Bergé toujours impeccable sur ces sujets. En revanche la droite a une doctrine en la matière. De Bruno Retailleau à Laurent Wauquiez en passant par David Lisnard, tous sont clairs sur la nécessité de combattre le voile et sur le fait que ce signe est stigmatisant pour les femmes et remet en cause l’égalité des droits. Ils présentent donc un front uni et un diagnostic partagé ce qui augmente leur crédibilité. La droite nationale est, elle aussi, unie sur cette question évidemment.

Cette polémique aura eu le mérite d’éclaircir à la fois l’importance de l’influence des Frères musulmans, l’ampleur de l’entrisme de leur propagande en France et dans le milieu sportif, la domination des éléments de langage islamistes dans les références de la gauche en la matière et la clarification qui s’est imposée à droite. Mais elle montre aussi à quel point notre système politique accepte que soit attaqué sur notre sol un des piliers de notre contrat social, l’égalité en droits, à partir du moment où les femmes sont ciblées. Contester l’égalité au nom de la race entraîne de violents levers de boucliers, le faire au nom du sexe passe crème… En France revendiquer son sexisme est devenu un combat politique acceptable s’il est recouvert du manteau de la liberté religieuse. Un terrible recul civilisationnel.

Silence coupable

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Les belles âmes sont coupables

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Fabien Roussel (ici photographié à Paris en février 2025), leader du Parti communiste français, a affirmé le 25 mars sur CNews que « le racisme anti-blanc ça existe ». Cette déclaration a provoqué la colère des députés insoumis, comme le président de la commission des finances Éric Coquerel, qui lui reproche de « reprendre un concept d'extrême droite sur une chaîne d'extrême droite » © Jeanne Accorsini/SIPA

La Tour Eiffel voilée, un rabbin agressé, un adolescent poignardé, un responsable communiste qui reconnaît l’existence du racisme anti-blanc : la violence se banalise en France, l’antisémitisme y prospère, pendant que ses dirigeants restent passifs, s’inquiète Ivan Rioufol…



Qui a mis la France dans cet état ? Ceux qui sont encore aux commandes. Parce qu’ils restent immobiles, ils sont aussi responsables des agressions qui se suivent et se ressemblent. À Orléans, samedi, un rabbin a été battu physiquement par un jeune musulman. Lundi, lors d’une rixe entre bandes, le jeune Sékou a été poignardé à mort devant son lycée professionnel de Yerres (Essonne). Le même jour, une marque de vêtements islamiques a, sur TikTok, habillé la Tour Eiffel de la tête aux pieds.

Les Juifs ne sont plus en sécurité dans les rues. Les couteaux se banalisent chez les élèves. L’islamisme exhibe ses voiles. En 1999, le journaliste Christian Jelen, aujourd’hui disparu, alertait déjà sur La guerre des rues (Plon) en pointant le lien entre l’immigration et l’insécurité, l’échec de l’intégration, l’inefficacité des « politiques de la ville ». Il dénonçait « la progression des violences scolaires (qui) date du début des années 1980 » et les excuses sociales qui occultent les différences culturelles du Maghreb et de l’Afrique noire. Depuis, tout a empiré. Un exemple : le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) conteste l’invitation faite par le gouvernement israélien à Jordan Bardella et Marion Maréchal, pour intervenir jeudi à Jérusalem dans un colloque sur l’antisémitisme. Bernard-Henri Lévy, en protestation, a annulé sa participation. Mais le Crif, en reproduisant par réflexe un rejet qui se comprenait s’agissant du RN de Jean-Marie Le Pen, n’est plus crédible dans sa protection des Juifs défendus par Marine Le Pen. « Il faut lutter farouchement contre l’antisémitisme », a redit ce mercredi Jean-Philippe Tanguy (RN) sur CNews et Europe 1. À l’image des dirigeants politiques, les institutions juives ne sont plus en phase avec leur base, avec la réalité. Il est vain de se désoler de l’ « antisémitisme d’atmosphère » en continuant à diaboliser ceux qui dénoncent une immigration ouverte à l’islam conquérant et judéophobe.

À lire aussi : Quand l’imposture « antiraciste » attise la haine de la France

En clair : il y en a marre d’entendre les belles âmes se lamenter de situations qu’elles contribuent à consolider en se pliant à des idéologies qui ont démontré leurs nuisances. Autre exemple : depuis lundi, les militantes MeeToo emplissent le prétoire du tribunal correctionnel de Paris pour soutenir l’accusation d’ « agression sexuelle » portée par deux femmes contre Gérard Depardieu, qui a décidé de se défendre contre une « terreur » féministe. Or dans le même temps, MeeToo et la presse de gauche délaissent la cause de Chahinez Daoud. Cette femme a été brûlée vive en 2021 par son mari, Mounir Boutaa, qui comparait devant les assises de la Gironde depuis lundi. L’assassin a tué son épouse parce qu’elle voulait se vêtir à l’occidental et refusait le voile. Il l’avait menacée : « Je vais te renvoyer en Algérie dans un coffre, sale pute ! ». Mais la domination de l’homme sur la femme, prescrite par le Coran, n’est pas un sujet qui intéresse celles qui ne veulent s’en prendre qu’au mâle blanc occidental vu comme un prédateur. Cet aveuglement des féministes sur la condition des femmes musulmanes s’ajoute à celui des anti-racistes qui contestent le racisme anti-Blanc et ne voient rien du nouvel antisémitisme. D’où une première question : pourquoi continuer à prendre ces gens au sérieux ? Seconde question : pourquoi ne pas leur demander réparation de leurs incuries, de leurs fautes ?

Affaire Depardieu: ce que cette époque fait à la masculinité

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Cannes, 1989 © FACELLY/SIPA

L’affaire de Gérard Depardieu ne semble plus relever de la justice. Elle est devenue un vaste champ de bataille…


Je regarde l’affaire Depardieu avec un mélange de malaise, de tristesse et de lucidité. Non pas parce que je veux défendre un homme, une célébrité, ou minimiser les souffrances des femmes qui disent avoir été blessées ou abusées. Mais parce que cette affaire, comme d’autres avant elle, met à nu quelque chose de plus vaste, de plus profond : notre rapport malade au pouvoir, à la masculinité, à la parole, et à la violence.

Un procès qui appelle à la réflexion collective

Gérard Depardieu n’est pas un monstre. Il est un homme, un acteur, un corps vivant et débordant, comme souvent les grands artistes. Il porte en lui l’excès, le désir, parfois la confusion des limites. Il est aussi le produit d’un monde — celui du cinéma, du pouvoir, de l’impunité masculine — qui a trop longtemps toléré des comportements douteux, et parfois inacceptables. Il est à la fois responsable de ses gestes et victime d’un système qui l’a glorifié pour cela. Le problème, ce n’est pas seulement lui. C’est ce que nous avons fait collectivement de cette confusion entre désir et domination, entre séduction et emprise.

Mais ce qui me trouble aujourd’hui, c’est que cette affaire ne semble plus relever de la justice. Elle est devenue un champ de bataille. Depardieu n’est plus un homme à juger, à comprendre, éventuellement à condamner — il est un symbole à abattre. Et ce que je vois dans cette violence, c’est une colère légitime — celle des femmes blessées, méprisées, réduites au silence — qui, dans certains discours féministes contemporains, se transforme en stratégie de prise de pouvoir.

On ne combat plus un abus de pouvoir, on combat la masculinité elle-même.

Or c’est là que je me sens obligé de parler. Car il me semble qu’on oublie une chose essentielle : la masculinité n’est pas la violence. La masculinité n’est pas l’oppression. Elle est une énergie offensive, oui, une force tournée vers l’extérieur, vers le risque, la confrontation, parfois le conflit. Et cette conflictualité-là, cette tension fondatrice de l’humain, elle existe aussi dans le registre du désir et de la séduction.

Bug de civilisation

Il faut oser le dire : la drague masculine est souvent offensive. Elle est directe, parfois maladroite, parfois insistante. Ce n’est pas un bug de civilisation, c’est une donnée anthropologique. Depuis toujours, les codes du jeu amoureux sont asymétriques, et cela ne fait pas de chaque homme un prédateur. Le désir n’est pas toujours poli. Il bouscule, il s’expose, il prend des risques — et c’est là, justement, qu’il devient humain.

Mais c’est aussi là que le basculement peut survenir : quand cette énergie devient abus de pouvoir. Et c’est cela qu’il faut nommer, distinguer, combattre. Pas l’offensive du désir, mais l’emprise du pouvoir. Pas la masculinité en tant que telle, mais ce qu’un certain patriarcat a fait de la relation : une structure de domination, souvent invisible, où l’autre devient un objet, un territoire, une proie.

Ce glissement est fondamental. Car ce n’est pas la virilité qu’il faut effacer, ni la séduction qu’il faut aseptiser, mais l’abus de pouvoir dans toutes ses formes. Et cela dépasse largement la question des sexes. Le pouvoir se prend, se garde, s’impose dans tous les espaces : au travail, en politique, dans les familles, dans les milieux culturels. Il écrase, invisibilise, humilie — parfois sans bruit. Et il n’est pas toujours masculin.

A relire: Fanny Ardant: «Je n’ai jamais voulu être une victime»

Je vois aujourd’hui dans une certaine frange du féminisme une tentation de purger l’espace public de toute forme d’ambiguïté, de tension, de complexité. Tout ce qui peut ressembler à une prise de pouvoir — même dans la séduction, même dans le langage — est immédiatement assimilé à une agression. On ne distingue plus l’offensive de la violence. Et c’est une catastrophe anthropologique.

Car la relation entre les sexes, depuis toujours, est traversée de tensions, de désirs, d’inégalités, de malentendus. Ce n’est pas une guerre. C’est une danse difficile, parfois maladroite, parfois injuste. Mais cette danse exige qu’on accepte la part conflictuelle de la rencontre humaine. Qu’on accepte de se heurter, de se chercher, de s’opposer. Pas pour dominer, mais pour créer du lien, du vrai.

Je ne dis pas que tout est acceptable. Je ne dis pas que les femmes doivent supporter des gestes ou des mots qui les blessent. Mais je dis que le monde ne se réparera pas en supprimant le masculin, en l’aseptisant, en le condamnant en bloc. Ce que nous devons combattre, c’est l’abus de pouvoir — dans toutes ses formes, qu’il soit sexuel, économique, institutionnel, ou symbolique. Et cela vaut pour les hommes, mais aussi pour les femmes. Car le pouvoir corrompt tout le monde, pas seulement les hommes.

La parole des femmes n’est pas supérieure à la parole des hommes

Je veux vivre dans un monde où la parole des femmes est entendue. Mais je veux aussi vivre dans un monde où les hommes ne sont pas réduits au silence par peur d’être mal interprétés. Où l’on peut dire « je désire », « je conteste », « je m’oppose », sans être accusé de violence.

Depardieu, qu’on le veuille ou non, nous force à penser tout cela. Il est le miroir grossissant de notre époque : celle qui ne supporte plus l’ambiguïté, qui préfère l’élimination à la réparation, la pureté morale à la complexité humaine. Et si nous n’apprenons pas à regarder ce miroir, nous continuerons à produire des figures d’exclusion, à gauche comme à droite, chez les hommes comme chez les femmes.

Il est temps de reconstruire une culture du lien. Une culture du masculin non-violent mais pas castré. Une culture de la parole libre mais responsable. Une culture où le conflit n’est pas évité, mais traversé, ensemble.

Sinon, nous serons tous perdants (et les gagnants seront ceux qui voudront  nous imposer un patriarcat régressif et violent).

Ras-le-bol de tapiner pour l’État !

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Assurance maladie, CAF, Urssaf… Autant de symboles des charges écrasantes qui pèsent sur les entrepreneurs pour alimenter un État insatiable © Michel Gile/SIPA

Notre pays n’est pas un paradis néolibéral mais un enfer collectiviste. La classe politique ne comprend rien à l’économie et se repose sur un secteur privé exsangue pour entretenir un État qui ne regarde pas à la dépense. Entre déni du réel et aveuglement idéologique, nos gouvernants ne sont pas près d’inverser la tendance.


On en parle peu, mais l’économie française va mal et même très mal. Carnet de commandes en berne, manque de visibilité, instabilité gouvernementale, dette abyssale, tout concourt à tuer la confiance et à nous plonger dans la récession. Résultat, une stagnation voire une baisse du niveau de vie : aux États-Unis, il est, pour le même poste de travail, supérieur de 40 %.

Une classe politique déconnectée des réalités économiques

Face à ce désastre, patrons et entrepreneurs observent les errances d’une classe politique qui de toute évidence ne comprend rien à l’économie. La plupart n’ont jamais eu qu’à dépenser des budgets qui tombaient du ciel, ils n’ont jamais gagné d’argent. La panoplie d’impôts imaginés par l’extrême gauche en dit long sur ce monde qui évoque l’Ancien Régime. Bien au chaud à Paris, cette aristocratie dépense et répartit 60 % des richesses créées par le travail des combattants des tranchées. Autrement dit, le secteur privé doit cravacher pour fournir les recettes que dépenseront les donneurs de leçons de morale.

À lire aussi, Elisabeth Lévy & Jean-Baptiste Roques : Merci patrons !

Sur 100 euros facturés par une entreprise, l’État au sens large (incluant la Sécurité sociale) ponctionne 60 à 70 euros, entre charges sociales, TVA, taxes, IS. Et le salaire net de l’employé sera lui aussi taxé par la TVA et ses impôts (habitation, foncier, revenu). L’État a faim, très faim. En quarante ans, il est devenu un obèse tentaculaire en roue libre vers son probable AVC.

Au final, les patrons et leurs salariés sont les plus sociaux des acteurs économiques : combien de RSA, de lits d’hôpital, de feuilles de soins leurs entreprises payent-elles ?

En somme, ils sont des hauts fonctionnaires qui rapportent versus ceux qui dépensent.

Un État qui vampirise le secteur privé

Et pourtant, certains prétendent sans rire que la France est un paradis néolibéral. En réalité, elle s’apparente de plus en plus à un pays collectiviste qui sombre à petit feu en dévorant les restes de son secteur privé.

L’État est le proxénète des patrons. Nous tapinons pour payer ses folies. Les millions de salariés du privé sont obligés d’être hyperproductifs pour satisfaire l’appétit dément de l’ogre étatique, véritables « serfs » d’une oligarchie qui vit sur la bête – sureffectifs, budgets associatifs à la limite du clientélisme, médias étatiques subventionnés, agences publiques présentes à tous les étages du millefeuille territorial. Le nombre de burn-out n’explose pas pour rien.

En ce cas, dira-t-on, pourquoi les patrons ne descendent-ils pas dans l’arène politique ? C’est simple : ils n’ont pas le temps. Travailler cinquante à soixante heures par semaine leur permet à peine de payer leur mac.

À lire aussi, Jean-Baptiste Roques : Le blues du businessman

De surcroît, au lieu de dessiller les citoyens pour qu’enfin la restructuration en profondeur du pays soit engagée, les gouvernants se complaisent dans le déni, refusant avec constance toute évaluation des politiques menées. Le plus bel exemple de mensonge d’État par omission réside dans la présentation de la dette, toujours rapportée au PIB, comme si cette dette avait été contractée par les entreprises, alors qu’elle est constituée par le déficit de l’État (et de ses proxys). Ainsi, quand on affirme que la dette représente 5 % du PIB, toute personne vivant dans la vraie vie, qui sait ce qu’est un déficit, pense naturellement que les recettes de l’État sont inférieures de 5 % à ses dépenses. Si on compare le déficit public au budget et non pas au PIB, on découvre que, depuis des années, il oscille entre 20 et 25 %.

Un peu comme si un foyer dépensait 4 000 euros en gagnant 3 000 euros par mois

Une impasse économique inéluctable

Ainsi, en 2025, le budget prévisionnel[1]  annonce 545 milliards de recettes contre 686 milliards de dépenses, le différentiel étant de 141 milliards, soit 25 %. On comprend mieux l’explosion de la dette depuis quarante ans. Notre État est un vrai junky (140 milliards de doses sur une seule année). Les marchés financiers lui fournissent sa came tous les dix ou quinze jours.

Un particulier ou une entreprise qui gérerait aussi mal ses finances déposerait son bilan et serait interdit de gestion…

Comment expliquer par ailleurs que tant de gens éduqués, intelligents et parfaitement conscients de la catastrophe manquent à ce point de courage ? L’une des raisons est sans doute que les caractères trempés ne vont plus vers la politique. Elle attire plutôt les « offusqués » de profession, comme ces syndicalistes lycéens puis étudiants qui deviennent députés ou syndicalistes et font le commerce des promesses, additionnées d’une bonne soupe de moraline : l’enfer qu’ils ont créé est pavé de bonnes intentions – dites « humanistes » ou « progressistes ».

Qu’on ne compte pas sur l’université pour les déniaiser. Sandrine Rousseau a été enseignante-chercheuse en économie et vice-présidente de l’université de Lille, c’est dire. Les théories absurdes enseignées aux étudiants qui deviennent professeurs, deviennent ensuite la pensée dominante qui valide les théories, qui brodent autour d’une certitude de fer : « le privé c’est mal, le public c’est bien ». « La dépense publique crée du bonheur », dit Mélenchon.

L’idéologie continuera à gouverner tandis que les entrepreneurs continueront à se colleter à la réalité. Dans le vrai monde, celui des entreprises, on ne peut pas se payer de mots. On doit chercher ce qui marche. Exemple, on sait que le CESE (Conseil économique, social et environnemental) ne sert à rien, sinon à récompenser quelques amis, et coûte 50 millions par an. Un patron – ou un véritable homme d’État – fermerait ce machin en trois à six mois. Et il existe des centaines de structures, comités, agences tout aussi inutiles.

Pour retrouver le moral, les patrons et les salariés du privé ont besoin de savoir que le courage est de retour au sommet de l’État. Ils ne vont pas continuer à trimer pour que leur travail soit ruiné par le sabotage public. Certains partiront, la plupart resteront mais baisseront les bras, et géreront la décroissance tant souhaitée par certains pour tenir quelques années avant de voir les entreprises, puis l’économie et les services publics s’écrouler sous le regard ahuri de l’ogre et des donneurs de leçons. Le FMI débarquera, et nous serons tous pauvres et égaux.

*Je ne signe pas de mon nom car la démocratie est attaquée depuis des années par l’hégémonie de l’extrême gauche dans la justice, une partie des médias, beaucoup de facultés et dans bien des corps d’État : je serais rapidement désigné comme cible et socialement exécuté. Nous vivons un peu comme dans l’Europe de l’Est racontée par Kundera.

Un Occident kidnappé: ou la tragédie de l'Europe centrale

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[1] Source : www.budget.gouv.fr/budget-etat.

Candide au théâtre : des raisons d’être… optimiste

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© Pascal Gely

Candide ou l’Optimisme, de Voltaire au Théâtre de Poche-Montparnasse, un spectacle d’une heure quarante tourbillonnant.


Il y a une raison toute simple et – apparemment – paradoxale qui fait que nombreux sont ceux qui renoncent à aller au théâtre : la pléthore des propositions – et l’embarras du choix subséquent (nous parlons de Paris – mais non seulement). D’où que l’on se permette d’intervenir, parfois, pour signaler un spectacle, une mise en scène, qui valent le déplacement. Le dépaysement. Le voyage.

Prenez Candide ou l’Optimisme, de Voltaire, mis en scène et adapté par Didier Long au Théâtre de Poche, en ce moment. Fidèle à sa tradition – puisqu’elle l’est devenue – le Théâtre des Tesson fait revivre des écrivains, hommes et femmes (Montaigne et Rabelais, Yourcenar et Sagan, Anouilh et Dumas, etc.) – et des textes. Il les donne à entendre, et à vivre. C’est une « alternative » joyeuse à une autre activité très joyeuse : la lecture. La position est la même – nous sommes assis. Mais l’effet est différent – comme la fin : nous avons bien remarqué qu’il y a peu d’applaudissements lorsqu’on quitte sa table de travail après avoir lu et écrit pendant six heures.

À lire aussi : « – Oublions tout… – Oublions tout … » : sublime Werther au Théâtre des Champs-Élysées

Nous n’avions pas lu Candide depuis bien longtemps. Nous sommes donc allé voir le Candide de Didier Long – pour en ranimer le souvenir, entendre ce que le texte était devenu. Et c’est un ravissement. Nous avions oublié comme Candide est drôle, impertinent, substantiel, iconoclaste. Ah ! cette démonstration-raisonnement imparable de Pangloss : « Toute chose a sa raison d’être qui est nécessairement la meilleure qui soit. Remarquez bien que les nez ont été fait d’une forme à porter des lunettes : aussi avons-nous des lunettes. »

Les rires fusaient, d’ailleurs, pendant la représentation qu’honorent l’énergie et l’allant de chacun de trois comédiens – Charles Templon, Sylvain Katan, Cassandre Vittu de Kerraoul (qui incarnent Candide, Pangloss et Cunégonde – mais qui savent apparaître grimés ou déguisés pour les autres silhouettes du conte philosophique).

Une heure quarante trépidante, virevoltante, qui donne (certes) envie de cultiver son jardin – sans renoncer nécessairement, pardon Voltaire, aux curiosités philosophiques, voire métaphysiques. Ni au théâtre, donc. Et c’est ainsi que Voltaire est grand.


Candide ou l’Optimisme, de Voltaire. Mise en scène et adaptation de Didier Long. Avec Charles Templon, Sylvain Katan, Cassandre Vittu de Kerraoul. Théâtre de Poche-Montparnasse, Paris VI. Du mardi au samedi à 21H, dimanche 17H.

Et toujours : Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés, de François Kasbi, Éditions de Paris-Max Chaleil – à propos de 600 écrivains, femmes et hommes, de France et d’ailleurs.

Patrick Besson: «Quel est le con… qui a écrit ce livre?»

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Patrick Besson, écrivain et journaliste français. pour l'émission "Semaine Critique" sur France 2, Paris, le 8 avril 2011 © BALTEL/SIPA

En publiant deux livres presque simultanément, Patrick Besson fait coup double. Quel est le con… est un recueil de certaines de ses chroniques du Point, et Presque tout Corneille un thriller complètement barré, inspiré par la tragédie classique. À l’occasion de ces publications, il s’est prêté à un petit jeu des questions / réponses.


Patrick Besson nous donne à lire deux opus en à peine deux mois. Et c’est du bon, de l’excellent ! Quel est le con…, le premier livre (publié chez le très rock et audacieux éditeur Erick Bonnier) est un recueil de certaines de ses chroniques du Point. Le second, Presque tout Corneille, est un court thriller bien allumé, à la fois cruel et drolatique, inspiré par la tragédie classique, ici incarnée par le créateur du Cid. On rigole ; on s’indigne. On se régale. Nous l’avons rencontré. Interview coup de poing dans la gueule aux idées reçues et toutes faites.


Causeur. Les chroniques de Quel est le con… sont-elles inédites ou ont-elles déjà été publiées ? Si c’est le cas, dans quels journaux ou revues ?

Patrick Besson. Toutes ont été publiées dans Le Point.

Et pourquoi cet excellent titre ?

Quel est le con… qui a écrit ce livre ?

Que veux-tu montrer ou dénoncer ou affirmer avec ce recueil ?

Mon ennemi : le pompiérisme idéologique et ses ridicules manifestations…

« Brasillach dans la poche » s’attaque à l’intolérance rance qui pollue l’époque. Peux-tu revenir là-dessus ?

Rebatet, Céline, Morand, Charonne, Drieu et Fraigneau sont encore en librairie : pourquoi pas Brasillach ?

A lire aussi: Patrick Besson : pas de quartier !

« Faim de carrière » évoque l’inénarrable Jack Lang. Que penses-tu du personnage ?

Il me fait rire, c’est déjà pas mal.

Page 136, tu rappelles qu’au XVIIe siècle, tous les écrivains français portaient une épée. Tu pourrais en porter une, si tu rejoignais l’Académie française ? Ça ne te tenterait pas ?

J’attends ma centième année pour te répondre.

Tu publies ton recueil chez Erick Bonnier, dans une collection sacrément rock’n’roll. Comment vous êtes-vous rencontrés ? T’a-t-il sollicité ? Ou est-ce toi qui as fait la démarche ? Et parles-nous de tes goûts en matière de rock ?

C’est Marc Dolisi qui me l’a présenté ; c’est le fils d’Henry Bonnier que j’aimais bien quand j’ai signé chez Albin Michel. Mes goûts en rock ? John Lennon, c’est tout.

 « Tu connais quelqu’un qui parle bulgare, toi ? »

Passons à Presque tout Corneille. Rarement polar n’aura été aussi original tant dans la forme que dans le fond. Pourquoi un tel livre ?

Il n’y a aucune raison logique.

As-tu lu tout Corneille pour écrire ce roman ? L’apprécies-tu ?

Presque tout Corneille. J’aime beaucoup cet auteur surtout les pièces qu’il a écrites sous le nom de Molière (Le Misanthrope, Les femmes savantes, etc.).

Pourquoi l’avoir situé en Corse ? As-tu visité l’île de Beauté ?

J’ai découvert la Corse avec ma troisième ex-femme, à moitié corse. C’est une jolie terre d’amour.

La vengeance est presqu’un personnage de ton livre ; pourquoi (en dehors de Corneille, bien sûr) ? Serais-tu rancunier ?

Je pardonne mais je n’oublie pas.

Ne crains-tu pas d’effrayer les rédacteurs en chef et/ou directeurs de publication qui t’emploient ?

Ils sont encore plus durs que moi.

Pourquoi nous présenter un enseignant de langue bulgare. Aimes-tu ou non la Bulgarie ? Ne crains-tu pas de te faire piquer par un parapluie ?

Tu connais quelqu’un qui parle bulgare, toi ?

Tu as choisi de mettre dans la bouche de ton inspecteur une cigarette électronique. Pourquoi ? Les vapoteurs te gonfleraient-ils ?

J’ai horreur de l’électronique, y compris dans les cigarettes. Toutes ces vapeurs, on dirait des vieux trains.

Prépares-tu un nouveau livre ? Roman ? Chroniques ? Nouvelles ? Essai ? Pour quand ?

Je viens de terminer un roman : Jennifer Carpenter. J’en prépare un autre, beaucoup plus drôle : La vieillesse, la solitude, la maladie et la mort. Je dois aussi donner à Plon Le dictionnaire amoureux du communisme.


Patrick Besson ; Quel est le con… ; éd. Erick Bonnier ; coll. Encre Rock ; 152 p.
Patrick Besson ; Presque tout Corneille ; Stock ; 111 p.

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« Mickey 17 » de Bong Joon Ho: un chef d’œuvre

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Robert Pattinson dans Mickey 17 © Warner Bros

Bong Joon Ho revient avec Mickey 17, une fable de science-fiction où Robert Pattinson affronte ses propres clones sous l’emprise d’un leader populiste glaçant incarné par Mark Ruffalo. Une œuvre sombre et politique, dans la lignée du cinéma visionnaire du réalisateur de Parasite.


Bien sûr, vous vous rappelez Parasite (2019). Mais vous souvenez-vous de cet objet déjà post-apocalyptique qu’était Snowpiercer (2013) ? Bong Joon Ho a déjà flirté avec la science-fiction — et comme chacun sait, c’est un genre qui sert essentiellement à parler du présent.
Parasite a triomphé à Cannes et aux Oscars parce qu’il évoquait les relations sociales de la Corée natale du réalisateur, et, au-delà, les relations monstrueuses entre classes sociales. Mickey 17, premier film à capitaux américains de Bong, évoque prioritairement ces démagogues monstrueux que l’Amérique engendre et exporte.

C’est encore le site Polygon qui en parle le mieux : « Mickey 17 [is] perhaps Bong’s most thinly veiled political analogy yet. The movie’s villain, the opportunistic leader Kenneth Marshall (Mark Ruffalo), is a distinctly Trump-like figure whose dangerous associations with religious zealotry and white nationalism are mere avenues to earn political credibility among his base. » Ruffalo (acteur prodigieux déjà fort apprécié dans Blackwater) est un composite de Trump, dont il a la mèche, additionné d’Elon Musk, Zuckerberg, Jeff Bezos et autres illuminés du post-humanisme. Un cauchemar fait homme, sans cesse suivi par un réalisateur qui filme ses moindres faits et gestes, et accablé d’une épouse (Toni Collette, magistralement inhumaine) qui lui souffle à l’oreille les bonnes décisions à prendre.

À lire aussi, Jean-Paul Brighelli : Black dog, de Guan Hu : demain, les chiens ?

Le héros est interprété par Robert Pattinson. Si en 2012 Bel-Ami m’avait moyennement convaincu — le rôle-titre était la seule faiblesse dans le casting magnifique de cette reconstitution au plus près du roman —, il m’avait impressionné dans The Lighthouse (2019), splendeur baroque en noir et blanc où il donnait la réplique à Willem Dafoe, qui lui n’a plus rien à prouver. Il est ici impeccable — d’autant qu’il se donne la réplique à lui-même, puisque cette histoire d’« expendables », clones de soi-même régénéré après chaque mort du sujet, avec une mémoire soigneusement conservée, se double d’un récit de « multiples », puisqu’on a produit une nouvelle version alors que la précédente (la 17 — 16 sont déjà morts, et salement) était encore en vie, sur une planète franchement hostile où le politicien mégalomane envisage de faire repartir l’humanité de zéro.

Le film lorgne vers ses grands prédécesseurs. Il a la force d’Alien 1 & 2, des éléments sont empruntés à Blade Runner, la vilaine (mais sympathique) bestiole qui vit sur la planète glacée arrive tout droit de…

Lire la fin de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli

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« –  Oublions tout… –  Oublions tout … » : sublime Werther au Théâtre des Champs-Élysées

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© Vincent Pontet

Notre Benjamin Bernheim national surplombe un casting vocal de haute volée dans l’opéra de Massenet, actuellement à l’affiche à Paris.


Tout le monde n’est pas obligé d’aimer Massenet. À un éminent critique musical de ma connaissance, votre serviteur annonce sa soif d’assister à la première de Werther, au Théâtre des Champs-Elysées (c’était samedi dernier).  Lui : « Werther ? Ça alors !  Quelle purge ! ».

Chef-d’œuvre idéalement français 

Moi j’en étais resté à la énième reprise de cet opéra, adaptation, comme l’on sait, des Souffrances du jeune Werther, l’illustre roman de Goethe, sur un livret d’Edouard Blau, Paul Millet et Georges Hartmann – la quintessence de la musique lyrique « fin de siècle ». C’était à l’Opéra-Bastille, en janvier 2016. Certes, la mise en scène laborieusement littérale de Benoît Jacquot, ci-devant cinéaste qui, de toujours, affiche une prédilection marquée pour les transpositions littéraires à l’écran (cf.  son film Adolphe, en 2002, tiré du chef d’œuvre de Benjamin Constant), n’est pas assurée de figurer dans les annales du génie scénographique. Mais, Plasson au pupitre, Piotr Beczala prenant alors la suite de Jonas Kaufmann, dans le rôle-titre en 2010, et Elina Garanca celle de Sophie Koch pour camper Charlotte, –  le spectacle tenait la route, comme on dit. Au quatrième acte, quand le couple, au seuil de la mort, se répond dans un extatique et définitif « Oublions tout … », la sublime mélodie arracherait des sanglots à une statue de pierre.   

A lire aussi: Dernières leçons de maintien en date de tous ces cultureux qui me fatiguent…

Encore faut-il consentir à voir en Massenet davantage que ce pour quoi il fut, en son temps, (dé)considéré par certains, comme compositeur officiel du lyrique à la française tel que l’affectionnait le public bourgeois : d’un raffinement suave, un peu décadent, mâtiné d’exotisme, qui lui assure de triompher – Le roi de Lahore (1877), Hérodiade (1881), Manon (1884), Le Cid (1885), Esclarmonde (1889)… Werther (1892), œuvre de maturité – Jules a passé la cinquantaine –  est quasi contemporain de Pelléas et Mélisande. Que Massenet ne soit pas Debussy en termes de nouveauté stylistique, c’est entendu. Reste que, dans le genre, Werther est musicalement insurpassable.

Photo: Vincent Pontet

Ce « drame lyrique en quatre actes et cinq tableaux » revient pourtant de loin. Massenet y songeait dès l’aube des années 1880, et plus encore après avoir entendu Parsifal à Bayreuth, en 1886. Mais Carvalho, le puissant directeur de l’Opéra-Comique, n’aime pas le livret. Là-dessus, en mai 1887, l’Opéra-Comique disparaît dans un incendie. Résultat, c’est à Vienne, au théâtre impérial, que Werther sera créé, en 1892, soit plus de cinq ans après la mise au net de la partition. Ironie de l’histoire, la critique d’alors étrille un supposé « wagnérisme ». L’unicité du tissu sonore, avec ces motifs récurrents qui construisent des morceaux mélodiques d’une suprême transparence, où s’intriquent voix et orchestre avec une finesse, une élégance qui rapproche son écriture de la musique de chambre, voilà ce qui fait de Werther un chef d’œuvre, –  un chef d’œuvre idéalement français ! En 2025, c’est précisément cette onctuosité, cette « fadeur » tellement datée, dont on raffole, n’en déplaise à certains.

Créée l’an passé à la Scala de Milan, la présente production qu’accueille le TCE pour quelques représentations choisit, sous les auspices du metteur en scène Christof Loy, de transposer l’action à l’époque contemporaine, quelque part entre les années 50 et 60, dans un éclairage assez froid et presque constant, sur un décor rigide qui – mur tendu d’un papier peint à rayures – évoque le salon d’une maison bourgeoise dont la double porte centrale, coulissante, ouvre, en arrière-plan, sur une salle à manger donnant elle-même sur un jardin, au fond, planté d’un arbre dont les ramures marqueront, au fil du spectacle, le passage des saisons.

Romantisme exacerbé

Au pupitre, le très jeune chef franco-bolivien Marc Leroy Calatayud, qui dirige pour la première fois, de main de maître, le fameux orchestre Les Siècles, dont le jeu sur instruments d’époque est la marque de fabrique, les voix d’enfants (qui chantent ici Noël, comme l’on sait, au dénouement tragique de l’opéra) provenant de la Maîtrise des Hauts-de-Seine. Legato impeccable, belle amplitude lyrique, sans proscrire pour autant ces ralentendi si conformes au romantisme exacerbé des deux derniers actes, en particulier.

A lire aussi: Glaçante Dominique Reymond

Surplombe de très haut, dans un casting vocal de haute volée, notre Benjamin Bernheim national –  son inévitable costume bleu roi à gilet jaune prendra, au dernière acte, la couleur noire anticipant sa propre mort –  à l’articulation, au phrasé superlativement nuancés, plus remarquable encore dans le pianissimo que dans l’émission puissante qu’exigent les éclats torturants du transi suicidaire. Les déplorations de Charlotte s’interdisant l’aveu de sa passion par fidélité à sa promesse d’épouser le pitoyable Albert pétri de jalousie (excelle, dans ce rôle, le baryton Jean-Sébastien Bou) qu’elle n’aime pas, puis son exaltation amoureuse, à la toute fin, sont incarnées par la mezzo-soprano Marina Viotti avec l’intensité, la fulgurance qu’on lui connaît, tandis que la soprano franco-américaine Sandra Hamaoui campe Sophie, en âpre rivale de Charlotte plutôt qu’en demoiselle à la pureté intacte. Prenant ses aises avec les indications du livret, la mise en scène imposera sa présence muette dans le dernier tableau, ainsi que celle d’Albert relisant comme un forcené les lettres maudites, et allant même jusqu’à assister, silencieux, à l’agonie des amants enlacés… Parti pris discutable en effet, qui vaut à Christof Loy quelques huées au tomber de rideau, vite couvertes par l’ovation générale faite aux chanteurs.  

On s’apprête à retrouver Christof Loy dans quelques semaines à peine, à l’Opéra-Bastille cette fois, à la régie du célèbre triptyque puccinien qui raccorde, conçus comme un tout par le compositeur lui-même en 1918, Gianni Schicchi , Il Tabarro et Suor Angelica. Une nouvelle production, en lien avec le Festival de Salzbourg.


Werther. Drame lyrique en quatre actes et cinq tableaux, de Jules Massenet. Avec Benjamin Bernheim, Marina Viotti… Mise en scène : Christof Loy. Direction : Marc Leroy-Calatayud. Orchestre Les Siècles.

Durée : 2h10.

Théâtre des Champs-Elysées, les 28, 31 mars, 3 et 6 avril à 19h30

Glaçante Dominique Reymond

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Laurent Poitrenaux, Dominique Reymond et Nicolas Bouchaud, "L'Amante anglaise" © Patrick Fouque

Dominique Reymond est saisissante dans le rôle d’une meurtrière incapable d’expliquer son crime. « L’Amante anglaise », de Marguerite Duras, au théâtre de l’Odéon.


Une mise en scène d’une rigueur toute janséniste ; une direction d’acteurs aussi fouillée qu’elle est épurée ; des interprètes remarquables s’interdisant tout effet convenu, pour toucher à la perfection… User après cela de superlatifs pour louer cette production de L’Amante anglaise de Marguerite Duras apparaîtrait parfaitement déplacé. Et pourtant ! Cette réalisation d’Emilie Charriot servie par des acteurs comme Nicolas Bouchaud, l’Interrogateur, Laurent Poitrenaux, le mari, Dominique Reymond, la meurtrière, justifierait bien des exclamations, sinon des dithyrambes. 

« Je l’ai sorti de son cercueil »

On sait que pour écrire L’Amante anglaise, Duras s’était inspirée d’un sombre drame survenu dans l’immédiat après-guerre,  rue de la Paix, à Savigny-sur-Orge, en Ile-de-France. Une femme, Amélie Rabilloud, dont le seul nom révèle tout un monde, avait subitement  assassiné son époux, un ancien adjudant, après des années de vie étriquée et de violences, l’avait dépecé et, nuit après nuit, s’était débarrassée des tronçons du cadavre en les lançant notamment du haut d’un viaduc voisin sur des trains de marchandises qui circulaient en contrebas. Ce qui permit au cadavre de se voir éparpillé avec beaucoup de fantaisie aux quatre coins de la France.

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Dans la pièce de Duras, c’est sa cousine germaine, grosse fille bonne vivante qui assumait les fonctions ménagères de la demeure du couple, que Claire Lannes, la meurtrière, a tuée et découpée en morceaux, alors que son mari, Pierre Lannes, ne soupçonnera rien de ce crime avant que la police ne vienne arrêter son épouse.

« Mais pourquoi tue-t-elle sa cousine, sourde et muette, dans votre histoire ? », demandera-t-on à Marguerite Duras lors d’un entretien publié en décembre 1968.

« Parce que je voulais savoir qui était le mari et avoir son témoignage sur sa femme. Je l’ai sorti de son cercueil pour qu’il soit entendu de tous, une fois dans sa vie. Il était aussi sourd et muet que la victime : c’est la petite bourgeoisie française, morte vive dès qu’elle est en âge de « penser », tuée par l’héritage ancestral du formalisme ».

Un meurtre inexplicable

La pièce se réduit à deux interrogatoires successifs. Celui du mari tout d’abord qui tente d’expliquer la psychologie de sa femme, le désastre de sa vie conjugale dont il ne mesure pas la portée, et son propre aveuglement.  Celui de la coupable ensuite,  mené lui aussi par l’Interrogateur qui n’est jamais que le double de l’écrivaine. Duras avait parfois rempli cette même tâche d’enquêteur lorsqu’elle rendait compte pour des journaux de crimes particulièrement horribles…  avant de se couvrir de ridicule et d’indignité au moment de l’Affaire Gregory en désignant comme coupable la mère de l’enfant noyé.      

Cherchant à comprendre ce qui a pu conduire au meurtre  inexplicable de la malheureuse cousine, quand celle qui a tué ne parvient pas elle-même à se l’expliquer, Duras tente de cerner la psyché de cette dernière en lui prêtant des propos d’une intensité inouïe comme d’une parfaite banalité, en s’abîmant dans des questions qui souvent demeurent sans réponses convaincantes. Et dévoile avec une accablante véracité le cheminement mental de gens terriblement ordinaires.

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Dans le rôle de l’Interrogateur, Nicolas Bouchaud est sur scène du début à la fin de la pièce, alors que Laurent Poitrenaux et Dominique Reymond, questionnées tour à tour durant une heure chacun ne se la partagent donc que la moitié du temps.

Mais c’est lui peut-être qui endosse le rôle le moins difficile, car, aussi inquisiteur qu’il soit, il demeure toujours dans une certaine neutralité prudente, assumée sans ciller de bout en bout.

Dans le rôle du mari, Laurent Poitrenaux est étonnant d’authenticité. Il n’est pas un seul instant un acteur jouant un personnage tant il est juste dans le registre de  médiocrité très ordinaire d’un Pierre Lannes.

Sidérante, presqu’effrayante

Ce ne sera pas faire injure à deux excellents interprètes que de voir en Dominique Reymond la figure la plus exceptionnelle de cette distribution. Succédant dans ce rôle de Claire Lannes à Madeleine Renaud et à Suzanne Flon, la comédienne n’apparaît pas comme habitant son personnage. Elle est plutôt envahie, phagocytée par lui. Elle s’efface si absolument derrière la figure de cette meurtrière sans doute à demi-folle qu’elle en devient sidérante, presqu’effrayante. Avec une aisance qui déconcerte et un vraisemblable plaisir à exister enfin, mais aussi une forme d’habileté dans l’esquive, Claire Lannes répond sans état d’âme apparent aux questions qu’on lui pose. Elle offre même une candeur, une simplicité dans le crime qui vous plongent dans la plus grande perplexité. Ses regards fuyants, ses sourires malicieux sont de ceux qu’on peut surprendre chez les imbéciles, mais qui font qu’on doute brusquement de leur imbécillité. Elle dont le mari dévoile qu’elle n’a jamais ouvert un livre, elle qui écrit « la mante en glaise » pour évoquer la menthe anglaise s’épanouissant dans ce jardin qui est son seul refuge, a cependant de surprenantes lueurs d’intelligence et de lucidité.  Est-ce le fait que Dominique Reymond, parallèlement à sa vie d’actrice, s’adonne avec un art pénétrant et d’un trait plein de caractère à la peinture de portraits ?  La mobilité maîtrisée de son visage, la justesse de ses expressions les plus torves, ou tout au contraire un masque subitement figé, traduisent un travail d’observation époustouflant.  Au fur et à mesure, on se persuade que Claire Lannes est assurément folle, mais de cette folie impalpable, insoupçonnable, qui peut néanmoins conduire à des actes insensés. On comprend aussi qu’elle a un jour si brutalement souffert que son âme de primaire s’est subitement desséchée et qu’elle est également une victime.  Tout cela, Dominique Reymond ne fait que le suggérer par petites touches  éloquentes, venimeuses ou glaçantes, qui sont du très grand art. Elle est simplement prodigieuse.


L’Amante anglaise, de Marguerite Duras. Jusqu’au 13 avril 2025.

Théâtre de l’Odéon, Ateliers Berthier ; 01 44 85 40 40

L'Amante anglaise

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